Prof à mi-temps, et alors ?

« Ouais, mais toi, c’est pas pareil, t’es à mi-temps ! », réplique classique, que l’on me claque à la figure, si je fais ou dis ci ou ça.

« Mi-temps, mi-paie ! », ai-je appris à rétorquer, grâce à une amie à mi-temps (joli hein ?) qui m’a appris ce couplet très pratique. Ce à la suite de quoi j’entends souvent : « Mais toi, t’as peut-être pas besoin financièrement… ». Je ne manque de rien mais je ne fais pas de folies (de mon compte en banque !). De plus, je ne me pavane pas en fourrure et sac siglé en SDP : ni mon style, ni mon standing.

Alors, on se calme les collègues énervés qui en douteraient encore : je n’ai pas « coincé » un milliardaire sinon je ne serai pas à minuit à corriger des copies ou à écrire ces chroniques (rires) ? Sans oublier que deux salaires valent mieux qu’un !

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Pourquoi ai-je alors fait le choix du mi-temps ? Attention, je risque de me lancer dans le sketch des profs vus par les Inconnus entre autres provocations un poil énervantes, peut-être…

Primo, j’ai retrouvé le chemin de l’école après une longue pause pour la raison que vous savez (lire « Reprendre l’enseignement après le traumatisme d’une agression »). Je ne me voyais pas recommencer à plein temps. J’ai préféré m’asseoir sur une partie du salaire que sur mon bien-être.

Deuzio, j’ai deux enfants petits et pas de famille à proximité, alors, si le salaire passe dans la nounou pour les cours de 17 à 18 heures, inutile de trop me fatiguer. Vous tiquez ? Ah oui, c’est vrai, un mi-temps, c’est laisser filer le salaire dans la crèche etc. Vous marquez un point ! Avec des petits, on travaille pour peu mais on fait du stock pour la retraite (le mi-temps cotise plein pot jusqu’aux trois ans du deuxième enfant, héhé !).

Trimo, ben oui, je ne pouvais pas m’en empêcher, je retrouve le plaisir de mon année de stage où je pouvais prendre le temps de faire les choses, d’approfondir, de corriger des corrections de devoirs (ma spécialité), ou passer une heure à écouter des parents juste appelés pour signaler un petit problème (de comportement du rejeton). Oui, je n’ai pas peur de le dire, je fonctionne en mode slow life… Ce qui veut dire que j’aime bien le travail bien fait et que je ne compte pas mon temps mais qu’à la louche, je dépasse largement les 35 heures de boulot, je vous éviterai la rengaine du prof = feignant. Vous ne la connaissez que trop bien ! Pour la slow life, cela ne s’applique pas qu’au plat maison qu’on fait mijoter des heures. J’aimerais même conceptualiser le slow teaching car je m’en réclamerais bien.

Comme le disait ma pro d’il y a deux ans, au départ peu enthousiaste de gérer une jeune maman sortant de longue dispo et avec un long trajet, « mi-temps, mi-paie, mais pas mi-travail ». En effet, la préparation de cours ne diffère pas tant que ça si on a de nombreux niveaux, les déplacements peuvent être conséquents si on exerce dans plusieurs établissements, le planning n’est pas toujours optimisé. Et puis, dans mon cas, comme je ne suis pas en poste fixe, tous les ans, je reprends mes cours de zéro, autrement dit, un sacré boulot.

Certes, le mi-temps reste un choix confortable pour tout ce qui concerne les copies, le reporting de l’activité journalière sur Pronote, l’impression aussi de ne pas radoter en permanence. Je l’avoue, j’ai horreur de faire plusieurs fois le même cours. Je suis obligée de faire des modifications si je suis amenée à servir le même laïus plusieurs fois car sinon, je me sens bloquée sur repeat comme un vieux magnéto de prof d’anglais, le vieux que j’avais quand j’ai commencé…

Enfin, pour beaucoup et moi aussi, le mi-temps est le choix des artistes qui ont besoin d’un peu de stabilité financière. J’exerce en cumul une activité littéraire et culturelle qui me permet de gagner plus que cette fameuse demi-paie. En reprenant l’enseignement, j’ai fait du rédactionnel mon hobby assez peu rémunérateur plutôt que d’en faire ma source de gains principale.

Un autre bon côté des 9 heures de cours/semaine du certifié, quoi, seulement 9 heures, la bonne blague ? Là, je vais faire bondir certaines personnes, tant pis… On peut accepter de donner un coup de main, ce qui va de pair avec mon statut de TZR (voir article). Un collègue absent plusieurs semaines ? Et bam, un remplacement en heures sups, l’occasion de travailler avec un autre niveau, de préparer de nouveaux cours ! Au lieu d’être la prof à plein temps débordée, je suis la collègue à mi-temps motivée, toujours OK pour accompagner une sortie, chanter à la chorale du midi ou assurer des suppléances. C’est sûr, la cotisation retraite à plein pot est finie pour moi et je sais que cette période idéale ne durera peut-être pas si je veux assurer mes vieux jours tranquillement. Mais en attendant, j’en profite de ce mi-temps qui, certaines semaines, n’en est pas un du tout, mais aussi parce que je le veux bien.

Je vous laisse afin de terminer mes corrections et il m’arrive de passer la nuit dessus… « À mi-temps, t’es tranquille ! », comme le disent certains.

Une chronique de Frédérique

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5 Comments

  1. jacques 13 janvier 2016
  2. Frédérique 13 janvier 2016
  3. jacques 13 janvier 2016
  4. Frédérique 13 janvier 2016
  5. jacques 13 janvier 2016

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