Les difficultés scolaires à l’épreuve de la littérature…

Citons aujourd’hui un extrait de Narcisse et Goldmund, le merveilleux récit de l’allemand Hermann Hesse publié en 1930, dans lequel le jeune Goldmund expérimente à l’adolescence la difficulté de réussir à l’école malgré les efforts fournis :

« Il ne savait plus lui-même où il en était. Il avait le désir, la volonté, d’être un bon élève (…). Il ne percevait en lui aucun autre voeu. Aussi trouvait-il bien étrange et pénible de constater que ce but simple et beau était si difficile à atteindre. Avec quelle stupéfaction il découvrait parfois en lui des inclinations et des dispositions blâmables : la dissipation et la répugnance dans ses études, le goût de la rêverie et des chimères, ou bien la somnolence pendant les leçons, l’esprit de révolte et l’aversion qui le dressaient contre le professeur de latin, la susceptibilité, l’impatience, la colère à l’égard de ses camarades. »

Il est clair que la plupart des jeunes qui ne parviennent pas à se concentrer ou à prendre du plaisir à étudier ne sont pas délibérément fainéants, mais souvent traversés d’émotions et de pensées qui échappent à leur contrôle et qu’ils voudraient eux-mêmes maîtriser. Les houspiller ou les dévaloriser n’est donc certainement pas la réponse à apporter à cet état de fait…

Bonnes vacances à tous !

Nathalie Anton

Réflexion sur les relations parents-professeurs

« Affectivement concurrentielles, les relations entre enseignants et parents sont inévitablement conflictuelles. Comment pourrait-il en être autrement, et particulièrement à l’adolescence (…) quand le jeune ne se satisfait plus de l’image que lui renvoient ses parents et recherche des modèles de substitution ? »

Jean François, Profs, Parents. Démission impossible. Ramsay, Paris, 2003.

Etre ou ne pas être un « bon » professeur

S’il ne s’agit évidemment pas ici de stigmatiser ni de caricaturer les pratiques enseignantes, il nous semble tout de même essentiel de pouvoir saisir quelles sont celles qui peuvent rebuter les élèves. Nous nous appuierons ici sur deux études menées sur ce sujet en Angleterre et en France à 25 ans d’intervalle, et qui se recoupent sur de nombreux points.

La première est celle qui a été menée par Rosser et Harré (1976) et citée par Peter Woods dans son ouvrage Ethnographie de l’école. Les élèves interrogés répondent que le «mauvais enseignant» est celui qui :

« - tape sur les nerfs,

- continue comme si de rien n’était,

- est ennuyeux,

- traite les élèves comme des enfants,

- se conduit comme s’il n’avait jamais été jeune,

- refuse d’expliquer,

- manque de volonté,

- traite anonymement,

- est injuste. »

 

La seconde recherche choisie est celle de B. Charlot, E. Bautier et J.-Y. Rochex conduite en 2000 et rapportée dans leur ouvrage Ecole et savoir dans les banlieues et ailleurs. Voici les réponses qu’ils ont obtenues auprès des élèves interrogés sur le «mauvais enseignant»:

« - Il frappe,

- il explique mal,

- il ne fait jamais de contrôle,

- il conseille mal,

- il n’est pas « cool »,

- il a des manières bizarres,

- on ne peut pas parler avec lui,

- il n’a pas d’autorité,

- il « panique » les élèves,

- il [les] endort. » (p.55-56)

On constate en croisant ces deux énumérations que le fait de mal expliquer, de ne pas être à l’écoute, de ne pas susciter l’intérêt, de manquer d’autorité et d’être injuste constituent des griefs récurrents chez les élèves. Reste que si la critique et facile, l’art d’enseigner est difficile !

Nathalie Anton