Les cheveux en 4

Tragédie capillaire

Après 15 jours de vacances (je sais, c’est un sujet qui fâche et qui fait des jaloux), je me lève aux aurores (aurores de fonctionnaires : 7 heures du matin) pour atteindre la première le Graal de notre profession : la photocopieuse !

cheveux

8 heures : mes collègues ont les mêmes aurores que moi et je ne suis pas la première !

8 heures 15 : bourrage papier. Un jeune acolyte ouvre les tiroirs, peste, s’excuse et relance bon an mal an la cracheuse de papiers qui, après 15 jours de repos, est aussi prompte au travail qu’un cheminot à qui l’on annonce son statut de nanti !

8 heures 30 : c’est mon tour !

8 heures 45 : la sonnerie nous rappelle nos obligations statutaires : ouvrir les grilles de l’école.

C’est un moment hors du temps, hors de toute rationalité ! Derrière les grilles, trépignent d’impatience des élèves qui, un quart d’heure plus tard, regretteront déjà d’être en classe et s’assiéront en soupirant. Cela ne les empêchera pas de recommencer le lendemain et les jours suivants… C’est à croire qu’ils sont atteints d’amnésie ou que les prémices d’Alzheimer les guettent déjà. J’ai l’impression de passer en boucle le film «Le Réveil de la marmotte » !

Coupe improbable

Parmi le flot des élèves, il y en a un qui retient toute mon attention. Il passe en trombe. Il est vêtu d’un survêtement en polyester brillant aux couleurs de son équipe de foot favorite. Mais ce qui attire mon regard, c’est sa chevelure. Le pauvre enfant a dû se faire couper les cheveux par une stagiaire atteinte de cécité. Pire, ses parents ont voulu le punir en le contraignant à arborer une coupe de cheveux improbable. Ou bien était-ce juste un pari ?

Je l’observe, prête à intervenir si l’un de ses camarades ose se moquer de sa coupe hitlérienne.

Aucune réaction ! Il joue sans honte et sans complexe. Quelle abnégation, quel courage, quelle grandeur ! Alors que je formule dans ma tête la lettre qu’il faudrait que j’écrive à mon inspection pour dénoncer une carence éducative flagrante, pour témoigner d’un harcèlement parental évident, trois garçons passent le portail avec la même coupe de cheveux. Serait-ce un club de parents maltraitants installés à proximité de notre établissement?

9 heures : tout le monde entre en classe.

L’un de mes élèves a le crâne rasé, mais il lui reste une touffe de cheveux conséquente qui lui cache presque l’œil droit. On dirait la houppette de Titeuf sans le gel.

« J’espère que vous avez passé de bonnes vacances les enfants !

– Oui maîtresse ! me répond Adolphe. Mes parents y zont bien voulu que je me coupe les cheveux comme Neymar ! »

 

Neymar. Ne serait-ce pas le joueur de foot dont les problèmes de cheville occultent à eux seuls la guerre en Syrie, le salon de l’agriculture et l’évacuation du site de Bure ?

 

Vais-je être capable de passer outre cette coupe footbalistique ? Je vous promets de faire tout ce qui est en mon pouvoir mais permettez-moi d’attendre avec impatience que ses cheveux repoussent !

Une chronique de Fabienne Lepineux

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