29 février, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, POPULATION et SOCIETE
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Comment faire baisser les cours des produits agricoles
LE MONDE | 26.02.08
La nourriture est un besoin humain universel. Mais quand les prix des produits alimentaires s’envolent – comme ils l’ont fait récemment -, l’ajustement est bien plus difficile pour les pays pauvres que pour les riches. Les dirigeants politiques voudraient des marchés plus calmes. Parmi d’autres choses, ils devraient dire au revoir et pour toujours à l’argent facile.
Dans les pays riches, les consommateurs pourraient avoir à se serrer la ceinture, mais seulement de façon imagée. La faim n’est pas un grand risque. Le principal danger résultant d’une hausse de 70 % du blé et du soja au cours des six derniers mois est le taux d’inflation. Même ce risque est limité, car les dépenses alimentaires représentent moins de 10 % des budgets des ménages et les matières premières une petite proportion de cela.
AUGMENTER LA PRODUCTION
Dans les pays pauvres, des troubles politiques liés à la famine sont une possibilité bien réelle. Plus de la moitié de la population vit dans les villes et la nourriture, très largement non industrielle, compte pour plus d’un quart des dépenses des ménages.
Les gouvernements ont déjà introduit des restrictions aux exportations de nourriture et ont augmenté les aides pour les produits de première nécessité. Mais de telles politiques d’urgence sont loin d’être idéales. Il serait bien mieux d’empêcher les prix de flamber. Comment faire ?
La première étape consiste à augmenter la production. Cela est déjà en train de se faire, car les prix élevés encouragent les agriculteurs et les gouvernements à développer les cultures plutôt qu’à les restreindre. L’étape suivante consiste à mettre fin aux subventions absurdes pour les biocarburants à base de maïs, qui réduisent à peine les émissions de dioxyde de carbone et retirent une part significative de nourriture du marché.
Il n’y a aucune raison de s’en prendre à la demande. Mais une meilleure politique financière peut au final réduire la souffrance des pauvres quand la nourriture manque. Plus le consommateur dispose d’argent ou de facilité pour emprunter, plus les prix doivent monter avant que les acheteurs potentiels décident qu’ils ne peuvent plus se permettre d’acheter un produit. Ce qui permet alors enfin aux prix de baisser. Le plus grand nombre paye un prix élevé pour cette politique d’argent facile.
Edward Hadas
Article paru dans l’édition du 27.02.08.
29 février, 2008
ETATS-UNIS, Union Européenne
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L’euro s’envole face à un dollar affaibli par les déboires de l’économie américaine
LE MONDE | 28.02.08
Après avoir dépassé, mardi 26 février, le niveau symbolique de 1,50 dollar pour la première fois de son histoire, la monnaie unique européenne s’est hissée, jeudi 28 février, en fin de journée jusqu’à 1,5225 dollar.
L’euro gagne du terrain face à un dollar affaibli par des perspectives économiques médiocres aux Etats-Unis. L’économie américaine, affectée par la crise des subprimes, semble de plus en plus menacée par une récession. Pour l’éviter, les analystes estiment que la Réserve fédérale américaine (Fed) baissera le niveau des taux d’intérêt.

AFP/PHILIPPE DESMAZES
L’économie américaine, affectée par la crise des subprimes, semble de plus en plus menacée par une récession. Pour l’éviter, les analystes estiment que la Réserve fédérale américaine baissera le niveau des taux d’intérêt.
Maintes fois frôlée au cours des derniers mois, la barre symbolique de 1,50 dollar a finalement été franchie par l’euro mardi 26 février dans la soirée, sur le marché des changes new-yorkais. La monnaie européenne est montée jusqu’à 1,5047 dollar. Mercredi matin, elle continuait à progresser, atteignant 1,5055 dollar dans les premiers échanges à Londres. Le précédent record remontait au 23 novembre, où l’euro avait coté 1,4967 dollar.
Cette flambée de l’euro s’explique par le décalage de croissance apparent de part et d’autre de l’Atlantique. Alors que les Etats-Unis s’enfoncent dans la crise, affectés par la déroute des subprimes, les économies européennes semblent au contraire faire preuve d’une certaine résistance.Les mauvais indicateurs économiques s’accumulent outre-Atlantique. On a ainsi appris mardi que la confiance des ménages était tombée, en janvier, à son plus bas niveau depuis dix-sept ans. De leur côté les prix de l’immobilier continuent de chuter et les procédures de saisies de logement augmentent. Le tout dans un contexte d’accélération du rythme d’inflation. L’économie américaine semble profondément malade.
Toujours mardi, le baromètre IFO, qui mesure le moral des chefs d’entreprise allemands, a été publié. Il est remonté en février à 104,1 points, après 103,4 points en janvier, alors qu’un recul à 102,7 points était attendu. Cette progression semble indiquer que l’Europe résiste à la crise et à la menace d’une récession outre-Atlantique.
Jusqu’ici, les économistes avaient coutume de dire que lorsque les Etats-Unis éternuaient, l’Europe s’enrhumait. Ils en sont aujourd’hui moins convaincus. « Nous avons le sentiment d’une désynchronisation de la croissance entre Europe et Etats-Unis », atteste Christian Parisot, économiste chez Aurel Leven.
Ce sentiment a été encore renforcé par les propos du vice-président de la Réserve fédérale américaine, Don Kohn, mardi soir. Ce dernier s’est dit préoccupé par la santé de la première économie mondiale secouée depuis le moins d’août par une violente crise financière provoquée par l’effondrement du marché des crédits immobiliers à risque, les fameux subprimes. Aujourd’hui la Fed est suffisamment inquiète pour envisager une nouvelle baisse des taux d’intérêt en dépit des menaces inflationnistes. Depuis le mois d’août 2007, l’autorité monétaire américaine a déjà réduit de 2,25 points le coût de l’argent au jour le jour, aujourd’hui à 3 %.
De ce côté-ci de l’Atlantique, la Banque centrale européenne (BCE) se montre en revanche beaucoup plus sensible à la dérive des prix qu’aux troubles de l’économie. « La BCE ne bougera pas si l’économie tient », présage M. Parisot. La BCE pourrait ainsi maintenir les taux au niveau de 4 %. Ce décalage de politiques monétaires ne fait qu’amplifier le renchérissement de l’euro par rapport au dollar.
Mais si cet écart entre la monnaie européenne et le dollar semble témoigner d’un « découplage » entre les deux économies, il n’est pas une bonne nouvelle pour le Vieux continent. L’envolée de l’euro s’accompagne en effet de nombreux effets pervers. En particulier pour le commerce extérieur. En Allemagne l’industrie, plus spécialisée dans la fourniture de biens d’équipements, destinés notamment aux pays asiatiques en forte croissance, est compétitive et peut faire face à un euro fort. « L’Allemagne a une sorte de monopole sur son secteur et peut imposer ses prix », estime Philippe Brossard, économiste. « Mais la France, l’Italie, l’Espagne et dans une moindre mesure la Belgique en paient le prix », poursuit-il.
L’aggravation du déficit commercial record de la France en 2007 à plus de 39 milliards d’euros en témoigne. Et pour garder coûte que coûte leurs clients, les entreprises doivent, ou devront, faire des sacrifices, en rognant sur leur marge ou en réduisant leurs coûts, optant par exemple pour des délocalisations. « L’industrie perd chaque année entre 40 000 et 60 000 emplois en France chaque année », signale M. Brossard. Les plus petites entreprises, qui n’ont pas les moyens de se doter d’outils de couverture de change, sont les plus vulnérables.
Le seul « mini-avantage », selon Alexander Law, économiste chez Xerfi, est que l’euro fort atténue les tensions inflationnistes et a « une légère incidence » positive sur le pouvoir d’achat, permettant aux ménages d’acheter moins cher les produits importés.
Claire Gatinois
29 février, 2008
PREHISTOIRE
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Toumaï, 7 millions d’années, est le « doyen de l’humanité »

AFP/MPFT
Photo non datée du crâne de Toumaï.
LE MONDE | 27.02.08
L’âge de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis), le plus ancien préhumain connu, est bien de 7 millions d’années, ainsi que le confirme une étude réalisée par une équipe française et publiée dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences du lundi 25 février.
Le fossile avait été découvert au Tchad, dans le désert du Djourab, en 2001, dans le cadre d’une mission dirigée par Michel Brunet, professeur au Collège de France. Dans un premier temps, une équipe de scientifiques menée par celui-ci avait estimé l’âge de Toumaï à 7 millions d’années en se fondant sur le degré d’évolution des faunes de mammifères présentes à ses côtés, par comparaison avec d’autres faunes africaines similaires.
Mais le paléoanthropologue français était à la recherche d’une autre datation pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. C’est maintenant chose faite. Une datation absolue vient d’être réalisée grâce au béryllium 10, isotope radioactif du béryllium, un métal. Elle donne à Toumaï l’âge de 7,04 millions d’années. Selon les signataires de l’article, cette estimation fait de Sahelanthropus tchadensis le « doyen de l’humanité ». Il était probablement très proche de la divergence chimpanzés-hominidés, qui recule ainsi à au moins 8 millions d’années.L’étude précise aussi l’âge de l’australopithèque Abel (Australopithecus bahrelghazali), découvert au Tchad, en 1995, par Michel Brunet. Il est crédité de 3,58 millions d’années, alors que son âge précédent était estimé entre 3 et 3,5 millions d’années.
Jusqu’à présent, les méthodes de datation absolues connues et utilisables en paléontologie – potassium/argon ou carbone 14 – ne pouvaient être utilisées pour le désert du Djourab. En effet, la datation au carbone 14 ne peut aller au-delà de 50 000 ans. Et les cendres volcaniques – dont la présence sur les sites d’hominidés d’Afrique de l’Est date de manière absolue les terrains fossiles – sont extrêmement rares au Tchad.
ANALYSE DES SÉDIMENTS
Les chercheurs ont donc eu l’idée de recourir à la datation au béryllium 10, déjà utilisée pour les sédiments marins, et dont la technique a été mise au point par Didier Bourlès, directeur adjoint du Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement (Cerege), à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Ce dernier a adapté cette méthode aux sédiments terrestres présents sur les sites où ont été mis au jour Toumaï et Abel.
Il s’agit de comparer les quantités de béryllium 9, un isotope stable fabriqué dans la nucléosynthèse stellaire et incorporé à la Terre lors de sa formation, et celles du béryllium 10, un isotope radioactif produit par le choc des rayons cosmiques sur les molécules de l’atmosphère terrestre. Cet isotope s’accroche aux particules en suspension, reste dans l’atmosphère environ une année, puis arrive sur Terre avec les précipitations et se retrouve piégé dans les sédiments.
Christiane Galus
29 février, 2008
2-GEO/ECO, AMERIQUES, BRESIL, RISQUES
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Amazonie brésilienne : la déforestation s’aggrave
CHIFFRES
SUPERFICIE.
L’Amazonie brésilienne couvre 5 millions de km2 (répartis sur 9 Etats), dont 100 000 km2 de réserves indiennes, 200 000 km2 de zones pour l’exploitation durable et 1,9 million dekm2 de forêt publique.
POPULATION.
22 millions d’habitants y vivent, dont 480 000 Indiens répartis en 220 tribus.
DESTRUCTION.
En trente ans, 17 % de la végétation originale ont disparu, soit 700 000 km2. En 2007, quelque 22 000 foyers d’incendie (brûlis) ont été signalés. Chaque km2 de forêt détruit produit 22 000 tonnes de CO2.

SILVESTER Hans
En baisse depuis 2004, la déforestation a repris au Brésil depuis août 2007, en dépit des mesures adoptées.
Le MONDE | 29.02.08
Officiellement, l’objectif du président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, est de parvenir à une « déforestation zéro » en Amazonie. Mais le Brésil en est très loin. Les destructions ont repris de plus belle entre août et décembre 2007. Quelque 7 000 km2 de forêts ont alors été rasés, a constaté en janvier l’Institut national de recherches spatiales (INPE) sur ses relevés satellites, pour faire place au soja, au bétail et à la canne à sucre.
Au total, le déboisement entre août 2007 et juillet 2008 pourrait augmenter de 34 %, alors que les autorités brésiliennes se vantaient à la conférence sur le climat à Bali, en décembre 2007, d’avoir jugulé le phénomène, les chiffres montrant depuis trois ans un recul des destructions.Le président Lula da Silva a réclamé des mesures urgentes pour inverser la tendance. Aussi la police fédérale a-t-elle lancé, le 26 février, une vaste opération avec 300 hommes, qui seront un millier début avril, pour combattre le déboisement illégal dans les Etats du Para, du Mato Grosso et du Rondonia, les plus concernés.
Pas moins de treize ministres sont responsables de la lutte contre la déforestation en Amazonie, mais ils ne parlent pas tous le même langage. Le gouvernement est écartelé entre deux défis : préserver la forêt tropicale et favoriser la croissance économique.
Deux femmes incarnent ce dilemme au sommet. Marina Silva, ministre de l’environnement, enfant de l’Amazonie, est auréolée de son passé aux côtés du militant assassiné Chico Mendes. Mais elle a souvent cédé aux pressions. Elle a ainsi autorisé la construction de deux centrales électriques sur le Madeira, un affluent de l’Amazone. L’autre est Dilma Rousseff, chef de cabinet du président Lula, responsable du Plan d’accélération de la croissance, élaboré pour multiplier les infrastructures à travers le pays, notamment en Amazonie, où fourmillent des projets de routes, ports et usines hydroélectriques.
Après le sombre record entre août 2003 et juillet 2004, où 27 429 km2 de bois étaient partis en fumée, Marina Silva a réorganisé la surveillance par satellite, mais sans moyens ni personnel. « Les amendes infligées par l’Etat sont ridiculement basses et le déboisement se poursuivra », prédit l’un des directeurs de Greenpeace-Brésil, Sergio Leitao. Selon lui, seulement 2 % des contraventions sont payées par les destructeurs.
100 000 KM DE VOIES CLANDESTINES
« Les autorités conçoivent le développement de l’Amazonie sur un modèle des années 1950″, critique Sergio Abranches, sociologue spécialiste en écologie politique. Il cite en exemple les routes conçues pour évacuer les denrées agricoles, la BR 163 Cuiaba-Santarem, à moitié asphaltée, et celle à l’étude entre Porto Velho et Manaus.
Les relevés cartographiques prouvent que le goudron se transforme en boulevard de déboisement pour les trafiquants de bois, orpailleurs, aventuriers et agriculteurs. Quelque 100 000 km de chemins clandestins existeraient déjà.
Marina Silva encourage des activités d’« exploitation durable » dans des zones baptisées « unités de conservation », et une gestion surveillée des forêts publiques, qui couvrent 40 % de la surface forestière. Ainsi les 2 200 km2 de forêt à Jamari (Rondonia) seront bientôt cédés à des concessionnaires privés pour une « exploitation propre ». Un début.
Neuf organisations non gouvernementales (ONG) brésiliennes et internationales ont élaboré un ambitieux Pacte pour la valorisation de l’Amazonie, afin d’éradiquer la déforestation d’ici à 2015. « Il faut valoriser l’entretien de la forêt sur pied et rémunérer ceux qui la protègent », plaide Adriana Ramos, de l’ONG Instituto Socioambiental, signataire du pacte.
Le Brésil veut démontrer qu’il se préoccupe de l’Amazonie de crainte d’une internationalisation de la gestion de la plus grande forêt tropicale de la planète, dont la déforestation, par brûlis, contribue à l’émission de gaz à effet de serre. Dans son ouvrage Brésil, le capital naturel (non traduit en français), l’agronome brésilien Mauro Victor se dit convaincu que « si le Brésil ne freine pas la destruction de l’Amazonie par conviction, il y sera contraint par des pressions extérieures, d’abord économiques et commerciales, puis politiques, voire militaires ».
Les élections municipales sont prévues en octobre. La ministre de l’environnement craint que des maires d’Amazonie ferment les yeux, cette année, sur les destructions illégales perpétrées par leurs électeurs.
Annie Gasnier (Rio de Janeiro, correspondance)
29 février, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, CHINE, ETATS-UNIS, MONDIALISATION, TAIWAN, Union Européenne
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Le Taïwanais Acer annonce le rachat de Gateway et devient le troisième fabricant mondial de PC

AP
En rachetant Packard-Bell, Acer deviendra numéro trois aux Etats-Unis avec 12 % du marché.
LE MONDE | 27.02.08
Le constructeur informatique taïwanais Acer a annoncé, lundi 27 août, l’acquisition amicale de l’américain Gateway. Il passe ainsi devant le chinois Lenovo et se hisse à la 3e place mondiale des fabricants d’ordinateurs dans le monde.
Dans un communiqué, Acer et Gateway annoncent que la firme californienne est valorisée à environ 710 millions de dollars (520 millions d’euros), soit 1,90 dollar par action – une prime de 57 % sur sa dernière cotation de vendredi 24 août. Les conseils d’administration des deux entreprises ont approuvé la fusion, qui devrait être effective en décembre, après l’approbation des autorités de régulation américaine et taïwanaise.
Combinés, les deux groupes représenteraient un chiffre d’affaires de plus de 15 milliards de dollars (11 milliards d’euros), pour une production d’environ 20 millions d’ordinateurs par an, selon le communiqué. Le nom « Gateway », très connu aux Etats-Unis, devrait être conservé, pour former une entité multimarque, selon le président d’Acer, J.T. Wang.L’acquisition de Gateway, marque icône de l’informatique américain des années 1990, par Acer met en lumière l’expansion remarquable du taïwanais, qui est déjà devenu l’une des marques les plus connues en Asie. Elle lui permet aussi de mettre un pied sur le marché américain, en s’offrant le troisième fabricant d’ordinateurs des Etats-Unis, derrière Hewlett-Packard et Dell, les deux leaders mondiaux. « Notre complémentarité géographique et de produits fait d’Acer un excellent partenaire pour Gateway, qui nous pousse à accepter cette offre », a déclaré Ed Coleman, le PDG de Gateway.
PERCÉE SUR LE MARCHÉ GRAND PUBLIC
Cette fusion devrait aussi relancer la guerre des acquisitions dans le secteur informatique. Le chinois Lenovo, devenu le troisième constructeur mondial en 2005 en rachetant la division PC d’IBM, se fait non seulement dépasser par Acer, mais pourrait aussi se faire ravir une proie de choix, le néerlandais Packard Bell, numéro 3 en Europe.
Le groupe chinois avait en effet annoncé le 8 août son intention de racheter le fabricant de PC hollandais, avec qui il était en pourparlers. Mais dans un communiqué, publié lundi 27 août, juste avant l’annonce de son rachat par Acer, Gateway a indiqué qu’il entendait utiliser le droit de préemption qu’il détient sur le capital de Packard Bell. Ce droit a été obtenu en mai 2006 en contrepartie d’un accord de non-concurrence entre les deux sociétés.
Packard Bell avait jusqu’à maintenant nié toute discussion avec Acer. En mettant la main à la fois sur Gateway et Packard Bell, Acer se renforce significativement aux Etats-Unis et en Europe, où son concurrent Lenovo est peu implanté.
Fondé en 1976, Acer s’est montré « très offensif depuis deux ans et a fait une percée sur le marché grand public, avec une croissance extrêmement forte en Europe », explique Bertrand Huck, analyste chez Gfk. Acer a notamment profité de l’essor des ordinateurs portables, son point fort.
Mais la réussite de l’offre du groupe taïwanais n’est pas encore assurée. A la Bourse de Taïpeh, Acer perdait 6,9 % mardi, certains analystes jugeant son offre sur Gateway surévaluée. Ce dernier bondissait en revanche de 49 % au New York Stock Exchange, à 1,80 dollar.
Michel Rose
29 février, 2008
ETATS-UNIS, ISLAM, MONDIALISATION, RISQUES
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3 000 milliards de dollars, le coût de la guerre en Irak selon Joseph Stiglitz
LEMONDE.FR | 28.02.08
Combien coûte la guerre en Irak ? Cher, très cher. Et pas seulement à l’économie américaine. Joseph Stiglitz, le Prix Nobel d’économie, et Linda Bilmes, professeur à Harvard, spécialiste des questions budgétaires, estiment qu’elle a déjà coûté 3 000 milliards de dollars aux Etats-Unis, dans un livre intitulé The Three Trillion Dollar War : The True Cost of the Iraq Conflict (éditions W. W. Norton, sortie le 3 mars). Une commission du Congrès devrait se pencher sur la question, jeudi 28 février, et auditionner Joseph Stiglitz, qui devrait répéter ce qu’il écrit dans ce livre : Bush s’est fourvoyé sur les bénéfices et les coûts de la guerre en Irak.
Le coût des opérations a déjà dépassé celui des douze ans de la guerre du Vietnam, et représente le double du coût de la guerre de Corée. Les Etats-Unis dépensent pour la guerre 16 milliards de dollars par mois, soit l’équivalent du budget annuel de l’ONU. Joseph Stiglitz et Linda Bilmes indiquent que les 3 000 milliards de dollars auraient pu financer la construction de 8 millions de logements, 15 millions de professeurs, les soins de 530 millions d’enfants, des bourses d’études pour 43 millions d’étudiants, offrir une couverture sociale pour cinquante ans aux Américains. Le Prix Nobel remarque que les Etats-Unis ne versent que 5 milliards de dollars pour l’aide au développement en Afrique, et craignent d’être dépassés par la Chine. Cinq milliards de dollars, ce sont dix jours de combat de l’armée américaine.
TOUTE L’ÉCONOMIE MONDIALE EN PAIE LE PRIX
Les auteurs s’attaquent surtout au mythe qu’une guerre est toujours bonne pour l’économie. L’un des buts de la guerre était de sécuriser les approvisionnements pétroliers, relèvent-ils. En cinq ans, le baril est passé de 25 dollars à 100 dollars, note le Prix Nobel d’économie. « Les gens ne s’attendaient pas à ce que l’économie remplace la guerre comme thème dans les élections », explique Joseph Stiglitz dans le Guardian. L’un des enseignements du livre est de montrer que la guerre et la situation économique des Etats-Unis ne sont pas deux sujets distincts, mais un seul et même sujet. Surtout, les coûts de cette guerre dépassent la seule économie américaine pour toucher le système mondial.
Parce que les Etats-Unis n’ont pas d’épargne, l’administration Bush doit emprunter à l’étranger, à la Chine, par exemple, observe les auteurs. « Le déficit de l’Amérique est tel qu’elle ne peut sauver ses propres banques. » Des établissements comme Citigroup ou Merrill Lynch, qui étaient l’orgueil de Wall Street, ont été contraints d’aller quémander des fonds auprès de fonds asiatiques ou moyen-orientaux pour ne pas sombrer. Au risque de perdre leur indépendance et de passer sous pavillon koweïtien ou singapourien.
Le Monde.fr
26 février, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, POPULATION et SOCIETE, TOLERANCE
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Laïques et dévots d’Amérique
Denis Lacorne directeur de recherches au Ceri-Sciences-Po.
QUOTIDIEN : lundi 25 février 2008
Liberation
Affirmer qu’il existe une «laïcité» américaine paraît parfaitement incongru. Les devises et les serments religieux, les invocations de Dieu, les moments de prière au Congrès ou dans les bureaux du Président, la défense d’un récit national fondé sur un credo anglo-républicano-protestant, tout indique que la religion a sa place dans l’espace public américain et qu’elle est surtout chrétienne. «Mon philosophe préféré, disait George W. Bush lors des primaires de 2000, est le Christ, parce qu’il a sauvé mon cœur.»
A la veille des primaires, Mike Huckabee s’affirmait comme un «leader chrétien». Hillary Clinton insistait sur l’importance de la prière, Barack Obama évoquait sa conversion à l’âge adulte, Mitt Romney, le mormon, disait haut et fort que Jésus-Christ était bien pour lui «le fils de Dieu et le sauveur de l’humanité», et McCain parlait miracle dans un spot publicitaire évoquant sa vie de prisonnier au Vietnam : un garde traçait une croix, sous ses pieds, un jour de Noël… Tout semble donc baigner dans le religieux en politique américaine. Pourtant, deux événements inaperçus en France signalèrent qu’il n’en était rien et qu’au camp des dévots s’opposait celui des «sécularistes» (secularists), l’équivalent américain du mot laïque. Dans son discours du 6 décembre 2007 sur la foi en Amérique, Romney dénonçait deux ennemis redoutables : les «islamistes» partisans du jihad et les «sécularistes» acharnés à «effacer de l’espace public toute référence à Dieu». Mike Huckabee, quant à lui, déclarait lors des primaires du Michigan qu’il était temps d’amender la Constitution des Etats-Unis, rédigée en 1787, afin d’y incorporer certains «préceptes divins».
Ces attaques répétées laissent entendre qu’il y a une laïcité ancienne, persistante, insidieuse, suscitant la juste colère du parti des dévots. D’où vient-elle ? Qu’en reste-t-il dans l’Amérique d’aujourd’hui ? La réponse, inconfortable pour un chrétien, surtout s’il est born again, est que les pères fondateurs de l’Amérique républicaine étaient eux-mêmes des hommes des Lumières qui luttèrent, très tôt, pour établir une véritable séparation de l’Eglise et de l’Etat, d’abord en Virginie, puis, l’expérience ayant réussi, dans le reste des Etats-Unis. La question scolaire était au cœur du débat politique. Fallait-il donner le droit au Parlement de Virginie de lever une taxe pour financer les écoles religieuses, toutes confessions confondues ? La réponse, défendue dans une pétition rédigée par Madison en 1785, fut un non catégorique : tout impôt religieux, même réparti selon des principes d’équité, est contraire à la liberté de pensée des citoyens. Le projet de loi sur la liberté religieuse, voté en 1786, adoptait ce même point de vue : l’Etat de Virginie cesserait de financer les activités des Eglises…
Dans une lettre à la congrégation hébraïque de Newport, dans le Rhode Island, le général Washington, une fois élu président, rassurait ses correspondants : le gouvernement, écrivait-il, n’avait pas pour objet de «favoriser la bigoterie ou d’encourager une quelconque forme de persécution religieuse». Il fallait simplement que «chacun reste tranquillement assis sous sa vigne ou son figuier», sans être le moins du monde inquiété pour ses convictions. La liberté de conscience, garantie par l’Etat, était donc totale, et cette liberté s’appliquait aussi à l’irréligion, comme le laissait entendre Jefferson dans ses Observations sur la Virginie (1786). Quel est, en effet, l’objet central du gouvernement ? La paix civile, et par conséquent l’interdiction de toute activité lésant les intérêts d’autrui. «On ne porte pas atteinte à son voisin lorsqu’on affirme qu’il y a vingt dieux ou aucun dieu. Cela ne me vide pas les poches, ni ne me brise la jambe», écrivait Jefferson.
La Constitution des Etats-Unis, au grand désespoir des dévots, exclut toute référence à Dieu ou à une religion fondatrice. Elle interdit les professions de foi religieuse comme condition d’accès aux emplois publics. Son premier amendement interdit aussi toute création d’une Eglise d’Etat. Une telle construction permettrait-elle l’élection d’un président juif, mahométan, sinon même adorateur du dieu Baal, se demandaient les critiques du modèle fédéral ? Oui, répondaient ses partisans, rien ne l’interdit… On comprend donc l’inquiétude des adhérents du parti des dévots et leur désir d’apporter un correctif au texte fondateur de la démocratie américaine.
Si le haut lieu de la laïcité américaine est la Constitution fédérale, ses gardiens sont les juges de la Cour suprême, qui ont élaboré les principes d’une séparation juridique de l’Eglise et de l’Etat. Selon ces principes, toute loi qui porterait atteinte à l’interdiction du premier amendement — pas d’Eglise officielle et donc pas de point de vue religieux officialisé – doit être jugée contraire à la Constitution. C’est pourquoi la Cour interdit la prière à l’école, la prière dans une enceinte sportive, l’affichage des dix commandements dans des écoles ou des tribunaux, l’enseignement du créationnisme, et surtout tout financement public direct des écoles confessionnelles. Et comme le juge refuse de se prononcer sur les vérités religieuses, toutes les religions, même les plus ésotériques, ont droit de cité. C’est pourquoi la Cour a refusé d’interdire les sacrifices animaux pratiqués par l’Eglise du Lukumi Babalu Aye, une secte afro-cubaine de Floride, au prétexte que, même si ces rituels étaient cruels, ils étaient religieux et comparables aux sacrifices, eux aussi cruels, pratiqués par l’islam ou le judaïsme. La garantie d’un Etat neutre était à ce prix. En d’autres termes, toutes les religions sont traitées sur pied d’égalité, même si certaines pratiques restent interdites, comme la polygamie chez les mormons. Jusqu’où va la neutralité de l’Etat ? La jurisprudence de la Cour suprême est particulièrement choquante pour le parti des dévots, car elle interdit non seulement toute mesure favorisant une église au détriment d’une autre, mais aussi toute préférence pour la religion contre l’athéisme ou l’irréligion. «Les athées, écrivent les juges, sont des membres à part entière de la communauté nationale.»
Il y a un paradoxe américain : la stricte séparation juridique de l’Eglise et de l’Etat n’empêche pas un fort enchevêtrement du religieux et du politique dans les campagnes électorales. Cela tient au calendrier des primaires et à la croyance qu’un président ne peut être élu sans faire appel aux partisans des «valeurs morales traditionnelles». Et pourtant, trop de religion tue le religieux, et ce n’est sans doute pas un hasard si les deux finalistes pressentis – Obama et McCain — sont les moins religieux des candidats depuis le début des années 80.
Auteur de De la religion en Amérique. Essai d’histoire politique, Gallimard, 2007.
26 février, 2008
ASIE, MONDIALISATION, RISQUES
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L’OMS annonce une transmission interhumaine du virus H5N1
LE MONDE | 28.12.07
L’organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé, jeudi 27 décembre, l’existence d’un cas démontré de transmission interhumaine du virus H5N1 responsable de l’actuelle épizootie de grippe aviaire. La victime est un Pakistanais qui est mort de la maladie sans jamais avoir été à proximité de volailles contaminées.
Les autorités sanitaires internationales se veulent toutefois rassurantes quant à un possible risque d’émergence d’une souche virale qui pourrait être à l’origine d’une pandémie analogue à celle de la grippe espagnole de 1918.
De multiples flambées épizootiques dues au H5N1 ont été observées depuis 2006 au Pakistan chez des volailles d’élevage et, en 2007, chez des oiseaux sauvages. « Dans leur majorité, les flambées découvertes sont survenues dans la « ceinture avicole » du pays, dans la province de la frontière du nord-ouest, notamment dans les zones d’Abbottabad et de Mansehra, précise-t-on auprès de l’OMS. On a aussi repéré des cas d’infection chez des oiseaux sauvages dans le territoire de la capitale fédérale, Islamabad. »Début décembre, le ministère pakistanais de la santé avait informé l’OMS de huit cas suspects d’infection humaine par le virus H5N1 dans la zone de Peshawar (nord-ouest). Ces cas avaient été diagnostiqués après une série d’opérations d’abattage de volailles. Deux des personnes infectées étaient alors mortes. Des échantillons biologiques prélevés sur les cas suspects avaient été adressés aux laboratoires de référence de l’OMS pour des analyses virologiques complémentaires. Ces analyses, couplées à une enquête épidémiologique de terrain, permettent aujourd’hui d’affirmer qu’il y a bien eu une transmission interhumaine du virus H5N1.

Les poulets morts de grippe aviaire ou abattus sont enterrés dans une ferme de la province de Long An, près de Hô Chi Minh-Ville, au Viet Nam.
Ce type de contamination avait déjà été observé dans différents pays asiatiques (Vietnam, Indonésie, Cambodge, Chine) sans que la démonstration scientifique ait toujours pu être apportée. Dans tous les cas, aucune chaîne de transmission de l’infection virale n’a été notée, comme c’est le cas avec les virus grippaux responsables des épidémies saisonnières. Les experts estiment que seule une mutation génétique relativement importante pourrait conférer au virus H5N1 la possibilité de devenir hautement contagieux dans l’espèce humaine. Seules des mutations mineures ont, jusqu’ici, été observées sur les souches prélevées chez l’animal ou chez l’homme.
Jean-Yves Nau
Le virus H5N1 a fait trois victimes humaines en quelques jours
LE MONDE | 27.12.07
En l’espace de quelques jours, le virus H5N1 hautement pathogène de la grippe aviaire a provoqué la mort de trois personnes dans trois pays différents. C’est tout d’abord un enfant de 4 ans qui est décédé au Vietnam, dimanche 16 décembre. Selon un responsable du ministère de la santé vietnamien, les parents de l’enfant ont rapporté que des volailles mortes avaient été découvertes près de la maison familiale. Ce décès, le cinquième au Vietnam depuis le début de l’année, porte à 47 le nombre de personnes tuées par la grippe aviaire dans ce pays depuis la réapparition du virus en 2003.
Mardi 25 décembre, deux femmes ont succombé au H5N1, une Egyptienne de 25 ans et une Indonésienne de 24 ans. Des volailles étaient élevées dans le domicile de la première, et tous les membres de sa famille vont subir des analyses, a annoncé le porte-parole du ministère de la santé égyptien. Celui-ci a déploré un relâchement des mesures de précaution en raison de la « conviction que le virus avait disparu ». Le dernier décès dû à la grippe aviaire remontait au mois de juin.
UN FOYER EN ALLEMAGNE
Avec 16 cas mortels, l’Egypte est le pays d’Afrique le plus durement touché. Quant à l’Indonésie, elle totalise désormais 94 décès imputés au virus H5N1, ce qui en fait la triste championne du monde en la matière puisqu’elle cumule à elle seule près de la moitié des 212 morts de la maladie. Le virus s’est propagé dans la grande majorité des 33 provinces que compte l’archipel.
Par ailleurs, le H5N1 a été détecté en Allemagne, dans un petit poulailler du Brandebourg, ont annoncé, mercredi 26 décembre, les autorités locales. Il s’agit du troisième cas confirmé depuis la mi-décembre dans cet Etat régional. Les 15 poules ont été abattues ainsi que 31 volailles appartenant à un voisin, que le propriétaire du poulailler contaminé avait eu en charge pendant les fêtes de Noël. Conformément aux mesures prévues par l’Union européenne, une zone de protection d’un rayon de 3 km et une zone de surveillance de 10 km ont été mises en place autour de ce foyer. – (AFP.)
Résurgence de la grippe aviaire en Chine et au Bangladesh
LEMONDE.FR | 25.02.08 avec Reuters
Les autorités sanitaires de la province de Guangdong, dans le sud de la Chine, ont annoncé, lundi 25 février, la mort d’une Chinoise de 44 ans des suites de la grippe aviaire. Elle aurait contracté le virus H5N1 au contact de volailles.
La travailleuse migrante originaire du sud du pays est la quatrième victime de la grippe aviaire depuis le début de l’année en Chine et porte à 233 le nombre de décès attribués au virus H5N1 depuis 2003, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
De son côté, le Bangladesh a confirmé, lundi, que la souche H5N1 du virus s’était propagée à Chandpur, à 170 km de Dacca, portant à 45 – sur 64 – le nombre de districts affectés. Mais, selon un responsable chargé des questions animales :« La situation est à présent en grande partie sous contrôle. »
Avec près d’un million de volailles abattues depuis mars 2007, le Bangladesh applique consciencieusement les directives de précaution de l’OMS, menaçant un secteur-clé de l’économie bangladeshie et l’emploi de 5 millions d’habitants sur 140 millions.
TRÈS VIRULENT
Apparu chez l’homme pour la première fois en 1997, à Hongkong, le virus H5N1 est décrit par l’OMS comme étant un virus très virulant et évoluant de manière agressive. Avec une incubation se situant entre deux et huit jours, le virus ne se transmet pas encore d’un humain à un autre mais pourrait muter et être à l’origine d’une pandémie particulièrement dévastatrice dans les pays en développement.
Les premiers symptômes comportent une forte fièvre, des diarrhées, des vomissements, des douleurs abdominales, thoraciques et des saignements du nez et des gencives chez certains patients.
Les derniers foyers de grippe aviaire enregistrés en Europe, en Grande-Bretagne en novembre 2007 et en Pologne où 100 000 poulets ont été abattus en décembre 2007, n’ont été à l’origine d’aucune transmission de la maladie à l’homme.
26 février, 2008
2-GEO/ECO, RISQUES
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LE MONDE | 26.02.08
VINCENT ARBELET POUR « LE MONDE » Claude et Lydia Bourguignon.
Deux gros boeufs tractant une charrue trônent dans le laboratoire de Claude et Lydia Bourguignon. Cette aquarelle originale du peintre animalier Olivier de Penne (1831-1897) est un clin d’oeil : les Bourguignon, spécialistes des sols, ne peuvent pas voir le labourage en peinture. Ni les techniques agricoles intensives qui contribuent, selon eux, à tuer la terre.
Le couple ne police plus son discours sur la dégradation des sols, fine pellicule sur laquelle repose l’essentiel de la vie de la planète. « C’est la fin de la civilisation, alerte Claude Bourguignon. Nous sommes dans la phase d’effondrement. Partout on voit baisser les rendements agricoles. »Voilà bientôt vingt ans, les Bourguignon ont quitté l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), où ils estimaient ne pas pouvoir travailler sur les vrais enjeux de l’agriculture.
Depuis leur laboratoire, une superbe grange de 1754, à Marey-sur-Tille, au nord de Dijon, ils alertent les agriculteurs et étudient leurs sols. En francs-tireurs. Gens de terrain, ils ont à leur actif quelque 5 500 analyses – en France et à l’étranger.
D’une formule, Lydia résume le problème : « La plante est incapable de sucer le caillou. Il faut que des microbes le dissolvent. » Sans ce grouillement souterrain, les plantes végètent, le sol se dérobe. Elle montre ces photos de champs ravinés, dans la Somme : « Des canyons, les tracteurs ne peuvent plus passer ! » Leur solution : renoncer au travail mécanique du sol et laisser microbes, champignons et vers de terre s’en charger, sous un couvert végétal qui étouffe les mauvaises herbes et réduit l’érosion.
Pour Claude, l’agriculture intensive est devenue « de la gestion de pathologies végétales » : les variétés à haut rendement, fragiles, sont protégées en permanence par des batteries d’engrais, d’insecticides et de pesticides. En conséquence, les sols souffrent et « l’humanité ne mange que des plantes malades ».
L’épidémie d’obésité, la montée des allergies ? Ce n’est qu’un début, assurent les Bourguignon. L’espérance de vie va chuter. « Les vieux d’aujourd’hui ont été nourris aux produits bio, avant l’intensification agricole, dit-il. Les jeunes générations n’auront pas ce capital. »
Leurs arguments, bien charpentés, s’imbriquent – même s’ils mériteraient parfois d’être réactualisés. Leurs coq-à-l’âne finissent par faire sens, voire système : « Les mêmes boîtes produisent les engrais, les pesticides, les médicaments : de l’or en barre, indéracinable », lâche Claude.
Leur unité de pensée est née de mondes opposés. Lui, Parisien d’origine, issu d’une lignée de scientifiques médicaux. Elle, née en Bourgogne d’un père menuisier et d’une remailleuse de bas italiens, arrivés en France en 1945.
Enfant, Claude se passionne pour la vie sauvage, fonde avec des copains de lycée le « groupe ornithologique parisien ». « Il savait tout des animaux, se souvient Brice Lalonde, qui fréquentait alors sa soeur aînée. Il m’a ensuite influencé comme ministre. J’admire ces ouvreurs de chemin, qui ont raison avant tout le monde. » Cette grande soeur fameuse, l’actrice Anémone, est toujours admirative du « courage » de son érudit de frère, « un peu professeur Nimbus », qui a converti l’ensemble de la famille à l’écologie.
Le jeune homme se rêve gardien de réserve naturelle. Mais une mission de comptage des tigres pour le WWF, en Inde, lui ouvre les yeux : « Les gens crevaient de faim. J’ai décidé de faire l’Agro. » Ses réticences face à ce qu’il y apprend - « nourrir les bovins avec de la viande, l’abattage de masse » – lui valent parmi ses condisciples le surnom de « Papillon », en référence à l’évadé de Cayenne, Henri Charrière.
Il se spécialise en microbiologie. Nommé au centre INRA de Dijon, il développe une méthode de mesure de l’activité microbienne des sols, au moment où sa discipline s’étiole. « Elle a été rejetée parce que les microbes, contrairement aux engrais, travaillent gratuitement. »
A l’INRA, on lui demande de se concentrer sur le cycle de l’azote, pour trouver des micro-organismes capables de nettoyer les nappes phréatiques polluées aux nitrates. « J’ai dit qu’il serait peut-être plus simple d’épandre moins d’engrais. » Le message est mal passé.
De son côté, Lydia, contrainte par son père à travailler dès 16 ans, poursuit ses études en cours du soir. Sa maîtrise de biologie lui ouvre les portes du laboratoire « graisses chauffées » de l’INRA à Dijon. Elle y est aux premières loges pour suivre la controverse de l’huile de colza érucique qui, bien que mauvaise pour le coeur, sera produite jusqu’à ce qu’une nouvelle variété soit développée. Elle est vaccinée vis-à-vis des discours lénifiants des scientifiques officiels, amiante, OGM, nucléaire… Et assume des vices dénoncés par la Faculté : elle tolère le cigare et goûte le vin – elle est diplômée d’oenologie, toujours en cours du soir.
Leur rencontre à l’INRA conduira finalement à un divorce avec cette institution. Ils y sont aujourd’hui perçus comme des amateurs trop peu soucieux d’étayer scientifiquement leurs discours alarmistes. Ou comme des « idiots utiles », capables d’attirer l’attention sur la fragilité des sols. L’INRA évoque d’ailleurs le sujet dans un colloque, le 26 février, lors du Salon de l’agriculture.
En 1989, lorsqu’ils se « défonctionnarisent » pour s’installer à leur compte, c’est d’abord « la galère ». Claude enchaîne les conférences, autour de son livre Le Sol, la Terre et les Champs (édition La Manufacture/Sang de la Terre, épuisé).
C’est grâce à l’une d’elles qu’Anne-Claude Leflaive, responsable d’un prestigieux domaine de Puligny-Montrachet, décide de produire ses vins en suivant ses préceptes. « En dégustation, ils ont davantage de complexité aromatique », se félicite-t-elle aujourd’hui. L’approche fait tache d’huile. Aujourd’hui, 90 % des clients des Bourguignon sont viticulteurs. « Ils vont vite et parfois choquent, note Anne-Claude Leflaive, mais ils sont écoutés dans notre secteur. »
L’agriculture fait encore la sourde oreille, plus confiante dans les analyses de sol gratuites des vendeurs d’engrais que dans leurs prestations payantes (800 euros hors taxes). Mais en Argentine, John Waymel, un Français qui exploite blé, maïs et soja en rotation sur 22 000 hectares, les a fait venir sur ses terres. Il ne tarit pas d’éloges sur la méthode Bourguignon. Même si, en passant aux OGM, il a commis une entorse que ceux-ci déplorent. « Ils proposent une agriculture réfléchie, soutenable dans le temps, à l’inverse de l’Europe où on applique des recettes subventionnées », juge John Waymel, qui souhaite aux Bourguignon de faire école. La situation n’est pas désespérée : leur fils travaille actuellement, en Nouvelle-Zélande, à une thèse en… microbiologie des sols.
Hervé Morin
26 février, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION
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Les brevets sont devenus des armes sophistiquées de guerre commerciale
LE MONDE | 26.02.08
Les brevets deviennent une arme essentielle dans la bagarre que se livrent les entreprises innovantes. En 2007, 156 100 brevets mondiaux ont été déposés – près de 5 % de plus que l’année précédente – selon les chiffres communiqués, le 21 février, par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Cette hausse intervient après des années de croissance ininterrompue.
Les raisons en sont multiples. L’entrée des pays émergents sur ces champs de bataille en est une. Ce phénomène a démultiplié le nombre d’acteurs, c’est-à-dire d’entreprises innovantes, et donc le nombre de brevets déposés. Car ceux-ci ont pour objectif de permettre aux entreprises de tirer profit de leurs efforts de recherche et développement (R & D), en empêchant un rival d’exploiter leurs inventions, pendant les vingt ans qui suivent la date de dépôt du brevet, sauf à en payer la licence.L’importance croissante donnée à l’innovation, dans les pays développés, a aussi contribué à augmenter les dépôts de brevets. Pour rester compétitives face aux firmes des pays à bas coût de main-d’oeuvre, les entreprises établies en ont déposé davantage, les start-up, aussi. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le rapport entre le nombre de brevets déposés à l’Office européen des brevets (OEB) et la dépense intérieure de R & D des pays de l’Organisation aurait augmenté de moitié entre 1982 et 2000.
Cet afflux a déréglé le système d’octroi. Aux Etats-Unis surtout, où l’Office américain des brevets (US Patent Office ou USPTO) a fini par accorder des brevets de piètre qualité, c’est-à-dire protégeant des inventions déjà couvertes par des brevets antérieurs. Pour Rémi Lallement, du Centre d’analyse stratégique (CAS), auteur d’une « note de veille », publiée en novembre 2007, sur ce sujet, une « bulle de brevets » s’est ainsi créée outre-Atlantique. Et les entreprises de déposer davantage encore pour profiter de cette faille.
Des sociétés se sont alors créées en achetant des brevets, déposés par d’autres. Car « les deux-tiers des brevets accordés ne sont pas valorisés », affirment Arnaud Gasnier, chercheur à l’université de Delft (Pays-Bas), et auteur d’une thèse récente sur la propriété intellectuelle. Ces entreprises, détentrices d’un portefeuille de brevets, en tirent parfois profit pour le meilleur, en permettant aux inventions de voir le jour. Mais aussi parfois pour le pire, dans le seul but de barrer la route à une firme, en arguant du fait que cette dernière utilise un brevet de son portefeuille. Bien souvent, la société attaquée préfère alors négocier, pour ne pas perdre du temps et de l’énergie dans une bagarre juridique coûteuse et incertaine. Ces « patent trolls », « pécheurs de brevets », agissent comme des maîtres chanteurs. La société canadienne Research in Motion (RIM), concepteur du célèbre Blackberry, avait été victime de l’un d’entre eux, et avait fini par négocier pour clore, en 2006, une bagarre qui menaçait son existence. Ces chasseurs de primes se sont multipliés aux Etats-Unis.
En Europe, l’Office européen des brevets (OEB), et en France, l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), également confrontés à un surcroît de dépôts, auraient néanmoins réussi à maintenir un meilleur niveau de qualité. Et de fait les « pécheurs de brevets » ne se développent pas en Europe, remarque Laurent Lucas, directeur associé du bureau français de Marks & Clerk, spécialiste de la propriété intellectuelle. Ce qui n’empêche pourtant pas un fort accroissement des litiges. Sans que cela n’apparaisse souvent au grand jour. « En France, 150 affaires seulement ont donné lieu à une action en justice. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Beaucoup de litiges se règlent en secret. Le « précontentieux » est en forte augmentation », observe M. Lucas.
Mais il y a de grandes différences selon les secteurs. Dans le domaine de l’électronique, il semble que près de 30 % des brevets fassent l’objet de négociations entre concurrents. Et les budgets consacrés à la création, au maintien et à la défense d’un portefeuille de brevets peuvent atteindre plusieurs millions d’euros.
Les chiffres sont dix fois plus élevés dans les biotechnologies, dont les brevets constituent le principal actif. « Les brevets sont le nerf de la guerre », selon André Choulika, directeur général et cofondateur de Cellectis, une société française spécialisée dans l’ingénierie du génome. « Si on n‘est pas attaqué, c’est qu’on n’est pas sur un bon sujet », ajoute David Sourdive, cofondateur et vice-président de Cellectis.
A l’inverse, il faut aussi savoir attaquer les brevets des autres, soit parce qu’ils sont postérieurs, soit parce qu’il s’agit d’un brevet dit « champ de mines » qu’un concurrent met en place dans l’unique but de bloquer les développements ultérieurs de son adversaire. Ou d’une « interférence », copie de brevet, déposée peu de temps après l’original, qui va provoquer la méfiance des examinateurs et retarder de plusieurs années l’acceptation. Une sorte de bombe à retardement dans une vraie guerre de tranchée.
Annie Kahn
26 février, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, CHINE, MONDIALISATION
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Fonds souverains : prédateurs ou sauveurs ?
LE MONDE | 16.01.08
La planète compte près de quarante « fonds souverains ». Ce terme abscons et un peu inquiétant se réfère à des investisseurs étatiques hétéroclites dont la puissance financière est estimée à plus de 3 000 milliards de dollars (2 035 milliards d’euros). C’est l’équivalent du PIB de la France et assez pour racheter toutes les entreprises du CAC 40. Les plus puissants sont issus des pays émergents d’Asie et du Moyen-Orient. Mêlant intérêts politiques et économiques, ces fonds suscitent l’inquiétude en Occident.
Qu’est-ce qu’un fonds souverain ? Il s’agit de fonds d’investissement dont les revenus sont propriété de l’Etat. Leur objectif est de faire fructifier des excédents budgétaires, dopés par les revenus pétroliers (Norvège, pays du Golfe, etc.) ou par les excédents commerciaux (Chine). Ils prennent la forme d’entités dédiées, comme le fonds ADIA d’Abu Dhabi, la China Investment Corp. (CIC) en Chine, ou d’entreprises étatiques, comme Dubaï Holding.Leur existence ne date pas d’hier. Le premier fonds a été créé au Koweït dans les années 1950, celui de Singapour (Temasek) dans les années 1970. Mais l’explosion de leurs revenus, concomitante à l’envolée des prix des matières premières, les a mis sur le devant de la scène mondiale.
Où investissent-ils ? Les fonds souverains « font leur shopping » dans les grands groupes internationaux. Ils multiplient les participations directes dans des groupes emblématiques : du distributeur britannique Sainsbury (Qatar), au Nasdaq (Dubaï), la Bourse électronique de New York, en passant par la banque américaine Morgan Stanley (Chine) ou l’écurie de formule 1 McLaren (Bahreïn).
Ce phénomène est récent. Jusqu’à présent, les Etats investissaient dans des produits sans risque, comme des bons du Trésor américains. Mais « la nouvelle génération de leurs gérants, formée à la City ou à Wall Street, s’est familiarisée avec des techniques financières sophistiquées », note Julien Faye, associé pour le cabinet de conseil Bain à Dubaï. Les fonds ont développé des stratégies plus agressives. Mumtalakat, au Bahreïn, promet ainsi un rendement supérieur à 15 % par an et utilise « l’effet de levier », empruntant massivement pour doper ses rendements.
A quoi sert leur argent ? Aux Emirats arabes unis, où le revenu par habitant dépasse 41 700 dollars, « on sait que la richesse ne durera pas », confie Ashraf Hambi Fouad, chez Mubadàla à Abu Dhabi. Les fonds préparent ainsi activement l’après-pétrole, faisant fructifier la manne pour la faire durer. Ils visent aussi à diversifier les sources de revenus et à développer l’industrie locale. CIC, le fonds de Pékin, devrait ainsi consacrer les deux tiers de ses 200 milliards de dollars au financement d’entreprises chinoises.
Faut-il les craindre ? Le flou qui les entoure fait redouter des ambitions plus politiques (espionnage industriel ou contrôle d’industries stratégiques) qu’économiques. Début 2006, l’entrée au capital de Dubaï Ports World dans les activités portuaires aux Etats-Unis a suscité une vive polémique. Et depuis, les réflexes protectionnistes se sont accentués.
L’Allemagne étudie un dispositif pour préserver ses industries-clés, soutenue par le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. En octobre 2007, le G7 a mandaté le Fonds monétaire international (FMI) pour définir un code de conduite et obliger ces investisseurs à plus de transparence.
Début janvier, Nicolas Sarkozy a assuré que la France assumerait « le choix politique, stratégique, de protéger ses entreprises ». Mais avec une croissance en berne, le discours change : la France est « ouverte aux fonds souverains », si leurs intentions sont « sans ambiguïté » et leur gouvernance « transparente », vient de se raviser M. Sarkozy, lors de son passage à Riyad.
Claire Gatinois (Dubaï, Bahreïn, Abu Dhabi, envoyée spéciale)
26 février, 2008
BRESIL, MONDIALISATION, SUD
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Le Brésil devient un pays créditeur après deux siècles d’endettement
LE MONDE | 26.02.08 RIO DE JANEIRO
La performance est historique : pour la première fois, le Brésil est devenu créditeur. Le niveau des réserves de change de la Banque centrale brésilienne a dépassé de 4 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros), en janvier, le montant de la dette extérieure des secteurs public et privé du pays : 187 milliards de dollars, contre 183 milliards.
C’est la fin heureuse d’une longue époque – près de deux siècles – pendant laquelle le Brésil a souvent traîné sa dette comme un boulet. Le fardeau de l’endettement extérieur était devenu, au fil des décennies, une source d’instabilité chronique et un enjeu majeur pour la classe politique.
Le gouvernement du président Luiz Inacio Lula da Silva a donc tout lieu d’être satisfait de ce renversement de tendance bénéfique, qui tient d’abord à la confiance que sa discipline financière a su inspirer à l’étranger. Avec rigueur et cohérence, le Brésil s’est appliqué à contrôler ses dépenses publiques et à se désendetter. En 2005, il était même parvenu à rembourser par anticipation sa dette envers le Fonds monétaire international (FMI).
Ainsi prenait fin, de moratoires en renégociations, d’accords en ruptures, un demi-siècle d’affrontements entre le Brésil et le FMI. Un épilogue d’autant plus significatif que le Parti des travailleurs, créé par Lula en 1980, avait fait du mot d’ordre « FMI dehors ! » l’un de ses cris de ralliement, à l’instar des autres formations de gauche. Sous le régime militaire (1964-1985), Delfim Netto, ministre de l’économie, avait même lancé : « La dette ne se paie pas, elle se rééchelonne. »
Le Brésil a désormais les moyens d’être vertueux grâce à une conjoncture internationale favorable. Ses exportations ont triplé en valeur depuis l’arrivée au pouvoir de Lula en janvier 2003, à cause d’une forte demande mondiale de ses produits, notamment le soja, la viande de boeuf ou le minerai de fer. Cet afflux massif de devises s’est accompagné d’une forte augmentation des investissements étrangers et d’un accroissement des acquisitions brésiliennes à l’extérieur du pays.
Ces derniers mois, la Banque centrale avait aussi procédé à des achats judicieux de dollars pour disposer d’un confortable coussin de liquidités. Résultat : les réserves du Brésil sont aujourd’hui dix fois plus importantes qu’en 2003. Ce rétablissement spectaculaire s’est accompli en douceur, sans mesure radicale ou contraignante, ni intervention intempestive de la Banque centrale.
Il a fortement profité à la monnaie, le real, qui n’a cessé de s’apprécier, principalement face au dollar. Le billet vert ne vaut plus que 1,711 real, soit son plus bas niveau depuis 1999, ce qui rend moins chères les importations dont le Brésil a besoin pour développer ses infrastructures.
En devenant créditeur, le Brésil améliore encore son image de pays émergent, sérieux et respecté. La Bourse, qui se porte bien, a rapidement compensé ses pertes subies lors de la récente crise des marchés mondiaux. L’inflation est contenue autour de 4 % et la croissance du produit intérieur brut (PIB) a atteint 5,25 % en 2007. Dans ce contexte favorable, l’annonce de « la fin de la dette » extérieure procède aussi d’une opération de marketing dont l’objectif est clairement affiché : obtenir le fameux « investment grade », ce satisfecit accordé à un pays par les agences de notation et qui signifie que les risques encourus par les investisseurs y sont faibles.
Le Brésil obtiendra-t-il cette récompense en 2008 ? Pour l’instant les trois agences semblent encore réservées. Pour les convaincre, Brasilia devra aussi continuer à réduire sa dette publique interne, qui reste préoccupante : 800 milliards de dollars, soit 43 % du PIB. Sur ce chapitre, le gouvernement peut et doit nettement mieux faire.
Jean-Pierre Langellier
26 février, 2008
2-GEO/ECO, EUROPE, MONDIALISATION, RISQUES, Union Européenne
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Monaco, Jersey, Liechtenstein : les divisions entre Européens gênent la lutte contre les paradis fiscaux
LE MONDE | 26.02.08
Les boîtes aux lettres s’agitent dans les paradis fiscaux. Depuis que l’Allemagne a révélé, le 15 février, que près d’un millier de ses contribuables avaient détourné 5 milliards d’euros au fisc, ces dernières années, en plaçant leur argent dans la minuscule principauté du Liechtenstein, la dizaine de petits Etats similaires qui subsistent en Europe s’alarment des menaces de rétorsion.
Après le chef du gouvernement du Liechtenstein, Otmar Hasler, le 20 février, c’est au tour du prince Albert de Monaco, mercredi 27 février, de se rendre en visite officielle en Allemagne. Objectif : calmer la chancelière Angela Merkel, qui ne cesse d’en appeler à la communauté internationale pour supprimer les régimes dérogatoires des havres fiscaux.
Du haut de leurs dizaines de kilomètres carrés, la principauté du Liechtenstein, celle de Monaco, d’Andorre, Gibraltar ou encore les îles anglo-normandes paraissent a priori démunies face au concert des puissances européennes et de l’OCDE. La douceur de leurs régimes d’impôts et l’étanchéité de leur secret bancaire pourraient-elles être mises à mal par ces manoeuvres coalisées ?
« Les rayer juridiquement de la carte du monde ne prendrait pas plus d’une ligne », commentent Christian Chavagneux et Ronen Palan (Les Paradis fiscaux, La Découverte, 2007). Il « suffirait, notent-ils, que les marchés financiers importants inscrivent dans leur loi que toute transaction en provenance ou à destination de ces territoires est illégale. » Mais l’histoire a ses méandres et ces pays « confettis », en 2008, sont en mesure de défendre comme il se doit les régimes qui ont fait leur prospérité.
Dans la vallée alpine, longue de 24 km, du Liechtenstein, coincée entre la Suisse et l’Autriche, le revenu par habitant est ainsi deux fois plus élevé qu’en France. Sur les 2 km2 de rives méditerranéennes de Monaco, à la frontière franco-italienne, le taux de chômage ne dépasse pas les 3 %. Andorre, vallée encaissée des Pyrénées entre les frontières française et espagnole, est riche de 3 000 commerces pour 70 000 habitants. Quant à Jersey et Guernesey, îles lilliputiennes au large du Cotentin, elles sont assez prospères pour ne pas avoir à prélever de TVA.
Sans ressources ni industrie, souvent isolés, ces territoires moribonds ont choisi de se développer en adoptant un régime fiscal attractif. Le Liechtenstein, Jersey, Guernesey, Gibraltar s’en sont dotés dès les années 1930. Législation qu’ils renforcent dans les années 1940 en imitant le secret bancaire suisse, dont la violation est devenue pénalement répréhensible en 1934. Andorre et la République de San Marin, enclavée dans le massif des Appenins, en Italie, rejoignent le club dans les années 1970. La libération des mouvements de capitaux en Europe, réalisée en 1992, et la sophistication de la finance mondiale permettent aux fonds de circuler sans avoir recours aux traditionnelles valises de billets et renforcent l’engouement pour ces paradis fiscaux.
Le mouvement de contestation à l’encontre de ces lieux ne s’organise que depuis les années 2000. Via la création de listes noires, diligentée par l’OCDE ou le Groupe d’action financière (Gafi) et de multiples rapports, comme ceux des députés socialistes français Vincent Peillon et Arnaud Montebourg en 2002. « La traque à l’évasion fiscale s’accentue à cause du vieillissement de la population mais aussi car la mondialisation impose aux Etats d’augmenter leurs dépenses publiques pour être plus compétitifs dans l’éducation, les nouvelles technologies », explique Christian Chavagneux. Traque qui s’intensifie avec la volonté de limiter le blanchiment de l’argent de la drogue ou du terrorisme. Mais pour l’heure, en vain ou presque.
Les paradis fiscaux européens, tout comme ceux de la zone Caraïbes (Bahamas, Iles vierges…), sont au coeur de la finance internationale. La moitié des transactions bancaires mondiales passent par ces Etats. L’Union européenne (UE) n’est pas toujours bien placée pour les attaquer de front. Après des années de négociation, elle a été incapable de lever le secret bancaire chez elle. Une directive européenne de 2005 a seulement organisé une taxation des fonds déposés par des non-résidents en Europe. Résultat, le Luxembourg, la Belgique et l’Autriche, mais aussi Chypre, Malte et le Royaume-Uni sont, à bien des égards, des paradis fiscaux et bancaires, même s’ils sont jugés plus respectables, car ils ont souscrit à des conventions. Comment, dans ces conditions, exiger plus de transparence des « confettis », qui ont pris les services de grands cabinets de conseils internationaux pour coordonner leurs actions ?
Résultat, les accords se font à petits pas, par des accords bilatéraux, chacun gérant ses relations avec ses dépendances. Le Royaume-Uni a négocié avec les îles anglo-normandes un principe d’échange d’informations entre administrations fiscales. Mais cet accord ne concerne pas un entrepreneur avisé qui aurait par exemple créé une société-écran au Bahamas entre ses mouvements à la City et son compte en banque à Jersey…
Le général de Gaulle a réglé le cas de Monaco dans les années 1960, en obtenant que les Français ne puissent y être résidents fiscaux. Depuis, la France traque peu Monaco ou Andorre, jugés peu « attractifs ». « La France a empêché que Monaco devienne le paradis fiscal des Français, pourquoi s’opposeraient-elle à ce que la principauté soit le paradis fiscal des Belges ou des Allemands ? », persifle Jean-Yves Mercier, avocat associé au CMS Bureau Francis Lefebvre. La France se concentre sur les autres places et devrait signer en 2008 des accords avec la Suisse et le Qatar. Aujourd’hui, les avis sont donc partagés sur le ton agressif de l’Allemagne vis-à-vis des paradis fiscaux. « Intox » pour les uns, « virage » pour les optimistes. Les capitaux seraient en train de prendre la route de Hongkong et de Singapour.
Elise Vincent
23 février, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES
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Agrocarburants : les pétroliers pour un objectif plus modeste
LE MONDE | 22.02.08 |
Les pétroliers n’ont jamais été de chauds partisans des agrocarburants (fabriqués à partir du maïs ou de la betterave). Ils dénoncent aujourd’hui les objectifs du gouvernement, supérieurs aux normes européennes. Celui-ci a fixé un taux d’incorporation de 5,75 % de « pétrole vert » dans l’essence et le gazole en 2008 (3,50 % en 2007). « Nous ne sommes pas sûrs que les objectifs soient atteignables », a prévenu, mercredi 20 février, Jean-Louis Schilansky, délégué général de l’Union française des industries pétrolières (UFIP).
Si les compagnies n’atteignent pas cet taux, a poursuivi M. Schilansky, elles devront payer la taxe générale sur les activitéspolluantes, d’un montant de l’ordre de 100 millions d’euros qui sera « forcément répercuté sur les prix à la pompe ». Même si Total a réalisé 12 milliards d’euros de bénéfices en 2007… L’UFIP réclame donc un « retour au rythme européen » prévoyant un objectif de 10 % d’agrocarburants incorporés en 2020 (2015 en France).
Alors premier ministre, Dominique de Villepin avait fait preuve, dès 2005, de volontarisme sur les agrocarburants afin d’offrir de nouveaux débouchés aux agriculteurs et de « préparer l’après-pétrole ». Il avait aussi lancé l’E 85 (85 % d’éthanol pour le diesel), qui a du mal à séduire les automobilistes : il n’existe que 211 points de ventes en France, au lieu des 500 prévus.
L’ENTHOUSIASME EST RETOMBÉ
Avec un baril à 100 dollars, la filière de l’éthanol (agriculteurs, raffineurs, constructeurs automobiles, grandes surfaces) reste cependant confiante, affirme son coordinateur, Alain Jeanroy. En 2007, la production (3 millions d’hectolitres) a doublé par rapport à 2006. Et l’objectif est de 15 millions d’hectolitres en 2015 avec la construction de six usines.
L’enthousiasme pour les agrocarburants de première génération (utilisation très partielle de la plante) est pourtant retombé. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) est très critique. Dans son récent rapport sur l’énergie à l’horizon 2050, Jean Syrota recommande « l’arrêt des investissements nouveaux dans la production de biocarburants de première génération » en raison de « coûts élevés », d’une « utilisation importante des surfaces agricoles » et d’un « renchérissement des matières premières ».
Jean-Michel Bezat
L’essor des agrocarburants pourrait aggraver le réchauffement climatique
LE MONDE | 24.09.07
Le développement des agrocarburants pourrait considérablement aggraver le changement climatique en cours. L’avertissement n’émane pas d’un inconnu, mais de Paul Crutzen (Max-Planck-Institut für Chemie, Mainz, Allemagne), lauréat du prix Nobel de chimie, en 1995, pour ses travaux sur la dégradation de la couche d’ozone stratosphérique. Selon ses calculs, cosignés par une équipe internationale de chercheurs et publiés dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics Discussions, la production d’un litre de carburant issu de l’agriculture peut contribuer jusqu’à deux fois plus à l’effet de serre que la combustion de la même quantité de combustible fossile.
Le constat semble paradoxal. La combustion d’un agrocarburant est en effet neutre du point de vue du carbone : elle ne relâche dans l’atmosphère que le carbone préalablement absorbé par la plante. Mais, dans leurs travaux, Paul Crutzen et ses coauteurs se sont penchés sur les émissions de protoxyde d’azote (N2O) dues à l’agriculture intensive. Gaz qui, à quantité égale, contribue 296 fois plus à l’effet de serre que le dioxyde de carbone (CO2).Or le N2O est produit en quantité par l’agriculture. Une part des engrais azotés utilisés pour augmenter les rendements est en effet dégradée – par les sols, en particulier – en N2O. Le fait est connu : le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) estime, dans son dernier rapport, le « taux de conversion » de l’azote des fertilisants en protoxyde d’azote à environ 1 %. Selon M. Crutzen et ses coauteurs, ce taux est plus vraisemblablement situé entre 3 % et 5 %. Cette différence change la donne. Surtout pour les plantes dont la croissance exige de grandes quantités d’azote.
Avec un tel « taux de conversion », la combustion de biodiesel issu du colza (80 % de la production européenne de cet agrocarburant) contribue ainsi 1 à 1,7 fois plus au réchauffement que l’utilisation d’une énergie fossile en quantité équivalente. Ce même coefficient est compris entre 1,3 et 2,1 pour le bioéthanol issu du blé et entre 0,9 et 1,5 pour celui issu du maïs. La seule culture dont l’utilisation sous forme de combustible est, selon les estimations des chercheurs, bénéfique au regard du changement climatique, est la canne à sucre, dont le coefficient est toujours inférieur à 1 (compris entre 0,5 et 0,9).
Pour parvenir à un « taux de conversion » de l’azote agricole en N2O d’environ 1 %, les experts du GIEC se sont fondés sur les mesures d’émission des plantes elles-mêmes. Paul Crutzen et ses coauteurs ont, au contraire, considéré le problème globalement. « Ils ont observé les variations de la concentration atmosphérique en N2O et les ont corrélées avec les quantités d’azote épandues dans l’environnement depuis le début de l’ère industrielle, explique le chimiste de l’atmosphère Didier Hauglustaine, directeur de recherche au CNRS. Après avoir tenu compte des émissions dues aux autres activités, ils parviennent à un « taux de conversion » de l’azote agricole en N2O trois à cinq fois supérieur aux précédentes estimations. »
Dans ces calculs, les marges d’erreurs sont importantes. Cette imprécision, estime M. Hauglustaine, « pose le problème du N2O, dont on connaît encore mal le bilan dans l’atmosphère, du fait du manque de réseaux de mesure ». Un processus de « revue en ligne » de ces résultats est engagé sur le site d‘Atmospheric Chemistry and Physics Discussions, processus au terme duquel certaines estimations pourront éventuellement être amendées. David Reay (Université d’Edimbourg), appliquant les évaluations de Crutzen et ses collègues, estime que la volonté du Sénat américain de multiplier par sept la production d’éthanol à base de maïs, d’ici à 2022, se traduirait par une hausse des émissions liées au transport de 6 %.
Par ailleurs, dans un récent rapport, l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) mettait en effet en garde contre certains dangers inhérents au développement des agrocarburants : risques de pénurie alimentaire, d’érosion de la biodiversité en raison de la reconversion de sols en surfaces cultivées, etc. Le rapport concluait que « la capacité des agrocarburants à couvrir une part importante des besoins énergétiques des transports sans nuire aux prix alimentaires ou à l’environnement est très limitée ».
Cette reconversion des terres est en outre parfois responsable d’émissions massives de carbone dans l’atmosphère. L’organisation non gouvernementale (ONG) Wetlands estime par exemple à 2 milliards de tonnes (Gt), la quantité moyenne de CO2 relâchée chaque année par le drainage des zones humides indonésiennes. Par comparaison, les émissions de gaz à effet de serre de la France se situaient, en 2004, à l’équivalent de 0,56 Gt de CO2.
Stéphane Foucart
22 février, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, MONDIALISATION
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Aujourd’hui, un satellite américain en perdition doit être abattu par un missile. Le Pentagone montre ses muscles.
Sylvestre HueT
Liberation-QUOTIDIEN : jeudi 21 février 2008
Bang!
Ce matin à l’aube (française), un missile de l’US Air Force doit abattre un satellite au-dessus du Pacifique. Mais, Terriens, nulle crainte. Si le Pentagone dégaine son missile, c’est pour vous protéger d’un mal venu de l’espace. C’est la nouvelle fable que la Maison Blanche répand depuis une quinzaine de jours pour justifier une opération dont la véritable motivation relève plutôt de l’exercice de tir de précision, de la rodomontade militaire… et d’une réponse au tir chinois sur le satellite Fengyun-1C, le 11 janvier 2007.
Chute inéluctable. Le prétexte ? Un satellite espion d’environ 4 tonnes – nom de code USA 193 NROL-21 – menace de tomber sur Terre. Un destin inévitable. Ce satellite a été mis sur orbite, à 354-376 kilomètres d’altitude, par une fusée Delta, le 14 décembre 2006, depuis la base de Vandenberg, en Californie. Peu après, le contact s’est rompu entre le sol et l’engin, qui, depuis, est hors de contrôle. Comme pour tous les satellites en orbite basse, les débris de fusée et restes de lancement, sa course autour de la Terre est freinée par l’atmosphère résiduelle. Il se trouve aujourd’hui à environ 200 km d’altitude, et sa chute est inéluctable. Elle était prévue pour le 6 mars, sur un lieu impossible à déterminer entre 58° N et 58° S de latitude, soit à peu près n’importe où sauf dans les régions polaires. Que faire ?
«Rien», répond un spécialiste du Cnes, l’Agence spatiale française. Comme pour les dizaines de satellites espions américains, dont certains sont trois fois plus lourds qu’USA-193, qui sont retombés sur Terre. Depuis 1957, des centaines d’engins spatiaux et de débris ont eu cette fin, au rythme moyen d’une grosse pièce par semaine. Lors de la traversée de l’atmosphère à grande vitesse, qui débute aux environs des 30 000 km/h, le frottement engendre une chaleur de plusieurs milliers de degrés. Dislocation et incinération s’ensuivent, tandis que les éléments volatils, comme les ergols, brûlent. Seules des pièces de métal survivent à l’épreuve. La probabilité qu’une d’entre elles atteigne des personnes ou des bâtiments est très basse. La chute des débris de la navette Columbia, 60 tonnes, sur le sol des Etats-Unis lors de sa destruction en vol, le 1er février 2003, n’a ainsi fait aucun dégât.
La doctrine des agences spatiales consiste donc à laisser faire la gravitation et l’air. Surtout que dégommer un satellite en orbite a pour principale conséquence de saloper l’espace circumterrestre de débris au potentiel dévastateur pour les satellites en activité – la faible altitude de USA-193 au moment de sa destruction permet quand même d’espérer une chute rapide des débris. Américains et Russes avaient décidé de cesser ce genre de tir au pigeon au milieu des années 80. D’ailleurs, la Chine s’est fait sermonner après son tir qui a pollué pour plusieurs siècles, avec plus de 2 500 débris, une orbite précieuse pour l’observation de la Terre, à 800 km. Depuis, le ministre de la Défense, Cao Gangchuan, a émis un mea culpa, annonçant qu’il n’y aurait pas de seconde fois.
Carburant toxique. Pour justifier son tir de missile, le Pentagone a donc inventé la fable de l’hydrazine. Le 15 février, devant la conférence sur le désarmement de l’ONU à Genève, la déléguée américaine Christina Rocca a présenté l’opération comme une nécessité pour protéger les populations de l’hydrazine du satellite, un carburant toxique mais courant. Précisant même que le missile allait viser «le réservoir du satellite» afin de «permettre à l’hydrazine de se dissiper» – lequel dans tous les cas aurait brûlé.
Pour les spécialistes, la vraie raison de ce prurit d’artillerie se situe du côté «de la politique». Les Américains ont manifestement décidé de bomber le torse. Mais pourquoi ? Pour démontrer qu’ils savent détruire un satellite ? Personne n’en doutait. Relancer la guerre des étoiles ? Où seraient les compétiteurs… Riposter au tir chinois de janvier 2007 ? Une démonstration de force envers l’Iran ? Les motifs de cette décision resteront obscurs… Mais lorsque la Russie de Poutine affirme qu’il s’agit d’un test de la défense antimissile, balistique ou non, il est difficile de la contredire. De ce point de vue, dégommer un satellite filant à 200 km d’altitude, soit sur la trajectoire possible d’un missile balistique doté d’une ogive nucléaire, constitue une démonstration de capacité opérationnelle nettement plus probante que le tir chinois, puisque Fengyun-1C croisait à près de 800 km.En tout cas, les conséquences de ce tir de missile sont claires : un pas de plus vers la militarisation de l’espace. Pour l’instant, seules les armes de destruction massive (bombes nucléaires) sont interdites d’espace, selon un traité de 1967. Mais les Russes viennent de présenter, avec les Chinois, un projet de traité à la conférence sur le désarmement de l’ONU, lequel interdirait la militarisation de l’espace circumterrestre, soit tout déploiement d’armes en orbite et tout usage de la force contre un objet spatial. Les Etats-Unis ont refusé d’en discuter, arguant, selon Dana Perino, porte-parole de la Maison Blanche, qu’il serait «impossible de vérifier son application». La décision d’abattre USA-193 laisse penser que la doctrine officieuse des Etats-Unis sur ce point découle de la théorie officielle de la space dominance, la volonté de faire des technologies spatiales un outil de domination militaire et politique.
Questions autour de la destruction annoncée d’un satellite espion américain
LE MONDE | 19.02.08 |
C’est dans une « fenêtre de tir » comprise entre mercredi 20 février et début mars que les Etats-Unis devraient procéder à un tir de missile pour détruire un satellite du National Reconnaissance Office (NRO, l’agence fédérale chargée des satellites espions), devenu incontrôlable peu après son lancement, en décembre 2006. Washington a adressé ces derniers jours des messages aux 65 pays représentés à la conférence sur le désarmement de Genève pour expliquer ses intentions.
L’annonce de ce tir a déclenché bien des exégèses quant aux motivations réelles de la décision américain.Lorsque la Chine s’est livrée à un test d’arme antisatellite, le 11 janvier 2007, en détruisant l’un de ses satellites météo obsolète, de nombreux pays, à commencer par les Etats-Unis, avaient critiqué l’attitude chinoise, jugée irresponsable : les milliers de débris engendrés par ce tir vont en effet constituer, pendant des dizaines d’années, un risque potentiel pour les satellites commerciaux.
Pékin avait ainsi signifié aux Etats-Unis que la Chine n’entend pas leur concéder la domination de l’espace. Le message stratégique était clair : si l’Amérique avait l’intention d’intervenir en cas de crise sur la question de Taïwan, la Chine dispose de la technologie pour aveugler et détruire les satellites d’observation et de positionnement dont la marine américaine est dépendante. Les Etats-Unis ont-ils voulu, à leur tour, adresser un avertissement à Pékin ?
« MONTER LES ENCHÈRES »
Les explications américaines selon lesquelles ce satellite espion présente un danger pour les vies humaines, puisqu’il risque de ne pas se consumer entièrement en rentrant dans l’atmosphère, apparaissent crédibles. Xavier Pasco, un expert français de la politique spatiale américaine auprès de la Fondation pour la recherche stratégique, souligne que des morceaux de plus d’un mètre ont atterri sur terre lorsque Skylab, la première station spatiale américaine, s’est désintégrée en rentrant dans l’atmosphère, en juillet 1979.
De même, lorsque les débris de la navette Columbia, qui a explosé en vol en février 2003, ont touché terre, un réservoir d’hydrazine, ce carburant très toxique des moteurs des satellites classiques, a atterri intact au Texas. Cet épisode risque de se répéter, insistent les Américains : le satellite du NRO contient un réservoir d’environ 500 kg d’hydrazine, qui n’a pratiquement pas été consommé, puisque le satellite n’était pas manoeuvrable.
Selon James Jeffrey, conseiller adjoint américain pour la sécurité nationale, ce combustible est susceptible de causer des risques mortels sur une surface équivalente à deux terrains de football. Certains experts doutent de ces affirmations, et soulignent que ce tir d’un missile américain est une excellente occasion pour effectuer un test inédit de la défense antimissile. Le ministère russe de la défense a estimé, samedi 16 février, qu’il s’agissait de « préparatifs pour tester une arme antisatellite ».
La destruction du satellite sera confiée à l’un des missiles SM3 équipant les croiseurs lance-missiles de la classe Aegis, lesquels constituent un maillon important du système de la défense antimissile dont les Américains veulent implanter un troisième site (outre la Californie et l’Alaska) en Pologne et en République tchèque, au grand dam de Moscou. Plusieurs missiles SM3 (un tir ne sera peut-être pas suffisant) ont été reconfigurés pour atteindre le satellite, situé en orbite basse.
Les Etats-Unis ont déjà effectué un tir antisatellite, en 1985, mais il s’agissait d’un missile tiré par un avion F-15. Pendant la guerre froide, l’ex-URSS et l’Amérique se sont livrées à plusieurs dizaines d’essais d’armes antisatellites, qui furent interrompus en raison des risques engendrés par une multiplication des débris spatiaux. Ce nouveau tir va permettre à la Missile Defense Agency américaine de tester en vraie grandeur le scénario de la destruction d’une arme dans l’espace, par un missile tiré depuis la terre.
Devançant les critiques selon lesquelles les Etats-Unis, après la Chine, prennent le risque de disséminer des débris dans l’espace, Washington a souligné que le satellite visé sera détruit à une altitude bien inférieure (250 kilomètres, au lieu de 950 pour le tir chinois), ce qui permettra de minimiser considérablement le risque des débris orbitaux.
« Inévitablement, relève Xavier Pasco, ce tir américain va faire monter les enchères avec la Chine et relancer le débat sur la défense antimissile. Si c’est un échec, cela incitera le Congrès à remettre en cause les sommes colossales dépensées par la MDA. C’est donc un test à hauts risques, politiques et diplomatiques, pour les Etats-Unis. »
Laurent Zecchini
21 février, 2008
1-HISTOIRE, 2è G. M., DISCRIMINATIONS
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La Résistance n’a pas appelé à sauver les Juifs
Jean-Louis Crémieux-Brilhac historien.
Liberation-QUOTIDIEN : jeudi 21 février 200_
Comment dire le malaise qu’éprouve l’historien après la diffusion du docu-fiction de mardi soir sur France 2 [la Résistance, «Quand il fallait sauver les Juifs», ndlr] ?
France Télévisions a patronné un film sur le drame des Juifs de France dans les années 1940-1944 et l’a programmé à une heure de grande écoute, alors que la Shoah a été occultée un quart de siècle, bravo !
Les auteurs n’ont pas hésité à souligner l’indignité du gouvernement de Vichy, qui a délibérément mis les Juifs de France hors de la loi commune et qui a participé à la déportation de 76 000 d’entre eux, dont 73 500 allaient être exterminés ; ils ont eu, de surcroît, le mérite de mettre en lumière des héros injustement ignorés : encore bravo !
La réalisation visuelle est remarquable au point de faire passer pour documents d’époque des séquences totalement irréalistes ou dont le tournage aurait été inconcevable dans la clandestinité, comme un long défilé d’enfants juifs cheminant dans la neige vers la frontière suisse. Faut-il dire bravo ? Admettons que ce soit la loi du genre. La méconnaissance de la Résistance dont témoigne ce film est d’autant plus choquante. Non, le salut des Juifs n’était pas un des deux volets majeurs de l’action résistante, comme la programmation de lundi et mardi voudrait le faire croire. Faut-il rappeler que le mot d’ordre «Il faut sauver les Juifs» n’a jamais été lancé ni par le Conseil national de la Résistance, ni par la France libre dans les années 1943-1944, ni par la presse clandestine, mis à part les Cahiers du Témoignage chrétien. Le titre même de l’émission est un faux-semblant.
Certes, c’est grâce au courage de certains Français que la proportion des Juifs qui ont été déportés de France a été moindre qu’aux Pays-Bas, par exemple (grâce aussi à l’existence, jusqu’à 1942, de la zone non occupée et au fait que la France a été le premier pays libéré). La juste perspective eût été de montrer que les initiatives en faveur des Juifs ont été seulement (mais c’était déjà beaucoup) une action de sauvetage dans l’ensemble des actions à l’actif d’une résistance multiforme.
Laisser entendre, comme le fait le commentaire du film durant son dernier quart d’heure, qu’un immense mouvement de solidarité a soulevé la masse des Français, de 1943-1944, en faveur des Juifs, ce qui apparaît comme la leçon à en retenir, est une imposture. C’est vouloir construire une légende. Il va de soi que l’opinion publique n’était plus, en 1944, ce qu’elle avait été au lendemain du désastre : l’approche de la Libération a freiné le zèle répressif et stimulé de beaux dévouements. De là à extrapoler à la nation entière, et même à la Résistance entière, ce qui fut le mérite admirable de quelques mouvements, de quelques groupes ou de quelques individualités, il y a plus qu’une marge.
Un excès de bon vouloir, un désir de bonne conscience patriotique transforment en un film de propagande un film qui devrait s’en tenir aux exigences d’un film d’histoire, dont les noms d’Annette Wieviorka et de Jean-Pierre Azéma figurant au générique semblent cautionner, abusivement, la totale véracité. Dommage.
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21 février, 2008
2-GEO/ECO, ARABIE, MONDIALISATION, RISQUES, TOLERANCE
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Population:25 100 000 hab.Densité:12 hab./km²
D’un point de vue politique, le discours présidentiel à Riyad est justifiable. D’un point de vue éthique, la foi de Sarkozy dans le changement au sein de ce royaume est louable. Mais croire à une contribution saoudienne dans l’élaboration d’une «politique de civilisation» à même de provoquer une sécularisation au cœur de l’islam est une pure et funeste chimère. Et pour cause : on ne peut pas être et avoir été. L’Arabie Saoudite a été le principal financier des mouvements intégristes dans le monde. Il est vrai qu’elle était en parfaite osmose avec les intérêts géopolitiques américains. C’est le traumatisme du 11 septembre 2001 qui a infirmé ces choix stratégiques que les Etats-Unis ont faits bien avant l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS. Sous l’influence pernicieuse de la monarchie saoudienne, les dirigeants américains ont, en effet, longtemps soutenu l’islamisme comme alternative aux régimes arabes postcoloniaux. La prise de pouvoir par les talibans en Afghanistan était une victoire de l’idéologie saoudienne, un succès de la logistique pakistanaise et la consécration de la stratégie américaine. L’attaque du 11 Septembre a changé toute la donne. Mais, par on ne sait quelle ruse de l’Histoire, plutôt que d’amorcer le déclin de cette monarchie qui incarne ce qu’il y a de plus rétrograde dans l’islam, ces événements ont donné une nouvelle vie au régime saoudien. Les wahhabites doivent au fond remercier leur compatriote et disciple Ben Laden. Pour la simple raison que, comparé à la barbarie et au nihilisme d’Al-Qaeda, la théocratie wahhabite fait maintenant figure de régime modéré. Or toutes les tendances de l’islamisme ont les mêmes maîtres à penser, les mêmes dogmes (l’islam est religion et politique, le jihad et le martyr sont un devoir religieux…) et les mêmes objectifs : éradiquer les apostats (musulmans), combattre les mécréants (juifs et chrétiens), établir une théocratie coranique. «La politique de civilisation, c’est ce que font tous ceux qui œuvrent pour un islam ouvert, un islam qui se souvient des siècles où il était le symbole de l’ouverture et de la tolérance… C’est ce que fait l’Arabie Saoudite», disait Nicolas Sarkozy dans son discours de Riyad. Bien au contraire, dès sa naissance en 1932, la monarchie saoudienne a effacé quatorze siècles de civilisation, a cultivé et propagé partout dans le monde un islam sectaire, sclérosé, intolérant et des plus fanatiques. C’est une erreur de prendre les dernières réformettes de cette monarchie pour des réformes stratégiques et structurelles. Ces mesures cosmétiques ont été entreprises sous la panique à l’idée d’être le maillon faible du «Grand Moyen-Orient démocratique» décrété par Bush. C’était un analgésique pour calmer le Léviathan très en colère après les attentats du 11 Septembre – dont le cerveau était Ben Laden, un proche de l’oligarchie régnante, et la majorité des terroristes, des sujets saoudiens. Cette oligarchie n’est d’ailleurs pas dupe. A la moindre réforme profonde – comme celle, primordiale, des manuels scolaires -, c’est tout l’édifice saoudien qui menacera de s’écrouler à moyen terme. Il est par conséquent évident que la France, qui souhaite moderniser l’islam, ne peut pas établir une alliance «civilisationnelle» avec une Arabie wahhabite qui n’a jamais abandonné le rêve insensé d’islamiser la modernité. C’est une illusion de considérer ce pays comme représentatif des musulmans dans le monde, encore moins comme figure emblématique de l’islam sunnite.
Certes, le pays abrite les lieux saints de l’islam, mais il n’incarne pas pour autant l’islam quiétiste et spirituel pratiqué par la majorité des musulmans. La religion de l’Arabie Saoudite n’est guère l’islam mais le wahhabisme, une secte hérétique déguisée en orthodoxie islamique, dont Ben Laden est le pur produit. Né d’une rencontre, en 1745, entre un prédicateur inculte et illuminé – Muhammad ibn Abd al-Wahhab (1703-1792) – et un chef de guerre impitoyable et ambitieux – Muhammad ibn Saoud (1705-1765) -, le wahhabisme a été d’emblée combattu par les plus grandes autorités islamiques du Caire, d’Istanbul, de Damas, de Bagdad, de Tunis et de Fès.
La réforme (religieuse) du wahhabisme est impossible et même absurde. Penser le contraire, c’est admettre implicitement que le wahhabisme puisse être l’une des expressions de l’islam. Or le wahhabisme, c’est la négation même de l’islam, c’est la nécrose de la civilisation islamique. Ce n’est pas de l’Orient arabe, encore moins de l’Arabie Saoudite, que sortira un islam des Lumières, mais de l’Occident arabe, de ce Maghreb qui a enfanté Ibn Khaldun et Averroès, le dernier philosophe né en terre d’islam.
Il est noble de croire, comme Nicolas Sarkozy, à une possible évolution de l’Arabie Saoudite vers la modernité. Le problème, c’est que l’un des dogmes constitutifs du wahhabisme est précisément le rejet du changement, considéré comme une injonction coranique. Il faut donc abolir le wahhabisme. Sans lui, l’Arabie Saoudite pourrait évoluer et se réformer. Mais sans le wahhabisme, y aurait-il encore une Arabie Saoudite ?
Mezri Haddad philosophe, membre du Daedalos Institute of Geopolitics (Chypre).
Liberation-21 02 08
21 février, 2008
2-GEO/ECO, EUROPE, FRANCE, POPULATION et SOCIETE, Union Européenne
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«L’augmentation des créations d’emplois est un vrai mystère»
Michel Husson, de l’Institut de recherches économiques et sociales:propos recueillis SONYA FAURE pour Libération-QUOTIDIEN : jeudi 21 février 2008
En 2007, la France a créé près de 300 000 emplois, un record depuis 2000 (567 000 créations dans le secteur privé). Le nombre d’offres publiées par l’Association pour l’emploi des cadres a progressé de 27 % en 2007, et 2008 devrait marquer un record, selon l’Apec. Explications avec Michel Husson de l’Ires.
Pourquoi un tel dynamisme de l’emploi, dans un contexte de faible croissance ?
C’est un vrai mystère. Une année complètement atypique. Historiquement, c’est la croissance qui tire l’emploi. Mais depuis 2003, la création d’emplois augmente chaque année (de 1,9 % en 2007) alors que la croissance stagne à 2 % en moyenne. On a atteint un paroxysme en 2007 : l’augmentation des créations d’emplois est de 1,9 %, comme la croissance économique. Ça veut dire que la productivité est nulle !
Une spécificité française ?
Oui. Sur les deux dernières années, la France a une croissance inférieure d’un point environ à la moyenne européenne. Elle a créé en revanche à peu près autant d’emplois que les autres.
Du CNE à la rupture à l’amiable (à venir), la volonté des derniers gouvernements de «fluidifier» le marché peut-elle expliquer la tendance ?
Les employeurs vont peut-être embaucher plus vite pour répondre aux hausses de commandes s’ils savent qu’ils licencieront plus facilement. Mais ça n’explique pas pourquoi ils anticipent une croissance qui ne vient pas.
Comment l’expliquer alors ?
Deux scénarios sont possibles. Dans le premier, nous nous sommes installés dans un nouveau modèle économique : un marché du travail plus dual. D’un côté les «bons» emplois bien payés. De l’autre, des emplois précaires et peu rémunérés, comme dans les services à la personne, qui représentent près du tiers des emplois créés en 2007. Dans ce cas, une faible croissance peut alors créer beaucoup d’emplois.
Et le deuxième scénario ?
Un gros ralentissement en 2008. Après avoir créé plus d’emplois que n’en suscitait la croissance, les entreprises pourraient réduire leurs effectifs plus fortement.
Et l’emploi des cadres ?
La prévision de l’Apec pour 2008 me paraît extraordinairement optimiste. L’emploi des cadres accentue les cycles. Il suit en gros l’investissement des entreprises (4,9 % en 2007). Cette année, les entreprises ont peut-être fait des efforts de réorganisation : elles ont investi, embauché des cadres pour se repositionner qualitativement.
21 février, 2008
2-GEO/ECO, EUROPE, FRANCE, MONDIALISATION, Union Européenne
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Le piratage lamine les ventes de DVD
LE MONDE | 21.02.08 |
La France vilain petit canard ? C’est le seul pays en Europe qui voit son marché de la vidéo s’effondrer depuis trois ans, alors que ses voisins affichent des résultats positifs. La chute des ventes de DVD dans l’Hexagone est telle que ce marché a perdu un quart de sa valeur en trois ans. En 2007, elle s’est encore établie à – 10 % en volume (88,7 millions de DVD vendus) et – 11 % en valeur (à 1,49 milliard d’euros).
Ces mauvais résultats, comparables à ceux du CD, s’expliquent essentiellement par le piratage sur Internet, dont la France reste le champion européen : l’an dernier, le nombre de films téléchargés illégalement (plus de 100 millions) a dépassé celui des ventes de films en DVD (81 millions, en incluant les séries télévisées).Quand la vidéo trinque, c’est le cinéma qui risque d’en souffrir puisque l’industrie du DVD contribue de manière significative au financement de la production cinématographique française. Le DVD représente souvent 25 % du préfinancement d’un film et contribue, parfois, jusqu’à 50 % de son amortissement.
Selon Philippe Bastard de Crisnay, président du Syndicat de l’édition vidéo numérique (SEVN), la chute du marché en 2007 s’explique par la conjugaison de deux facteurs : à la fois un manque de films très porteurs au cours du premier semestre et un désintérêt, nouveau, pour les DVD hors films (avec un très fort ralentissement des ventes de séries télévisées ainsi qu’une sérieuse baisse des DVD humour et musique).
La chute peut-elle s’enrayer ? Le président du SEVN reste relativement optimiste, à condition d’attaquer le mal à la racine. Ce qui passe par des moyens beaucoup plus efficaces de lutte contre la piraterie. Ce que promet la récente panoplie de mesures suggérées par le rapport de Denis Olivennes, le patron de la Fnac, et reprises par le gouvernement dans ses accords signés avec toutes les parties concernées (dont les fournisseurs d’accès à Internet), le 23 novembre 2007. Toutefois, ces avancées, comme le futur mécanisme d’avertissement et de sanction des internautes ou les techniques de reconnaissance de contenus, nécessitent le vote d’une loi et ne devraient pas être efficientes avant l’automne.
De plus, face à la crise que traverse la vidéo, les pouvoirs publics se sont engagés, dans le cadre des accords liés au rapport Olivennes, à satisfaire une demande ancienne des éditeurs de DVD : raccourcir le délai entre la sortie d’un film en salles et son exploitation en vidéo. Des négociations sont en cours entre exploitants cinématographiques et éditeurs vidéo pour que ces derniers puissent vendre des films en DVD quatre mois et non plus six mois – comme aujourd’hui – après leur sortie en salles. Ce délai de six mois est le plus long d’Europe, alors que le nombre de films sortis en salles en France (600 par an) y est le plus élevé.
Le SEVN est convaincu que l’intérêt du public sera moins émoussé si le film sort plus rapidement en vidéo. Là encore, une telle réforme pourrait prendre du temps : sa concrétisation doit intervenir au plus tard en juin 2009.
Enfin, la vidéo à la demande sur Internet, sur laquelle bien des espoirs sont fondés, peine à s’imposer. Le chiffre d’affaires réalisé l’an dernier s’est établi à 31 millions d’euros (un peu plus de 2 % du marché total) contre 54 millions espérés.
Le groupe japonais d’électronique Toshiba a, par ailleurs, confirmé mardi 19 février qu’il abandonnait le HD-DVD. Le Blu-ray développé par Sony, format concurrent, va donc devenir la norme mondiale en matière de support haute définition – la définition de l’image est 5 fois supérieure à celle du DVD. Le Blu-ray avait été adopté par la majorité des studios hollywoodiens.
Nicole Vulser
Article paru dans l’édition du 22.02.08.
21 février, 2008
2-GEO/ECO, FRANCE, MONDIALISATION
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ierre de lyon : La médiatisation de telle ou telle fermeture de site industriel entraîne-t-elle une surévaluation de la question de la désindustrialisation française par une sorte d’effet de loupe ?
Elie Cohen : Non, nous assistons à une deuxième vague de désindustrialisation en France depuis 2002. Nous avons perdu depuis cette date 500 000 emplois industriels. Nous n’avions pas connu de phénomène aussi marqué depuis la grande période de désindustrialisation française, la période 1978-1985. A cette époque, je vous le rappelle, nous avions perdu près d’un tiers de nos emplois industriels.
On peut légitimement s’inquiéter de l’accélération de la désindustrialisation en France, d’autant que nous constatons en Europe d’autres pays qui font bien mieux, non seulement en s’industrialisant comme l’Irlande ou l’Espagne, mais en connaissant une désindustrualisation moins marquée qu’en France comme en Allemagne ou en Italie.
Davidx : La désindustrialisation se définit-elle comme la fermeture des usines en France ou le déclin des entreprises industrielles au sein de l’économie française ?
Elie Cohen : Le phénomène de désindustrialisation manifeste à la fois que la part dans la valeur ajoutée dans l’emploi et la production décline. La désindustrialisation est donc un phénomène relatif, il traduit le fait que l’industrie pèse moins dans l’activité économique nationale, et que des secteurs comme les services aux entreprises, les services aux personnes, le bâtiment et les travaux publics voient leur part de l’activité nationale croître.
Toutefois, ce qui rend la situation actuelle plus tendue, c’est qu’on assiste à des destructions nettes d’emplois industriels, suite à une série de fermetures d’usines. Le dernier chiffre dont nous disposons est celui de 2007, où nous avons enregistré une perte d’emplois industriels de 50 000. En résumé, la désindustrialisation en France aujourd’hui est un phénomène relatif, mais aussi absolu.
Fred : Chiffre-t-on précisément le nombre d’emplois industriels perdus à cause des délocalisations ?
Elie Cohen : La délocalisation stricto sensu consiste à fermer une usine en France, à la reconstituer dans un pays émergent, et à réimporter en France la production faite dans le pays émergent. Ainsi définie, la délocalisation industrielle est un phénomène marginal, n’expliquant, selon les études, que de 3 à 10 % de l’emploi industriel disparu.
Toutefois, on peut considérer que le phénomène de délocalisation est plus large, et qu’il devrait comprendre non seulement les usines fermées, mais également les changements d’approvisionnement pour des entreprises restées en France et qui trouvent des fournisseurs hors de France, alors qu’ils les avaient auparavant en France.
C’est le cas typique des composants automobiles. Et, dans une conception encore plus vaste, on pourrait ajouter les opérations dites de relocalisation qui consistent, pour une entreprise qui exportait à partir de la France à constituer une unité hors de France et exporter à partir de cette unité.
Comme on le voit, si la question des délocalisations est très sensible, son importance numérique est relativement faible. En tout cas, la délocalisation stricto sensu n’explique qu’une part très faible des destructions d’emploi industriel.
Irgendeinbis : N’y a t-il pas différents types d’industries, dont certaines ont vocation à s’installer ailleurs voire disparaître, tandis que d’autres peuvent rester dans un pays développé comme la France (moyennant une adaptation d’elle-même et de son contexte) ? Le solde est-il fatalement négatif au final ?
Elie Cohen : La vraie question pour la France est qu’elle subit une concurrence à la fois sur les produits de haut de gamme et de haute technologie, pour lesquels sa performance relative se dégrade, et là, la faute est clairement à imputer au manque d’investissements en R&D et en innovation. Mais la France subit également la concurrence sur les produits intenses en travail et où le coût du travail joue un rôle important. C’est ce qui explique les pertes de parts de marché de la France face aux pays émergents.
Enfin, la France ayant une spécialisation moyenne mais fortement dépendante du taux de change, elle subit une concurrence supplémentaire du fait de la dégradation du taux de change euro-dollar.
En d’autres termes, nous n’avons pas la spécialisation haut de gamme, haute technologie, à quelques exceptions près, qui nous permettrait de nous immuniser contre la concurrence des pays développés. Nous sommes par ailleurs trop chers pour vendre des produits banalisés. Résultat : notre performance se dégrade et vis-à-vis de nos partenaires européennes de la zone euro, et vis-à-vis des pays emergents
Julien Sorrel : La désindustrialisation est donc moins le fait de la division internationale du travail que d’un problème structurel ?
Elie Cohen : La désindustrialisation est un phénomène normal pour pays dévéloppés.
D’une part, parce que la division internationale du travail conduit logiquement des pays émergents à prendre une part plus importante de l’activité industrielle ; et d’autre part, parce que les consommateurs des pays développés, en s’enrichissant, consomment de plus en plus de services et moins de produits industriels. La désindustrialisation ne poserait donc pas de problème si la France était capable de renouveler son avantage compétitif et si la France était capable de monter sur la chaîne de valeur en incorporant son travail cher dans des produits chers et très demandés.
Le problème de la France, c’est que depuis 1999, avec la formidable accélération du commerce international et de la croissance mondiale, elle n’a pas su répondre à cette demande nouvelle, pour une raison simple : la France manque de ce tissu de PME innovantes et exportatrices qui font le dynamisme de l’Allemagne, pour ne prendre qu’un exemple proche. La France a donc vu sa part de marché dans les exportations en zone euro et hors zone euro baisser. A titre d’exemple, nous disposons en France de deux fois moins de ces grosses PME innovantes et exportatrices qu’en Allemagne.
Ahmed Roubaix : Pensez-vous que des secteurs forts comme le secteur automobile français peuvent être menacés à terme ? Risque-t-on de voir un jour Renault Douai ou PSA Sochaux fermer ?
Elie Cohen : L’une des grandes explications de la faiblesse actuelle du commerce extérieur français est la panne du secteur automobile depuis trois ans. Le secteur des transports terrestres, de l’automobile, a été classiquement un point fort de la spécialisation française. Pour des raisons qui tiennent au vieillissement des gammes, au caractère tardif de leur renouvellement, à des problèmes de gamme notamment avec l’absence de véhicule hybride, la France a décroché au cours des trois dernières années.
Les annonces faites par Renault et par PSA en matière de renouvellement de gamme laissent espérer un regain de parts de marché perdues au cours des dernières années.
Mais il ne faut pas se cacher qu’à terme l’industrie automobile va connaître elle aussi de grands bouleversements. Les annonces faites par Tata, avec le véhicule à 1 500 euros, et les formidables capacités de production installées en Chine auront un jour prochain un effet sur les marchés européens, et notamment français. Pour répondre plus précisément à votre question, il faut signaler que les constructeurs français font l’essentiel de leur développement, et depuis longtemps, hors de France. Il suffit de mentionner les développements pour la zone Europe en Tchéquie, en Slovaquie et ailleurs.
Pour que les constructeurs français soient amenés à fermer des sites en France, il faudrait une profonde dégradation de la situation, et notamment que le renouvellement de gamme ne réussisse pas. Par exemple, si la Laguna 3 ne trouve pas son marché, on peut avoir des inquiétudes pour Sandouville.
Julien Sorrel : Les entreprises pharmaceutiques, point fort de notre économie, sont-elles aussi vouées à la délocalisation ?
Elie Cohen : L’industrie pharmaceutique évolue sur un mode singulier. Si l’on veut avoir une vision claire de l’avenir de la localisation de ce secteur, il faut distinguer cinq sous-secteurs :
1) Dans les activités de recherche et développement, on constate une polarisation des activités de recherche dans des pays comme les Etats-Unis, ou dans la région de Cambridge en Angleterre. Nous avons donc un problème d’attractivité du territoire national pour les activités de recherche et développement.
2) Pour élaborer un nouveau médicament, et surtout le faire reconnaître par les autorités de régulation, il faut une coopération intime entre laboratoire pharmaceutique et système hospitalier pour la réalisation de tests cliniques. La France avait une position très avantageuse dans ce domaine, elle est en train de la perdre très rapidement au profit de pays d’Europe centrale et orientale comme la Pologne, ou de pays à forte population comme l’Inde.
3) Le secteur de la fabrication des principes actifs : là, force est de constater que des pays nouveaux apparaissent et sont particulièrement attractifs pour la localisation de ces activités, ce qui crée une concurrence potentielle pour la France. Je pense à l’Irlande.
4) Le secteur de la galénique, i.e. la fabrication des préparations pharmaceutiques sous forme de comprimés ou autre. La France a traditionnellement une position forte, mais qui peut évoluer de manière défavorable dans l’avenir si les laboratoires pharmaceutiques multinationaux en viennent à considérer la politique tarifaire de la Sécurité sociale comme peu rémunératrice.
5) Dernière activité : celle de marketing et distribution de produits pharmaceutiques.
Là, la présence sur le territoire national est importante. Et comme la France est un très gros consommateur de médicaments, elle restera un lieu de localisation de cette activité.
En résumé, la position historique de la France en matière de recherche, de développement, d’essais cliniques et de production de principes actifs s’érode. Il est temps de s’en rendre compte et de mettre en place une politique dynamique de promotion des sciences du vivant. Cela passe par une réflexion sur l’attractivité du territoire national.
Jerryaxe : La fiscalité francaise est-elle un facteur aggravant de la situation industrielle francaise ?
Elie Cohen : S’agissant de l’exemple que nous venons d’évoquer, l’industrie pharmaceutique, ce n’est pas tant la fiscalité qui est décisive, c’est plutôt la politique de la Sécurité sociale. On a un conflit entre deux logiques parfaitement légitimes : celle de la compression du coût du médicament pour la Sécurité sociale, et celle d’une tarification avantageuse du médicament qui attirerait sur le sol national des activités industrielles pharmaceutiques. Plus généralement, le rôle de la fiscalité joue bien entendu comme facteur de localisation, et nous connaissons parfaitement les problèmes français : rôle de l’impôt sur la fortune, rôle des taux marginaux d’imposition à l’IRPP, rôle de la taxe professionnelle. Mais je ne crois pas que ces facteurs-là soient décisifs.
Ce qui est important, c’est d’abord la qualité des infrastructures en équipement et en capital humain. Ce qui est important, c’est la qualité des institutions, la solidité du cadre institutionnel et sa stabilité. Ce qui est important, c’est la qualité de la vie. Et sur tous ces éléments-là, la France dispose de quelques atouts.
Pour l’avenir, il faudra intégrer le fait que pour les activités intenses en travail hautement qualifié, c’est Paris qui est en concurrence avec Londres, Berlin ou Barcelone. Il ne faut donc pas disperser ses moyens. Pour les activités intenses en R&D, il faut disposer de pôles de compétitivité qui ont une masse critique suffisante. De ce point de vue, nous nous sommes ridiculisés avec nos 71 pôles de compétitivité et avec des moyens financiers dérisoires à partager en un si grand nombre de pôles. Pour les activités industrielles, il faut offrir des sites parfaitement aménagés et garantir une fiscalité stable et prévisible sur la durée de vie des investissements prévus. S’agissant des sites de logistique, il faut que nous révisions un certain nombre de problèmes juridiques et sociaux pour que nos grands ports ne soient pas marginalisés. Je pense à Marseille. Je pense également à la question du fret de la SNCF.
Bref, la sagesse commence avec la prise de conscience que nous sommes pour chaque activité en compétition avec d’autres sites aussi bien équipés et avec des gouvernements attachés à faire valoir les avantages spécifiques de leurs propres sites.
Penelope : Il est donc souhaitable que l’Etat intervienne directement pour empêcher la désindustrialisation de la France ?
Elie Cohen : Il n’est pas dans le pouvoir du gouvernement d’empêcher la disparition d’activités traditionnelles non compétitives et pour lesquelles il n’y a plus d’investisseurs disponibles. Il ne sert donc à rien de pratiquer l’acharnement thérapeutique.
Par contre, le gouvernement a un rôle dans la promotion de la compétitivité du site industriel français en déployant plusieurs politiques :
1) une politique visant à favoriser l’innovation et la transformation d’innovations en activités économiques rentables. Cela passe par une politique de R&D, une collaboration public-privé, des politiques financières et fiscales pour l’essaimage, la création et le développement d’entreprises innovantes, etc.
2) Le gouvernement, et si possible les gouvernements européens, ont également une responsabilité pour le développement de grandes plates-formes technologiques dans des secteurs où l’investissement se récupère à très long terme. Je pense à des secteurs comme l’énergie, le spatial, les technologies duales, les questions d’environnement, de santé. Dans tous ces secteurs, un rôle d’incitation de la puissance publique est assurément souhaitable.
3) Les autorités publiques locales doivent créer les conditions de l’émergence de pôles de compétitivité, ils doivent favoriser la mise en relation de financements publics et privés d’universités, de centres de recherche et d’entreprises locales autour de projets de développement. De ce point de vue, la politique des pôles de compétitivité était une bonne idée. Il faudra simplement passer probablement de 70 pôles à une dizaine.
4) Les pouvoirs publics ont une responsabilité générale pour le développement des activités industrielles. Ils doivent donc veiller à mettre en œuvre des politiques fiscales et réglementaires incitatives. Si l’on veut par exemple que les usines de panneaux solaires ou d’éoliennes se localisent sur des territoires européens, il faut avoir des dispositifs financiers et fiscaux adéquats. Car d’autres pays les ont.
5) Enfin, si l’on considère qu’il y a une responsabilité particulière pour développer ces fameuses PME innovantes et exportatrices, alors, il faut mettre en œuvre des politiques spécifiquement dédiées aux PME, pour les aider à naître, à croître et à se développer.
On évoque depuis trente ans l’importation en France du modèle de la « small business administration » américaine. Des premiers pas ont été faits, il faut y aller maintenant plus franchement.
Freddie : Nicolas Sarkozy a « proposé » jeudi la création d’un « fonds national pour la réindustrialisation » des zones en reconversion, à l’occasion d’une visite sur le site de l’ex-usine Metaleurop Nord à Noyelles-Godault. Qu’en pensez-vous ?
Elie Cohen : Je ne sais pas exactement ce qu’est un fonds de réindustrialisation. Je connais des fonds, notamment le fonds européen, qui gère les effets de la mondialisation et qui aide les sites industriels qui ont perdu une activité industrielle à se reconvertir. C’est un type de politique. On peut imaginer qu’une politique d’aménagement du territoire vise à favoriser la localisation d’activités dans certaines zones déprimées, à travers des avantages fiscaux. On se souvient notamment de la politique des zones franches. On peut également concevoir un système qui abaisse les coûts de l’investissement pour une entreprise, avec des cadeaux fiscaux faits à l’investisseur, notamment en matière de taxe professionnelle.
Mais tous ces dispositifs ne peuvent pas faire naître une activité industrielle s’il n’y a pas un entrepreneur, avec un projet solide, avec des débouchés et avec des financements. L’Etat ne peut pas se substituer à l’entrepreneur industriel. Il peut tout au plus créer un environnement favorable à l’investissement et alléger le coût fiscal et social de l’investissement initial.
Dacharry Olivier : Arrive-t-on à la fin de la société industrielle en France, et allons-nous passer à une économie basée sur le secteur tertiaire, voire financier comme en Angleterre ? Faut-il dans ce cas s’inquiéter du recul de l’industrie ?
Elie Cohen : La réponse est non. Aujourd’hui, alors même que je viens de parler longuement de désindustrialisation, on constate que plus de 70 % des exportations sont des exportations de biens industriels, 90 % de l’effort de R&D portent sur des activités de type industriel. Et de plus, les régions économiques qui croissent le plus vite, et en termes de valeur ajoutée et en termes d’emploi, sont des régions industrielles. Par ailleurs, un certain nombre d’économistes contestent l’idée même de désindustrialisation puisqu’ils attribuent la baisse d’effectif industriel à des stratégies d’externalisation dont la contrepartie se retrouve dans la croissance des effectifs du secteur des services aux entreprises. En d’autres termes, si l’on agrège activité industrielle et service aux entreprises, on ne constate guère de déclin.
Quelle conclusion en tirer ?
L’industrie est une activité structurante, son développement ne se mesure pas simplement dans les statistiques d’activités manufacturières. Les services aux entreprises font partie de ce développement. L’activité industrielle reste décisive en matière de commerce extérieur et de R&D. En même temps, on peut dire que l’industrie se dématérialise chaque jour davantage. Il y a 95 % d’activité immatérielle dans un composant électronique, qui est pourtant un produit industriel. La vraie recette du succès, c’est la combinaison de recherche intensive, de développement, d’innovation, de création, de marques, autant d’éléments immatériels qui font la vraie valeur de l’activité industrielle matérielle. Il n’y a pas de développement autonome de services sur fond de désindustrialisation intégrale.
L’industrie a encore un bel avenir, surtout si l’on sait y développer la part d’immatériel, aujourd’hui décisive.
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