La progression à l’année

Rêve ou réalité ?

On est tous passés par là. Au cœur de l’été, quand les journées nous semblent infinies, on se lance des défis. Et si je planifiais TOUTE mon année, maintenant, sur mon transat avec mon exemplaire du dernier roman de Guillaume Musso ?

Allez, allez, vous aussi vous y avez succombé à l’exemplaire d’Anna Gavalda et autres Marc Lévy, que vous avez dévoré avec un soupir coupable car vous aviez délaissé votre dernier Prix Renaudot tout neuf sur la table du salon.

progression

Parce que quand il fait chaud, on se sent romantique et ambitieux.

Et on se fait une promesse, cette année, c’est la fin de l’improvisation, tout sera prévu.

Rentrée le 4 septembre.

Ça y est, attendue et redoutée, cette journée arrive. Les heures précédentes ont été terribles. Que choisir ? Robe estivale ou tailleur sévère ? Queue de cheval, ou brushing lisse ? Je suis myope, je laisse mes lunettes au rencard quitte à voir mon 35e larron du fond tout flou ?

Que reste-t-il de nos plans de travail sur la comète ? Que reste-t-il de nos rêves de domination annuelle ?

Les élèves ont un millésime.

Selon les années, les élèves ont un profil, un style. C’est soit les astres, soit la faute à pas de chance, mais les élèves ne se ressemblent pas d’une année sur l’autre.

Alors, quand on est seul, le regard noyé dans le bleu du ciel, aucun obstacle ne vient s’interposer.

Et on en invente des découvertes de romans, des résolutions d’équations, des précipités de couleurs dans ses éprouvettes et des séances de course avec des tas de Usain Bolt.

Et il faut s’avouer l’évidence, il faudra tout refaire ou s’adapter.

La décision salvatrice.

Avoir décidé pendant les vacances du chemin qu’on allait prendre a quand même des avantages. Je lutte contre mon amnésie, contre mon habitude d’ajouter en favoris des sites géniaux que j’oublie aussi vite. Je concentre au même endroit toutes les ressources pour chaque niveau et ne les active qu’au fur et à mesure.

À quoi bon tout découvrir d’un seul geste ? On perdra sans aucun doute leur intérêt et leur envie de découvrir les ressources. Du coup, les liens ne seront pas interactifs dès le début de l’année. C’est important ; l’abondance de liens et de ressources aura tendance à les perdre. Multitâches les jeunes générations, mais pas multi-cerveaux. Ils ont besoin de colonne vertébrale et pas d’une multitudes de mises en bouches.

 

Créatif le prof ?

Ah, la question qui fâche. Comment la construire, cette fameuse colonne vertébrale ? On répète, on photocopie ou on crée modestement ses contenus ?

Ça dépend des élèves en fait, car il y en a que ça affole le prof en mode « free style ».

Donnez-moi du workbook Madame, de la trace écrite à copier pendant des heures, des cours dictés dans le silence, de l’exercice de grammaire, des devoirs et des punitions, des trucs authentiques qui ont fait leurs preuves.

C’est quoi ces îlots dans lesquels il va falloir que je fasse semblant de donner mon avis, qui plus est en anglais, à un boutonneux à lunettes que je bashe sur les réseaux sociaux, en plus, quand le professeur n’est pas près de moi ?

Et mes plans sur la comète alors ?

Je vais redescendre sur terre, adapter mon contenu à mes élèves, ne plus jamais croire que ce qui me semble évident ne nécessite pas d’explications, ne pas négliger la différence d’âge (oui nous on est du XXe siècle, va falloir s’y faire), me remettre à me répéter sans m’énerver et penser, quand la brume froide sera venue, à mon insouciance de l’été, quand j’avais refait le monde et tous mes cours.

 

Une chronique d’Amélie Silvert

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