Le couteau suisse de l’enseignement

Différencions

Le travail différencié, c’est le couteau suisse de l’enseignement. Et n’ayant aucun compte dans le pays du fromage à trous et du chocolat à la crème, il ne me reste plus qu’à maitriser les subtilités de ce populaire ustensile.

differenciation

Depuis la rentrée, je pratique à haute dose le travail différencié : 4 groupes de besoins (3 pour les élèves qui n’ont pas saisi les notions abordées durant la semaine et 1 pour les cadors qui ont compris avant même l’explication).

– Emma, voyons ensemble les compléments à 10. Serre les poings. Si tu lèves un doigt, combien de doigts devras-tu encore lever pour en obtenir 10 ?

S’en suit le plissement de ses yeux qui préfigure une intense réflexion.

– 4, maîtresse !

Surprise, je m’assure qu’elle dispose bien de ses deux mains et que chacune d’elle compte 5 doigts.

– Non Emma ! Dessine le contour de tes mains, comme en art plastique et fais-moi signe quand c’est terminé.

Cette consigne me laisse, au bas mot, quelques dizaines de minutes devant moi. Je me dirige donc vers le deuxième groupe en prenant soin d’éviter de mettre le pied dans le piège d’une bretelle de cartable.

– Alors Tanguy ! Dis-moi ce qu’on met le plus souvent à la fin d’un nom pour marquer le pluriel.

– Un « S » !

Toute à ma joie, je suis presque prête à exécuter sur le champ la danse de la satisfaction. Mais les bretelles de cartable tels des serpents venimeux, m’intiment l’ordre de me calmer.

– Génial Tanguy ! Et pour les verbes au présent, à la troisième personne du pluriel, que met-on à la fin ?

– Un « X » maîtresse !

– Reprends ton livret de leçons et je reviens dans 5 minutes.

Quel farceur ce chat !

Retrouver son cahier dans les méandres des soufflets de son cartable relève de l’exploit spéléologique. Cela me donne un peu de temps pour visiter le troisième groupe (compréhension de lecture). Il s’agit de dessiner ce que l’on comprend du texte : « Colin observe le manège de son chat. L’animal est tapi sous un banc, prêt à en découdre avec les oiseaux qui picorent du pain dans le jardin ».

– Qu’as-tu dessiné là Abdel ?

– Une grande roue, avec le chat dessus. Mais le chat, il est pas beau !

– Pourquoi une grande roue Abdel ?

– Parce que c’est le manège du chat et je sais pas faire les manèges, c’est trop dur.

– Et ce rectangle près de la grande roue, qu’est-ce que c’est ?

– Ben c’est un tapis maîtresse !

Un moment de grande solitude… Mes épaules s’affaissent soudainement sous la charge des tâches qu’il me reste à accomplir.

C’est décidé ! Aux prochaines vacances, je file en Inde pour voler quelques paires de bras à Shiva…

 

Une chronique de Fabienne Lepineux

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One Response

  1. Fred 25 septembre 2017

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *