25 mars, 2008
2-GEO/ECO, AMERIQUES, BRESIL, MONDIALISATION
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Le Brésil espère échapper à la crise financière grâce à des réserves records et à la diversification de son économie.
LE MONDE | 24.03.08
Face à la crise financière internationale, le Brésil affiche une belle sérénité. Surtout, le pays se juge aujourd’hui capable de résister aux dangers venus d’ailleurs. La 10e économie du monde - entre celle du Canada et celle de la Russie - vit une période faste qui inspire confiance à ses partenaires autant qu’à elle-même. Et sa croissance, robuste et équilibrée, est entrée dans un cercle vertueux.
Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 5,4 % en 2007, contre 3,7 % en 2006. C’est la seconde bonne nouvelle de l’année après l’annonce, fin février, que le Brésil était devenu créditeur. C’est le pays émergent qui a le plus augmenté ses avoirs de change en 2007. Le niveau de ses réserves - désormais supérieures à sa dette extérieure publique et privée - lui assure un confortable coussin de devises qui le protège des secousses du marché.
Le commerce extérieur tire cette croissance.
(cf graphique ———-) commerce Bresil )
Le marché mondial, avec en tête la Chine, est très demandeur en produits agricoles et matières premières dont le Brésil regorge et qui lui assurent les deux tiers de ses revenus : viande de boeuf, soja, minerai de fer, éthanol, entre autres.
(des faits:
La composition des exportations brésiliennes
Les biens manufacturés y ont une place de plus en plus importante. Même si certains voient encore le Brésil comme étant essentiellement exportateur de matières premières. Grâce à la modernisation de l’agriculture et à l’amélioration de la productivité, les produits de base connaissent une augmentation non négligeable.
source: http://www.topdobrasil.com.br/bac/brasil/dados1-1.php)
A l’inverse du Venezuela, dont la richesse provient presque exclusivement du pétrole, le Brésil a pu diversifier ses exportations. Il a aussi élargi le cercle de ses clients. Les Etats-Unis n’absorbent que 15 % de ses ventes - seulement un peu plus de 2 % de son PIB. Par comparaison, le Mexique vend 80 % de ses produits à son voisin du Nord. La Chine achète 10 % des exportations du Brésil - soit cinq fois plus qu’il y a deux ans, et plus que l’Argentine voisine.
Sous l’égide de la Banque centrale, agissant de manière autonome et transparente, l’instauration en 1999 d’un taux de change flottant entre la monnaie locale, le real, et le dollar a facilité la maîtrise de l’inflation, réduite à 4,5 % en 2007. Le real a doublé de valeur en cinq ans par rapport au billet vert. Quant à la Bourse de Sao Paulo, elle a décuplé la sienne depuis 2002, avec une hausse de 60 % en 2007.
Le Brésil possède désormais un dynamisme interne basé sur une forte hausse de la demande des ménages et des entreprises. En 1999, les taux d’intérêt avaient atteint un record de 45 %. Ils sont aujourd’hui de 11,25 %, soit 7 % en termes réels. Ce serait encore énorme pour beaucoup de pays, mais pas ici. Cette baisse drastique a fait fleurir le crédit et dopé la consommation (+ 6,5%), dans la construction, l’automobile ou l’informatique.
La confiance du gouvernement dans l’avenir de l’économie va de pair avec une prudence légitime. Car deux dangers se rapprochent.
D’abord, la balance des comptes courants a enregistré en 2007 un léger déficit dû à l’écart - du simple au double - entre les exportations et les importations. Pour satisfaire la demande interne, les entreprises ont beaucoup importé à des prix compétitifs, grâce à l’appréciation du real, et moins vendu à l’étranger, où leurs marges sont pénalisées par cette monnaie forte. Brasilia vient de prendre des mesures financières pour relancer les exportations et rendre le pays moins attractif pour les capitaux spéculatifs qui poussent le real à la hausse.
La composition des importationsLes importations brésiliennes sont essentiellement constituées de matières premières, de biens de capital et de biens non durables.Les importations de combustibles qui pésèrent très lourdement sur les achats du Brésil dans les années 70 ne représentent plus le fardeau d’autrefois.http://www.topdobrasil.com.br/bac/brasil/dados2.php (source)
L’inflation est le second danger. Le président Luiz Inacio Lula da Silva la tient pour la pire ennemie des Brésiliens les plus pauvres, dont il dit défendre la cause. Sa maîtrise a contribué à sa réélection en 2006 et lui a permis de redistribuer de la richesse à des millions de familles par l’entremise de programmes sociaux. Le chef de l’Etat préfère la poursuite d’une croissance plus modeste ne portant pas en germe le retour de l’inflation.

Cette menace sera contenue tant que la hausse de l’investissement l’emportera sur celle de la demande, ce qui a été le cas en 2007. Mais avec 18 % du PIB, l’investissement reste nettement inférieur à celui de la Chine (40 %) ou de l’Inde (35 %).
Pour rendre sa croissance durable, le Brésil devra s’attaquer à des problèmes de fond dont la solution est autant politique qu’économique. Il lui faudra réduire la dette interne de l’Etat en resserrant les dépenses publiques. Il lui faudra développer ses infrastructures, alléger sa fiscalité et simplifier sa bureaucratie. Bref, diminuer ce que les investisseurs appellent ici “le coût Brésil”.
Jean-Pierre Langellier
29 février, 2008
2-GEO/ECO, AMERIQUES, BRESIL, RISQUES
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Amazonie brésilienne : la déforestation s’aggrave
CHIFFRES
SUPERFICIE.
L’Amazonie brésilienne couvre 5 millions de km2 (répartis sur 9 Etats), dont 100 000 km2 de réserves indiennes, 200 000 km2 de zones pour l’exploitation durable et 1,9 million dekm2 de forêt publique.
POPULATION.
22 millions d’habitants y vivent, dont 480 000 Indiens répartis en 220 tribus.
DESTRUCTION.
En trente ans, 17 % de la végétation originale ont disparu, soit 700 000 km2. En 2007, quelque 22 000 foyers d’incendie (brûlis) ont été signalés. Chaque km2 de forêt détruit produit 22 000 tonnes de CO2.

SILVESTER Hans
En baisse depuis 2004, la déforestation a repris au Brésil depuis août 2007, en dépit des mesures adoptées.
Le MONDE | 29.02.08
Officiellement, l’objectif du président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, est de parvenir à une “déforestation zéro” en Amazonie. Mais le Brésil en est très loin. Les destructions ont repris de plus belle entre août et décembre 2007. Quelque 7 000 km2 de forêts ont alors été rasés, a constaté en janvier l’Institut national de recherches spatiales (INPE) sur ses relevés satellites, pour faire place au soja, au bétail et à la canne à sucre.
Au total, le déboisement entre août 2007 et juillet 2008 pourrait augmenter de 34 %, alors que les autorités brésiliennes se vantaient à la conférence sur le climat à Bali, en décembre 2007, d’avoir jugulé le phénomène, les chiffres montrant depuis trois ans un recul des destructions.Le président Lula da Silva a réclamé des mesures urgentes pour inverser la tendance. Aussi la police fédérale a-t-elle lancé, le 26 février, une vaste opération avec 300 hommes, qui seront un millier début avril, pour combattre le déboisement illégal dans les Etats du Para, du Mato Grosso et du Rondonia, les plus concernés.
Pas moins de treize ministres sont responsables de la lutte contre la déforestation en Amazonie, mais ils ne parlent pas tous le même langage. Le gouvernement est écartelé entre deux défis : préserver la forêt tropicale et favoriser la croissance économique.
Deux femmes incarnent ce dilemme au sommet. Marina Silva, ministre de l’environnement, enfant de l’Amazonie, est auréolée de son passé aux côtés du militant assassiné Chico Mendes. Mais elle a souvent cédé aux pressions. Elle a ainsi autorisé la construction de deux centrales électriques sur le Madeira, un affluent de l’Amazone. L’autre est Dilma Rousseff, chef de cabinet du président Lula, responsable du Plan d’accélération de la croissance, élaboré pour multiplier les infrastructures à travers le pays, notamment en Amazonie, où fourmillent des projets de routes, ports et usines hydroélectriques.
Après le sombre record entre août 2003 et juillet 2004, où 27 429 km2 de bois étaient partis en fumée, Marina Silva a réorganisé la surveillance par satellite, mais sans moyens ni personnel. “Les amendes infligées par l’Etat sont ridiculement basses et le déboisement se poursuivra”, prédit l’un des directeurs de Greenpeace-Brésil, Sergio Leitao. Selon lui, seulement 2 % des contraventions sont payées par les destructeurs.
100 000 KM DE VOIES CLANDESTINES
“Les autorités conçoivent le développement de l’Amazonie sur un modèle des années 1950″, critique Sergio Abranches, sociologue spécialiste en écologie politique. Il cite en exemple les routes conçues pour évacuer les denrées agricoles, la BR 163 Cuiaba-Santarem, à moitié asphaltée, et celle à l’étude entre Porto Velho et Manaus.
Les relevés cartographiques prouvent que le goudron se transforme en boulevard de déboisement pour les trafiquants de bois, orpailleurs, aventuriers et agriculteurs. Quelque 100 000 km de chemins clandestins existeraient déjà.
Marina Silva encourage des activités d’“exploitation durable” dans des zones baptisées “unités de conservation”, et une gestion surveillée des forêts publiques, qui couvrent 40 % de la surface forestière. Ainsi les 2 200 km2 de forêt à Jamari (Rondonia) seront bientôt cédés à des concessionnaires privés pour une “exploitation propre”. Un début.
Neuf organisations non gouvernementales (ONG) brésiliennes et internationales ont élaboré un ambitieux Pacte pour la valorisation de l’Amazonie, afin d’éradiquer la déforestation d’ici à 2015. “Il faut valoriser l’entretien de la forêt sur pied et rémunérer ceux qui la protègent”, plaide Adriana Ramos, de l’ONG Instituto Socioambiental, signataire du pacte.
Le Brésil veut démontrer qu’il se préoccupe de l’Amazonie de crainte d’une internationalisation de la gestion de la plus grande forêt tropicale de la planète, dont la déforestation, par brûlis, contribue à l’émission de gaz à effet de serre. Dans son ouvrage Brésil, le capital naturel (non traduit en français), l’agronome brésilien Mauro Victor se dit convaincu que “si le Brésil ne freine pas la destruction de l’Amazonie par conviction, il y sera contraint par des pressions extérieures, d’abord économiques et commerciales, puis politiques, voire militaires”.
Les élections municipales sont prévues en octobre. La ministre de l’environnement craint que des maires d’Amazonie ferment les yeux, cette année, sur les destructions illégales perpétrées par leurs électeurs.
Annie Gasnier (Rio de Janeiro, correspondance)
26 février, 2008
BRESIL, MONDIALISATION, SUD
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Le Brésil devient un pays créditeur après deux siècles d’endettement
LE MONDE | 26.02.08 RIO DE JANEIRO
La performance est historique : pour la première fois, le Brésil est devenu créditeur. Le niveau des réserves de change de la Banque centrale brésilienne a dépassé de 4 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros), en janvier, le montant de la dette extérieure des secteurs public et privé du pays : 187 milliards de dollars, contre 183 milliards.
C’est la fin heureuse d’une longue époque - près de deux siècles - pendant laquelle le Brésil a souvent traîné sa dette comme un boulet. Le fardeau de l’endettement extérieur était devenu, au fil des décennies, une source d’instabilité chronique et un enjeu majeur pour la classe politique.
Le gouvernement du président Luiz Inacio Lula da Silva a donc tout lieu d’être satisfait de ce renversement de tendance bénéfique, qui tient d’abord à la confiance que sa discipline financière a su inspirer à l’étranger. Avec rigueur et cohérence, le Brésil s’est appliqué à contrôler ses dépenses publiques et à se désendetter. En 2005, il était même parvenu à rembourser par anticipation sa dette envers le Fonds monétaire international (FMI).
Ainsi prenait fin, de moratoires en renégociations, d’accords en ruptures, un demi-siècle d’affrontements entre le Brésil et le FMI. Un épilogue d’autant plus significatif que le Parti des travailleurs, créé par Lula en 1980, avait fait du mot d’ordre “FMI dehors !” l’un de ses cris de ralliement, à l’instar des autres formations de gauche. Sous le régime militaire (1964-1985), Delfim Netto, ministre de l’économie, avait même lancé : “La dette ne se paie pas, elle se rééchelonne.”
Le Brésil a désormais les moyens d’être vertueux grâce à une conjoncture internationale favorable. Ses exportations ont triplé en valeur depuis l’arrivée au pouvoir de Lula en janvier 2003, à cause d’une forte demande mondiale de ses produits, notamment le soja, la viande de boeuf ou le minerai de fer. Cet afflux massif de devises s’est accompagné d’une forte augmentation des investissements étrangers et d’un accroissement des acquisitions brésiliennes à l’extérieur du pays.
Ces derniers mois, la Banque centrale avait aussi procédé à des achats judicieux de dollars pour disposer d’un confortable coussin de liquidités. Résultat : les réserves du Brésil sont aujourd’hui dix fois plus importantes qu’en 2003. Ce rétablissement spectaculaire s’est accompli en douceur, sans mesure radicale ou contraignante, ni intervention intempestive de la Banque centrale.
Il a fortement profité à la monnaie, le real, qui n’a cessé de s’apprécier, principalement face au dollar. Le billet vert ne vaut plus que 1,711 real, soit son plus bas niveau depuis 1999, ce qui rend moins chères les importations dont le Brésil a besoin pour développer ses infrastructures.
En devenant créditeur, le Brésil améliore encore son image de pays émergent, sérieux et respecté. La Bourse, qui se porte bien, a rapidement compensé ses pertes subies lors de la récente crise des marchés mondiaux. L’inflation est contenue autour de 4 % et la croissance du produit intérieur brut (PIB) a atteint 5,25 % en 2007. Dans ce contexte favorable, l’annonce de “la fin de la dette” extérieure procède aussi d’une opération de marketing dont l’objectif est clairement affiché : obtenir le fameux “investment grade”, ce satisfecit accordé à un pays par les agences de notation et qui signifie que les risques encourus par les investisseurs y sont faibles.
Le Brésil obtiendra-t-il cette récompense en 2008 ? Pour l’instant les trois agences semblent encore réservées. Pour les convaincre, Brasilia devra aussi continuer à réduire sa dette publique interne, qui reste préoccupante : 800 milliards de dollars, soit 43 % du PIB. Sur ce chapitre, le gouvernement peut et doit nettement mieux faire.
Jean-Pierre Langellier