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L’ancien élève

Étonnantes retrouvailles

On se fait aborder sur le parking du supermachin : ce visage m’est familier. Il me demande 50 centimes parce qu’il est en panne d’essence avec son oncle d’Alès, blablabli blablabla, je lui réponds que je le connais, j’ai été son enseignant quand il était au CM2, je m’en souviens (comment l’oublier), ça ne le percute pas.

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Oh Monsieur vous me parlez là ? Il a dû se faire envoyer balader un certain nombre de fois avant qu’on lui parle, il faut reconnaître que son histoire de panne d’essence à 50 centimes et d’oncle alésien, personne n’y croira jamais. Il a vraiment l’air paumé et un peu pénible. Je lui demande de me rappeler son nom et c’est là qu’il est extraordinaire : il me donne son nom puis son prénom, le vrai, façon état civil ou garde à vue, nom puis prénom et voilà ça me revient c’est bien lui, Jonathan B, c’était en 2009, j’étais stagiaire, je faisais ma première année dans l’enseignement élémentaire, il effectuait probablement sa dernière dans l’enseignement traditionnel.

C’était un remplacement de trois semaines, j’étais en PE2, le titulaire était parti en stage de 3 semaines. C’était en 2009, il y avait encore des PE2, et il y avait aussi des stages de 3 semaines. Je les avais mis en rang, lui était juste à côté du rang et il m’a tutoyé : « Tu vas galérer. Oh comment tu vas galérer ! » J’ai pas mal galéré.

Il avait douze ans et c’était tête contre tête. Fallait pas le louper. J’ai fait tout ce qu’on ne m’avait pas appris à l’époque dans ce qui s’appelait encore l’IUFM : je l’ai chopé par le bras, le col, les sentiments, et finalement ça s’était plutôt pas mal passé. J’étais motivé, il ne l’était pas, on s’était équilibré. Il se battait tout le temps, une vraie teigne, tout roux, tout rouge, des yeux très bleus, une racaille rousse et bleue, une vraie petite brute. La teigne. Pas de parents, pas d’envie, rien de rien.

Il ne se souvient pas

Bon, il ne se souvient pas de moi. Il a dû se faire choper par le col un certain nombre de fois. Alors on pourra dire que ces gamins-là, il ne faut pas les choper par le col. Moi je veux bien. Mais c’était lui ou moi.

Sur le parking, avec mes enfants, on charge et on part. On le recroise, il est avec son oncle imaginaire à radiner des pièces de 50 centimes pour rentrer à Alès. Il me fait vraiment de la peine. Je lui fais un signe de la main. Il me salue, il a parlé deux minutes et j’ai l’espoir un peu naïf que ça lui a fait du bien.

Une chronique de Papa Lion

Commentaires

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Vincent Lion

Vincent Papalion, professeur des écoles en ZEP qu'on appelle à présent REP et qu'on appellera HELP, un jour. Pas de recette miracle sinon l'opiniâtreté et le sens de la dérision. Et l’amour du métier, bien entendu. Allez les enfants, au travail !

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  • Souvenir …. Votre histoire me rappelle la mienne… Laurent L, il s’appelait. Quand il a sonné à la porte et que j’ai ouvert, je l’ai reconnu instantanément. Il venait me livrer une table à manger, avec ses collègues déménageurs… Au moins, il avait du boulot, c’est déjà ça…
    « Vous vous rappelez, en CM2, à ….., « . Non, il ne se rappelle pas, il ne se rappelle de rien, cet élève mutique au regard traqué… Moi aussi, Papa Lion, j’étais débutante, mais la promo encore d’avant la vôtre, bien encore avant, celle où on est passé du CAP au DI, avec le DEUG de sciences de l’éducation, c’était en 1983. Je n’ai rien su faire pour cet élève.
    Je lui ai posé plein de questions, comment c’était le boulot de déménageurs, si ça lui plaisait, quelle formation il fallait faire…. Des questions à la noix pour meubler le silence (c’est le cas de le dire !). Il répondait par monosyllabe. Son collègue, un grand baraqué, m’a dit : « Vous frappez pas, ma ptite dame, c’est un taiseux, le Lolo…, mais y bosse bien! »
    Merci Papa Lion de m’avoir rappelé cette histoire….