MONDIALISATION et PETROLE:le 3è choc pétrolier ?

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Entretien avec Olivier Appert, président de l’Institut français du pétrole

Faire face au troisième choc pétrolier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LEMONDE | 04.06.08
Le monde subit-il troisième choc pétrolier, comparable à ceux de 1973 et 1979 ?Comparable, non. Dans les années 1970, il s’agissait d’un choc d’offre. L’augmentation brutale des cours était liée aux conflits au Moyen-Orient. Les prix ont été multipliés par trois en quelques mois après l’embargo pétrolier de 1973 et en 1979-1980 après la révolution iranienne et le début de la guerre Iran-Irak. Nous subissons aujourd’hui un renchérissement plus progressif qui tient à la hausse de la demande. Après avoir stagné à 20-25 dollars entre 1986 et 2003 (avec un effondrement à moins de 10 dollars en 1998), le baril s’est peu à peu apprécié. Il a fallu plusieurs années pour que les cours soient multipliés par cinq, poussés par la demande croissante des pays émergents, Chine et Inde en particulier. Autre différence, le début des années 1970 marquait la fin des “trente glorieuses” dans les pays industrialisés caractérisés par des déséquilibres de l’économie mondiale. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont été le rhume qui a tué ce malade déjà affaibli. Aujourd’hui, c’est au tour des pays émergents de vivre leurs “trente glorieuses”. Or les économies des pays industrialisés sont plus robustes.

Il existe tout de même des similitudes entre les deux périodes…

Oui. Dans les années 1960, les prix des matières premières étaient bas. Cela n’a pas favorisé l’investissement. A la fin des années 1960, les cours ont fortement augmenté, mais la production n’a pas pu suivre la demande. On assiste aujourd’hui à un phénomène semblable. Les années 1990 ont été caractérisées, pour ces matières premières, par des cours faibles entraînant sous-investissement et baisse des stocks. Face à la demande des pays émergents, les prix ont été la seule variable d’ajustement.

Quels sont les responsables ?

Dans ce genre de situation, on cherche des boucs émissaires. Pour l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ce sont les spéculateurs. Pour les pays consommateurs, c’est l’OPEP. Et tout le monde vilipende les compagnies pétrolières. Or, on ne peut reprocher aux Chinois de vouloir améliorer leur niveau de vie ou critiquer les pays émergents qui veulent que leur population s’alimente mieux.

L’OPEP ne peut-elle produire plus ?

Elle a perdu le pouvoir de maîtriser les prix à la hausse, car ses capacités à accroître à court terme sa production ont quasiment disparu. Et avec l’envolée de leurs revenus, les pays producteurs ne voient pas la nécessité de pomper davantage. “Pourquoi investir dans le pétrole pour faire plaisir à des gens qui ne nous aiment pas au lieu de le faire dans des écoles, des hôpitaux et des routes ?”, me confiait récemment un Saoudien. L’OPEP reste aussi traumatisée par la situation de 1998, lorsque le baril était tombé sous les 10 dollars. Ses membres sont réticents à lancer de lourds investissements. Seule l’Arabie saoudite s’y est engagée. Enfin, les pays producteurs n’ont pas profité de la manne pétrolière des années 1970 pour diversifier leurs économies et assurer leur développement. Cette fois, ils sont déterminés à le faire. Du coup, ils ne veulent plus dilapider leurs ressources, mais les faire durer le plus longtemps possible.

Pourquoi les compagnies pétrolières, qui réalisent des profits sans précédent, n’investissent-elles pas plus ?

Elles sont confrontées, depuis 2000, à des difficultés d’accès aux ressources liées au regain du nationalisme pétrolier (Russie, Venezuela, Iran…). Elles ont de l’argent, mais un terrain de jeu limité pour l’investir. A noter que ce qui leur revient, sur un litre d’essence vendu à la pompe en France, n’est que de l’ordre de 10 % à 15 % du prix. La majeure partie des recettes va aux pays producteurs, et aussi aux pays consommateurs, via la fiscalité.

Reste la spéculation…

C’est le bouc émissaire idéal ! Certes, elle accentue la volatilité des cours, mais elle ne détermine ni les tendances ni les niveaux de prix. C’est l’écume au-dessus des vagues : elle est d’autant plus forte que la vague est forte, mais ce n’est pas l’écume qui crée la vague.

Le déséquilibre entre l’offre et la demande est-il durable ?

Il existe un déséquilibre entre la croissance de la demande et l’insuffisance de la production. Il faut néanmoins distinguer le court-moyen terme du long terme. Dans le premier cas, la demande des pays émergents semblant assurée et les capacités de production paraissant plafonner, l’ajustement ne peut se faire que par les prix. Il faut bien voir que dans les années 1970, pour produire de l’électricité, les alternatives au pétrole (le nucléaire et le charbon) existaient et ont été vite mises en oeuvre. Aujourd’hui, le pétrole est de plus en plus concentré sur les transports et il n’y a pas encore d’alternative massive aux carburants d’origine pétrolière. En outre, les taxes (dans les pays riches) et les subventions (dans les pays pauvres et les pays producteurs) jouent un rôle d’amortisseurs, ce qui explique que l’élasticité de la demande au prix soit faible. La hausse du prix du brut n’est que partiellement répercutée sur le consommateur et sa consommation baisse peu. Quand le prix du baril double, la hausse des prix à la pompe est de 20 % et la demande mondiale ne recule que de 3 %.

En revanche, le revenu par habitant a un fort impact sur la consommation d’énergie. Dans les pays émergents, quand le revenu par habitant augmente de 10 %, la consommation de carburant augmente d’un montant identique. Il y a deux ans quand Patrick Artus, directeur des études de la banque Natixis, envisageait un baril à 300 dollars en 2015, cela semblait impossible. Souhaitons que cela le soit.

Et à plus long terme ?

Il faut en même temps réduire la demande et augmenter l’offre en sachant qu’il n’y aura pas d’impact immédiat. La progression de l’offre passe par la poursuite du développement technologique et la relance de l’investissement, notamment hors de l’OPEP. Il y a des perspectives sur l’offshore ultra profond, où l’on a fait des découvertes importantes dans le golfe du Mexique et au Brésil, ainsi que sur les sables asphaltiques (Canada…). L’envolée des prix du pétrole permet la mise en production de gisements jusque-là non rentables. Les technologies permettant de créer des solutions de substitution au pétrole progressent. L’autre partie de la réponse passe par un ralentissement de la demande. Il faut relancer les politiques d’efficacité énergétique des pays consommateurs. Pendant quelques décennies encore, le transport routier reposera sur les carburants liquides. Mais si les politiques de l’offre et de la demande font preuve de continuité, on devrait retrouver une situation plus équilibrée et des prix moins élevés.

La thèse du pic de production est en vogue. La partagez-vous ?

Les écologistes nous rappellent que le monde est fini. Bien sûr, la quantité de pétrole présente dans l’écorce terrestre est limitée. Mais le montant des réserves dépend surtout des conditions techniques, économiques et environnementales du moment. En 1973, on estimait les réserves à trente ans de la consommation d’alors. Depuis, on a consommé une fois et demi les quantités de réserves estimées. Et pourtant, on pense aujourd’hui qu’il y a quarante ans de réserves. On peut exploiter maintenant des ressources inaccessibles avant 1973. Et on pourra sans doute à l’avenir produire des ressources non exploitables aujourd’hui. Le taux de récupération du pétrole dans les gisements existants a fortement augmenté. S’il passe de 35 % à 50 %, cela entraîne un quasi-doublement des réserves.

Le ralentissement de la croissance mondiale peut-il changer la donne ?

Une dégradation forte et durable de l’économie mondiale aurait évidemment un impact sur le prix du pétrole. Ce n’est pas le cas actuellement. Le ralentissement de la croissance dans les pays développés, notamment aux Etats-Unis, se traduit par un recul de la consommation, mais il est, pour le moment, compensé par l’augmentation de la demande des pays émergents et des pays producteurs. Quant à l’inflation, on n’assiste pas jusqu’à présent aux dérapages des années 1970. La situation la plus dramatique est celle des pays pauvres.

Quelle est la marge de manoeuvre des gouvernements ?

Il doivent agir dans la durée. Il n’y a pas de solution miracle pour résoudre les défis énergétiques et environnementaux auxquels le monde est confronté. Il faut mobiliser toutes les solutions, les économies, mais aussi les autres sources d’énergie. Toutes les filières ont des avantages et des inconvénients et ont leur rôle à jouer. Pour favoriser l’émergence de solutions alternatives, il faut maintenir un signal de prix cohérent avec les perspectives d’une énergie chère et les préoccupations de lutte contre le changement climatique. La vérité des prix est nécessaire pour que changent les habitudes et les comportements. Il est aussi nécessaire de mettre en oeuvre des politiques d’accompagnement pour les activités économiques et les populations les plus affectées par l’énergie chère.

Propos recueillis par Eric Leser et Jean-Michel Bezat

ELECTIONS AMERICAINES:le face à face Démocrates/Républicains,enfin…

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Après la victoire de B.Obama Le Monde jeudi 5 juin 2008

Historique!

L’un des arguments qu’une partie de la droite distille, à mots plus ou moins couverts, contre Barack Obama, est qu’il n’est pas vraiment américain. D’ascendance à moitié étrangère, élevé quelques années en Indonésie, avec un premier prénom africain et un second arabe, sa vision de l’Amérique serait celle des autres, du reste du monde, des “aliens”. Ces nativistes ne voient pas ce que tous les médias des Etats-Unis chantent depuis hier : un Noir candidat à la Maison Blanche, c’est “historique”! Et s’il y a bien une chose qui plaît par-dessus tout aux Américains, c’est de penser qu’ils font l’histoire. Patrick Jarreau

 

 

 

Obama-McCain, la bataille commence John McCain et Barack Obama, en janvier 2007 au Sénat à Washington| AP La campagne pour l’élection présidentielle du 4 novembre a commencé, mercredi, après la victoire de Barack Obama aux primaires démocrates, avec un premier sondage, pour CBS, qui place le sénateur de l’Illinois 8 points devant John McCain. Le candidat républicain a proposé de nouveau à son adversaire une série de débats publics, une idée qui lui est venue, selon Newsweek, en regardant un documentaire de HBO, il y a deux ans, sur Barry Godwater, candidat républicain en 1964. Interrogé sur ABC, Obama s’est dit d’accord pour ces “débats d’hôtel de ville”, comme ils sont appelés là-bas. Le San Francisco Chronicle y voit un pari risqué, car de tels face-à-face pourraient “mettre en valeur la force du républicain et mettre en évidence les faiblesses d’Obama”. McCain est déjà passé à l’attaque en s’emparant du slogan du démocrate, “le changement dans lequel nous pouvons croire” pour se présenter, lui, comme “un dirigeant en qui nous pouvons croire”, rapporte l’Associated Press. Avantage financier au démocrate Dans la compétition entre les deux candidats, Obama a l’avantage d’avoir récolté trois fois plus d’argent que McCain, 265 millions de dollars contre 90 millions - 172 millions d’euros contre 58 millions -, souligne le Los Angeles Times, qui s’attend à ce que le démocrate “laisse tomber le financement fédéral, son calendrier et ses plafonds”. Le quotidien de Los Angeles explique aussi que la bataille va se livrer surtout dans des Etats qui ont voté pour George Bush en 2004 et où Obama a attiré beaucoup d’électeurs, dans les primaires démocrates, cette année. L’un de ces Etats est la Virginie, où le Times-Dispatch de Richmond a fait un “micro-trottoir” dans les rues de la capitale.

 

Hommage de George Bush

La désignation de Barack Obama comme candidat démocrate, maintenant certaine, a été saluée par George Bush et par Condoleezza Rice. Elle-même africaine-américaine, la secrétaire d’Etat s’est réjouie de “cette expression extraordinaire du fait que “Nous , le peuple” [premiers mots de la Constitution] commence à signifier: nous tous.”

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“Quand Obama s’élève, ‘Jim Crow’ tombe”, écrit le Philadelphia Inquirer, se référant au personnage de farces racistes dont le nom était donné aux lois de ségrégation. The Advocate, journal de Stamford, dans le Connecticut, donne la parole à des responsables de la communauté noire “extasiés” par la victoire d’Obama. Le Rocky Mountain News de Denver, dans le Colorado, recense des avis plus partagés, un de ses lecteurs reprochant aux super-délégués démocrates d’avoir choisi “le candidat le plus à gauche et le moins qualifié”.

Hillary Clinton: et maintenant?

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La défaite d’Hillary Clinton, convaincue par les dirigeants démocrates de se rallier à Barack Obama, selon USA Today, provoque de l’amertume chez ses partisans. Certains d’entre eux ont lancé un site Internet appelant à soutenir McCain, indique Wired. Pourrait-elle devenir la colistière d’Obama ? Politico pèse le pour et le contre. Bloomberg croit savoir que la campagne d’Obama pourrait éponger les 20 millions de dollars (13 millions d’euros) de dettes de celle de son ex-rivale.

Regard sur l’Amérique Obama, le meilleur fils de l’Indonésie

Obama, notre ancien voisin est le fils et l’ami de tout le monde ici en Indonésie, où le candidat démocrate a passé une partie de son enfance, écrit le quotidien The Jakarta Post dans son éditorial. Fierté et confiance sont les deux sentiments qu’ont ressentis les Indonésiens lorsqu’ils ont appris la victoire d’Obama dans la course à l’investiture démocrate. Mais attention à la paranoïa anti-musulmane aux Etats-Unis. Les Américains sont-ils prêts à élire un Africain-Américain ? En cas de victoire, Obama sera totalement différent de l’arrogant Bush. Savoir maintenant si la réalité sera à la hauteur de nos attentes, pour les Indonésiens, cette question n’a pas de sens.