Tenue correcte exigée

C’est le règlement !

Cet été, entre deux polars, j’ai choisi d’être au point administrativement et pas seulement pédagogiquement. J’avais envie de me plonger dans les arcanes de la « bête », et je me suis mis à lire le règlement intérieur de mon établissement. Après tout, c’est le genre de tâches que l’on remet toujours au lendemain : quelquefois, il faut savoir prendre le taureau par les cornes ! Je vous vois venir avec vos réflexions moqueuses : « le pauvre, il a dû s’ennuyer ferme » ou encore « il n’allume pas à tous les étages ce collègue ! ». Pourtant vous allez voir, j’ai découvert des éléments qui ont alimenté mes pensées, et je vous assure, ce n’est pas rien.

tenue-correcte

À cette occasion, j’ai découvert, que, sur mon lieu de travail, une tenue correcte était exigée. Pour moi, ceci ne correspondait qu’à un film dans lequel jouait Jaques Gamblin, et rien d’autre. Quand on disait qu’il fallait avoir « le costume de prof », j’ai toujours pensé que c’était une image pour expliquer qu’il fallait cette fermeté, doublée de charisme et de bienveillance, que nous autres, personnels d’éducation, portons si bien (j’espère que vous apprécierez). Mais là, dans le règlement intérieur de l’établissement que je fréquente depuis quelques décades, je découvre que l’expression est au premier degré : on parle d’habit, le vrai ! Certes en des termes suffisamment vagues pour ne pas catégoriser, mais bel et bien de la tenue d’école. J’ai subitement passé en revue les tenues de mes collègues et alors ce fut le grand flou.

Du pantalon de rando au kilt

Que pouvais-je penser de la tenue de mon ami, nous l’appellerons Maurice pour ne gêner personne, prof d’histoire vénéré de ses élèves mais, qui, côté vestimentaire craint à mort ?  (Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait que pure coïncidence). À l’approche de l’été, il vient avec ses sandales, non sans avoir soigneusement équipé ses petits pieds de chaussettes, genre « tennis », et son pantalon de marche, dont on devine qu’il met le même le samedi lorsqu’il part en promenade. Sa tenue, si elle répond au règlement intérieur, c’est que vraiment je ne sais pas ce qu’est une tenue correcte.  Et pourtant, vous l’aurez compris, personne ne lui dit rien : c’est Maurice, notre ami. J’espère d’ailleurs, Maurice, que tu ne te vexeras pas que je te cite pour illustrer cette chronique.

De l’autre côté du spectre, il y a cette charmante collègue que l’on croirait directement sortie d’un catalogue de mode. Lorsque la porte de sa salle est ouverte, on comprend que les élèves soient autant subjugués par son délicieux accent anglais que par ses tenues chatoyantes qu’elle porte à merveille. Ah, les mystères de l’apprentissage…

Que dire aussi de ce collègue qui vient en kilt dans un établissement de notre République ! Il faut dire que les collègues de sciences humaines ont ce côté artistique, qui nous sort parfois de la grisaille et de la morosité. N’ayant aucune information sur les motivations de ce choix vestimentaire, je dirais que notre ami est anticonformiste et qu’il fait un pied de nez au règlement, car il faut l’avouer, son kilt est impeccablement repassé et la tenue est harmonisée avec beaucoup de soin. Après tout, si certains souhaitent se démarquer, pourquoi l’habit ne remplirait-il pas ce rôle ?

Et pour les élèves ?

On le voit, tous les goûts ou non-goûts (désolé Maurice !) sont permis et ne semblent en rien perturber la diffusion des connaissances et des savoirs. Dès lors, quand on demande à un enseignant de ne pas accepter un élève qui n’a pas une tenue correcte, on sent le malaise de certains. Il s’agit ici d’élèves qui ont leurs jeans troués ou de jeunes filles dont on trouve la tenue trop légère, un peu comme cette chronique. D’autant que le filtrage à l’entrée des écoles se révèle parfois insuffisant, car tous ces jeunes gens se présentent en tenues neutres, puis foncent se changer dans les toilettes pour arborer leur habit préféré contre l’avis du fameux règlement. Dès lors, c’est Maurice qui, à l’entrée de son cours doit interpeller le contrevenant et lui dire : « Votre tenue n’est pas correcte, je ne vous accepte pas en cours. »Et là, vous en conviendrez, difficile de ne pas rire, ou, plus sérieusement de ne pas être dubitatif.

On le voit, rien n’est simple s’agissant de l’habit et encore, vous l’avez compris, je ne polémique pas sur les habits porteurs de messages politiques plus radicaux, ça, ce serait une autre chronique, beaucoup moins légère. De là à franchir le pas et souhaiter le retour de l’uniforme à l’école, c’est une autre question. En attendant, je vais me préparer et soigner ma tenue : ce soir, c’est la réunion parents-profs.

 

Une chronique d’Octave

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