Les dix phrases qui m’énervent le plus en tant qu’enseignant

Aucune ne va vous étonner

  1. « C’est à MOI de ramasser, y a pas la femme de ménage qui va passer ? »

Quand vous vous rendez compte que votre classe ressemble plus à Oradour-sur-Glane qu’à une salle de cours, que les Kleenex jonchent le sol, témoignage du virus carabiné d’avril dit « du nez coulant ». Qu’entre ces Kleenex, vous discernez les polycopiés que vous VENEZ de distribuer et qui donc sont assimilés à des produits jetable.

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Alors vous en chopez un ; jamais au hasard bien entendu, celui qui parle bien trop fort ou qui ricane bien trop bêtement et vous en faites la victime expiatoire, le bouc émissaire : LE PHARMAKOS va nettoyer la cité. OUI. LUI. Et à coup sûr il sortira cette phrase, en mode DEDAINGNOS KALIMEROS. Car il pense réellement que la dame d’entretien, en plus du risque d’attraper leurs bactéries dégueulasses, va remplir leur classeur, ranger leur cahier. Et pourquoi pas répondre à la question 3 ?

 

  1. « Ne vous inquiétez pas Monsieur… »

Si à chaque fois que vous aviez entendu cette phrase, vous aviez gagné un euro, vous ne seriez pas là en train d’écrire cette chronique. Non mais les gars vous seriez aux Maldives ! Pardon. Vous auriez racheté les Maldives. Car, cette phrase, qui est d’un euphémisme absolu (y a qu’à voir l’état de vos ongles quand arrive le mois de juin et les épreuves de BEP et de BAC PRO), sort toujours de la bouche de celui pour qui vous avez le plus d’inquiétudes. Pardon de certitudes.

« Inquiet ? Mais de quoi ? Que tu n’aies toujours pas de classeur ou de stylo bleu en fin d’année (ça suffit le trip je suis un artiste j’écris avec un crayon de couleur) ou plutôt que tu ne saches toujours pas quelle matière j’enseigne ? Non il n’y a aucune raison que je dissèque une grenouille au prochain cours, mon gars ».

 

  1. «  Y a que moi qui parle ? À eux vous leur dites rien ? »

La Délation. Pratique à la fois outrageante et répandue dans nos classes qui consiste à transférer sa faute sur un ou plusieurs autres membres du groupe. On a déjà vu cela dans le passé :

«  C’est pas moi c’est Clyde. » (Bonnie)

«  Y a pas que moi dans l’avion quand même ! » ( aviateur du B-29 Enola Gay )

La stratégie est simple. Il n’est pas le seul fautif. Et pourtant. VOUS. VOUS le despote mal éclairé vous semblez n’accuser que LUI. Alors que manifestement il n’est que la brindille dans l’immense maelstrom des bavardages de la classe. Alors pourquoi ne pas commencer par les Autres, après tout, faites preuve d’un peu de Justice.

En général, sur vous, cette phrase a l’effet d’une douche glacée tout au long de votre dos. Et un picotement sur votre tempe, signe avant-coureur d’un jet de stylo sur le délateur. Car votre bureau est bien trop lourd.

 

7. «  Faut l’écrire ça ? »

Car les élèves croient bien trop souvent que vous avez des actions chez Velleda et qu’il vous plaît de gonfler le chiffre d’affaire de cette entreprise en barbouillant le tableau de flèches, de couleurs, de soulignements. Et pourquoi pas, dans votre grande folie, écrire la date juste pour vous en rappeler, en aide-mémoire. Faire un petit rappel des chiffres aussi hein ? Qu’il est bon d’écrire au tableau pour soi après tout. Ça fait passer le temps. Bien entendu : le seul jour où vous préciserez aux bambins de ne pas écrire ce qui est au tableau, car c’est une étude préalable au brouillon, la plupart auront déjà tout recopié. Voilà.

 

6. «  Toujours vous nous donnez des feuilles. »

Car vous faites partie de ces enseignants ringards qui distribuent encore des polycopiés. C’est vrai, ils ont sans doute des profs qui leur donnent des bonbons, des bons d’achats pour Carrefour ou des magazines sur l’architecture hongroise. Vous n’êtes donc pas à la page, au goût du jour. Mais vous entreprenez d’étudier la prise de cours sur un paquet de Granola.

Je vous tiendrai informé des résultats.

 

  1. « Monsieur vous nous aimez pas c’est ça ? »

Mais comment dire ? M’avez-vous vu arriver avec une combinaison en latex et une boule de métal qui m’empêcherait de m’exprimer ? Pensez-vous donc que d’une part je sois là pour aimer 30 gamins, sur 4 classes, ce qui ferait 120 petits cœurs dont il faudrait que je m’affectionne. D’autre part, avez-vous vraiment TOUT fait. Pardon je reformule. Avez-vous fait quoi que ce soit pour que je pusse exprimer un ersatz de fœtus de sentiment d’affection à votre égard ? Quand Roméo a rencontré Juliette. A-t-il roté en sa présence ? Lors du premier rencard ? Il y a donc cette barrière entre vous et moi, mais qui ne vous empêche absolument pas de répondre à la question 3.

 

  1. « Monsieur, on va pas travailler ? »

Phrase qui arrive en général un jour de forte pluie, ou de neige (ce qui à Marseille est un synonyme de cataclysme), ou encore quand il y a eu une légère altercation l’heure précédente. Comme si l’enseignant avait deux choix qui s’imposaient à lui, car travailler n’est absolument pas une chose possible vu les conditions actuelles. Donc il peut débriefer la situation : pourquoi pleut-il ? Les conséquences sur notre cuir chevelu et la coiffure made in Babyliss de Lucas. Vous avez une heure. Ou bien installer une piscine gonflable au milieu de la salle et laisser les élèves s’ébattre gaiement.

 

  1. « Je vous parle pas, vous me parlez pas. »

Phrase qui arrive lors d’une altercation avec le jeune, quand vous lui faites une remarque qu’il juge désobligeante ou ordurière devant tous ses camarades de classe (ici c’était « peux-tu souligner la définition en rouge ? ») et voyant le ton monter entre vous façon western spaghetti, il va sortir la phrase visant à mettre un point final à votre diatribe. Et surtout avoir le dernier mot. VOUS ME PARLEZ PAS. Bim. Comme ça pète. Oui mais alors que devez-vous faire ? Préciser à chacune de vos phrases que vous ne vous adressez pas à lui ?

« Veuillez tourner la page et lire la page 65. Ceci ne s’applique pas à Nathan. »

« Veuillez évacuer les locaux, il y a un incendie. Je ne parle pas à Nathan. »

Ça pose tout de même un problème d’éthique.

 

  1. « Mais monsieur, je vous jure c’est important là ! »

Alexia vient d’envoyer son quinzième texto durant le cours. Elle est assez naïve pour croire que vous ne la voyez pas récupérer son portable dans son sac alors qu’elle est au premier rang. Allô. Et la prenant sur le fait, elle va vouloir justifier son acte répréhensible par une pirouette absolument désastreuse, invoquant « des graves problèmes de famille ». Bien entendu. Quel problème de famille peut justifier ce même gloussement à chaque message reçu ? Et ce teint rubicond qu’elle prend lorsqu’elle répond à ce même message, suivi des mots « c’est tarpin bien » ?-

  • Mon frère est gravement malade, c’est tarpin bien ?
  • Mon père est au chômage, c’est le kiff ?
  • Ma mère s’est disputée avec l’avocat, ça me fait grave rougir ?

 

  1. « On l’a pas fait, ça, dans la leçon ! »

Car il est bien évident que vous construisez vos évaluations quand vous êtes en état de manque de substances illicites, tout simplement alcoolisé ou durant une grosse soirée en boîte de nuit et qu’il est rarissime que vous consultiez les leçons afin de poser des questions adéquates. Une évaluation sur Colomb, vous demandez le PIB de la Chine. Une rédaction sur l’imaginaire ? Demandez en sus tout un paragraphe sur la féodalité. Le but après tout c’est d’avoir la paix durant une heure, et voir vos élèves transpirer à grosses gouttes avant d’éponger leur sueur. Et jeter leur Kleenex.

Sur le sol.

 

Vous en voulez encore ?

Et vous, quelles sont les phrases que vous ne supportez plus ?

Une chronique de Frédéric Lapraz

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10 Comments

  1. Thierry LG 22 mai 2018
  2. FB 27 avril 2018
  3. Anaphore 27 avril 2018
  4. cycloclasse 25 avril 2018
  5. Marie-Laure 25 avril 2018
    • Genevieve 8 mai 2018
  6. Anne Chauvin-molle 24 avril 2018
  7. Dominique 23 avril 2018
  8. z. 23 avril 2018
  9. Sabine 20 avril 2018

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