La difficulté des enfants précoces

Le lycée français de New York a eu la chance d’accueillir le 29 août 2012 Claudine Gault, formatrice pédagogue et membre de l’Association française des enfants précoces (AFEP). Dans la conférence intitulée « Comment prendre en charge les enfants précoces ? » qu’elle a donnée à tous les professeurs réunis, elle a bien expliqué qu’un enfant précoce était le plus souvent un enfant en grande difficulté, et a insisté sur la nécessité d’une prise en charge adaptée. Reconnaître les signes de la précocité s’avère donc tout à fait primordial pour aider l’élève à trouver sa place et s’épanouir dans le système scolaire.

Les enfants dits « surdoués », « précoces » ou « à haut potentiel » sont confrontés à des difficultés d’adaptation à l’école, car ils ne sont pas juste à proprement parler « en avance », mais reflètent une manière profondément différente de fonctionner. Or, comme le souligne fort justement Claudine Gault, non seulement personne n’a tendance de prime abord à plaindre les personnes intelligentes, mais en plus certaines aptitudes hors normes peuvent faire peur aux autres et à conduire à une forme d’ostracisme. Elle donne ainsi l’exemple de jeunes filles précoces qui, pour s’adapter au groupe de pairs, ont tenté de museler leurs capacités et ont développé des troubles anorexiques venant témoigner de l’étouffement de leur véritable personnalité.

Claudine Gault rappelle que ces enfants n’ont pas des facilités dans tous les domaines, et les résultats des tests d’intelligence qui font une moyenne de la compréhension verbale, de la logique, et de la motricité ne permettent pas toujours de les identifier.

D’ailleurs, certains enfants précoces souffrent d’écarts de développement entre la conceptualisation et le geste : ils rencontrent alors des difficultés motrices, comme des difficultés à écrire par exemple. pouvant entraîner de véritables phobies scolaires.

A la lenteur liée à ces dyspraxies s’ajoute parfois celle liée à un grand perfectionnisme. Claudine Gault donne ainsi l’exemple d’un élève brillant en Histoire-Géographie qui rendait copie blanche à ses devoirs, parce qu’il en savait trop et ne savait pas par où commencer ! Apprendre à ces élèves comment sélectionner et organiser les informations nécessaires dans la somme de connaissances qu’ils possèdent s’avère de fait un point fondamental de l’enseignement dispensé.

Claudine Gault souligne en outre l’écart entre l’intelligence et la sphère affective chez ces enfants, qui peuvent être très immatures alors même qu’ils résolvent les équations les plus complexes…

Elle met enfin l’accent sur les difficultés d’adaptation et les problèmes de comportements fréquents qui se posent dans une école qui leur demande d’être logiques, factuels, organisés, studieux, de suivre le pas à pas… alors qu’ils sont intuitifs, synthétiques et émotifs ! Il ne s’agit pas cependant d’hyper-activité, étant donné qu’ils peuvent rester concentrés des heures sur un sujet qui les passionne.

Je reproduis ici le tableau qu’elle a projeté lors de la conférence, et qui met en parallèle les caractéristiques du bon élèves, et celles de l’élève dit « surdoué » :

bon éléve  élève surdoué
connaît la réponse pose des questions
intéressé curieux
a de bonnes idées a des idées folles
travaille dur ne travaille pas
demande des réponses s’attache aux détails
au meilleur niveau de la classe au dessous du niveau
écoute sagement affirme fortement ses opinions
apprend facilement sait déjà
a besoin de répétitions n’a pas besoin de répétitions
comprend les idées manipule l’abstraction
aime ses pairs préfère les adultes
copie, reproduit crée
amie l’école aime apprendre
intègre l’information manipule information
mémorise devine
aime les séquences aime la complexité
heureux d’apprendre exerce sur tout son esprit critique

Très concernée par le bien-être de ces enfants, Claudine Gault énumère un certain nombre de leurs points faibles, tels que :

- l’impulsivité

- la compulsion à parler, mais pas pour gêner

- le manque d’organisation

- la nervosité voire l’anxiété

- le manque de sommeil

- le sentiment d’inadéquation et d’infériorité

- la solitude

- le besoin de sécurité

- les somatisations (maux d’estomac par exemple)

Ne sachant pas comment travailler, il arrive que ces enfants pourtant extrêmement curieux et performants se démotivent, et s’investissent dans des activités extra-scolaires au détriment de leur réussite.

Voilà pourquoi il apparaît très important d’être sensibilisé à cette question, pour pouvoir sortir des représentations idéalisées et apporter une aide véritablement adaptée à ces enfants, paradoxalement, en difficulté à l’école.

Nathalie Anton

Laisser un commentaire