Doit-on imposer aux profs d’arrêter les notes ?

Compétences pour tous

Les élèves ont-ils besoin d’être notés ?, c’était le titre de l’émission Du grain à moudre sur France culture le 4 septembre 2017. Dans le collège où je travaille, nous avons répondu collectivement « non » puisque cette année l’évaluation par compétences est généralisée à tous les professeurs et toutes les classes.

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Quand j’écris « collectivement », il faut pour être honnête dire qu’une partie de l’équipe pédagogique ne serait pas sortie des notes pour entrer dans l’évaluation par compétences sans le travail de fond réalisé par un noyau de professeurs, le nouveau Brevet des collèges promouvant la validation des compétences et le passage à un logiciel dédié aux compétences SACoche. Pour que cette bascule de système d’évaluation s’opère, il a fallu répondre à cette question :

Qu’est-ce qui bloque les profs dans la mise en place de l’évaluation par compétences ?

Depuis 2005, nous savons que c’est une attente institutionnelle. Gardant la possibilité de noter leurs élèves, des collègues ont continué comme avant, ne voulant, n’arrivant ou n’osant pas expérimenter ce nouveau mode d’évaluation, la validation du socle commun en fin de 3e se faisant alors au doigt mouillé… Dans mon collège nous étions plusieurs enseignants désireux d’avancer dans ce domaine mais, attendant qu’un consensus se fasse sur cette question, nous bricolions avec notes et compétences sans que les élèves en tirent bénéfice et sans lancer ce qui fait vraiment bouger les lignes : arrêter de noter pour vraiment expérimenter. Pour être en mesure d’apporter une stratégie claire aux collègues dans la mise en place de l’évaluation par compétences généralisée à l’établissement, il a fallu que quelques-uns se lancent (sans attendre une unanimité qui ne serait jamais venue) afin d’initier le mouvement et d’essuyer les plâtres. Ceux qui l’ont fait avaient au préalable tiré un constat de leurs pratiques d’évaluation.

Retours d’expériences

Premier retour d’expériences partagé entre nous : quand l’évaluation par compétences cohabite avec les notes dans une discipline, ce qui est fréquent dans les établissements, les notes sur 20 détournent les élèves comme leurs parents du positionnement et des progressions sur les compétences travaillées. Pour avoir pratiqué cette double évaluation chronophage quelque temps, j’ai compris rapidement que sans un positionnement clair de ma part sur la notation, l’évaluation par compétences serait toujours reléguée au second plan. Choisir un seul mode d’évaluation, ici le positionnement des élèves sur des compétences définies en début de cycle, doit offrir plus de la clarté et l’appropriation par les équipes, les élèves et les familles d’un référentiel partagé.

Deuxième constat, quand l’évaluation chiffrée cohabite avec l’évaluation par compétences dans une équipe pédagogique, ce qui a été le cas dans notre collège l’année dernière, l’édition, la lecture et l’exportation des résultats vers le Livret Scolaire Unique des bulletins pose problème. C’est aux enseignants au fait de l’évaluation par compétences d’amener aux élèves et parents les clés de lecture d’un bulletin hybride où la moyenne générale a disparu mais où des notes côtoient des niveaux d’acquisition. Cet entre-deux n’est pas satisfaisant et oblige à retravailler lors de la remontée des résultats en fin de cycle 4.

Troisième réflexion, « l’usine à cases » est l’écueil à éviter absolument. Pour y arriver, deux éléments me semblent essentiels :

  • les profs doivent avoir la main sur le logiciel afin d’éditer eux-mêmes leurs référentiels. Il faut que les équipes disciplinaires travaillent sur leurs référentiels et puissent effectuer des modifications sans avoir à passer par l’administrateur qui est souvent issu de l’équipe de direction. Dans notre collège, le principal adjoint volontaire et habile avec Pronote avait entré les référentiels de toutes les équipes ou enseignants souhaitant évaluer par compétences. Mais ces référentiels travaillés en équipes disciplinaires se mélangeaient avec un référentiel mis par défaut sur Pronote où la profusion d’items et le verbiage rendaient sa compréhension difficile.
  • les profs doivent adapter leur référentiel au public qui va l’utiliser. Le jargon professionnel nous est utile pour penser la progressivité des apprentissages mais noie élèves et parents quand il s’agit d’expliquer ce que l’on attend comme savoirs, savoir-faire ou savoir-être. Remplaçons l’item « Identifier des continuités et des ruptures chronologiques pour s’approprier la périodisation de l’histoire et pratiquer de conscients allers-retours au sein de la chronologie » par « Je sais me repérer dans le temps » et nous sommes compris de tous. En complément du référentiel de mon établissement, j’ai réalisé une infographie détaillant les compétences travaillées en HGEMC qui offre aux élèves et à leurs familles une lecture plus agréable et des ressources pour progresser.

 

Quels outils ?

Au cours de l’année dernière, nous avons réfléchi à quelques-uns (direction comprise) au logiciel qui serait le plus adapté. Nous avons opté pour SACoche, logiciel pionnier dans l’évaluation par compétences qui répond parfaitement aux attentes actuelles. Fin juin, début juillet, les enseignants du collège ont été formés à l’utilisation de ce logiciel avec un objectif : partir en vacances avec des référentiels pour les cycles 3 et 4 opérationnels. Pour revenir au titre de cette chronique : a-t-on imposé aux enseignants de mon collège d’arrêter les notes ? Grâce au cheminement décrit plus haut, j’ai plutôt l’impression que nous sommes arrivés à les accompagner dans une démarche que l’institution nous demande de longue date de mettre en place. Bien sûr, cette année ne sera pas idyllique car chacun sait qu’il aura des réglages à faire. Mais le choix pertinent d’un logiciel et d’un seul mode d’évaluation dans l’établissement nous fera gagner en cohérence, en temps et cela au profit de la réussite des élèves.

Une chronique d’Emmanuel Grange

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3 Comments

  1. Alain Ecuvillon 4 octobre 2017
  2. CAUET 3 octobre 2017
    • Emmanuel Grange 4 octobre 2017

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