19 mars, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES
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Voyage dans la poubelle du Pacifique
> Le phénomène météorologique qui explique cet amoncellement d’ordures s’appelle le North Pacific Gyre (wikibio, en anglais). Il s’agit d’un tourbillon de 34 millions de km2 formé par la plupart des courants océaniques du nord du Pacifique. Voir le plan (ci-dessous) de la Great Pacific Garbage Patch (réalisé par Greenpeace).

…la suite sur——–) http://desourcesure.com/dss/2007/10/lile_du_pacifique_est_une_ordu.php
LE MONDE | 18.03.08
Charles Moore (…)à bord d’un catamaran baptisé Alguita(…) chasse obstinément une proie singulière, le plastique échoué dans l’océan. Et il en trouve de toutes sortes, de toutes tailles, de toutes origines. « Mes préférés, ce sont les poignées de parapluie », sourit-il.
Il y a aussi un gros paquet de brosses à dents, des stylos, des bidons déformés par les morsures des requins. Un ballon en forme de coeur. Des casques de chantier. « Celui-là est russe, l’inscription est en cyrillique, observe Charles Moore. Cet autre a l’air asiatique. » Mais les objets identifiables ne sont pas l’essentiel, car aucun ne reste entier très longtemps, ballotté par les courants. La plus grande part de la récolte est moins spectaculaire, mais plus préoccupante.Ce sont des particules moins grosses qu’un grain de sable, qui résultent de la dégradation des objets. Les granulés qui servent de matière première à l’industrie plastique sont également légion. Charles Moore vient tout juste de décharger de l’Alguita une cinquantaine d’échantillons de cette « soupe de plastique », collectée au large en février. « L’océan est en train de se remplir de déchets », soupire-t-il en agitant un des bocaux de verre(…)
Son intérêt pour le plastique découle d’un hasard. En 1997, au retour d’une course à la voile qui l’a emmené de Los Angeles à Honolulu, le navigateur décide de prendre une route habituellement évitée par les marins, car elle traverse une zone de hautes pressions, sans vent, où les courants s’enroulent dans le sens des aiguilles d’une montre : la gyre du pacifique nord. « Jour après jour, je ne voyais pas de dauphin, pas de baleine, pas de poisson, je ne voyais que du plastique », se souvient-il. Charles Moore se passionne pour cet endroit perdu. Il crée une fondation financée par des donateurs privés et, avec l’aide de scientifiques spécialistes de la pollution de l’eau, met au point une méthode de quantification des déchets, avant de retourner dans la zone. Les premiers résultats sont publiés dans le Marine Pollution Bulletin en 2001. L’équipe dénombre 334 271 fragments de plastique par km2 en moyenne (jusqu’à 969 777/km2 au maximum) pour un poids moyen de 5 kg/km2. La masse de plastique est six fois plus élevée que la masse de plancton prélevée. La gyre piège les particules.
L’endroit où les prélèvements ont été effectués, aussi grand que le Texas, est baptisé Eastern Garbage Patch, la « poubelle de l’est » du Pacifique. Quelle est la superficie totale de cette « poubelle » ? « Nous ne le savons pas, répond Charles Moore. L’eau est toujours en mouvement, la pollution est donc très difficile à mesurer. J’ai parcouru 150 000 kilomètres à bord de l’Alguita dans le Pacifique nord, et j’ai trouvé du plastique partout. »
Le dernier voyage de l’Alguita laisse augurer une aggravation. « C’était vraiment choquant de voir qu’à chaque prélèvement nous remontions systématiquement du plastique », observe Jeffery Ernst, 22 ans, tout juste diplômé de biologie marine, embarqué volontaire(…)
L’impact de cette pollution est aujourd’hui « sous-estimé ». Quelque 245 millions de tonnes de plastique ont été produites dans le monde en 2006. Une partie, difficile à quantifier, aboutit à l’océan. La matière, très légère, est transportée par le vent, mais surtout par les fleuves et les systèmes d’évacuation des eaux urbaines. Sans oublier les déchets abandonnés sur les plages. Environ 80 % du plastique retrouvé en mer vient de terre. Seuls 20 % sont issus des navires.

> Photo d’un tas de plastiques échoués sur la rivière de Los Angeles (tirée de theiff.org).
Le plastique a beaucoup de qualités. Il est peu cher, pratique et très résistant. Trop résistant, justement, quand il échappe aux circuits de collecte et de destruction des déchets. Il semble indestructible dans la nature. « Personne ne sait combien de temps il met à disparaître complètement(…) Il peut se fragmenter au point de se transformer en poudre, mais il est toujours là. Aucun micro-organisme n’est capable de le dégrader complètement. Tout le plastique qui s’est échappé dans l’environnement depuis qu’on en fabrique y est encore. »
Impossible de nettoyer l’océan(…) La seule solution(…) est de développer le plastique recyclable, biodégradable, aujourd’hui très minoritaire, et de changer nos habitudes. « Nous devrions réserver le plastique aux objets dont nous voulons vraiment qu’ils durent. »
(extrait artcle Gaëlle Dupont)
19 mars, 2008
1-HISTOIRE, AMERIQUES, ETATS-UNIS, POPULATION et SOCIETE, TOLERANCE
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ÉTATS-UNIS INTERPRÉTATION DU 2E AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION
L’examen par la Cour suprême du droit de porter des armes à feu divise les Américains
LEMONDE.FR | 19.03.08
ÉTATS-UNIS INTERPRÉTATION DU 2E AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION
Pour la première fois depuis soixante-neuf ans, la Cour suprême des Etats-Unis a examiné, mardi 18 mars, une affaire concernant le droit des Américains à porter des armes à feu. Les neuf juges ont entendu le recours introduit par un particulier contre la ville de Washington, qui a l’une des législations les plus rigoureuses du pays en matière de contrôle des armes.Leur décision, qui sera rendue en juin, est très attendue : l’interprétation du 2e amendement de la Constitution reste un objet de controverse. Pour les uns, cet amendement constitue la reconnaissance du droit individuel de chaque Américain à posséder des armes. Pour d’autres, il ne traduit qu’un droit collectif s’appliquant seulement aux « milices » évoquées dans ce texte de 1789.Depuis 1976, les armes de poing sont interdites dans la capitale fédérale (580 000 habitants). (…)

Pendant l’audience, les juges ont semblé pencher majoritairement en faveur du droit individuel des habitants à posséder des armes. (…)Les partisans des armes se sont beaucoup investis dans cet épisode judiciaire. Fait rarissime, le vice-président Dick Cheney a pris publiquement (…)position (…)
(…) 59% des Américains soutiennent une législation comparable à celle en vigueur à Washington (où elle est appuyée par 76% des résidents) (…). Les trois prétendants à l’élection présidentielle sont « tous des avocats convaincus du contrôle », a-t-il dit, y compris le républicain John McCain. « Cette année, la NRA (le lobby des armes à feu) a du mal à trouver un candidat qui partage ses vues »(…)
Corine Lesnes
LIBERATION
Aux Etats-unis, la guerre du feu est repartie
Le débat sur la législation des armes refait surface, mais le lobby des proarmes de la NRA reste très puissant.
Par Fabrice ROUSSELOT
QUOTIDIEN : mercredi 18 avril 2007
Au début de l’année, l’incident avait plutôt fait sourire la presse américaine. Un assistant du sénateur démocrate de Virginie, Jim Webb, s’était fait arrêter par la police à Washington. Il avait tout simplement tenté d’introduire l’une des armes personnelles du sénateur au Capitole…
En Virginie, comme dans beaucoup d’autres Etats du Sud américain, les armes à feu font partie du paysage. La législation sur les armes est l’une des plus permissives du pays. Un mineur par exemple ne peut acheter une arme de poing ou un fusil d’assaut, mais il peut acquérir n’importe quoi d’autre. De même si l’Etat impose un contrôle des antécédents judiciaire ou psychiatrique pour les armes neuves, l’achat d’armes d’occasion est sans restriction aucune pour les plus de 18 ans…
Depuis la tragédie de Columbine en avril 1999, la polémique sur le contrôle des armes revient de façon récurrente aux Etats-Unis, mais la loi ne change pas, tant au niveau fédéral qu’au niveau des Etats.
Le débat est largement verrouillé par la NRA (National Rifle Association), qui depuis sa création en 1871 s’est imposée comme l’un des plus importants lobbies outre-Atlantique. Avec ses quatre millions de membres et ses dizaines de millions de sympathisants, la NRA pèse sur tous les scrutins du pays.

La réalité est qu’aujourd’hui, à Washington ou ailleurs, il est quasi impossible de se faire élire sans son soutien(..).George W. Bush (…) s’est largement appuyé sur la NRA pour son accession au poste de gouverneur du Texas, puis dans sa course à la Maison Blanche. (…P)as question de revoir la législation sur les armes.Mais même si la NRA ne cache pas ses sympathies républicaines, son influence va bien au-delà. En 2004, John Kerry, le candidat démocrate à la présidence, n’avait pas hésité à poser en tenue de chasseur, armes à la main, pour ne pas s’aliéner l’industrie des armes. Avant lui, Al Gore et Bill Clinton avaient fait de même.(…)
La NRA n’a pas bougé sa position d’un iota. Elle s’est une nouvelle fois réfugiée derrière le deuxième amendement de la Constitution, qui garantit aux citoyens «le droit de garder et de porter des armes». Et a même suggéré que si les étudiants avaient disposé d’armes sur le campus, ils auraient pu se défendre(…Seul) Barack Obama, (…)candidat à la Maison Blanche pour 2008 a estimé qu’il fallait peut-être se pencher sur les «moyens de prévenir ce genre de tragédie».
«Le gouvernement américain protège l’industrie des armes»
ENTRETIEN • Benoit Muraciolle, chercheur pour Amnesty International et responsable de la campagne « control arms », dénonce l’administration Bush .
Par Grégory ONILLON – LIBERATION.FR : mardi 17 avril 2007
Sur la législation des armes à feu aux Etats Unis, la situation a-t-elle changé depuis Columbine ?
(…)en 2002, l’administration Bush a refusé un projet de loi sur le marquage des munitions permettant une traçabilité dans l’usage des armes à feu, Ensuite il y a eu le vote d’une loi rejetant toute responsabilité de l’industrie des armes, aucune plainte ne peut être désormais adressée aux constructeurs d’armes(…) Le gouvernement américain protège l’industrie des armes et continue de se montrer peu clair pour reconnaître la causalité entre la violence et les armes à feu.
Est-il facile de se procurer une arme ?
En Virginie,(…) il est possible d’acheter une arme à partir de 12 ans, ceci sans l’accord des parents. Aux Etats Unis, des études montrent que 70% des armes passent dans un réseau illégal dans les 3 ans qui suivent leur acquisition. La législation sur l’acquisition d’une arme peut différer d’un état à l’autre et il y a de nombreuses lacunes dans l’application de ces lois.
Le lobby des armes est-il toujours puissant aux Etats-Unis ?
La NRA (National Rifle Association) affiche 4 millions de membres à travers les Etats Unis. Elle agit comme un lobby puissant au niveau politique. (. ..)En 2006, 153 gouvernements ont apporté leur soutien à la proposition d’un traité international visant à interdire les transferts d’armes qui alimentent les conflits, la pauvreté et les graves atteintes aux droits humains. Seuls les États-Unis ont voté contre. La NRA a fait pression sur le gouvernement américain pour la non ratification de ce traité.
Vous pensez que la situation peut évoluer ?
Pour changer la situation, il faudrait améliorer l’encadrement et le suivi des porteurs d’arme. On peut prendre l’exemple de l’Australie et du Canada qui, suite à un durcissement de la législation et à une opération de sensibilation sur les armes, ont vu une baisse des homicides par arme a feu de deux tiers.
(…) Le plus urgent est de changer les lois et de pratiquer une sensibilisation sur le sujet. Il y a toujours 30.000 morts par an aux Etats Unis à cause des armes à feu.

32 personnes ont été abattues sur le campus de Virginia Tech.AP
EUROCLES.COM
Les USA condamnés à subir la violence des armes à feu ? [02-11-2006]
par Bernd Debusmann
WASHINGTON, 2 novembre (Reuters) – En marge de l’ »American way of life », il faudrait probablement évoquer une façon propre aux Américains de mourir. Plus de 30.000 personnes sont tuées chaque année aux Etats-Unis par des armes à feu, dans des circonstances accidentelles, des suicides ou des meurtres.
Or rien ne laisse penser que cette moyenne de 82 décès par jour diminuera à court terme.
A l’approche des élections de mi-mandat, le débat sur le contrôle des armes à feu a été brièvement relancé par une série de fusillades dans des écoles.
Le 2 octobre dernier, dans une école de Pennsylvanie appartenant à la communauté amish, un homme de 32 ans a méthodiquement tué d’une balle dans la tête cinq jeunes filles et en a blessées cinq autres avant de se donner la mort. Dans le Missouri, un jeune de 13 ans a pointé un AK-47 contre un responsable et des étudiants avant de tirer au plafond.
Lors d’une conférence organisée à la hâte à la Maison blanche sur la sécurité dans les écoles, des spécialistes ont évoqué la délinquance à l’école, la nécessité de promouvoir les valeurs religieuses ou la bonne communication entre les parents et les écoles mais aussi l’installation de détecteurs de métaux.
Le mot « arme » n’a pas été prononcé une seule fois avant qu’un jeune n’alerte le panel rassemblé autour de l’Attorney General (ministre de la Justice) Alberto Gonzales: le dénominateur commun entre toutes les tueries, a-t-il dit, c’est la facilité avec laquelle on peut se procurer des armes à feu aux Etats-Unis.
George Bush et sa femme ont assisté à d’autres tables rondes, et soigneusement évité d’aborder la question des armes.
200 MILLIONS D’ARMES EN CIRCULATION
« L’administration Bush s’oppose totalement à l’évocation du rôle crucial que jouent les armes dans les violences scolaires », estime Kristen Rand, du Centre sur les politiques contre la violence, qui milite pour le contrôle des armes mais qui n’avait pas été conviée à la conférence de la Maison blanche.
(…)Le département américain de la Justice évalue à plus de 200 millions le nombre d’armes en circulation dans la sphère privée aux Etats-Unis. Ce chiffre, le plus élevé au monde, grossirait de plusieurs millions chaque année.
Ces sept dernières années, la production annuelle de pistolets, de revolvers et de fusils à destination du marché civil américain a oscillé entre 2,6 millions et plus de trois millions, selon les chiffres du Bureau des alcools, des armes à feu, du tabac et des explosifs.
« Le niveau des violences mortelles aux Etats-Unis est totalement déconnecté de celui des autres nations industrielles », souligne David Hemenway, directeur du Harvard Injury Control Research Center. »Le fait que la majorité des violences mortelles implique des armes à feu accrédite l’hypothèse selon laquelle la multiplication des armes est une raison première. »
Cette hypothèse largement acceptée est contestée avec véhémence par les défenseurs du libre accès aux armes, au premier rang desquels l’Association nationale pour les armes à feu (NRA) qui se réfugie derrière le deuxième amendement pour affirmer que tout citoyen a le droit de posséder une arme.
« Ce ne sont pas les armes qui tuent les gens », affirme la NRA. « Ce sont les gens qui tuent les gens. »(…)
La NRA, dont l’influence est énorme à Washington, se prononce traditionnellement sur les candidats aux élections locales et nationales sur le seul critère de leur position relative au droit de posséder une arme.
Le lobbying intense de la NRA lui a valu un certain nombre de victoires sur les associations pour le contrôle des armes. Ainsi en 2004, le Congrès a voté la suspension de l’interdiction de posséder des armes d’assaut, de la catégorie de l’AK-47 utilisé lors de la fusillade dans l’école du Missouri.
« Il est évident que les deux dernières années représentent une des meilleures législatures pour les propriétaires d’armes », a fait savoir en octobre la NRA dans un message à ses quatre millions de membres. « Nos efforts et nos victoires doivent être protégées. »
(…)Le bilan annuel des morts par armes à feu aux Etats-Unis est dix fois supérieur au chiffre cumulé des pertes militaires américaines en Irak et en Afghanistan(…)Les statisticiens jugent le parallèle hasardeux. Il a pourtant déjà été dressé par le passé. C’était par l’ancien président George H.W. Bush au sortir de la Guerre du Golfe.
« Au cours des trois premiers jours de l’offensive terrestre, davantage d’Américains ont été tués dans les villes américaines que sur l’ensemble du front koweïtien », avait-il dit. « Pensez-y! Un de nos courageux garde nationaux était peut-être davantage en sécurité au coeur de la plus grande offensive blindée de l’histoire que dans les rues de sa ville natale. »
La remarque date de 1991, année où le nombre d’homicides avait atteint le nombre record de 24.700. Il a depuis décliné progressivement pour se stabiliser l’année dernière en-dessous de 17.000. Dans 66% des cas, des armes à feu étaient en cause.
« On note des signes d’évolution des comportements liés aux armes, notamment chez les jeunes », observe Kristen Rand, du Centre sur les politiques contre la violence. « Mais le changement sera lent, sans doute sur les 20 ou 30 prochaines années. » /JCL
19 mars, 2008
1-HISTOIRE, ALLEMAGNE, EUROPE, ISLAM, TOLERANCE, Union Européenne
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L’islam devrait rejoindre (un jour!) les autres religions au programme des écoliers allemands
LE MONDE | 18.03.08
L’introduction d’un cours de religion islamique dans les écoles publiques semble désormais incontournable en Allemagne. Le 13 mars, la Conférence sur l’islam, qui réunit depuis l’automne 2006 une trentaine de représentants des pouvoirs publics allemands et des organisations musulmanes ainsi que des personnalités indépendantes favorables à un islam sécularisé, s’est prononcée en faveur de l’instauration d’un tel enseignement en allemand.
« Nous sommes d’accord pour dire qu’il faut suivre ce chemin », a déclaré le chrétien-démocrate Wolfgang Schäuble, ministre fédéral de l’intérieur, qui préside cette commission. Néanmoins, il va s’écouler encore quelques années avant que ce projet puisse aboutir.Alors que la Constitution allemande prévoit des cours de religion à l’école, les petits musulmans ne peuvent pas en bénéficier contrairement à leurs camarades catholiques, protestants, orthodoxes ou juifs. Les organisations musulmanes le réclament depuis plusieurs années et accusent l’Etat de mettre de la mauvaise volonté. Pour se justifier, les autorités soulignent l’absence d’une organisation représentative. Le système fédéraliste, qui délègue les questions d’école aux Länder (les régions allemandes), complique un peu plus ce débat.
FORMATION DES ENSEIGNANTS
Ces dernières années, en réaction aux nombreuses polémiques sur l’échec de l’intégration des populations d’origine turque, plusieurs Länder, tels que la Rhénanie du Nord-Westphalie ou la Basse-Saxe, ont mis en place des projets pilotes.
En parallèle, les représentants des musulmans tentent de s’organiser dans l’espoir d’obtenir le même statut que les Eglises chrétiennes. En avril 2007, les quatre principales organisations musulmanes, le conseil de l’Islam (Islamrat), le conseil central des musulmans (ZMD), l’union turque islamique des affaires théologiques (Ditib) et l’association des centres culturels islamiques (VIKZ) se sont regroupés au sein d’un conseil de coordination (KRM).
D’après les chiffres communiqués par le KRM, les quatre organisations représentent 2 000 mosquées sur un total de 2 900 outre-Rhin. Toutefois, les autorités doutent que cette fédération soit représentative des 3,3 millions de musulmans vivant en Allemagne. En effet, selon les estimations du ministère de l’intérieur, seuls 10 % à 15 % des musulmans font partie des associations de mosquées.
Aussi, pour être reconnu comme partenaire dans l’élaboration d’un cours de religion islamique, les musulmans devront former des communautés religieuses dans chaque région. « A la différence des organisations du KRM, une telle communauté a pour objectif et contenu la pratique religieuse », souligne-t-on au ministère de l’intérieur.
Autre difficulté, la formation des enseignants. Pour l’instant, seules quelques universités allemandes proposent le cursus nécessaire. De plus, toutes les régions ne sont pas favorables à l’instauration d’un cours de religion islamique.
Cécile Calla
18 mars, 2008
1-HISTOIRE, ALGERIE, ISLAM, TOLERANCE
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En Algérie, le harcèlement par les autorités des Eglises chrétiennes s’accentue
LE MONDE | 18.03.08
La pression contre les Eglises chrétiennes s’accentue en Algérie. Deux Eglises protestantes actives en Kabylie ont été sommées par la préfecture de Tizi-Ouzou de « cesser toute activité » jusqu’à ce qu’elles se mettent en conformité avec la loi de 2006 qui régit la pratique des cultes non musulmans, a-t-on appris, dimanche 16 mars.
La Nouvelle Ville et Tafath (Lumière), qui regrouperaient un millier de membres, n’ont pas suspendu leur activité. Le président de l’Eglise protestante, le pasteur Mustapha Krim, conteste une application rétroactive de la loi. « Notre existence remonte à dix ans et nous possédons un agrément », a-t-il indiqué. « Nous allons épuiser toutes les voies de recours, quitte à aller devant la justice pour que nous puissions pratiquer notre confession », a-t-il expliqué.Ce nouvel épisode confirme la volonté des autorités de contrôler sévèrement les activités des églises chrétiennes. Signe de ce durcissement, l’ancien président de l’Eglise protestante d’Algérie, Hugh Johnson, avait été invité à quitter le pays, où il réside depuis quarante-cinq ans. Mesure suspendue, au grand soulagement de la communauté chrétienne, à la suite de la saisine du Conseil d’Etat.
La loi du 28 février 2006 restreint les conditions de la pratique des cultes non musulmans et prévoit des peines d’emprisonnement de deux à cinq ans et des amendes de 5 000 à 10 000 euros contre toute personne qui « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion ».
Les mouvements évangéliques, regroupés au sein de l’Eglise protestante, sont dans le collimateur des autorités, mais la pression s’étend à l’Eglise catholique, qui regroupe surtout des expatriés et n’est pas suspectée d’activité prosélyte. Un prêtre catholique, Pierre Wallez, a été condamné en vertu de cette loi, fin janvier, à un an de prison avec sursis pour avoir animé un culte auprès de migrants clandestins camerounais.
Le dynamisme des mouvements évangéliques qui gagnent des adeptes parmi les nationaux suscite, en revanche, depuis au moins trois ans, de vives polémiques.
Le courant évangélique est accusé de pratiques « agressives » contre l’islam. Certains journaux propagent la rumeur selon laquelle la somme de 5 000 euros serait versée à ceux qui réussissent à convertir un musulman. L’essor des évangéliques, réel mais surdimensionné par la presse, trouble les Algériens sans que cela ne donne lieu pour l’instant à des incidents.
Ce sont surtout les religieux traditionalistes qui se sont mobilisés pour demander à l’Etat de sévir contre les évangéliques suspectés de visées politiques. Le ministre des affaires religieuses, Bouabdallah Ghlamallah, n’a pas de mots assez durs pour fustiger, ces « hors-la-loi » dont le but est de constituer une « minorité pour favoriser l’ingérence étrangère dans les affaires intérieures ».
La Constitution algérienne fait de l’Islam la religion de l’Etat, mais elle assure également la liberté de conscience et de culte.
Amir Akef
18 mars, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, MONDIALISATION, RISQUES
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Daniel Cohen : » le système ne pourra pas s’en tirer seul … «
LE MONDE | 18.03.08
Pourquoi assiste-t-on à une aggravation de la crise financière depuis deuxjours ? La cause immédiate en est le rachat par JPMorgan de la banque d’affaires Bear Stearns quasiment pour un « franc symbolique ». Personne n’imaginait que la situation était (aussi)grave (…et)cela met en lumière le fait que la Réserve fédérale américaine [Fed] n’a pas les outils adaptés pour faire face.
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Après avoir été renflouée d’urgence, la banque d’investissement Bear Stearns a été rachetée par sa concurrente JP Morgan Chase pour environ 236 millions de dollars afin d’éviter sa faillite.
La crise s’est installée en trois temps.
1 (…)tout le monde a cru que l’affaire « américains » avait déclenché une crise de liquidité.
2(…) derrière les notes « triple A » des agences de notation, on a découvert des actifs vraiment insolvables et des maquillages qui représentent autant d’escroqueries morales et financières(..L)es dégâts sont passés à 200 ou 300 milliards de dollars [127 ou 190 milliards d'euros] dans les comptes des établissements ayant acheté ces « subprimes ». La crise est devenue une crise de solvabilité.
3(.. ).l’ensemble du marché hypothécaire américain est maintenant touché, car les prêts à risque ne sont plus les seuls concernés:sous l’effet de la baisse des taux, les actifs avaient pris de la valeur et généré des plus-values immobilières, déclenchant un phénomène de bulle et de richesse qui poussait la consommation.Désormais le système américain fonctionne en sens inverse, c’est-à-dire que les ménages constatent que leur dette excède le prix de leur maison; ils rendent les clés à leur banque et stoppent leurs remboursements. Et le château de cartes s’effondre.
Une aversion au risque s’installe. Les banques ne se font plus confiance entre elles. Le coût du financement se durcit, parce que le crédit devient plus difficile à obtenir et non parce que les taux augmentent. La défiance engendre la défiance et le système financier s’installe dans un cercle vicieux.
Pourquoi les banques centrales ne sont-elles pas parvenues à l’éviter ?
Dans la phase un de la crise, elles ont injecté des liquidités. Dans la phase deux, la Fed a baissé ses taux, ce qui permet une recapitalisation des établissements, mais trop lente.
Voici que, comme lors de la crise de 1929, la Fed ressort des instruments non bancaires et s’autorise même à prendre en pension des actifs risqués!

Le patron de la Fed, la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke.
En fait, la bonne solution consisterait à faire ce que l’on a fait en France avec le Crédit lyonnais. On a séparé le bon grain de l’ivraie, les vrais actifs des insolvables, avant de recapitaliser.
Mais il est inconcevable de recapitaliser la totalité du système financier malade : cela nécessiterait des sommes considérables.
Quelle thérapeutique serait efficace ?
Restaurer la solvabilité des ménages est inadapté et les banques centrales font la preuve qu’elles n’ont pas les moyens de traiter le problème(…Il faut que le G7 ait le culot de créer un fond public de réserve pour se porter au secours des établissements en difficulté.
Sinon, il faudra reconnaître que les seuls sauveurs possibles sont les fonds souverains et qu’on est passé à une nouvelle étape de la mondialisation qui ne concerne plus la libéralisation du textile par exemple, mais la libéralisation des liquidités. S’interdire de réfléchir à ces solutions atypiques conduirait à laisser la crise s’aggraver, car le système ne pourra s’en tirer seul.
A quelles réformes les banques doivent-elles s’astreindre pour éviter la répétition de cette crise ?
On savait depuis la crise de 1929 qu’il n’était pas une bonne chose que les banques d’affaires soient mariées avec les banques de dépôt. Les aléas des investissements à risque peuvent polluer les prêts aux entreprises et aux particuliers. N’est-il pas paradoxal de vivre aujourd’hui une crise financière, alors que l’économie réelle mondiale est en bonne santé ? Il faut donc sauver le système financier contre lui-même et revenir à une séparation entre banques d’affaires et banques de dépôt.
La possible baisse des taux de la Fed vous semble-t-elle inutile ?
Elle laisse entière la menace de stagflation qui pèse sur l’économie américaine. Car l’inflation par les cours des matières premières semble devoir se poursuivre, alors que le refroidissement est à l’œuvre.
Normalement, le ralentissement de l’économie des Etats-Unis devrait faire baisser ces produits de base. Si tel n’était pas le cas, cela prouverait que la banque centrale a perdu sa crédibilité auprès des marchés, et ce serait vraiment très, très grave pour tour le monde.
(extraits des propos recueillis par Alain Faujas)
LIBERATION
La chute de la banque d’affaires Bear Stearns
Elle est intervenue en fin de semaine dernière, est un événement spectaculaire. Qu’on en juge : au milieu de la semaine, la banque disposait de 17 milliards de dollars de liquidités. Vendredi soir, elle n’avait plus un sou. Dix-sept milliards de dollars perdus en 48 heures (et même moins, en considérant que les marchés ont des heures de fermeture) ; cela représente 35 millions de dollars par heure, près de 6 millions par minute ; soit environ 100 000 dollars de pertes par seconde. De tels chiffres donnent le vertige, même lorsqu’on est habitué aux montants astronomiques de la finance moderne. Que s’est-il passé?
Bear Stearns a tout simplement été victime du pire accident possible pour une banque : un «bank run». Ce mécanisme est plutôt connu pour les banques de dépôt. Il faut savoir que les banques ne disposent pas, sous forme de liquidités, de la totalité de l’argent que leurs clients leur ont prêté : les contreparties des dépôts sont des titres acquis par la banque, ou des crédits accordés. C’est la nature même du métier bancaire : collecter de l’argent, en le rémunérant, et le prêter, en gagnant de l’argent sur la différence entre le rendement perçu et le rendement versé. Bear Stearns était une banque d’affaires, ce qui signifie qu’elle ne collectait pas d’argent sous forme de dépôts, mais sous forme d’émission de titres; le principe général reste le même.
Supposez maintenant que les clients de la banque, qui lui ont prêté de l’argent, s’inquiètent de la capacité de celle-ci à les rembourser, suite à des inquiétudes sur les crédits accordés ou les titres détenus par celle-ci; certains vont alors, par anticipation, chercher à retirer leur argent, réduire leur créance envers la banque, contre liquidités. Dans le cas d’une banque de dépôt, cela prend la forme d’un grand nombre de déposants faisant la queue au guichet pour vider leur compte. La banque se trouve donc dans l’obligation de verser des liquidités à ses clients. Mais, on l’a dit, l’essentiel de ses actifs est composé de crédits accordés ou de titres. Il lui est donc nécessaire de trouver des acheteurs pour les titres qu’elle détient (en pratique, d’autres banques ou organismes financiers disposés à lui prêter temporairement de l’argent, en recevant des titres en échange).
Mais c’est là que la mécanique peut devenir très dangereuse. Si au départ, la raison pour laquelle les clients de la banque ont retiré leur argent est une inquiétude sur la nature de ses actifs, cela signifie que la banque va avoir des difficultés à trouver à revendre ceux-ci (parce que tout le monde est inquiet sur ses actifs). Elle va donc être obligé de les brader, pour satisfaire la demande de liquidités de ses clients. En les bradant, elle en fait chuter la valeur, ce qui signifie que la valeur de ses actifs se dégrade encore plus; de ce fait, l’inquiétude des déposants s’accroît, et encore plus d’entre eux viennent retirer leur argent. Le mécanisme s’amplifie, fait boule de neige, et très rapidement, la banque ne peut même plus obtenir d’argent en vendant ses actifs, qui ne trouvent plus preneur. Elle est donc obligée de piocher dans ses réserves de liquidités pour payer ses clients; mais ses réserves de liquidités ne constituent qu’une part infime de ses engagements. Les clients doivent donc se ruer pour espérer être servis avant qu’il ne soit trop tard, précipitant encore le processus.
Ce mécanisme est bien connu : la banque britannique Northern Rock, en septembre dernier, en a fait les frais, et l’on a vu devant ses guichets des files d’attente de déposants venus récupérer leur argent, jusqu’à ce que le trésor britannique se décide à la nationaliser, prenant à son compte toutes ses dettes. Mais dans le cas de Bear Stearns, il a pris une ampleur inédite. C’est que lorsque le «bank run» prend la forme de clients faisant la queue au guichet, il y a un peu de temps disponible pour essayer de prendre des mesures pour rétablir la liquidité de la banque; dans le cas d’une banque d’affaires comme Bear, la fuite des clients s’est faite sous la forme très moderne de transactions électroniques, qui ne prennent que quelques secondes pour être effectuées. L’argent a filé à une vitesse qui dépasse l’entendement.
Quels sont les mécanismes permettant d’éviter un «bank run» ? Pour les banques de dépôt, il en existe un : la banque centrale. Si les banques ne trouvent plus d’acquéreur pour leurs titres, la banque centrale peut jouer le rôle de «prêteur en dernier ressort» qui, en contrepartie de certains des actifs de la banque en difficultés, lui prêtera de l’argent qu’elle peut créer en quantité illimitée. Evidemment, cette possibilité de sauvegarde a une contrepartie : la banque centrale va se montrer particulièrement exigeante sur les actifs qu’elle prendra en pension, et imposer des taux punitifs à la banque qui fait appel à elle pour se refinancer. Par ailleurs, les banques qui peuvent faire appel à la banque centrale font l’objet d’une règlementation plus stricte, les obligeant à constituer des réserves, à faire preuve de prudence.
Mais Bear Stearns est une banque d’affaires, ce qui signifie qu’elle ne peut pas faire appel à la banque centrale pour se refinancer en cas de besoin.
Le scénario a donc été le suivant. Tout a commencé, en fait, au milieu de l’année dernière, lorsque deux hedge funds créés par la banque ont connu des difficultés; Bear Stearns, une institution plutôt conservatrice — la banque avait été fondée en 1923, et avait résisté remarquablement bien à toutes les crises depuis 85 ans; au moment de l’affaire LTCM, elle avait pu se permettre d’être l’une des seules à ne pas participer au sauvetage du fonds — avait alors, pour préserver sa réputation, décidé de reprendre à son compte ces deux fonds pour rembourser leurs clients. Mais c’était un signe avant-coureur inquiétant : la banque, comme beaucoup d’autres, était un acteur important des marchés de «mortgage-based securities», un marché secondaire des crédits immobiliers, dans lequel on utilise les revenus issus de ces crédits pour fabriquer des obligations générant un revenu fixe, et à faible risque. L’idée est la suivante : il est possible qu’un certain nombre d’emprunteurs qui ont contracté un crédit immobilier fasse défaut. Si l’on met ensemble un nombre suffisant d’emprunteurs, en diversifiant leur origine, il est possible en cumulant un grand nombre de risques individuels de réduire le risque global, à condition d’être suffisamment diversifié. Des organismes de notation financière sont chargés ensuite d’évaluer le niveau de risque associé à ces produits.
Mais dans les circonstances actuelles de chute de l’immobilier, la diversification atteint ses limites; et de nombreux titres issus de crédit immobilier, malgré une note encore avantageuse, sont en réalité beaucoup plus risqués qu’on ne le croyait. C’est ce qui a conduit de nombreuses banques, depuis quelques mois, à constater des dépréciations de leurs actifs, Bear parmi beaucoup d’autres. Chacun cherche à savoir de combien il a été touché — quelle part de ses actifs seront sujets à des dépréciations, et dans un secteur financier dans lequel toutes les institutions sont interdépendantes, de combien les autres sont touchés.
Depuis quelques semaines, des rumeurs courent donc sur Bear Stearns, comme sur quelques autres banques. Au point que la banque centrale américaine, pour prévenir les risques, a mis en place des dispositifs permettant aux banques d’échanger certains de leurs actifs «toxiques» contre des titres du trésor américain, afin de réduire leurs risques. Ce mécanisme, ironiquement, a largement contribué à la chute du fonds Carlyle, en incitant les institutions financières qui lui avaient prêté de l’argent à saisir ses actifs pour bénéficier de cette «fenêtre d’échange». Mais Bear était l’un des clients de Carlyle, et le mécanisme d’échange d’actifs n’interviendra que dans un mois : trop tard.
Au début de la semaine, le président de Bear Stearns a fait une déclaration indiquant que «contrairement aux rumeurs, Bear Stearns n’avait pas de problèmes de liquidité». Dans les circonstances actuelles, un tel déni a été interprété comme un aveu, et la machine infernale du bank run s’est mise en place, avec la vitesse que donnent les technologies modernes. En catastrophe, la Fed a mis en place la possibilité, via la banque JP Morgan, pour Bear d’échanger ses actifs contre des liquidités : Bear Stearns confie des actifs à Morgan, qui elle peut se refinancer auprès de la Fed. Morgan échange donc ces actifs contre des liquidités, qu’elle prête à Bear Stearns. Et cela n’a pas suffi. En deux jours, Bear a vu partir ses clients et a perdu toutes ses liquidités. Vendredi, après l’annonce de l’aide de JP Morgan, l’action de la banque (qui était déjà descendue à 60 dollars, après avoir été cotée à 170 il y a deux ans) a perdu la moitié de sa valeur en une vingtaine de minutes. Et dimanche, J.P. Morgan a annoncé qu’elle allait la racheter, au prix de deux dollars par action : c’était cela ou la mise en faillite dès lundi. Pour les 15 000 salariés de la banque, dont beaucoup sont actionnaires de celle-ci, c’est l’incertitude, la crainte de perdre leur emploi (JP Morgan va probablement massivement restructurer l’ensemble, et ne conserver qu’une petite fraction de l’ancien personnel), et surtout, le choc.
Face à des circonstances aussi exceptionnelles, on a tendance à chercher des causes dans la nature de la banque. Bear Stearns était arrogante ; mais ce n’est pas particulièrement original à Wall Street. Bear était très engagée dans les marchés de « mortgage-based securities », et donc fragile; mais énormément de banques sont dans ce cas. Bear Stearns était méchante : ses dirigeants étaient plutôt proches des républicains; la banque avait contribué à l’essor du marché des «subprimes» et à la bulle immobilière. Elle avait dû prendre trop de risques, et en subir les conséquences. Un vieux fond de culture chrétienne nous fait toujours penser que lorsque l’on est puni, c’est que l’on a péché.
Mais Bear n’était ni meilleure ni plus mauvaise que les autres; elle a simplement été victime d’un accident de grande ampleur. La preuve en est que lundi, alors que toutes les banques chutaient en bourse, JP Morgan, acheteur de Bear Stearns pour une bouchée de pain (à ce prix, rien que l’immeuble servant de siège social à Bear vaut plus), voyait sa capitalisation boursière augmenter de 11 milliards de dollars… Soit exactement la valeur comptable des actifs de Bear Stearns, ces mêmes actifs que quelque jours plus tôt, personne ne voulait acheter pour refinancer la banque.
Et le vrai problème maintenant, c’est qu’il faut se demander qui est le prochain sur la liste. La quantité d’institutions financières faisant l’objet de rumeurs et d’inquiétudes est énorme, et l’inquiétude ne s’est pas calmée. Surtout, s’il était sans doute nécessaire d’éviter une faillite brutale de Bear Stearns qui aurait pu provoquer une cascade d’autres faillites d’institutions financières, la Fed a créé un précédent extrêmement dangereux.
banque de la FED à New-York
Supposez que vous souhaitiez acquérir les actifs d’une banque actuellement en difficulté à un prix modique : c’est très simple. Il vous suffit de faire courir quelques rumeurs sur la santé de celle-ci, et de vendre ostensiblement les actifs que cette banque détient. Et d’attendre que la mécanique s’enclenche. En vous débrouillant bien, vous pourrez récupérer non seulement les actifs de cette banque, mais en plus, ne garder que les bons, puisque la Fed a montré qu’elle était prête à reprendre à son compte des actifs « toxiques » plutôt que de laisser des grandes institutions financières s’effondrer. La Fed a évité une catastrophe cette fois-ci, mais c’était peut-être reculer pour mieux sauter. Sa décision, jointe à celle de baisser encore ses taux directeurs, la fait ressembler à ces personnages de dessins animés qui, à force d’essayer de colmater des brèches qui jaillissent de tous les côtés, finissent par être emportés par le flot.
Et le flot pourrait bien repartir. La liste des banques susceptibles de faire l’objet d’un bank run est impressionnante; Les comptes de Lehman Brothers ressemblent beaucoup à ceux de Bear Stearns, et cette banque a subi hier de fortes fluctuations. Mais en réalité, le coup peut frapper pratiquement n’importe qui, aux Etats-Unis ou en Europe. Par les temps qui courent, il est effroyablement facile de faire sauter une banque.
• Alexandre Delaigue •
17 mars, 2008
2-GEO/ECO, FRANCE, MONDIALISATION
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NICOLAS CORI
Liberation QUOTIDIEN : vendredi 14 mars 2008
Voyage sur le jet de Vincent Bolloré, Martin Bouygues comme parrain de son fils… Nicolas Sarkozy est – qui ne le sait pas ? – un ami des grands patrons. Et n’hésite pas à discuter business avec eux. Cette proximité, dont l’intéressé se vante, pourrait finir par lui causer quelques ennuis judiciaires. Le président de la République a ainsi été mis en cause dans une plainte qui évoque des faits de corruption concernant la fusion entre Suez et Gaz de France. Et qui dénonce le fait que l’un des principaux actionnaires de Suez, le baron et milliardaire belge Albert Frère – un proche de Sarkozy, présent, par exemple, à la fameuse soirée au Fouquet’s, après la victoire présidentielle – a été avantagé par les pouvoirs publics français au cours de plusieurs opérations financières récentes.
Célérité. Le dossier embarasse. Contactés, ses principaux acteurs ont fait les morts, ou refusé de s’exprimer officiellement. Heureusement pour le chef de l’Etat, il n’est aujourd’hui – provisoirement ? – plus inquiété. La plainte évoquait des faits relevant de «prise illégale d’intérêt», d’«escroquerie» et d’«abus de confiance» à l’encontre de X et d’Albert Frère. Mais déposée le 24 décembre dernier, elle a été classée sans suite dès le 15 janvier. Une célérité inhabituelle, surtout que l’auteur de la plainte n’a même pas été entendu. «La procédure n’a pas permis de caractériser suffisamment l’infraction», écrit le parquet de Paris. Une attitude qui contraste avec celle du ministère de l’Economie, qui avait examiné avec beaucoup d’attention ce dossier. Alertée, la direction des affaires juridiques de Bercy avait mené une enquête en toute discrétion, mais sans prévenir l’Elysée, et Christine Lagarde avait été informée de son état d’avancement.
A l’origine de cette plainte, il y a un homme d’affaires. Il s’appelle Jean-Marie Kuhn et est lorrain. Il y a dix ans, il rachète une entreprise de distribution de vêtement auprès du groupe GIB, aujourd’hui propriété d’Albert Frère. Mais l’opération se passe mal, une partie de la marchandise disparaît. Et il dépose une plainte. Après plusieurs mois, les deux parties finissent par s’entendre et signent une convention prévoyant un dédommagement pour Kuhn. Sauf que GIB ne l’honorera jamais. Pour se venger, l’homme d’affaires lorrain se lance dans une enquête sur Albert Frère. Et ce qu’il découvre est révélateur des mœurs assez particulières du capitalisme français. Où il est finalement assez courant de voir l’Etat faire des mauvaises affaires pour le plus grand profit d’acteurs privés.
Principale opération mise en cause par Kuhn, la vente en 2006 à la Caisse des dépôts de la chaîne de hamburgers Quick, alors propriété de GIB, à un prix démesuré. La transaction s’était alors faite pour un montant de 850 millions d’euros. Soit deux fois le chiffre d’affaires officiel de Quick. Celui-ci, en plus, aurait été «artificiellement gonflé», selon Kuhn, qui a refait les calculs. La CNP, l’un des holdings d’Albert Frère, avait retiré de l’opération une plus-value de 150 millions d’euros. Somme qui lui aurait permis ensuite de se renforcer dans le capital du groupe Suez. Et d’être en position de peser sur le destin du groupe alors qu’il s’apprêtait à fusionner avec Gaz de France. En août dernier, alors que les négociations sur la fusion bloquaient, Frère avait convaincu Gérard Mestrallet, le PDG de Suez, de se séparer de sa filiale Suez Environnement. Il était allé directement à l’Elysée pour négocier avec Sarkozy. Selon Kuhn, «seuls les décisionnaires politiques au plus haut niveau pouvaient autoriser ou avaliser l’engagement de la Caisse des dépôts dans ces opérations menées au profit d’Albert Frère». Et de poursuivre, dans sa plainte : «L’enquête précisera les responsabilité et déterminera le profit que les décideurs ont pu tirer en contrepartie de leur soutien.» Mais d’ores et déjà, il met en cause «un pacte de corruption à la mesure de l’enjeu financier colossal que représente la fusion Suez-GDF, dans laquelle Albert Frère peut espérer tirer un profit de plusieurs dizaines de milliards d’euros» et dénonce une «complicité» de l’Etat.
Décoration. Fort de cette conviction, Kuhn écrit à partir du début 2007 de nombreuses lettres aux différents responsables de la majorité, dont Nicolas Sarkozy. Il veut être reçu et expliquer à la fois son affaire privée, et les avantages qui auraient été consentis à Frère. Tous lui répondent par le silence ou par des fins de non-recevoir. Sauf Bercy. A partir d’août 2007, un conseiller de Christine Lagarde s’entretient à plusieurs reprises avec Kuhn. Et ordonne une enquête. En décembre, la sous-directrice aux affaires juridiques du ministère reçoit l’homme d’affaires, et lui conseille de porter plainte «eu égard à l’extrême gravité des faits», dixit Kuhn. Ce qu’il fait quelques jours plus tard. Sans succès. Mais cela ne le désespère pas. Il contacte alors les syndicats de GDF, opposés à la fusion avec Suez. La CGT qui juge les faits «suffisamment troublants» fait alors circuler en interne un document, rédigé par l’homme d’affaires, intitulé «GDF/Suez : la face cachée». A l’intérieur, Kuhn y détaille le «pacte de corruption», en relevant un événement récent : la remise en février dernier par Sarkozy de la grand-croix de la Légion d’honneur, récompense réservée à quelques dizaines de personnes, à Albert Frère et à son associé en affaires, le canadien Paul Desmarais (les deux hommes sont co-actionnaires de Suez au travers d’un holding).
A cette occasion, Sarkozy avait fait un aveu : «Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et à la fidélité de Paul Desmarais.» Et de détailler comment, en 1995, alors qu’il était au creux de la vague, le financier canadien l’avait invité dans sa famille et s’était engagé à «bâtir» une «stratégie» pour lui. Dans cette optique, tous les avantages accordés à Frère et Desmarais seraient une façon, pour le Président, de renvoyer l’ascenseur. Plutôt gênant comme théorie. Pourtant, personne n’a porté plainte pour diffamation contre Jean-Marie Kuhn. Pour l’instant.
17 mars, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, CHINE, MONDIALISATION, TOLERANCE
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La Chine censure YouTube sur la répression au Tibet
LEMONDE.FR | 17.03.08 |
La Chine a beau être le pays comptant le plus grand nombre d’internautes – plus de 220 millions –, les autorités maintiennent un contrôle strict sur l’accès au Réseau. Une nouvelle preuve de ce quadrillage numérique a pu être constatée lors des manifestations réprimées au Tibet depuis le 14 mars. Sur le portail YouTube, des dizaines de vidéos montrant des affrontements, parfois très sanglants, à Lhassa, ont été retirées ou bloquées deux jours plus tard. Les internautes situés en Chine qui tentent d’accéder à ce portail sont accueillis par de simples pages blanches. D’autres importants portails vidéo locaux, comme 56.com, youku.com ou tudou.com, ne gardent plus trace des scènes qui se sont déroulées au Tibet.
Le gouvernement chinois, qui oblige les sites hébergés sur son territoire à surveiller leur contenu et a déjà bloqué par le passé l’accès aux sources diffusant des informations considérées comme délicates, n’a pas officiellement réagi. Si Pékin sait amoindrir la portée du Web, il sait également le laisser évoluer quand cela l’arrange. Au début des affrontements au Tibet, des messages d’internautes chinois, condamnant « les séparatistes » tibétains, se sont multipliés, notamment sur le principal portail chinois, Sina.com. Certains commentaires, rapportés par l’AFP, donnent une idée de l’ambiance sur la Toile chinoise : « Il n’y a qu’un seul mot pour ces séparatistes qui veulent nous empêcher de couler des jours heureux : tuer ! », écrit un internaute chinois. « Qu’on tue les séparatistes ! », lance un autre. Le blog Tenement Palm propose également des traductions en anglais de certains messages chinois glanés au gré de ses conversations sur Internet.
Seuls les médias officiels sont actuellement habilités à informer le public chinois sur la situation à Lhassa. Les télévisions ont diffusé au cours de ces deux derniers jours des images de manifestants tibétains attaquant des boutiques tenues par des Chinois et brûlant des voitures de police. Aucune image ne témoigne d’une quelconque présence policière, pourtant déployée en force.
AP
L’armée chinoise s’est déployée dans des régions gagnées par les troubles. Lhassa, la capitale de ce territoire isolé de l’Himalaya, a été placée sous étroite surveillance policière, tout comme les enclaves tibétaines du Sichuan et de Gansu.
Sur le site de l’agence officielle de presse Chine nouvelle, Xinhua.net, les articles sur la situation au Tibet évoquent tour à tour « un complot fomenté par des séparatistes » et la réouverture des écoles à Lhassa.
Un dernier bilan officiel chinois datant de lundi fait état de « treize morts brûlés ou poignardés à Lhassa », ce qui viendrait appuyer les affirmations des autorités chinoises, qui assurent ne pas avoir fait usage d’armes à feu alors que de nombreux témoignages recueillis sur place l’évoquent. Le gouvernement tibétain en exil estime qu’au moins quatre-vingts personnes sont mortes.
AP/Soinam Norbu
Le gouverneur du Tibet a indiqué, lundi 17 mars, que treize personnes sont mortes dans les émeutes à Lhassa. Mais pour le gouvernement tibétain en exil, les morts se comptent par centaines.
Interrogé par la chaîne qatarie Al-Jazira, Ying Chan, directeur du département de médias et journalisme à l’université de Hongkong, estime qu’il est « indéniable que le gouvernement chinois a verrouillé l’accès à ce qu’il considère être des informations ou des vidéos sensibles ». « Nous comptons sur des touristes pour nous envoyer des informations », explique-t-il. Le quotidien britannique The Guardian a fait partie des premiers sites d’informations à publier des photographies et des vidéos des affrontements à Lhassa. Le site de la BBC a mis en ligne des témoignages et des photographies de touristes présents dans la capitale tibétaine. Le site du Guardian serait également inaccessible actuellement en Chine, alors que la BBC est périodiquement censurée. Un discours du dalaï-lama y a notamment été bloqué.
Comme ce fut le cas en septembre 2007 lors des manifestations des bonzes en Birmanie, les médias occidentaux étaient absents lorsque les troubles ont commencé. Plus encore qu’à Rangoun, les journalistes étrangers ont eu du mal à se rendre au Tibet pour constater l’étendue des dégâts et le degré réel de violence.
REUTERS/KYODO
Des policiers chinois patrouillent dans les rues de Tongren, dans la province de Qinhaï, limitrophe avec le Tibet, lundi 17 mars.
L’accès est en effet interdit aux médias étrangers, et seuls les journalistes ayant obtenu un permis spécial – qui n’est pas nécessaire pour visiter d’autres régions chinoises – ont pu s’y rendre avant lundi. Quant à ceux qui sont sur place, ils courent le risque d’être expulsés ; l’Association des journalistes de Hongkong a notamment fait état, lundi, de l’expulsion de six de ses journalistes présents à Lhassa.
Luc Vinogradoff
16 mars, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES
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En stockant des masses d’eau,les barrages masqueraient l’élévation du niveau des mers
LE MONDE | 14.03.08
Effondrement des calottes polaires, fonte des glaciers d’altitude, dilatation thermique des océans, augmentation de la teneur atmosphérique en vapeur d’eau… Le nombre de paramètres connus qui influent sur l’élévation du niveau des mers est déjà important. Il faut en ajouter un autre, relativement inattendu. Des (…) chercheurs de Taïwan,(…) montrent que les barrages sont un élément important à prendre en compte.Ces grandes retenues auraient contribué à « masquer » 30 mm de montée des mers depuis le début des années 1960.(… Le )GIEC prévoit une augmentation du niveau des mers de 20 cm à 50 cm environ à la fin du siècle(…)
L’importance inattendue des barrages dans ce bilan devrait conduire à de nouvelles évaluations(..). « Ces travaux ne traitent cependant que de la contribution des réservoirs artificiels, or il y a aussi un effet des réservoirs naturels », (dit un) chercheur.Ces réservoirs (lacs, nappes phréatiques, etc.), et surtout leur évolution, jouent un rôle dans le processus d’élévation du niveau des mers, mais leur contribution demeure méconnue. On suppose parfois que leur évolution contrebalance, peu ou prou, celle des retenues artificielles. Du coup, il peut être trompeur d’ajouter directement 30 mm à la courbe d’élévation du niveau des mers, comme le font les auteurs.
Les derniers grands projets de barrages sont achevés. L’essentiel des sites a été exploité entre les années 1960 et les années 1990. En toute logique, si les auteurs n’ont pas fait fausse route, on devrait assister, dans les prochaines années, à une accélération de l’élévation du niveau des mers. Mais les mesures peuvent toujours réserver des surprises.
(extraits article Stéphane Foucart)
16 mars, 2008
JAPON, MONDIALISATION, RISQUES
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Au Japon, la lutte contre l’effet de serre se heurte aux résistances des industriels
LE MONDE | 14.03.08 TOKYO
La réunion du G20, les vingt principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre, se déroule du 14 au 16 mars à Chiba, près de Tokyo. Elle intervient au moment où le Japon tente de s’imposer comme leader de la lutte contre le réchauffement climatique, en proposant une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.
Or le pays peine à se doter d’une véritable politique environnementale, dont la priorité est aujourd’hui de respecter les engagements du protocole de Kyoto. Le Japon doit réduire de 6 %, d’ici à 2012, ses émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport aux niveaux de 1990. Au terme de l’année 2006, elles étaient de 6,4 % supérieures à celles de 1990. L’industrie a réduit de 3 % ses dégagements de GES. Mais les transports et les foyers ont vu les leurs progresser de 18 % et 38 %.Quelques mesures ont été prises, comme l’obligation de réduire de 20 % la consommation d’électricité des climatiseurs et des réfrigérateurs d’ici à 2010. Les constructeurs automobiles qui investissent dans les technologies hybrides reçoivent des subventions, ainsi que les sociétés gazières qui promeuvent les piles à combustible domestiques. Cela n’étant pas suffisant, le gouvernement a décidé, en 2007, de recourir à l’achat de droits d’émissions.
En novembre, le Japon en a acheté à la Hongrie pour 126 millions d’euros. Le Nippon Keidanren, le patronat japonais, incite également ses membres à en acquérir. La question de la création d’un marché japonais des droits d’émissions est évoquée. « Il faut donner un prix au CO2, estime Mutsuyoshi Nishimura, conseiller spécial du gouvernement. Tous les chercheurs et économistes reconnaissent l’utilité d’un tel système pour réduire les émissions. »
Cette question devrait être abordée par la commission mise en place le 5 mars par le premier ministre, Yasuo Fukuda, pour réfléchir au changement climatique. Mais deux de ses principaux membres, les PDG du sidérurgiste Nippon Steel et de la compagnie d’électricité Tepco, sont connus pour y être très hostiles. Leurs positions reflètent celles du Keidanren, qui considère qu’un tel marché ne fait « qu’imposer des contraintes aux entreprises qui se développent tout en assurant des ressources aux groupes en déclin ».
D.R.usine près du mont Fujisan.
Le patronat japonais juge que la fixation d’obligations de réductions, comme le fait le protocole de Kyoto, n’est pas juste. Il plaide pour un partage équitable des contraintes, une position reprise par le gouvernement nippon, et notamment par M. Fukuda dans son intervention au Forum économique de Davos.Ces choix, comme l’ensemble de la politique environnementale japonaise, sont considérés comme « manquant de courage » et reflétant « une soumission aux exigences des entreprises » par Jun Hoshikawa, directeur exécutif de Greenpeace Japan. Selon lui, « le Japon bénéficie des technologies les plus avancées, mais ne s’est jamais doté d’un cadre institutionnel permettant de les utiliser à bon escient ».
Cette absence de vision limite le développement de projets alternatifs. L’une des priorités pour réduire les émissions de CO2 reste une hausse de la part du nucléaire de 30 % à 40 % de la production d’électricité, une politique qui élude les questions des risques et du devenir des déchets, dont 12 000 tonnes ont déjà été accumulées. L’autre priorité est le projet d’utilisation « propre » du charbon, complétée par l’enfouissement du CO2.
Le Japon, qui bénéficie encore du taux d’efficacité énergétique le plus élevé du monde, perd certaines positions dominantes. En 2004, le gouvernement a stoppé les aides aux particuliers qui se dotaient d’un équipement à l’énergie solaire, abandonnant à l’Allemagne le premier rôle sur cette technologie. Tout cela fait dire à Yoshiaki Tomiyama, du Conseil mondial de l’énergie, que, concernant les questions environnementales, « le Japon a pris aujourd’hui du retard sur l’Union européenne ».
Philippe Mesmer
16 mars, 2008
2-GEO/ECO, ALLEMAGNE, MONDIALISATION, Union Européenne
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Volkswagen veut devenir le numéro un mondial devant Toyota
LE MONDE | 14.03.08
Ni le deuxième, ni le troisième mais bien le premier. Volkswagen (VW) ambitionne de devenir le numéro un mondial de l’automobile, devant le groupe japonais Toyota. Mais pas avant 2018. A cette date, il compte vendre 10 millions de véhicules dont 6,6 millions pour la seule marque Volkswagen.
VW se donne dix ans pour « rattraper et dépasser ». Toyota. C’est ce qu’a martelé Martin Winterkorn, le président du directoire du premier constructeur européen, jeudi 13 mars, lors de la présentation des résultats 2007 du groupe.
Pour réaliser son objectif, VW compte s’appuyer sur la montée en puissance de son principal actionnaire, Porsche. Pour M. Winterkorn, c’est « une ère totalement nouvelle » qui démarre. « Nos concurrents savent l’énorme potentiel de ce partenariat, qu’un joueur apparaît ici qui, avec son rayonnement, sa rentabilité et sa force d’innovation, sera le meilleur constructeur au monde », a-t-il lancé.Rien n’empêche désormais Porsche de monter à plus de 50 % dans le capital de VW : début mars, il a reçu le feu vert de son conseil de surveillance. Wendelin Wiedeking, le patron de Porsche, veut multiplier les synergies entre les deux groupes. Déjà, le 4 × 4 de luxe d’Audi, le Touareg (celui de VW) et le Cayenne de Porsche partagent la même plate-forme. Un moteur hybride pourrait même être développé en commun.
Pour la première fois de son histoire, VW a vendu 6,1 millions de véhicules en 2007. De son côté, son rival japonais en a commercialisé 9,369 millions et il prévoit d’en produire près de 10 millions en 2008. Pour que VW gagne son double pari de franchir cette barre et de devenir le numéro un mondial dans dix ans, il faudrait donc que Toyota stagne.
ADAPTER L’OFFRE AU MONDE ENTIER
En ce qui concerne la rentabilité, si Porsche présente la meilleure au monde, celle de Toyota se situe loin devant celle de VW. Sur son exercice 2006-2007, le constructeur japonais a dégagé un bénéfice net de 10,2 milliards d’euros contre 4,1 milliards pour VW. Toutefois, pour la première fois, les huit marques du groupe allemand ont participé à la croissance. Même l’espagnol Seat, véritable point noir du constructeur, a gagné de l’argent en 2007. Et Audi, la marque de luxe, tire les profits du groupe.
Les différences ne s’arrêtent pas là. « A l’international, Toyota est présent sur tous les marchés avec des parts significatives, alors que VW est encore beaucoup trop européen », note un analyste.
Avant d’atteindre le cap des 10 millions de véhicules, le constructeur allemand prévoit un premier palier de huit millions dès 2011. Pour y parvenir, il va dépenser 20,9 milliards d’euros entre 2008 et 2010 dans le lancement de vingt nouveaux modèles et la modernisation des usines. « Nous allons élargir notre portefeuille et occuper des segments comme le SUV (4 × 4 de loisirs), des vans et des pick-up », explique M. Winterkorn. Selon lui, le concept de la « voiture universelle » est mort. Désormais les constructeurs doivent adapter leur offre aux besoins des clients dans le monde entier. « Nos clients en Inde ou en Chine veulent des produits différents de ceux que l’on propose en Europe de l’Ouest ou aux Etats-Unis », a-t-il reconnu.
Ce programme ambitieux de croissance des volumes s’accompagnera d’une augmentation de la productivité de 10 %. VW veut atteindre à moyen terme un retour sur investissement de sa division automobile de plus de 10 % contre 9,5 % en 2006. Le groupe a engagé, depuis 2004, une politique de réduction des coûts qui lui a permis d’économiser quelque 4 milliards d’euros notamment en augmentant le temps de travail de ses salariés et en supprimant environ 20 000 emplois.
Nathalie Brafman
13 mars, 2008
2-GEO/ECO, CHINE, ETATS-UNIS, INDE, MONDIALISATION, RISQUES, SUD, Union Européenne
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Agrocarburants et risques de pénuries alimentaires.
LE MONDE | 12.03.08
Le recul de la faim dans le monde est-il menacé par la conversion des terres au profit des agrocarburants ? (…)
« Le changement d’orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire.l(…L)e litre d’huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant », a alerté la patronne du Programme alimentaire mondial (PAM)(…)

Pour assurer le minimum vital aux 73 millions de personnes qui relèvent de ses programmes d’assistance, elle devra débourser, en 2008, au moins 30 % de plus que l’an passé, soit 500 millions de dollars supplémentaires(…)
(…T)ous les pays à faible revenu dont la sécurité alimentaire est fortement dépendante des importations(ont vu ,e)n 2007, la facture en céréales (…)la base de l’alimentation (…) alourdie de 35 %, pour la deuxième année consécutive.
Devant l’envolée des prix, beaucoup de pays y compris parmi les traditionnels exportateurs se sont vu contraints de réagir.L’Afrique du Sud a augmenté les allocations versées aux plus pauvres, le Maroc a réduit comme jamais les taxes à l’importation sur les céréales, l’Inde les a supprimées, la Chine a, à l’inverse, introduit depuis le 1er janvier des taxes à l’exportation sur le blé, le maïs et le soja pour limiter les pénuries sur son marché domestique, la Russie, le Kazakhstan, ont introduit des mesures similaires…
La faute aux agrocarburants ?
Dans le cas du maïs certainement. Sur les 100 millions de tonnes de céréales destinées à la fabrication de combustible alternatif, 95 millions proviennent du maïs, dont les cours épousent fidèlement depuis plus d’un an, l’ascension du prix du baril de pétrole
Etats-Unis
Pour le colza, qui en Europe est un des gagnants de la nouvelle politique énergétique, le procès aussi peut-être mené.
AFP/FRANCOIS NASCIMBENI
Réservoirs d’éthanol issu d’Arcis-sur-Aube pour carburant E85 (85% d’éthanol pour 15% d’essence).
En revanche, les agrocarburants ne peuvent être jugés coupables de l’envolée spectaculaire des prix du blé depuis l’été+80 %.« Aux Etats-Unis, les agriculteurs commencent à convertir leurs champs de blé en maïs. En Europe(il y a) d’autres facteurs »(…):l’OCDE rappelle une série de mauvaises récoltes, l’augmentation de la population mondiale et l’évolution (…) en Chine et en Inde où l’amélioration du niveau de vie stimule la consommation de viandes, de produits laitiers et, par ricochet, les besoins en alimentation animale.
Le niveau des stocks, au plus bas depuis vingt ans, et (…l)es spéculateurs misant sur une hausse durable des marchés agricoles, pèsent aussi sur les prix. « Agrocarburants ou pas(…d)‘ici à 2030, (…)une augmentation de 50 % de la production alimentaire sera nécessaire pour répondre à la croissance démographique.
(…E)st-il alors raisonnable de planifier une expansion à grande échelle des agrocarburants ? Une cinquantaine de pays ont adopté des dispositifs d’incitation (…) D’ici à 2020, l’Union européenne souhaite assurer 10 % de ses besoins en combustibles pour le transport routier grâce aux agrocarburants. Les Etats-Unis misent sur 5 % d’ici à 2012, la Chine 15 % d’ici à 2010(…)
L(…)es agrocarburants ouvre de nouveaux débouchés pour les pays du Sud ,(…) pour améliorer les revenus de leurs paysans. Le Sénégal vient de créer un ministère spécialement consacré aux biocarburants alors qu’il est par ailleurs en déficit chronique sur le plan alimentaire. « Les pays les plus pauvres subissent de plein fouet le choc pétrolier. Le développement d’une filière énergétique à partir de la biomasse peut leur permettre d’assurer à moindre coût une partie de leurs besoins. 1,6 milliard de personnes n’ont pas encore accès à l’électricité dans le monde », défend Alexander Mueller, de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 5…Mais) l’essor des agrocarburants ne peut se poursuivre sans un débat préalable sur la sécurité alimentaire.
Manque de terre, sauf à se lancer dans une course effrénée à la déforestation – ce qui irait à l’encontre de la lutte contre le changement climatique –, plafonnement des rendements dans les grandes zones d’agriculture intensive
voilà )les risques (…)d’une compétition généralisée entre les cultures alimentaires et énergétiques(…)
(extraits article Laurence Caramel)
13 mars, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, CHINE, MONDIALISATION, TOLERANCE
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CHINE
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Fiche pays
Chine
Chef de l’Etat : Hu Jintao
Premier ministre : Wen Jiabao
Capitale : Pékin
Superficie : 9 584 000 km2
Population (hab.) : 1 320,6 millions
Densité : 137 hab./km2
Croissance (2007-FMI) : 11,5 %
Chômage (2007-CIA) : 4% en milieu urbain, supérieur en milieu rural
Monnaie : renminbi yuan (0,0917460 €) |
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Pour les Etats-Unis, la Chine n’est plus parmi les Etats les plus répressifs !
LE MONDE | 12.03.08 (extraits)
Les Etats-Unis ont retiré, mardi 11 mars, la Chine de leur liste des “pires” Etats bafouant les droits de l’homme, sur laquelle ils ont ajouté la Syrie, le Soudan et l’Erythrée(… A présent) Washington inscrit dix pays dans cette catégorie des “pires violateurs systématiques des droits de l’homme dans le monde” en 2007 : la Corée du Nord, la Birmanie, l’Iran, la Syrie, le Zimbabwe, Cuba, la Biélorussie, l’Ouzbékistan, l’Erythrée et le Soudan.
La Chine(…est désormais)qualifi(ée de ) “pays autoritaire en pleine réforme économique ayant vécu des changements sociaux rapides mais n’ayant pas procédé à des réformes politiques et continuant à nier à ses citoyens les droits de l’homme et les libertés fondamentales basiques”.
Le rapport souligne que le bilan du régime chinois en 2007 est resté “mauvais”. “Le gouvernement, écrit le rapport, a continué à surveiller, harceler, détenir, arrêter et emprisonner des journalistes, des écrivains, des activistes et des avocats ainsi que leurs familles, qui cherchaient pour la plupart à exercer des droits prévus dans la loi”. Toutefois (…)le gouvernement de Pékin a procédé à “plusieurs réformes importantes”, notamment l’examen par le Parlement chinois de certains aspects de la législation sur la peine de mort(…)
Sur cette deuxième liste de “pays autoritaires” figurent notamment le Venezuela, le Nigeria, la Thaïlande, le Kenya et l’Egypte. - (AFP.)
Etat de siège au Tibet
LE MONDE | 15.03.08
C’était l’accident tant redouté par Pékin. Depuis des mois, le régime chinois était attentif au moindre dérapage susceptible d’obscurcir le climat avant la tenue des Jeux olympiques (JO) de Pékin, dont le Parti communiste (PCC) a fait une opération de relations publiques à sa gloire. Ses craintes se confirment avec les violences qui, depuis le début de la semaine, embrasent Lhassa, la capitale de la « région autonome du Tibet » sous tutelle chinoise. Marches de moines bouddhistes, arrestations musclées, fermeture des principaux monastères, incendie d’un marché, et même, selon des sources médicales, plusieurs victimes : ces incidents sont les plus graves ayant secoué le Tibet depuis la loi martiale décrétée en 1989 à la suite d’émeutes antichinoises.
émeutes à Lhassa
REUTERS
marche de moines boudhistes au N/E du Tibet
La question tibétaine entache brutalement l’image avantageuse que voulait présenter le régime chinois, auréolé de ses spectaculaires performances économiques et courtisé dans les enceintes internationales. Les Etats-Unis ne viennent-ils pas de retirer la Chine de leur liste des dix Etats bafouant le plus les droits de l’homme ?Les événements de Lhassa vont doper tous les opposants à la tenue des JO, qui dénoncent depuis des mois l’effet de légitimation que recherche le PCC à travers ce grand rendez-vous sportif. Un premier accroc s’était déjà produit en début d’année sur le dossier du Darfour avec la décision du cinéaste américain Steven Spielberg de boycotter ces Jeux – où il devait officier comme consultant artistique – en raison du soutien chinois au régime soudanais. Avec le Tibet en état de siège, les choses deviennent autrement plus sérieuses.
L’exaspération des Tibétains doit être grande pour qu’ils prennent le risque de défier Pékin au coeur du sanctuaire de Lhassa, la ville la plus contrôlée de Chine. Là est le principal enseignement de cette poussée de fièvre : malgré une implacable répression, que le dalaï-lama qualifie d’« inimaginable », malgré une politique de sinisation brutale qui pourrait un jour rendre les Tibétains minoritaires sur leur sol, des moines bravent la peur pour interpeller la communauté internationale. Ce courage mérite d’être salué.
Des centaines de Tibétains auraient trouvé la mort, selon le Parlement en exil

Des militaires chinois, dimanche à Lhassa, la capitale du Tibet (Reuters).
Pour sa part, l’entourage du dalaï-lama évoquait dimanche 80 victimes de la répression chinoise ces derniers jours. Le pouvoir à Pékin, lui, en reconnaissait à peine 13.
LIBERATION.FR (AVEC SOURCE AFP)
La partie, hélas, s’annonce périlleuse. Pour le régime, le Tibet constitue un enjeu stratégique sur lequel il ne fléchira pas. Il y a fort à parier qu’au lendemain de ces troubles il jouera sur une corde nationaliste à laquelle la population chinoise est extrêmement sensible. Nombre de Chinois, et pas seulement ceux qui soutiennent le PCC, ont du mal à s’affranchir d’une vision paranoïaque de l’histoire. Ils sont convaincus que l’Occident conspire afin d’entraver l’essor de la Chine, jadis humiliée, aujourd’hui renaissante. Il faut qu’ils comprennent qu’une puissance n’est grande que si ses minorités souhaitent l’intégrer sur une base volontaire, et non forcée.

AFP/–
A Lhassa, le 16 mars.
La soudaine colère d’une population amère, d’ordinaire pacifique
LE MONDE | 15.03.08
À l’approche des Jeux olympiques (8-24 août) qui pourraient servir de prétexte aux adversaires de Pékin pour attirer l’attention sur les graves manquements aux droits de l’homme dont est accusée la Chine, on pouvait s’attendre à ce que le Tibet, l’un des maillons les plus faibles de la République populaire, saisisse cette opportunité. La plupart des Tibétains, dont le pays fut annexé en 1951 par la Chine après que l’armée populaire de « libération » eut « libéré » Lhassa un an plus tôt, ne se sont jamais totalement résignés à devenir chinois.
Certes, au fil des ans, tous ceux qui, dans la population, n’ont jamais connu autre chose que le pouvoir de Pékin, ont bien dû s’accommoder de l’évidence. Le Tibet est chinois et risque fort de le rester. Mais le processus de colonisation, incarné de manière spectaculaire par la ligne de chemin de fer qui relie désormais Lhassa au reste de l’empire, a donné le sentiment aux Tibétains que, désormais, leur pays n’est plus qu’une terre de conquête économique – et touristique – pour le reste de la Chine.Faut-il donc voir dans cette accumulation de frustration, « ce profond ressentiment » à l’égard des Chinois dont vient de parler le dalaï-lama, la cause de cette soudaine flambée de violence ? La main du pouvoir, relayé localement par des thuriféraires d’ethnie tibétaine, est si ferme qu’elle a réussi, depuis une bonne dizaine d’années, à supprimer toute velleité de protestation. A la fin des années 1990, on entendait encore parler dans Lhassa d’incidents isolés, d’un moine téméraire qui, levant le poing sur l’une des places, osait crier « Vive le Tibet libre ! ». Depuis, l’ordre régnait.
Pékin accuse la « clique » du dalaï-lama et de ses relais en Inde, où siège son gouvernement d’exil, d’avoir fomenté les troubles. Ce dernier s’en défend.
AFP/MANAN VATSYAYANA
le dalaï lama, le 16 mars.
La communauté tibétaine à l’étranger ne partage certes pas toujours, loin s’en faut, la modération affichéé(…)Dans le nord de l’Inde, plusieurs centaines de Tibétains ont tenté d’organiser une marche symbolique vers leur patrie avant d’en être empêchés par la police. A Katmandou, au Népal, où réside également une importante communauté tibétaine, des activistes qui se dirigeaient vers l’ambassade de Chine ont affronté les forces de l’ordre.
Que les manifestations des moines de Lhassa, qui rappellent dangereusement au pouvoir chinois le précédent birman de l’automne 2007, aient pu ou non avoir été plus ou moins planifiées ne change rien à l’affaire. Elles ont fourni le terreau où la colère rentrée d’une partie de la population, d’ordinaire pacifique, s’est aussitôt dirigée contre « l’ennemi » tout désigné : la population chinoise, qui forme sans nul doute aujourd’hui la majorité de la population de Lhassa.
Ce n’est pas une révolution. Rien qu’une révolte qui en dit long sur l’amertume des citoyens de cette « région autonome » qui porte bien mal son nom.
Bruno Philip
11 mars, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS
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Liberation 10 03 08
(…)PourObama : la question n’est pas de rendre l’assurance santé obligatoire mais de la rendre bon marché, ce que le plan Obama propose de faire, en injectant autant d’argent dans le système de santé que le plan Clinton.
Pourquoi de telles difficultés pour mettre fin à cette plaie américaine ? Plaie d’autant plus béante que, contrairement à une idée reçue, les personnes sans couverture ne bénéficient pas d’une aide d’urgence dans les hôpitaux américains. Une étude récente et abondamment diffusée a montré que les patients admis en urgence quelques jours avant leur 65e anniversaire (donc non couverts par Medicare, le programme public créé en 1965 pour les personnes âgées, en même temps que Medicaid, destiné aux personnes sans ressources) recevaient moins de soins – et avaient une probabilité de décès 20 % plus élevée – que ceux admis quelques jours après, à pathologie égale.
Pourquoi les candidats ne tombent-ils pas d’accord sur une assurance obligatoire pour tous, financée par des cotisations ou par l’impôt ? Si le problème n’est pas si simple, c’est parce que les Etats-Unis sont allés très loin dans la couverture santé par de vastes réseaux d’assurance privée, si bien qu’il est difficile de revenir en arrière. Certes, sur une population de 300 millions, 50 millions d’Américains n’ont aucune couverture, plus de 40 millions de personnes âgées dépendent de Medicare, et près de 50 millions de pauvres dépendant de Medicaid, mais il existe tout de même 160 millions d’Américains qui bénéficient, grâce à leur assurance santé privée, d’une couverture de très haut niveau (généralement financée par leur employeur), et qui en sont globalement satisfaits (ils n’ont jamais connu autre chose). (…)(Mais)la concurrence entre compagnies d’assurance santé privées fonctionne mal et conduit à une inflation inégalée des coûts. (…)
(extraits article Thomas Piketty )
11 mars, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, MONDIALISATION, RISQUES
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Monsanto, la semence à scandales

Reuters
GUILLAUME LAUNAY
QUOTIDIEN : mardi 11 mars 2008
Marie-Monique Robin : journaliste, réalisatrice free lance et «fille de paysan», prix Albert Londres 1995 pour le documentaire Voleurs d’yeux, Marie-Monique Robin est aussi, entre autres, l’auteure d’Escadrons de la mort : l’école française et des Pirates du vivant
«Franchement, on aurait dû faire plus de tests, mais les entreprises agro-industrielles ne voulaient pas, parce qu’elles avaient fait de gros investissements pour développer ces produits. J’ai subi beaucoup de pressions pour ne pas être trop exigeant. La seule fois où j’ai osé en parler pendant le mandat de Clinton, je me suis fait taper sur les doigts, par l’industrie, mais aussi par les gens du gouvernement.»
«Pratiques». L’homme qui parle à la journaliste Marie-Monique Robin n’est pas un militant anti-OGM. Il s’appelle Dan Glickman et fut le secrétaire à l’Agriculture de Bill Clinton. C’est un des témoins de l’enquête le Monde selon Monsanto , diffusée ce soir sur Arte et qui fait aussi l’objet d’un livre .
«L’idée était de raconter l’histoire de la multinationale et de chercher à comprendre dans quelle mesure son passé éclaire ses pratiques actuelles , écrit Marie-Monique Robin. Il n’est pas simple d’opposer la vérité des faits à celle de Monsanto.» Monsanto, objet de tous les fantasmes. Le leader mondial des OGM n’a cessé d’être agité comme un épouvantail en France ces derniers temps, à l’occasion du Grenelle puis du débat au Sénat sur la loi OGM. La société de Saint Louis (Missouri) vend ses semences et ses herbicides dans le monde entier. Souvent, les mêmes accusations reviennent. Marie-Monique Robin a voulu «en avoir le cœur net», en confrontant le discours de la firme à la réalité.
Sa première démarche a été de fouiller… sur Internet. «Tout est là, raconte-t-elle. Il suffit d’aller chercher les documents et de les relier entre eux.» C’est un des premiers points forts de ce travail : restituer l’histoire et les méthodes de la firme agrochimique à travers des documents déclassifiés, des rapports, des jugements…
Deuxième étape, l’enquête sur place. Marie-Monique Robin s’est rendue aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Inde, en Norvège, en France… A fait parler des témoins critiques vis-à-vis de Monsanto – scientifiques, avocats, défenseurs des consommateurs, paysans – soulignant que, même aux Etats-Unis, les voix dissonantes sont plus nombreuses qu’on ne le dit. Mais elle a aussi rencontré des «pro-Monsanto» – agriculteurs, ministres, membres des administrations américaines (dont la Food and Drug Administration, l’agence de sécurité sanitaire américaine). Le résultat est un documentaire passionnant, très riche, et qui fait parfois froid dans le dos. Les dirigeants de Monsanto n’ont pas souhaité s’exprimer face à la caméra de Marie-Monique Robin.
«Omelette». «Je ne suis pas un adepte de la théorie du complot, écrit Nicolas Hulot dans la préface du livre. Je ne crois pas que l’action des entreprises soit systématiquement machiavélique. On me dira que les risques inhérents au progrès scientifique impliquent qu’il faille casser des œufs pour réussir l’omelette. Mais [...] où est l’omelette ? Derrière la posture de bienfaiteur de l’humanité que revendique l’entreprise[...], le bilan est accablant.»
Toxicité sous silence
Monsanto, au départ, est une entreprise de chimie. Créée en 1901, la firme rachète en 1935 une société qui, à Anniston (Alabama), fabrique des PCB. Ces dérivés chimiques chlorés serviront pendant cinquante ans de liquide réfrigérant dans les transformateurs électriques avant d’être interdits du fait de leur haute toxicité, notamment en cas d’exposition chronique.
A Anniston, plus de 300 000 tonnes de PCB ont été fabriquées entre 1929 et 1971. Sur ce total, 810 tonnes ont été déversées dans des canalisations et 32 000 tonnes de déchets contaminés ont été déposées dans une décharge à ciel ouvert, au cœur de la ville, d’après un rapport de l’agence américaine de l’environnement cité dans le livre. «Ce qui est vertigineux, écrit MarieMonique Robin, c’est que Monsanto savait que les PCB représentaient un risque grave pour la santé dès 1937. Mais la société a fait comme si de rien n’était jusqu’à l’interdiction définitive des produits en 1977.»
En effet, au milieu des années 90, alors que se monte une action collective en justice, un avocat obtient l’accès à 500 000 pages de documents secrets. Qui montrent que, dès 1937, «les effets toxiques» liés à l’exposition aux vapeurs sont connus des dirigeants.
Les 3 516 plaignants, victimes de cancers ou de retards de développement, obtiendront 700 millions de dollars de dommages et intérêts. La partie occidentale de la ville, peuplée majoritairement de Noirs, est devenue une ville fantôme.
Publicité mensongère
Le 26 janvier 2007, Monsanto est condamné par un tribunal de Lyon pour publicité mensongère. En cause, son produit phare, le Roundup, herbicide le plus vendu au monde. Dans les spots télés diffusés en France en 2000, il était qualifié de «biodégradable».
«Plus gênant encore pour Monsanto, qui a fait appel, écrit Marie-Monique Robin, la justice française a considéré que l’industriel savait « préalablement à la diffusion des messages publicitaires litigieux que les produits visés présentaient un caractère écotoxique ».» Aux Etats-Unis, dès la fin des années 90, le ministère de la Justice avait interdit à Monsanto de proclamer que son herbicide est «biodégradable, bon pour l’environnement, non toxique, inoffensif».
A l’automne 2006, Marie-Monique Robin a rencontré le professeur Bellé, qui a mené en France une étude sur l’impact des herbicides sur la division cellulaire au début des années 2000. «L’ironie de l’histoire, raconte-t-il, c’est que nous avions décidé de prendre le Roundup comme contrôle dans les expériences, car nous étions persuadés que ce produit était inoffensif. […] La très grosse surprise a été que cet herbicide nous donnait des effets bien plus importants que les produits que l’on testait. […] Nous nous sommes rendus compte que le Roundup affectait un point clé de la division des cellules. […] C’est pour ça que nous disons qu’il induit les premières étapes qui conduisent au cancer.» Ni Monsanto ni les autorités scientifiques françaises n’ont pris ces résultats en considération.
Réglementation sur mesure
C’est ce que Marie-Monique Robin appelle «l’incroyable tour de passe-passe du principe d’équivalence en substance». C’est ce principe qui justifie la façon dont les OGM sont évalués aujourd’hui. James Maryanski, coordinateur pour la biotechnologie de la Food and Drug Administration de 1985 à 2006, qui a supervisé la réglementation américaine, l’explique ainsi: «Les gènes qui sont introduits dans les plantes par la biotechnologie produisent des protéines très semblables à celles que nous avons consommées pendant des siècles. […] La mutation est très minime. Donc, en terme de sécurité, il n’y a pas de différence importante.»
Or, cet «à peu près» ne faisait pas du tout consensus au sein de la FDA. A propos du projet de réglementation, une scientifique de l’agence écrivait: «Le document essaie de forcer une conclusion selon laquelle il n’y a pas de différence. […] Les processus de manipulation génétique et de croisement traditionnel sont différents et, selon les experts de l’agence, ils conduisent à des risques différents.»
L’ouvrage pointe alors le système des «portes tournantes» («revolving doors»), listant le nombre de cadres passés de la Maison Blanche, du Congrès ou des agences environnementales vers Monsanto, et vice-versa, depuis vingt ans.
Critiques au placard
Au fil du documentaire se dessine une liste de scientifiques qui ont vu leur carrière compromise pour avoir émis des doutes sur les produits de la firme de Saint Louis. Ainsi le Dr Burroughs, qui avait alerté sur l’hormone de croissance bovine : «C’est encore aujourd’hui très difficile pour moi d’admettre que j’ai été licencié de la célèbre FDA parce que je m’opposais à la mise sur le marché d’un produit que j’estimais dangereux ! C’était pourtant cela, ma mission», confie-t-il à la journaliste.
Ou encore le biochimiste Arpad Pusztai, qui a vu sa carrière ruinée pour avoir déclaré à la BBC : «En tant que scientifique qui travaille activement dans ce domaine, je considère qu’il n’est pas juste de prendre les citoyens britanniques pour des cobayes.» Pusztai avait mené au Rowett Institute d’Aberdeen (Ecosse) une étude officielle sur l’impact des OGM sur la santé. «Personne ne s’imaginait – moi le premier, qui était un ardent supporter de la biotechnologie – que nous allions trouver des problèmes.»
Et enfin le biologiste de Berkeley, Ignacio Chapela, victime d’une violente campagne de dénigrement pour avoir publié dans Nature une étude qui révélait que des échantillons de maïs traditionnel mexicain contenaient de l’ADN transgénique, alors que le Mexique avait déclaré un moratoire sur ces cultures.
La loi des brevets
C’est un drôle de bras de fer qui oppose l’Etat argentin à Monsanto. On ne peut pas dire que le pays a fermé la porte aux OGM, bien au contraire. Mais c’est sur la question du brevet que l’affaire se crispe. «Monsanto n’a jamais pu faire breveter son gène en Argentine, parce que nos lois ne le permettent pas, raconte le secrétaire à l’Agriculture à Marie-Monique Robin en 2005. La compagnie avait donc accepté de renoncer à des royalties sur les semences […]. Aujourd’hui, Monsanto revient sur ses promesses en réclamant trois dollars par tonne de grain ou de farine de soja au départ des ports argentins.»
Aux Etats-Unis aussi, le brevetage a changé les règles. «Notre intérêt est de protéger notre propriété intellectuelle et nous n’avons pas à nous en excuser, a déclaré dans une interview le PDG de Monsanto. Il y a un gène qui appartient à Monsanto et il est illégal qu’un agriculteur prenne ce gène pour le recréer dans une deuxième récolte.»
La firme poursuit donc les «fraudeurs» et a créé un numéro vert pour dénoncer les contrevenants. «Les brevets ont bouleversé la vie dans les communautés rurales, témoignent deux fermiers de l’Indiana. Ils ont détruit la confiance qui régnait entre voisins. […] C’est impossible de se défendre contre cette firme.»
11 mars, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION
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Pétrole cher: «Voyagez tant qu’il en est encore temps !»
Raffinerie de pétroleen Chine. Reuters
Recueilli par Eliane Patriarca
LIBERATION.FR : mardi 11 mars
Depuis une semaine, les cours du pétrole alignent les records. Lundi, ils avaient dépassé coup sur coup la barre des 107 et des 108 dollars à New York. Pour la première fois ce matin, le baril a dépassé le seuil des 109 dollars à New York.
Analyste senior de la demande pétrolière au sein de l’Agence internationale de l’Energie, Eduardo Lopez commente cette hausse record.
Comment s’explique la flambée actuelle des prix?
Il ya deux explications. La première, c’est l’existence d’une très forte demande. Elle provient de pays hors OCDE, notamment de la Chine, de l’Asie en général et du Moyen Orient. Des pays aux économies assez protégées parce qu’ils ont une demande intérieure forte et des structures de prix contrôlés comme au Moyen Orient où l’on trouve l’essence la moins chère.
La deuxième explication, c’est la spéculation. Les taux d’intérêt sont trop bas, et les investisseurs cherchent à gagner plus. Du coup, ils investissent massivement dans les matières premières.
Il reste très compliqué de faire la part des choses entre ces deux facteurs, même si l’on sait que la spéculation ne fait qu’accompagner un mouvement, une direction.
Est-ce que la peur du «peak oil», de l’épuisement des ressources mondiales en pétrole, intervient dans l’augmentation des prix?
La fin du pétrole, c’est un faux débat ! L’accès à la ressource dépend bien sûr de la ressource elle-même mais aussi de l’accès à la technologie nécessaire pour l’exploiter, du coût de celle-ci.
Par exemple, il y a des champs de pétrole au milieu des Etats-Unis qu’on avait laissés en déshérence, qui n’étaient plus exploités. Mais depuis que le prix du baril a dépassé les 100 dollars, ils le sont de nouveau car c’est redevenu intéressant de les exploiter. D’autant plus que la technologie pour le faire a progressé et coûte moins cher.
Ce que je veux dire, c’est que la frontière des ressources se repousse. Bien sûr que conceptuellement, il existe dans le monde un nombre X, fini, de barils. Mais nous sommes très loin d’avoir exploité tout cela. La ressource existe, l’exploitation va dépendre de l’évolution de la technologie.
Non, le vrai souci en ce moment, c’est que les pays producteurs, les pays de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole), n’ont pas assez produit, ils n’ont pas investi suffisamment pour exploiter et fournir plus de pétrole sur le marché.
Les prix peuvent-ils continuer à augmenter?
C’est tout à fait possible. Les matières première sont devenues une manière de faire de l’argent. Et le dollar continue à chuter, ce qui contribue à rendre le prix du pétrole très volatil.
Ce qui est sûr, c’est que le prix du baril ne va pas chuter car comme je vous l’ai dit, la demande provient de pays émergents comme la Chine ou l’Inde., où les gens veulent et ont besoin de conduire. Pour changer cela, il faudrait avoir trouvé une énergie alternative capable d’assurer des transports de masse et nous n’en sommes pas là.
Lorsque le prix du baril a dépassé les 100 dollars, certains analyste se sont réjouis, estimant que cette contrainte faciliterait le changement de mode de vie dans un sens plus favorable à l’environnement en réduisant par exemple le recours à la voiture? Qu’en pensez-vous?
La demande pétrolière est inélastique, c’est à dire que la réaction de la demande à la hausse des prix du pétrole se fait très lentement, surtout dans les pays où la voiture est reine, comme les Etats-Unis, et où il est impossible de s’en passer. Et même en France où l’on peut envisager de recourir aux transports publics, c’est en général un processus lent qui passe d’abord par limiter l’utilisation de sa voiture sans l’abandonner.
En outre, il faut avoir conscience que l’augmentation des prix du pétrole n’est pas brutale — rien à voir avec celle des années 70 — et a commencé il y a dix ans. Or depuis dix ans, simultanément, les revenus des ménages moyens de par le monde ont augmenté, en moyenne bien sûr, et plus rapidement.
Quel conseil aux consommateurs?
Voyagez tant que vous pouvez maintenant car le coût des voyages en avion va devenir exorbitant !
11 mars, 2008
1-HISTOIRE, 2-GEO/ECO, ASIE, CHINE, TOLERANCE
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La Chine réprime une manifestation de moines au Tibet
LIBERATION.FR : mardi 11 mars 2008
Pékin confirme et assume. La Chine a réprimé une manifestation de moines lundi à Lhassa, capitale du Tibet.Ils commémoraient le 49e anniversaire du départ forcé du Dalaï Lama, leur chef spirituel.
Pour le le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Qin Gang, il s’agit d’une activité illégale qui a troublé l’ordre public. «Nous continuerons à combattre les activités illégales». Il a réaffirmé que «le Tibet fait partie de la Chine depuis les temps anciens».(…)
Radio Free Asia (…)radio basée aux Etats-Unis, citant des sources anonymes à Lhassa, (annonceque )quelque 300 personnes ont quitté lundi un monastère en direction du palais du Potala, afin de réclamer la libération de moines emprisonnés en octobre après les honneurs américains accordés au Dalaï Lama à Washington.Entre 50 et 60 manifestants ont été arrêtés par les forces de l’ordre. Cependant, 11 personnes ont réussi à protester dans le centre de Lhassa avant d’être arrêtées, selon RFA.
Reuters
Devant ses partisans réunis dans son lieu d’exil à Dharamsala (nord de l’Inde), le Dalaï Lama a violemment dénoncé hier la répression chinoise au Tibet, coïncidant avec le 49e anniversaire de son exil en Inde et à cinq mois des jeux Olympiques de Pékin. «Depuis près de six décennies, des Tibétains vivent en permanence dans la peur et sous répression chinoise.»
Le dignitaire religieux de 72 ans, qui a fui le Tibet en 1959 après l’échec d’un soulèvement anti-chinois, a abandonné ses revendications d’indépendance, se bornant à réclamer «une large autonomie» pour sauvegarder la langue, la culture et l’environnement de ce territoire himalayen.La Chine, qui en a pris le contrôle à partir de 1950 (avant d’y mener une sanglante répression) n’a cessé de rejeter ces demandes qualifiées par le Dalaï Lama de diplomatie de la «voie moyenne».
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AFP/MARK RALSTON
Des pélerins bouddhistes à proximité du monastère de Labrang. |
Des milliers de policiers chinois ont dispersé à coups de gaz lacrymogènes une manifestation de 600 moines tibétains descendus dans les rues de la capitale tibétaine, Lhassa, pour la deuxième fois en trois jours, rapportait, mercredi 12 mars, Radio Free Asia. Les moines venus du monastère de Sera, à Lhassa, scandaient « libérez notre peuple » et reprenaient des slogans en faveur des droits humains et de la liberté, a rapporté un témoin.
Selon Radio Free Asia, financée par le gouvernement américain, les moines bouddhistes réclamaient la libération des manifestants arrêtés lundi, quand 300 des leurs avaient défié les autorités. Cette manifestation de lundi a été présentée par le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères comme « illégale » et « menaçant la stabilité sociale ». Lundi aussi, 400 moines du monastère de Lutsang, dans la province de Qinghai – Amdo en tibétain – ont réclamé le retour au Tibet de leur chef spirituel, le dalaï-lama, qui vit en exil depuis 1959 |
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11 mars, 2008
2-GEO/ECO, CHINE, INDE, MONDIALISATION, RISQUES, Union Européenne
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Le réchauffement climatique :une menace internationale , selon l’Union européenne.
LE MONDE | 11.03.08
Le réchauffement de la planète ne constitue pas seulement un danger pour l’environnement, il met aussi en péril la sécurité internationale. Tel est ( l’avis de l’UE),(…):les changements climatiques représentent un « multiplicateur de menaces », qui « exacerbe les tendances, les tensions et l’instabilité existantes ». Aussi l’Union doit-elle se donner les moyens de répondre à ces risques en renforçant ses capacités « de recherche, d’analyse, de suivi et d’alerte rapide » et en améliorant ses outils de protection civile et de gestion de crises face aux catastrophes à venir.
(…P)lusieurs formes de menaces (existent,certaines liées à) la recrudescence prévisible des conflits sur l’accès aux ressources. « La pénurie d’eau, en particulier, est susceptible de provoquer des troubles civils et des pertes économiques substantielles, même dans les économies solides »(…), « les tensions liées à l’approvisionnement énergétique »,(… mais aussi) autour des ressources situées dans les régions polaires, rendues exploitables par le réchauffement.
Les régions côtières, où vit près d’un cinquième de la population mondiale, sont particulièrement menacées. « Les mégapoles, et leurs infrastructures de soutien, telles que les installations portuaires et les raffineries de pétrole, sont souvent implantées en bord de mer ou dans les deltas des rivières »( …):(or on craint une )élévation du niveau de la mer. De plus, « le recul des côtes et la submersion de vastes zones pourraient entraîner des pertes de territoires, et même la disparition de pays entiers ».
Autre conséquence (…):selon les Nations unies(…) on dénombrera d’ici à 2020 des millions de migrants environnementaux. « Ces migrations(…) pourraient se traduire par une augmentation du nombre de conflits dans les régions de transit et de destination. » (…):l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, étant voisines de l’Union européenne, celle-ci devrait connaître des pressions migratoires accrues.
Enfin, le réchauffement peut déstabiliser les Etats les plus fragiles, (…) favoriser la « radicalisation politique » (…),‘« attiser les ressentiments » entre les principaux responsables (…) et ceux qui seront les plus touchés.Cette « fracture potentielle »,(…) ne sera pas seulement une division Nord-Sud mais comportera une dimension Sud-Sud, avec la part croissante de la Chine et de l’Inde dans les émissions mondiales.
(extraits article Thomas Ferenczi)
11 mars, 2008
2-GEO/ECO, DISCRIMINATIONS, FRANCE, POPULATION et SOCIETE, TOLERANCE
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40% des homosexuels interrogés ont été au moins une fois visés par des blagues, insultes, violence ou chantage au licenciement.
LIBERATION.FR : jeudi 6 mars 08
85 % d’homosexuels ont au moins une fois ressenti une homophobie implicite sur leur lieu de travail tandis que 40 % disent en avoir été directement victimes, a révélé une étude sur l’homophobie dans l’entreprise commandée par la Halde et publiée jeudi.
Selon une enquête menée fin 2006 auprès de 1.413 salariés gays et lesbiennes et des DRH de 14 grandes entreprises, 85 % des personnes interrogées ont au moins une fois ressenti une homophobie implicite (rejet, rumeur, dénigrement) et 40 % en ont été au moins une fois directement victimes (blagues, insultes, violence, chantage au licenciement).
Parmi les registres homophobes les plus utilisés au sein de l’entreprise, figurent celui du genre (« efféminé » pour un homme, « masculine » pour une femme), celui de la sexualité mais aussi un troisième registre qualifié par l’étude d’ »homophobie politique » et qui s’énonce sous la forme « incapable de diriger les autres ». 40 % des personnes qui ont reçu des remarques négatives sur leur apparence, ont essuyé de telles remarques sur leur tenue vestimentaire, 32 % sur leur coiffure, 26 % sur leurs gestes et 18 % sur leur voix.
48 % des homosexuels interrogés sont cadres contre 15 % de cadres et professions intellectuelles supérieures dans la population active française. Ils sont sous-représentés dans certaines professions (commerce, gestion/administration), sur-représentés dans d’autres (communication, art et spectacle, fonction publique).
Lesbiennes et gays sont 41 % à travailler dans la fonction publique (20 % pour l’ensemble de la population active) avec une proportion très élevée de lesbiennes dans le secteur de l’éducation (35 %). 66 % n’ont pas dévoilé leur orientation sexuelle durant leur parcours professionnel.
A la question de savoir quels éléments leur permettraient de mieux vivre leur orientation sexuelle au travail, les personnes interrogées ont répondu notamment : des syndicats plus visibles dans la lutte contre l’homophobie (89%), une plus grande publicité autour des procès (88 %), l’égalité des droits, notamment pour le mariage et l’adoption (85 %).
10 mars, 2008
1-HISTOIRE, FRANCE
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A propos de MAI 68.. 1968, la parole libérée. 2008, le pouvoir déboussoléJean-Pierre Le Goff et Jérôme Vidal discutent des vrais apports de Mai 68.
Recueilli par Éric Aeschimann
Libération.fr QUOTIDIEN : samedi 23 février 2008
Jean-Pierre Le Goff, 58 ans, est philosophe et sociologue. Il a écrit Mai 68, l’héritage impossible (La Découverte) et vient de publier La France morcelée (Folio Actuel). Jérôme Vidal, 37 ans, est le fondateur des éditions Amsterdam et de la Revue internationale des livres et des idées. Il est l’auteur de la Fabrique de l’impuissance. La gauche, les intellectuels et le libéralisme sécuritaire, à paraître en avril.

Pourquoi 68 revient-il tous les dix ans comme un leitmotiv obsédant ? Est-ce un mythe ? Un modèle ? Un repoussoir ?
Jean-Pierre Le Goff : C’est un peu tout cela à la fois. La société française oscille entre fascination et rejet, ne parvient pas à trouver la bonne distance, à insérer 68 dans l’histoire. La fascination, c’est d’abord celle d’une génération qui a vécu sa jeunesse comme un moment fort de transgression et qui, depuis, a eu du mal à vieillir. L’imaginaire bloqué sur le passé, une partie de cette génération a saturé l’espace public d’images et de discours – c’est l’effet «arrêt sur images». S’y ajoute une autre génération, celle qui suit, les «héritiers impossibles», qui n’ont pas connu directement l’événement, qui en ont une image mythifiée et se font les gardiens du temple d’un événement qu’ils n’ont pas vécu. Pour ces deux catégories, 68 est une question identitaire, difficile à aborder sans susciter immédiatement un réflexe qui empêche tout recul réflexif et critique : «Ne touchez pas à 68 !» De l’autre côté, il y a le camp des réactifs, des revanchards, qui font de 68 le bouc émissaire de toutes les difficultés d’aujourd’hui. Sarkozy en est un exemple, même si, dans son appel à liquider 68, il y avait une part de calcul politicien. Ces deux grandes tendances ont largement structuré le débat public depuis quarante ans, avec un chantage implicite : «Choisissez votre camp !»
Ainsi 68 est-il devenu au fil des ans un mythe. Les médias y ont largement contribué. La diffusion en boucle d’images de barricades et de charges de CRS donne la fausse impression d’une vraie révolution. Or, s’il y eut 5 morts et 2 000 blessés, si les affrontements furent violents, ils se sont déroulés de façon intermittente. A Paris, les affrontements ont marqué neuf journées. L’essentiel fut «la libération de la parole». On a remis en scène une révolution sur un mode imaginaire, sans faire la révolution. En outre, les médias se sont focalisés sur la réussite d’anciens leaders reconvertis dans la presse ou la politique. À cet égard, Génération , le livre d’Hervé Hamon et Patrick Rotman, est caractéristique. Or, Mai 68 a aussi laissé sur le carreau des gens qui ont vécu l’impasse jusqu’au tragique. Enfin, le discours dominant attribue à Mai 68 des courants qui ne lui appartiennent pas en propre, comme le féminisme, qui n’est venu qu’après – 68 fut assez macho – ou l’écologie. On peut donc parler d’une mise en récit médiatique qui réduit l’événement à une série de clichés.
Jérôme Vidal : Pour commencer, une remarque ironique sur les célébrations de 68 : leur calendrier reflète d’abord les intérêts d’un certain nombre de professionnels, journalistes, éditeurs – dont je suis -, acteurs de la mémoire de 68… Chacun obéit à son propre agenda. Mais ces commémorations n’en restent pas moins l’occasion d’un véritable travail de réflexion et de réappropriation. Les ouvrages publiés sont plus intéressants, la recherche acquiert subtilité et modestie. On sent davantage le souci d’éviter les énoncés définitifs, de montrer le morcellement de l’événement, d’éviter la starisation, de s’intéresser à ce qui s’est passé en province, etc. Une histoire souterraine de Mai 68 et ses vies ultérieures , pour reprendre le titre du livre de l’historienne américaine Kristin Ross, est peu à peu mise au jour. Ce travail se diffuse dans la société et, que ce soit chez les chercheurs ou chez les individus lambda, il me semble que le mythe est en train de régresser, au profit de l’événement pris dans sa complexité. Il est rare aujourd’hui de voir brandir 68 comme un fétiche sacré qu’il faudrait défendre contre l’ennemi, fût-il Sarkozy.
Justement, son appel à «liquider 68» ne prouve-t-il pas la perpétuation d’une France coupée en deux par la question ?
J.V. : Les choses sont plus compliquées. Je crois que son discours s’adressait peut-être moins aux «revanchards» de droite – ce qui, du reste, serait un comble au vu de ce que sa vie privée dévoile de son rapport à la tradition – qu’à un certain électorat de gauche qui, depuis quelques années, charge 68 de tous les maux existants, y compris le néolibéralisme. Les thèses de l’Américain Christopher Lash, pour qui 68 serait le terreau de l’individualisme narcissique et du libéralisme triomphant, ont joué un rôle important dans la montée en puissance de cette «haine de 68» version «de gauche». On en retrouve trace dans la gauche souverainiste, républicaniste ou de certains secteurs de la mouvance antilibérale, y compris dans les milieux libertaires… L’Empire du moindre mal, de Jean-Claude Michéa, paru à la rentrée, en constitue un bon exemple, qui lie critique du libéralisme et dénonciation du supposé individualisme de 68 et des luttes des minorités (ethniques, sexuelles, etc.) qui en seraient la continuation. Cela m’amène à définir à ma façon ce qui relève ou ne relève pas de 68. Jean-Pierre Le Goff a raison de dire que 68, comme événement circonscrit aux mois de mai et juin, ne saurait être qualifié de féministe ou d’écologiste. Mais il y a eu alors la remise en cause d’un certain type de domination, une libération de la parole, et c’est cette rupture qui a produit ses effets plus tard sur des questions diverses, immigrés, prisons, féminisme, comme un jeu de dominos avec des effets à retardement.

J.-P. L. G. : L’«héritage impossible» traverse la droite et la gauche, comme le montre l’exemple de Nicolas Sarkozy, dont le rapport à l’institution, et pas seulement sa vie privée, est marqué par 68. Je n’irais pas jusqu’à dire que ce qu’on appelle confusément le néolibéralisme est le fruit de la crise culturelle ouverte en 68. Néanmoins, une rencontre a bien eu lieu entre ces deux mouvements de fond, rencontre que je situerais dans les années 80, lorsque la critique soixante-huitarde du pouvoir a fait écho à un certain imaginaire libéral pour qui tout ce qui encadre l’économie est nécessairement négatif. Or, les années 80 sont précisément le moment où, en prenant le tournant de la modernisation, la gauche entreprend de récupérer l’héritage culturel de 68, se met à parler jeune et branché et substitue la question culturelle à la question sociale. Tout cela converge, et il en va de même pour le féminisme et l’écologie. Le féminisme post-soixante-huitard s’amorce quand commence la crise des groupuscules révolutionnaires. Par exemple, le MLF avance des valeurs qui remettent en cause le militantisme sacrificiel, d’abord dans les groupuscules puis dans la gauche tout entière ; mais ce faisant, il fait sauter la distinction vie publique-vie privée, émotion-raison, politique-sentiments. L’avènement de cette subjectivité débridée se comprend sur le moment mais se révélera destructeur pour l’action collective. Quant à l’écologie, le basculement date de 1974, avec la candidature de René Dumont à l’élection présidentielle, porteuse d’une vision catastrophiste à rebours de l’utopie irresponsable mais joyeuse de Mai 68. Si 68 a vu l’échec de son utopie, ses valeurs culturelles se sont progressivement répandues dans la société.
Jean-Pierre Le Goff parle d’«utopie» qui aurait échoué. Peut-on dire que 68 portait un projet politique et, si oui, qu’est-il devenu ?
J.V. : 68 est un événement et le propre d’un événement, c’est de ne pas être porteur d’un projet politique figé, mais au contraire, de venir modifier les grilles politiques préétablies, d’être imprévu et de rester, même après coup, en partie indéterminable. Au fond, de 68, nous ne connaissons que les effets. C’est pourquoi, dès le départ et pour probablement encore un bout de temps, la signification de 68 a été inséparable de ses usages et des interprétations qui en ont été proposées. Bien sûr, il faut prendre garde à la tentation d’en faire le pivot de toutes les explications, d’y fondre des transformations sociales qui, rappelons-le, ont aussi lieu dans des pays qui n’ont pas eu de 68… On peut cependant parler d’un héritage, et même, pour reprendre le titre du livre de Jean-Pierre Le Goff, d’un «héritage impossible», mais au sens où l’on dit d’un mot qu’il est «impossible» à traduire, «intraduisible». De même que «l’impossibilité» d’une traduction indique l’existence d’une difficulté persistante, intéressante à creuser, de même l’impossibilité de l’héritage ne signale pas sa péremption, mais l’effort de traduction, d’historicisation, de problématisation qu’il appelle. En 68, certains acteurs ont interprété l’événement dans les termes qu’ils avaient à leur disposition – pour dire vite : la vulgate marxiste-léniniste. Or, 68 est précisément venu ruiner ce vocabulaire et aucune langue de substitution n’est venue le remplacer. Il y a là une zone d’incertitude qui est aussi une zone d’exploration, de construction possible. C’est ainsi que s’est engagée, autour de l’altermondialisme et des travaux de Negri, Rancière, Bensaïd, Badiou et d’autres, une vaste réflexion sur ce que 68 avait échoué à penser : le rapport de la politique à l’Etat, au parlementarisme, à la démocratie représentative. Si l’on peut parler d’une actualité politique de 68, c’est dans cette discussion politique en cours, qui reprend le problème là où les années 70 l’avaient laissé : critique des idéologies, «dénaturalisation» de la domination. Au fond, 68 est un autre nom de la politique au sens plein du terme, et ceux qu’irrite 68 sont précisément ceux qui ne veulent à aucun prix d’une repolitisation de la société.
J.-P. L. G. : Non seulement 68 n’avait pas de projet politique, mais ce fut un mouvement infrapolitique. Au-delà de la «révolution des mœurs» de la jeunesse et de la grève générale ouvrière, auxquelles on réduit trop souvent l’événement, celui-ci fut marqué avant tout par le questionnement d’une société qui venait de connaître un bouleversement accéléré depuis la guerre : les gens s’arrêtent, se mettent à parler et se demandent : «Sommes-nous heureux ?» Mai 68 n’a pas été une révolution – quand l’essence est revenue, tout le monde est parti en week-end – mais une catharsis. Même certains gaullistes ont dit qu’il y avait alors dans l’air quelque chose d’indéfinissable. Si projet il y avait au sein de la «commune étudiante», c’était celui d’une société auto-organisée, horizontale, transparente à elle-même, où toute représentation et institution sont d’emblée vécues comme dépossession. Cette idée d’une démocratie directe sans Etat de droit, sans suffrage universel («élections piège à cons»), sans institution, a partie liée avec l’imaginaire totalitaire.
J.V. : Sur le problème précis de l’Etat et du rapport aux institutions, si nous héritons quelque chose de 68, c’est sous la forme d’une interrogation, d’une discussion critique qui a repris de l’intensité depuis 1995. Jean-Pierre Le Goff considère que le débat devrait être derrière nous ; pour ma part, je le trouve intéressant, y compris quand l’antiautoritarisme issu de 68 va jusqu’à «diaboliser» le pouvoir («Changer le monde sans prendre le pouvoir», pour reprendre la formule du philosophe irlandais John Holloway). Je suis assez rétif à la distinction tranchée entre révolte culturelle et révolte ouvrière, faite par ceux pour qui la première ne fut qu’une simple poussée d’urticaire générationnelle. Comme le montre un récent livre de Xavier Vigna, l’Insubordination ouvrière dans les années 68, il y a eu autant d’insubordination dans les grèves ouvrières que dans les manifestations étudiantes, et aujourd’hui, dans un contexte très différent, on sent que circule dans la société une aspiration de même nature : une insubordination qui n’a pas encore trouvé sa forme, ses relais et son langage.

Mai 68 n’a-t-il pas accouché d’une nouvelle forme de luttes «spécifiques», combats de minorités sexuelles ou ethniques, à l’anglo-saxonne ?
J.-P. L. G. : Ce n’est pas la même chose de penser un projet de société porté par un acteur historique central, en l’occurrence la classe ouvrière, et de vanter un «mouvement social» où la question des minorités, tout particulièrement dans le domaine des mœurs, viendrait s’agglutiner à la question sociale. Le discours des minorités opprimées s’est développé dans les années 70 : les femmes, les homosexuels, les travailleurs immigrés et même les enfants ont été vus à travers ce prisme. À chaque fois, on a pu dénoncer des injustices réelles, ouvrir des questions, mais sur fond d’un rousseauisme contestable : l’être humain est naturellement bon, surtout s’il entre dans la catégorie de l’opprimé ou du dominé, et le mal vient de la société et de toutes les formes de pouvoir. S’est installée l’idée que la parole de ceux d’en bas est nécessairement plus authentique et plus juste que celle des institutions. On peut même parler, autour de l’année 70, d’un moment nihiliste, heureusement assez court, de remise en cause radicale de l’héritage humaniste et républicain, de refus de l’idée de normes. Il y a alors une valorisation du marginal, du voyou, du fou, du déviant. Mais cette radicalité est très différente des revendications actuelles où prévaut le repli communautaire et la revendication de droits. Si je suis critique sur la dimension irresponsable de Mai 68, je dois dire que le gauchisme d’alors assumait sa position de transgression et que les militants étaient prêts à payer le prix de leur autonomie. Le contraste est frappant avec la société contemporaine, victimaire et communautariste.
J.V. : Pour moi, les revendications sexuelles des années 1990-2000 ne sont ni «communautaires» ni «victimaires». Et elles restent liées à 68, malgré des différences évidentes : par exemple, si à l’époque les revendications du mouvement gay insistaient sur le droit à l’expérimentation privée, les demandes actuelles – droit au mariage et à l’adoption – montrent que le travail critique engagé à l’époque s’est poursuivi et appréhende maintenant de façon bien plus complexe la question des institutions et des normes. Il y avait certes un certain rousseauisme naïf, mais il faut placer l’événement dans sa dynamique contradictoire. Foucault, Bourdieu, Lacan, tous les penseurs que Luc Ferry et Alain Renault ont réunis sous le label de «pensée 68», sont ceux-là mêmes qui justement ont très vite critiqué les naïvetés de 68. A mes yeux, 68, c’est autant la critique du pouvoir formulée au plus chaud de l’événement que la critique de cette critique telle qu’elle s’est élaborée tout de suite après.
Ces «minorités» ne se distinguent-elles pas par leur activisme médiatique, ce qui les rattacherait au «savoir-faire médiatique» des soixante-huitards ?
J.V. : Le rapprochement entre Mai 68 et un certain usage des médias est lié au parcours de leaders de groupuscules qui, confrontés à leurs propres impasses politiques, ont été conduits à investir les médias comme substitut – un phénomène dont le journal Libération est emblématique. Partant de ce constat, la gauche radicale, à laquelle j’appartiens, se contente souvent d’une dénonciation hâtive des médias. Mais les médias sont le bain où nous circulons et on voit mal comment toute action politique pourrait en faire abstraction. Une association comme Act Up-Paris s’est effectivement fait connaître du grand public par ses interventions dans les médias. Mais peut-on l’accuser de démagogie, elle qui a mené en profondeur un travail de contre-expertise, dans le sillage notamment de l’investigation sur le terrain prônée juste après 68 par Michel Foucault à propos des prisons ? Si Act Up a tiré quelque chose de 68, c’est cette capacité de prise de parole, de mise à distance sans diabolisation de la politique gouvernementale, d’attention aux savoirs produits par les intéressés, de problématisation publique et collective d’une question – et non d’on ne sait quelle posture victimaire.

Le 13 mai 1968
J.-P. L. G. : Grâce aux radios privées – RTL, Europe 1 -, les événements de Mai 68 furent retransmis en direct et l’écoute des transistors, notamment chez les jeunes, a joué un rôle important dans la diffusion du mouvement. De façon plus générale, il y a eu une rencontre entre la valorisation et l’intensification du présent de Mai 68 et le langage médiatique. Depuis, les événements sont devenus inséparables de leur retransmission médiatique. Dans l’après-Mai, des groupes gauchistes ont développé un nouveau type d’activisme, des actions qui vont attirer l’attention des médias, tel le vol de produits alimentaires de luxe chez Fauchon pour les redistribuer aux «couches populaires». Ces modes d’action, jouant du spectaculaire et de l’émotion, se sont généralisés depuis ; et s’ils ont pu contribuer à dénoncer des injustices, ils ne vont pas dans le sens d’une citoyenneté éclairée. Du reste, Rachida Dati agit de façon semblable lorsqu’elle met en exergue des faits divers pour légitimer des lois qui vont à l’encontre de toute notre tradition juridique.
Finalement, l’héritage politique de 68, ce serait la fin de la politique au profit de la morale, des fameuses «valeurs» ?
J.-P. L. G. : La fin des années 70 a marqué l’échec de l’utopie soixante-huitarde, mais aussi celle de l’idée d’une révolte massive de la classe ouvrière, si longtemps espérée par l’extrême gauche. Si L’Imagination au pouvoir (LIP) a suscité tant d’engouement, c’est qu’elle a semblé incarner un «Mai 68 ouvrier». Mais les ouvriers de LIP appartenaient à la gauche chrétienne et ne ressemblaient pas à la «classe ouvrière» rêvée par les groupuscules révolutionnaires. Ce que j’appelle le «féminisme pacifié» et l’écologie politique ont apporté un programme de substitution au gauchisme déclinant. Au lieu de préparer le «grand soir», l’enjeu, désormais, sera de voir le «bout de ses actes», de changer les mentalités, d’éduquer les gens en fonction d’une certaine idée du Bien dont on s’estime le dépositaire. Ce qui va se traduire par la diffusion des valeurs et des comportements des nouvelles couches moyennes dans l’ensemble de la société. Une partie du mouvement post-soixante-huitard va devenir moralisatrice et développer la caricature d’un peuple de «beaufs», qui a refusé de suivre les soixante-huitards dans leur utopie. Ce moment sera particulièrement incarné par SOS Racisme, qui véhiculera l’idée que le problème central de la société française est le racisme et qui focalisera le débat politique dans l’affrontement avec Le Pen. Le résultat en est ce «moralement et politiquement correct» dont on mesure les effets aujourd’hui. La dynamique issue de Mai 68 est morte et les défis d’aujourd’hui se présentent souvent à front renversé : le problème n’est plus la libération de la parole mais sa qualité et sa cohérence, la décrédibilisation de l’État et des institutions, l’effritement du modèle républicain… Si 68 a exprimé l’aspiration à participer à la vie publique, c’est hors de l’utopie soixante-huitarde, dans le cadre d’une société démocratique moderne, qu’il faut trouver la réponse à cette aspiration.
J.V. : Il s’est effectivement développé, depuis les années 80, au PS, une représentation fantasmatique des classes populaires, identifiées comme racistes, rétives à la modernisation, etc. Peut-on pour autant rattacher SOS Racisme à 68 ? Daniel Cohn-Bendit, qui incarne cette gauche de «valeurs», ne cesse de répéter que «68, c’est fini», et situe son engagement actuel dans un horizon qui n’est pas celui de 68. Si l’on parle d’un héritage vivant, actif, ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher. Il faut admettre que 68 a permis de problématiser notre rapport à l’Etat et aux institutions représentatives, mais qu’il a aussi ouvert une brèche entre la question sociale et des questions dites sociétales ou minoritaires. Son héritage, pour moi, consiste justement à ne pas fuir la difficulté et à penser ensemble ces questions et à les articuler.
9 mars, 2008
2-GEO/ECO, FRANCE, MONDIALISATION, POPULATION et SOCIETE, Union Européenne
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Cinq raisons qui expliquent la flambée des prix en France

LE MONDE | 08.03.08
(…)Depuis plus d’un an, les matières premières agricoles flambent, blé et lait en tête. Contenues jusqu’en octobre 2007, ces hausses se répercutent désormais sur le consommateur. Selon des chiffres récents du cabinet Nielsen Panel, les prix alimentaires en grande surface ont augmenté de plus de 2,39 % en janvier et devraient connaître un pic d’inflation en avril de 4 %. Le mensuel 60 millions de consommateurs a, lui, fait état de hausses de prix fulgurantes sur le beurre, le camembert, les pâtes, les yaourts et le jambon… allant de 5 % à 48 %. La direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) a, de son côté, mené l’enquête, concluant à des hausses des prix en rayon allant de 0 à 27 %.
(…) Nombre de facteurs autres participent de ce phénomène.La législation en vigueur en France est indéniablement l’un d’eux. Les lois Royer et Raffarin, instaurées en leur temps pour protéger le petit commerce, ont freiné en réalité l’implantation de magasins maxidiscompteurs et favorisé les concentrations des grandes enseignes dans certaines régions. Par ailleurs, héritage de la loi Galland de 1996, les distributeurs ne peuvent négocier librement les tarifs en France. Au nom du principe de non-discrimination, lorsque Danone veut vendre ses yaourts ou Coca-Cola ses sodas, ils doivent proposer le même prix, à quantité égale, que ce soit à Leclerc, Auchan, Carrefour ou System U.
(…)Par ailleurs, indépendamment du corpus législatif, les distributeurs se sont installés sur le territoire français de telle sorte que bien souvent, à l’échelle locale, la concurrence n’est plus une réalité. Enfin, Internet, qui dans l’habillement ou les produits électroniques permet de faire baisser les prix, ne joue pas ce rôle d’amortisseur dans l’alimentaire. Les prix y sont même fréquemment supérieurs à ceux inscrits en magasin.
Un partage du territoire. Leclerc dans l’Ouest, Carrefour sur la côte d’azur, Auchan dans le Nord(… ):le manque de concurrence entre les enseignes au niveau local(…est ) édifiants: dans 60 % des 630 « zones de vie » (des bassins de consommation) définies par Asterop – un seul distributeur domine avec une part de marché supérieure à 25 % et 15 points le séparent du second. L’étude démontre qu’il y a affrontement entre deux enseignes dans 27 % des zones. La concurrence entre trois ou quatre acteurs n’existe que dans 13 % d’entre elles.
Dans ce contexte, les prix ne sont que rarement tirés à la baisse. Ainsi,(… à Lyon)) où dominent les enseignes de deux grands groupes, les prix sont plus élevés qu’à Nantes où quatre grands distributeurs sont implantés et se livrent à une concurrence acharnée. Qui plus est, aucun grand distributeur étranger, comme le britannique Tesco ou l’américain Wal Mart, n’est présent. Enfin, Asterop n’a pas identifié une seule enseigne de maxidiscompte avec une position de leadership en France. Or, selon le panel Nielsen publié par le magazine LSA, plus il y a de discompteurs dans une région, plus les prix y sont bas. Nancy, Metz ou Calais, qui en accueillent, font ainsi partie des villes les moins chères.(…)
Multitude d’enseignes n’est pas synonyme de concurrence. Ce partage du territoire entre grandes enseignes est encore renforcé par leur présence sur les différents formats de la distribution. Ainsi Carrefour possède, outre sa marque historique, les enseignes Champion, Ed, 8 à huit et Shopi. A lui seul, le numéro deux mondial de la distribution détient 41 % de la consommation française, selon Asterop.
En matière de concurrence, cet état de fait peut s’avérer désastreux, comme c’est le cas par exemple à Antibes. Le nord est « contrôlé » par Carrefour propriétaire aussi des supermarchés Champion et du discompteur Ed, tandis que la partie sud de la ville est aux mains du groupe Casino avec ses Géants Casino et ses Leaderprice(…).
La loi Raffarin a freiné l’essor du maxidiscompte. Instaurée pour sauver le petit commerce, la loi Raffarin oblige à demander une autorisation pour tout commerce de plus de 300 mètres carrés à des commissions départementales d’équipement commercial. Ce seuil a aussi eu comme conséquence de freiner le développement des magasins de maxidiscompte. Du coup, les maxidiscompteurs multiplient l’ouverture de petites surfaces. Mais ils ne représentent que 13 % du marché.(…)
« Il existe 14 000 magasins, de la supérette à l’hypermarché, mais les mètres carrés supplémentaires qui s’ouvrent chaque année sont plutôt des extensions de magasins. (…) Tout est très verouillé« , explique Michel Carles,(…)(Auchan France.) Il faut dix ans entre la demande d’autorisation et l’ouverture d’un magasin.
Selon l’OCDE, la France présente (avec la Grèce) la réglementation des grandes surfaces la plus restrictive et la plus protectrice des enseignes en place. L’OCDE vise également la loi Galland.
Une loi Galland trop rigide. Si la loi Chatel, votée en décembre 2007, autorise désormais les distributeurs à remettre dans les prix la totalité des marges arrière – ces sommes versées par les industriels aux distributeurs en rémunération de services rendus (catalogues, têtes de gondoles) -, elle fait néanmoins perdurer ce système que Jacques Attali voulait supprimer. Car la loi Chatel ne permet pas la négociabilité des prix. Depuis des mois maintenant, distributeurs et fournisseurs s’opposent sur la question. « Je veux pouvoir dire à Antoine (Riboud) tes yaourts sont trop chers », répète inlassablement Michel-Edouard Leclerc. La loi de modernisation de l’économie, présentée en avril, devrait l’introduire.
Internet ne fait pas baisser les prix…)dans l’alimentaire, (…) contrairement à d’autres secteurs comme l’habillement ou les produits technologiques.
Ils n’ont pourtant pas de magasins, pas de caissières, pas de parking… Mais il faut bien des entrepôts, des manutentionnaires pour remplir les chariots, et des livreurs. Il faut compter environ une demi-heure – soit 12 euros de main d’oeuvre – pour préparer un chariot en moyenne de 150 euros (plus de 60 articles) et 16 euros pour la livraison.
« Nous sommes sur une activité à valeur ajoutée destinée à des personnes plutôt urbaines, pressées qui n’ont pas envie de passer leur samedi à faire leurs courses. Or elles ne peuvent pas tout avoir, le service et le prix », explique directeur général (..Auchan direct). Ses prix sont de 3 % à 5 % plus cher que les hypermarchés de province mais de 3 à 5 % moins cher que les magasins de proximité comme Monoprix ou encore Franprix.
(extraits article Nathalie Brafman)
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