Speed-dating des parents

5 minutes seulement !

Et voilà les conseils de classe sont passés. Le temps est venu des « rencontres parents-profs »…

Plus proche du speed-dating, en fait, que de la découverte mutuelle. Car il faut en faire tenir des choses en 5 minutes.

speed-dating-parents

Eh oui le temps est compté. Il faut être un grand professionnel pour savoir employer ce temps efficacement.

Il vous faudra déjà (si vous ne faites pas partie des matières « nobles » bien sûr) convaincre les parents de l’importance de votre matière . « Ici on travaille beaucoup les compétences transversales qui seront nécessaires dans de nombreuses matières pour la suite de la scolarité de votre enfant. » (Je vous raconte pas bien évidemment, lorsque vous n’intervenez qu’en AP.)

Il vous faudra aussi gagner en crédibilité en paraissant suffisamment sérieux et pro . Étalez alors vos grilles de compétences ou une liste avec de nombreuses notes. Là « ça pose un prof ».

Éviter les pièges classiques

Par exemple, ne plus vous rappeler du nom de l’élève. L’appeler par le prénom de son aîné passé 3 ans plus tôt dans l’établissement. Ne pas se rappeler de sa classe. Ou bien encore, le confondre avec un autre élève (« oh pardon, je viens de me rendre compte que ses notes ne sont pas si dramatiques que ça »). Ou pire encore, ne plus se souvenir de l’élève lui-même (« il est dans la classe depuis quand ? »).

Et tout ça, bien sûr, en dépit des 42 parents qui viennent de se succéder depuis 3 h.

Mais ce ne sont jamais les bons.

Il vous faudra enfin parler de l’enfant, même (et surtout) si l’on n’a rien à dire (« il a été pas mal absent, il me semble ? »)

Car au final quels parents rencontrons-nous ? Souvent ceux pour lesquels il n’y a que peu de choses à dire. Et très souvent, ceux que nous souhaiterions ne se déplacent même pas.

Quant à ceux qui sont là, c’est bien souvent plus pour voir celui ou celle dont ils ont tant entendu parler à la maison, que pour écouter les conseils que vous pourriez donner.

Et puis quelquefois…

Certains s’illustrent particulièrement.

Il y a le parent pas très investi, qui interpelle son « rejeton » plus ou moins discrètement d’un : « C’est qui lui ? » ou d’un laconique : « C’est quoi SVT ? (à transposer dans votre matière) Ah oui ! La science nat. » Et là, il faut savoir rester stoïque.
En général, ils vous expliquent ensuite qu’ils n’ont jamais aimé votre matière et qu’ils n’y ont jamais rien compris, alors si leur « gamin » a des problèmes…
Certains vous lâchent, d’un air fataliste : « Nous non plus on sait pas comment le tenir. »

Il y a à l’inverse les parents surinvestis qui vous demandent où vous en êtes dans le programme, si vous allez le finir ensuite et de justifier certains de vos choix pédagogiques : méfiez-vous de ceux-là. Il se pourrait que ce soient des profs.

Et pour clore l’entretien

Il vous faudra trouver le moyen de couper court pour recevoir le parent qui attend depuis 30 minutes son tour. Et là tout dépend de la situation.

Le plus souvent votre interlocuteur vous écoute poliment (peut-être n’ose-t-il pas vous avouer qu’il ne comprend rien à votre jargon), parfois prend quelques notes (peut-être prépare-t-il sa liste de courses, ou alors tout simplement se fait un « morpion »).

Mais s’il semble prendre ses aises et s’installer, chacun sa méthode.

Certains concluent par un « Bon ! » (très sonore) ou « bien, je crois qu’on a fait le tour de la question ». D’autres utilisent la méthode du pilier : tel un rugbyman, ils plantent leurs deux bras devant eux sur le bureau puis se lèvent… Très efficace, je vous la recommande. Mais vous avez certainement la vôtre !

Suivant !

Il est temps alors de tendre, rapidement, le nez dans le couloir pour attraper au vol le parent qui paraît le plus désespéré. Et tout cela sans se faire lyncher par les autres parents, visiblement excédés. SHOW MUST GO ON !

Bien entendu, j’exagère, mais je plaide tout de même coupable : 5 minutes, pour moi, c’est vraiment trop court !!! 
Et pour expier mes fautes, lorsque je ne rencontre pas les parents, c’est maintenant à moi d’attendre 30 minutes à la porte des salles du collège pour parler 3 minutes avec les professeurs de mes enfants.

Alors, assis sagement sur mon siège, parent au milieu des parents, je peux vous garantir que je fais preuve du plus grand flegme. Et lorsqu’enfin, je rentre dans la salle, je tâche d’être le plus bref possible pour chaque entrevue.

Une chronique de Damien Thomas (un prof navré de vous avoir pris plus de 5 minutes pour lire sa chronique)

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