MONDIALISATION et PETROLE:le 3è choc pétrolier ?

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Entretien avec Olivier Appert, président de l’Institut français du pétrole

Faire face au troisième choc pétrolier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LEMONDE | 04.06.08
Le monde subit-il troisième choc pétrolier, comparable à ceux de 1973 et 1979 ?Comparable, non. Dans les années 1970, il s’agissait d’un choc d’offre. L’augmentation brutale des cours était liée aux conflits au Moyen-Orient. Les prix ont été multipliés par trois en quelques mois après l’embargo pétrolier de 1973 et en 1979-1980 après la révolution iranienne et le début de la guerre Iran-Irak. Nous subissons aujourd’hui un renchérissement plus progressif qui tient à la hausse de la demande. Après avoir stagné à 20-25 dollars entre 1986 et 2003 (avec un effondrement à moins de 10 dollars en 1998), le baril s’est peu à peu apprécié. Il a fallu plusieurs années pour que les cours soient multipliés par cinq, poussés par la demande croissante des pays émergents, Chine et Inde en particulier. Autre différence, le début des années 1970 marquait la fin des “trente glorieuses” dans les pays industrialisés caractérisés par des déséquilibres de l’économie mondiale. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont été le rhume qui a tué ce malade déjà affaibli. Aujourd’hui, c’est au tour des pays émergents de vivre leurs “trente glorieuses”. Or les économies des pays industrialisés sont plus robustes.

Il existe tout de même des similitudes entre les deux périodes…

Oui. Dans les années 1960, les prix des matières premières étaient bas. Cela n’a pas favorisé l’investissement. A la fin des années 1960, les cours ont fortement augmenté, mais la production n’a pas pu suivre la demande. On assiste aujourd’hui à un phénomène semblable. Les années 1990 ont été caractérisées, pour ces matières premières, par des cours faibles entraînant sous-investissement et baisse des stocks. Face à la demande des pays émergents, les prix ont été la seule variable d’ajustement.

Quels sont les responsables ?

Dans ce genre de situation, on cherche des boucs émissaires. Pour l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ce sont les spéculateurs. Pour les pays consommateurs, c’est l’OPEP. Et tout le monde vilipende les compagnies pétrolières. Or, on ne peut reprocher aux Chinois de vouloir améliorer leur niveau de vie ou critiquer les pays émergents qui veulent que leur population s’alimente mieux.

L’OPEP ne peut-elle produire plus ?

Elle a perdu le pouvoir de maîtriser les prix à la hausse, car ses capacités à accroître à court terme sa production ont quasiment disparu. Et avec l’envolée de leurs revenus, les pays producteurs ne voient pas la nécessité de pomper davantage. “Pourquoi investir dans le pétrole pour faire plaisir à des gens qui ne nous aiment pas au lieu de le faire dans des écoles, des hôpitaux et des routes ?”, me confiait récemment un Saoudien. L’OPEP reste aussi traumatisée par la situation de 1998, lorsque le baril était tombé sous les 10 dollars. Ses membres sont réticents à lancer de lourds investissements. Seule l’Arabie saoudite s’y est engagée. Enfin, les pays producteurs n’ont pas profité de la manne pétrolière des années 1970 pour diversifier leurs économies et assurer leur développement. Cette fois, ils sont déterminés à le faire. Du coup, ils ne veulent plus dilapider leurs ressources, mais les faire durer le plus longtemps possible.

Pourquoi les compagnies pétrolières, qui réalisent des profits sans précédent, n’investissent-elles pas plus ?

Elles sont confrontées, depuis 2000, à des difficultés d’accès aux ressources liées au regain du nationalisme pétrolier (Russie, Venezuela, Iran…). Elles ont de l’argent, mais un terrain de jeu limité pour l’investir. A noter que ce qui leur revient, sur un litre d’essence vendu à la pompe en France, n’est que de l’ordre de 10 % à 15 % du prix. La majeure partie des recettes va aux pays producteurs, et aussi aux pays consommateurs, via la fiscalité.

Reste la spéculation…

C’est le bouc émissaire idéal ! Certes, elle accentue la volatilité des cours, mais elle ne détermine ni les tendances ni les niveaux de prix. C’est l’écume au-dessus des vagues : elle est d’autant plus forte que la vague est forte, mais ce n’est pas l’écume qui crée la vague.

Le déséquilibre entre l’offre et la demande est-il durable ?

Il existe un déséquilibre entre la croissance de la demande et l’insuffisance de la production. Il faut néanmoins distinguer le court-moyen terme du long terme. Dans le premier cas, la demande des pays émergents semblant assurée et les capacités de production paraissant plafonner, l’ajustement ne peut se faire que par les prix. Il faut bien voir que dans les années 1970, pour produire de l’électricité, les alternatives au pétrole (le nucléaire et le charbon) existaient et ont été vite mises en oeuvre. Aujourd’hui, le pétrole est de plus en plus concentré sur les transports et il n’y a pas encore d’alternative massive aux carburants d’origine pétrolière. En outre, les taxes (dans les pays riches) et les subventions (dans les pays pauvres et les pays producteurs) jouent un rôle d’amortisseurs, ce qui explique que l’élasticité de la demande au prix soit faible. La hausse du prix du brut n’est que partiellement répercutée sur le consommateur et sa consommation baisse peu. Quand le prix du baril double, la hausse des prix à la pompe est de 20 % et la demande mondiale ne recule que de 3 %.

En revanche, le revenu par habitant a un fort impact sur la consommation d’énergie. Dans les pays émergents, quand le revenu par habitant augmente de 10 %, la consommation de carburant augmente d’un montant identique. Il y a deux ans quand Patrick Artus, directeur des études de la banque Natixis, envisageait un baril à 300 dollars en 2015, cela semblait impossible. Souhaitons que cela le soit.

Et à plus long terme ?

Il faut en même temps réduire la demande et augmenter l’offre en sachant qu’il n’y aura pas d’impact immédiat. La progression de l’offre passe par la poursuite du développement technologique et la relance de l’investissement, notamment hors de l’OPEP. Il y a des perspectives sur l’offshore ultra profond, où l’on a fait des découvertes importantes dans le golfe du Mexique et au Brésil, ainsi que sur les sables asphaltiques (Canada…). L’envolée des prix du pétrole permet la mise en production de gisements jusque-là non rentables. Les technologies permettant de créer des solutions de substitution au pétrole progressent. L’autre partie de la réponse passe par un ralentissement de la demande. Il faut relancer les politiques d’efficacité énergétique des pays consommateurs. Pendant quelques décennies encore, le transport routier reposera sur les carburants liquides. Mais si les politiques de l’offre et de la demande font preuve de continuité, on devrait retrouver une situation plus équilibrée et des prix moins élevés.

La thèse du pic de production est en vogue. La partagez-vous ?

Les écologistes nous rappellent que le monde est fini. Bien sûr, la quantité de pétrole présente dans l’écorce terrestre est limitée. Mais le montant des réserves dépend surtout des conditions techniques, économiques et environnementales du moment. En 1973, on estimait les réserves à trente ans de la consommation d’alors. Depuis, on a consommé une fois et demi les quantités de réserves estimées. Et pourtant, on pense aujourd’hui qu’il y a quarante ans de réserves. On peut exploiter maintenant des ressources inaccessibles avant 1973. Et on pourra sans doute à l’avenir produire des ressources non exploitables aujourd’hui. Le taux de récupération du pétrole dans les gisements existants a fortement augmenté. S’il passe de 35 % à 50 %, cela entraîne un quasi-doublement des réserves.

Le ralentissement de la croissance mondiale peut-il changer la donne ?

Une dégradation forte et durable de l’économie mondiale aurait évidemment un impact sur le prix du pétrole. Ce n’est pas le cas actuellement. Le ralentissement de la croissance dans les pays développés, notamment aux Etats-Unis, se traduit par un recul de la consommation, mais il est, pour le moment, compensé par l’augmentation de la demande des pays émergents et des pays producteurs. Quant à l’inflation, on n’assiste pas jusqu’à présent aux dérapages des années 1970. La situation la plus dramatique est celle des pays pauvres.

Quelle est la marge de manoeuvre des gouvernements ?

Il doivent agir dans la durée. Il n’y a pas de solution miracle pour résoudre les défis énergétiques et environnementaux auxquels le monde est confronté. Il faut mobiliser toutes les solutions, les économies, mais aussi les autres sources d’énergie. Toutes les filières ont des avantages et des inconvénients et ont leur rôle à jouer. Pour favoriser l’émergence de solutions alternatives, il faut maintenir un signal de prix cohérent avec les perspectives d’une énergie chère et les préoccupations de lutte contre le changement climatique. La vérité des prix est nécessaire pour que changent les habitudes et les comportements. Il est aussi nécessaire de mettre en oeuvre des politiques d’accompagnement pour les activités économiques et les populations les plus affectées par l’énergie chère.

Propos recueillis par Eric Leser et Jean-Michel Bezat

ELECTIONS AMERICAINES:le face à face Démocrates/Républicains,enfin…

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Après la victoire de B.Obama Le Monde jeudi 5 juin 2008

Historique!

L’un des arguments qu’une partie de la droite distille, à mots plus ou moins couverts, contre Barack Obama, est qu’il n’est pas vraiment américain. D’ascendance à moitié étrangère, élevé quelques années en Indonésie, avec un premier prénom africain et un second arabe, sa vision de l’Amérique serait celle des autres, du reste du monde, des “aliens”. Ces nativistes ne voient pas ce que tous les médias des Etats-Unis chantent depuis hier : un Noir candidat à la Maison Blanche, c’est “historique”! Et s’il y a bien une chose qui plaît par-dessus tout aux Américains, c’est de penser qu’ils font l’histoire. Patrick Jarreau

 

 

 

Obama-McCain, la bataille commence John McCain et Barack Obama, en janvier 2007 au Sénat à Washington| AP La campagne pour l’élection présidentielle du 4 novembre a commencé, mercredi, après la victoire de Barack Obama aux primaires démocrates, avec un premier sondage, pour CBS, qui place le sénateur de l’Illinois 8 points devant John McCain. Le candidat républicain a proposé de nouveau à son adversaire une série de débats publics, une idée qui lui est venue, selon Newsweek, en regardant un documentaire de HBO, il y a deux ans, sur Barry Godwater, candidat républicain en 1964. Interrogé sur ABC, Obama s’est dit d’accord pour ces “débats d’hôtel de ville”, comme ils sont appelés là-bas. Le San Francisco Chronicle y voit un pari risqué, car de tels face-à-face pourraient “mettre en valeur la force du républicain et mettre en évidence les faiblesses d’Obama”. McCain est déjà passé à l’attaque en s’emparant du slogan du démocrate, “le changement dans lequel nous pouvons croire” pour se présenter, lui, comme “un dirigeant en qui nous pouvons croire”, rapporte l’Associated Press. Avantage financier au démocrate Dans la compétition entre les deux candidats, Obama a l’avantage d’avoir récolté trois fois plus d’argent que McCain, 265 millions de dollars contre 90 millions - 172 millions d’euros contre 58 millions -, souligne le Los Angeles Times, qui s’attend à ce que le démocrate “laisse tomber le financement fédéral, son calendrier et ses plafonds”. Le quotidien de Los Angeles explique aussi que la bataille va se livrer surtout dans des Etats qui ont voté pour George Bush en 2004 et où Obama a attiré beaucoup d’électeurs, dans les primaires démocrates, cette année. L’un de ces Etats est la Virginie, où le Times-Dispatch de Richmond a fait un “micro-trottoir” dans les rues de la capitale.

 

Hommage de George Bush

La désignation de Barack Obama comme candidat démocrate, maintenant certaine, a été saluée par George Bush et par Condoleezza Rice. Elle-même africaine-américaine, la secrétaire d’Etat s’est réjouie de “cette expression extraordinaire du fait que “Nous , le peuple” [premiers mots de la Constitution] commence à signifier: nous tous.”

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“Quand Obama s’élève, ‘Jim Crow’ tombe”, écrit le Philadelphia Inquirer, se référant au personnage de farces racistes dont le nom était donné aux lois de ségrégation. The Advocate, journal de Stamford, dans le Connecticut, donne la parole à des responsables de la communauté noire “extasiés” par la victoire d’Obama. Le Rocky Mountain News de Denver, dans le Colorado, recense des avis plus partagés, un de ses lecteurs reprochant aux super-délégués démocrates d’avoir choisi “le candidat le plus à gauche et le moins qualifié”.

Hillary Clinton: et maintenant?

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La défaite d’Hillary Clinton, convaincue par les dirigeants démocrates de se rallier à Barack Obama, selon USA Today, provoque de l’amertume chez ses partisans. Certains d’entre eux ont lancé un site Internet appelant à soutenir McCain, indique Wired. Pourrait-elle devenir la colistière d’Obama ? Politico pèse le pour et le contre. Bloomberg croit savoir que la campagne d’Obama pourrait éponger les 20 millions de dollars (13 millions d’euros) de dettes de celle de son ex-rivale.

Regard sur l’Amérique Obama, le meilleur fils de l’Indonésie

Obama, notre ancien voisin est le fils et l’ami de tout le monde ici en Indonésie, où le candidat démocrate a passé une partie de son enfance, écrit le quotidien The Jakarta Post dans son éditorial. Fierté et confiance sont les deux sentiments qu’ont ressentis les Indonésiens lorsqu’ils ont appris la victoire d’Obama dans la course à l’investiture démocrate. Mais attention à la paranoïa anti-musulmane aux Etats-Unis. Les Américains sont-ils prêts à élire un Africain-Américain ? En cas de victoire, Obama sera totalement différent de l’arrogant Bush. Savoir maintenant si la réalité sera à la hauteur de nos attentes, pour les Indonésiens, cette question n’a pas de sens.

FRANCE:racisme et intolérance…

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Nouvelle profanation de tombes musulmanes

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LE MONDE | 07.04.08 

La profanation de 148 tombes musulmanes, dimanche 6 avril, à l’aube, dans le cimetière militaire de Notre-Dame de Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), a suscité une indignation générale.

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a dénoncé un acte relevant “du racisme le plus inadmissible qui soit”. La garde des sceaux, Rachida Dati, personnellement visée par des inscriptions insultantes sur des stèles, a jugé que cet “acte odieux (…) attaque les valeurs de la République”.

Les tombes ont été recouvertes d’insultes à caractère raciste, nazi et islamophobe. Une tête de porc ensanglantée a été déposée sur l’une d’entre elles.Une cinquantaine de tombes musulmanes de ce cimetière avaient déjà été profanées en avril 2007. Les auteurs, trois jeunes hommes de la mouvance skinhead, ont été condamnés à des peines de prison ferme. Lors du procès, en mai, le procureur d’Arras avait souhaité que “la sanction soit un exemple pour tous les nazillons de leur espèce.

La répétition des dégradations visant des lieux musulmans, cimetières ou mosquées, est un phénomène récent.

C’est à partir de 2003 que les principales affaires apparaissent : en octobre, une soixantaine de tombes musulmanes sont vandalisées dans le cimetière de Thiais (Val-de-Marne). En 2004, une série de profanations touche les carrés musulmans de plusieurs cimetières alsaciens, tandis que deux mosquées sont incendiées en Haute-Savoie.

Liés au climat général induit par les attentats du 11 septembre 2001, ces actes semblent aussi concomitants à l’émergence de nouvelles revendications de la communauté musulmane, portées notamment par le Conseil français du culte musulman (CFCM), mis en place en 2003.

Depuis, régulièrement, des mosquées sont prises pour cible. Entre 2005 et 2007, vingt-cinq lieux de culte auraient été dégradés, selon l’Observatoire du collectif contre l’islamophobie en France.

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Face à cette “recrudescence”, le Conseil régional du culte musulman (CRCM) de Rhône-Alpes a demandé, dimanche, la création de “cellules régionales de veille et de suivi des incidents islamophobes”. Les auteurs de profanations sont en général rapidement interpellés et condamnés à des peines de prison ferme.

Stéphanie Le Bars

Mémoire souillée

LE MONDE | 07.04.08 

Ce qui s’est passé à la nécropole militaire de Notre-Dame-de-Lorette, près d’Arras (Pas-de-Calais), dans la nuit de samedi à dimanche, est au-delà des mots et de l’émotion. Et pourtant, les mots, il faut les écrire comme ils ont été écrits, les lire comme ont pu les lire tous les musulmans de France, à peine connu l’acte honteux. Des lettres noires sur les stèles blanches du carré musulman tournées vers La Mecque. “Fuck les Rebeux”. “Fuck Mahomet”. Des insultes ordurières à l’encontre de la ministre de la justice, Rachida Dati, traitée de “salopri” et pis encore.

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Des croix gammées, des croix celtiques. Une demi-tête de porc sanguinolente pendue à une tombe et l’expression “hallal” - viande tuée selon le rite musulman - sur le nom d’un soldat maghrébin mort pour la France. La signature du “White Power”.

Cette haine qui revient au même endroit à un an de distance comme un printemps noir, il faut la condamner. Pour les morts d’abord. Pour leur mémoire souillée. Pour le respect dû à ces jeunes d’Afrique du Nord dont le sang, impur aux yeux de leurs lâches profanateurs, a généreusement abreuvé nos sillons face à l’ennemi des deux grandes guerres.

Mais penser aux morts, laver leur honneur comme a tenté de le faire avec dignité l’ensemble de la classe politique, c’est aussi et surtout penser aux vivants. A ceux qui souffrent aujourd’hui, dans la France de 2008, d’un faciès un peu trop mat, d’un patronyme un peu trop de “là-bas”.Il y a une semaine à peine s’achevait le Forum de Paris, un événement de premier plan tout entier tourné vers l’Union pour - ou de - la Méditerranée, chère au président Sarkozy. Il s’agissait de reposer les bases d’un destin commun entre les deux rives de cette “mer entre les terres”. Il s’agissait de s’écouter, de se respecter, tant il est vrai que bien des hommes d’Afrique du Nord, par nécessité, traversent la Méditerranée. Tant il est vrai aussi que la Méditerranée, par notre histoire et notre géographie, traverse chacun d’entre nous comme un sang bleu, un titre de noblesse, une origine certifiée. Ce vivre ensemble, il faut sans concession le consolider, l’affirmer, le défendre. Surtout contre la bêtise abjecte.

Eric Fottorino

Quatre interpellations après la profanation de tombes musulmanes près d’Arras

LEMONDE.FR avec AFP | 08.04.08 

Quatre jeunes ont été interpellés, lundi 7 avril, et étaient entendus mardi dans le cadre de l’enquête sur la profanation de 148 tombes musulmanes dans le cimetière militaire Notre-Dame-de-Lorette à Ablain-Saint-Nazaire, près d’Arras, a-t-on appris de source proche de l’enquête.

Ces jeunes pourraient être liés à la mouvance skinhead, la même que celle à laquelle appartenait trois jeunes condamnés pour des faits similaires commis au même endroit il y a un an. Interrogé par l’AFP, le chargé de communication de la gendarmerie de la région Nord - Pas-de-Calais, le capitaine Jacky Lefort, n’a “pas démenti” ces informations. Le procureur de la République d’Arras, Jean-Pierre Valensi, n’a de son côté pas souhaité communiquer “pour ne pas nuire au bon déroulement de l’enquête”.

Les inscriptions injurieuses, découvertes dimanche matin dans ce cimetière militaire, visaient directement l’islam et insultaient gravement Rachida Dati, la garde des sceaux. Une tête de porc avait également été pendue à l’une des tombes. Cette nouvelle affaire de profanation a suscité une condamnation unanime des responsables politiques de tous bords ainsi que des responsables religieux et des milieux associatifs.Inauguré en 1925, le cimetière est un jardin de 13 hectares, planté de croix, commémorant notamment les combats de 1915, à l’un des endroits les plus disputés du front occidental au début de la première guerre mondiale. 40 000 combattants environ y reposent dont la moitié dans des tombes individuelles. Le carré musulman compte 576 tombes orientées vers La Mecque.

La précédente profanation avait été commise dans la nuit du 18 au 19 avril 2007 : 52 tombes du carré musulman avaient été couvertes d’inscriptions nazies, de croix gammées et celtiques. Les auteurs, deux jeunes hommes de 18 et 21 ans, avaient été condamnés en mai à deux ans de prison, dont un ferme, et un mineur de 16 ans à sept mois de prison dont cinq mois et demi avec sursis. Ils avaient depuis fait l’objet d’une libération anticipée.

FRANCE:sectes ,quelles pratiques,quelle tolérance ?

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La Mission interministérielle sur les dérives sectaires pointe les nouvelles techniques de manipulations des sectes

AFP | 03.04.08

Les “faux souvenirs induits”, la “vente multiniveaux”, certaines techniques de coaching en entreprise… Autant de pratiques recensées dans le dernier rapport 2007 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), publié jeudi 3 avril

Il s’agit du 5e rapport annuel de la Mission, au cœur d’une polémique le mois dernier, après les propos de la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, estimant que hormis ce travail annuel, “la Miviludes ne fait rien”.

Le rapport fait également le point sur les techniques de lobbying des sectes auprès des organismes internationaux, à partir de l’exemple de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), et sur le phénomène du satanisme qui concernerait de près ou de loin environ vingt-cinq mille personnes en France, dont 80 % de moins de 21 ans.

Il pointe aussi le néochamanisme et l’usage d’une substance, le datura, plante courante aux fleurs très parfumées et réputée toxique, qui tend à remplacer l’iboga, inscrit au tableau des stupéfiants.

MANIPULATION PAR LE “FAUX SOUVENIR INDUIT”
“Les sectes évoluent mais elles sont toujours là”, estime Jean-Michel Roulet, président de la Miviludes, qui souligne qu’à partir de 2000, elles se sont “engouffrées” dans le domaine de l’accomplissement de soi, les unes dans l’humanitaire, les autres dans les techniques de “recherche de son moi profond”.

Le travail sur la mémoire est une des bases de la psychanalyse, en revanche “le ‘faux souvenir induit résulte de techniques d’autosuggestion ou d’une influence indue qu’exercent certains thérapeutes”. Ceux-ci “manipulent” le patient en l’amenant à se rappeler des abus – souvent à caractère sexuel – subis dans la petite enfance qui constituent le “syndrome du faux souvenir induit”, dévastateur pour le patient lui-même et pour sa famille. Le phénomène est apparu aux Etats-Unis dans la seconde moitié du XXe siècle et “se développe de manière inquiétante en France”.

C’est aussi au nom de la “sujétion de l’individu” que la Miviludes s’est intéressée à la “vente multiniveaux”, qui consiste à proposer des produits ou services, le plus souvent liés au bien-être, et à convaincre les acheteurs de devenir vendeurs à leur tour. Ils n’ont pas de contrat de travail, sont rémunérés au pourcentage, et les plus convaincus finissent par quitter leur travail et ne plus fréquenter que les membres du réseau.

MOUVANCE SECTAIRE DANS L’ENTREPRISE ET À L’INTERNATIONAL
Autre risque d’embrigadement avec l’application au coaching en entreprise de la théorie des “constellations systémiques”, inventée par l’Américaine Virginia Safir à partir de l’observation des tribus en pays zoulou : le groupe – en l’occurrence l’entreprise – fonctionne comme un corps biologique où chacun a un rôle précis. Une des dérives est de considérer que chacun fait partie du groupe et que c’est au groupe de tout décider pour lui.

Le rapport 2007 consacre un chapitre à la “stratégie d’influence de la mouvance sectaire à l’international”, notamment auprès de l’OSCE et particulièrement d’un de ses organismes, le BIDDH (Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme). Plusieurs mouvements – la Miviludes cite la scientologie, les raéliens et les témoins de Jéhovah – viennent y dénoncer la lutte contre les dérives sectaires au nom des atteintes à la liberté religieuse. Toutes les interventions étant publiées, elles ont de ce fait une diffusion et une respectabilité assurées.

Une autre technique est de mettre en cause les acteurs de la lutte contre les dérives sectaires, en visant les personnes elles-mêmes ou en mettant en cause le bien-fondé des subventions dont elles bénéficient.

Ce rapport a été remis mercredi au premier ministre, dont dépend la Miviludes.

ETATS-UNIS et intolérance…

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Les “groupes de haine” se multiplient aux Etats-Unis

LE MONDE | 03.04.08

Alors que les Etats-Unis s’apprêtent à honorer la mémoire de Martin Luther King, à l’occasion du 40eanniversaire de son assassinat le 4 avril à Memphis (Tennessee), le Southern Poverty Law Center (SPLC) a publié une enquête montrant un accroissement de 48% depuis 2000 du nombre de groupes incitant à la haine raciale.

Le révérend Martin Luther King lors de son allocution sur les droits civiques à Washington, le 28 août 1963. AP

Le révérend Martin Luther King lors de son allocution sur les droits civiques à Washington, le 28 août 1963.


Fondé en 1971 à Montgomery (Alabama) par le juriste Morris Dees pour défendre en justice les militants des droits civiques, le SPLC publie chaque année un rapport sur les groupes extrémistes américains qui fait autorité. Pour l’année 2007, il dénombre 888 groupes. Aux classiques néo-nazis viennent désormais s’ajouter les mouvements anti-Latinos.Selon le SPLC, l’augmentation est due à la création de nouveaux groupes anti-immigrants. Les agressions racistes contre les Latinos ont augmenté de 35% entre 2003 et 2006. Le mouvement blâme les hommes politiques et certains médias qui ont fait un fonds de commerce de la dénonciation du coût des clandestins pour le système de santé ou d’éducation.

Parmi les exemples, le centre cite l’Emigration Party of Nevada selon qui “l’Amérique est détruite de l’intérieur par une version moderne de l’armée de Gengis Khan”. Les groupes radicaux croient généralement à un plan pour fondre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique dans un seul pays (cette crainte n’est pas l’apanage des marginaux : les Assemblées de 18 Etats ont passé des résolutions s’y opposant par avance).

Mark Potok, l’éditeur du rapport (Intelligence Report), se félicite cependant de ce que l’immigration ait cessé d’être considérée comme un thème porteur par les républicains, ceux-ci ayant choisi un candidat, John McCain, plutôt modéré sur le sujet. “Il apparaît que les Américains, au moins pour l’instant, rejettent la démonisation raciste au profit d’une discussion rationnelle sur le sujet”, estime-t-il.

Le rapport indique d’autre part que le Ku Klux Klan, qui s’est lui aussi reconverti dans la dénonciation des immigrants, a décliné en 2007 après cinq années de croissance (155 groupes locaux contre 165 en 2006). Il s’inquiète de l’apparition d’un groupe anti-homosexuels virulent (Watchmen on The Walls), d’origine slave. Enfin un nouveau groupe de Black Panthers (non lié au mouvement originel) s’est créé et a organisé un sommet du “pouvoir noir” en octobre, à Atlanta.

Corine Lesnes

ETATS-UNIS:les Américains et le contrôle des armes à feu

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ÉTATS-UNIS INTERPRÉTATION DU 2E AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION

L’examen par la Cour suprême du droit de porter des armes à feu divise les Américains

LEMONDE.FR | 19.03.08

ÉTATS-UNIS INTERPRÉTATION DU 2E AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION

Pour la première fois depuis soixante-neuf ans, la Cour suprême des Etats-Unis a examiné, mardi 18 mars, une affaire concernant le droit des Américains à porter des armes à feu. Les neuf juges ont entendu le recours introduit par un particulier contre la ville de Washington, qui a l’une des législations les plus rigoureuses du pays en matière de contrôle des armes.Leur décision, qui sera rendue en juin, est très attendue : l’interprétation du 2e amendement de la Constitution reste un objet de controverse. Pour les uns, cet amendement constitue la reconnaissance du droit individuel de chaque Américain à posséder des armes. Pour d’autres, il ne traduit qu’un droit collectif s’appliquant seulement aux “milices” évoquées dans ce texte de 1789.Depuis 1976, les armes de poing sont interdites dans la capitale fédérale (580 000 habitants). (…)

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Pendant l’audience, les juges ont semblé pencher majoritairement en faveur du droit individuel des habitants à posséder des armes. (…)Les partisans des armes se sont beaucoup investis dans cet épisode judiciaire. Fait rarissime, le vice-président Dick Cheney a pris publiquement (…)position (…)

(…) 59% des Américains soutiennent une législation comparable à celle en vigueur à Washington (où elle est appuyée par 76% des résidents) (…). Les trois prétendants à l’élection présidentielle sont “tous des avocats convaincus du contrôle”, a-t-il dit, y compris le républicain John McCain. “Cette année, la NRA (le lobby des armes à feu) a du mal à trouver un candidat qui partage ses vues”(…)

Corine Lesnes

LIBERATION

 Aux Etats-unis, la guerre du feu est repartie

Le débat sur la législation des armes refait surface, mais le lobby des proarmes de la NRA reste très puissant.

Par Fabrice ROUSSELOT

QUOTIDIEN : mercredi 18 avril 2007

Au début de l’année, l’incident avait plutôt fait sourire la presse américaine. Un assistant du sénateur démocrate de Virginie, Jim Webb, s’était fait arrêter par la police à Washington. Il avait tout simplement tenté d’introduire l’une des armes personnelles du sénateur au Capitole…

En Virginie, comme dans beaucoup d’autres Etats du Sud américain, les armes à feu font partie du paysage. La législation sur les armes est l’une des plus permissives du pays. Un mineur par exemple ne peut acheter une arme de poing ou un fusil d’assaut, mais il peut acquérir n’importe quoi d’autre. De même si l’Etat impose un contrôle des antécédents judiciaire ou psychiatrique pour les armes neuves, l’achat d’armes d’occasion est sans restriction aucune pour les plus de 18 ans…

Depuis la tragédie de Columbine en avril 1999, la polémique sur le contrôle des armes revient de façon récurrente aux Etats-Unis, mais la loi ne change pas, tant au niveau fédéral qu’au niveau des Etats.

Le débat est largement verrouillé par la NRA (National Rifle Association), qui depuis sa création en 1871 s’est imposée comme l’un des plus importants lobbies outre-Atlantique. Avec ses quatre millions de membres et ses dizaines de millions de sympathisants, la NRA pèse sur tous les scrutins du pays.

 http://www.leblog-politique.fr/wp-content/uploads/Frederique/NRA.jpg

 La réalité est qu’aujourd’hui, à Washington ou ailleurs, il est quasi impossible de se faire élire sans son soutien(..).George W. Bush (…) s’est largement appuyé sur la NRA pour son accession au poste de gouverneur du Texas, puis dans sa course à la Maison Blanche. (…P)as question de revoir la législation sur les armes.Mais même si la NRA ne cache pas ses sympathies républicaines, son influence va bien au-delà. En 2004, John Kerry, le candidat démocrate à la présidence, n’avait pas hésité à poser en tenue de chasseur, armes à la main, pour ne pas s’aliéner l’industrie des armes. Avant lui, Al Gore et Bill Clinton avaient fait de même.(…)

La NRA n’a pas bougé sa position d’un iota. Elle s’est une nouvelle fois réfugiée derrière le deuxième amendement de la Constitution, qui garantit aux citoyens «le droit de garder et de porter des armes». Et a même suggéré que si les étudiants avaient disposé d’armes sur le campus, ils auraient pu se défendre(…Seul) Barack Obama, (…)candidat à la Maison Blanche pour 2008 a estimé qu’il fallait peut-être se pencher sur les «moyens de prévenir ce genre de tragédie».

«Le gouvernement américain protège l’industrie des armes»

ENTRETIEN • Benoit Muraciolle, chercheur pour Amnesty International et responsable de la campagne “control arms”, dénonce l’administration Bush .

Par Grégory ONILLON - LIBERATION.FR : mardi 17 avril 2007

Sur la législation des armes à feu aux Etats Unis, la situation a-t-elle changé depuis Columbine ?
(…)en 2002, l’administration Bush a refusé un projet de loi sur le marquage des munitions permettant une traçabilité dans l’usage des armes à feu, Ensuite il y a eu le vote d’une loi rejetant toute responsabilité de l’industrie des armes, aucune plainte ne peut être désormais adressée aux constructeurs d’armes(…) Le gouvernement américain protège l’industrie des armes et continue de se montrer peu clair pour reconnaître la causalité entre la violence et les armes à feu.

Est-il facile de se procurer une arme ?
En Virginie,(…) il est possible d’acheter une arme à partir de 12 ans, ceci sans l’accord des parents. Aux Etats Unis, des études montrent que 70% des armes passent dans un réseau illégal dans les 3 ans qui suivent leur acquisition. La législation sur l’acquisition d’une arme peut différer d’un état à l’autre et il y a de nombreuses lacunes dans l’application de ces lois.

Le lobby des armes est-il toujours puissant aux Etats-Unis ?
La NRA (National Rifle Association) affiche 4 millions de membres à travers les Etats Unis. Elle agit comme un lobby puissant au niveau politique. (. ..)En 2006, 153 gouvernements ont apporté leur soutien à la proposition d’un traité international visant à interdire les transferts d’armes qui alimentent les conflits, la pauvreté et les graves atteintes aux droits humains. Seuls les États-Unis ont voté contre. La NRA a fait pression sur le gouvernement américain pour la non ratification de ce traité.

Vous pensez que la situation peut évoluer ?
Pour changer la situation, il faudrait améliorer l’encadrement et le suivi des porteurs d’arme. On peut prendre l’exemple de l’Australie et du Canada qui, suite à un durcissement de la législation et à une opération de sensibilation sur les armes, ont vu une baisse des homicides par arme a feu de deux tiers.
 (…) Le plus urgent est de changer les lois et de pratiquer une sensibilisation sur le sujet. Il y a toujours 30.000 morts par an aux Etats Unis à cause des armes à feu.

32 personnes ont été abattues sur le campus de Virginia Tech.
32 personnes ont été abattues sur le campus de Virginia Tech.AP

EUROCLES.COM

Les USA condamnés à subir la violence des armes à feu ? [02-11-2006]

par Bernd Debusmann
WASHINGTON, 2 novembre (Reuters) - En marge de l’”American way of life”, il faudrait probablement évoquer une façon propre aux Américains de mourir. Plus de 30.000 personnes sont tuées chaque année aux Etats-Unis par des armes à feu, dans des circonstances accidentelles, des suicides ou des meurtres.
Or rien ne laisse penser que cette moyenne de 82 décès par jour diminuera à court terme.
A l’approche des élections de mi-mandat, le débat sur le contrôle des armes à feu a été brièvement relancé par une série de fusillades dans des écoles.
Le 2 octobre dernier, dans une école de Pennsylvanie appartenant à la communauté amish, un homme de 32 ans a méthodiquement tué d’une balle dans la tête cinq jeunes filles et en a blessées cinq autres avant de se donner la mort. Dans le Missouri, un jeune de 13 ans a pointé un AK-47 contre un responsable et des étudiants avant de tirer au plafond.
Lors d’une conférence organisée à la hâte à la Maison blanche sur la sécurité dans les écoles, des spécialistes ont évoqué la délinquance à l’école, la nécessité de promouvoir les valeurs religieuses ou la bonne communication entre les parents et les écoles mais aussi l’installation de détecteurs de métaux.
Le mot “arme” n’a pas été prononcé une seule fois avant qu’un jeune n’alerte le panel rassemblé autour de l’Attorney General (ministre de la Justice) Alberto Gonzales: le dénominateur commun entre toutes les tueries, a-t-il dit, c’est la facilité avec laquelle on peut se procurer des armes à feu aux Etats-Unis.
George Bush et sa femme ont assisté à d’autres tables rondes, et soigneusement évité d’aborder la question des armes.

200 MILLIONS D’ARMES EN CIRCULATION
“L’administration Bush s’oppose totalement à l’évocation du rôle crucial que jouent les armes dans les violences scolaires”, estime Kristen Rand, du Centre sur les politiques contre la violence, qui milite pour le contrôle des armes mais qui n’avait pas été conviée à la conférence de la Maison blanche.
(…)Le département américain de la Justice évalue à plus de 200 millions le nombre d’armes en circulation dans la sphère privée aux Etats-Unis. Ce chiffre, le plus élevé au monde, grossirait de plusieurs millions chaque année.
Ces sept dernières années, la production annuelle de pistolets, de revolvers et de fusils à destination du marché civil américain a oscillé entre 2,6 millions et plus de trois millions, selon les chiffres du Bureau des alcools, des armes à feu, du tabac et des explosifs.
“Le niveau des violences mortelles aux Etats-Unis est totalement déconnecté de celui des autres nations industrielles”, souligne David Hemenway, directeur du Harvard Injury Control Research Center.”Le fait que la majorité des violences mortelles implique des armes à feu accrédite l’hypothèse selon laquelle la multiplication des armes est une raison première.”
Cette hypothèse largement acceptée est contestée avec véhémence par les défenseurs du libre accès aux armes, au premier rang desquels l’Association nationale pour les armes à feu (NRA) qui se réfugie derrière le deuxième amendement pour affirmer que tout citoyen a le droit de posséder une arme.
“Ce ne sont pas les armes qui tuent les gens”, affirme la NRA. “Ce sont les gens qui tuent les gens.”(…)
La NRA, dont l’influence est énorme à Washington, se prononce traditionnellement sur les candidats aux élections locales et nationales sur le seul critère de leur position relative au droit de posséder une arme.
Le lobbying intense de la NRA lui a valu un certain nombre de victoires sur les associations pour le contrôle des armes. Ainsi en 2004, le Congrès a voté la suspension de l’interdiction de posséder des armes d’assaut, de la catégorie de l’AK-47 utilisé lors de la fusillade dans l’école du Missouri.
“Il est évident que les deux dernières années représentent une des meilleures législatures pour les propriétaires d’armes”, a fait savoir en octobre la NRA dans un message à ses quatre millions de membres. “Nos efforts et nos victoires doivent être protégées.”
 (…)Le bilan annuel des morts par armes à feu aux Etats-Unis est dix fois supérieur au chiffre cumulé des pertes militaires américaines en Irak et en Afghanistan(…)Les statisticiens jugent le parallèle hasardeux. Il a pourtant déjà été dressé par le passé. C’était par l’ancien président George H.W. Bush au sortir de la Guerre du Golfe.
“Au cours des trois premiers jours de l’offensive terrestre, davantage d’Américains ont été tués dans les villes américaines que sur l’ensemble du front koweïtien”, avait-il dit. “Pensez-y! Un de nos courageux garde nationaux était peut-être davantage en sécurité au coeur de la plus grande offensive blindée de l’histoire que dans les rues de sa ville natale.”
La remarque date de 1991, année où le nombre d’homicides avait atteint le nombre record de 24.700. Il a depuis décliné progressivement pour se stabiliser l’année dernière en-dessous de 17.000. Dans 66% des cas, des armes à feu étaient en cause.
“On note des signes d’évolution des comportements liés aux armes, notamment chez les jeunes”, observe Kristen Rand, du Centre sur les politiques contre la violence. “Mais le changement sera lent, sans doute sur les 20 ou 30 prochaines années.” /JCL

ALLEMAGNE,islam,tolerance…

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L’islam devrait rejoindre (un jour!) les autres religions au programme des écoliers allemands

LE MONDE | 18.03.08

L’introduction d’un cours de religion islamique dans les écoles publiques semble désormais incontournable en Allemagne. Le 13 mars, la Conférence sur l’islam, qui réunit depuis l’automne 2006 une trentaine de représentants des pouvoirs publics allemands et des organisations musulmanes ainsi que des personnalités indépendantes favorables à un islam sécularisé, s’est prononcée en faveur de l’instauration d’un tel enseignement en allemand.

“Nous sommes d’accord pour dire qu’il faut suivre ce chemin”, a déclaré le chrétien-démocrate Wolfgang Schäuble, ministre fédéral de l’intérieur, qui préside cette commission. Néanmoins, il va s’écouler encore quelques années avant que ce projet puisse aboutir.Alors que la Constitution allemande prévoit des cours de religion à l’école, les petits musulmans ne peuvent pas en bénéficier contrairement à leurs camarades catholiques, protestants, orthodoxes ou juifs. Les organisations musulmanes le réclament depuis plusieurs années et accusent l’Etat de mettre de la mauvaise volonté. Pour se justifier, les autorités soulignent l’absence d’une organisation représentative. Le système fédéraliste, qui délègue les questions d’école aux Länder (les régions allemandes), complique un peu plus ce débat.

FORMATION DES ENSEIGNANTS

Ces dernières années, en réaction aux nombreuses polémiques sur l’échec de l’intégration des populations d’origine turque, plusieurs Länder, tels que la Rhénanie du Nord-Westphalie ou la Basse-Saxe, ont mis en place des projets pilotes.

En parallèle, les représentants des musulmans tentent de s’organiser dans l’espoir d’obtenir le même statut que les Eglises chrétiennes. En avril 2007, les quatre principales organisations musulmanes, le conseil de l’Islam (Islamrat), le conseil central des musulmans (ZMD), l’union turque islamique des affaires théologiques (Ditib) et l’association des centres culturels islamiques (VIKZ) se sont regroupés au sein d’un conseil de coordination (KRM).

D’après les chiffres communiqués par le KRM, les quatre organisations représentent 2 000 mosquées sur un total de 2 900 outre-Rhin. Toutefois, les autorités doutent que cette fédération soit représentative des 3,3 millions de musulmans vivant en Allemagne. En effet, selon les estimations du ministère de l’intérieur, seuls 10 % à 15 % des musulmans font partie des associations de mosquées.

Aussi, pour être reconnu comme partenaire dans l’élaboration d’un cours de religion islamique, les musulmans devront former des communautés religieuses dans chaque région. “A la différence des organisations du KRM, une telle communauté a pour objectif et contenu la pratique religieuse”, souligne-t-on au ministère de l’intérieur.

Autre difficulté, la formation des enseignants. Pour l’instant, seules quelques universités allemandes proposent le cursus nécessaire. De plus, toutes les régions ne sont pas favorables à l’instauration d’un cours de religion islamique.

Cécile Calla

INTOLERANCE religieuse:l’Algérie,l’Islam,les Chrétiens…

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En Algérie, le harcèlement par les autorités des Eglises chrétiennes s’accentue

LE MONDE | 18.03.08

La pression contre les Eglises chrétiennes s’accentue en Algérie. Deux Eglises protestantes actives en Kabylie ont été sommées par la préfecture de Tizi-Ouzou de “cesser toute activité” jusqu’à ce qu’elles se mettent en conformité avec la loi de 2006 qui régit la pratique des cultes non musulmans, a-t-on appris, dimanche 16 mars.

La Nouvelle Ville et Tafath (Lumière), qui regrouperaient un millier de membres, n’ont pas suspendu leur activité. Le président de l’Eglise protestante, le pasteur Mustapha Krim, conteste une application rétroactive de la loi. “Notre existence remonte à dix ans et nous possédons un agrément”, a-t-il indiqué. “Nous allons épuiser toutes les voies de recours, quitte à aller devant la justice pour que nous puissions pratiquer notre confession”, a-t-il expliqué.Ce nouvel épisode confirme la volonté des autorités de contrôler sévèrement les activités des églises chrétiennes. Signe de ce durcissement, l’ancien président de l’Eglise protestante d’Algérie, Hugh Johnson, avait été invité à quitter le pays, où il réside depuis quarante-cinq ans. Mesure suspendue, au grand soulagement de la communauté chrétienne, à la suite de la saisine du Conseil d’Etat.

La loi du 28 février 2006 restreint les conditions de la pratique des cultes non musulmans et prévoit des peines d’emprisonnement de deux à cinq ans et des amendes de 5 000 à 10 000 euros contre toute personne qui “incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion”.

Les mouvements évangéliques, regroupés au sein de l’Eglise protestante, sont dans le collimateur des autorités, mais la pression s’étend à l’Eglise catholique, qui regroupe surtout des expatriés et n’est pas suspectée d’activité prosélyte. Un prêtre catholique, Pierre Wallez, a été condamné en vertu de cette loi, fin janvier, à un an de prison avec sursis pour avoir animé un culte auprès de migrants clandestins camerounais.

Le dynamisme des mouvements évangéliques qui gagnent des adeptes parmi les nationaux suscite, en revanche, depuis au moins trois ans, de vives polémiques.

Le courant évangélique est accusé de pratiques “agressives” contre l’islam. Certains journaux propagent la rumeur selon laquelle la somme de 5 000 euros serait versée à ceux qui réussissent à convertir un musulman. L’essor des évangéliques, réel mais surdimensionné par la presse, trouble les Algériens sans que cela ne donne lieu pour l’instant à des incidents.

Ce sont surtout les religieux traditionalistes qui se sont mobilisés pour demander à l’Etat de sévir contre les évangéliques suspectés de visées politiques. Le ministre des affaires religieuses, Bouabdallah Ghlamallah, n’a pas de mots assez durs pour fustiger, ces “hors-la-loi” dont le but est de constituer une “minorité pour favoriser l’ingérence étrangère dans les affaires intérieures”.

La Constitution algérienne fait de l’Islam la religion de l’Etat, mais elle assure également la liberté de conscience et de culte.

Amir Akef

CHINE:pas de liberté d’expression au Tibet.

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La Chine réprime une manifestation de moines au Tibet

LIBERATION.FR : mardi 11 mars 2008

Pékin confirme et assume. La Chine a réprimé une manifestation de moines lundi à Lhassa, capitale du Tibet.Ils commémoraient le 49e anniversaire du départ forcé du Dalaï Lama, leur chef spirituel.
Pour le le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Qin Gang, il s’agit d’une activité illégale qui a troublé l’ordre public. «Nous continuerons à combattre les activités illégales». Il a réaffirmé que «le Tibet fait partie de la Chine depuis les temps anciens».(…)

Radio Free Asia (…)radio basée aux Etats-Unis, citant des sources anonymes à Lhassa, (annonceque )quelque 300 personnes ont quitté lundi un monastère en direction du palais du Potala, afin de réclamer la libération de moines emprisonnés en octobre après les honneurs américains accordés au Dalaï Lama à Washington.Entre 50 et 60 manifestants ont été arrêtés par les forces de l’ordre. Cependant, 11 personnes ont réussi à protester dans le centre de Lhassa avant d’être arrêtées, selon RFA.

Reuters

Devant ses partisans réunis dans son lieu d’exil à Dharamsala (nord de l’Inde), le Dalaï Lama a violemment dénoncé hier la répression chinoise au Tibet, coïncidant avec le 49e anniversaire de son exil en Inde et à cinq mois des jeux Olympiques de Pékin. «Depuis près de six décennies, des Tibétains vivent en permanence dans la peur et sous répression chinoise.»
Le dignitaire religieux de 72 ans, qui a fui le Tibet en 1959 après l’échec d’un soulèvement anti-chinois, a abandonné ses revendications d’indépendance, se bornant à réclamer «une large autonomie» pour sauvegarder la langue, la culture et l’environnement de ce territoire himalayen.La Chine, qui en a pris le contrôle à partir de 1950 (avant d’y mener une sanglante répression) n’a cessé de rejeter ces demandes qualifiées par le Dalaï Lama de diplomatie de la «voie moyenne».

 

Extension de manifestations de moines tibétains dans l’Himalaya

LEMONDE.FR | 13.03.08

Extension des manifestations au Tibet Plusieurs jours de manifestations Des manifestants tibétains arrêtés par la police indienne La marche des exilés tibétains vers la frontière avec le Tibet Manifestations et arrestations à Katmandou
  Des pélerins bouddhistes à proximité du monastère de Labrang. | AFP/MARK RALSTON

AFP/MARK RALSTON

Des pélerins bouddhistes à proximité du monastère de Labrang.

Des milliers de policiers chinois ont dispersé à coups de gaz lacrymogènes une manifestation de 600 moines tibétains descendus dans les rues de la capitale tibétaine, Lhassa, pour la deuxième fois en trois jours, rapportait, mercredi 12 mars, Radio Free Asia. Les moines venus du monastère de Sera, à Lhassa, scandaient “libérez notre peuple” et reprenaient des slogans en faveur des droits humains et de la liberté, a rapporté un témoin.

Selon Radio Free Asia, financée par le gouvernement américain, les moines bouddhistes réclamaient la libération des manifestants arrêtés lundi, quand 300 des leurs avaient défié les autorités. Cette manifestation de lundi a été présentée par le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères comme “illégale” et “menaçant la stabilité sociale”. Lundi aussi, 400 moines du monastère de Lutsang, dans la province de Qinghai – Amdo en tibétain – ont réclamé le retour au Tibet de leur chef spirituel, le dalaï-lama, qui vit en exil depuis 1959

FRANCE:Mai 1968,bilan aprés 40 ans…

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 A propos de MAI 68.. 1968, la parole libérée. 2008, le pouvoir déboussoléJean-Pierre Le Goff et Jérôme Vidal discutent des vrais apports de Mai 68.

Recueilli par Éric Aeschimann

Libération.fr  QUOTIDIEN : samedi 23 février 2008

Jean-Pierre Le Goff, 58 ans, est philosophe et sociologue. Il a écrit Mai 68, l’héritage impossible (La Découverte) et vient de publier La France morcelée (Folio Actuel). Jérôme Vidal, 37 ans, est le fondateur des éditions Amsterdam et de la Revue internationale des livres et des idées. Il est l’auteur de la Fabrique de l’impuissance. La gauche, les intellectuels et le libéralisme sécuritaire, à paraître en avril.

Mai 68 début d'une lutte prolongée

 

Pourquoi 68 revient-il tous les dix ans comme un leitmotiv obsédant ? Est-ce un mythe ? Un modèle ? Un repoussoir ?

Jean-Pierre Le Goff : C’est un peu tout cela à la fois. La société française oscille entre fascination et rejet, ne parvient pas à trouver la bonne distance, à insérer 68 dans l’histoire. La fascination, c’est d’abord celle d’une génération qui a vécu sa jeunesse comme un moment fort de transgression et qui, depuis, a eu du mal à vieillir. L’imaginaire bloqué sur le passé, une partie de cette génération a saturé l’espace public d’images et de discours - c’est l’effet «arrêt sur images». S’y ajoute une autre génération, celle qui suit, les «héritiers impossibles», qui n’ont pas connu directement l’événement, qui en ont une image mythifiée et se font les gardiens du temple d’un événement qu’ils n’ont pas vécu. Pour ces deux catégories, 68 est une question identitaire, difficile à aborder sans susciter immédiatement un réflexe qui empêche tout recul réflexif et critique : «Ne touchez pas à 68 !» De l’autre côté, il y a le camp des réactifs, des revanchards, qui font de 68 le bouc émissaire de toutes les difficultés d’aujourd’hui. Sarkozy en est un exemple, même si, dans son appel à liquider 68, il y avait une part de calcul politicien. Ces deux grandes tendances ont largement structuré le débat public depuis quarante ans, avec un chantage implicite : «Choisissez votre camp !»

Ainsi 68 est-il devenu au fil des ans un mythe. Les médias y ont largement contribué. La diffusion en boucle d’images de barricades et de charges de CRS donne la fausse impression d’une vraie révolution. Or, s’il y eut 5 morts et 2 000 blessés, si les affrontements furent violents, ils se sont déroulés de façon intermittente. A Paris, les affrontements ont marqué neuf journées. L’essentiel fut «la libération de la parole». On a remis en scène une révolution sur un mode imaginaire, sans faire la révolution. En outre, les médias se sont focalisés sur la réussite d’anciens leaders reconvertis dans la presse ou la politique. À cet égard, Génération , le livre d’Hervé Hamon et Patrick Rotman, est caractéristique. Or, Mai 68 a aussi laissé sur le carreau des gens qui ont vécu l’impasse jusqu’au tragique. Enfin, le discours dominant attribue à Mai 68 des courants qui ne lui appartiennent pas en propre, comme le féminisme, qui n’est venu qu’après - 68 fut assez macho - ou l’écologie. On peut donc parler d’une mise en récit médiatique qui réduit l’événement à une série de clichés.

Jérôme Vidal : Pour commencer, une remarque ironique sur les célébrations de 68 : leur calendrier reflète d’abord les intérêts d’un certain nombre de professionnels, journalistes, éditeurs - dont je suis -, acteurs de la mémoire de 68… Chacun obéit à son propre agenda. Mais ces commémorations n’en restent pas moins l’occasion d’un véritable travail de réflexion et de réappropriation. Les ouvrages publiés sont plus intéressants, la recherche acquiert subtilité et modestie. On sent davantage le souci d’éviter les énoncés définitifs, de montrer le morcellement de l’événement, d’éviter la starisation, de s’intéresser à ce qui s’est passé en province, etc. Une histoire souterraine de Mai 68 et ses vies ultérieures , pour reprendre le titre du livre de l’historienne américaine Kristin Ross, est peu à peu mise au jour. Ce travail se diffuse dans la société et, que ce soit chez les chercheurs ou chez les individus lambda, il me semble que le mythe est en train de régresser, au profit de l’événement pris dans sa complexité. Il est rare aujourd’hui de voir brandir 68 comme un fétiche sacré qu’il faudrait défendre contre l’ennemi, fût-il Sarkozy.

Justement, son appel à «liquider 68» ne prouve-t-il pas la perpétuation d’une France coupée en deux par la question ?

J.V. : Les choses sont plus compliquées. Je crois que son discours s’adressait peut-être moins aux «revanchards» de droite - ce qui, du reste, serait un comble au vu de ce que sa vie privée dévoile de son rapport à la tradition - qu’à un certain électorat de gauche qui, depuis quelques années, charge 68 de tous les maux existants, y compris le néolibéralisme. Les thèses de l’Américain Christopher Lash, pour qui 68 serait le terreau de l’individualisme narcissique et du libéralisme triomphant, ont joué un rôle important dans la montée en puissance de cette «haine de 68» version «de gauche». On en retrouve trace dans la gauche souverainiste, républicaniste ou de certains secteurs de la mouvance antilibérale, y compris dans les milieux libertaires… L’Empire du moindre mal, de Jean-Claude Michéa, paru à la rentrée, en constitue un bon exemple, qui lie critique du libéralisme et dénonciation du supposé individualisme de 68 et des luttes des minorités (ethniques, sexuelles, etc.) qui en seraient la continuation. Cela m’amène à définir à ma façon ce qui relève ou ne relève pas de 68. Jean-Pierre Le Goff a raison de dire que 68, comme événement circonscrit aux mois de mai et juin, ne saurait être qualifié de féministe ou d’écologiste. Mais il y a eu alors la remise en cause d’un certain type de domination, une libération de la parole, et c’est cette rupture qui a produit ses effets plus tard sur des questions diverses, immigrés, prisons, féminisme, comme un jeu de dominos avec des effets à retardement.

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J.-P. L. G. : L’«héritage impossible» traverse la droite et la gauche, comme le montre l’exemple de Nicolas Sarkozy, dont le rapport à l’institution, et pas seulement sa vie privée, est marqué par 68. Je n’irais pas jusqu’à dire que ce qu’on appelle confusément le néolibéralisme est le fruit de la crise culturelle ouverte en 68. Néanmoins, une rencontre a bien eu lieu entre ces deux mouvements de fond, rencontre que je situerais dans les années 80, lorsque la critique soixante-huitarde du pouvoir a fait écho à un certain imaginaire libéral pour qui tout ce qui encadre l’économie est nécessairement négatif. Or, les années 80 sont précisément le moment où, en prenant le tournant de la modernisation, la gauche entreprend de récupérer l’héritage culturel de 68, se met à parler jeune et branché et substitue la question culturelle à la question sociale. Tout cela converge, et il en va de même pour le féminisme et l’écologie. Le féminisme post-soixante-huitard s’amorce quand commence la crise des groupuscules révolutionnaires. Par exemple, le MLF avance des valeurs qui remettent en cause le militantisme sacrificiel, d’abord dans les groupuscules puis dans la gauche tout entière ; mais ce faisant, il fait sauter la distinction vie publique-vie privée, émotion-raison, politique-sentiments. L’avènement de cette subjectivité débridée se comprend sur le moment mais se révélera destructeur pour l’action collective. Quant à l’écologie, le basculement date de 1974, avec la candidature de René Dumont à l’élection présidentielle, porteuse d’une vision catastrophiste à rebours de l’utopie irresponsable mais joyeuse de Mai 68. Si 68 a vu l’échec de son utopie, ses valeurs culturelles se sont progressivement répandues dans la société.

Jean-Pierre Le Goff parle d’«utopie» qui aurait échoué. Peut-on dire que 68 portait un projet politique et, si oui, qu’est-il devenu ?

J.V. : 68 est un événement et le propre d’un événement, c’est de ne pas être porteur d’un projet politique figé, mais au contraire, de venir modifier les grilles politiques préétablies, d’être imprévu et de rester, même après coup, en partie indéterminable. Au fond, de 68, nous ne connaissons que les effets. C’est pourquoi, dès le départ et pour probablement encore un bout de temps, la signification de 68 a été inséparable de ses usages et des interprétations qui en ont été proposées. Bien sûr, il faut prendre garde à la tentation d’en faire le pivot de toutes les explications, d’y fondre des transformations sociales qui, rappelons-le, ont aussi lieu dans des pays qui n’ont pas eu de 68… On peut cependant parler d’un héritage, et même, pour reprendre le titre du livre de Jean-Pierre Le Goff, d’un «héritage impossible», mais au sens où l’on dit d’un mot qu’il est «impossible» à traduire, «intraduisible». De même que «l’impossibilité» d’une traduction indique l’existence d’une difficulté persistante, intéressante à creuser, de même l’impossibilité de l’héritage ne signale pas sa péremption, mais l’effort de traduction, d’historicisation, de problématisation qu’il appelle. En 68, certains acteurs ont interprété l’événement dans les termes qu’ils avaient à leur disposition - pour dire vite : la vulgate marxiste-léniniste. Or, 68 est précisément venu ruiner ce vocabulaire et aucune langue de substitution n’est venue le remplacer. Il y a là une zone d’incertitude qui est aussi une zone d’exploration, de construction possible. C’est ainsi que s’est engagée, autour de l’altermondialisme et des travaux de Negri, Rancière, Bensaïd, Badiou et d’autres, une vaste réflexion sur ce que 68 avait échoué à penser : le rapport de la politique à l’Etat, au parlementarisme, à la démocratie représentative. Si l’on peut parler d’une actualité politique de 68, c’est dans cette discussion politique en cours, qui reprend le problème là où les années 70 l’avaient laissé : critique des idéologies, «dénaturalisation» de la domination. Au fond, 68 est un autre nom de la politique au sens plein du terme, et ceux qu’irrite 68 sont précisément ceux qui ne veulent à aucun prix d’une repolitisation de la société.

J.-P. L. G. : Non seulement 68 n’avait pas de projet politique, mais ce fut un mouvement infrapolitique. Au-delà de la «révolution des mœurs» de la jeunesse et de la grève générale ouvrière, auxquelles on réduit trop souvent l’événement, celui-ci fut marqué avant tout par le questionnement d’une société qui venait de connaître un bouleversement accéléré depuis la guerre : les gens s’arrêtent, se mettent à parler et se demandent : «Sommes-nous heureux ?» Mai 68 n’a pas été une révolution - quand l’essence est revenue, tout le monde est parti en week-end - mais une catharsis. Même certains gaullistes ont dit qu’il y avait alors dans l’air quelque chose d’indéfinissable. Si projet il y avait au sein de la «commune étudiante», c’était celui d’une société auto-organisée, horizontale, transparente à elle-même, où toute représentation et institution sont d’emblée vécues comme dépossession. Cette idée d’une démocratie directe sans Etat de droit, sans suffrage universel («élections piège à cons»), sans institution, a partie liée avec l’imaginaire totalitaire.

J.V. : Sur le problème précis de l’Etat et du rapport aux institutions, si nous héritons quelque chose de 68, c’est sous la forme d’une interrogation, d’une discussion critique qui a repris de l’intensité depuis 1995. Jean-Pierre Le Goff considère que le débat devrait être derrière nous ; pour ma part, je le trouve intéressant, y compris quand l’antiautoritarisme issu de 68 va jusqu’à «diaboliser» le pouvoir («Changer le monde sans prendre le pouvoir», pour reprendre la formule du philosophe irlandais John Holloway). Je suis assez rétif à la distinction tranchée entre révolte culturelle et révolte ouvrière, faite par ceux pour qui la première ne fut qu’une simple poussée d’urticaire générationnelle. Comme le montre un récent livre de Xavier Vigna, l’Insubordination ouvrière dans les années 68, il y a eu autant d’insubordination dans les grèves ouvrières que dans les manifestations étudiantes, et aujourd’hui, dans un contexte très différent, on sent que circule dans la société une aspiration de même nature : une insubordination qui n’a pas encore trouvé sa forme, ses relais et son langage.

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Mai 68 n’a-t-il pas accouché d’une nouvelle forme de luttes «spécifiques», combats de minorités sexuelles ou ethniques, à l’anglo-saxonne ?

J.-P. L. G. : Ce n’est pas la même chose de penser un projet de société porté par un acteur historique central, en l’occurrence la classe ouvrière, et de vanter un «mouvement social» où la question des minorités, tout particulièrement dans le domaine des mœurs, viendrait s’agglutiner à la question sociale. Le discours des minorités opprimées s’est développé dans les années 70 : les femmes, les homosexuels, les travailleurs immigrés et même les enfants ont été vus à travers ce prisme. À chaque fois, on a pu dénoncer des injustices réelles, ouvrir des questions, mais sur fond d’un rousseauisme contestable : l’être humain est naturellement bon, surtout s’il entre dans la catégorie de l’opprimé ou du dominé, et le mal vient de la société et de toutes les formes de pouvoir. S’est installée l’idée que la parole de ceux d’en bas est nécessairement plus authentique et plus juste que celle des institutions. On peut même parler, autour de l’année 70, d’un moment nihiliste, heureusement assez court, de remise en cause radicale de l’héritage humaniste et républicain, de refus de l’idée de normes. Il y a alors une valorisation du marginal, du voyou, du fou, du déviant. Mais cette radicalité est très différente des revendications actuelles où prévaut le repli communautaire et la revendication de droits. Si je suis critique sur la dimension irresponsable de Mai 68, je dois dire que le gauchisme d’alors assumait sa position de transgression et que les militants étaient prêts à payer le prix de leur autonomie. Le contraste est frappant avec la société contemporaine, victimaire et communautariste.

J.V. : Pour moi, les revendications sexuelles des années 1990-2000 ne sont ni «communautaires» ni «victimaires». Et elles restent liées à 68, malgré des différences évidentes : par exemple, si à l’époque les revendications du mouvement gay insistaient sur le droit à l’expérimentation privée, les demandes actuelles - droit au mariage et à l’adoption - montrent que le travail critique engagé à l’époque s’est poursuivi et appréhende maintenant de façon bien plus complexe la question des institutions et des normes. Il y avait certes un certain rousseauisme naïf, mais il faut placer l’événement dans sa dynamique contradictoire. Foucault, Bourdieu, Lacan, tous les penseurs que Luc Ferry et Alain Renault ont réunis sous le label de «pensée 68», sont ceux-là mêmes qui justement ont très vite critiqué les naïvetés de 68. A mes yeux, 68, c’est autant la critique du pouvoir formulée au plus chaud de l’événement que la critique de cette critique telle qu’elle s’est élaborée tout de suite après.

Ces «minorités» ne se distinguent-elles pas par leur activisme médiatique, ce qui les rattacherait au «savoir-faire médiatique» des soixante-huitards ?

J.V. : Le rapprochement entre Mai 68 et un certain usage des médias est lié au parcours de leaders de groupuscules qui, confrontés à leurs propres impasses politiques, ont été conduits à investir les médias comme substitut - un phénomène dont le journal Libération est emblématique. Partant de ce constat, la gauche radicale, à laquelle j’appartiens, se contente souvent d’une dénonciation hâtive des médias. Mais les médias sont le bain où nous circulons et on voit mal comment toute action politique pourrait en faire abstraction. Une association comme Act Up-Paris s’est effectivement fait connaître du grand public par ses interventions dans les médias. Mais peut-on l’accuser de démagogie, elle qui a mené en profondeur un travail de contre-expertise, dans le sillage notamment de l’investigation sur le terrain prônée juste après 68 par Michel Foucault à propos des prisons ? Si Act Up a tiré quelque chose de 68, c’est cette capacité de prise de parole, de mise à distance sans diabolisation de la politique gouvernementale, d’attention aux savoirs produits par les intéressés, de problématisation publique et collective d’une question - et non d’on ne sait quelle posture victimaire.

Le 13 mai 1968

Le 13 mai 1968

J.-P. L. G. : Grâce aux radios privées - RTL, Europe 1 -, les événements de Mai 68 furent retransmis en direct et l’écoute des transistors, notamment chez les jeunes, a joué un rôle important dans la diffusion du mouvement. De façon plus générale, il y a eu une rencontre entre la valorisation et l’intensification du présent de Mai 68 et le langage médiatique. Depuis, les événements sont devenus inséparables de leur retransmission médiatique. Dans l’après-Mai, des groupes gauchistes ont développé un nouveau type d’activisme, des actions qui vont attirer l’attention des médias, tel le vol de produits alimentaires de luxe chez Fauchon pour les redistribuer aux «couches populaires». Ces modes d’action, jouant du spectaculaire et de l’émotion, se sont généralisés depuis ; et s’ils ont pu contribuer à dénoncer des injustices, ils ne vont pas dans le sens d’une citoyenneté éclairée. Du reste, Rachida Dati agit de façon semblable lorsqu’elle met en exergue des faits divers pour légitimer des lois qui vont à l’encontre de toute notre tradition juridique.

Finalement, l’héritage politique de 68, ce serait la fin de la politique au profit de la morale, des fameuses «valeurs» ?

J.-P. L. G. : La fin des années 70 a marqué l’échec de l’utopie soixante-huitarde, mais aussi celle de l’idée d’une révolte massive de la classe ouvrière, si longtemps espérée par l’extrême gauche. Si L’Imagination au pouvoir (LIP) a suscité tant d’engouement, c’est qu’elle a semblé incarner un «Mai 68 ouvrier». Mais les ouvriers de LIP appartenaient à la gauche chrétienne et ne ressemblaient pas à la «classe ouvrière» rêvée par les groupuscules révolutionnaires. Ce que j’appelle le «féminisme pacifié» et l’écologie politique ont apporté un programme de substitution au gauchisme déclinant. Au lieu de préparer le «grand soir», l’enjeu, désormais, sera de voir le «bout de ses actes», de changer les mentalités, d’éduquer les gens en fonction d’une certaine idée du Bien dont on s’estime le dépositaire. Ce qui va se traduire par la diffusion des valeurs et des comportements des nouvelles couches moyennes dans l’ensemble de la société. Une partie du mouvement post-soixante-huitard va devenir moralisatrice et développer la caricature d’un peuple de «beaufs», qui a refusé de suivre les soixante-huitards dans leur utopie. Ce moment sera particulièrement incarné par SOS Racisme, qui véhiculera l’idée que le problème central de la société française est le racisme et qui focalisera le débat politique dans l’affrontement avec Le Pen. Le résultat en est ce «moralement et politiquement correct» dont on mesure les effets aujourd’hui. La dynamique issue de Mai 68 est morte et les défis d’aujourd’hui se présentent souvent à front renversé : le problème n’est plus la libération de la parole mais sa qualité et sa cohérence, la décrédibilisation de l’État et des institutions, l’effritement du modèle républicain… Si 68 a exprimé l’aspiration à participer à la vie publique, c’est hors de l’utopie soixante-huitarde, dans le cadre d’une société démocratique moderne, qu’il faut trouver la réponse à cette aspiration.

J.V. : Il s’est effectivement développé, depuis les années 80, au PS, une représentation fantasmatique des classes populaires, identifiées comme racistes, rétives à la modernisation, etc. Peut-on pour autant rattacher SOS Racisme à 68 ? Daniel Cohn-Bendit, qui incarne cette gauche de «valeurs», ne cesse de répéter que «68, c’est fini», et situe son engagement actuel dans un horizon qui n’est pas celui de 68. Si l’on parle d’un héritage vivant, actif, ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher. Il faut admettre que 68 a permis de problématiser notre rapport à l’Etat et aux institutions représentatives, mais qu’il a aussi ouvert une brèche entre la question sociale et des questions dites sociétales ou minoritaires. Son héritage, pour moi, consiste justement à ne pas fuir la difficulté et à penser ensemble ces questions et à les articuler.

Evolution:le dernier grand ancêtre en date…

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Toumaï, 7 millions d’années, est le “doyen de l’humanité”

Photo non datée du crâne de Toumaï.

AFP/MPFT

Photo non datée du crâne de Toumaï.

LE MONDE | 27.02.08

L’âge de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis), le plus ancien préhumain connu, est bien de 7 millions d’années, ainsi que le confirme une étude réalisée par une équipe française et publiée dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences du lundi 25 février.

Le fossile avait été découvert au Tchad, dans le désert du Djourab, en 2001, dans le cadre d’une mission dirigée par Michel Brunet, professeur au Collège de France. Dans un premier temps, une équipe de scientifiques menée par celui-ci avait estimé l’âge de Toumaï à 7 millions d’années en se fondant sur le degré d’évolution des faunes de mammifères présentes à ses côtés, par comparaison avec d’autres faunes africaines similaires.

Mais le paléoanthropologue français était à la recherche d’une autre datation pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. C’est maintenant chose faite. Une datation absolue vient d’être réalisée grâce au béryllium 10, isotope radioactif du béryllium, un métal. Elle donne à Toumaï l’âge de 7,04 millions d’années. Selon les signataires de l’article, cette estimation fait de Sahelanthropus tchadensis le “doyen de l’humanité”. Il était probablement très proche de la divergence chimpanzés-hominidés, qui recule ainsi à au moins 8 millions d’années.L’étude précise aussi l’âge de l’australopithèque Abel (Australopithecus bahrelghazali), découvert au Tchad, en 1995, par Michel Brunet. Il est crédité de 3,58 millions d’années, alors que son âge précédent était estimé entre 3 et 3,5 millions d’années.

Jusqu’à présent, les méthodes de datation absolues connues et utilisables en paléontologie - potassium/argon ou carbone 14 - ne pouvaient être utilisées pour le désert du Djourab. En effet, la datation au carbone 14 ne peut aller au-delà de 50 000 ans. Et les cendres volcaniques - dont la présence sur les sites d’hominidés d’Afrique de l’Est date de manière absolue les terrains fossiles - sont extrêmement rares au Tchad.

ANALYSE DES SÉDIMENTS

Les chercheurs ont donc eu l’idée de recourir à la datation au béryllium 10, déjà utilisée pour les sédiments marins, et dont la technique a été mise au point par Didier Bourlès, directeur adjoint du Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement (Cerege), à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Ce dernier a adapté cette méthode aux sédiments terrestres présents sur les sites où ont été mis au jour Toumaï et Abe