Apprentissage et voie professionnelle : de quel œil les voyez-vous ?

Nous vous avions demandé il y a quelques semaines de répondre à quelques petites questions sur l’apprentissage et la voie professionnelle, actuellement en cours de réforme. Merci pour votre participation ! Nous sommes aujourd’hui en mesure de vous présenter les résultats, avec une analyse de notre partenaire ToutEduc.

voieproapprenti

Il faudrait « effectuer des visites en LP pour connaître les filières proposées » écrit un enseignant de collège. Il faudrait « inviter les profs de collège à venir découvrir nos formations », écrit un de ses collègues en lycée professionnel. Le WebPédagogique a mené l’enquête sur le regard que portent les enseignants (de collège, de lycée d’enseignement général et technologique, d’enseignement professionnel et d’enseignement agricole) sur la voie professionnelle et l’apprentissage, et l’un des éléments qui ressort des réponses aux questions ouvertes, c’est la méconnaissance qu’ont les enseignants les uns des autres.

Ils sont près de 700 à avoir répondu aux questions de notre confrère. À noter que celui-ci teste actuellement un nouvel outil pour l’aide à l’orientation pour les collégiens, des casques de réalité virtuelle qui permettent aux élèves de s’immerger dans un univers professionnel, par exemple une boulangerie-pâtisserie dont l’atelier serait trop petit pour accueillir une classe entière. Une région, Pays de la Loire, et les fédérations du commerce et de la distribution, de la propreté et du numérique, ont déjà fait connaître leur intérêt. De nouvelles vidéos 360° sont en cours de tournage (le site ici).

Pour les enseignants, il est clair qu’enseignement professionnel et apprentissage ne sont pas suffisamment valorisés (90 %) alors qu’ils sont 60% à penser que l’apprentissage est « une voie d’excellence », ce qu’ils ne sont que 47,5 % à penser pour les lycées professionnels. Ils sont toutefois 55 % à penser qu’ils sont « suffisamment informés » pour donner des conseils et orienter un collégien vers la voie professionnelle.

Les réponses aux questions ouvertes donnent toutefois une image plus nuancée de leur vision de l’enseignement professionnel. L’idée que « tous les élèves ne sont pas faits pour faire de longues études » revient souvent, sous diverses formes, mais pour beaucoup, l’orientation intervient trop tôt : « Je suis professeur principal de 3e et je trouve les élèves de collège trop jeunes pour être dirigé vers l’apprentissage. » Un autre déclare : « Les jeunes sont souvent trop tôt confrontés au monde des adultes. »

L’apprentissage a souvent une bonne image, « pour apprendre véritablement un métier », pour « réaliser le métier précis que l’on désire », mais pas toujours : « les professionnels ne jouent pas le jeu », « l’apprentissage est soumis aux besoins des entreprises et ne répond pas aux besoins de formation des élèves », « pas assez d’enseignements généraux »… Un enseignant en SEGPA est plus précis : « très peu de nos élèves trouvent un maître d’apprentissage. Lorsqu’ils réussissent à  décrocher un contrat d’apprentissage, peu le mènent à terme ou [ils] ne sont pas embauchés en fin de contrat. »

Le regard sur les lycées professionnels est partagé. Certes, « les LP ne laissent personne sur le côté », « les enseignants ont l’ambition d’amener les élèves le plus haut possible », « ils sont bien plus à l’écoute des élèves en difficulté » et « certains rebondissent de façon exceptionnelle ».  « La pédagogie s’adapte à des profils très divers. » De plus, « contrairement à l’apprentissage », le LP « ne peut sélectionner ses élèves, s’adresse à tous »…

Mais « la formation est trop déconnectée de la réalité professionnelle (au dire des chefs d’entreprise et professionnels concernés) » estime l’un, tandis que beaucoup dénoncent une « concentration d’élèves en échec ou peu motivés » : « on y envoie les élèves faute de mieux », « indiscipline, irrespect ». Autre problème soulevé, celui des débouchés : « nous sommes très fiers d’aider ces jeunes à trouver leur voie… à la seule condition d’offrir des formations dans lesquelles il y a du travail ». La difficulté à trouver des terrains de stages et d’immersion en milieu professionnel est également évoquée à plusieurs reprises.

Et surtout, l’expression d’un manque de considération : « Je suis enseignant lycée agricole ; les élèves comme les enseignants ont trop souvent l’impression d’être des invisibles. » Un autre témoigne : « Un élève qui a de bons résultats au collège est dirigé même contre son envie vers le LG la majorité du temps. » D’ailleurs, « l’apprentissage ou l’alternance d’une façon générale ne font pas partie des gènes de l’Éducation nationale ». Et pourtant, « c’est une voie de seconde chance, une offre de rebond. »

Mais « peut-être à tort, j’ai une mauvaise image des lycées pros. En fait, je les connais peu », avoue l’un. « Combien de décrocheurs en LP et combien de contrats rompus dans la voie de l’apprentissage ? Assez bizarrement, ces chiffres sont peu accessibles… », s’inquiète un autre. « Nous n’avons que peu de retour sur la réussite des élèves qui s’y engagent, peu de statistiques à faire valoir pour motiver un jeune vers cette voie, sans compter qu’il faut également convaincre les parents. »

Un enseignant a peut-être LA solution : « Que les deux [apprentissage et voie professionnelle] soient exclusivement confiés à l’Éducation nationale. Afin qu’il n’y ait déjà pas plus de concurrence qui brouille les pistes. » Simpliste ?

Voir les résultats quantitatifs de l’enquête sur l’apprentissage et la voie professionnelle ici :

 

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