MONDIALISATION et inflation …un problème partout.

19:39 2-GEO/ECO, EUROPE, MONDIALISATION, RISQUES, Union Européenne

En 2007, les salaires chinois ont augmenté en moyenne de 18,7%LE MONDE | 03.04.08

La hausse des salaires des employés classés comme urbains dans les statistiques chinoises aurait atteint, en moyenne, 18,72 % de 2006 à 2007, soit la plus forte augmentation en six ans, a annoncé, mardi 2 avril, le Bureau national des statistiques (BNS).

Le salaire moyen annuel a ainsi atteint 24 932 yuans (2 275 euros) en 2007, avec d’importantes disparités, puisqu’il est de 39 867 yuans à Pékin et de plus de 40 000 yuans à Canton, Shenzen et Shanghaï. La croissance continue des profits des entreprises chinoises et la hausse du salaire minimal, afin de prendre en compte l’inflation, ont contribué à cette hausse.

Tout indique que ces tendances se sont encore accélérées lors des derniers mois en raison, d’une part, du renforcement des tensions inflationnistes et, d’autre part, de la réforme de la législation du travail en faveur des salariés.La ville de Shanghaï a ainsi dû procéder, fin mars, à une nouvelle hausse du salaire mensuel minimal, la deuxième en cinq mois. Celui-ci a grimpé de 14 %, passant de 840 yuans à 960 yuans par mois.

NOUVELLES RÈGLES SOCIALES

Les retraites et les allocations-chômage ont été de nouveau revalorisées. Il faut dire que l’inflation a atteint 8,7 % en février en taux annualisé et que les prix de certaines denrées (viande, huile…) sont supérieurs de 50 % à leur niveau atteint il y a un an.

Malgré l’absence de syndicats indépendants et l’extrême difficulté rencontrée par les ouvriers pour faire valoir leurs droits, l’introduction de nouvelles règles sociales a sans doute contribué à l’inflation des salaires. La loi sur le contrat de travail, dont l’application est encore aléatoire, a ainsi obligé les entreprises à prévoir des compensations plus élevées qu’auparavant. A Shanghaï, fin mars, le département du travail a introduit une nouvelle règle selon laquelle les employés des sociétés d’Etat gagnant moins de 10 % du salaire de leur patron avaient le droit d’exiger une hausse. La règle doit s’appliquer à 75 % des entreprises d’Etat.

La hausse des prix a un moment été éclipsée par la bonne tenue de la Bourse, qui a provoqué, en 2006 et 2007, un effet de richesse. Or l’indice composite de Shanghaï a chuté de 45 % depuis octobre 2007 (et de 34 % au premier trimestre 2008), un retour de bâton douloureux pour la classe moyenne émergente des villes, qui s’était jetée à corps perdu dans la spéculation.

L’insouciance des petits investisseurs se fonde en grande partie sur l’idée que rien n’arrivera avant les Jeux olympiques. Le Centre d’information de l’Etat publiait, il y a peu, un rapport recommandant que les pouvoirs publics interviennent pour mettre fin à la morosité des marchés.

Brice Pedroletti

Les manifestations contre “la vie chère” provoquent des troubles au Sénégal et en Côte d’Ivoire

Manifestation dans les rues d'Yopougon, dans la banlieue d'Abidjan, contre la hausse des prix des denrées de base, le 31 mars 2008. AFP/ISSOUF SANOGO

Manifestation dans les rues d’Yopougon, dans la banlieue d’Abidjan, contre la hausse des prix

LE MONDE | 01.04.08

La flambée des prix des denrées de première nécessité - riz, huile, lait, savon, carburants - provoque des troubles sociaux dans plusieurs pays d’Afrique. Après le Cameroun, le Burkina Faso et le Sénégal, des manifestations sporadiques contre “la vie chère” ont opposé, lundi 31 mars à Abidjan (Côte d’Ivoire), plusieurs centaines de personnes aux forces anti-émeutes qui ont fait usage de gaz lacrymogènes. “On a faim ! Gbagbo (le président de la République) n’a qu’à diminuer ! (les prix), ont scandé des manifestants qui ont dressé des barricades et brûlé des pneus sur l’autoroute traversant le quartier populaire de Yopougon, pourtant considéré comme un fief du pouvoir. Une dizaine de personnes ont été blessées et la police a saisi des cassettes dans les locaux d’une chaîne de télévision locale qui diffusait des images de son intervention. Un scénario presque exactement identique avait eu lieu la veille à Dakar (Sénégal) dimanche 30 mars. Mais la manifestation “contre la vie chère”, organisée par deux organisations de consommateurs, avait été interdite pour “menaces de troubles à l’ordre public”. Le défilé a dégénéré en heurts avec les policiers qui ont utilisé matraques et gaz lacrymogènes. Lundi soir, 24 personnes, dont les deux responsables des associations organisatrices, restaient entre les mains de la police. Au même moment, le président Abdoulaye Wade annonçait un remaniement ministériel marqué par le remplacement du ministre de l’intérieur, Ousmane Ngom. A Dakar aussi, la police a fait irruption dans les locaux d’une télévision privée, Walfadjiri, pour y ordonner l’arrêt de la diffusion en direct des images de la manifestation et saisir des enregistrements des séquences diffusées. Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé “le comportement violent des forces de l’ordre sénégalaises envers les journalistes”. Un ministre du parti présidentiel, Farba Senghor, a invité les Sénégalais à ne pas “se laisser tromper” par l’opposition, accusée d’organiser les protestations. La hausse des prix “n’est pas spécifique au Sénégal”, a-t-il argué, tandis qu’un autre membre du gouvernement a accusé les opposants d’utiliser “les enfants comme des chairs à canon”.

A Ouagadougou et dans plusieurs villes du Burkina-Faso, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé aux cris de “Non à la vie chère !”, “A bas les corrompus !” le 28 février puis le 15 mars. A Douala (Cameroun), fin février, une grève contre l’envol des prix des carburants avait dégénéré en émeutes et pillages.

Philippe Bernard (avec AFP.)

La hausse record des prix en Europe fait craindre la spirale inflation-salaires

L'inflation a atteint en février 2008 son niveau le plus haut au cours des dix dernières années. Robert Llewellyn/GAMMA

L’inflation a atteint en février 2008 son niveau le plus haut au cours des dix dernières années.

LE MONDE | 01.04.08

La hausse des prix a battu en mars un nouveau record au sein de la zone euro, à 3,5 % sur un an, selon les données provisoires d’Eurostat. Désormais très supérieur à l’objectif de 2 % poursuivi par la Banque centrale européenne (BCE), ce chiffre est le plus élevé jamais atteint en près de dix ans d’existence de la monnaie unique. Perceptible partout en Europe, l’envolée des prix fait craindre aux dirigeants européens l’émergence d’une spirale inflationniste alimentée par des revendications salariales élevées sur fond de perte de pouvoir d’achat. Après des années de modération salariale, c’est en Allemagne que le risque est aujourd’hui le plus évident. Les prix à la consommation y ont fait un bond de 3,1 % en mars sur un an, selon des estimations provisoires de l’Office fédéral des statistiques. Les économistes redoutent un effet dit de “second tour” : lassés de voir leur pouvoir d’achat rogné par l’inflation, les salariés exigent des augmentations de salaires importantes qui pourraient susciter à leur tour de nouvelles hausses de prix, si les entreprises répercutaient ces surcoûts sur leurs produits et leurs services.

Très combatifs depuis le début de l’année, les syndicats allemands veulent en finir avec la modération en vigueur outre-Rhin depuis plus de dix ans. Après plusieurs grèves d’avertissement, les employés du service public ont obtenu, lundi 31 mars, une progression de 5,1 % de leurs fiches de paie cette année, puis de 2,8 % en 2009. Les métallurgistes de Basse-Saxe, de Brême et de Rhénanie du Nord-Westphalie se sont vus accorder à compter du 1er mars une hausse de 5,2 %. Plus emblématique encore : le syndicat de conducteurs de trains GDL a multiplié les débrayages à l’automne 2007 et réclamé d’entrée de jeu 31 % de hausse salariale. Il s’est vu octroyer une augmentation de 11 %. “Une spirale prix-salaires pourrait signifier le début d’une inflation structurelle”, s’inquiète Rolf Krokea, expert à l’institut d’économie patronal de Cologne (IW).

DÉRAPAGE GÉNÉRAL DES PRIX

Les tensions en Allemagne sont susceptibles de faire tache d’huile dans les pays voisins. En février, la Commission européenne a revu à la hausse, de 2,1 à 2,6 %, ses prévisions d’inflation pour 2008, en prenant en compte le risque de “second tour” salarial.

Le phénomène pourrait, selon elle, s’ajouter aux deux autres grandes causes à l’origine de l’actuelle envolée des prix : progression du pétrole et celle des produits alimentaires. “Les changements substantiels dans les prix relatifs, causés par le changement climatique et les tensions sur les marchés des ressources naturelles vont (…) engendrer des défis conséquents pour la plupart de économies de l’Union”, a depuis estimé le commissaire responsable des affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia : “Nous parvenons, peut-être, à la fin d’une période de modération fantastique (des prix) qui nous a assuré croissance et stabilité pendant plus de vingt ans”.

Dans ce contexte, les avis divergent sur l’attitude à adopter, tandis que la croissance dans la zone euro ralentit. Le dérapage général des prix “renforce les arguments des travailleurs pour obtenir des augmentations de salaire”, répète le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), John Monks. La CES a organisé à Ljubljana une manifestation sur le pouvoir d’achat, en marge de la prochaine rencontre des ministres européens des finances, samedi 5 avril en Slovénie. D’après M. Monks, le rattrapage des salaires pourrait permettre de soutenir la demande domestique à l’heure où les exportations risquent de pâtir du ralentissement de l’économie mondiale, dans la foulée de la crise des crédits immobiliers à risque américains.

En face, les dirigeants européens appellent à la plus grande modération. Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, cherche à dissuader tout effet de second tour en menaçant d’augmenter les taux d’intérêt. “La lutte contre l’inflation reste la plus haute priorité de la BCE”, a déclaré M. Trichet devant le Parlement européen le 26 mars. “Certains Etats membres ont constaté des revendications salariales en hausse, mais celles-ci n’ont à ce stade pas débouché sur des augmentations de salaires”, voulait croire la Commission européenne, en février : “L’affaiblissement des indicateurs de confiance et l’incertitude générale entourant l’activité économique devrait atténuer les revendications salariales”, affirmait-elle. En dépit des records battus chaque mois, M. Almunia continue d’espérer un retour à une progression des prix “plus conforme à la normale” d’ici à la fin de l’année.

Philippe Ricard et Marie de Vergès

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