ELECTIONS AMERICAINES:le face à face Démocrates/Républicains,enfin…

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Après la victoire de B.Obama Le Monde jeudi 5 juin 2008

Historique!

L’un des arguments qu’une partie de la droite distille, à mots plus ou moins couverts, contre Barack Obama, est qu’il n’est pas vraiment américain. D’ascendance à moitié étrangère, élevé quelques années en Indonésie, avec un premier prénom africain et un second arabe, sa vision de l’Amérique serait celle des autres, du reste du monde, des « aliens ». Ces nativistes ne voient pas ce que tous les médias des Etats-Unis chantent depuis hier : un Noir candidat à la Maison Blanche, c’est « historique »! Et s’il y a bien une chose qui plaît par-dessus tout aux Américains, c’est de penser qu’ils font l’histoire. Patrick Jarreau

 

 

 

Obama-McCain, la bataille commence John McCain et Barack Obama, en janvier 2007 au Sénat à Washington| AP La campagne pour l’élection présidentielle du 4 novembre a commencé, mercredi, après la victoire de Barack Obama aux primaires démocrates, avec un premier sondage, pour CBS, qui place le sénateur de l’Illinois 8 points devant John McCain. Le candidat républicain a proposé de nouveau à son adversaire une série de débats publics, une idée qui lui est venue, selon Newsweek, en regardant un documentaire de HBO, il y a deux ans, sur Barry Godwater, candidat républicain en 1964. Interrogé sur ABC, Obama s’est dit d’accord pour ces « débats d’hôtel de ville », comme ils sont appelés là-bas. Le San Francisco Chronicle y voit un pari risqué, car de tels face-à-face pourraient « mettre en valeur la force du républicain et mettre en évidence les faiblesses d’Obama ». McCain est déjà passé à l’attaque en s’emparant du slogan du démocrate, « le changement dans lequel nous pouvons croire » pour se présenter, lui, comme « un dirigeant en qui nous pouvons croire », rapporte l’Associated Press. Avantage financier au démocrate Dans la compétition entre les deux candidats, Obama a l’avantage d’avoir récolté trois fois plus d’argent que McCain, 265 millions de dollars contre 90 millions – 172 millions d’euros contre 58 millions -, souligne le Los Angeles Times, qui s’attend à ce que le démocrate « laisse tomber le financement fédéral, son calendrier et ses plafonds ». Le quotidien de Los Angeles explique aussi que la bataille va se livrer surtout dans des Etats qui ont voté pour George Bush en 2004 et où Obama a attiré beaucoup d’électeurs, dans les primaires démocrates, cette année. L’un de ces Etats est la Virginie, où le Times-Dispatch de Richmond a fait un « micro-trottoir » dans les rues de la capitale.

 

Hommage de George Bush

La désignation de Barack Obama comme candidat démocrate, maintenant certaine, a été saluée par George Bush et par Condoleezza Rice. Elle-même africaine-américaine, la secrétaire d’Etat s’est réjouie de « cette expression extraordinaire du fait que « Nous , le peuple » [premiers mots de la Constitution] commence à signifier: nous tous. »

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« Quand Obama s’élève, ‘Jim Crow’ tombe », écrit le Philadelphia Inquirer, se référant au personnage de farces racistes dont le nom était donné aux lois de ségrégation. The Advocate, journal de Stamford, dans le Connecticut, donne la parole à des responsables de la communauté noire « extasiés » par la victoire d’Obama. Le Rocky Mountain News de Denver, dans le Colorado, recense des avis plus partagés, un de ses lecteurs reprochant aux super-délégués démocrates d’avoir choisi « le candidat le plus à gauche et le moins qualifié ».

Hillary Clinton: et maintenant?

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La défaite d’Hillary Clinton, convaincue par les dirigeants démocrates de se rallier à Barack Obama, selon USA Today, provoque de l’amertume chez ses partisans. Certains d’entre eux ont lancé un site Internet appelant à soutenir McCain, indique Wired. Pourrait-elle devenir la colistière d’Obama ? Politico pèse le pour et le contre. Bloomberg croit savoir que la campagne d’Obama pourrait éponger les 20 millions de dollars (13 millions d’euros) de dettes de celle de son ex-rivale.

Regard sur l’Amérique Obama, le meilleur fils de l’Indonésie

Obama, notre ancien voisin est le fils et l’ami de tout le monde ici en Indonésie, où le candidat démocrate a passé une partie de son enfance, écrit le quotidien The Jakarta Post dans son éditorial. Fierté et confiance sont les deux sentiments qu’ont ressentis les Indonésiens lorsqu’ils ont appris la victoire d’Obama dans la course à l’investiture démocrate. Mais attention à la paranoïa anti-musulmane aux Etats-Unis. Les Américains sont-ils prêts à élire un Africain-Américain ? En cas de victoire, Obama sera totalement différent de l’arrogant Bush. Savoir maintenant si la réalité sera à la hauteur de nos attentes, pour les Indonésiens, cette question n’a pas de sens.

MONDIALISATION et crise des grands du transport aérien aux EU…

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United Airlines va réduire sa flotte et supprimer des centaines d’emplois

LEMONDE.FR avec AFP | 04.06.08 

United Airlines prend des mesures radicales pour répondre à la hausse des prix des carburants. La compagnie aérienne va retirer cent avions trop anciens de sa flotte et supprimer de 1 400 à 1 500 emplois d’ici à la fin de l’année. La deuxième compagnie des Etats-Unis estime ces mesures nécessaires alors que le niveau actuel des prix du carburant fera bondir sa facture pétrolière de 3 milliards de dollars (près de 2 milliard d’euros) dans ses comptes en 2008.

PRIVILÉGIER LES AVIONS NEUFS

Parmi les cent avions figurent trente appareils dont la mise à la retraite prochaine avait déjà été annoncée, précise le groupe. United Airlines envisage de faire sortir de sa flotte tous ses Boeing 737 et six Boeing 747. L’âge moyen de la flotte va être ainsi ramené à 11,8 ans. Après cette réduction de la flotte et du personnel, les capacités d’United Airlines sur les grandes lignes intérieures américaines auront été réduites de 17 à 18 % pour la période 2008-2009. « L’environnement actuel exige que nous – et avec nous l’ensemble de l’industrie – agissions de manière déterminée et responsable », a expliqué le PDG de la compagnie, Glenn Tilton.
La compagnie a cependant souligné que la réduction de son offre devrait se traduire par des diminutions « modestes » des dessertes peu rentables et des fréquences.

Après United Airlines, Continental Airlines réduit la voilure

LEMONDE.FR avec AFP | 05.06.08 

Les difficultés s’accumulent et se ressemblent pour les compagnies aériennes américaines. Après United Airlines, mercredi, c’est au tour de Continental Airlines de prendre des mesures drastiques pour réduire ses coûts. La quatrième compagnie aérienne américaine et cinquième mondiale a annoncé, jeudi 5 juin, qu’elle allait retirer des dizaines d’avions anciens de sa flotte et supprimer des milliers d’emplois pour faire face aux conséquences de l’augmentation des prix du carburant. A compter de septembre, Continental réduira le nombre de ses vols sur les lignes intérieures aux Etats-Unis, ce qui occasionnera une baisse de capacité de 11 % au quatrième trimestre, par rapport à la même période de 2007.

 

Cette décision devrait entraîner la suppression de 3 000 emplois, sur les 45 000 environ que compte Continental. Le transporteur aérien indique espérer « que la majorité des départs se feront sur la base du volontariat », mais n’écarte pas la possibilité de licenciements. Continental va également retirer de sa flotte soixante-sept appareils de type Boeing 737-300 et 737-500, considérés comme « les moins efficients », donc les plus gourmands en carburant. Les retraits interviendront au rythme de trente-sept en 2008 et trente en 2009.

« LA PLUS GRAVE CRISE DEPUIS LE 11 SEPTEMBRE 2001″
Le transporteur aérien explique que ces décisions sont « nécessaires à la compagnie pour s’ajuster encore davantage aux prix extrêmement élevés du carburant ». « L’industrie fait face à sa plus grave crise depuis le 11 septembre 2001″, affirme Continental. Dans une lettre adressée aux employés de la compagnie, le PDG, Larry Kellner, et le directeur général, Jeff Smisek, ont indiqué que « le modèle d’activité du transport aérien ne fonctionne pas au niveau actuel des prix du carburant ». « Bien que plusieurs hausses de tarifs soient intervenues, ces hausses n’ont pas été suffisantes pour compenser la progression des prix du carburant », ont expliqué les deux dirigeants. « A mesure que les prix augmentent, moins de clients vont prendre l’avion. Si moins de clients prennent l’avion, nous devrons réduire nos capacités pour nous adapter à la baisse de la demande », ont-ils conclu.

MONDIALISATION et crise des grands de l’automobile aux EU

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Le spectre de la faillite ressurgit pour General Motors

LE MONDE | 05.06.08 

L'usine de la General Motors fabriquant des Pontiac G-6, Orion, Michigan. AFP/JEFF HAYNES

L’usine de la General Motors fabriquant des Pontiac G-6, Orion, Michigan.

La fortune ne sourit pas à Detroit. A peine les constructeurs automobiles américains ont-ils réglé la question du poids des retraites et des frais de santé de leurs salariés qu’ils doivent affronter un ralentissement économique et la spirale de la hausse des matières premières. Le spectre de la faillite, pour General Motors (GM) en particulier, est de retour.

Les défauts de remboursement de crédits font peser sur GM des risques de faillite plus importants que sur Ford, qui est valorisé en Bourse 50 % de plus que son rival, alors qu’il est plus petit. A l’origine du problème, la crise immobilière et la flambée des prix de l’essence. Conséquence : les ventes de pick-up et de 4 × 4, qui constituaient une véritable rente pour les « big three » (GM, Ford et Chrysler), ont chuté de 25 % en 2007. Les constructeurs étrangers dominent le segment des petites voitures, empêchant les américains de relever leurs prix sous peine de perdre des parts de marché.

GM n’est pas le seul touché. Juste après l’annonce d’un bénéfice surprise au premier trimestre, Ford a admis qu’il resterait dans le rouge en 2009. Mais le groupe a rempli ses coffres avant l’effondrement des marchés du crédit ; Ford dispose maintenant d’une trésorerie de 29 milliards de dollars, presque le double de ce dont il aura besoin dans les deux ans.

GM semblait s’être aussi bien couvert grâce à des cessions d’actifs. Mais, entre ses besoins en cash et l’arrivée à échéance de ses dettes, GM ne pourrait disposer que de 1 milliard de dollars d’ici à 2010, selon Lehman Brothers. Or les analystes évaluent à 10 milliards le besoin en fonds de roulement d’un constructeur. GM a supprimé un quart de ses effectifs aux Etats-Unis cette année, va fermer quatre autres usines, peut vendre sa marque Hummer. Mais, à moins qu’il ne persuade des investisseurs de remettre la main à la poche, le plus gros des « big three » sera à nouveau menacé de faillite.

Antony Currie

Les 4×4 continuent de tirer le marché automobile américain vers le bas

LEMONDE.FR | 04.06.08 

Les 4×4, pick-up et autres gros véhicules comme les Hummer ne font plus recette. Jugés trop gourmands en carburant, alors que les prix à la pompe battent des records, leurs ventes sont en chute libre et ils ont tiré l’ensemble du marché automobile américain vers le bas en mai, comme en avril. Au total, les ventes de véhicules sont tombées aux Etats-Unis, en glissement annuel, à 14,25 millions d’unités en mai, contre 14,4 millions en avril et une moyenne de 15,2 millions au premier trimestre selon les données du cabinet Autodata.

SUCCÈS DES BERLINES ASIATIQUES

General Motors (GM), Ford et Chrysler ont une fois encore accusé le coup face à leurs rivaux asiatiques. Fin mai, ils ne détenaient plus à eux trois que 44,4 % du marché, contre encore 51,8 % un an plus tôt. GM a vu ses ventes plonger de 27,5 % en mai sur un an, passant sous le seuil historique des 20 % de parts de marché, à 19,1 %. Ses ventes de berlines ont baissé de 13,8 %, tandis que les ventes de Hummer ont plongé de 60 %. GM avait annoncé, mardi 3 juin, un grand chamboulement de sa gamme d’ici à 2010, avec la priorité donnée aux véhicules compacts et économes en carburant. Le groupe va aussi fermer quatre usines produisant des gros véhicules.

Les constructeurs asiatiques présents aux Etats-Unis – dix marques – ont progressé à 48,1 % du marché, contre 41,4 % un an plus tôt. Les constructeurs européens ont aussi un peu avancé. Toyota détient désormais 18,4 % du marché, Honda 12 % et Nissan 7,2 %. Mais les trois principaux concurrents asiatiques des marques américaines ont cependant des résultats contrastés. Les ventes de Toyota sont en recul de 7,9 % alors que Honda affiche une hausse de 11,3 % de ses ventes, porté par un bond de 27 % des ventes de berlines.

General Motors prend un virage stratégique vers les voitures « vertes »

LEMONDE.FR avec AFP | 03.06.08 

Lors d’une conférence de presse tenue, mardi 3 juin, avant l’assemblée générale des actionnaires du premier groupe automobile américain, le PDG, Rick Wagoner, reconnaissant que le pétrole cher allait durer, a annoncé le lancement de plusieurs nouveaux modèles « compacts » et une extension de l’offre du groupe en voitures hybrides.

Il a aussi officiellement confirmé l’engagement de la production de la Chevrolet Volt, un véhicule 100 % électrique, avec pour objectif de commencer sa commercialisation en 2010. « Nous croyons que c’est le pas le plus important jamais effectué dans l’évolution de notre industrie pour se libérer de sa dépendance pratiquement totale envers le pétrole », a-t-il noté. « Depuis le début de cette année, l’économie américaine et la situation des marchés sont devenus significativement plus difficiles. Les prix plus élevés de l’essence sont en train de changer le comportement des consommateurs et ils sont en train d’affecter le type de véhicules vendus aux Etats-Unis », a souligné M. Wagoner, pour expliquer ce virage dans la stratégie du groupe.

FERMETURE DE QUATRE USINES

Rick Wagoner a simultanément annoncé la fermeture graduée de quatre usines fabriquant des « trucks », des gros véhicules 4 x 4 reposant sur des châssis de petits utilitaires, qui sont de plus en plus délaissés par les consommateurs en raison de leur énorme consommation en carburant. Ces fermetures devraient permettre au groupe d’économiser plus d’un milliard de dollars d’ici à 2010, en plus des 5 milliards d’efforts supplémentaires d’ici à 2011, annoncés plus tôt cette année.

Enfin, General Motors a indiqué qu’il allait effectuer une étude stratégique sur l’avenir de sa marque Hummer, l’énorme 4 x 4 devenu le symbole des excès du « tout pétrole ». « Toutes les options sont ouvertes », à ce jour, « d’une refonte totale de la gamme jusqu’à une vente totale ou partielle de la marque ».

CRISE ALIMENTAIRE,MONDIALISATION et évolution de la PAC …

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La crise alimentaire relance les attaques contre la politique agricole commune
LE MONDE | 20.05.08

Au moment où la politique agricole commune (PAC) doit faire l’objet de nouveaux ajustements, la crise alimentaire mondiale relance la bataille sur son rôle, faisant resurgir le vieux clivage entre Britanniques et Français.

La Commission devait présenter à Bruxelles, mardi 20 mai, ses propositions définitives pour le « bilan de santé » de la PAC qu’elle doit boucler au second semestre, sous présidence française, en attendant les négociations sur une nouvelle réforme prévue à l’horizon 2013.

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Chiffres
Poids financier. Le budget de la politique agricole commune représente 40 % des fonds communautaires, soit 42 milliards d’euros en 2008. En proportion, il a tendance à diminuer. Il n’est plus que le deuxième poste de dépense de l’Union, derrière les fonds structurels et de cohésion. La France est le principal bénéficiaire de ces aides.

[-] fermerLes réformes
Le « bilan de santé ». Il doit permettre, d’ici à la fin 2008, d’amplifier la réforme de la PAC adoptée en 2003. Il cherche notamment à découpler davantage les aides directes versées aux exploitants du niveau de la production.

Les nouveaux contours après 2013. Une autre réforme d’envergure se profile : elle fixera les contours de la PAC de l’après-2013, dans le cadre de la remise à plat du budget communautaire. Les Britanniques plaident pour réduire encore les dépenses agricoles; Français et Allemands souhaitent les utiliser différemment.

[-] fermerPrenant acte des tensions sur les marchés agricoles, Bruxelles suggère entre autres de soutenir la production en mettant un terme aux jachères et en supprimant par étape les quotas laitiers d’ici à 2015.

Mariann Fischer Boel, la commissaire à l’agriculture, propose aussi de réduire l’enveloppe des aides directes versées aux exploitants, de les découpler toujours plus du niveau de la production, et de les plafonner. Elle souhaite orienter les fonds ainsi dégagés vers le développement des activités rurales non agricoles, comme le tourisme ou l’entretien de l’environnement.

Ces ajustements vont alimenter le débat entre les capitales chargées de les adopter, dans un contexte marqué par l’envolée des prix alimentaires. Alistair Darling, le ministre des finances britannique, a lancé l’offensive la semaine dernière contre une PAC qu’il rend en partie responsable de cette évolution, au sein de l’Union mais aussi dans les pays pauvres.

Dans un courrier à ses homologues, il exige la fin des mécanismes d’aide aux exploitants conçus, selon lui, « pour maintenir les prix agricoles européens au-dessus des cours mondiaux ». Le ministre demande de surcroît d’ouvrir le marché européen aux producteurs des pays en développement : « Il est inacceptable que l’Union maintienne des droits de douane très élevés sur de nombreuses matières premières agricoles. »

« ALIMENTATION DE QUALITÉ »

Soutenus par les pays nordiques, les Britanniques relaient les positions de certaines organisations non gouvernementales. Oxfam appelle ainsi les grandes puissances agricoles, dont l’Europe et les Etats-Unis, à « s’attaquer aux causes profondes de la crise des prix agricoles », afin de ne pas mettre en danger, à coup d’exportations plus ou moins subventionnées, la production dans les pays les plus pauvres de la planète.

En face, le gouvernement français n’a pas attendu cette attaque en règle pour défendre l’idée d’une PAC forte, quitte à la faire évoluer pour endiguer la crise alimentaire. D’après Michel Barnier, le ministre français soutenu lundi 19 mai à Bruxelles par un grand nombre de ses collègues, la crise alimentaire « donne une raison de consolider la politique agricole commune ».

Son homologue allemand affirme que la PAC « n’a rien à voir » avec l’envolée des cours. Pour les deux hommes, les subventions sont au contraire une réponse « à l’exigence d’une alimentation de qualité, diversifiée, et traçable ». Et peuvent permettre aux producteurs de faire face à la demande mondiale.

Les Français n’excluent pas de réduire à terme les aides attribuées aux céréaliers pour les orienter vers d’autres productions, comme les porcs ou les bovins, qui souffrent de la hausse du prix des céréales. « Les céréaliers peuvent très bien vivre du marché, ce qui permettrait de focaliser la politique agricole sur les autres fonctions de l’agriculture, comme l’environnement ou l’entretien de l’espace rural », estime, pour sa part, Philippe Chalmin, professeur d’économie à Paris-Dauphine.

Les agriculteurs européens, représentés au sein du Copa-Cogeca, dont l’actuel président n’est autre que Jean-Michel Lemétayer, le patron de la FNSEA, se rangent sans surprise du côté français. « Il faut une politique agricole, et le débat actuel sur l’alimentation mondiale montre que le pire serait de ne pas en avoir, car elle permet de se protéger et de développer son agriculture », estime M. Lemétayer. Et de regretter, dans le contexte de hausse des coûts des denrées, que l’Union européenne ait déjà autant abandonné ses outils de régulation des marchés. « Plus personne ne veut financer de stocks, alors il ne faut pas s’étonner que les cours s’envolent », explique-t-il.

En prenant les devants, Londres et Paris cherchent, au-delà du bilan de santé, à poser les jalons d’une future réforme de grande ampleur. « Nous sommes dans une période de transition, car le budget européen ne devrait être modifié qu’en 2013. Les Anglais se positionnent dès maintenant, ce qu’a bien compris Michel Barnier, car si en 2012 les prix restent élevés, alors la PAC pourrait bel et bien disparaître », explique Jean-Christophe Bureau, économiste à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et AgroParisTech.

Laetitia Clavreul et Philippe Ricard (à Bruxelles)

MONDIALISATION,OGM,Monsanto

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OGM et herbicide, produits phares de Monsanto, qui double son bénéfice

LEMONDE.FR avec AFP et AP | 02.04.08

Au deuxième trimestre de son exercice décalé 2007-2008, le groupe agrochimique américain Monsanto a enregistré un bénéfice net plus que doublé par rapport à l’année précédente. Il atteint 1,129 milliard de dollars (723,5 millions d’euros), en hausse de 107 %, explique le groupe dans un communiqué diffusé mercredi 2 avril. De fait, l’an passé, le bénéfice de l’entreprise s’élevait à 543 millions de dollars (348 millions d’euros).Le bénéfice par action s’affiche à 2,02 dollars (1,29 euro), nettement plus que les prévisions des analystes. Un expert de Thomson Financial estimait par exemple que l’action devait être valorisée à 1,72 dollar (1,10 euro). Au total, le chiffre d’affaires du groupe américain est en hausse de 44 %, à 3,779 milliards de dollars.L’entreprise, située à Saint-Louis, dans le Missouri, explique ses résultats par une forte demande de ses semences génétiquement modifiées, ainsi que par ses herbicides. « La performance de notre activité semences nous met sur la voie d’une nouvelle année exceptionnelle », a déclaré son PDG, Hugh Grant. Les bénéfices de cette activité, qui représente les deux tiers du chiffre d’affaires de Monsanto, ont progressé de 36 % au deuxième trimestre.

ESSOR DES MARCHÉS AMÉRICAIN ET BRÉSILIEN

Les semences génétiquement modifiées ont été particulièrement utilisées aux Etats-Unis et au Brésil. La demande de l’autre grande famille de produits du groupe, l’herbicide glyphosate, affiche une croissance encore supérieure à celle des semences génétiquement modifiées, avec un bénéfice triplé et des ventes presque doublées.

Le groupe américain se montre également optimiste pour les mois à venir. Monsanto prévoit que les deuxième et troisième trimestres seront les « principaux moteurs » des résultats annuels, précisant que « le quatrième trimestre se solde souvent par une perte », du fait de la saisonnalité de l’activité agricole.

Le marché a toutefois fraîchement accueilli la publication des résultats : l’action Monsanto a abandonné 1,28 % vers 14 h 50 (heure de Paris) dans les échanges électroniques, préalables à l’ouverture de la Bourse de New York

ETATS-UNIS et intolérance…

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Les “groupes de haine” se multiplient aux Etats-Unis

LE MONDE | 03.04.08

Alors que les Etats-Unis s’apprêtent à honorer la mémoire de Martin Luther King, à l’occasion du 40eanniversaire de son assassinat le 4 avril à Memphis (Tennessee), le Southern Poverty Law Center (SPLC) a publié une enquête montrant un accroissement de 48% depuis 2000 du nombre de groupes incitant à la haine raciale.

Le révérend Martin Luther King lors de son allocution sur les droits civiques à Washington, le 28 août 1963. AP

Le révérend Martin Luther King lors de son allocution sur les droits civiques à Washington, le 28 août 1963.


Fondé en 1971 à Montgomery (Alabama) par le juriste Morris Dees pour défendre en justice les militants des droits civiques, le SPLC publie chaque année un rapport sur les groupes extrémistes américains qui fait autorité. Pour l’année 2007, il dénombre 888 groupes. Aux classiques néo-nazis viennent désormais s’ajouter les mouvements anti-Latinos.Selon le SPLC, l’augmentation est due à la création de nouveaux groupes anti-immigrants. Les agressions racistes contre les Latinos ont augmenté de 35% entre 2003 et 2006. Le mouvement blâme les hommes politiques et certains médias qui ont fait un fonds de commerce de la dénonciation du coût des clandestins pour le système de santé ou d’éducation.

Parmi les exemples, le centre cite l’Emigration Party of Nevada selon qui “l’Amérique est détruite de l’intérieur par une version moderne de l’armée de Gengis Khan”. Les groupes radicaux croient généralement à un plan pour fondre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique dans un seul pays (cette crainte n’est pas l’apanage des marginaux : les Assemblées de 18 Etats ont passé des résolutions s’y opposant par avance).

Mark Potok, l’éditeur du rapport (Intelligence Report), se félicite cependant de ce que l’immigration ait cessé d’être considérée comme un thème porteur par les républicains, ceux-ci ayant choisi un candidat, John McCain, plutôt modéré sur le sujet. “Il apparaît que les Américains, au moins pour l’instant, rejettent la démonisation raciste au profit d’une discussion rationnelle sur le sujet”, estime-t-il.

Le rapport indique d’autre part que le Ku Klux Klan, qui s’est lui aussi reconverti dans la dénonciation des immigrants, a décliné en 2007 après cinq années de croissance (155 groupes locaux contre 165 en 2006). Il s’inquiète de l’apparition d’un groupe anti-homosexuels virulent (Watchmen on The Walls), d’origine slave. Enfin un nouveau groupe de Black Panthers (non lié au mouvement originel) s’est créé et a organisé un sommet du “pouvoir noir” en octobre, à Atlanta.

Corine Lesnes

MONDIALISATION et déreglementation aérienne …

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L’aéroport de Londres-Heathrow se retrouve au coeur de la libéralisation des vols transatlantiques

  LE MONDE | 29.03.08 

Le transport aérien va franchir une nouvelle étape. Après la déréglementation intervenue aux Etats-Unis en 1978 et la libéralisation du ciel européen en 1992, l’accord dit de « ciel ouvert » entre les Etats-Unis et l’Union européenne doit entrer en vigueur dimanche 30 mars. Ce texte, signé le 30 avril 2007, met fin à plus de soixante ans de réglementation et d’accords bilatéraux passés entre les pays européens et les Etats-Unis. Dès dimanche, toutes les compagnies aériennes européennes et américaines pourront relier en direct les villes de leur choix – et non plus seules les villes de leur pays d’origine – des deux côtés de l’Atlantique.

La première conséquence de cet accord devrait être très logiquement une augmentation de l’offre, dont devraient bénéficier, au premier chef, les voyageurs des deux continents. En effet, ces capacités supplémentaires, que Bruxelles estime à 8 % d’ici à la fin du mois de juin, devraient avoir des répercussions sensibles, à la baisse, sur les tarifs. Didier Bréchemier, spécialiste du transport aérien au cabinet Roland Berger, estime la baisse des prix entre 6 % et 10 %. Mais, ajoute M. Bréchemier, « cela ne devrait pas aller plus loin : les compagnies n’ont aucun intérêt à se lancer dans une guerre tarifaire ».La libéralisation des vols transatlantiques devrait surtout se faire sentir à l’aéroport de Londres-Heathrow, première plate-forme mondiale pour le trafic international avec 62,1 millions de passagers internationaux en 2007. C’est en effet lui qui capte la plus grande partie du trafic aérien entre les Etats-Unis et l’Europe. Quelque 14 des 50 millions de voyageurs qui font ce trajet y passent. Et l’ouverture du nouveau terminal 5 va permettre d’accroître ce chiffre.

 Ouvert en 1946, Heathrow est l'une des principales plaques tournantes du transport aérien mondial, et revendique le titre de premier aéroport pour le trafic international de passagers (67 millions par an).

AFP/Photo © BAA Limited

Ouvert en 1946, Heathrow est l’une des principales plaques tournantes du transport aérien mondial, et revendique le titre de premier aéroport pour le trafic international de passagers (67 millions par an).

L’ouverture à la concurrence va rendre caduc l’accord bilatéral vieux de trente ans qui régissait les vols entre Londres-Heathrow et les Etats-Unis. Depuis 1977 et l’accord Bermuda II, seules deux compagnies américaines, American Airlines et United Airlines, et deux britanniques, British Airways et Virgin, étaient autorisées à voler entre Heathrow et les Etats-Unis. Pendant toutes ces années, cet accord a été une manne non seulement pour l’aéroport de Londres mais aussi pour British Airways, leader sur les Etats-Unis.

Ce marché suscite les convoitises. Les débuts calamiteux du terminal 5 d’Heathrow, qui a ouvert ses portes jeudi 27 mars, ne devraient pas décourager les nouveaux entrants. Air France – qui pour l’occasion a créé une société commune avec Delta Airlines – va prendre ses quartiers dans cet aéroport dès lundi. Les deux fondateurs de l’alliance SkyTeam pourront ainsi partager les recettes et les coûts sur l’axe transatlantique. La première liaison exploitée sera Londres-Los Angeles, dès lundi, mais d’autres suivront rapidement, promet Air France. British Airways, pour sa part, devrait ouvrir à partir du mois de juin des liaisons entre les Etats-Unis et Paris ou Bruxelles.

Pour Fabio Gamba, secrétaire général adjoint de l’Association des compagnies aériennes, l’accord « ne bouleverse pas la donne générale ». Toutes les compagnies pratiquent aujourd’hui la politique du « hub » (plate-forme de correspondance). « Pour être rentables, les grandes compagnies ont besoin d’une plate-forme de correspondance, optimisant le remplissage, estime M. Gamba, cité par l’AFP. Air France remplit ses vols transatlantiques à l’aéroport de Roissy, grâce à une certaine synchronisation des avions arrivant de toutes les régions françaises. »

SECOND VOLET DE NÉGOCIATIONS

L’accord de « ciel ouvert » qui va entrer en vigueur est un rééquilibrage en faveur des compagnies européennes car leurs homologues américaines pouvaient déjà desservir presque toutes les capitales du Vieux Continent. Cela étant, cet accord reste incomplet. Un second volet devrait être négocié à partir des 15 et 16 mai à Ljubljana, en Slovénie.

Certains dossiers restent à régler. Le premier est celui de l’actionnariat et du niveau de participation d’un investisseur étranger dans le capital d’une compagnie aérienne américaine. Il est toujours limité à 25 % des droits de vote, ce qui, en clair, ne donne toujours aucun pouvoir à l’actionnaire étranger, alors que dans l’Union européenne, les droits de vote peuvent atteindre 49,9 %. L’UE compte beaucoup sur une évolution de la position américaine.

L’autre point à régler sera celui du cabotage : les transporteurs européens voudraient pouvoir faire du cabotage aux Etats-Unis, c’est-à-dire, à l’occasion d’un arrêt, prendre des passagers pour les redéposer à un autre endroit du pays. Les deux parties ont tout intérêt à trouver un accord car si elles n’y parviennent pas, les droits acquis lors du premier round de négociations seront suspendus.

François Bostnavaron

Heathrow sera le grand gagnant de l’ouverture du ciel

La libéralisation des vols transatlantiques devrait surtout se faire sentir à l'aéroport de Londres-Heathrow, première plate-forme mondiale pour le trafic international avec 62,1 millions de passagers internationaux en 2007. AP

La libéralisation des vols transatlantiques devrait surtout se faire sentir à l’aéroport de Londres-Heathrow, première plate-forme mondiale pour le trafic international avec 62,1 millions de passagers

LE MONDE | 31.03.08 

Heathrow va profiter du nouvel accord de ciel ouvert transatlantique entré en application dimanche 30 mars. L’aéroport londonien devrait accueillir un tiers de vols supplémentaires à destination des Etats-Unis cet été, consolidant ainsi son titre d’aéroport européen le plus fréquenté. Peu de nouvelles lignes devraient être ouvertes entre les autres capitales européennes et l’Amérique. Jusqu’à dimanche, seules quatre compagnies (American Airlines, British Airways, United Airlines et Virgin Atlantic) pouvaient voler entre Heathrow et les Etats-Unis. Dorénavant, tous ceux qui pourront acheter des créneaux de décollage et d’atterrissage pourront le faire. C’est notamment le cas d’Air France, de Continental Airlines, de Delta Airlines et d’US Airways.

On ne peut encore savoir si les nouveaux vols au départ d’Heathrow vont faire baisser les prix. Dans le contexte actuel de cherté du pétrole, les compagnies hésiteront sans doute à se lancer dans une guerre des tarifs. British Airways, qui domine Heathrow et dont deux tiers des marges sont dus aux vols transatlantiques, est la plus menacée par ce nouvel état de fait. Mais, si elle parvient à surmonter les problèmes actuels du nouveau terminal 5 et à maintenir sa prééminence, elle pourrait perdre moins de passagers que prévu.

Le grand gagnant devrait être Heathrow. L’aéroport a accueilli 62 millions de passagers en 2007, devant Paris-Charles-de-Gaulle (54,9 millions de passagers). Grâce au terminal 5, ce chiffre pourrait monter à 90 millions. Mais l’aéroport n’a que deux pistes. Et les créneaux existants se vendent jusqu’à 25 millions de livres, ce qui décourage certaines compagnies, comme Delta, d’ouvrir autant de lignes qu’elles le souhaiteraient. Bref, les nouveaux passagers viendront plus d’une augmentation des vols long-courriers opérés par de gros avions, au détriment des court-courriers et des petits appareils, que des nouveaux vols.


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MONDIALISATION:les ETATS-UNIS et la crise financière:vers un retour des régulations ?

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Henry Paulson veut élargir les pouvoirs de la Fed pour éviter les crises financières

LEMONDE.FR avec AFP | 31.03.08

Le secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson, a officiellement présenté, lundi 31 mars, un vaste projet de refonte de la réglementation financière américaine, destiné à en améliorer l’efficacité face aux crises financières. « Notre structure de réglementation actuelle n’a pas été construite pour faire face au système financier moderne avec ses acteurs divers, son innovation, la complexité de ses instruments financiers, son intégration mondiale », a affirmé M. Paulson. Rappelant que le gros de la législation actuelle avait été décidé au lendemain de la Grande Dépression des années 1930, il a assuré que ces textes avaient leur logique mais que, « si l’on regarde les marchés financiers aujourd’hui, le manque de conception d’ensemble est clair ». Alors que les compétences des diverses agences se chevauchent souvent, des pans entiers de l’activité financière – surtout les produits très complexes qui ont mené à la crise actuelle – échappent à toute législation. Aussi le projet de refonte vise-t-il à éliminer les redondances du système et à combler ses manques, avec des mesures échelonnées sur le court, le moyen et le long terme.

RÔLE-CLÉ POUR LA FED

L’aspect le plus spectaculaire de son projet est sans doute de confier à la Réserve fédérale (Fed) une mission considérablement accrue pour surveiller le système financier. Dans le nouveau système prévu par le Trésor, la Fed pourrait « surveiller les risques pesant sur l’ensemble du secteur financier », y compris les banques d’investissement, compagnies d’assurances et fonds d’investissements à risque (hedge funds), alors que sa mission actuelle la confine pour l’essentiel aux banques commerciales. « Elle aura des larges pouvoirs et l’autorité nécessaire pour traiter les défaillances menaçant notre stabilité financière », a assuré M. Paulson.

Parmi les autres mesures annoncées, on trouve la création d’une agence de surveillance des prêts immobiliers et la fusion de la Securities and Exchange Commission, autorité de régulation des marchés financiers américains, avec la Commodity Futures Trading Commission, autorité de régulation des marchés des matières premières.

Le secrétaire au Trésor a toutefois souligné que le projet, lancé en mars 2007, c’est-à-dire avant le début de la crise, ne serait pas mis en place avant plusieurs mois. Ces propositions interviennent alors que les autorités de régulation sont accusées de n’avoir pas su voir venir la menace que représentait le système des crédits immobiliers à risques (subprimes), qui a fini par s’écrouler durant l’été 2007, entraînant les Etats-Unis dans la plus grave crise financière qu’ils aient connue depuis plusieurs décennies.

Liberation 31 03 08

 La finance américaine mieux contrôlée?

Rtr1yylo_comp_2 Ce qu’il y a de bien avec les Américains, c’est qu’ils n’ont pas peur d’être pragmatiques dans le domaine économique. Ni de changer complètement de bord quand les événements leur donnent tort. Ainsi, comme attendu, le secrétaire d’Etat au Trésor, Henry Paulson (photo), a annoncé ce lundi un vaste projet de réforme des autorités de contrôle de la finance, qui vise à réguler le système et éviter le déclenchement de nouvelles crises. Le même Paulson, quand il occupait la présidence de la banque d’affaires Goldman Sachs, était un ardent partisan de la dérégulation. Qui permettait à son établissement d’engranger des milliards de bénéfices (et aujourd’hui autant de pertes)…

Il est encore un peu tôt pour analyser ce qu’impliquent véritablement toutes les propositions de Paulson, qui mettront, de son propre aveux, plusieurs années avant de se traduire en réformes concrètes. Son plan est divisé en trois: mesures à prendre à court terme, à moyen terme et à long terme. Mais, de toute façon, il devra être mis en œuvre par la prochaine administration, qui sera élue en novembre prochain. Suivant le résultat de ce vote, la réforme pourra prendre un aspect plus ou moins favorable au « Big business »…

Cependant, s’il était appliqué en l’état, le plan Paulson modifierait profondément le paysage de la finance américaine. Principaux changements: la Federal Reserve deviendait hyper-puissante, la Securities & Exchange Commission (SEC) verrait son rôle s’affaiblir et plusieurs autorités de surveillance nouvellement créées se verraient confier le soin de surveiller et réguler les marchés.

- Alors que sa mission actuelle est confinée actuellement au contrôle des banques commerciales, la Fed surveillerait ainsi l’ensemble des « risques pesant sur l’ensemble du secteur financier », soit les banques d’investissement, les compagnies d’assurances et les hedge funds.

- La SEC, autorité de régulation des marchés financiers américains, devrait fusionner avec la Commodity Futures Trading Commission, autorité de régulation des marchés des matières premières.

- Enfin, serait notamment créée une agence de surveillance des prêts immobiliers (la Mortgage origination Commission).

Rappelons que, dans l’histoire américaine, à chaque crise a succédé une série de réformes allant vers plus de régulation (le krach de 1929 a donné naissance à la SEC, le scandale Enron à la loi Sarbanes-Oxley, etc). De quoi prendre conscience, si cela ne l’était pas déjà fait, de la gravité de la crise financière actuelle.

(Photo: Reuters)

M. Paulson veut revoir intégralement la régulation financière

LE MONDE | 01.04.08 

Une grande réforme du système de régulation du système financier est absolument nécessaire pour promouvoir plus efficacement des marchés stables et résilients. » Dans un discours prononcé lundi 31 mars à Washington, le secrétaire au Trésor Henry Paulson a présenté la réforme la plus ambitieuse du système financier américain depuis les années 1930. Elle est détaillée dans un document de 218 pages intitulé « Blueprint for a Modernized Financial Regulatory Structure » (Projet pour une modernisation de la structure de régulation financière).

Le changement proposé le plus important, et d’ores et déjà le plus controversé, concerne la Réserve fédérale (Fed). Le secrétaire au Trésor estime que la banque centrale doit désormais devenir, en quelque sorte, un super-gendarme responsable de la stabilité des marchés. La Fed abandonnerait la supervision des banques à une nouvelle entité créée pour cela et utiliserait une autorité élargie pour surveiller toute entreprise ou toute activité susceptibles de déstabiliser les marchés. « Ils auraient des pouvoirs plus importants et pourraient intervenir partout dans le système si c’est nécessaire », explique M. Paulson.Une commission fédérale de surveillance des prêts immobiliers serait mise en place afin de « mieux protéger les consommateurs ». Elle aurait pour mission de fixer des critères pour l’attribution des licences aux courtiers en prêts immobiliers et de contrôler le système hypothécaire dans tous les Etats américains. L’autorité des marchés, la Securities and Exchange Commission (SEC), fusionnerait avec la Commodity Futures Trading Commission, l’autorité de régulation des marchés à terme. Enfin, une agence fédérale serait responsable de la régulation des compagnies d’assurance qui aujourd’hui dépendent des Etats.

Le secrétaire au Trésor est parti d’un constat unanime : le système de régulation ne fonctionne plus. Aucune des autorités de contrôle n’a été capable d’empêcher la crise des crédits immobiliers à risques (subprimes) et de prévoir qu’elle allait contaminer l’ensemble du système bancaire.

Les crises financières majeures – de la panique de 1907 à la grande dépression en passant par le krach boursier d’octobre 1987 – ont toujours été l’occasion de réformer, à chaud, la régulation financière pour tenter de corriger les erreurs passées. Le système actuel, construit par strates depuis plus d’un siècle, n’est plus du tout adapté. « Notre structure de réglementation n’a pas été construite pour faire face au système financier moderne avec ses acteurs divers, son innovation, la complexité de ses instruments financiers, son intégration mondiale », reconnaît M. Paulson. Les critiques soulignent que trop d’organismes publics ont des compétences. Et des juridictions se chevauchent quand, dans le même temps, des pans entiers de l’activité financière sont livrés à eux-mêmes. Les spécialistes des crédits hypothécaires, par exemple, ne sont contrôlés par personne.

Ancien directeur général de la prestigieuse banque d’affaires américaine Goldman Sachs, M. Paulson est pourtant loin d’être un partisan d’un contrôle à outrance des établissements financiers. Il prône plutôt, et depuis longtemps, une simplification et un regroupement des autorités afin de leur permettre d’être plus efficaces. Il explique d’ailleurs que ces réformes ne permettront pas d’éviter toutes les futures crises. « Je ne pense pas qu’un système de régulation puisse changer cela. Nous dépendons avant tout de la discipline de marché. Cela dit, nous avons besoin d’un système plus efficace qui nous donne plus de chances et de meilleurs outils pour essayer de régler les problèmes », déclare-t-il.

Mais les obstacles politiques sont tels que ces réformes ne sont pas prêtes de voir le jour. Il n’y a presque aucune chance pour que les principales propositions soient débattues avant la fin de la présidence Bush. Le secrétaire au Trésor peut seulement espérer qu’elles serviront de base à la réflexion que mènera la future administration, quelle que soit sa couleur politique. Il faut dire que George W. Bush n’est pas vraiment crédible dans le domaine de la régulation financière après avoir longtemps tenté de l’affaiblir, estimant qu’elle était trop lourde et handicapait les établissements financiers américains et la place de New York. Quant aux démocrates, la plupart affirment que la crise est la conséquence d’une insuffisance de contrôle.

Il y aussi un autre obstacle sérieux. Réformer au beau milieu d’une crise n’est pas forcément judicieux. « C’est probablement une mauvaise idée de passer beaucoup de temps à débattre de l’organisation des pompiers au moment où l’incendie s’étend et où aucune enquête sur son origine n’a été faite », explique Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor de l’administration Clinton.

Eric Leser

ETATS-UNIS,MONDIALISATION,SPECULATION:un retour aux interventions de l’Etat-Providence?

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CRISE FINANCIÈRE

Washington pourrait cautionner les prêts immobiliers:la FED y pense,Bush ne s’y résoud pas pour l’instant…

LE MONDE | 24.03.08 

Pour éviter que l’éclatement de la bulle du crédit immobilier américain ne fasse s’effondrer le système bancaire, toutes les solutions sont envisagées, même les plus radicales. L’hypothèse qui circule aujourd’hui aux Etats-Unis, dans le cas où la situation deviendrait incontrôlable, est celle d’un rachat massif par le gouvernement des produits financiers basés sur les crédits immobiliers ou « mortgage backed securities » (MBS). L’Etat apporterait sa caution et cela permettrait de régler le problème, récurrent depuis l’été, du financement des établissements bancaires dont les bilans portent des actifs dont il est devenu impossible d’établir la valeur.

Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI) et professeur à Harvard, chiffre entre deux et trois mille milliards de dollars (jusqu’à deux milliards d’euros) le coût d’un tel rachat. Il estime que la perte serait d’au moins 500 milliards de dollars pour le contribuable américain. « On serait dans la même logique, mais à une tout autre échelle, que le renflouement et la liquidation des Caisses d’épargne américaines à la fin des années 1980 à la suite déjà d’une crise immobilière », explique M. Rogoff. Cela permettrait de donner une valeur aux crédits immobiliers et de chiffrer définitivement les pertes bancaires, ce qui rétablirait la confiance.

 La Réserve fédérale américaine, à Washington. AFP/KAREN BLEIER

La Réserve fédérale

Le Financial Times révèle, dans son édition datée des 22 et 23 mars, que plusieurs banques centrales, dont la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne (BCE), ont commencé à évoquer ensemble la possibilité d’une telle opération. La Banque d’Angleterre a reconnu avoir des discussions avec ses homologues sur les moyens de « faire baisser la tension » sur les marchés financiers, mais dément avoir l’intention de solliciter le contribuable pour assumer les risques de crédits à la place des établissements financiers. La banque centrale ajoute qu’elle ne fait pas partie « de celles » qui « envisagent » l’achat de produits financiers contenant des prêts immobiliers.

Les réticences seraient encore plus grandes à Francfort du côté de la BCE qui se refuse à tout commentaire. L’idée fait surtout son chemin aux Etats-Unis, même si un porte-parole de la Fed a déclaré samedi que « la Réserve fédérale n’est pas engagée dans des discussions avec des banques centrales étrangères pour un rachat coordonné des MBS ». Elle ne rejette pas pour autant par principe toute intervention de cette nature qui peut, selon elle, être justifiée dans certains cas, mais seulement en dernier recours.

Le fait qu’une telle hypothèse soit évoquée illustre en tout cas la crainte des banques centrales de voir la situation leur échapper une semaine seulement après le sauvetage de la cinquième banque d’affaires américaine, Bear Stearns.

« Nous n’y sommes pas encore, mais nous approchons du troisième stade d’une crise financière quand la banque centrale a dépensé toutes ses munitions et ne parvient pas à restaurer l’équilibre. Il reste alors trois choix possibles : la dépression, l’inflation ou l’intervention publique », souligne J. Bradford Delong, professeur d’économie à l’université de Berkeley et ancien secrétaire adjoint au Trésor dans l’administration Clinton. « La dépression est impensable, l’inflation par la planche à billet est vraiment à éviter, il ne reste plus que l’intervention de l’Etat parce que la quantité d’actifs compromis est trop importante pour être absorbée par les intermédiaires financiers », ajoute-t-il.

La décision, sans précédent, de racheter et de cautionner les crédits immobiliers ne serait de toute façon pas du seul ressort des banques centrales mais avant tout des gouvernements. Elle supposerait un engagement massif des finances publiques et présenterait de sérieux risques politiques. Aujourd’hui, la Maison Blanche n’y est pas prête et le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, n’y serait pas favorable. Il faudrait justifier auprès de l’opinion l’utilisation d’argent public pour sauver des banques ayant pris des risques inconsidérés.

Pour le moment, la Fed et l’administration estiment que la situation n’est pas suffisamment dramatique pour en arriver là. La Réserve fédérale entend d’abord mesurer l’efficacité de ses fortes baisses de taux d’intérêts depuis six mois et des mesures de refinancements exceptionnelles pour les établissements financiers qu’elle a mises en place.

Eric Leser

Le JAPON pousse dans ce sens:« une injection de fonds publics est inévitable »« Les Etats-Unis devraient utiliser l’argent public pour venr en aide à leurs banques en détresse et calmer ainsi la crise financière mondiale », a affirmé le ministre japonais des services financiers, Yoshimi Watanabe, dans un entretien publié lundi 24 mars par le Financial Times. M. Watanabe a invité Washington à s’inspirer de l’exemple du Japon, dont le système bancaire avait été au bord de l’effondrement dans les années 1990 après l’éclatement d’une bulle spéculative immobilière, avant de se redresser grâce à un plan de sauvetage gouvernemental financé par le contribuable.« Il est essentiel de comprendre, à partir de la leçon du Japon, qu’une injection de fonds est inévitable » dans le secteur bancaire, a déclaré M. Watanabe au quotidien économique britannique. Il a reconnu qu’il est « très difficile pour le Japon de faire passer ce message à un gouvernement étranger », mais il a suggéré de formuler ce conseil dans le cadre des réunions des ministres des finances et banquiers centraux du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, Canada). – (AFP.)

Problèmes énergétiques,problèmes écologiques:les déchets nucléaires aux ETATS-UNIS.

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Dans le Nevada, polémique autour du futur site de stockage des déchets nucléaires américains

-Reportage  réalisé en 2004  par France2:

Reportage de Gilles JACQUIER et Martine LAROCHE-JOUBERT    L'image “http://journalistes-reporters-dimages.france2.fr/IMG/jpg/USAnucleaire.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

à voir sur———)http://journalistes-reporters-dimages.france2.fr/player.php3?id_article=127&id_rubrique=54

-Article du MONDE | 19.03.08

YUCCA MOUNTAIN (NEVADA) ENVOYÉE SPÉCIALE

« Bien sûr, vous pouvez venir à Yucca Mountain, comme cela vous verrez à quel point c’est loin de tout », a dit d’emblée Allen Benson, le directeur des affaires extérieures de l’office chargé de la gestion des déchets radioactifs américains. Rendez-vous a donc été pris au bureau de l’office à Las Vegas, capitale économique du Nevada et capitale mondiale du jeu. Le futur site de stockage des déchets nucléaires américains se trouve à une heure et demie de route. La région a une vocation nucléaire : le site empiète sur l’ancienne zone d’essais atmosphériques et souterrains. Après le passage de plusieurs barrages de sécurité, Yucca Mountain, née il y douze millions d’années d’une éruption volcanique, apparaît. L’arête culmine à 1 507 m. Tout autour, la pierre est rousse et l’herbe jaune, nous sommes dans le désert

C’est ici que le gouvernement fédéral a décidé d’enfouir le combustible usagé généré par la centaine de centrales nucléaires américaines, qui fournissent 20 % de l’électricité du pays, et les déchets issus d’activités militaires. Certains produits de fission seront radioactifs pendant des millions d’années. « L’objectif est de les isoler de manière permanente, explique M. Benson. Il faut qu’après quelques centaines d’années, on puisse fermer le site et le laisser sans surveillance. » Que seront devenus alors les Etats-Unis ? Personne ne peut l’imaginer, « mais il faudra que les gens soient protégés », proclame M. Benson.Selon le département de l’énergie, Yucca Mountain a été choisie parce qu’elle est « éloignée et sûre ». Les déchets seront stockés dans 65 kilomètres de galeries, à 300 mètres sous terre, 300 mètres au-dessus de la nappe d’eau souterraine. Le contact entre l’eau et le combustible usé est à éviter absolument car l’élément liquide transporte les radionucléides. « Ici, il tombe 16 centimètres d’eau par an, l’essentiel s’évapore ou est absorbé par la végétation, poursuit M. Benson. De plus, l’eau qui s’infiltre n’est connectée à aucun lac, fleuve ou océan. » Les déchets seront stockés dans 11 000 cylindres en alliage de métaux, qui pourraient être recouverts d’une protection supplémentaire en titane. Le tout ne commencera pas à rouiller avant 80 000 ans, affirme le département de l’énergie..

Le site de Yucca Mountain, dans le Nevada, devait recevoir des déchets nucléaires américains.AVENTURIER PATRICK

Le site de Yucca Mountain, dans le Nevada
Les habitants du Nevada et leurs élus ont une autre vision. (…)Selon les opposants, si les critères techniques avaient été pris en compte, le site aurait été disqualifié. « On sait que l’eau se déplace à travers la roche, qui est pleine de failles et de fractures, affirme Judy Treichel, opposante historique au projet. Tout repose sur la solidité des protections de métal. Mais comment peut-on avoir l’assurance qu’elles résisteront aux échelles de temps considérées ? »

Depuis 1987, la population de l’agglomération de Las Vegas, dont le taux de croissance est le plus élevé des Etats-Unis, est passée de 700 000 à 2 millions d’habitants. Elle accueille 39 millions de visiteurs par an. Le maire a affirmé qu’il faudrait que les convois de combustible usagé lui roulent sur le corps pour traverser sa ville. Les Indiens Shoshone renforcent ce front. Selon eux, Yucca Mountain se trouve sur un territoire relevant de leur souveraineté.

Mais l’opposant le plus acharné est le sénateur du Nevada Harry Reid, devenu en 2006 le leader de la majorité démocrate au Sénat. « Las Vegas est en plein développement, un accident aurait des conséquences sanitaires et économiques considérables, commente-t-on au bureau du sénateur à Washington. En outre, il est trop risqué de transporter la substance la plus dangereuse connue sur terre sur les voies ferrées et les routes du pays. »

« Notre sénateur est assez puissant pour leur couper chaque année leur budget », se félicite M. Frishman. En 2008, le budget de l’office s’élèvera à 386 millions de dollars (246 millions d’euros), contre 495 millions de dollars demandés, ce qui équivaut à 500 emplois en moins. Du coup, l’activité sur le site est au point mort. « Il y avait des centaines de personnes qui travaillaient ici, aujourd’hui, il n’y en a plus qu’une dizaine », se désole M. Benson. Le tunnel d’essai qui devait servir de porte d’entrée au site, terminé en 1987, n’est plus visitable : l’office n’a plus les moyens de payer l’éclairage ni la ventilation.

Du fait de la guérilla judiciaire et politique menée par les opposants, le retard s’accumule. Le site devait ouvrir en 1998. S’il franchit toutes les étapes, il ouvrira au mieux en 2020. Et le sujet ne sera pas clos. Car les déchets qui se sont accumulés sur le territoire américain depuis soixante ans suffiront à le remplir. Il faut d’ores et déjà prévoir une extension.

La facture s’alourdit. Environ 11 milliards de dollars ont été dépensés jusqu’à présent. Les producteurs d’énergie, qui abondent le budget de l’office et sont contraints de stocker les déchets dans 121 sites de production, réclament des indemnisations devant les tribunaux. L’Etat fédéral leur a déjà payé 300 millions de dollars.

L’élection présidentielle de novembre pourrait décider du sort de Yucca Mountain. Les démocrates Barack Obama et Hillary Clinton ont tous deux affirmé qu’ils remettraient en cause le projet s’ils étaient élus, tandis que le candidat républicain John McCain le soutient. (…)

Gaëlle Dupont

ETATS-UNIS:les Américains et le contrôle des armes à feu

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ÉTATS-UNIS INTERPRÉTATION DU 2E AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION

L’examen par la Cour suprême du droit de porter des armes à feu divise les Américains

LEMONDE.FR | 19.03.08

ÉTATS-UNIS INTERPRÉTATION DU 2E AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION

Pour la première fois depuis soixante-neuf ans, la Cour suprême des Etats-Unis a examiné, mardi 18 mars, une affaire concernant le droit des Américains à porter des armes à feu. Les neuf juges ont entendu le recours introduit par un particulier contre la ville de Washington, qui a l’une des législations les plus rigoureuses du pays en matière de contrôle des armes.Leur décision, qui sera rendue en juin, est très attendue : l’interprétation du 2e amendement de la Constitution reste un objet de controverse. Pour les uns, cet amendement constitue la reconnaissance du droit individuel de chaque Américain à posséder des armes. Pour d’autres, il ne traduit qu’un droit collectif s’appliquant seulement aux « milices » évoquées dans ce texte de 1789.Depuis 1976, les armes de poing sont interdites dans la capitale fédérale (580 000 habitants). (…)

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Pendant l’audience, les juges ont semblé pencher majoritairement en faveur du droit individuel des habitants à posséder des armes. (…)Les partisans des armes se sont beaucoup investis dans cet épisode judiciaire. Fait rarissime, le vice-président Dick Cheney a pris publiquement (…)position (…)

(…) 59% des Américains soutiennent une législation comparable à celle en vigueur à Washington (où elle est appuyée par 76% des résidents) (…). Les trois prétendants à l’élection présidentielle sont « tous des avocats convaincus du contrôle », a-t-il dit, y compris le républicain John McCain. « Cette année, la NRA (le lobby des armes à feu) a du mal à trouver un candidat qui partage ses vues »(…)

Corine Lesnes

LIBERATION

 Aux Etats-unis, la guerre du feu est repartie

Le débat sur la législation des armes refait surface, mais le lobby des proarmes de la NRA reste très puissant.

Par Fabrice ROUSSELOT

QUOTIDIEN : mercredi 18 avril 2007

Au début de l’année, l’incident avait plutôt fait sourire la presse américaine. Un assistant du sénateur démocrate de Virginie, Jim Webb, s’était fait arrêter par la police à Washington. Il avait tout simplement tenté d’introduire l’une des armes personnelles du sénateur au Capitole…

En Virginie, comme dans beaucoup d’autres Etats du Sud américain, les armes à feu font partie du paysage. La législation sur les armes est l’une des plus permissives du pays. Un mineur par exemple ne peut acheter une arme de poing ou un fusil d’assaut, mais il peut acquérir n’importe quoi d’autre. De même si l’Etat impose un contrôle des antécédents judiciaire ou psychiatrique pour les armes neuves, l’achat d’armes d’occasion est sans restriction aucune pour les plus de 18 ans…

Depuis la tragédie de Columbine en avril 1999, la polémique sur le contrôle des armes revient de façon récurrente aux Etats-Unis, mais la loi ne change pas, tant au niveau fédéral qu’au niveau des Etats.

Le débat est largement verrouillé par la NRA (National Rifle Association), qui depuis sa création en 1871 s’est imposée comme l’un des plus importants lobbies outre-Atlantique. Avec ses quatre millions de membres et ses dizaines de millions de sympathisants, la NRA pèse sur tous les scrutins du pays.

 http://www.leblog-politique.fr/wp-content/uploads/Frederique/NRA.jpg

 La réalité est qu’aujourd’hui, à Washington ou ailleurs, il est quasi impossible de se faire élire sans son soutien(..).George W. Bush (…) s’est largement appuyé sur la NRA pour son accession au poste de gouverneur du Texas, puis dans sa course à la Maison Blanche. (…P)as question de revoir la législation sur les armes.Mais même si la NRA ne cache pas ses sympathies républicaines, son influence va bien au-delà. En 2004, John Kerry, le candidat démocrate à la présidence, n’avait pas hésité à poser en tenue de chasseur, armes à la main, pour ne pas s’aliéner l’industrie des armes. Avant lui, Al Gore et Bill Clinton avaient fait de même.(…)

La NRA n’a pas bougé sa position d’un iota. Elle s’est une nouvelle fois réfugiée derrière le deuxième amendement de la Constitution, qui garantit aux citoyens «le droit de garder et de porter des armes». Et a même suggéré que si les étudiants avaient disposé d’armes sur le campus, ils auraient pu se défendre(…Seul) Barack Obama, (…)candidat à la Maison Blanche pour 2008 a estimé qu’il fallait peut-être se pencher sur les «moyens de prévenir ce genre de tragédie».

«Le gouvernement américain protège l’industrie des armes»

ENTRETIEN • Benoit Muraciolle, chercheur pour Amnesty International et responsable de la campagne « control arms », dénonce l’administration Bush .

Par Grégory ONILLON – LIBERATION.FR : mardi 17 avril 2007

Sur la législation des armes à feu aux Etats Unis, la situation a-t-elle changé depuis Columbine ?
(…)en 2002, l’administration Bush a refusé un projet de loi sur le marquage des munitions permettant une traçabilité dans l’usage des armes à feu, Ensuite il y a eu le vote d’une loi rejetant toute responsabilité de l’industrie des armes, aucune plainte ne peut être désormais adressée aux constructeurs d’armes(…) Le gouvernement américain protège l’industrie des armes et continue de se montrer peu clair pour reconnaître la causalité entre la violence et les armes à feu.

Est-il facile de se procurer une arme ?
En Virginie,(…) il est possible d’acheter une arme à partir de 12 ans, ceci sans l’accord des parents. Aux Etats Unis, des études montrent que 70% des armes passent dans un réseau illégal dans les 3 ans qui suivent leur acquisition. La législation sur l’acquisition d’une arme peut différer d’un état à l’autre et il y a de nombreuses lacunes dans l’application de ces lois.

Le lobby des armes est-il toujours puissant aux Etats-Unis ?
La NRA (National Rifle Association) affiche 4 millions de membres à travers les Etats Unis. Elle agit comme un lobby puissant au niveau politique. (. ..)En 2006, 153 gouvernements ont apporté leur soutien à la proposition d’un traité international visant à interdire les transferts d’armes qui alimentent les conflits, la pauvreté et les graves atteintes aux droits humains. Seuls les États-Unis ont voté contre. La NRA a fait pression sur le gouvernement américain pour la non ratification de ce traité.

Vous pensez que la situation peut évoluer ?
Pour changer la situation, il faudrait améliorer l’encadrement et le suivi des porteurs d’arme. On peut prendre l’exemple de l’Australie et du Canada qui, suite à un durcissement de la législation et à une opération de sensibilation sur les armes, ont vu une baisse des homicides par arme a feu de deux tiers.
 (…) Le plus urgent est de changer les lois et de pratiquer une sensibilisation sur le sujet. Il y a toujours 30.000 morts par an aux Etats Unis à cause des armes à feu.

32 personnes ont été abattues sur le campus de Virginia Tech.
32 personnes ont été abattues sur le campus de Virginia Tech.AP

EUROCLES.COM

Les USA condamnés à subir la violence des armes à feu ? [02-11-2006]

par Bernd Debusmann
WASHINGTON, 2 novembre (Reuters) – En marge de l’ »American way of life », il faudrait probablement évoquer une façon propre aux Américains de mourir. Plus de 30.000 personnes sont tuées chaque année aux Etats-Unis par des armes à feu, dans des circonstances accidentelles, des suicides ou des meurtres.
Or rien ne laisse penser que cette moyenne de 82 décès par jour diminuera à court terme.
A l’approche des élections de mi-mandat, le débat sur le contrôle des armes à feu a été brièvement relancé par une série de fusillades dans des écoles.
Le 2 octobre dernier, dans une école de Pennsylvanie appartenant à la communauté amish, un homme de 32 ans a méthodiquement tué d’une balle dans la tête cinq jeunes filles et en a blessées cinq autres avant de se donner la mort. Dans le Missouri, un jeune de 13 ans a pointé un AK-47 contre un responsable et des étudiants avant de tirer au plafond.
Lors d’une conférence organisée à la hâte à la Maison blanche sur la sécurité dans les écoles, des spécialistes ont évoqué la délinquance à l’école, la nécessité de promouvoir les valeurs religieuses ou la bonne communication entre les parents et les écoles mais aussi l’installation de détecteurs de métaux.
Le mot « arme » n’a pas été prononcé une seule fois avant qu’un jeune n’alerte le panel rassemblé autour de l’Attorney General (ministre de la Justice) Alberto Gonzales: le dénominateur commun entre toutes les tueries, a-t-il dit, c’est la facilité avec laquelle on peut se procurer des armes à feu aux Etats-Unis.
George Bush et sa femme ont assisté à d’autres tables rondes, et soigneusement évité d’aborder la question des armes.

200 MILLIONS D’ARMES EN CIRCULATION
« L’administration Bush s’oppose totalement à l’évocation du rôle crucial que jouent les armes dans les violences scolaires », estime Kristen Rand, du Centre sur les politiques contre la violence, qui milite pour le contrôle des armes mais qui n’avait pas été conviée à la conférence de la Maison blanche.
(…)Le département américain de la Justice évalue à plus de 200 millions le nombre d’armes en circulation dans la sphère privée aux Etats-Unis. Ce chiffre, le plus élevé au monde, grossirait de plusieurs millions chaque année.
Ces sept dernières années, la production annuelle de pistolets, de revolvers et de fusils à destination du marché civil américain a oscillé entre 2,6 millions et plus de trois millions, selon les chiffres du Bureau des alcools, des armes à feu, du tabac et des explosifs.
« Le niveau des violences mortelles aux Etats-Unis est totalement déconnecté de celui des autres nations industrielles », souligne David Hemenway, directeur du Harvard Injury Control Research Center. »Le fait que la majorité des violences mortelles implique des armes à feu accrédite l’hypothèse selon laquelle la multiplication des armes est une raison première. »
Cette hypothèse largement acceptée est contestée avec véhémence par les défenseurs du libre accès aux armes, au premier rang desquels l’Association nationale pour les armes à feu (NRA) qui se réfugie derrière le deuxième amendement pour affirmer que tout citoyen a le droit de posséder une arme.
« Ce ne sont pas les armes qui tuent les gens », affirme la NRA. « Ce sont les gens qui tuent les gens. »(…)
La NRA, dont l’influence est énorme à Washington, se prononce traditionnellement sur les candidats aux élections locales et nationales sur le seul critère de leur position relative au droit de posséder une arme.
Le lobbying intense de la NRA lui a valu un certain nombre de victoires sur les associations pour le contrôle des armes. Ainsi en 2004, le Congrès a voté la suspension de l’interdiction de posséder des armes d’assaut, de la catégorie de l’AK-47 utilisé lors de la fusillade dans l’école du Missouri.
« Il est évident que les deux dernières années représentent une des meilleures législatures pour les propriétaires d’armes », a fait savoir en octobre la NRA dans un message à ses quatre millions de membres. « Nos efforts et nos victoires doivent être protégées. »
 (…)Le bilan annuel des morts par armes à feu aux Etats-Unis est dix fois supérieur au chiffre cumulé des pertes militaires américaines en Irak et en Afghanistan(…)Les statisticiens jugent le parallèle hasardeux. Il a pourtant déjà été dressé par le passé. C’était par l’ancien président George H.W. Bush au sortir de la Guerre du Golfe.
« Au cours des trois premiers jours de l’offensive terrestre, davantage d’Américains ont été tués dans les villes américaines que sur l’ensemble du front koweïtien », avait-il dit. « Pensez-y! Un de nos courageux garde nationaux était peut-être davantage en sécurité au coeur de la plus grande offensive blindée de l’histoire que dans les rues de sa ville natale. »
La remarque date de 1991, année où le nombre d’homicides avait atteint le nombre record de 24.700. Il a depuis décliné progressivement pour se stabiliser l’année dernière en-dessous de 17.000. Dans 66% des cas, des armes à feu étaient en cause.
« On note des signes d’évolution des comportements liés aux armes, notamment chez les jeunes », observe Kristen Rand, du Centre sur les politiques contre la violence. « Mais le changement sera lent, sans doute sur les 20 ou 30 prochaines années. » /JCL

MONDIALISATION financière: »Très, très grave pour tour le monde…. »:vers un krack à la 1929 ?

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Daniel Cohen :  » le système ne pourra pas s’en tirer seul … « 

LE MONDE | 18.03.08

Pourquoi assiste-t-on à une aggravation de la crise financière depuis deuxjours ? La cause immédiate en est le rachat par JPMorgan de la banque d’affaires Bear Stearns quasiment pour un « franc symbolique ». Personne n’imaginait que la situation était (aussi)grave (…et)cela met en lumière le fait que la Réserve fédérale américaine [Fed] n’a pas les outils adaptés pour faire face.

L'entrée du siège social de la banque Bear Stearns à New York.Getty Images

Après avoir été renflouée d’urgence, la banque d’investissement Bear Stearns a été rachetée par sa concurrente JP Morgan Chase pour environ 236 millions de dollars afin d’éviter sa faillite.

La crise s’est installée en trois temps.

1 (…)tout le monde a cru que l’affaire « américains » avait déclenché une crise de liquidité.

2(…) derrière les notes « triple A » des agences de notation, on a découvert des actifs vraiment insolvables et des maquillages qui représentent autant d’escroqueries morales et financières(..L)es dégâts sont passés à 200 ou 300 milliards de dollars [127 ou 190 milliards d'euros] dans les comptes des établissements ayant acheté ces « subprimes ». La crise est devenue une crise de solvabilité.

3(.. ).l’ensemble du marché hypothécaire américain est maintenant touché, car les prêts à risque ne sont plus les seuls concernés:sous l’effet de la baisse des taux, les actifs avaient pris de la valeur et généré des plus-values immobilières, déclenchant un phénomène de bulle et de richesse qui poussait la consommation.Désormais le système américain fonctionne en sens inverse, c’est-à-dire que les ménages constatent que leur dette excède le prix de leur maison; ils rendent les clés à leur banque et stoppent leurs remboursements. Et le château de cartes s’effondre.

Une aversion au risque s’installe. Les banques ne se font plus confiance entre elles. Le coût du financement se durcit, parce que le crédit devient plus difficile à obtenir et non parce que les taux augmentent. La défiance engendre la défiance et le système financier s’installe dans un cercle vicieux.

Pourquoi les banques centrales ne sont-elles pas parvenues à l’éviter ?

Dans la phase un de la crise, elles ont injecté des liquidités. Dans la phase deux, la Fed a baissé ses taux, ce qui permet une recapitalisation des établissements, mais trop lente.

Voici que, comme lors de la crise de 1929, la Fed ressort des instruments non bancaires et s’autorise même à prendre en pension des actifs risqués!

Le patron de la Fed, la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke.

En fait, la bonne solution consisterait à faire ce que l’on a fait en France avec le Crédit lyonnais. On a séparé le bon grain de l’ivraie, les vrais actifs des insolvables, avant de recapitaliser.

Mais il est inconcevable de recapitaliser la totalité du système financier malade : cela nécessiterait des sommes considérables.

Quelle thérapeutique serait efficace ?

Restaurer la solvabilité des ménages est inadapté et les banques centrales font la preuve qu’elles n’ont pas les moyens de traiter le problème(…Il faut que le G7 ait le culot de créer un fond public de réserve pour se porter au secours des établissements en difficulté.

Sinon, il faudra reconnaître que les seuls sauveurs possibles sont les fonds souverains et qu’on est passé à une nouvelle étape de la mondialisation qui ne concerne plus la libéralisation du textile par exemple, mais la libéralisation des liquidités. S’interdire de réfléchir à ces solutions atypiques conduirait à laisser la crise s’aggraver, car le système ne pourra s’en tirer seul.

A quelles réformes les banques doivent-elles s’astreindre pour éviter la répétition de cette crise ?

On savait depuis la crise de 1929 qu’il n’était pas une bonne chose que les banques d’affaires soient mariées avec les banques de dépôt. Les aléas des investissements à risque peuvent polluer les prêts aux entreprises et aux particuliers. N’est-il pas paradoxal de vivre aujourd’hui une crise financière, alors que l’économie réelle mondiale est en bonne santé ? Il faut donc sauver le système financier contre lui-même et revenir à une séparation entre banques d’affaires et banques de dépôt.

La possible baisse des taux de la Fed vous semble-t-elle inutile ?

Elle laisse entière la menace de stagflation qui pèse sur l’économie américaine. Car l’inflation par les cours des matières premières semble devoir se poursuivre, alors que le refroidissement est à l’œuvre.

Normalement, le ralentissement de l’économie des Etats-Unis devrait faire baisser ces produits de base. Si tel n’était pas le cas, cela prouverait que la banque centrale a perdu sa crédibilité auprès des marchés, et ce serait vraiment très, très grave pour tour le monde.

(extraits des propos recueillis par Alain Faujas)

LIBERATION

 La chute de la banque d’affaires Bear Stearns

Elle est intervenue en fin de semaine dernière, est un événement spectaculaire. Qu’on en juge : au milieu de la semaine, la banque disposait de 17 milliards de dollars de liquidités. Vendredi soir, elle n’avait plus un sou. Dix-sept milliards de dollars perdus en 48 heures (et même moins, en considérant que les marchés ont des heures de fermeture) ; cela représente 35 millions de dollars par heure, près de 6 millions par minute ; soit environ 100 000 dollars de pertes par seconde. De tels chiffres donnent le vertige, même lorsqu’on est habitué aux montants astronomiques de la finance moderne. Que s’est-il passé?

Bear Stearns a tout simplement été victime du pire accident possible pour une banque : un «bank run». Ce mécanisme est plutôt connu pour les banques de dépôt. Il faut savoir que les banques ne disposent pas, sous forme de liquidités, de la totalité de l’argent que leurs clients leur ont prêté : les contreparties des dépôts sont des titres acquis par la banque, ou des crédits accordés. C’est la nature même du métier bancaire : collecter de l’argent, en le rémunérant, et le prêter, en gagnant de l’argent sur la différence entre le rendement perçu et le rendement versé. Bear Stearns était une banque d’affaires, ce qui signifie qu’elle ne collectait pas d’argent sous forme de dépôts, mais sous forme d’émission de titres; le principe général reste le même.

Supposez maintenant que les clients de la banque, qui lui ont prêté de l’argent, s’inquiètent de la capacité de celle-ci à les rembourser, suite à des inquiétudes sur les crédits accordés ou les titres détenus par celle-ci; certains vont alors, par anticipation, chercher à retirer leur argent, réduire leur créance envers la banque, contre liquidités. Dans le cas d’une banque de dépôt, cela prend la forme d’un grand nombre de déposants faisant la queue au guichet pour vider leur compte. La banque se trouve donc dans l’obligation de verser des liquidités à ses clients. Mais, on l’a dit, l’essentiel de ses actifs est composé de crédits accordés ou de titres. Il lui est donc nécessaire de trouver des acheteurs pour les titres qu’elle détient (en pratique, d’autres banques ou organismes financiers disposés à lui prêter temporairement de l’argent, en recevant des titres en échange).

Mais c’est là que la mécanique peut devenir très dangereuse. Si au départ, la raison pour laquelle les clients de la banque ont retiré leur argent est une inquiétude sur la nature de ses actifs, cela signifie que la banque va avoir des difficultés à trouver à revendre ceux-ci (parce que tout le monde est inquiet sur ses actifs). Elle va donc être obligé de les brader, pour satisfaire la demande de liquidités de ses clients. En les bradant, elle en fait chuter la valeur, ce qui signifie que la valeur de ses actifs se dégrade encore plus; de ce fait, l’inquiétude des déposants s’accroît, et encore plus d’entre eux viennent retirer leur argent. Le mécanisme s’amplifie, fait boule de neige, et très rapidement, la banque ne peut même plus obtenir d’argent en vendant ses actifs, qui ne trouvent plus preneur. Elle est donc obligée de piocher dans ses réserves de liquidités pour payer ses clients; mais ses réserves de liquidités ne constituent qu’une part infime de ses engagements. Les clients doivent donc se ruer pour espérer être servis avant qu’il ne soit trop tard, précipitant encore le processus.

Ce mécanisme est bien connu : la banque britannique Northern Rock, en septembre dernier, en a fait les frais, et l’on a vu devant ses guichets des files d’attente de déposants venus récupérer leur argent, jusqu’à ce que le trésor britannique se décide à la nationaliser, prenant à son compte toutes ses dettes. Mais dans le cas de Bear Stearns, il a pris une ampleur inédite. C’est que lorsque le «bank run» prend la forme de clients faisant la queue au guichet, il y a un peu de temps disponible pour essayer de prendre des mesures pour rétablir la liquidité de la banque; dans le cas d’une banque d’affaires comme Bear, la fuite des clients s’est faite sous la forme très moderne de transactions électroniques, qui ne prennent que quelques secondes pour être effectuées. L’argent a filé à une vitesse qui dépasse l’entendement.

Quels sont les mécanismes permettant d’éviter un «bank run» ? Pour les banques de dépôt, il en existe un : la banque centrale. Si les banques ne trouvent plus d’acquéreur pour leurs titres, la banque centrale peut jouer le rôle de «prêteur en dernier ressort» qui, en contrepartie de certains des actifs de la banque en difficultés, lui prêtera de l’argent qu’elle peut créer en quantité illimitée. Evidemment, cette possibilité de sauvegarde a une contrepartie : la banque centrale va se montrer particulièrement exigeante sur les actifs qu’elle prendra en pension, et imposer des taux punitifs à la banque qui fait appel à elle pour se refinancer. Par ailleurs, les banques qui peuvent faire appel à la banque centrale font l’objet d’une règlementation plus stricte, les obligeant à constituer des réserves, à faire preuve de prudence.

Mais Bear Stearns est une banque d’affaires, ce qui signifie qu’elle ne peut pas faire appel à la banque centrale pour se refinancer en cas de besoin.

Le scénario a donc été le suivant. Tout a commencé, en fait, au milieu de l’année dernière, lorsque deux hedge funds créés par la banque ont connu des difficultés; Bear Stearns, une institution plutôt conservatrice — la banque avait été fondée en 1923, et avait résisté remarquablement bien à toutes les crises depuis 85 ans; au moment de l’affaire LTCM, elle avait pu se permettre d’être l’une des seules à ne pas participer au sauvetage du fonds — avait alors, pour préserver sa réputation, décidé de reprendre à son compte ces deux fonds pour rembourser leurs clients. Mais c’était un signe avant-coureur inquiétant : la banque, comme beaucoup d’autres, était un acteur important des marchés de «mortgage-based securities», un marché secondaire des crédits immobiliers, dans lequel on utilise les revenus issus de ces crédits pour fabriquer des obligations générant un revenu fixe, et à faible risque. L’idée est la suivante : il est possible qu’un certain nombre d’emprunteurs qui ont contracté un crédit immobilier fasse défaut. Si l’on met ensemble un nombre suffisant d’emprunteurs, en diversifiant leur origine, il est possible en cumulant un grand nombre de risques individuels de réduire le risque global, à condition d’être suffisamment diversifié. Des organismes de notation financière sont chargés ensuite d’évaluer le niveau de risque associé à ces produits.

Mais dans les circonstances actuelles de chute de l’immobilier, la diversification atteint ses limites; et de nombreux titres issus de crédit immobilier, malgré une note encore avantageuse, sont en réalité beaucoup plus risqués qu’on ne le croyait. C’est ce qui a conduit de nombreuses banques, depuis quelques mois, à constater des dépréciations de leurs actifs, Bear parmi beaucoup d’autres. Chacun cherche à savoir de combien il a été touché — quelle part de ses actifs seront sujets à des dépréciations, et dans un secteur financier dans lequel toutes les institutions sont interdépendantes, de combien les autres sont touchés.

Depuis quelques semaines, des rumeurs courent donc sur Bear Stearns, comme sur quelques autres banques. Au point que la banque centrale américaine, pour prévenir les risques, a mis en place des dispositifs permettant aux banques d’échanger certains de leurs actifs «toxiques» contre des titres du trésor américain, afin de réduire leurs risques. Ce mécanisme, ironiquement, a largement contribué à la chute du fonds Carlyle, en incitant les institutions financières qui lui avaient prêté de l’argent à saisir ses actifs pour bénéficier de cette «fenêtre d’échange». Mais Bear était l’un des clients de Carlyle, et le mécanisme d’échange d’actifs n’interviendra que dans un mois : trop tard.

Au début de la semaine, le président de Bear Stearns a fait une déclaration indiquant que «contrairement aux rumeurs, Bear Stearns n’avait pas de problèmes de liquidité». Dans les circonstances actuelles, un tel déni a été interprété comme un aveu, et la machine infernale du bank run s’est mise en place, avec la vitesse que donnent les technologies modernes. En catastrophe, la Fed a mis en place la possibilité, via la banque JP Morgan, pour Bear d’échanger ses  actifs contre des liquidités : Bear Stearns confie des actifs à Morgan, qui elle peut se refinancer auprès de la Fed. Morgan échange donc ces actifs contre des liquidités, qu’elle prête à Bear Stearns. Et cela n’a pas suffi. En deux jours, Bear a vu partir ses clients et a perdu toutes ses liquidités. Vendredi, après l’annonce de l’aide de JP Morgan, l’action de la banque (qui était déjà descendue à 60 dollars, après avoir été cotée à 170 il y a deux ans) a perdu la moitié de sa valeur en une vingtaine de minutes. Et dimanche, J.P. Morgan a annoncé qu’elle allait la racheter, au prix de deux dollars par action : c’était cela ou la mise en faillite dès lundi. Pour les 15 000 salariés de la banque, dont beaucoup sont actionnaires de celle-ci, c’est l’incertitude, la crainte de perdre leur emploi (JP Morgan va probablement massivement restructurer l’ensemble, et ne conserver qu’une petite fraction de l’ancien personnel), et surtout, le choc.

Face à des circonstances aussi exceptionnelles, on a tendance à chercher des causes dans la nature de la banque. Bear Stearns était arrogante ; mais ce n’est pas particulièrement original à Wall Street. Bear était très engagée dans les marchés de « mortgage-based securities », et donc fragile; mais énormément de banques sont dans ce cas. Bear Stearns était méchante : ses dirigeants étaient plutôt proches des républicains; la banque avait contribué à l’essor du marché des «subprimes» et à la bulle immobilière. Elle avait dû prendre trop de risques, et en subir les conséquences. Un vieux fond de culture chrétienne nous fait toujours penser que lorsque l’on est puni, c’est que l’on a péché.

Mais Bear n’était ni meilleure ni plus mauvaise que les autres; elle a simplement été victime d’un accident de grande ampleur. La preuve en est que lundi, alors que toutes les banques chutaient en bourse, JP Morgan, acheteur de Bear Stearns pour une bouchée de pain (à ce prix, rien que l’immeuble servant de siège social à Bear vaut plus), voyait sa capitalisation boursière augmenter de 11 milliards de dollars… Soit exactement la valeur comptable des actifs de Bear Stearns, ces mêmes actifs que quelque jours plus tôt, personne ne voulait acheter pour refinancer la banque.

Et le vrai problème maintenant, c’est qu’il faut se demander qui est le prochain sur la liste. La quantité d’institutions financières faisant l’objet de rumeurs et d’inquiétudes est énorme, et l’inquiétude ne s’est pas calmée. Surtout, s’il était sans doute nécessaire d’éviter une faillite brutale de Bear Stearns qui aurait pu provoquer une cascade d’autres faillites d’institutions financières, la Fed a créé un précédent extrêmement dangereux.

 L'image “http://money.unblog.fr/files/2007/11/federalreserve.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.banque de la FED à New-York

 Supposez que vous souhaitiez acquérir les actifs d’une banque actuellement en difficulté à un prix modique : c’est très simple. Il vous suffit de faire courir quelques rumeurs sur la santé de celle-ci, et de vendre ostensiblement les actifs que cette banque détient. Et d’attendre que la mécanique s’enclenche. En vous débrouillant bien, vous pourrez récupérer non seulement les actifs de cette banque, mais en plus, ne garder que les bons, puisque la Fed a montré qu’elle était prête à reprendre à son compte des actifs « toxiques » plutôt que de laisser des grandes institutions financières s’effondrer. La Fed a évité une catastrophe cette fois-ci, mais c’était peut-être reculer pour mieux sauter. Sa décision, jointe à celle de baisser encore ses taux directeurs, la fait ressembler à ces personnages de dessins animés qui, à force d’essayer de colmater des brèches qui jaillissent de tous les côtés, finissent par être emportés par le flot.

Et le flot pourrait bien repartir. La liste des banques susceptibles de faire l’objet d’un bank run est impressionnante; Les comptes de Lehman Brothers ressemblent beaucoup à ceux de Bear Stearns, et cette banque a subi hier de fortes fluctuations. Mais en réalité, le coup peut frapper pratiquement n’importe qui, aux Etats-Unis ou en Europe. Par les temps qui courent, il est effroyablement facile de faire sauter une banque.

Alexandre Delaigue

MONDIALISATION,ECOLOGIE, BIOCARBURANTS:le retour de la FAIM ?

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Agrocarburants et risques de pénuries alimentaires.

LE MONDE | 12.03.08

Le recul de la faim dans le monde est-il menacé par la conversion des terres au profit des agrocarburants ? (…)

« Le changement d’orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire.l(…L)e litre d’huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant »
, a alerté la patronne du Programme alimentaire mondial (PAM)(…)

 

Pour assurer le minimum vital aux 73 millions de personnes qui relèvent de ses programmes d’assistance, elle devra débourser, en 2008, au moins 30 % de plus que l’an passé, soit 500 millions de dollars supplémentaires(…)

(…T)ous les pays à faible revenu dont la sécurité alimentaire est fortement dépendante des importations(ont vu ,e)n 2007, la facture en céréales (…)la base de l’alimentation (…) alourdie de 35 %, pour la deuxième année consécutive.

Devant l’envolée des prix, beaucoup de pays y compris parmi les traditionnels exportateurs se sont vu contraints de réagir.L’Afrique du Sud a augmenté les allocations versées aux plus pauvres, le Maroc a réduit comme jamais les taxes à l’importation sur les céréales, l’Inde les a supprimées, la Chine a, à l’inverse, introduit depuis le 1er janvier des taxes à l’exportation sur le blé, le maïs et le soja pour limiter les pénuries sur son marché domestique, la Russie, le Kazakhstan, ont introduit des mesures similaires…

La faute aux agrocarburants ?

Dans le cas du maïs certainement. Sur les 100 millions de tonnes de céréales destinées à la fabrication de combustible alternatif, 95 millions proviennent du maïs, dont les cours épousent fidèlement depuis plus d’un an, l’ascension du prix du baril de pétrole

  

 Etats-Unis  

Pour le colza, qui en Europe est un des gagnants de la nouvelle politique énergétique, le procès aussi peut-être mené.

Réservoirs d'éthanol issu de la sucrerie-distillerie de Arcis-sur-Aube et destiné à la conception d'un carburant, le E85 (85% d'éthanol pour 15% d'essence).  AFP/FRANCOIS NASCIMBENI

Réservoirs d’éthanol issu d’Arcis-sur-Aube  pour carburant E85 (85% d’éthanol pour 15% d’essence).

En revanche, les agrocarburants ne peuvent être jugés coupables de l’envolée spectaculaire des prix du blé depuis l’été+80 %.« Aux Etats-Unis, les agriculteurs commencent à convertir leurs champs de blé en maïs. En Europe(il y a) d’autres facteurs »(…):l’OCDE rappelle une série de mauvaises récoltes, l’augmentation de la population mondiale et l’évolution (…) en Chine et en Inde où l’amélioration du niveau de vie stimule la consommation de viandes, de produits laitiers et, par ricochet, les besoins en alimentation animale.

Le niveau des stocks, au plus bas depuis vingt ans, et (…l)es spéculateurs misant sur une hausse durable des marchés agricoles, pèsent aussi sur les prix. « Agrocarburants ou pas(…d)‘ici à 2030, (…)une augmentation de 50 % de la production alimentaire sera nécessaire pour répondre à la croissance démographique.

(…E)st-il alors raisonnable de planifier une expansion à grande échelle des agrocarburants ? Une cinquantaine de pays ont adopté des dispositifs d’incitation (…) D’ici à 2020, l’Union européenne souhaite assurer 10 % de ses besoins en combustibles pour le transport routier grâce aux agrocarburants. Les Etats-Unis misent sur 5 % d’ici à 2012, la Chine 15 % d’ici à 2010(…)

L(…)es agrocarburants ouvre de nouveaux débouchés pour les pays du Sud ,(…) pour améliorer les revenus de leurs paysans. Le Sénégal vient de créer un ministère spécialement consacré aux biocarburants alors qu’il est par ailleurs en déficit chronique sur le plan alimentaire. « Les pays les plus pauvres subissent de plein fouet le choc pétrolier. Le développement d’une filière énergétique à partir de la biomasse peut leur permettre d’assurer à moindre coût une partie de leurs besoins. 1,6 milliard de personnes n’ont pas encore accès à l’électricité dans le monde », défend Alexander Mueller, de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 5…Mais) l’essor des agrocarburants ne peut se poursuivre sans un débat préalable sur la sécurité alimentaire.

Manque de terre, sauf à se lancer dans une course effrénée à la déforestation – ce qui irait à l’encontre de la lutte contre le changement climatique –, plafonnement des rendements dans les grandes zones d’agriculture intensive :( voilà )les risques (…)d’une compétition généralisée entre les cultures alimentaires et énergétiques(…)

(extraits article Laurence Caramel)

ETATS-UNIS:les problèmes du système de santé..

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Liberation 10 03 08

(…)PourObama : la question n’est pas de rendre l’assurance santé obligatoire mais de la rendre bon marché, ce que le plan Obama propose de faire, en injectant autant d’argent dans le système de santé que le plan Clinton.

Pourquoi de telles difficultés pour mettre fin à cette plaie américaine ? Plaie d’autant plus béante que, contrairement à une idée reçue, les personnes sans couverture ne bénéficient pas d’une aide d’urgence dans les hôpitaux américains. Une étude récente et abondamment diffusée a montré que les patients admis en urgence quelques jours avant leur 65e anniversaire (donc non couverts par Medicare, le programme public créé en 1965 pour les personnes âgées, en même temps que Medicaid, destiné aux personnes sans ressources) recevaient moins de soins – et avaient une probabilité de décès 20 % plus élevée – que ceux admis quelques jours après, à pathologie égale.

Pourquoi les candidats ne tombent-ils pas d’accord sur une assurance obligatoire pour tous, financée par des cotisations ou par l’impôt ? Si le problème n’est pas si simple, c’est parce que les Etats-Unis sont allés très loin dans la couverture santé par de vastes réseaux d’assurance privée, si bien qu’il est difficile de revenir en arrière. Certes, sur une population de 300 millions, 50 millions d’Américains n’ont aucune couverture, plus de 40 millions de personnes âgées dépendent de Medicare, et près de 50 millions de pauvres dépendant de Medicaid, mais il existe tout de même 160 millions d’Américains qui bénéficient, grâce à leur assurance santé privée, d’une couverture de très haut niveau (généralement financée par leur employeur), et qui en sont globalement satisfaits (ils n’ont jamais connu autre chose). (…)(Mais)la concurrence entre compagnies d’assurance santé privées fonctionne mal et conduit à une inflation inégalée des coûts. (…)

(extraits article  Thomas Piketty )

OGM et RISQUES:le cas MONSANTO

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Monsanto, la semence à scandales

Reuters

GUILLAUME LAUNAY

QUOTIDIEN : mardi 11 mars 2008

Marie-Monique Robin : journaliste, réalisatrice free lance et «fille de paysan», prix Albert Londres 1995 pour le documentaire Voleurs d’yeux, Marie-Monique Robin est aussi, entre autres, l’auteure d’Escadrons de la mort : l’école française et des Pirates du vivant 

 

«Franchement, on aurait dû faire plus de tests, mais les entreprises agro-industrielles ne voulaient pas, parce qu’elles avaient fait de gros investissements pour développer ces produits. J’ai subi beaucoup de pressions pour ne pas être trop exigeant. La seule fois où j’ai osé en parler pendant le mandat de Clinton, je me suis fait taper sur les doigts, par l’industrie, mais aussi par les gens du gouvernement.»

«Pratiques». L’homme qui parle à la journaliste Marie-Monique Robin n’est pas un militant anti-OGM. Il s’appelle Dan Glickman et fut le secrétaire à l’Agriculture de Bill Clinton. C’est un des témoins de l’enquête le Monde selon Monsanto , diffusée ce soir sur Arte et qui fait aussi l’objet d’un livre .

«L’idée était de raconter l’histoire de la multinationale et de chercher à comprendre dans quelle mesure son passé éclaire ses pratiques actuelles , écrit Marie-Monique Robin. Il n’est pas simple d’opposer la vérité des faits à celle de Monsanto.» Monsanto, objet de tous les fantasmes. Le leader mondial des OGM n’a cessé d’être agité comme un épouvantail en France ces derniers temps, à l’occasion du Grenelle puis du débat au Sénat sur la loi OGM. La société de Saint Louis (Missouri) vend ses semences et ses herbicides dans le monde entier. Souvent, les mêmes accusations reviennent. Marie-Monique Robin a voulu «en avoir le cœur net», en confrontant le discours de la firme à la réalité.

Sa première démarche a été de fouiller… sur Internet. «Tout est là, raconte-t-elle. Il suffit d’aller chercher les documents et de les relier entre eux.» C’est un des premiers points forts de ce travail : restituer l’histoire et les méthodes de la firme agrochimique à travers des documents déclassifiés, des rapports, des jugements…

Deuxième étape, l’enquête sur place. Marie-Monique Robin s’est rendue aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Inde, en Norvège, en France… A fait parler des témoins critiques vis-à-vis de Monsanto – scientifiques, avocats, défenseurs des consommateurs, paysans – soulignant que, même aux Etats-Unis, les voix dissonantes sont plus nombreuses qu’on ne le dit. Mais elle a aussi rencontré des «pro-Monsanto» – agriculteurs, ministres, membres des administrations américaines (dont la Food and Drug Administration, l’agence de sécurité sanitaire américaine). Le résultat est un documentaire passionnant, très riche, et qui fait parfois froid dans le dos. Les dirigeants de Monsanto n’ont pas souhaité s’exprimer face à la caméra de Marie-Monique Robin.

«Omelette». «Je ne suis pas un adepte de la théorie du complot, écrit Nicolas Hulot dans la préface du livre. Je ne crois pas que l’action des entreprises soit systématiquement machiavélique. On me dira que les risques inhérents au progrès scientifique impliquent qu’il faille casser des œufs pour réussir l’omelette. Mais [...] où est l’omelette ? Derrière la posture de bienfaiteur de l’humanité que revendique l’entreprise[...], le bilan est accablant.»

Toxicité sous silence
Monsanto, au départ, est une entreprise de chimie. Créée en 1901, la firme rachète en 1935 une société qui, à Anniston (Alabama), fabrique des PCB. Ces dérivés chimiques chlorés serviront pendant cinquante ans de liquide réfrigérant dans les transformateurs électriques avant d’être interdits du fait de leur haute toxicité, notamment en cas d’exposition chronique.

A Anniston, plus de 300 000 tonnes de PCB ont été fabriquées entre 1929 et 1971. Sur ce total, 810 tonnes ont été déversées dans des canalisations et 32 000 tonnes de déchets contaminés ont été déposées dans une décharge à ciel ouvert, au cœur de la ville, d’après un rapport de l’agence américaine de l’environnement cité dans le livre. «Ce qui est vertigineux, écrit MarieMonique Robin, c’est que Monsanto savait que les PCB représentaient un risque grave pour la santé dès 1937. Mais la société a fait comme si de rien n’était jusqu’à l’interdiction définitive des produits en 1977.»

En effet, au milieu des années 90, alors que se monte une action collective en justice, un avocat obtient l’accès à 500 000 pages de documents secrets. Qui montrent que, dès 1937, «les effets toxiques» liés à l’exposition aux vapeurs sont connus des dirigeants.

Les 3 516 plaignants, victimes de cancers ou de retards de développement, obtiendront 700 millions de dollars de dommages et intérêts. La partie occidentale de la ville, peuplée majoritairement de Noirs, est devenue une ville fantôme.

Publicité mensongère
Le 26 janvier 2007, Monsanto est condamné par un tribunal de Lyon pour publicité mensongère. En cause, son produit phare, le Roundup, herbicide le plus vendu au monde. Dans les spots télés diffusés en France en 2000, il était qualifié de «biodégradable».

«Plus gênant encore pour Monsanto, qui a fait appel, écrit Marie-Monique Robin, la justice française a considéré que l’industriel savait « préalablement à la diffusion des messages publicitaires litigieux que les produits visés présentaient un caractère écotoxique ».» Aux Etats-Unis, dès la fin des années 90, le ministère de la Justice avait interdit à Monsanto de proclamer que son herbicide est «biodégradable, bon pour l’environnement, non toxique, inoffensif».

A l’automne 2006, Marie-Monique Robin a rencontré le professeur Bellé, qui a mené en France une étude sur l’impact des herbicides sur la division cellulaire au début des années 2000. «L’ironie de l’histoire, raconte-t-il, c’est que nous avions décidé de prendre le Roundup comme contrôle dans les expériences, car nous étions persuadés que ce produit était inoffensif. […] La très grosse surprise a été que cet herbicide nous donnait des effets bien plus importants que les produits que l’on testait. […] Nous nous sommes rendus compte que le Roundup affectait un point clé de la division des cellules. […] C’est pour ça que nous disons qu’il induit les premières étapes qui conduisent au cancer.» Ni Monsanto ni les autorités scientifiques françaises n’ont pris ces résultats en considération.

Réglementation sur mesure
C’est ce que Marie-Monique Robin appelle «l’incroyable tour de passe-passe du principe d’équivalence en substance». C’est ce principe qui justifie la façon dont les OGM sont évalués aujourd’hui. James Maryanski, coordinateur pour la biotechnologie de la Food and Drug Administration de 1985 à 2006, qui a supervisé la réglementation américaine, l’explique ainsi: «Les gènes qui sont introduits dans les plantes par la biotechnologie produisent des protéines très semblables à celles que nous avons consommées pendant des siècles. […] La mutation est très minime. Donc, en terme de sécurité, il n’y a pas de différence importante.»

Or, cet «à peu près» ne faisait pas du tout consensus au sein de la FDA. A propos du projet de réglementation, une scientifique de l’agence écrivait: «Le document essaie de forcer une conclusion selon laquelle il n’y a pas de différence. […] Les processus de manipulation génétique et de croisement traditionnel sont différents et, selon les experts de l’agence, ils conduisent à des risques différents.»

L’ouvrage pointe alors le système des «portes tournantes» («revolving doors»), listant le nombre de cadres passés de la Maison Blanche, du Congrès ou des agences environnementales vers Monsanto, et vice-versa, depuis vingt ans.

Critiques au placard
Au fil du documentaire se dessine une liste de scientifiques qui ont vu leur carrière compromise pour avoir émis des doutes sur les produits de la firme de Saint Louis. Ainsi le Dr Burroughs, qui avait alerté sur l’hormone de croissance bovine : «C’est encore aujourd’hui très difficile pour moi d’admettre que j’ai été licencié de la célèbre FDA parce que je m’opposais à la mise sur le marché d’un produit que j’estimais dangereux ! C’était pourtant cela, ma mission», confie-t-il à la journaliste.

Ou encore le biochimiste Arpad Pusztai, qui a vu sa carrière ruinée pour avoir déclaré à la BBC : «En tant que scientifique qui travaille activement dans ce domaine, je considère qu’il n’est pas juste de prendre les citoyens britanniques pour des cobayes.» Pusztai avait mené au Rowett Institute d’Aberdeen (Ecosse) une étude officielle sur l’impact des OGM sur la santé. «Personne ne s’imaginait – moi le premier, qui était un ardent supporter de la biotechnologie – que nous allions trouver des problèmes.»

Et enfin le biologiste de Berkeley, Ignacio Chapela, victime d’une violente campagne de dénigrement pour avoir publié dans Nature une étude qui révélait que des échantillons de maïs traditionnel mexicain contenaient de l’ADN transgénique, alors que le Mexique avait déclaré un moratoire sur ces cultures.

La loi des brevets
C’est un drôle de bras de fer qui oppose l’Etat argentin à Monsanto. On ne peut pas dire que le pays a fermé la porte aux OGM, bien au contraire. Mais c’est sur la question du brevet que l’affaire se crispe. «Monsanto n’a jamais pu faire breveter son gène en Argentine, parce que nos lois ne le permettent pas, raconte le secrétaire à l’Agriculture à Marie-Monique Robin en 2005. La compagnie avait donc accepté de renoncer à des royalties sur les semences […]. Aujourd’hui, Monsanto revient sur ses promesses en réclamant trois dollars par tonne de grain ou de farine de soja au départ des ports argentins.»

Aux Etats-Unis aussi, le brevetage a changé les règles. «Notre intérêt est de protéger notre propriété intellectuelle et nous n’avons pas à nous en excuser, a déclaré dans une interview le PDG de Monsanto. Il y a un gène qui appartient à Monsanto et il est illégal qu’un agriculteur prenne ce gène pour le recréer dans une deuxième récolte.»

La firme poursuit donc les «fraudeurs» et a créé un numéro vert pour dénoncer les contrevenants. «Les brevets ont bouleversé la vie dans les communautés rurales, témoignent deux fermiers de l’Indiana. Ils ont détruit la confiance qui régnait entre voisins. […] C’est impossible de se défendre contre cette firme.»

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ETATS-UNIS : l’état de l’armée inquiète les militaires américains

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Etats-Unis : l’état de l’armée inquiète

 Un marine américain et un helicoptère lors d'un exercice au nord de Séoul, en Corée du sud, le 8 mars. AP/Lee Jin-man

LE MONDE | 08.03.08 

(…U)n échantillon de 3 437 officiers supérieurs en activité et à la retraite(dresse )un tableau plutôt sombre de l’état de préparation des forces armées des Etats-Unis, en raison de leur très forte mise à contribution en Irak et en Afghanistan.(…L)a haute hiérarchie militaire continue de croire que le moral des soldats reste fort (64 % sont de cet avis), (mais) 60 % des officiers estiment qu’en raison des conflits irakien et afghan, l’armée américaine est plus faible aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a cinq ans. 88 % d’entre eux jugent que ces deux théâtres d’opérations ont dangereusement sollicité les effectifs, et 80 % des officiers estiment qu’il serait « déraisonnable » d’attendre de l’armée(…) qu’elle se lance dans une troisième guerre majeure avec des chances de succès(…) l’état de l’armée de terre et du corps des marines (en première ligne…) est jugé le plus préoccupant(…)(Il faut dire qu’à) la date du 2 mars, l’armée américaine comptait 3 973 morts au combat en Irak, et environ 25 000 blessés. (…)

Une large majorité d’officiers (66 %) pense que les hommes politiques américains sont plutôt mal ou très mal informés à propos de l’armée. Leur confiance dans le Congrès est très faible (…), (et) le chef de la Maison Blanche et le ministère de la défense obtiennent tout juste la moyenne (..) 

(…)Est jugé très négativement(…) la décision d’abaisser le seuil des critères de recrutement exigés pour intégrer l’armée américaine.(…): il s’agit d’admettre des recrues ayant commis des délits graves, afin de compenser la crise du recrutement. (…) 12 057 en 2007. Pour relever le défi des effectifs, les officiers sont favorables à (…) un allégement des conditions permettant aux immigrés de servir(…) et 22 % se disent d’accord pour que les gays et les lesbiennes puissent servir ouvertement.

(…L)es officiers  ont une opinion mitigée sur le rôle des sociétés privées en Irak(…) comme Blackwater(pour) patrouiller dans les villages, et (…assurer )la sécurité dans la « zone verte » de la capitale. S’agissant de la torture, les opinions sont moins tranchées : 53 % estiment qu’elle n’est « jamais acceptable », alors que 44 % ne sont pas d’accord avec ce jugement. (…)

(extraits article Laurent Zecchini)

MONDIALISATION et crise du dollar:l’EURO à 1,50 dollar!

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L’euro s’envole face à un dollar affaibli par les déboires de l’économie américaine

LE MONDE | 28.02.08

  Après avoir dépassé, mardi 26 février, le niveau symbolique de 1,50 dollar pour la première fois de son histoire, la monnaie unique européenne s’est hissée, jeudi 28 février, en fin de journée jusqu’à 1,5225 dollar.

L’euro gagne du terrain face à un dollar affaibli par des perspectives économiques médiocres aux Etats-Unis. L’économie américaine, affectée par la crise des subprimes, semble de plus en plus menacée par une récession. Pour l’éviter, les analystes estiment que la Réserve fédérale américaine (Fed) baissera le niveau des taux d’intérêt.

                                    L'économie américaine, affectée par la crise des subprimes, semble de plus en plus menacée par une récession. Pour l'éviter, les analystes estiment que la Réserve fédérale américaine baissera le niveau des taux d'intérêt.

AFP/PHILIPPE DESMAZES

L’économie américaine, affectée par la crise des subprimes, semble de plus en plus menacée par une récession. Pour l’éviter, les analystes estiment que la Réserve fédérale américaine baissera le niveau des taux d’intérêt.

Maintes fois frôlée au cours des derniers mois, la barre symbolique de 1,50 dollar a finalement été franchie par l’euro mardi 26 février dans la soirée, sur le marché des changes new-yorkais. La monnaie européenne est montée jusqu’à 1,5047 dollar. Mercredi matin, elle continuait à progresser, atteignant 1,5055 dollar dans les premiers échanges à Londres. Le précédent record remontait au 23 novembre, où l’euro avait coté 1,4967 dollar.

Cette flambée de l’euro s’explique par le décalage de croissance apparent de part et d’autre de l’Atlantique. Alors que les Etats-Unis s’enfoncent dans la crise, affectés par la déroute des subprimes, les économies européennes semblent au contraire faire preuve d’une certaine résistance.Les mauvais indicateurs économiques s’accumulent outre-Atlantique. On a ainsi appris mardi que la confiance des ménages était tombée, en janvier, à son plus bas niveau depuis dix-sept ans. De leur côté les prix de l’immobilier continuent de chuter et les procédures de saisies de logement augmentent. Le tout dans un contexte d’accélération du rythme d’inflation. L’économie américaine semble profondément malade.

Toujours mardi, le baromètre IFO, qui mesure le moral des chefs d’entreprise allemands, a été publié. Il est remonté en février à 104,1 points, après 103,4 points en janvier, alors qu’un recul à 102,7 points était attendu. Cette progression semble indiquer que l’Europe résiste à la crise et à la menace d’une récession outre-Atlantique.

Jusqu’ici, les économistes avaient coutume de dire que lorsque les Etats-Unis éternuaient, l’Europe s’enrhumait. Ils en sont aujourd’hui moins convaincus. « Nous avons le sentiment d’une désynchronisation de la croissance entre Europe et Etats-Unis », atteste Christian Parisot, économiste chez Aurel Leven.

Ce sentiment a été encore renforcé par les propos du vice-président de la Réserve fédérale américaine, Don Kohn, mardi soir. Ce dernier s’est dit préoccupé par la santé de la première économie mondiale secouée depuis le moins d’août par une violente crise financière provoquée par l’effondrement du marché des crédits immobiliers à risque, les fameux subprimes. Aujourd’hui la Fed est suffisamment inquiète pour envisager une nouvelle baisse des taux d’intérêt en dépit des menaces inflationnistes. Depuis le mois d’août 2007, l’autorité monétaire américaine a déjà réduit de 2,25 points le coût de l’argent au jour le jour, aujourd’hui à 3 %.

De ce côté-ci de l’Atlantique, la Banque centrale européenne (BCE) se montre en revanche beaucoup plus sensible à la dérive des prix qu’aux troubles de l’économie. « La BCE ne bougera pas si l’économie tient », présage M. Parisot. La BCE pourrait ainsi maintenir les taux au niveau de 4 %. Ce décalage de politiques monétaires ne fait qu’amplifier le renchérissement de l’euro par rapport au dollar.

Mais si cet écart entre la monnaie européenne et le dollar semble témoigner d’un « découplage » entre les deux économies, il n’est pas une bonne nouvelle pour le Vieux continent. L’envolée de l’euro s’accompagne en effet de nombreux effets pervers. En particulier pour le commerce extérieur. En Allemagne l’industrie, plus spécialisée dans la fourniture de biens d’équipements, destinés notamment aux pays asiatiques en forte croissance, est compétitive et peut faire face à un euro fort. « L’Allemagne a une sorte de monopole sur son secteur et peut imposer ses prix », estime Philippe Brossard, économiste. « Mais la France, l’Italie, l’Espagne et dans une moindre mesure la Belgique en paient le prix », poursuit-il.

L’aggravation du déficit commercial record de la France en 2007 à plus de 39 milliards d’euros en témoigne. Et pour garder coûte que coûte leurs clients, les entreprises doivent, ou devront, faire des sacrifices, en rognant sur leur marge ou en réduisant leurs coûts, optant par exemple pour des délocalisations. « L’industrie perd chaque année entre 40 000 et 60 000 emplois en France chaque année », signale M. Brossard. Les plus petites entreprises, qui n’ont pas les moyens de se doter d’outils de couverture de change, sont les plus vulnérables.

Le seul « mini-avantage », selon Alexander Law, économiste chez Xerfi, est que l’euro fort atténue les tensions inflationnistes et a « une légère incidence » positive sur le pouvoir d’achat, permettant aux ménages d’acheter moins cher les produits importés.

Claire Gatinois

TAIWAN , CHINE: l’Asie à la conquête de l’informatique du « Nord »…

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Le Taïwanais Acer annonce le rachat de Gateway et devient le troisième fabricant mondial de PC

  En rachetant Packard-Bell, Acer deviendra numéro trois aux Etats-Unis avec 12 % du marché.

AP

En rachetant Packard-Bell, Acer deviendra numéro trois aux Etats-Unis avec 12 % du marché.

LE MONDE | 27.02.08

Le constructeur informatique taïwanais Acer a annoncé, lundi 27 août, l’acquisition amicale de l’américain Gateway. Il passe ainsi devant le chinois Lenovo et se hisse à la 3e place mondiale des fabricants d’ordinateurs dans le monde.
Dans un communiqué, Acer et Gateway annoncent que la firme californienne est valorisée à environ 710 millions de dollars (520 millions d’euros), soit 1,90 dollar par action – une prime de 57 % sur sa dernière cotation de vendredi 24 août. Les conseils d’administration des deux entreprises ont approuvé la fusion, qui devrait être effective en décembre, après l’approbation des autorités de régulation américaine et taïwanaise.

Combinés, les deux groupes représenteraient un chiffre d’affaires de plus de 15 milliards de dollars (11 milliards d’euros), pour une production d’environ 20 millions d’ordinateurs par an, selon le communiqué. Le nom « Gateway », très connu aux Etats-Unis, devrait être conservé, pour former une entité multimarque, selon le président d’Acer, J.T. Wang.L’acquisition de Gateway, marque icône de l’informatique américain des années 1990, par Acer met en lumière l’expansion remarquable du taïwanais, qui est déjà devenu l’une des marques les plus connues en Asie. Elle lui permet aussi de mettre un pied sur le marché américain, en s’offrant le troisième fabricant d’ordinateurs des Etats-Unis, derrière Hewlett-Packard et Dell, les deux leaders mondiaux. « Notre complémentarité géographique et de produits fait d’Acer un excellent partenaire pour Gateway, qui nous pousse à accepter cette offre », a déclaré Ed Coleman, le PDG de Gateway.

PERCÉE SUR LE MARCHÉ GRAND PUBLIC

Cette fusion devrait aussi relancer la guerre des acquisitions dans le secteur informatique. Le chinois Lenovo, devenu le troisième constructeur mondial en 2005 en rachetant la division PC d’IBM, se fait non seulement dépasser par Acer, mais pourrait aussi se faire ravir une proie de choix, le néerlandais Packard Bell, numéro 3 en Europe.

Le groupe chinois avait en effet annoncé le 8 août son intention de racheter le fabricant de PC hollandais, avec qui il était en pourparlers. Mais dans un communiqué, publié lundi 27 août, juste avant l’annonce de son rachat par Acer, Gateway a indiqué qu’il entendait utiliser le droit de préemption qu’il détient sur le capital de Packard Bell. Ce droit a été obtenu en mai 2006 en contrepartie d’un accord de non-concurrence entre les deux sociétés.

Packard Bell avait jusqu’à maintenant nié toute discussion avec Acer. En mettant la main à la fois sur Gateway et Packard Bell, Acer se renforce significativement aux Etats-Unis et en Europe, où son concurrent Lenovo est peu implanté.

Fondé en 1976, Acer s’est montré « très offensif depuis deux ans et a fait une percée sur le marché grand public, avec une croissance extrêmement forte en Europe », explique Bertrand Huck, analyste chez Gfk. Acer a notamment profité de l’essor des ordinateurs portables, son point fort.

Mais la réussite de l’offre du groupe taïwanais n’est pas encore assurée. A la Bourse de Taïpeh, Acer perdait 6,9 % mardi, certains analystes jugeant son offre sur Gateway surévaluée. Ce dernier bondissait en revanche de 49 % au New York Stock Exchange, à 1,80 dollar.

Michel Rose

ETATS-UNIS:3000 milliards de dollars pour la guerre menée en IRAK…

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3 000 milliards de dollars, le coût de la guerre en Irak selon Joseph Stiglitz

LEMONDE.FR | 28.02.08

Combien coûte la guerre en Irak ? Cher, très cher. Et pas seulement à l’économie américaine. Joseph Stiglitz, le Prix Nobel d’économie, et Linda Bilmes, professeur à Harvard, spécialiste des questions budgétaires, estiment qu’elle a déjà coûté 3 000 milliards de dollars aux Etats-Unis, dans un livre intitulé The Three Trillion Dollar War : The True Cost of the Iraq Conflict (éditions W. W. Norton, sortie le 3 mars). Une commission du Congrès devrait se pencher sur la question, jeudi 28 février, et auditionner Joseph Stiglitz, qui devrait répéter ce qu’il écrit dans ce livre : Bush s’est fourvoyé sur les bénéfices et les coûts de la guerre en Irak.

Le coût des opérations a déjà dépassé celui des douze ans de la guerre du Vietnam, et représente le double du coût de la guerre de Corée. Les Etats-Unis dépensent pour la guerre 16 milliards de dollars par mois, soit l’équivalent du budget annuel de l’ONU. Joseph Stiglitz et Linda Bilmes indiquent que les 3 000 milliards de dollars auraient pu financer la construction de 8 millions de logements, 15 millions de professeurs, les soins de 530 millions d’enfants, des bourses d’études pour 43 millions d’étudiants, offrir une couverture sociale pour cinquante ans aux Américains. Le Prix Nobel remarque que les Etats-Unis ne versent que 5 milliards de dollars pour l’aide au développement en Afrique, et craignent d’être dépassés par la Chine. Cinq milliards de dollars, ce sont dix jours de combat de l’armée américaine.

TOUTE L’ÉCONOMIE MONDIALE EN PAIE LE PRIX

Les auteurs s’attaquent surtout au mythe qu’une guerre est toujours bonne pour l’économie. L’un des buts de la guerre était de sécuriser les approvisionnements pétroliers, relèvent-ils. En cinq ans, le baril est passé de 25 dollars à 100 dollars, note le Prix Nobel d’économie. « Les gens ne s’attendaient pas à ce que l’économie remplace la guerre comme thème dans les élections », explique Joseph Stiglitz dans le Guardian. L’un des enseignements du livre est de montrer que la guerre et la situation économique des Etats-Unis ne sont pas deux sujets distincts, mais un seul et même sujet. Surtout, les coûts de cette guerre dépassent la seule économie américaine pour toucher le système mondial.

Parce que les Etats-Unis n’ont pas d’épargne, l’administration Bush doit emprunter à l’étranger, à la Chine, par exemple, observe les auteurs. « Le déficit de l’Amérique est tel qu’elle ne peut sauver ses propres banques. » Des établissements comme Citigroup ou Merrill Lynch, qui étaient l’orgueil de Wall Street, ont été contraints d’aller quémander des fonds auprès de fonds asiatiques ou moyen-orientaux pour ne pas sombrer. Au risque de perdre leur indépendance et de passer sous pavillon koweïtien ou singapourien.

Le Monde.fr

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