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fredzarp

Faut-il remplacer un(e) collègue pour des oraux du baccalauréat ?

Oui tout à fait !

fredzarp

  • Car si vous n’avez jamais eu l’impression de dominer le monde, si vous ne vous trouvez aucune ressemblance avec Poutine, Staline, Lénine ou Tonya Harding quand vous vous regardez dans une glace, c’est et ce sera le vrai et seul moment de votre vie où vous sentirez que vous êtes la puissance totalitaire incarnée. Personne en effet, n’a jamais fondu en larmes en entendant le son de vos tatanes. Ne s’est présenté devant vous avec le regard du lapin albinos qui va être piqué pour mauvaise conduite.

Vous allez être craint. Chaque regard que vous porterez sur les jeunes ces jours-là sera synonyme d’une possible échappée gastrique momentanée. Chaque question sera une angoisse, chaque sourire une incertitude. Chaque serrage de main. Une moiteur palpable.

Vous pourrez en jouer. Ou pas. Ça, c’est au choix. Mais si vous aimez arracher les ailes des insectes, l’oral du bac est sans doute fait pour vous.

 

  • Car c’est aussi un moyen de découvrir des établissements nouveaux, des directeurs nouveaux, des collègues de jury nouveaux. Quoi de mieux que d’aller voir ailleurs pour mieux se rendre compte de la chance qu’on a dans SON propre établissement. Les souvenirs resteront gravés, de cet établissement si mal desservi que vous avez dû faire une note de frais comprenant les dégradations du véhicule ; de ce proviseur qui ne vous a pas accueilli, mais qui a veillé à ce que vous ayez l’eau courante et quasi potable dans le labo de science, la salle la plus exiguë de tout son bahut. De ces collègues si compatissants qui refusaient d’augmenter leur note de 0,20 dixième, tout ça car l’élève avait mal orthographié le mot hypoténuse. Souvent en revenant vous serrerez vos collègues dans vos bras sans qu’ils ne sachent pourquoi. Réaction émotive instantanée. Et vous leur payerez une Badoit.

 

  • Car c’est également le moment opportun pour voir le niveau des autres élèves et vous rassurer. Vous guetterez ainsi, à l’affût, non pas des petites erreurs d’étourderies dues au stress, mais les grosses. Les maxi. Les bêtises tellement énormes qu’elles s’abattent sur vous telles un tsunami et vous laissent exsangue, entre rire nerveux et spasme. Et au départ du candidat, vous laisserez éclater votre joie en hurlant dans la salle (ou le laboratoire) : JE NE SUIS PAS SEUL !!!!!

Si vous étiez en première année d’enseignement, parfait petit puceau pédagogique, vous auriez levé les yeux au ciel en vous demandant quel enseignant pouvait laisser partir un élève avec si peu de préparations et le cartable rempli de fausses vérités. Pestant sur la désagrégation du système scolaire. Désormais vous seriez prêt à demander à ce même collègue comment il est arrivé à faire mémoriser à l’élève l’intitulé de vos matières : «  E.M.C…Éducation …médicale des civils ? »

 

Non pas du tout !

 

  • Car c’est aussi le moment de voir arriver ce qu’on appelle les EVD, Élèves en Voie de Disparition. Vous savez bien. Ils arrivent habillés correctement, et pas comme s’ils allaient faire un 500 mètres après l’oral (monsieur ça va j’ai mis le survet de la Lazio pour passer l’Italien !), coiffés de manière normale et ils parlent sans avaler les mots…

Ex : «  …jour’…psser …ral …tnez …cation… » en lieu et place de « Bonjour monsieur, je viens passer mon oral, tenez, ma convocation ».

Et surtout, ils ONT PRÉPARÉ !!! Car l’oral peut également se préparer de manière traditionnelle, et pas « à l’inspi », au « talent », « à la chicha de Tonyo avec une charbon fraise menthe ».

Vous sortirez démoralisé. Ne comprenant pas d’où viennent ces apprenants. Vous leur demanderez bien entendu leur provenance et vous comprendrez qu’il n’y a jamais de mutation dans ces lycées-là. Les profs y restent jusqu’au décès, mourant durant une séquence.

  • Car le collègue ne vous a pas prévenu que vous faites passer l’oral de contrôle. C’était le matin et il vous a cueilli à froid près de la photocopieuse alors que vous galériez à faire passer un A5 en A3 sans déperdition d’espace. Il vous a aidé et vous auriez dit oui à tout à cet instant-là.

« Ouais ouais ça va oral de contrôle ouais ouais… »

MAIS C’EST LE 5 JUILLET L’ORAL DE CONTRÔLE !!!!!!!!

Depuis un mois, vous essayer de croiser ce collègue mais impossible de mettre la main dessus, le gars est un courant d’air. Vous avez appelé chez lui et même sa femme ne vous répond pas vraiment, restant évasive, « Il est en ville », « Il est par là… », « Il te rappellera… ». Rien. Forcément. Vous ne savez même pas comment on s’habille un 5 juillet ! En général dès le premier vous êtes en tongs, short et débardeur. Voilà bordel va falloir ressortir les affaires d’hiver.

  • Car vous êtes à bout. Car vous savez que sur les 12 profs convoqués. 6 seront absents. 3 seront en retard. D’une journée. Ils viendront demain. Et vous serez donc 3 pour accueillir la meute d’élèves, pardon LA MEUTE D’ÉLÈVES, ce qui veut dire environ 60 élèves dans la journée. Du sang, des larmes, de la sueur, des postillons. Voilà ce qui vous attend. Vous vous sentez comme Léonidas dans la bataille des Thermopyles (ou comme disent vos élèves du Dermophil, car les Spartiates prenaient soin de leur peau).

Vous vous accrochez à votre feuille de notation, les doigts crispés sur votre stylo et vous savez, savez que la journée va être longue et qu’elle sera le parachèvement de ce qu’on appelle dans le milieu éducatif une ADM. Année de merde. Le premier arrive et vous voilà devant votre fatum.

«  …sieu ’ral d’contrôl… vocation… »

Et merde…

Une chronique de Frédéric Lapraz (et son double)

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Frédéric Lapraz

Enseignant depuis plus de dix ans en lycée professionnel à Marseille.
"Toujours vivant, toujours debout."
Adepte du cynisme et du second degré.
Sévit également sur sa page Facebook: Zarp'in LEP.
N'hésitez pas à commenter mes chroniques. j'adore.

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