MONDIALISATION,CHINE,DROITS de l’HOMME:le chantage économique…
31 mars 2008 20:28 2-GEO/ECO, ASIE, CHINE, MONDIALISATION, RISQUES, TOLERANCE| “Un pays qui boycotterait les JO de Pékin paierait un prix économique et commercial très lourd”
LE MONDE.FR | 28.03.08 avec Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques.
Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur d”Atlas du monde global”, avec Hubert Védrine. |
Pascal Boniface : Je pense qu’ils ont sous-estimé l’ampleur des conséquences de la médiatisation de l’organisation d’un tel événement. Ils ont en vu les aspects positifs et en ont mésestimé les aspects potentiellement dangereux pour eux. En organisant les Jeux, ils ont attiré la lumière sur eux, c’était le but recherché. Mais l’effet non recherché, c’est qu’ils ont également attiré la lumière sur des aspects qu’ils auraient préféré garder secrets ou discrets. Car finalement, la répression chinoise au Tibet n’est pas nouvelle, et si l’on parle plus du Tibet aujourd’hui qu’auparavant, c’est bel et bien parce que les Jeux vont être organisés à Pékin au mois d’août. ctipar : La Chine a-t-elle intérêt à étouffer tout ce qui pourrait se passer au Tibet (ou ailleurs) d’ici aux JO, ou vaut-il mieux pour elle jouer une certaine transparence vis-à-vis des médias étrangers, comme elle a tenté en vain de le faire récemment ? Je pense à la visite organisée et perturbée pour vingt-six journalistes étrangers. Pascal Boniface : La transparence est préférable à condition qu’elle soit possible et qu’elle soit crédible. Donc l’urgence pour Pékin est bien sûr de ramener le calme, mais pas au prix d’une répression qui attirerait encore plus l’attention sur son comportement. jack : Les Jeux olympiques vont-il devenir le moyen de montrer au monde entier les problèmes de politique intérieure des pays organisateurs ? Pascal Boniface : Tout événement mondial médiatisé sera ce type d’occasion, et dès qu’un pays sera l’hôte d’un événement à forte valeur par rapport aux opinions publiques, plus il devra faire attention aux éventuelles zones d’ombre qu’il ne veut pas montrer, et il sera de plus en plus difficile à des pays dont le comportement est contesté d’organiser ce type d’événement sans le payer d’un prix fort en termes d’opinion. C’est l’une des conséquences de l’importance croissante du rôle des opinions publiques sur la politique internationale. Richard : Lié au boycott des JO, des gens, sur des forums, suggèrent aussi un boycott économique du “made in China”. Qu’en pensez-vous ? Pascal Boniface : Comme pour le reste, pour être efficace, il faut qu’il soit très largement répandu et il faut qu’il y ait une adéquation entre le citoyen et le consommateur. Mais on voit souvent que le consommateur n’a pas les mêmes réflexes que le citoyen. pleu : Le boycott entraînerait-il un regain de confiance des pays limitrophes permettant de débloquer les quelques conflits de la région, comme les Ouïgours dans l’ouest du pays, ou l’Inde au sujet du Cachemire ? Pascal Boniface : Il est évident que s’il y avait un boycott, cela rendrait le gouvernement chinois plus crispé. Et en même temps, n’ayant plus à craindre de pression extérieure, il se sentirait les mains plus libres. Par ailleurs, un boycott aurait pour conséquence une dégradation du climat international qui, par définition, aura des conséquences négatives dans la région. Turambar : Quel avenir pour le Tibet après les Jeux ? Pascal Boniface : Il y a un scénario impossible, c’est l’indépendance. Les Chinois ne l’admettent pas et les Tibétains ne le revendiquent pas. Cela posé, il reste deux scénarios majeurs : soit les Chinois comprennent que la satisfaction de la demande d’autonomie culturelle des Tibétains n’est pas dangereuse pour eux d’un point de vue stratégique, et peut leur faciliter la vie d’un point de vue politique ; et dans ce cas-là, la situation peut s’améliorer. Soit ils maintiennent une attitude crispée, et ils en paieront toujours un prix assez lourd en termes d’image internationale, parce que si les Tibétains ne sont pas le seul peuple opprimé sur la planète, ils sont, parmi les peuples opprimés, celui qui a la meilleure image. Guillaume : Quel avenir pour la Chine après les Jeux de Pékin ? Pascal Boniface : Là encore, on ne peut pas répondre de façon tranchée. C’est une question de proportion, pas une question de “oui” ou “non”. La Chine est à la fois acceptée et critiquée dans la communauté internationale. Tout est affaire de proportion. A l’heure actuelle, la part de critiques est plus forte, bien sûr. Maha : Est-ce que les réactions actuelles de certains gouvernements occidentaux représentent une soudaine prise de conscience de la situation entre la Chine et le Tibet, ou est-ce simplement un effet de mode qui prendra fin avec la clôture des JO ? Pascal Boniface : C’est plutôt une réaction par rapport aux campagnes d’opinion, où les gouvernements ont suivi le train de l’opinion. Richard : Qui revendique alors l’indépendance du Tibet ? Pascal Boniface : Pas le dalaï-lama, pas la majorité des Tibétains. Quelques éléments isolés peuvent la réclamer. Il faudrait étudier de plus près la représentativité de ceux-ci. D’ailleurs, on parle beaucoup de ceux qui réclament le boycott, mais ils sont très minoritaires. Les grandes organisations de défense des droits de l’homme ne réclament pas le boycott, pas plus que le dalaï-lama. Comme ils prennent des positions radicales, on les voit plus, mais ils sont loin d’avoir une très forte audience. Djan59 : Le boycott serait certes un geste symbolique très fort mais n’aurait d’effet que sur le court terme. Quels seraient, selon vous, les moyens de pression qui feraient que la Chine respecterait définitivement les droits de l’homme ? Pascal Boniface : Rêver que la Chine respecte définitivement les droits de l’homme à court ou long terme sur injonction des pays occidentaux relève de l’illusion. Et il faut sortir du schéma où l’on donne des instructions à un autre pays pour qu’il s’y conforme. Tout simplement parce que ce schéma n’est plus opératoire et qu’on n’est plus dans la situation où l’on puisse, fût-ce au nom de la morale, donner des ordres à un autre pays, surtout que notre morale est parfois considérée comme étant à géométrie variable. Greeddo : Dans le cas d’un scénario extrême – aggravation de la répression chinoise au Tibet, puis détérioration des tensions internationales, puis boycott total par plusieurs pays “majeurs” –, est-il concevable d’envisager une hausse des tensions pouvant aller jusqu’à un conflit armé au niveau mondial ? Pascal Boniface : Par définition, rien ne peut être exclu. Mais ce scénario me paraît beaucoup plus radical que probable. Chat modéré par Luc Vinogradoff |
AFP/JEAN-LOUP GAUTREAU
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