Pourquoi je suis contre le port de l’uniforme à l’école

Le Méchant Petit Journal des Profs*

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L’uniforme, vaste supercherie visant à gommer les disparités sociales, l’égalité pour tous et toutes, et j’en passe des meilleures.

Mais moi. J’en veux des disparités sociales et culturelles ! Que serait mon cours, que serait mon Art si je ne m’adressais pas à une foule bigarrée, sorte de melting pot de ce qui se fait de mieux. Et de pire. En tenue vestimentaire.

Ici notre ado gothique qui porte une sculpturale croix et un tee-shirt où est écrit : « la mort, c’est bien ». Là notre fan de Jul, exhibant fièrement les célèbres claquettes-chaussettes, ce qui fait que quoi qu’il rende, il aura forcément deux points en moins de présentation. Sans oublier les fans boutonneux de Star Wars aux lunettes embuées, les lolitas qui font mine de vous dévorer des yeux genre «  le prof, ce pervers, je l’ai dans ma poche, j’ai mis mon push-up Undiz » . Voilà comment on confronte les avis, voilà comment on fait vivre une classe, avec des tensions et des confrontations qui animent votre séquence.

Et puis, ne nous leurrons pas, penser que porter la même chose les rendra égaux est une vaste blague. Il y aura forcément la petite Laura qui aura customisé sa chemise avec une broche Gucci, qu’elle a payé 300 euros. Oui, vous le savez, puisqu’elle le hurle depuis le début de votre cours sur la Guerre mondiale. Et bien sûr, au fond, Tom, qui a cru bon de déboutonner trois boutons de sa chemise pour montrer à tous, et surtout à toutes, les bienfaits de son régime protéiné. La chemise risque d’ailleurs d’exploser car il a dû prendre la taille S, cet idiot. J’hésite à faire évacuer la classe. Et derrière, Malik qui se cache derrière son bouquin, car lui, il teste le régime PPP : Pizza, Pomme frites, Pâtes. Ah ces ados…

Non mais voilà l’uniforme ça vaaaaaaaa ; on peut pas déjà leur demander d’avoir un stylo qui fonctionne, une trousse complète et un cartable dans des dimensions convenables, c’est-à-dire supérieures à celles d’un paquet de cigarettes ; on va pas en plus leur demander de s’habiller tous pareil ! Et puis, moi je me connais, ça va être impossible pour moi de savoir à qui je m’adresse, si on me retire les oripeaux de la fashion week. Rien ne sera plus identique à un Kevin qu’un autre Kevin si je ne peux plus l’appeler Bibleur ou Neymeur.

Donc si on voulait bien faciliter la vie du prof que je suis, et les laisser s’inspirer de nos voisins d’outre-Rhin, après tout l’espace Schengen, le marché commun,  avec lesquels je les bassine à longueur d’année, il se construit là, dans ces détails pourtant infimes, mais qui font de l’Europe un bel ouvrage, une mondialisation des goûts et des couleurs.

Vive la RépuBIRK.

Vive la France.

Une chronique de Frédéric Lapraz

*Une fois par mois, deux enseignants prennent les commandes du Petit Journal. Second degré garanti !

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