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PROCÉDÉS LITTÉRAIRES UTILISÉS DANS L’EXTRAIT DE L’ART POÉTIQUE

  PROCÉDÉS LITTÉRAIRES UTILISÉS DANS L’EXTRAIT DE L’ART POÉTIQUE

 

  1. I.                     Les figures de style.

 

  1. 1.        Les antithèses :

-                      « D’un divertissement me fait une fatigue » (v. 8) ;

-                      « Sans rien dire à l’esprit, étourdir les oreilles » (v. 12) [double antithèse] ;

-                      « Un rimeur » (v. 15) / « Mais nous » (v. 19) ;

-                      « Sur la scène en un jour renferme des années » (v. 16) ;

-                      « Enfant au premier acte est barbon au dernier » (v. 18) [« barbon » = « vieillard »] ;

-                      « Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable » (v. 24) ;

-                      « doit offrir à l’oreille et reculer des yeux » (v. 31) [double antithèse].

 

  1. 2.        L’ironie :

-          « Je me ris d’un acteur qui, lent à s’exprimer, / De ce qu’il veut, d’abord, ne sait pas m’informer / Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue, / D’un divertissement me fait une fatigue » (vv. 5 à 8) ;

-          « Là souvent le héros d’un spectacle grossier, / Enfant au premier acte, est barbon au dernier » (vv. 17-18).

 

  1. 3.        L’hyperbole.

« Là souvent le héros d’un spectacle grossier, / Enfant au premier acte, est barbon au dernier » (vv. 17-18).

[Boileau exagère car si les auteurs baroques étalent l’action de leurs pièces sur plusieurs mois ou sur plusieurs années, il est peu vraisemblable qu’un d’entre eux l’ait fait sur la durée d’une vie : nous avons là une hyperbole ironique.]

 

 

 

  1. II.                    Les figures de son.

[Une des fonctions importantes des figures de son est de permettre de bien mémoriser un texte : on examinera donc avec attention les passages où elles sont employées.]

 

  1. 1.        Les allitérations :

-          En r et, d’une façon plus générale, en consonnes liquides [= le r et le l] :

● « Le secret est d’abord de plaire et de toucher » (v. 1) ;

● « Que dès les premiers vers l’action préparée » (v. 3) ; 

● « Je me ris d’un acteur qui, lent à s’exprimer » (v. 5) ;

● « Sans rien dire à l’esprit, étourdir les oreilles » (v. 12) ;

● « Que le lieu de la scène » (v. 14) ;

● « Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées » (v. 15) ;

● « Mais nous, que la raison à ses règles engage / Nous voulons qu’avec art l’action se dégage » (v. 19) ;

● « Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli » (v. vv. 21-22) ;

● « Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable » (v. 24) ;

● « Une merveille absurde » (v. 25) ;

● « doit offrir à l’oreille et détourner des yeux » (v.31).

 

-          En  s et, d’une façon plus générale, en consonnes sifflantes [= le s et le z] :

● « Inventez des ressorts qui puissent m’attacher » (v. 2) ;

● « Sans peine du sujet aplanisse l’entrée » (v. 4) ;

● « Le sujet n’est jamais assez tôt expliqué » (v. 13) ;

● « Là souvent le héros d’un spectacle grossier » (v. 17) ;

● « Les yeux en la voyant saisiraient mieux la chose (v. 29).

 

  1. 2.        Les assonances :

-          En :

● « Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue / D’un divertissement me fait une fatigue » (vv. 7-8) ;

● « Sans rien dire à l’esprit, étourdir les oreilles » (v. v. 12) ;

● « Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées » (v. 15) ;

● « Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli » (v. vv. 21-22).

 

-          En :

● « Que d’aller par un tas de confuses merveilles » (v. 11) ;

● « Nous voulons qu’avec art l’action se ménage » (v. 20).

 

 

 

  1. III.                  Les procédés métriques et les licences poétiques.

 

  1. 1.        Procédés métriques.

Dans un poème en vers, les mots importants sont souvent à la fin du vers, et, dans un alexandrin, aussi à la fin du premier hémistiche. Boileau use assez peu du procédé. Notons toutefois :

-          « s’exprimer » (v. 5), qui rime avec « m’informer » (v. 6) ;

-          « pénible intrigue » (v. 7), qui rime avec « fatigue » (v. 8).

 

  1. 2.        Licences poétiques.

L’auteur utilise des licences poétiques :

-          l’antéposition [= le fait de placer avant] du complément de nom (« du sujet aplanisse l’entrée », v. 4) ;

-          l’antéposition du complément d’objet direct (« De ce qu’il veut, d’abord, ne sait pas m’informer », v. 6) ;

-          l’antéposition du complément d’objet indirect (« Mais nous que la raison à ses règles engage », v. 19 ; « Jamais au spectateur n’offrez rien d’incroyable », v. 23).

 

 

 

  1. IV.                 Les procédés grammaticaux.

 

  1. 1.        Les phrases emphatiques :

-          « Mais nous, que la raison à ses règles engage, / Nous voulons qu’avec art l’action se ménage » (vv. 19-20) ;

-          « Ce que l’on ne doit point voir, qu’un récit nous l’expose » (v. 27).

 

  1. 2.        Les phrases injonctives [= impératives] :

-          soit à l’impératif (« Inventez des ressorts qui puissent m’attacher », v. 2 ; « Jamais au spectateur n’offrez rien d’incroyable », v. 22) ;

-          soit au subjonctif (« Que dès les premiers vers l’action préparée / Sans peine du sujet aplanisse l’entrée », vv. 3-4 ; « Que le lieu de la scène y soit fixe et marqué », v. 14 ; « Qu’en un lieu, en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli », vv. 21-22 ; « ce que l’on ne doit point voir, qu’un récit nous l’expose », v. 27) ;

-          soit qui utilisent des verbes modalisateurs exprimant l’ordre (« Mais nous que la raison à ses règles engage, / nous voulons qu’avec art l’action se ménage », vv. 19-20 ; « Mais il est des objets que l’art judicieux / Doit offrir à l’oreille et reculer des yeux », v. 30-31).

 

 

 

  1. V.                   Le lexique.

Utilisation de termes ou d’expressions à connotation péjorative :

-          « Je me ris » (v. 5) ;

-          « mal » (v. 7) ;

-          « pénible » (v. 7) ;

-          « fatigue » (v. 8) ;

-          « confuses » (v. 11) ;

-          « étourdir » (v. 12) ;

-          « rimeur » (v. 15) ;

-          « grossier » (v. 17) ;

-          « barbon » (v.18) ;

-          « absurde » (v. 25).

 

 

 

  1. VI.                 Les registres littéraires [= les tonalités].

L’essentiel du texte utilise le registre didactique, comme le montre l’utilisation de phrases injonctives.

Toutefois, le passage qui va du vers 15 au vers 18, où Boileau s’en prend au théâtre baroque espagnol (« Un rimeur […] delà les Pyrénées », v. 15) relève du registre polémique, comme le montrent :

-          l’utilisation de l’argument ad hominem, qui s’attaque à la personne de l’adversaire  (un « rimeur » est un mauvais poète) ;

-          la véhémence du vocabulaire avec l’emploi de termes connotés péjorativement (voir le paragraphe consacré au lexique).

 

 

 

  1. VII.                Les outils de l’argumentation.

 

  1. Les arguments.

a)       Pour défendre sa thèse, Boileau fait appel à la raison (« Mais nous, que la raison à ses règles engage », v.19) : il cherche à convaincre.

Il utilise pour cela :

-          des arguments logiques (« Jamais au spectateur n’offrez rien d’incroyable [conséquence] / Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable  [cause] », vv. 23-24) ;

-          des arguments d’expérience (« Le secret est d’abord de plaire et de toucher », v. 1 ; « Le sujet n’est jamais assez tôt expliqué », v. 13 ; « Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable », v. 24 ; « L’esprit n’est point ému de ce qu’il ne croit pas », v. 26 ; « Mais il est des objets que l’art judicieux / Doit offrir à l’oreille et reculer des yeux » (vv. 30-31).

 

b)       Pour réfuter la thèse adverse et ceux qui la soutiennent, il cherche à persuader : il utilise des arguments ad hominem en s’en prenant à ceux  qui suivent l’esthétique baroque. Il attaque :

-          les acteurs  (« Je me ris d’un acteur qui, lent à s’exprimer, / De ce qu’il veut, d’abord, ne sait pas m’informer ; / Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue, / D’un divertissement me fait une fatigue », vv. 5 à 8) ;

-          les auteurs  et les théoriciens ((« Un rimeur […] delà les Pyrénées », v. 15).

 

  1. 2.        La parataxe.

L’auteur utilise la parataxe entre les phrases [= celles-ci ne sont reliées ni par des conjonctions de coordination, ni par des conjonctions de subordination, ni d’aucune autre façon], même si, au sein de celles-ci, la subordination est parfois employée. Ceci rend le rythme plus rapide et renforce le caractère injonctif des phrases.

 

  1. 3.        Les connecteurs.

Toutefois, à deux reprises, il utilise, au sein d’une phrase, pour marquer l’opposition entre sa thèse et celle de ses adversaires le connecteur « mais » (v.19 et v. 30).


Publié par 20092010faurelettres1es3 le 25 avril 2010 dans Non classé
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