Faut-il craindre les F.D.P (Fils/Fille De Prof) ?

NON PAS DU TOUT !

fredzarp

– Car les enfants d’enseignants sont souvent les plus compréhensifs. Quand il est 16 h 00, dans votre salle de classe surchauffée par l’astre solaire (excusez-moi le lycée, mais c’est quoi le but ? Mettre les jeunes sous serre pour les faire mûrir ? INVESTISSEZ DANS DES RIDEAUX !), que vous galérez avec votre concordance des temps, dont tout le monde se fout, avouons-le. Ils sont là, avec un regard des plus compatissants et opinent du chef d’un air entendu. Compréhension tacite. Car ce sont souvent eux qui tiennent la tête de leurs parents quand ils vomissent après s’être mis leur race au genépi, à la fin du douloureux mois de septembre. Reprise toujours difficile. Certains esquisseront même un « chut » à leur camarade de gauche, qui hurle depuis dix minutes

« Encore aurait-il fallu que JE LE SUSSE HAAAAAAAAAAAAAA !!!!!!!! ».

Putain de concordance.

– Car les enfants d’enseignants vous rendent les réunions parents-prof plus faciles. Oui, ce sont ceux qui arrivent souvent, la tête basse, certains pleurant déjà car ils SAVENT, EUX, ils savent que dans ces moments-là tout peut se jouer (le cyclo, la play, l’enfermement dans sa chambre pour une durée indéterminée) et que LE professeur, VOUS, n’avez pas dû oublier ce qui s’est chuchoté durant votre cours il y a six mois, LA phrase malheureuse sur votre embonpoint naissant. Cette phrase-là, prononcée sans doute trop vite. Va ressortir car l’enseignant n’oublie rien.

Nonobstant, vous aurez toujours dans ces entretiens et avec ces parents une poignée de main fraternelle (qui peut durer plus de deux minutes) ou un baiser prussien, signe de filiation pédagogique. Ou encore une bonne bouteille de genépi.

– Car les enfants d’enseignants appliquent ce qu’on appelle le service minimum. Vous donnez des questions de compréhension en classe. Ils vont les aborder ; ou du moins faire semblant d’y réfléchir, du bout du quatre couleurs. Ce qui est déjà pas mal par rapport au gamin devant vous qui a déjà fait de votre polycopié un Boeing 747, Boeing qui vient de s’écraser sur Damien, le réveillant de sa sieste matinale. Et quel plaisir de récupérer un devoir maison fait maison, avec ses petites recherches bien faites bien propres. Tout est bien souligné. Et même si il y a des mots comme maïeutique du savoir ou diégétique dans un résumé de Père Castor, c’est pas grave (se souvenir que la mère de Linda est agrégée de lettres).

 

OUI TOUT À FAIT !

– Car les FDP sont reconnaissables aux petits mots. Vous savez bien. Les petits mots que l’on trouve partout sur le corps et les affaires de l’enfant. Sur sa copie que vous lui avez rendue hier. Un petit mot : « êtes-vous sûr que la question 3 ne mérite pas davantage, l’essentiel a été dit non ? » Là, vous levez la tête et vous regardez le garçon susnommé Timothée, qui vous toise en souriant de manière narquoise. Vous avez envie alors de lui enfoncer votre criterium façon trachéo dans la gorge. Et vous répondrez : « Je n’ai pas pu mettre davantage, ne voulant pas favoriser la réflexion de groupe, mais je vous encourage à prendre contact avec la famille de Bastien autour d’un brunch entre vous, décidant à qui je mettrai zéro ». Des petits mots. Toujours des petits mots. Sur le carnet : « Ne faudrait-il pas diversifier vos situations d’apprentissage, comme on le préconise dans le BO du 12 février 2004 ? » Notez la formule. La question rhétorique. La morgue syntaxique.

Vous allez tellement la diversifier, la situation, qu’il va suivre le cours mais en permanence. Dans un autre contexte en somme. Connard.

– Car ces enfants vous demanderont forcément du temps supplémentaire pour tout. À la fois en classe, par des questions pertinentes et perturbantes (je le sais, moi, qui sont les Présidents de la Seconde République ??! Tu vois pas qu’on parle des tremblements de terre en Asie !! Demande à ta mère !) ; mais aussi en dehors, avec des rendez-vous qui n’en finissent pas. Car le rendez-vous avec l’enfant de prof finira forcément (ou débutera, si vous avez pas de chance) par cette phrase délicieuse : 

« Vous savez que, moi aussi, je suis enseignant ? »

Non. Sans déconner ? Le thermos de café à la main m’avait déjà mis sur la piste. Et là. Tout s’enchaîne. Il faudra entendre les anecdotes croustillantes sur son bahut, ses élèves. Il finira en éclatant de rire. Ou en pleurant et laissant de la morve sur votre épaule. Et vous. Vous aurez perdu une heure de votre vie, une heure qu’on ne vous rendra jamais. Une heure non payée qui plus est.

– Car ces enfants vont vous faire douter. Forcément. De votre désir de paternité. Allez-vous réellement vous reproduire et ainsi jeter votre progéniture dans le bain bouillonnant scolaire, face à des profs comme vous ? Allez-vous, vous aussi, tyranniser le corps enseignant en pensant que votre enfant est « différent » ?

«  Je sais que ça paraît caricatural mais je t’assure que Noémie, elle est vraiment plus intelligente que la moyenne, je pense qu’elle a VRAIMENT un haut potentiel ouais ouais ouais ouais (en hochant la tête et fermant les yeux). »

Donc il faut réfléchir à tout ça. Fils de prof. C’est pas une insulte. Mais ça peut être une gageure*.

 

Une chronique de Frédéric Lapraz (et son double)

 

(*pour la prononciation, demandez à la prof agrégée.)

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