Toute l’école au « pestacle »

Une expédition

Partir avec tous les élèves de l’école est une expédition plus sportive que culturelle !

Il faut impérativement faire la sourde oreille aux lamentations qui tournent en boucle :

« J’ai chaud ! J’ai envie de faire pipi ! J’ai soif ! C’est quand qu’on arrive ?… ».

ecole-spectacle

On compte nos élèves au sortir de la classe, on compte nos élèves au sortir des toilettes, on compte nos élèves avant de monter dans le bus et, comme s’ils avaient pu descendre en route, on les compte au sortir du bus !

On tente de les faire se ranger par deux en enviant le savoir-faire des autres collègues qui semblent nous narguer avec leur rang digne des meilleures troupes napoléoniennes.

Violons ou crampons

On les installe dans la salle du Zénith, au milieu de 6 000 autres gamins qui ont chaud, qui ont envie de faire pipi, qui ont soif et qui demandent quand est-ce que ça commence ?

Le silence est devenu un concept surréaliste. On se demande si on va assister à une Coupe du monde de foot ou à un concert de musique classique !

Les musiciens semblent avoir troqué leurs crampons pour des queues de pie. Ils prennent place sous les huées du jeune public qui n’a pas encore saisi que les violons et clarinettes remplaçaient le ballon rond.

Les artistes ont bien compris que s’ils voulaient finir à l’heure, il était inutile d’attendre un silence qui ne viendra pas. Les lumières se tamisent et la musique résonne. Certains enfants se taisent et semblent même savourer le spectacle. D’autres poursuivent paisiblement leurs conversations pendant que mon jeune voisin n’a de cesse de lisser les plis de son nouveau tee-shirt de foot polyester et de sculpter sa mèche dont le gel n’a pas résisté à la chaleur.

Sur scène, la voix des chanteurs lyriques parvient à couvrir les chuchotements et les lamentations « J’ai envie de faire pipi ! J’aime pas la dame en rouge qui chante ! C’est quand qu’on part ?».

Le Barbier de Séville semble les barber ! Puis arrivent les danseurs de hip-hop et les tambours du Bronx. C’est la liesse dans la salle. Enfin une musique qui convient aux oreilles du jeune public.

Se succèdent enfin pour le show final les danseurs classiques, les chanteurs lyriques, les rappeurs et les percussionnistes. Cette belle cacophonie fait bien pâle figure à côté de celle des gradins. Les professionnels ne se ménagent pas pour offrir aux enfants un spectacle qui devrait les laisser sans voix. Eux ne ménagent pas leurs efforts pour poursuivre coûte que coûte leurs conversations avec leurs camarades.

Inoubliable ?

Heureusement, certains ont beaucoup aimé, d’autres ont découvert de nouveaux univers et une poignée n’en aura aucun souvenir après la descente du bus.

À la fin du spectacle on compte nos élèves en montant dans le bus et à la descente, on s’assure qu’aucun ne manque à l’appel.

On répond enfin à leurs lamentations en les autorisant à aller boire, à aller faire pipi et à rentrer en classe. Avant même que l’on ait eu le temps de leur demander ce qu’ils ont pensé du spectacle, des doigts se lèvent. On leur offre la parole en espérant un commentaire riche du champ lexical des émotions.

« C’est quand qu’on fait sport ? On n’a pas fait informatique aujourd’hui… »

Une chronique de Fabienne Lepineux

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