EAU:les problèmes posés par un barrage géant au Laos…

17:18 2-GEO/ECO, ASIE, EAU, LAOS

 

EDF et son barrage au Laos

(…C)e projet (…) la Banque Mondiale a accepté de(le) financer!
Au Laos sera donc construit un des barrages les plus controversés de l’histoire. Le site se trouve sur l’un des affluents du Mekong : la rivière Nam Theun. Le plateau Nakai a été choisi pour édifier la construction malgré l’opposition de plus de 100 ONG, de scientifiques et surtout de la population locale. Le projet est doublement un danger pour l’environnement car le plateau contient une faune et une flore encore sauvages dont de nombreux troupeaux d’éléphants. Il aura un fort impact sur une autre rivière : le Xe Ban Fai qui contient une des plus riches réserves de poissons. Le réservoir, qui dépassera les 400 km2, inondera plus de 40% du plateau et les ingénieurs ont prévu de construire une déviation entre la rivière Nam Theun et la rivière Xe Ban Fai. Le réservoir se videra donc dans cette rivière, changeant les flux et augmentant ainsi sa taille.

Depuis les erreurs commises lors de la construction de barrages comme celui de Pak Mun en Thaïlande ou encore le Yalli Fall au Vietnam qui ont eu d’énormes impacts sur l’environnement et les populations locales, les projets de barrages sont pris très au sérieux. Le projet Nam Theun 2 a fait appel à des scientifiques chargés d’étudier la faisabilité du projet. Alors que plusieurs spécialistes ont mis en avant les dangers d’un tel projet sur l’environnement d’autres scientifiques ont minimisé les impacts. Selon eux, ils pourraient résoudre les problèmes en déplaçant quelques variétés pour attirer les éléphants en dehors du site.
 
 (…)
  Quel bénéfice en tirerait le Laos? Du point de vue économique, la construction d’un barrage demande de nombreux ouvriers et compte-tenu du projet, la région deviendra active. Le second point positif, c’est que les initiateurs du barrage paieront des dividendes qui s’élèveront après 10 ans à plus de 120 millions de dollars par an. Le gouvernement du Laos qui a un des PIB les plus faibles du monde, encourage le projet. Le projet est aussi défendu par son principal actionnaire : EDF avec plus de 35% des parts.

Cependant on peut s’interroger sérieusement sur les arguments mis en avant par la compagnie française concernant l’impact positif sur le développement du pays. EDF fameux défenseur du “développement durable” est en train sérieusement de faire de gros dérapages. Le Laos ne bénéficierait quasiment pas de l’électricité produite par le barrage car moins de 10% de l’électricité resterait sur place, le reste étant exporté en Thaïlande. Alors que la Thaïlande ayant détruit une grande part de ses rivières fait face à de fortes confrontations avec les populations locales, a mis un frein à la construction de barrage au niveau national… quoi de mieux que d’aller chez les voisins construire ce que l’on ne veut et ne peut plus faire chez soi.

Pour ce qui est des dividendes, seulement 25 millions de dollars/an seraient reversés au Laos les premières années, ce qui paraît ridicule en comparaison de la destruction massive de l’environnement qu’un tel projet engendrerait. Et quel avenir pour les communautés qui sont installées sur le plateau depuis des centaines d’années? On ne peut que leur souhaiter bonne chance… Selon Watershed, plus de 100 000 personnes seront touchées directement et indirectement ce projet. C’est ça le développement durable?

avril 2005 (extraits)

source: http://www.blogg.org/blog-16950-billet-131178.html

Le Laos veut compenser l’impact humain et environnemental du barrage de Nam Theun

LE MONDE | 08.04.08 

Jeudi 10 avril, le réservoir du barrage de Nam Theun 2, au Laos, sera mis en eau. Il faudra plusieurs mois avant qu’il atteigne sa superficie maximale de 450 km2 - les trois quarts du lac Léman -, donnant ainsi forme au plus grand projet d’énergie hydroélectrique au monde après celui des Trois-Gorges en Chine. Si tout se poursuit comme prévu, la centrale de 1 075 mégawatts commencera à produire en décembre 2009, et 95 % de l’énergie seront vendus à la Thaïlande.

 Le 10 avril 2008 débute la mise en eau de la deuxième plus grande centrale hydroélectrique du monde : le barrage de Nam Theun. D.R.

Le 10 avril 2008 débute la mise en eau de la deuxième plus grande centrale hydroélectrique du monde : le barrage de Nam Theun.

Jusqu’au dernier moment, la décision de mise en eau est restée suspendue à l’avis des trois experts indépendants chargés de vérifier, pour le gouvernement et les bailleurs de fonds, le respect du cahier des charges fixé à Nam Theun Power Company (NTPC), le consortium international qui construit et exploitera le barrage, pour compenser les impacts humains et environnementaux de l’ouvrage. Un cahier des charges présenté comme exemplaire et sans précédent pour obtenir le soutien des grands créanciers internationaux.C’est en effet à ce prix que la Banque mondiale a accepté de prendre part au projet en 2005. Et signé par la même occasion son grand retour dans le financement de ces infrastructures dont les conséquences continuent d’être critiquées par les organisations non gouvernementales.Pour le gouvernement laotien aussi, la réussite du projet constitue un enjeu de taille, puisqu’il a fait de Nam Theun 2 une vitrine pour attirer des investisseurs étrangers et transformer le pays en “batterie” de la région d’ici à 2020, selon ses propres termes. La construction de cinq autres barrages a d’ores et déjà été confiée à des entrepreneurs chinois et thaïlandais. Plus d’une vingtaine de projets attendent dans des cartons.

 Pour marquer l’importance de l’événement, la Banque mondiale a fait paraître une tribune dans les principaux journaux laotiens et thaïlandais, dans laquelle son représentant pour l’Asie du Sud souligne l’exemplarité du projet, qui va donner “à des populations parmi les plus pauvres d’Asie les moyens de sortir de la pauvreté”. NTPC, dont la compagnie française EDF est actionnaire à 35 %, a promis aux 6 200 villageois déplacés un doublement de leurs revenus dans les cinq ans suivant leur déménagement. Mais le barrage affectera aussi le quotidien de près de 80 000 habitants vivant le long de la rivière Xe Bang, où seront rejetées les eaux de la centrale.

La vigueur du plaidoyer fait écho à la dureté des critiques qui réclamaient que soit différée l’inondation du plateau de Nakaï où est construit le barrage. Dans un rapport publié fin février, l’ONG américaine International Rivers, qui suit le projet depuis la première heure, exprime une vive inquiétude sur l’avenir de ces populations : “On leur a construit des maisons neuves, des dispensaires, des routes permettent d’accéder aux villages, mais comment vont-elles survivre ? Les programmes d’accompagnement censés assurer aux villageois de nouveaux moyens de subsistance ont pris beaucoup de retard.”

NTPC, qui dispose sur le terrain d’une équipe de 160 personnes pour donner une réponse aux impacts du barrage, doit en effet relever deux principaux défis : réussir la sédentarisation des populations déplacées qui nomadisaient sur le plateau en vivant de la culture du riz, de chasse et de pêche ; prévenir les effets de l’ouvrage sur le débit des rivières et la qualité de l’eau.

Dans les jours qui viennent, les habitants qui vivent aux abords de la rivière Nam Theun vont subir un effondrement des ressources aquatiques. “Nous avons constitué des stocks de protéines pour faire face à d’éventuelles déficiences alimentaires”, rassure Olivier Salignat, directeur adjoint des programmes d’accompagnement, qui admet la difficulté d’estimer les impacts avec précision.

Le long de la Xe Bang, 82 puits seront forés pour garantir un accès à l’eau potable. Les habitants du plateau, auxquels a été concédé un droit de pêche exclusif dans le lac de barrage pendant dix ans, sont déjà sous programme d’assistance alimentaire. “La mise en eau du barrage clôt une première étape. Les infrastructures promises aux personnes déplacées ont été réalisées. Nous devons maintenant nous concentrer sur les programmes de long terme”, reconnaît M. Salignat. NTPC a promis d’accompagner les villageois jusqu’en 2014.

A cette date, le boom économique, avec les 8 000 emplois créés par la construction du barrage, sera retombé. Et il sera alors possible de dire si Nam Theun 2 est bien un cas vertueux dans l’histoire controversée des barrages.

Laurence Caramel

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