17 juin, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES, SUD
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Réfugiées ou déplacées, les mouvements de populations sont “sans précédent” selon le HCR
LE MONDE | 17.06.08
New York (Nations unies), correspondant
AFP . Cris Bouroncle
Après une baisse de 2001 à 2005, le nombre de personnes prises en charge par le HCR est en augmentation pour la deuxième année consécutive
Le Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) a dû s’occuper en 2007 de 25,1 millions de personnes réfugiées à l’étranger ou déplacées à l’intérieur de leur pays, un chiffre “sans précédent”, selon un rapport de l’agence onusienne paru mardi 17 juin. Après une baisse de 2001 à 2005, le nombre de personnes prises en charge par le HCR est en augmentation pour la deuxième année consécutive, principalement en raison de “la situation instable en Irak”, où le nombre de personnes déplacées dans leurs frontières est passé de 1,8 million à 2,4 millions en un an
Cette augmentation globale est “un sujet de préoccupation”, a déclaré dans un communiqué le haut-commissaire pour les réfugiés de l’ONU, Antonio Guterres. Selon l’ex-premier ministre portugais, “un mélange complexe de défis mondiaux” pourrait “engendrer un risque accru de déplacements forcés à l’avenir”. Parmi ces défis, M. Guterres mentionne “la dégradation de l’environnement liée au climat, qui renforce la compétition pour des ressources rares”, ainsi que “la très forte hausse des prix qui frappe avec une dureté particulière les pauvres et qui est source d’instabilité”.
Le HCR, qui emploie plus de 6 300 personnes dans 110 pays, opère une distinction entre les “réfugiés”, contraints de quitter leur pays pour échapper à un conflit ou des persécutions, et les “déplacés internes”, chassés de leurs foyers par des violences ou des catastrophes naturelles, mais qui résident toujours dans leur pays d’origine.
3 MILLIONS DE DÉPLACÉS EN COLOMBIE
Selon l’Internal Displacement Monitoring Center, cité dans le rapport, le nombre de “déplacés internes” victimes de conflits est passé de 24,4 millions de personnes en 2006 à 26 millions en 2007, dont 13,7 millions ont reçu une aide du HCR (contre 12,8 millions en 2006). Avec quelque trois millions de déplacés, la Colombie est le pays le plus touché, suivie de l’Irak, de la Somalie (600 000 personnes déplacées au cours de 2007) et de la République démocratique du Congo (565 000 déplacés cette même année).
Entre 2006 et 2007, le nombre de réfugiés comptabilisés par le HCR est passé de 9,9 à 11,4 millions, mais plus des deux tiers de cette augmentation sont dus à un changement de méthode statistique. A eux seuls, les réfugiés afghans (3,1 millions de personnes) vivant au Pakistan ou en Iran, et les réfugiés irakiens (2,3 millions) vivant en Syrie ou en Jordanie constituent près de la moitié du total des réfugiés. Viennent ensuite la Colombie (552 000 réfugiés), le Soudan (523 000), la Somalie (457 000) et le Burundi (376 000).
Les Irakiens figurent au premier rang des demandeurs d’asile (52 000), devant les Somaliens (46 100) et les Erythréens (36 000). En 2007, 647 200 demandes d’asile ont été soumises, un chiffre en augmentation pour la première fois depuis quatre ans. Les principaux pays de destination ont été les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, la Suède, la France, le Royaume-Uni, le Canada et la Grèce.
L’agence de l’ONU, qui précise n’avoir “pas la prétention de fournir une image complète des déplacements forcés à l’échelle mondiale”, souligne aussi des évolutions positives. En 2007, 731 000 réfugiés ont été volontairement rapatriés, notamment en Afghanistan (374 000) et au Soudan sud (130 700). En Afrique, le nombre de réfugiés a diminué de 6 % et au total, 2,1 millions de “déplacés internes” sont rentrés chez eux.
Philippe Bolopion
17 juin, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, BIRMANIE, RISQUES, SUD
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“Corps éparpillés” et “situation apocalyptique” en Birmanie, selon les humanitaires
LE MONDE | 10.05.08
REUTERS/STR
“La situation sur le terrain est vraiment désespérée”, explique Aye Win, du Centre d’information des Nations unies.
Un spectacle effarant, difficilement soutenable. Les premiers témoignages des rares équipes de secours parvenues dans le delta de l’Irrawaddy, la zone de Birmanie dévastée le 3 mai par le typhon Nargis, font état d’un véritable désastre humanitaire. Alors que le bilan officiel s’établissait, samedi 10 mai, à 23 335 morts et 37 019 disparus - les estimations officieuses continuent d’évoquer près de 100 000 morts -, les scènes de dévastation rapportées par ces témoins ne font que souligner l’urgence d’une assistance internationale que la junte militaire birmane n’accepte, selon les ONG et l’ONU, que trop lentement.
Le programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a affirmé, samedi 10 mai dans la soirée, avoir récupéré la cargaison d’aide arrivée à bord d’un de ses avions en Birmanie pour secourir les sinistrés du cyclone Nargis. “La cargaison est entre nos mains, ils nous l’ont remise”, a déclaré Marcus Prior, un porte-parole du PAM à Bangkok, qui n’était en revanche pas en mesure de dire quel était le statut du second avion de l’ONU arrivé samedi à Rangoun, un appareil du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) arrivant de Dubaï et transportant des biscuits énergétiques. – (Avec AFP.)“La situation sur le terrain est vraiment désespérée, explique Aye Win, du Centre d’information des Nations unies, contacté par téléphone à Rangoun. Nous atteignons nos limites. Nos personnels reviennent du delta (de l’Irrawaddy) et les histoires qu’ils nous racontent sont difficiles à supporter. Certains sont assez affolés en revenant. Il y a des corps éparpillés.”
A Médecins sans frontières (MSF), un chargé de communication, Frédéric Baldini, rapporte depuis Genève le témoignage du chef de mission de MSF-Suisse en Birmanie : “Il a rencontré un résident d’un village du delta affirmant craindre n’être que le seul survivant.”
A Paris, Thomas Gonnet, directeur des opérations d’Action contre la faim (ACF), est en contact permanent avec une équipe de l’association présente sur les lieux. “Un paysage de désolation et une situation apocalyptique, tels furent les premiers mots de notre équipe arrivée, mercredi, à Bogalay, l’une des villes les plus touchées par le typhon”, rapporte-t-il.
Pour parcourir la centaine de kilomètres qui relient Rangoun et Bogalay, le premier convoi d’ACF, avec sept tonnes de riz, a dû faire de nombreux détours : ponts détruits, circulation bloquée, risques d’attaque sur la route. Le spectacle découvert par l’équipe d’ACF à Bogalay fait état d’une ville rasée et entourée d’eau contaminée par les cadavres en décomposition. Si les autorités retiennent le chiffre de 10 000 morts dans cette zone, le chef d’équipe d’ACF estime que près de 200 000 personnes sont en danger sur une population initiale de 350 000 habitants.
Ce responsable de terrain a, vendredi, décrit par téléphone à Thomas Gonnet la présence d’environ 60 000 ruraux, paysans ou pêcheurs - venus chercher du secours à Bogalay. “Ils n’ont plus d’eau, plus à manger, plus d’animaux, plus de semences, plus de rizières, les stocks de riz sont vides.” Il a également évoqué l’existence d’un camp de réfugiés de près de 20 000 personnes au coeur même de la ville. “Le problème, précise M. Gonnet, c’est que les autorités locales nous ont interdit l’accès à ce camp et ne nous laisse pas distribuer nous-mêmes l’aide aux victimes.”
“La colère de la population est palpable, et notre équipe sur place nous a fait état de violences”, rapporte le directeur des opérations d’ACF.
Des tensions sont apparues entre les membres du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU, présents à Rangoun, et le gouvernement birman. Vendredi, alors que des équipes du PAM déchargeaient 38 tonnes de vivres et d’équipements sur l’aéroport, des autorités locales ont saisi la cargaison. Le PAM a alors annoncé la suspension de toute livraison.
Joint au téléphone vendredi, à Rangoun, l’un des représentants du PAM en Birmanie, Marcus Prior, indique que les autorités ont expliqué leur geste par l’absence d’autorisation. “Ils nous connaissent pourtant bien, remarque M. Prior. Nous sommes dans ce pays depuis longtemps, et nous sommes déjà présents à Bogalay mais aussi à Laputta, la première ville touchée par le typhon.”
La junte a indiqué, vendredi, que “la Birmanie donne la priorité à la réception de l’aide et à sa distribution, par ses propres moyens, dans les régions frappées par le typhon”. Les organisations humanitaires suspectent le régime de vouloir en fait détourner l’aide internationale. En fin de journée, le PAM revenait sur sa décision et annonçait qu’il assurerait ses vols de samedi tout en poursuivant les discussions pour pouvoir contrôler l’ensemble de la distribution de l’aide.
Paul Risley, le porte-parole du PAM à Bangkok, où se regroupent les équipes humanitaires en attente de visa, n’en dénonce pas moins l’attitude des autorités birmanes qui ont fermé leur ambassade pour quatre jours en raison d’une fête. “C’est une attente de quatre jours qui n’a pas lieu d’être”, a-t-il déclaré.
Si le delta de l’Irrawaddy est la zone la plus touchée, les environs de Rangoun n’ont pas été épargnés. “Dans la zone de Rangoun, 80 % des maisons sont détruites, rapporte à Paris Françoise Sivignon, chef de la mission Birmanie de Médecins du monde (MDM). Les gens sont réfugiés dans les monastères, les écoles et les églises.”
Joe Larry, délégué à l’information de la Croix-Rouge, est arrivé à Rangoun de Bangkok vendredi. “Les arbres ont été arrachés, les toits des maisons rappellent des boîtes d’étain ouvertes, rapporte-t-il au retour d’une visite dans les banlieues de la cité. Il n’y a pas d’électricité, les rues les plus proches de Rangoun sont toujours couvertes d’eau. Les enfants jouent dans l’eau accumulée, sûrement contaminée, et courent le risque d’attraper des maladies.”
Jacques Follorou et Philippe Bolopion (à New York)
6 juin, 2008
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Entretien avec Olivier Appert, président de l’Institut français du pétrole
Faire face au troisième choc pétrolier

LEMONDE | 04.06.08
Le monde subit-il troisième choc pétrolier, comparable à ceux de 1973 et 1979 ?Comparable, non. Dans les années 1970, il s’agissait d’un choc d’offre. L’augmentation brutale des cours était liée aux conflits au Moyen-Orient. Les prix ont été multipliés par trois en quelques mois après l’embargo pétrolier de 1973 et en 1979-1980 après la révolution iranienne et le début de la guerre Iran-Irak. Nous subissons aujourd’hui un renchérissement plus progressif qui tient à la hausse de la demande. Après avoir stagné à 20-25 dollars entre 1986 et 2003 (avec un effondrement à moins de 10 dollars en 1998), le baril s’est peu à peu apprécié. Il a fallu plusieurs années pour que les cours soient multipliés par cinq, poussés par la demande croissante des pays émergents, Chine et Inde en particulier. Autre différence, le début des années 1970 marquait la fin des “trente glorieuses” dans les pays industrialisés caractérisés par des déséquilibres de l’économie mondiale. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont été le rhume qui a tué ce malade déjà affaibli. Aujourd’hui, c’est au tour des pays émergents de vivre leurs “trente glorieuses”. Or les économies des pays industrialisés sont plus robustes.
Il existe tout de même des similitudes entre les deux périodes…
Oui. Dans les années 1960, les prix des matières premières étaient bas. Cela n’a pas favorisé l’investissement. A la fin des années 1960, les cours ont fortement augmenté, mais la production n’a pas pu suivre la demande. On assiste aujourd’hui à un phénomène semblable. Les années 1990 ont été caractérisées, pour ces matières premières, par des cours faibles entraînant sous-investissement et baisse des stocks. Face à la demande des pays émergents, les prix ont été la seule variable d’ajustement.
Quels sont les responsables ?
Dans ce genre de situation, on cherche des boucs émissaires. Pour l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ce sont les spéculateurs. Pour les pays consommateurs, c’est l’OPEP. Et tout le monde vilipende les compagnies pétrolières. Or, on ne peut reprocher aux Chinois de vouloir améliorer leur niveau de vie ou critiquer les pays émergents qui veulent que leur population s’alimente mieux.
L’OPEP ne peut-elle produire plus ?
Elle a perdu le pouvoir de maîtriser les prix à la hausse, car ses capacités à accroître à court terme sa production ont quasiment disparu. Et avec l’envolée de leurs revenus, les pays producteurs ne voient pas la nécessité de pomper davantage. “Pourquoi investir dans le pétrole pour faire plaisir à des gens qui ne nous aiment pas au lieu de le faire dans des écoles, des hôpitaux et des routes ?”, me confiait récemment un Saoudien. L’OPEP reste aussi traumatisée par la situation de 1998, lorsque le baril était tombé sous les 10 dollars. Ses membres sont réticents à lancer de lourds investissements. Seule l’Arabie saoudite s’y est engagée. Enfin, les pays producteurs n’ont pas profité de la manne pétrolière des années 1970 pour diversifier leurs économies et assurer leur développement. Cette fois, ils sont déterminés à le faire. Du coup, ils ne veulent plus dilapider leurs ressources, mais les faire durer le plus longtemps possible.
Pourquoi les compagnies pétrolières, qui réalisent des profits sans précédent, n’investissent-elles pas plus ?
Elles sont confrontées, depuis 2000, à des difficultés d’accès aux ressources liées au regain du nationalisme pétrolier (Russie, Venezuela, Iran…). Elles ont de l’argent, mais un terrain de jeu limité pour l’investir. A noter que ce qui leur revient, sur un litre d’essence vendu à la pompe en France, n’est que de l’ordre de 10 % à 15 % du prix. La majeure partie des recettes va aux pays producteurs, et aussi aux pays consommateurs, via la fiscalité.
Reste la spéculation…
C’est le bouc émissaire idéal ! Certes, elle accentue la volatilité des cours, mais elle ne détermine ni les tendances ni les niveaux de prix. C’est l’écume au-dessus des vagues : elle est d’autant plus forte que la vague est forte, mais ce n’est pas l’écume qui crée la vague.
Le déséquilibre entre l’offre et la demande est-il durable ?
Il existe un déséquilibre entre la croissance de la demande et l’insuffisance de la production. Il faut néanmoins distinguer le court-moyen terme du long terme. Dans le premier cas, la demande des pays émergents semblant assurée et les capacités de production paraissant plafonner, l’ajustement ne peut se faire que par les prix. Il faut bien voir que dans les années 1970, pour produire de l’électricité, les alternatives au pétrole (le nucléaire et le charbon) existaient et ont été vite mises en oeuvre. Aujourd’hui, le pétrole est de plus en plus concentré sur les transports et il n’y a pas encore d’alternative massive aux carburants d’origine pétrolière. En outre, les taxes (dans les pays riches) et les subventions (dans les pays pauvres et les pays producteurs) jouent un rôle d’amortisseurs, ce qui explique que l’élasticité de la demande au prix soit faible. La hausse du prix du brut n’est que partiellement répercutée sur le consommateur et sa consommation baisse peu. Quand le prix du baril double, la hausse des prix à la pompe est de 20 % et la demande mondiale ne recule que de 3 %.
En revanche, le revenu par habitant a un fort impact sur la consommation d’énergie. Dans les pays émergents, quand le revenu par habitant augmente de 10 %, la consommation de carburant augmente d’un montant identique. Il y a deux ans quand Patrick Artus, directeur des études de la banque Natixis, envisageait un baril à 300 dollars en 2015, cela semblait impossible. Souhaitons que cela le soit.
Et à plus long terme ?
Il faut en même temps réduire la demande et augmenter l’offre en sachant qu’il n’y aura pas d’impact immédiat. La progression de l’offre passe par la poursuite du développement technologique et la relance de l’investissement, notamment hors de l’OPEP. Il y a des perspectives sur l’offshore ultra profond, où l’on a fait des découvertes importantes dans le golfe du Mexique et au Brésil, ainsi que sur les sables asphaltiques (Canada…). L’envolée des prix du pétrole permet la mise en production de gisements jusque-là non rentables. Les technologies permettant de créer des solutions de substitution au pétrole progressent. L’autre partie de la réponse passe par un ralentissement de la demande. Il faut relancer les politiques d’efficacité énergétique des pays consommateurs. Pendant quelques décennies encore, le transport routier reposera sur les carburants liquides. Mais si les politiques de l’offre et de la demande font preuve de continuité, on devrait retrouver une situation plus équilibrée et des prix moins élevés.
La thèse du pic de production est en vogue. La partagez-vous ?
Les écologistes nous rappellent que le monde est fini. Bien sûr, la quantité de pétrole présente dans l’écorce terrestre est limitée. Mais le montant des réserves dépend surtout des conditions techniques, économiques et environnementales du moment. En 1973, on estimait les réserves à trente ans de la consommation d’alors. Depuis, on a consommé une fois et demi les quantités de réserves estimées. Et pourtant, on pense aujourd’hui qu’il y a quarante ans de réserves. On peut exploiter maintenant des ressources inaccessibles avant 1973. Et on pourra sans doute à l’avenir produire des ressources non exploitables aujourd’hui. Le taux de récupération du pétrole dans les gisements existants a fortement augmenté. S’il passe de 35 % à 50 %, cela entraîne un quasi-doublement des réserves.
Le ralentissement de la croissance mondiale peut-il changer la donne ?
Une dégradation forte et durable de l’économie mondiale aurait évidemment un impact sur le prix du pétrole. Ce n’est pas le cas actuellement. Le ralentissement de la croissance dans les pays développés, notamment aux Etats-Unis, se traduit par un recul de la consommation, mais il est, pour le moment, compensé par l’augmentation de la demande des pays émergents et des pays producteurs. Quant à l’inflation, on n’assiste pas jusqu’à présent aux dérapages des années 1970. La situation la plus dramatique est celle des pays pauvres.
Quelle est la marge de manoeuvre des gouvernements ?
Il doivent agir dans la durée. Il n’y a pas de solution miracle pour résoudre les défis énergétiques et environnementaux auxquels le monde est confronté. Il faut mobiliser toutes les solutions, les économies, mais aussi les autres sources d’énergie. Toutes les filières ont des avantages et des inconvénients et ont leur rôle à jouer. Pour favoriser l’émergence de solutions alternatives, il faut maintenir un signal de prix cohérent avec les perspectives d’une énergie chère et les préoccupations de lutte contre le changement climatique. La vérité des prix est nécessaire pour que changent les habitudes et les comportements. Il est aussi nécessaire de mettre en oeuvre des politiques d’accompagnement pour les activités économiques et les populations les plus affectées par l’énergie chère.
Propos recueillis par Eric Leser et Jean-Michel Bezat
6 juin, 2008
1-HISTOIRE, CONTEMPORAINE, ETATS-UNIS
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Après la victoire de B.Obama Le Monde jeudi 5 juin 2008
Historique!
L’un des arguments qu’une partie de la droite distille, à mots plus ou moins couverts, contre Barack Obama, est qu’il n’est pas vraiment américain. D’ascendance à moitié étrangère, élevé quelques années en Indonésie, avec un premier prénom africain et un second arabe, sa vision de l’Amérique serait celle des autres, du reste du monde, des “aliens”. Ces nativistes ne voient pas ce que tous les médias des Etats-Unis chantent depuis hier : un Noir candidat à la Maison Blanche, c’est “historique”! Et s’il y a bien une chose qui plaît par-dessus tout aux Américains, c’est de penser qu’ils font l’histoire. Patrick Jarreau

Obama-McCain, la bataille commence John McCain et Barack Obama, en janvier 2007 au Sénat à Washington| AP La campagne pour l’élection présidentielle du 4 novembre a commencé, mercredi, après la victoire de Barack Obama aux primaires démocrates, avec un premier sondage, pour CBS, qui place le sénateur de l’Illinois 8 points devant John McCain. Le candidat républicain a proposé de nouveau à son adversaire une série de débats publics, une idée qui lui est venue, selon Newsweek, en regardant un documentaire de HBO, il y a deux ans, sur Barry Godwater, candidat républicain en 1964. Interrogé sur ABC, Obama s’est dit d’accord pour ces “débats d’hôtel de ville”, comme ils sont appelés là-bas. Le San Francisco Chronicle y voit un pari risqué, car de tels face-à-face pourraient “mettre en valeur la force du républicain et mettre en évidence les faiblesses d’Obama”. McCain est déjà passé à l’attaque en s’emparant du slogan du démocrate, “le changement dans lequel nous pouvons croire” pour se présenter, lui, comme “un dirigeant en qui nous pouvons croire”, rapporte l’Associated Press. Avantage financier au démocrate Dans la compétition entre les deux candidats, Obama a l’avantage d’avoir récolté trois fois plus d’argent que McCain, 265 millions de dollars contre 90 millions - 172 millions d’euros contre 58 millions -, souligne le Los Angeles Times, qui s’attend à ce que le démocrate “laisse tomber le financement fédéral, son calendrier et ses plafonds”. Le quotidien de Los Angeles explique aussi que la bataille va se livrer surtout dans des Etats qui ont voté pour George Bush en 2004 et où Obama a attiré beaucoup d’électeurs, dans les primaires démocrates, cette année. L’un de ces Etats est la Virginie, où le Times-Dispatch de Richmond a fait un “micro-trottoir” dans les rues de la capitale.
Hommage de George Bush
La désignation de Barack Obama comme candidat démocrate, maintenant certaine, a été saluée par George Bush et par Condoleezza Rice. Elle-même africaine-américaine, la secrétaire d’Etat s’est réjouie de “cette expression extraordinaire du fait que “Nous , le peuple” [premiers mots de la Constitution] commence à signifier: nous tous.”

“Quand Obama s’élève, ‘Jim Crow’ tombe”, écrit le Philadelphia Inquirer, se référant au personnage de farces racistes dont le nom était donné aux lois de ségrégation. The Advocate, journal de Stamford, dans le Connecticut, donne la parole à des responsables de la communauté noire “extasiés” par la victoire d’Obama. Le Rocky Mountain News de Denver, dans le Colorado, recense des avis plus partagés, un de ses lecteurs reprochant aux super-délégués démocrates d’avoir choisi “le candidat le plus à gauche et le moins qualifié”.
Hillary Clinton: et maintenant?

La défaite d’Hillary Clinton, convaincue par les dirigeants démocrates de se rallier à Barack Obama, selon USA Today, provoque de l’amertume chez ses partisans. Certains d’entre eux ont lancé un site Internet appelant à soutenir McCain, indique Wired. Pourrait-elle devenir la colistière d’Obama ? Politico pèse le pour et le contre. Bloomberg croit savoir que la campagne d’Obama pourrait éponger les 20 millions de dollars (13 millions d’euros) de dettes de celle de son ex-rivale.
Regard sur l’Amérique Obama, le meilleur fils de l’Indonésie
Obama, notre ancien voisin est le fils et l’ami de tout le monde ici en Indonésie, où le candidat démocrate a passé une partie de son enfance, écrit le quotidien The Jakarta Post dans son éditorial. Fierté et confiance sont les deux sentiments qu’ont ressentis les Indonésiens lorsqu’ils ont appris la victoire d’Obama dans la course à l’investiture démocrate. Mais attention à la paranoïa anti-musulmane aux Etats-Unis. Les Américains sont-ils prêts à élire un Africain-Américain ? En cas de victoire, Obama sera totalement différent de l’arrogant Bush. Savoir maintenant si la réalité sera à la hauteur de nos attentes, pour les Indonésiens, cette question n’a pas de sens.
5 juin, 2008
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United Airlines va réduire sa flotte et supprimer des centaines d’emplois
LEMONDE.FR avec AFP | 04.06.08
United Airlines prend des mesures radicales pour répondre à la hausse des prix des carburants. La compagnie aérienne va retirer cent avions trop anciens de sa flotte et supprimer de 1 400 à 1 500 emplois d’ici à la fin de l’année. La deuxième compagnie des Etats-Unis estime ces mesures nécessaires alors que le niveau actuel des prix du carburant fera bondir sa facture pétrolière de 3 milliards de dollars (près de 2 milliard d’euros) dans ses comptes en 2008.
PRIVILÉGIER LES AVIONS NEUFS
Parmi les cent avions figurent trente appareils dont la mise à la retraite prochaine avait déjà été annoncée, précise le groupe. United Airlines envisage de faire sortir de sa flotte tous ses Boeing 737 et six Boeing 747. L’âge moyen de la flotte va être ainsi ramené à 11,8 ans. Après cette réduction de la flotte et du personnel, les capacités d’United Airlines sur les grandes lignes intérieures américaines auront été réduites de 17 à 18 % pour la période 2008-2009. “L’environnement actuel exige que nous – et avec nous l’ensemble de l’industrie – agissions de manière déterminée et responsable”, a expliqué le PDG de la compagnie, Glenn Tilton.
La compagnie a cependant souligné que la réduction de son offre devrait se traduire par des diminutions “modestes” des dessertes peu rentables et des fréquences.
Après United Airlines, Continental Airlines réduit la voilure
LEMONDE.FR avec AFP | 05.06.08
Les difficultés s’accumulent et se ressemblent pour les compagnies aériennes américaines. Après United Airlines, mercredi, c’est au tour de Continental Airlines de prendre des mesures drastiques pour réduire ses coûts. La quatrième compagnie aérienne américaine et cinquième mondiale a annoncé, jeudi 5 juin, qu’elle allait retirer des dizaines d’avions anciens de sa flotte et supprimer des milliers d’emplois pour faire face aux conséquences de l’augmentation des prix du carburant. A compter de septembre, Continental réduira le nombre de ses vols sur les lignes intérieures aux Etats-Unis, ce qui occasionnera une baisse de capacité de 11 % au quatrième trimestre, par rapport à la même période de 2007.
Cette décision devrait entraîner la suppression de 3 000 emplois, sur les 45 000 environ que compte Continental. Le transporteur aérien indique espérer “que la majorité des départs se feront sur la base du volontariat”, mais n’écarte pas la possibilité de licenciements. Continental va également retirer de sa flotte soixante-sept appareils de type Boeing 737-300 et 737-500, considérés comme “les moins efficients”, donc les plus gourmands en carburant. Les retraits interviendront au rythme de trente-sept en 2008 et trente en 2009.
“LA PLUS GRAVE CRISE DEPUIS LE 11 SEPTEMBRE 2001″
Le transporteur aérien explique que ces décisions sont “nécessaires à la compagnie pour s’ajuster encore davantage aux prix extrêmement élevés du carburant”. “L’industrie fait face à sa plus grave crise depuis le 11 septembre 2001″, affirme Continental. Dans une lettre adressée aux employés de la compagnie, le PDG, Larry Kellner, et le directeur général, Jeff Smisek, ont indiqué que “le modèle d’activité du transport aérien ne fonctionne pas au niveau actuel des prix du carburant”. “Bien que plusieurs hausses de tarifs soient intervenues, ces hausses n’ont pas été suffisantes pour compenser la progression des prix du carburant”, ont expliqué les deux dirigeants. “A mesure que les prix augmentent, moins de clients vont prendre l’avion. Si moins de clients prennent l’avion, nous devrons réduire nos capacités pour nous adapter à la baisse de la demande”, ont-ils conclu.
5 juin, 2008
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Le spectre de la faillite ressurgit pour General Motors
LE MONDE | 05.06.08
AFP/JEFF HAYNES
L’usine de la General Motors fabriquant des Pontiac G-6, Orion, Michigan.
La fortune ne sourit pas à Detroit. A peine les constructeurs automobiles américains ont-ils réglé la question du poids des retraites et des frais de santé de leurs salariés qu’ils doivent affronter un ralentissement économique et la spirale de la hausse des matières premières. Le spectre de la faillite, pour General Motors (GM) en particulier, est de retour.
Les défauts de remboursement de crédits font peser sur GM des risques de faillite plus importants que sur Ford, qui est valorisé en Bourse 50 % de plus que son rival, alors qu’il est plus petit. A l’origine du problème, la crise immobilière et la flambée des prix de l’essence. Conséquence : les ventes de pick-up et de 4 × 4, qui constituaient une véritable rente pour les “big three” (GM, Ford et Chrysler), ont chuté de 25 % en 2007. Les constructeurs étrangers dominent le segment des petites voitures, empêchant les américains de relever leurs prix sous peine de perdre des parts de marché.
GM n’est pas le seul touché. Juste après l’annonce d’un bénéfice surprise au premier trimestre, Ford a admis qu’il resterait dans le rouge en 2009. Mais le groupe a rempli ses coffres avant l’effondrement des marchés du crédit ; Ford dispose maintenant d’une trésorerie de 29 milliards de dollars, presque le double de ce dont il aura besoin dans les deux ans.
GM semblait s’être aussi bien couvert grâce à des cessions d’actifs. Mais, entre ses besoins en cash et l’arrivée à échéance de ses dettes, GM ne pourrait disposer que de 1 milliard de dollars d’ici à 2010, selon Lehman Brothers. Or les analystes évaluent à 10 milliards le besoin en fonds de roulement d’un constructeur. GM a supprimé un quart de ses effectifs aux Etats-Unis cette année, va fermer quatre autres usines, peut vendre sa marque Hummer. Mais, à moins qu’il ne persuade des investisseurs de remettre la main à la poche, le plus gros des “big three” sera à nouveau menacé de faillite.
Antony Currie
Les 4×4 continuent de tirer le marché automobile américain vers le bas
LEMONDE.FR | 04.06.08
Les 4×4, pick-up et autres gros véhicules comme les Hummer ne font plus recette. Jugés trop gourmands en carburant, alors que les prix à la pompe battent des records, leurs ventes sont en chute libre et ils ont tiré l’ensemble du marché automobile américain vers le bas en mai, comme en avril. Au total, les ventes de véhicules sont tombées aux Etats-Unis, en glissement annuel, à 14,25 millions d’unités en mai, contre 14,4 millions en avril et une moyenne de 15,2 millions au premier trimestre selon les données du cabinet Autodata.
SUCCÈS DES BERLINES ASIATIQUES
General Motors (GM), Ford et Chrysler ont une fois encore accusé le coup face à leurs rivaux asiatiques. Fin mai, ils ne détenaient plus à eux trois que 44,4 % du marché, contre encore 51,8 % un an plus tôt. GM a vu ses ventes plonger de 27,5 % en mai sur un an, passant sous le seuil historique des 20 % de parts de marché, à 19,1 %. Ses ventes de berlines ont baissé de 13,8 %, tandis que les ventes de Hummer ont plongé de 60 %. GM avait annoncé, mardi 3 juin, un grand chamboulement de sa gamme d’ici à 2010, avec la priorité donnée aux véhicules compacts et économes en carburant. Le groupe va aussi fermer quatre usines produisant des gros véhicules.
Les constructeurs asiatiques présents aux Etats-Unis – dix marques – ont progressé à 48,1 % du marché, contre 41,4 % un an plus tôt. Les constructeurs européens ont aussi un peu avancé. Toyota détient désormais 18,4 % du marché, Honda 12 % et Nissan 7,2 %. Mais les trois principaux concurrents asiatiques des marques américaines ont cependant des résultats contrastés. Les ventes de Toyota sont en recul de 7,9 % alors que Honda affiche une hausse de 11,3 % de ses ventes, porté par un bond de 27 % des ventes de berlines.
General Motors prend un virage stratégique vers les voitures “vertes”
LEMONDE.FR avec AFP | 03.06.08
Lors d’une conférence de presse tenue, mardi 3 juin, avant l’assemblée générale des actionnaires du premier groupe automobile américain, le PDG, Rick Wagoner, reconnaissant que le pétrole cher allait durer, a annoncé le lancement de plusieurs nouveaux modèles “compacts” et une extension de l’offre du groupe en voitures hybrides.
Il a aussi officiellement confirmé l’engagement de la production de la Chevrolet Volt, un véhicule 100 % électrique, avec pour objectif de commencer sa commercialisation en 2010. “Nous croyons que c’est le pas le plus important jamais effectué dans l’évolution de notre industrie pour se libérer de sa dépendance pratiquement totale envers le pétrole”, a-t-il noté. “Depuis le début de cette année, l’économie américaine et la situation des marchés sont devenus significativement plus difficiles. Les prix plus élevés de l’essence sont en train de changer le comportement des consommateurs et ils sont en train d’affecter le type de véhicules vendus aux Etats-Unis”, a souligné M. Wagoner, pour expliquer ce virage dans la stratégie du groupe.
FERMETURE DE QUATRE USINES
Rick Wagoner a simultanément annoncé la fermeture graduée de quatre usines fabriquant des “trucks”, des gros véhicules 4 x 4 reposant sur des châssis de petits utilitaires, qui sont de plus en plus délaissés par les consommateurs en raison de leur énorme consommation en carburant. Ces fermetures devraient permettre au groupe d’économiser plus d’un milliard de dollars d’ici à 2010, en plus des 5 milliards d’efforts supplémentaires d’ici à 2011, annoncés plus tôt cette année.
Enfin, General Motors a indiqué qu’il allait effectuer une étude stratégique sur l’avenir de sa marque Hummer, l’énorme 4 x 4 devenu le symbole des excès du “tout pétrole”. “Toutes les options sont ouvertes”, à ce jour, “d’une refonte totale de la gamme jusqu’à une vente totale ou partielle de la marque”.
5 juin, 2008
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Ndiogou Fall, président du Réseau des organisations paysannes de producteurs d’Afrique de l’Ouest (Roppa)
“La crise est provoquée par les politiques libérales”
LE MONDE | 04.06.08
Vous êtes sénégalais et président du Réseau des organisations paysannes de producteurs d’Afrique de l’Ouest (Roppa). Que pensez-vous des déclarations de Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, qui a plaidé, mardi 3 juin au sommet de la FAO, en faveur d’un accord sur le cycle de Doha ?
C’est une véritable hérésie. La crise est provoquée par les politiques libérales et on nous dit de les poursuivre ? On ne respecte pas les petits producteurs.
Nous, nous sommes demandeurs de protection. On entend toujours le même discours type, il faut voir avancer le cycle de Doha. Mais c’est ainsi qu’on peut aggraver la crise.
Une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dont des Africains, ont fait le déplacement à Rome pour trouver des solutions à la crise alimentaire mondiale. Quelles erreurs ont été commises, selon vous ?
L’erreur principale est d’ordre commercial, avec l’ouverture abusive de nos marchés qui s’est accompagnée d’une perte d’intérêt des petits producteurs pour l’agriculture. Elle est d’ordre politique aussi, parce que nos dirigeants africains ont accepté naïvement cette ouverture et se sont détournés de l’agriculture vivrière. Ils ont mis l’accent sur les cultures d’exportation et non sur la première mission de notre métier, nourrir la population. Ces dernières décennies, le peu de moyens accordés sous forme d’intrants, de crédits, de recherche ou de subventions ont été concentrés sur les cultures de rente comme le coton.
Bien sûr les Occidentaux sont aussi responsables, puisqu’ils ont imposé cette libéralisation dans le cadre du FMI et de la Banque mondiale.
Comment les producteurs africains vivent-ils cette crise ?
Ces dernières années, nous l’avons vu venir. Dans les villages, des lots de petits agriculteurs tombaient dans la pauvreté. Leurs revenus baissaient : leurs produits approvisionnaient les marchés locaux, mais leurs prix dépassaient la capacité d’achat des ménages, et ils étaient en concurrence avec des produits subventionnés venus d’ailleurs. Aujourd’hui, nous sommes dans un cercle vicieux. Avec la hausse du prix de l’alimentation, les producteurs sont plus préoccupés par le besoin de se nourrir que par investir. Ils n’ont plus les moyens d’acheter semences et engrais pour l’année à venir.
Quelles solutions pour développer la production en Afrique ?
Le marché africain peut fonctionner, mais il doit comme ailleurs chercher l’intégration et la valorisation régionale, et non l’ouverture vers l’extérieur. Pour l’agriculture africaine, nos autorités doivent prendre toute la mesure de la situation.
Propos recueillis par Laetitia Clavreul
23 mai, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES
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«Il y a une dose de xénophobie dans le protectionnisme»

A une réunion de l’OMC, le 24 janvier 2008. (Photo Reuters)
Pascal Lamy, le patron de l’OMC, analyse les crises mondiales et les règles nécessaires au commerce international.
Recueilli par CHRISTIAN LOSSON (à Genève)
QUOTIDIEN : vendredi 23 mai 2008
La quadruple crise - financière, énergétique, alimentaire et climatique - bouleverse-t-elle la marche du monde ?
Ces crises s’interpénètrent, même si elles obéissent à des cycles différents. Elles matérialisent l’interdépendance du monde et illustrent les deux visages de la mondialisation. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe désormais des amortisseurs. La crise financière ne s’est pas, pour l’instant, exportée en Chine, en Inde, ou au Brésil ; les subprimes n’ont contaminé qu’une partie du système. La crise alimentaire touche les Philippines ou le Kenya, mais pas les pays développés. En revanche, le changement climatique concerne l’ensemble de la planète, et il n’y a pas de réponse autre que collective.
Les risques sont-ils systémiques ?
Clairement. Les signaux d’alarmes n’ont pas manqué. Pourquoi les produits hors bilan des banques ont-ils échappé à la régulation ? Pourquoi la FAO [Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ndlr] a-t-elle dénoncé en vain la baisse des stocks et le désinvestissement dans l’agriculture ? Pourquoi la lutte contre le changement climatique se met-elle si lentement en branle alors que les risques pour la planète sont avérés ? Mais il n’y a pas de déterminisme de la crise. Les hommes ont les clés en main. D’un côté, le Programme alimentaire mondial appelle à mobiliser 750 millions de dollars [476 millions d’euros] pour éviter les émeutes de la faim ; de l’autre, les banques centrales injectent des dizaines de milliards de dollars pour stabiliser des banques qui ont joué avec le feu…
Choquant ?
On peut toujours comparer. Un mois de guerre américaine en Irak avec le budget de la lutte contre le paludisme. Le prix d’une bombe nucléaire française avec le coût d’un centre universitaire d’excellence… Quand on passe, comme moi, la moitié de son temps dans les pays en développement, c’est évidemment choquant…
Les fonds souverains, néo-acteurs de la finance mondiale,«dérogent», selon vous, «aux règles du capitalisme chez eux pour les appliquer ailleurs». Pourquoi ?
C’est une évolution du capitalisme. Ces fonds viennent de pays entrés récemment dans le capitalisme, et qui n’en maîtrisent pas tous les codes. Les fonds souverains sont révélateurs d’une période de mutation qui voit arriver de nouveaux joueurs.
Assiste-t-on à une crise décisive du capitalisme ?
Le capitalisme avance par crises, il en connaîtra d’autres. Sa faiblesse, ce sont les bulles qui enflent puis éclatent ; sa force, c’est qu’il n’y a pas d’autre système qui ait pu passer l’épreuve de la réalité. Il est parvenu à trouver en lui les réponses à ces crises. Mais il a besoin de régulation. Je dirige une organisation où le capitalisme a accepté le plus de régulation. Dans les années 30, l’effet domino de pratiques protectionnistes, consécutif à la crise financière, et mêlé à la xénophobie a, parmi d’autres causes, conduit à la guerre mondiale. Je ne connais aucun protectionnisme qui ne porte une dose de xénophobie et de nationalisme. C’est sur le «plus jamais ça» d’après-guerre que s’est bâti le système actuel. Sur fond de règles communes, de réciprocité et d’évolution pragmatique. OMC, FMI et Banque mondiale sont nés de cette matrice…
Avec des résultats contestés et contestables…
La régulation financière n’a pas prospéré autant que la régulation commerciale ! Le concept de base du FMI, les taux de change fixes, a explosé dans les années 70 et n’a pas été remplacé. Le concept de base de l’OMC, lui, a été accompagné d’un concept, d’une volonté politique, plus tard d’une machinerie institutionnelle, les trois conditions sine qua non pour s’émanciper de l’attraction westphalienne de la souveraineté entière des Etats-Nations. C’est l’absence de volonté politique pour réguler la finance qui a freiné le FMI. A l’OMC, on a commencé sans outillage institutionnel, avec trois négociateurs dans un coin lors de la création du Gatt [l’ancêtre de l’OMC, ndlr]. Mais avec une réelle volonté politique…
Et le credo du libre-échange, cher à l’OMC…
Plus exactement la volonté d’ouvrir progressivement les échanges. Une ouverture équilibrée, avec des concessions réciproques. Cycle après cycle, on a traité les obstacles aux échanges. On l’a fait, en fonction de rapports de forces politiques qui ont évolué, longtemps dominés par la «Quad» (Etats-Unis, Europe, Japon, Canada) qui doivent désormais partager le pouvoir avec les pays émergents. En fonction, aussi, de l’évolution des obstacles aux échanges (tarifs douaniers, restrictions quantitatives, normes et standards). A sa naissance, en 1994, l’OMC a mis en place un système contraignant sans précédent dans le système international. Et les pays en développement ont réussi à faire reconnaître la nécessité de discipline en matière agricole, comme les pays développés l’avaient fait pour les produits industriels.
L’OMC est perçue par les ONG et des pays du sud comme une des racines de la crise alimentaire.
Au contraire ! A côté de facteurs conjoncturels, la cause fondamentale tient à l’évolution du mode alimentaire dans les pays émergents. La demande ne colle plus avec l’offre. On peut l’ajuster : il demeure des réserves de productivité importantes dans les pays en développement. Mais la courroie de transmission entre la demande et l’offre, c’est le commerce.
Ce sont donc les plans d’ajustement structurels de la Banque mondiale et du FMI qu’il faut incriminer ?
Les pays d’Afrique subsaharienne ont encore la possibilité d’appliquer des tarifs douaniers de 60 à 80 % pour les produits agricoles dans le cadre de l’OMC. Ils appliquent environ 20 % en moyenne. Leurs marges de manœuvre existent. Certains paient le prix de programmes d’ajustement négociés avec le FMI et la Banque mondiale dans les années 90 en contrepartie de financements indispensables. Heureusement, cette mode a beaucoup évolué. Il est facile de faire des institutions internationales des boucs émissaires, plus délicat de se pencher sur les politiques des pays riches.
Faut-il sortir l’agriculture de l’OMC ?
Le débat a toujours existé entre les Etats qui pensent que l’agriculture, c’est comme les pneus ou les chaussettes, et ceux pour qui ce n’est pas un produit comme les autres. Les premiers sont souvent exportateurs nets (Australie, Brésil), les seconds, importateurs nets (Japon, Suisse, UE). Le débat a évolué avec l’Uruguay round [qui a lancé l’OMC, ndlr] et la volonté des pays du Sud d’y inclure l’agriculture. De la même manière, ils ont mis vingt ans à faire admettre que le textile et l’habillement étaient un produit comme les autres.
Vous voulez «renforcer le système commercial au moyen de règles plus transparentes, prévisibles et équitables». Elles ne l’étaient donc pas ?
Évidemment. La preuve, c’est que les pays en développement, qui représentent trois quarts des membres de l’OMC, veulent obtenir des changements aux règles. Pas question pour eux de sortir l’agriculture de l’organisation. C’est le cœur du cycle de développement de Doha [lancé en 2001, ndlr]. Sortir l’agriculture, cela revient au retour à la loi de la jungle. Bien sûr, des pays comme la France ou la Suisse peuvent, sous conditions, continuer à aider leurs paysans. Mais ce ne sont pas la France et la Suisse qui vont nourrir le monde, c’est l’inverse. Si le raisonnement à Bruxelles ou à Tokyo, c’est qu’on nourrira la planète via des subventions ou des superprotections dans les pays riches, cela ne convaincra guère les pays pauvres.
Encore moins l’OMC ?
A l’OMC, on ne négocie pas des dogmes, mais des règles communes. Eliminer, par exemple, les 20 % des subventions agricoles européennes et américaines les plus perturbatrices pour l’agriculture des pays en développement. Par ailleurs, les droits de douanes sur l’agriculture restent beaucoup plus élevés en moyenne que les droits sur les produits industriels…
Vous pensez aboutir en mai sur le cycle de Doha ?
Je dirais plutôt juin pour un accord sur plusieurs points essentiels pour passer à la conclusion avant la fin de l’année. Je ne suis ni décideur, ni devin. Je suis, selon les moments, sage-femme, chien de berger, monsieur météo ou chef d’orchestre. Mais les conditions politiques et techniques sont enfin réunies sur trois sujets-clés : subventions agricoles, droits de douane agricoles et industriels.Pour boucler l’Uruguay round, il a fallu huit ans. Le Doha Round a commencé en 2001. On travaille par consensus pour changer les règles du jeu international.
L’image de l’OMC a-t-elle changé depuis son fiasco à Seattle, en 1999 ?
La notoriété de l’OMC est encore meilleure que son image. On a travaillé sur la transparence, l’accès aux documents, aux réunions, l’ouverture à la société civile. La jurisprudence a évolué : on n’est plus dans le syndrome pré-Seattle où l’OMC allait couper la tête de toute protection de l’environnement qui aurait empiété sur le commerce! Quand je discute avec les ONG et les associations, personne ne demande plus l’abolition de l’OMC.
La croissance du commerce mondial pourrait se replier à 4,5 % en 2008, contre 5,5 % en 2007.
L’objectif de l’OMC n’est pas de produire des bons chiffres, c’est des échanges plus ouverts et plus justes. La croissance du commerce, c’est un thermomètre qui varie avec la croissance. Et avec un coefficient multiplicateur. Il y a trente ans, le rapport entre croissance et commerce était de 1 à 1,5. Aujourd’hui, il est de 1 à 3 en raison de l’évolution des systèmes de production : un iPod chinois exporté aux Etats-Unis pour 100 dollars, c’est 8 dollars de chinois, 60 dollars pour la carte japonaise, 10 dollars de fabrication en Thaïlande, du transport et du marketing.
Le commerce est-il vraiment soluble dans la nécessité environnementale ?
Il peut même aider beaucoup. Si les Egyptiens devaient produire toutes les céréales qu’ils consomment, il n’y aurait plus une goutte d’eau dans le Nil ! On prend toujours l’exemple des roses kenyanes importées par des magasins britanniques. Mais quand on parle empreinte carbone, il faut voir tous les éléments de la chaîne. Si un Britannique achète des roses néerlandaises chez Tesco et rentre chez lui en 4×4, il est plus dommageable à l’environnement que s’il achète des roses africaines venues en avion et rentre chez lui en métro.
Qu’avez vous appris sur la diplomatie à l’OMC ?
Je suis passé par l’univers solide (l’administration française), l’univers liquide (la communauté européenne) pour rejoindre un univers gazeux (l’institution internationale). Produit de Paris et de son système napoléonien, centralisé ; passé par Bruxelles, vaisseau spatial institutionnel bourré d’énergie, j’ai atterri dans un monde où il est plus difficile d’agréger des molécules. C’est plus lent, aléatoire, c’est un travail de Pénélope. On jongle entre l’effroyablement technique et le déterminant politique. Et quand je parle avec le président du Brésil, ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir si les produits spéciaux dans l’agriculture sont basés sur la racine carrée des produits sensibles, c’est de savoir si Bush va bouger, si l’Inde avance. L’OMC, c’est les deux.
23 mai, 2008
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Le boom d’Internet dope les fabricants de câbles
LE MONDE | 17.05.08
Tout ne va pas si mal chez Alcatel-Lucent. Alors que pour 2008, l’équipementier de télécommunications français table sur une baisse de 2 % à 5 % de son chiffre d’affaires (17,8 milliards d’euros en 2007), Alcatel-Lucent Submarine Networks, une discrète entité constituée essentiellement d’une usine à Calais (dans le Pas-de-Calais), multiplie sa production par deux tous les ans depuis trois ans et pourrait ramener jusqu’à 1 milliard d’euros de revenus en 2008.
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Zoom Un “tuyau” plus difficile à fabriquer qu’il n’y paraît
Dossier La pollution high-tech

LEXIQUE
FIBRE OPTIQUE.
C’est un fil en silice très fin (quelques microns) pouvant conduire des ondes lumineuses et servant dans les transmissions terrestres et océaniques de données. Elle offre un débit de transmission bien supérieur à celui des câbles coaxiaux (en cuivre), et peut ainsi supporter un réseau “large bande” par lequel peuvent transiter la télévision, le téléphone ou les données informatiques. Le coeur des grands câbles sous-marins contient jusqu’à 16 fibres.
[-] fermer
L’usine de Calais fabrique des câbles sous-marins dotés d’un coeur en fibres optiques permettant de transmettre des informations (voix, données, images) à des débits considérables. Ce sont ces câbles qui constituent les fameuses “autoroutes de l’information” reliant les continents entre eux et sur lesquelles transite l’essentiel du trafic Internet mondial. Le satellite est mieux adapté au transport de données émises par une source et diffusées à une multitude de récepteurs (typiquement, la télévision).
“Entre mi-décembre et mi-avril, nous avons chargé non-stop 20 000 km de câbles sur les cargos. A partir de juin, nous recommençons à embarquer du tuyau sans discontinuer durant tout l’été. Une partie doit être posée avant la reprise des glaces, entre le Canada, le Groenland et l’Islande”, se félicite Marc Dubrulle, responsable de l’assemblage des câbles à Calais. Pour faire face aux commandes, l’usine doit inaugurer à l’automne une nouvelle ligne de production, qui lui permettra de fabriquer jusqu’à 40 000 km de câble par an. Elle deviendra de fait la plus grosse du genre au monde. Une trentaine de salariés supplémentaires devraient être embauchés (40 personnes ont déjà été recrutées en 2007).
Alcatel-Lucent profite à plein de l’explosion récente du trafic Internet mondial, due principalement au téléchargement de vidéo sur le Web, et notamment au succès fulgurant de sites comme YouTube ou Dailymotion, très gourmands en bande passante.
INTERNAUTES ASIATIQUES
Pour éviter la saturation de leurs réseaux, les opérateurs de télécommunications investissent (souvent à plusieurs) dans des autoroutes sous-marines plus larges. Les principales demandes concernent les infrastructures reliant l’Asie au reste du monde. Jusqu’à présent, les liaisons transatlantiques avaient été privilégiées mais aujourd’hui c’est en Chine, en Inde, en Malaisie ou au Vietnam que le nombre d’internautes progresse le plus vite.
Même le moteur de recherche californien Google participe à un consortium pour la pose d’un câble transPacifique. L’américain Tyco Telecommunications, principal concurrent d’Alcatel-Lucent, doit le livrer. L’équipementier français a pour sa part décroché mi-2007 (avec le japonais NEC) un énorme contrat (environ 500 millions de dollars) pour la fabrication et la pose du câble “Asian American Gateway”. Long de 20 000 km, il a été commandé par un consortium d’opérateurs, dont l’américain ATT. Alcatel-Lucent a aussi signé en 2007 avec l’australien Telstra, pour un câble de 9 000 km reliant l’Australie à Hawaii. Et début 2008 avec neuf opérateurs (dont France Télécom), pour la livraison du câble “Imewe”, 13 000 km entre l’Inde à l’Europe, destiné à répondre aux besoins en débit induits par les délocalisations de services informatiques.
Le tremblement de terre à Taïwan, fin 2006, qui avait privé l’Asie d’Internet pendant plusieurs jours, ou la rupture de câbles entre l’Asie et l’Europe, début 2008, expliquent aussi les investissements des opérateurs, soucieux d’éviter des “black-out” prolongés. “ Il y a aussi les pays qui se dotent d’un réseau pour désenclaver leurs populations et lutter contre la fracture numérique”, ajoute Etienne Lafougère, président de l’activité réseaux sous-marins d’Alcatel-Lucent. Le groupe a ainsi obtenu le contrat “Tele Greenland” (entre l’Islande, le Groenland et le Canada), pour connecter les populations antarctiques.
L’usine de Calais revient de loin. Elle a vécu des années difficiles (2002-2003), durant lesquelles 90 % de ses revenus ont disparu, suite à l’explosion de la bulle Internet (début 2000). Elle pâtissait des suites d’une folie d’investissements dans les réseaux sous-marins, qui avait abouti à des surcapacités à la fin des années 1990. Elle a réduit ses effectifs de 750 à moins de 300, mais a évité la fermeture, contrairement à deux autres usines du groupe (en Australie et aux Etats-Unis).
Aujourd’hui, à Calais, on affirme qu’Alcatel-Lucent est le premier acteur mondial du sous-marin, avec 40 % de parts de marché, devant l’Américain Tyco. Le Français dispose d’une flotte de 6 câbliers, exploitée avec Louis Dreyfus Armateurs. Ces gros bateaux de plus de 100 mètres de long peuvent poser du câble dans des conditions méteo extrêmes. “On observe des cycles de cinq à six ans dans le secteur. Mais pour jusqu’à fin 2009, je suis confiant”, note, prudent, Grégory Flipo, directeur de l’usine de Calais. Même le Chinois Huawei, qui taille des croupières à Alcatel-Lucent dans le matériel de réseau terrestre, laisse encore en paix le Français sur ce créneau. “Il paraît qu’ils ont un catalogue de produits, assure-t-on à Calais, mais on ne les a encore jamais vus.”
Cécile Ducourtieux
23 mai, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, EUROPE, MONDIALISATION, Union Européenne
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La crise alimentaire relance les attaques contre la politique agricole commune
LE MONDE | 20.05.08
Au moment où la politique agricole commune (PAC) doit faire l’objet de nouveaux ajustements, la crise alimentaire mondiale relance la bataille sur son rôle, faisant resurgir le vieux clivage entre Britanniques et Français.
La Commission devait présenter à Bruxelles, mardi 20 mai, ses propositions définitives pour le “bilan de santé” de la PAC qu’elle doit boucler au second semestre, sous présidence française, en attendant les négociations sur une nouvelle réforme prévue à l’horizon 2013.
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Chiffres
Poids financier. Le budget de la politique agricole commune représente 40 % des fonds communautaires, soit 42 milliards d’euros en 2008. En proportion, il a tendance à diminuer. Il n’est plus que le deuxième poste de dépense de l’Union, derrière les fonds structurels et de cohésion. La France est le principal bénéficiaire de ces aides.
[-] fermerLes réformes
Le “bilan de santé”. Il doit permettre, d’ici à la fin 2008, d’amplifier la réforme de la PAC adoptée en 2003. Il cherche notamment à découpler davantage les aides directes versées aux exploitants du niveau de la production.
Les nouveaux contours après 2013. Une autre réforme d’envergure se profile : elle fixera les contours de la PAC de l’après-2013, dans le cadre de la remise à plat du budget communautaire. Les Britanniques plaident pour réduire encore les dépenses agricoles; Français et Allemands souhaitent les utiliser différemment.
[-] fermerPrenant acte des tensions sur les marchés agricoles, Bruxelles suggère entre autres de soutenir la production en mettant un terme aux jachères et en supprimant par étape les quotas laitiers d’ici à 2015.
Mariann Fischer Boel, la commissaire à l’agriculture, propose aussi de réduire l’enveloppe des aides directes versées aux exploitants, de les découpler toujours plus du niveau de la production, et de les plafonner. Elle souhaite orienter les fonds ainsi dégagés vers le développement des activités rurales non agricoles, comme le tourisme ou l’entretien de l’environnement.
Ces ajustements vont alimenter le débat entre les capitales chargées de les adopter, dans un contexte marqué par l’envolée des prix alimentaires. Alistair Darling, le ministre des finances britannique, a lancé l’offensive la semaine dernière contre une PAC qu’il rend en partie responsable de cette évolution, au sein de l’Union mais aussi dans les pays pauvres.
Dans un courrier à ses homologues, il exige la fin des mécanismes d’aide aux exploitants conçus, selon lui, “pour maintenir les prix agricoles européens au-dessus des cours mondiaux”. Le ministre demande de surcroît d’ouvrir le marché européen aux producteurs des pays en développement : “Il est inacceptable que l’Union maintienne des droits de douane très élevés sur de nombreuses matières premières agricoles.”
“ALIMENTATION DE QUALITÉ”
Soutenus par les pays nordiques, les Britanniques relaient les positions de certaines organisations non gouvernementales. Oxfam appelle ainsi les grandes puissances agricoles, dont l’Europe et les Etats-Unis, à “s’attaquer aux causes profondes de la crise des prix agricoles”, afin de ne pas mettre en danger, à coup d’exportations plus ou moins subventionnées, la production dans les pays les plus pauvres de la planète.
En face, le gouvernement français n’a pas attendu cette attaque en règle pour défendre l’idée d’une PAC forte, quitte à la faire évoluer pour endiguer la crise alimentaire. D’après Michel Barnier, le ministre français soutenu lundi 19 mai à Bruxelles par un grand nombre de ses collègues, la crise alimentaire “donne une raison de consolider la politique agricole comm