MONDIALISATION et PROTECTIONNISME:l’avis de l’OMC…

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«Il y a une dose de xénophobie dans le protectionnisme»

A une réunion de l’OMC, le 24 janvier 2008. (Photo Reuters)

Pascal Lamy, le patron de l’OMC, analyse les crises mondiales et les règles nécessaires au commerce international.

Recueilli par CHRISTIAN LOSSON (à Genève)

QUOTIDIEN : vendredi 23 mai 2008 

La quadruple crise - financière, énergétique, alimentaire et climatique - bouleverse-t-elle la marche du monde ?

Ces crises s’interpénètrent, même si elles obéissent à des cycles différents. Elles matérialisent l’interdépendance du monde et illustrent les deux visages de la mondialisation. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe désormais des amortisseurs. La crise financière ne s’est pas, pour l’instant, exportée en Chine, en Inde, ou au Brésil ; les subprimes n’ont contaminé qu’une partie du système. La crise alimentaire touche les Philippines ou le Kenya, mais pas les pays développés. En revanche, le changement climatique concerne l’ensemble de la planète, et il n’y a pas de réponse autre que collective.

Les risques sont-ils systémiques ?

Clairement. Les signaux d’alarmes n’ont pas manqué. Pourquoi les produits hors bilan des banques ont-ils échappé à la régulation ? Pourquoi la FAO [Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ndlr] a-t-elle dénoncé en vain la baisse des stocks et le désinvestissement dans l’agriculture ? Pourquoi la lutte contre le changement climatique se met-elle si lentement en branle alors que les risques pour la planète sont avérés ? Mais il n’y a pas de déterminisme de la crise. Les hommes ont les clés en main. D’un côté, le Programme alimentaire mondial appelle à mobiliser 750 millions de dollars [476 millions d’euros] pour éviter les émeutes de la faim ; de l’autre, les banques centrales injectent des dizaines de milliards de dollars pour stabiliser des banques qui ont joué avec le feu…

Choquant ?

On peut toujours comparer. Un mois de guerre américaine en Irak avec le budget de la lutte contre le paludisme. Le prix d’une bombe nucléaire française avec le coût d’un centre universitaire d’excellence… Quand on passe, comme moi, la moitié de son temps dans les pays en développement, c’est évidemment choquant…

Les fonds souverains, néo-acteurs de la finance mondiale,«dérogent», selon vous, «aux règles du capitalisme chez eux pour les appliquer ailleurs». Pourquoi ?

C’est une évolution du capitalisme. Ces fonds viennent de pays entrés récemment dans le capitalisme, et qui n’en maîtrisent pas tous les codes. Les fonds souverains sont révélateurs d’une période de mutation qui voit arriver de nouveaux joueurs.

Assiste-t-on à une crise décisive du capitalisme ?

Le capitalisme avance par crises, il en connaîtra d’autres. Sa faiblesse, ce sont les bulles qui enflent puis éclatent ; sa force, c’est qu’il n’y a pas d’autre système qui ait pu passer l’épreuve de la réalité. Il est parvenu à trouver en lui les réponses à ces crises. Mais il a besoin de régulation. Je dirige une organisation où le capitalisme a accepté le plus de régulation. Dans les années 30, l’effet domino de pratiques protectionnistes, consécutif à la crise financière, et mêlé à la xénophobie a, parmi d’autres causes, conduit à la guerre mondiale. Je ne connais aucun protectionnisme qui ne porte une dose de xénophobie et de nationalisme. C’est sur le «plus jamais ça» d’après-guerre que s’est bâti le système actuel. Sur fond de règles communes, de réciprocité et d’évolution pragmatique. OMC, FMI et Banque mondiale sont nés de cette matrice…

Avec des résultats contestés et contestables…

La régulation financière n’a pas prospéré autant que la régulation commerciale ! Le concept de base du FMI, les taux de change fixes, a explosé dans les années 70 et n’a pas été remplacé. Le concept de base de l’OMC, lui, a été accompagné d’un concept, d’une volonté politique, plus tard d’une machinerie institutionnelle, les trois conditions sine qua non pour s’émanciper de l’attraction westphalienne de la souveraineté entière des Etats-Nations. C’est l’absence de volonté politique pour réguler la finance qui a freiné le FMI. A l’OMC, on a commencé sans outillage institutionnel, avec trois négociateurs dans un coin lors de la création du Gatt [l’ancêtre de l’OMC, ndlr]. Mais avec une réelle volonté politique…

Et le credo du libre-échange, cher à l’OMC…

Plus exactement la volonté d’ouvrir progressivement les échanges. Une ouverture équilibrée, avec des concessions réciproques. Cycle après cycle, on a traité les obstacles aux échanges. On l’a fait, en fonction de rapports de forces politiques qui ont évolué, longtemps dominés par la «Quad» (Etats-Unis, Europe, Japon, Canada) qui doivent désormais partager le pouvoir avec les pays émergents. En fonction, aussi, de l’évolution des obstacles aux échanges (tarifs douaniers, restrictions quantitatives, normes et standards). A sa naissance, en 1994, l’OMC a mis en place un système contraignant sans précédent dans le système international. Et les pays en développement ont réussi à faire reconnaître la nécessité de discipline en matière agricole, comme les pays développés l’avaient fait pour les produits industriels.

L’OMC est perçue par les ONG et des pays du sud comme une des racines de la crise alimentaire.

Au contraire ! A côté de facteurs conjoncturels, la cause fondamentale tient à l’évolution du mode alimentaire dans les pays émergents. La demande ne colle plus avec l’offre. On peut l’ajuster : il demeure des réserves de productivité importantes dans les pays en développement. Mais la courroie de transmission entre la demande et l’offre, c’est le commerce.

Ce sont donc les plans d’ajustement structurels de la Banque mondiale et du FMI qu’il faut incriminer ?

Les pays d’Afrique subsaharienne ont encore la possibilité d’appliquer des tarifs douaniers de 60 à 80 % pour les produits agricoles dans le cadre de l’OMC. Ils appliquent environ 20 % en moyenne. Leurs marges de manœuvre existent. Certains paient le prix de programmes d’ajustement négociés avec le FMI et la Banque mondiale dans les années 90 en contrepartie de financements indispensables. Heureusement, cette mode a beaucoup évolué. Il est facile de faire des institutions internationales des boucs émissaires, plus délicat de se pencher sur les politiques des pays riches.

Faut-il sortir l’agriculture de l’OMC ?

Le débat a toujours existé entre les Etats qui pensent que l’agriculture, c’est comme les pneus ou les chaussettes, et ceux pour qui ce n’est pas un produit comme les autres. Les premiers sont souvent exportateurs nets (Australie, Brésil), les seconds, importateurs nets (Japon, Suisse, UE). Le débat a évolué avec l’Uruguay round [qui a lancé l’OMC, ndlr] et la volonté des pays du Sud d’y inclure l’agriculture. De la même manière, ils ont mis vingt ans à faire admettre que le textile et l’habillement étaient un produit comme les autres.

Vous voulez «renforcer le système commercial au moyen de règles plus transparentes, prévisibles et équitables». Elles ne l’étaient donc pas ?

Évidemment. La preuve, c’est que les pays en développement, qui représentent trois quarts des membres de l’OMC, veulent obtenir des changements aux règles. Pas question pour eux de sortir l’agriculture de l’organisation. C’est le cœur du cycle de développement de Doha [lancé en 2001, ndlr]. Sortir l’agriculture, cela revient au retour à la loi de la jungle. Bien sûr, des pays comme la France ou la Suisse peuvent, sous conditions, continuer à aider leurs paysans. Mais ce ne sont pas la France et la Suisse qui vont nourrir le monde, c’est l’inverse. Si le raisonnement à Bruxelles ou à Tokyo, c’est qu’on nourrira la planète via des subventions ou des superprotections dans les pays riches, cela ne convaincra guère les pays pauvres.

Encore moins l’OMC ?

A l’OMC, on ne négocie pas des dogmes, mais des règles communes. Eliminer, par exemple, les 20 % des subventions agricoles européennes et américaines les plus perturbatrices pour l’agriculture des pays en développement. Par ailleurs, les droits de douanes sur l’agriculture restent beaucoup plus élevés en moyenne que les droits sur les produits industriels…

Vous pensez aboutir en mai sur le cycle de Doha ?

Je dirais plutôt juin pour un accord sur plusieurs points essentiels pour passer à la conclusion avant la fin de l’année. Je ne suis ni décideur, ni devin. Je suis, selon les moments, sage-femme, chien de berger, monsieur météo ou chef d’orchestre. Mais les conditions politiques et techniques sont enfin réunies sur trois sujets-clés : subventions agricoles, droits de douane agricoles et industriels.Pour boucler l’Uruguay round, il a fallu huit ans. Le Doha Round a commencé en 2001. On travaille par consensus pour changer les règles du jeu international.

L’image de l’OMC a-t-elle changé depuis son fiasco à Seattle, en 1999 ?

La notoriété de l’OMC est encore meilleure que son image. On a travaillé sur la transparence, l’accès aux documents, aux réunions, l’ouverture à la société civile. La jurisprudence a évolué : on n’est plus dans le syndrome pré-Seattle où l’OMC allait couper la tête de toute protection de l’environnement qui aurait empiété sur le commerce! Quand je discute avec les ONG et les associations, personne ne demande plus l’abolition de l’OMC.

La croissance du commerce mondial pourrait se replier à 4,5 % en 2008, contre 5,5 % en 2007.

L’objectif de l’OMC n’est pas de produire des bons chiffres, c’est des échanges plus ouverts et plus justes. La croissance du commerce, c’est un thermomètre qui varie avec la croissance. Et avec un coefficient multiplicateur. Il y a trente ans, le rapport entre croissance et commerce était de 1 à 1,5. Aujourd’hui, il est de 1 à 3 en raison de l’évolution des systèmes de production : un iPod chinois exporté aux Etats-Unis pour 100 dollars, c’est 8 dollars de chinois, 60 dollars pour la carte japonaise, 10 dollars de fabrication en Thaïlande, du transport et du marketing.

Le commerce est-il vraiment soluble dans la nécessité environnementale ?

Il peut même aider beaucoup. Si les Egyptiens devaient produire toutes les céréales qu’ils consomment, il n’y aurait plus une goutte d’eau dans le Nil ! On prend toujours l’exemple des roses kenyanes importées par des magasins britanniques. Mais quand on parle empreinte carbone, il faut voir tous les éléments de la chaîne. Si un Britannique achète des roses néerlandaises chez Tesco et rentre chez lui en 4×4, il est plus dommageable à l’environnement que s’il achète des roses africaines venues en avion et rentre chez lui en métro.

Qu’avez vous appris sur la diplomatie à l’OMC ?

Je suis passé par l’univers solide (l’administration française), l’univers liquide (la communauté européenne) pour rejoindre un univers gazeux (l’institution internationale). Produit de Paris et de son système napoléonien, centralisé ; passé par Bruxelles, vaisseau spatial institutionnel bourré d’énergie, j’ai atterri dans un monde où il est plus difficile d’agréger des molécules. C’est plus lent, aléatoire, c’est un travail de Pénélope. On jongle entre l’effroyablement technique et le déterminant politique. Et quand je parle avec le président du Brésil, ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir si les produits spéciaux dans l’agriculture sont basés sur la racine carrée des produits sensibles, c’est de savoir si Bush va bouger, si l’Inde avance. L’OMC, c’est les deux.

MONDIALISATION et RESEAUX:des cables pour Internet

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Le boom d’Internet dope les fabricants de câbles

LE MONDE | 17.05.08

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Tout ne va pas si mal chez Alcatel-Lucent. Alors que pour 2008, l’équipementier de télécommunications français table sur une baisse de 2 % à 5 % de son chiffre d’affaires (17,8 milliards d’euros en 2007), Alcatel-Lucent Submarine Networks, une discrète entité constituée essentiellement d’une usine à Calais (dans le Pas-de-Calais), multiplie sa production par deux tous les ans depuis trois ans et pourrait ramener jusqu’à 1 milliard d’euros de revenus en 2008.

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Zoom Un “tuyau” plus difficile à fabriquer qu’il n’y paraît

Dossier La pollution high-tech

LEXIQUE

FIBRE OPTIQUE.

C’est un fil en silice très fin (quelques microns) pouvant conduire des ondes lumineuses et servant dans les transmissions terrestres et océaniques de données. Elle offre un débit de transmission bien supérieur à celui des câbles coaxiaux (en cuivre), et peut ainsi supporter un réseau “large bande” par lequel peuvent transiter la télévision, le téléphone ou les données informatiques. Le coeur des grands câbles sous-marins contient jusqu’à 16 fibres.

[-] fermer

L’usine de Calais fabrique des câbles sous-marins dotés d’un coeur en fibres optiques permettant de transmettre des informations (voix, données, images) à des débits considérables. Ce sont ces câbles qui constituent les fameuses “autoroutes de l’information” reliant les continents entre eux et sur lesquelles transite l’essentiel du trafic Internet mondial. Le satellite est mieux adapté au transport de données émises par une source et diffusées à une multitude de récepteurs (typiquement, la télévision).

“Entre mi-décembre et mi-avril, nous avons chargé non-stop 20 000 km de câbles sur les cargos. A partir de juin, nous recommençons à embarquer du tuyau sans discontinuer durant tout l’été. Une partie doit être posée avant la reprise des glaces, entre le Canada, le Groenland et l’Islande”, se félicite Marc Dubrulle, responsable de l’assemblage des câbles à Calais. Pour faire face aux commandes, l’usine doit inaugurer à l’automne une nouvelle ligne de production, qui lui permettra de fabriquer jusqu’à 40 000 km de câble par an. Elle deviendra de fait la plus grosse du genre au monde. Une trentaine de salariés supplémentaires devraient être embauchés (40 personnes ont déjà été recrutées en 2007).

Alcatel-Lucent profite à plein de l’explosion récente du trafic Internet mondial, due principalement au téléchargement de vidéo sur le Web, et notamment au succès fulgurant de sites comme YouTube ou Dailymotion, très gourmands en bande passante.

INTERNAUTES ASIATIQUES

Pour éviter la saturation de leurs réseaux, les opérateurs de télécommunications investissent (souvent à plusieurs) dans des autoroutes sous-marines plus larges. Les principales demandes concernent les infrastructures reliant l’Asie au reste du monde. Jusqu’à présent, les liaisons transatlantiques avaient été privilégiées mais aujourd’hui c’est en Chine, en Inde, en Malaisie ou au Vietnam que le nombre d’internautes progresse le plus vite.

Même le moteur de recherche californien Google participe à un consortium pour la pose d’un câble transPacifique. L’américain Tyco Telecommunications, principal concurrent d’Alcatel-Lucent, doit le livrer. L’équipementier français a pour sa part décroché mi-2007 (avec le japonais NEC) un énorme contrat (environ 500 millions de dollars) pour la fabrication et la pose du câble “Asian American Gateway”. Long de 20 000 km, il a été commandé par un consortium d’opérateurs, dont l’américain ATT. Alcatel-Lucent a aussi signé en 2007 avec l’australien Telstra, pour un câble de 9 000 km reliant l’Australie à Hawaii. Et début 2008 avec neuf opérateurs (dont France Télécom), pour la livraison du câble “Imewe”, 13 000 km entre l’Inde à l’Europe, destiné à répondre aux besoins en débit induits par les délocalisations de services informatiques.

Le tremblement de terre à Taïwan, fin 2006, qui avait privé l’Asie d’Internet pendant plusieurs jours, ou la rupture de câbles entre l’Asie et l’Europe, début 2008, expliquent aussi les investissements des opérateurs, soucieux d’éviter des “black-out” prolongés. “ Il y a aussi les pays qui se dotent d’un réseau pour désenclaver leurs populations et lutter contre la fracture numérique”, ajoute Etienne Lafougère, président de l’activité réseaux sous-marins d’Alcatel-Lucent. Le groupe a ainsi obtenu le contrat “Tele Greenland” (entre l’Islande, le Groenland et le Canada), pour connecter les populations antarctiques.

L’usine de Calais revient de loin. Elle a vécu des années difficiles (2002-2003), durant lesquelles 90 % de ses revenus ont disparu, suite à l’explosion de la bulle Internet (début 2000). Elle pâtissait des suites d’une folie d’investissements dans les réseaux sous-marins, qui avait abouti à des surcapacités à la fin des années 1990. Elle a réduit ses effectifs de 750 à moins de 300, mais a évité la fermeture, contrairement à deux autres usines du groupe (en Australie et aux Etats-Unis).

Aujourd’hui, à Calais, on affirme qu’Alcatel-Lucent est le premier acteur mondial du sous-marin, avec 40 % de parts de marché, devant l’Américain Tyco. Le Français dispose d’une flotte de 6 câbliers, exploitée avec Louis Dreyfus Armateurs. Ces gros bateaux de plus de 100 mètres de long peuvent poser du câble dans des conditions méteo extrêmes. “On observe des cycles de cinq à six ans dans le secteur. Mais pour jusqu’à fin 2009, je suis confiant”, note, prudent, Grégory Flipo, directeur de l’usine de Calais. Même le Chinois Huawei, qui taille des croupières à Alcatel-Lucent dans le matériel de réseau terrestre, laisse encore en paix le Français sur ce créneau. “Il paraît qu’ils ont un catalogue de produits, assure-t-on à Calais, mais on ne les a encore jamais vus.”

Cécile Ducourtieux

CRISE ALIMENTAIRE,MONDIALISATION et évolution de la PAC …

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La crise alimentaire relance les attaques contre la politique agricole commune
LE MONDE | 20.05.08

Au moment où la politique agricole commune (PAC) doit faire l’objet de nouveaux ajustements, la crise alimentaire mondiale relance la bataille sur son rôle, faisant resurgir le vieux clivage entre Britanniques et Français.

La Commission devait présenter à Bruxelles, mardi 20 mai, ses propositions définitives pour le “bilan de santé” de la PAC qu’elle doit boucler au second semestre, sous présidence française, en attendant les négociations sur une nouvelle réforme prévue à l’horizon 2013.

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Chiffres
Poids financier. Le budget de la politique agricole commune représente 40 % des fonds communautaires, soit 42 milliards d’euros en 2008. En proportion, il a tendance à diminuer. Il n’est plus que le deuxième poste de dépense de l’Union, derrière les fonds structurels et de cohésion. La France est le principal bénéficiaire de ces aides.

[-] fermerLes réformes
Le “bilan de santé”. Il doit permettre, d’ici à la fin 2008, d’amplifier la réforme de la PAC adoptée en 2003. Il cherche notamment à découpler davantage les aides directes versées aux exploitants du niveau de la production.

Les nouveaux contours après 2013. Une autre réforme d’envergure se profile : elle fixera les contours de la PAC de l’après-2013, dans le cadre de la remise à plat du budget communautaire. Les Britanniques plaident pour réduire encore les dépenses agricoles; Français et Allemands souhaitent les utiliser différemment.

[-] fermerPrenant acte des tensions sur les marchés agricoles, Bruxelles suggère entre autres de soutenir la production en mettant un terme aux jachères et en supprimant par étape les quotas laitiers d’ici à 2015.

Mariann Fischer Boel, la commissaire à l’agriculture, propose aussi de réduire l’enveloppe des aides directes versées aux exploitants, de les découpler toujours plus du niveau de la production, et de les plafonner. Elle souhaite orienter les fonds ainsi dégagés vers le développement des activités rurales non agricoles, comme le tourisme ou l’entretien de l’environnement.

Ces ajustements vont alimenter le débat entre les capitales chargées de les adopter, dans un contexte marqué par l’envolée des prix alimentaires. Alistair Darling, le ministre des finances britannique, a lancé l’offensive la semaine dernière contre une PAC qu’il rend en partie responsable de cette évolution, au sein de l’Union mais aussi dans les pays pauvres.

Dans un courrier à ses homologues, il exige la fin des mécanismes d’aide aux exploitants conçus, selon lui, “pour maintenir les prix agricoles européens au-dessus des cours mondiaux”. Le ministre demande de surcroît d’ouvrir le marché européen aux producteurs des pays en développement : “Il est inacceptable que l’Union maintienne des droits de douane très élevés sur de nombreuses matières premières agricoles.”

“ALIMENTATION DE QUALITÉ”

Soutenus par les pays nordiques, les Britanniques relaient les positions de certaines organisations non gouvernementales. Oxfam appelle ainsi les grandes puissances agricoles, dont l’Europe et les Etats-Unis, à “s’attaquer aux causes profondes de la crise des prix agricoles”, afin de ne pas mettre en danger, à coup d’exportations plus ou moins subventionnées, la production dans les pays les plus pauvres de la planète.

En face, le gouvernement français n’a pas attendu cette attaque en règle pour défendre l’idée d’une PAC forte, quitte à la faire évoluer pour endiguer la crise alimentaire. D’après Michel Barnier, le ministre français soutenu lundi 19 mai à Bruxelles par un grand nombre de ses collègues, la crise alimentaire “donne une raison de consolider la politique agricole commune”.

Son homologue allemand affirme que la PAC “n’a rien à voir” avec l’envolée des cours. Pour les deux hommes, les subventions sont au contraire une réponse “à l’exigence d’une alimentation de qualité, diversifiée, et traçable”. Et peuvent permettre aux producteurs de faire face à la demande mondiale.

Les Français n’excluent pas de réduire à terme les aides attribuées aux céréaliers pour les orienter vers d’autres productions, comme les porcs ou les bovins, qui souffrent de la hausse du prix des céréales. “Les céréaliers peuvent très bien vivre du marché, ce qui permettrait de focaliser la politique agricole sur les autres fonctions de l’agriculture, comme l’environnement ou l’entretien de l’espace rural”, estime, pour sa part, Philippe Chalmin, professeur d’économie à Paris-Dauphine.

Les agriculteurs européens, représentés au sein du Copa-Cogeca, dont l’actuel président n’est autre que Jean-Michel Lemétayer, le patron de la FNSEA, se rangent sans surprise du côté français. “Il faut une politique agricole, et le débat actuel sur l’alimentation mondiale montre que le pire serait de ne pas en avoir, car elle permet de se protéger et de développer son agriculture”, estime M. Lemétayer. Et de regretter, dans le contexte de hausse des coûts des denrées, que l’Union européenne ait déjà autant abandonné ses outils de régulation des marchés. “Plus personne ne veut financer de stocks, alors il ne faut pas s’étonner que les cours s’envolent”, explique-t-il.

En prenant les devants, Londres et Paris cherchent, au-delà du bilan de santé, à poser les jalons d’une future réforme de grande ampleur. “Nous sommes dans une période de transition, car le budget européen ne devrait être modifié qu’en 2013. Les Anglais se positionnent dès maintenant, ce qu’a bien compris Michel Barnier, car si en 2012 les prix restent élevés, alors la PAC pourrait bel et bien disparaître”, explique Jean-Christophe Bureau, économiste à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et AgroParisTech.

Laetitia Clavreul et Philippe Ricard (à Bruxelles)

PETROLE et MONDIALISATION:toujours plus cher …

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Les marchés spéculent désormais sur une pénurie de pétrole en 2016

LEMONDE.FR | 22.05

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Le baril de light sweet crude pour livraison en juillet a atteint 133,17 dollars, mercredi 21 mai, sur le New York Mercantile Exchange (+ 4,10 dollars), tandis que le Brent de la mer du Nord terminait la séance à Londres à 132,70 dollars (+ 4,76 dollars). Le baril a dépassé 135 dollars, jeudi 22 mai au matin, dans les échanges électroniques en Asie. Les marchés ont peu apprécié la chute des stocks de brut et d’essence aux Etats-Unis la semaine dernière et la baisse du dollar. Mais c’est une inquiétude plus générale et plus sourde sur la capacité des pays producteurs à répondre à la demande future qui alimente la flambée pétrolière et menace gravement la croissance mondiale.

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Mardi, le brut avait fortement progressé, notamment en raison des propos pessimistes tenus par T. Boone Pickens. Enrichi dans l’or noir avant de créer un fonds d’investissement, le milliardaire américain prédit un baril à 150 dollars fin 2008 – une perspective encore peu envisagée il y a quelques mois. “85 millions de barils par jour, c’est tout ce que le monde peut produire, et la demande est à 87 millions. C’est aussi simple que cela”, avait-il déclaré, la veille, sur la chaîne CNBC.

Pas de détente des cours en vue Les raffineries ne souffrent pas de ruptures d’approvisionnement. Pour autant, les spécialistes n’envisagent pas de détente des cours, comme en témoigne l’envolée des futures depuis le 1erjanvier. Dans la seule journée de mardi, le prix d’un baril livrable en 2016 (l’échéance la plus longue) a augmenté d’environ 8,50 dollars pour atteindre 139,50 dollars. Du jamais vu de mémoire de traders! Ces barils, livrables au cours de la prochaine décennie, se renchérissent plus vite que ceux livrables dans le mois à venir : depuis janvier, les premiers ont augmenté d’environ 60% et les seconds de 39% “seulement”.

Patrons de groupes pétroliers, experts ou financiers, tout le monde s’inquiète de l’offre à moyen terme. Peu de dirigeants de majors croyaient aux données optimistes de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui prévoyait une production quotidienne de 116 millions de barils en 2030. Comme d’autres pétroliers, le directeur général de Total, Christophe de Margerie, répétait qu’il serait très difficile, voire impossible, de dépasser le seuil de 100 millions de barils.

Défenseur des intérêts des pays consommateurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’AIE semble revenir à plus de raison. Elle va fortement réviser à la baisse ses prévisions d’augmentation de la production, indique jeudi le Wall Street Journal. Ce resserrement de l’offre, au moment où les pays émergents (Chine, Inde, Golfe persique, Russie…) consomment de plus en plus de pétrole, s’explique par le déclin des grands champs pétrolifères (Arabie saoudite, Russie, Mexique…) et le manque d’investissements dans de nombreux pays producteurs. Ainsi, au Moyen-Orient (deux tiers des réserves mondiales), l’avenir n’est pas assuré. Notamment en Iran, où la production stagne, et en Irak, qui dispose des troisièmes réserves mondiales. Toujours dans l’attente d’une loi sur le pétrole, les investisseurs ne se risquent pas dans ce pays qui est loin d’être stabilisé. Cet avenir n’est pas mieux assuré en Russie ou au Mexique.

Le renchérissement des matières premières, des équipements et de la main-d’œuvre a fait exploser les coûts des projets et réfréné l’ambition des pétroliers. “Ces coûts sont devenus un des nouveaux fondamentaux orientant les prix du pétrole”, expliquait récemment Daniel Yergin, le président du Cambridge Energy Research Associates (CERA). Selon l’index des coûts en capital des projets d’exploration-production établi par les experts de cet organisme réputé, ces coûts sont restés stables entre 2000 et 2004, avant de doubler entre 2005 et 2008. De nombreux projets ont été retardés pour des raisons financières et techniques, accroissant les tensions sur l’offre à venir.

Jean-Michel Bezat

RISQUES et catastrophes:les seismes en CHINE…

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Une zone à forte sismicité

LE MONDE | 21.05.08

La sismicité du territoire chinois est l’une des plus fortes au monde. En cause, l’irrépressible déplacement vers le nord de la plaque indienne, qui bute contre l’Eurasie à la vitesse de 40 à 50 millimètres par an. Les forces mises en jeu sont considérables et c’est ce mouvement d’une plaque contre l’autre qui a contribué à la formation de l’Himalaya.

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Dernier jour de deuil national en Chine

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Les faits La peur de nouveaux séismes provoque la panique au Sichuan


Un violent tremblement de terre s’est produit, lundi 12 mai, dans la province chinoise du Sichuan. Vous ou vos proches ont été frappés par le séisme, racontez-nous.

L’Inde pousse le plateau tibétain vers l’intérieur de la Chine ; celui-ci exerce à son tour sa pression sur la Chine centrale, vers le nord et le nord-est. A ses marges orientales, le grand plateau a chevauché le bassin sédimentaire du Sichuan, provoquant le séisme du lundi 12 mai. En 1933 et en 1976, la même région avait connu des séismes de magnitude 7,5 et 6,4, cependant beaucoup moins meurtriers que le dernier à avoir frappé la zone. Egalement sous la pression du plateau tibétain, les provinces de Qinghai et de Gansu devraient aussi, dans les prochaines années, connaître des séismes de grande ampleur, selon la majorité des spécialistes.

La sismotectonique - l’étude des failles actives - est capable de prédire les régions de plus grand péril. Une étude, publiée en juillet 2007 dans la revue Tectonics par des chercheurs du British Geological Survey, pointait ainsi très précisément le risque d’un important séisme le long de la faille de Longmen Shan - celle en cause dans le tremblement de terre du 12 mai. La nécessité de surveiller cette région a conduit les autorités chinoises à investir. Le 11 avril, tout juste un mois avant que la terre ne tremble, l’agence Chine nouvelle annonçait la mise en test du réseau numérique, lancé en 2004, reliant les 1 200 stations sismiques principalement installées dans le centre du pays.

Stéphane Foucart

Risques:cyclone en Birmanie,100mille morts ?

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 100 mille morts et l’aide internationale toujours bloquée aux portes de la Birmanie?

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 08.05.08 

Des habitants de Bogalay, au sud de Rangoun, contemplent, le 8 mai, ce qu'il reste de leur maison détruite par le cyclone Nargis. REUTERS/STR   

   Bogalay, au sud de Rangoun, le 8 mai

Alors que le bilan humain du cyclone Nargis, qui a dévasté le week-end dernier la Birmanie, pourrait atteindre cent mille morts, l’aide internationale continuait, jeudi 8 mai, d’arriver au compte-gouttes dans le pays. Et la confusion entretenue par la junte militaire au pouvoir, qui ne distribue les visas qu’avec parcimonie, ne fait que compliquer encore un peu plus la tâche des humanitaires.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a exhorté jeudi soir la junte birmane à se focaliser sur l’aide aux victimes plutôt que sur le référendum constitutionnel. Il essaie également de discuter avec le chef de la junte, Than Shwe, pour faciliter l’aide internationale. Un peu plus tôt, le responsable des affaires humanitaires aux Nations unies, John Holmes, s’était dit “déçu” du peu de coopération des autorités birmanes. 

Selon les organisations humanitaires, l’aide arrive doucement de Thaïlande, de Chine, d’Inde. La Grèce a affirmé avoir obtenu le feu vert des autorités birmanes pour faire partir en fin de journée un avion de l’armée de l’air transportant des tentes, des couvertures et des médicaments. De leur côté, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils se préparaient pour des largages d’aide aux sinistrés, dont le département d’Etat laissait entendre que Washington pourrait se passer de l’accord de la junte pour y procéder.

LA POPULATION MANQUE DE TOUT

Mais selon les spécialistes de l’humanitaire, ce sont des centaines d’avions d’aide dont le pays a besoin. Les moyens sont en effet largement insuffisants face à une population qui manque de tout : eau, nourriture, abris, médicaments. Face à cette situation catastrophique, la communauté internationale a multiplié les appels à l’ouverture de la Birmanie. Mais le processus d’obtention de visas prend du temps. Le régime militaire en Birmanie, l’un des pays les plus fermés, avait prévenu les travailleurs humanitaires en début de semaine qu’ils devraient négocier avec lui pour pénétrer sur le territoire.

Sur place les témoins continuaient de décrire des scènes de désolation. Jeudi soir, la télévision officielle birmane recensait dix-sept morts de plus, faisant désormais état de 22 997 morts et 42 119 disparus. D’autres chiffres bien plus lourds circulent. Dans la seule localité de Labutta et les soixante-trois villages voisins, au cœur du delta de l’Irrawady ravagé par le cyclone, un responsable local, Tin Win, a parlé d’environ 80 000 morts. Selon ce chef d’arrondissement de Labutta, des dizaines de villages alentour ont été balayés. Dans l’ensemble du delta, “il pourrait y avoir plus de cent mille morts”, a avancé la chargée d’affaires américaine à Rangoun, Shari Villarosa.