MONDIALISATION et crise alimentaire:quelles solutions pour limiter les dégats ?

17:39 2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES, SUD

Les Nations unies cherchent une stratégie

 pour enrayer la crise alimentaire mondiale

Lundi 28 avril, dans la banlieue de Manille, un organisme gouvernemental a procédé à une distribution de sacs de riz. AP/AARON FAVILA

Lundi 28 avril, dans la banlieue de Manille, un organisme gouvernemental a procédé à une distribution de sacs de riz.

LE MONDE | 29.04.08 

Convaincus que la crise alimentaire mondiale risque d’infliger à l’ONU de graves revers en matière de lutte contre la faim, de maintien de la paix ou de développement, le secrétaire général de l’Organisation, Ban Ki-moon, et les dirigeants de 27 agences et fonds des Nations unies s’efforcent d’ébaucher les contours d’un plan d’action global. Au lendemain d’une réunion à huis clos tenue lundi 28 avril à Berne, Ban Ki-moon a ainsi annoncé la création d’une cellule de crise destinée à répondre au défi alimentaire.

“C’est actuellement le problème numéro un”, estime Michael Meyer, directeur de la communication de Ban Ki-moon, qui redoute que la crise “éclipse le Darfour et le changement climatique” et “amplifie” les difficultés déjà rencontrées par l’ONU pour combattre l’extrême pauvreté ou remettre sur pied des sociétés détruites. “Nous devons mettre au diapason tous les gouvernements, toutes les agences internationales, les entreprises privées et les fondations”, ajoute le fonctionnaire onusien.

Les conseillers de Ban Ki-moon explorent la possibilité de convoquer un sommet des chefs d’Etat consacré à ces questions, en marge d’une réunion sur la sécurité alimentaire organisée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du 3 au 5 juin à Rome.

La flambée des prix alimentaires est devenue un thème récurrent des discours de Ban Ki-moon. “Les prix élevés menacent d’annihiler les progrès accomplis jusque-là dans la lutte contre la faim”, a déclaré le secrétaire général de l’ONU à Accra, au Ghana, le 21 avril. “Si elle n’est pas gérée correctement, cette crise pourrait en provoquer une cascade d’autres et (…) affecter la croissance économique, le progrès social et même la stabilité politique à travers la planète”, a-t-il affirmé. Selon la FAO, 37 pays sont déjà confrontés à une urgence alimentaire qui a déclenché des “émeutes de la faim”.

Dans un premier temps, Ban Ki-moon encourage la communauté internationale à fournir au Programme alimentaire mondial (PAM) les 755 millions de dollars réclamés de toute urgence pour faire face à l’augmentation des coûts de la nourriture et de son acheminement. Il appelle aussi les Etats à adopter des “mesures audacieuses pour garantir de la nourriture abordable, même pour les plus pauvres parmi les pauvres.” A moyen terme, certains analystes prédisent que l’augmentation des prix provoquera une augmentation mécanique de l’offre agricole. Mais selon le Fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA), dans de nombreux pays, les fermiers pauvres, acteurs clés de toute réponse à la crise alimentaire, sont incapables de profiter de la hausse des prix parce qu’ils ne peuvent plus se payer les engrais et les semences nécessaires à la prochaine récolte. La FIDA prévoit de débloquer pour eux 200 millions de dollars.

 Ban Ki-moon

A plus long terme, Ban Ki-moon préconise “une augmentation substantielle des investissements et des dépenses agricoles [notamment pour] susciter une révolution verte d’amélioration de la productivité agricole à travers l’Afrique”. “Les prix aujourd’hui élevés des denrées présentent une opportunité unique de réduire les subventions et les tarifs douaniers distordant le commerce des produits agricoles”, a par ailleurs déclaré, à Accra, le secrétaire général de l’ONU, en “exhortant tous les pays, en particulier les nations développées, à faire davantage sur cette question au cours du round de négociations de Doha”, dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

La rencontre de Berne avait aussi pour objectif de faire parler les institutions internationales d’une seule voix sur des questions centrales telles que l’impact du développement des agrocarburants sur l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, estime que la transformation d’aliments en carburant est un “crime contre l’humanité” et appelle à un moratoire sur ces pratiques. Mais “il n’y a pas de tel compromis à faire entre l’agriculture et les agrocarburants”, a déclaré Ban Ki-moon à Vienne, le 25 avril. J.Ziegler

Tandis que M. Ziegler a affirmé, lundi, “comprendre” la réaction des pays qui bloquent leurs exportations de denrées alimentaires pour satisfaire la demande domestique, il leur a tout de même demandé, mardi, de ne pas y avoir recours. La Banque mondiale affirme en effet que ces pratiques “font monter les prix et frappent les personnes les plus pauvres à travers le monde”. A cet égard, M. Ziegler a salué la décision de l’Ukraine de lever ses restrictions à l’exportation de blé, ce qui a eu pour “effet immédiat de faire baisser les cours”.

Le rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation, qui arrive au terme de son mandat, s’en est également pris aux politiques “aberrantes” du Fonds monétaire international (FMI) qui a, selon lui, imposé, dans les pays où il intervient, la plantation de produits destinés à l’exportation, au détriment de l’agriculture de subsistance.

Philippe Bolopion

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