Le numérique, c'est pas de la tarte.

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En reprendriez-vous ?

En mode Tatin, les pommes et le caramel en-dessous, la pâte au-dessus, on revisite tous les jours les recettes pédagogiques.

Il en va de même de la classe inversée : les devoirs en dessous, le cours par au-dessus.

Et à ce sujet, les pédagogues, les « zinnovateurs », les « zinnoverseurs », les professeurs se crèpent le chignon sur Twitter.

Certains préfèrent la pomme au-dessus, la pâte feuilletée gonflée et dorée et les cours magistraux tandis que d’autres préfèrent que les élèves démontrent leurs apprentissages en mettant la main à la pâte.

Mais ce qui chagrine le plus c’est l’accent qui est mis constamment sur les outils du numérique et l’innovation dont on devrait faire preuve en les utilisant. Clise par ci, FEI par là, collège tout numérique, Epi, AP, on se sent cernés.

Il faut absolument que notre dessert, ici notre cours soit non seulement appétissant,  mais bon et plaise au plus grand nombre (Œdèmes de Quinck, la porte c’est là bas!) se conserve, se partage et en plus faut qu’on invite les gens du quartier pour le déguster. Y en a qui ne se démoralisent pas et qui se disent « ce qui ne te tue pas, t’étouffe, en mode chrétien ».

Rappelons quand même que même si on assure en cours et qu’on passe en moyenne à chacune de nos cours-recettes cinq heures par jour, on ne fera pas forcément finalistes du « Meilleur Pâtissier ». N’est pas Mercotte qui veut.

Mais le numérique semble devenir notre cannelle, l’épice indispensable à toutes nos préparations.

  • Peut-on s’en passer ?

Le numérique n’est pas un sésame qui ouvre toutes les portes ni un passe-partout de la réussite scolaire. D’abord parce qu’il faut passer par la case prise en main, béta test, tour de chauffe avant de savoir si ce nouvel outil correspond à nos besoins.

Notre capacité à maîtriser ces outils ensuite est en corrélation avec notre « geekitude » ou notre « geekattitude ».

On ne se lève pas un beau matin en se disant « tiens, et si j’essayais Keynote ? Ca a l’air sympa. »

Bon faut avouer que pour apprendre, on a tout sur le Net, ceux qui aiment ceux qui détestent, ceux qui ont des idées, ceux qui commentent, ceux qui suggèrent, ceux qui partagent, ceux qui emmènent ; une petite recherche toute bête sur youtube et c’est une pichenette dans l’eau numérique qui crée des ondes d’apprentissage sur le lac de la « Numéritude ». Et vogue la coquille de noix.

  • Youtube, ton prof en vidéo ?

J’ai appris quoi sur Youtube ? Tout ou à peu près : le point mousse, la sauce blanche, le cha cha cha, le buttage de patates, le crochet, les enluminures, les coutures invisibles (pour rafistoler les élèves), et le soufflé. Hé oui, je n’ai plus ma grand-mère à proximité alors je confie mes apprentissages à des inconnus/es.

Alors, on se dit que ça peut marcher pour nos élèves s’ils sont curieux !

En changeant de paradigme, l’école demande maintenant au professeur de changer de posture et ce n’est pas facile.

Changer de rôle.

  • Ne plus tancer, tracer.
  • Ne plus déclamer, dessiner.
  • Ne plus dominer, accompagner.
  • Ne plus appliquer, inventer.

Et on comprend que le vertige du vide puisse nous saisir dans ce processus.

Je ne crois pas qu’on nous en demande trop mais qu’on ne nous accompagne pas assez.

Le prérequis c’est que nous allons devoir nous adapter mais les pistes d’exploration sont soit trop arides soit mal balisées.

On peut comprendre qu’on ne veuille pas prendre de risques parfois. L’équilibre en classe n’est pas facile à créer et le mettre en péril n’est pas chose aisée.

Dans cette présentation : https://www.youtube.com/watch?v=olOVzE0ujJ8 Jenifer Magiera explique comment elle a essayé de donner du pouvoir à ses élèves, s’inspirant de la conférence de Ken Robinson qui nous accuse de tuer la créativité et qu’au final, ses élèves enfin libres de voler de leurs ailes lui ont réclamé une « fiche mission papier ». De  l’indépendance, oui. De la liberté, non, ou surveillée.

  • BYOD (bring your own device)

Vous leur donnez du tactile, de la tablette du « tais-toi et ramène ton téléphone» pour travailler et ils vous supplient de leur rendre leurs photocopies. Oh oui du papier, des QCM, des pdf, des LIVRES.

Ils ne sont pas fous les élèves… Ils savent qu’avec un papier il y n’a que deux solutions. Lire, écrire. Les plus créatifs vont éventuellement vous faire un peu de test d’objets volants… mais ça n’ira pas plus loin. Et en plus, il n’ y a pas de système de notation pour valoriser celui qui fait voler vos photocopies…

Avec le fichu numérique et le virtuel, on va leur demander de creuser, de s’affranchir, de créer, de publier et en plus de partager. La réelle arnaque à tous les étages.

Quand il faut courir en jeu virtuel et recevoir un « GG » * dans Leagues of Legends ça va…en classe c’est pas pareil.

Liker votre page Facebook pour la classe, ça ne les emballe pas… Normal.

Sphère privée c’est pas la sphère scolaire. Et visse et vers ça. (Quoi ? la réforme de l’orthographe on n’y a pas droit, désolée.)

  • Conclusion ? On fait quoi ? 

On prend son temps. On choisit les outils faciles qui nous plaisent et on avance à notre rythme. On demande de l’aide aux élèves, on regarde d’un oeil critique et on élimine ce qui demande trop de temps pour une utilisation optimale en classe.

Une liste d’outils pas trop difficiles.

On fait ce qui nous plaît.

En attendant que l’horizon numérique s’éclaircisse.

*GG (pas gogol 🙂 mais good game)

Une chronique d’Amélie SILVERT

Commentaires

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4 Comments

  1. Amélie SILVERT 23 février 2016
  2. Kristen 22 février 2016
  3. Michel BACKELJAU 22 février 2016
    • Jean-Pierre 6 mars 2016

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *