MONDIALISATION et déreglementation aérienne …

19:58 2-GEO/ECO, AMERIQUES, ETATS-UNIS, EUROPE, MONDIALISATION, Union Européenne

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L’aéroport de Londres-Heathrow se retrouve au coeur de la libéralisation des vols transatlantiques

  LE MONDE | 29.03.08 

Le transport aérien va franchir une nouvelle étape. Après la déréglementation intervenue aux Etats-Unis en 1978 et la libéralisation du ciel européen en 1992, l’accord dit de “ciel ouvert” entre les Etats-Unis et l’Union européenne doit entrer en vigueur dimanche 30 mars. Ce texte, signé le 30 avril 2007, met fin à plus de soixante ans de réglementation et d’accords bilatéraux passés entre les pays européens et les Etats-Unis. Dès dimanche, toutes les compagnies aériennes européennes et américaines pourront relier en direct les villes de leur choix - et non plus seules les villes de leur pays d’origine - des deux côtés de l’Atlantique.

La première conséquence de cet accord devrait être très logiquement une augmentation de l’offre, dont devraient bénéficier, au premier chef, les voyageurs des deux continents. En effet, ces capacités supplémentaires, que Bruxelles estime à 8 % d’ici à la fin du mois de juin, devraient avoir des répercussions sensibles, à la baisse, sur les tarifs. Didier Bréchemier, spécialiste du transport aérien au cabinet Roland Berger, estime la baisse des prix entre 6 % et 10 %. Mais, ajoute M. Bréchemier, “cela ne devrait pas aller plus loin : les compagnies n’ont aucun intérêt à se lancer dans une guerre tarifaire”.La libéralisation des vols transatlantiques devrait surtout se faire sentir à l’aéroport de Londres-Heathrow, première plate-forme mondiale pour le trafic international avec 62,1 millions de passagers internationaux en 2007. C’est en effet lui qui capte la plus grande partie du trafic aérien entre les Etats-Unis et l’Europe. Quelque 14 des 50 millions de voyageurs qui font ce trajet y passent. Et l’ouverture du nouveau terminal 5 va permettre d’accroître ce chiffre.

 Ouvert en 1946, Heathrow est l'une des principales plaques tournantes du transport aérien mondial, et revendique le titre de premier aéroport pour le trafic international de passagers (67 millions par an).

AFP/Photo © BAA Limited

Ouvert en 1946, Heathrow est l’une des principales plaques tournantes du transport aérien mondial, et revendique le titre de premier aéroport pour le trafic international de passagers (67 millions par an).

L’ouverture à la concurrence va rendre caduc l’accord bilatéral vieux de trente ans qui régissait les vols entre Londres-Heathrow et les Etats-Unis. Depuis 1977 et l’accord Bermuda II, seules deux compagnies américaines, American Airlines et United Airlines, et deux britanniques, British Airways et Virgin, étaient autorisées à voler entre Heathrow et les Etats-Unis. Pendant toutes ces années, cet accord a été une manne non seulement pour l’aéroport de Londres mais aussi pour British Airways, leader sur les Etats-Unis.

Ce marché suscite les convoitises. Les débuts calamiteux du terminal 5 d’Heathrow, qui a ouvert ses portes jeudi 27 mars, ne devraient pas décourager les nouveaux entrants. Air France - qui pour l’occasion a créé une société commune avec Delta Airlines - va prendre ses quartiers dans cet aéroport dès lundi. Les deux fondateurs de l’alliance SkyTeam pourront ainsi partager les recettes et les coûts sur l’axe transatlantique. La première liaison exploitée sera Londres-Los Angeles, dès lundi, mais d’autres suivront rapidement, promet Air France. British Airways, pour sa part, devrait ouvrir à partir du mois de juin des liaisons entre les Etats-Unis et Paris ou Bruxelles.

Pour Fabio Gamba, secrétaire général adjoint de l’Association des compagnies aériennes, l’accord “ne bouleverse pas la donne générale”. Toutes les compagnies pratiquent aujourd’hui la politique du “hub” (plate-forme de correspondance). “Pour être rentables, les grandes compagnies ont besoin d’une plate-forme de correspondance, optimisant le remplissage, estime M. Gamba, cité par l’AFP. Air France remplit ses vols transatlantiques à l’aéroport de Roissy, grâce à une certaine synchronisation des avions arrivant de toutes les régions françaises.”

SECOND VOLET DE NÉGOCIATIONS

L’accord de “ciel ouvert” qui va entrer en vigueur est un rééquilibrage en faveur des compagnies européennes car leurs homologues américaines pouvaient déjà desservir presque toutes les capitales du Vieux Continent. Cela étant, cet accord reste incomplet. Un second volet devrait être négocié à partir des 15 et 16 mai à Ljubljana, en Slovénie.

Certains dossiers restent à régler. Le premier est celui de l’actionnariat et du niveau de participation d’un investisseur étranger dans le capital d’une compagnie aérienne américaine. Il est toujours limité à 25 % des droits de vote, ce qui, en clair, ne donne toujours aucun pouvoir à l’actionnaire étranger, alors que dans l’Union européenne, les droits de vote peuvent atteindre 49,9 %. L’UE compte beaucoup sur une évolution de la position américaine.

L’autre point à régler sera celui du cabotage : les transporteurs européens voudraient pouvoir faire du cabotage aux Etats-Unis, c’est-à-dire, à l’occasion d’un arrêt, prendre des passagers pour les redéposer à un autre endroit du pays. Les deux parties ont tout intérêt à trouver un accord car si elles n’y parviennent pas, les droits acquis lors du premier round de négociations seront suspendus.

François Bostnavaron

Heathrow sera le grand gagnant de l’ouverture du ciel

La libéralisation des vols transatlantiques devrait surtout se faire sentir à l'aéroport de Londres-Heathrow, première plate-forme mondiale pour le trafic international avec 62,1 millions de passagers internationaux en 2007. AP

La libéralisation des vols transatlantiques devrait surtout se faire sentir à l’aéroport de Londres-Heathrow, première plate-forme mondiale pour le trafic international avec 62,1 millions de passagers

LE MONDE | 31.03.08 

Heathrow va profiter du nouvel accord de ciel ouvert transatlantique entré en application dimanche 30 mars. L’aéroport londonien devrait accueillir un tiers de vols supplémentaires à destination des Etats-Unis cet été, consolidant ainsi son titre d’aéroport européen le plus fréquenté. Peu de nouvelles lignes devraient être ouvertes entre les autres capitales européennes et l’Amérique. Jusqu’à dimanche, seules quatre compagnies (American Airlines, British Airways, United Airlines et Virgin Atlantic) pouvaient voler entre Heathrow et les Etats-Unis. Dorénavant, tous ceux qui pourront acheter des créneaux de décollage et d’atterrissage pourront le faire. C’est notamment le cas d’Air France, de Continental Airlines, de Delta Airlines et d’US Airways.

On ne peut encore savoir si les nouveaux vols au départ d’Heathrow vont faire baisser les prix. Dans le contexte actuel de cherté du pétrole, les compagnies hésiteront sans doute à se lancer dans une guerre des tarifs. British Airways, qui domine Heathrow et dont deux tiers des marges sont dus aux vols transatlantiques, est la plus menacée par ce nouvel état de fait. Mais, si elle parvient à surmonter les problèmes actuels du nouveau terminal 5 et à maintenir sa prééminence, elle pourrait perdre moins de passagers que prévu.

Le grand gagnant devrait être Heathrow. L’aéroport a accueilli 62 millions de passagers en 2007, devant Paris-Charles-de-Gaulle (54,9 millions de passagers). Grâce au terminal 5, ce chiffre pourrait monter à 90 millions. Mais l’aéroport n’a que deux pistes. Et les créneaux existants se vendent jusqu’à 25 millions de livres, ce qui décourage certaines compagnies, comme Delta, d’ouvrir autant de lignes qu’elles le souhaiteraient. Bref, les nouveaux passagers viendront plus d’une augmentation des vols long-courriers opérés par de gros avions, au détriment des court-courriers et des petits appareils, que des nouveaux vols.


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