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Reportage de Gilles JACQUIER et Martine LAROCHE-JOUBERT 
à voir sur———)http://journalistes-reporters-dimages.france2.fr/player.php3?id_article=127&id_rubrique=54
-Article du MONDE | 19.03.08
YUCCA MOUNTAIN (NEVADA) ENVOYÉE SPÉCIALE
« Bien sûr, vous pouvez venir à Yucca Mountain, comme cela vous verrez à quel point c’est loin de tout », a dit d’emblée Allen Benson, le directeur des affaires extérieures de l’office chargé de la gestion des déchets radioactifs américains. Rendez-vous a donc été pris au bureau de l’office à Las Vegas, capitale économique du Nevada et capitale mondiale du jeu. Le futur site de stockage des déchets nucléaires américains se trouve à une heure et demie de route. La région a une vocation nucléaire : le site empiète sur l’ancienne zone d’essais atmosphériques et souterrains. Après le passage de plusieurs barrages de sécurité, Yucca Mountain, née il y douze millions d’années d’une éruption volcanique, apparaît. L’arête culmine à 1 507 m. Tout autour, la pierre est rousse et l’herbe jaune, nous sommes dans le désert
C’est ici que le gouvernement fédéral a décidé d’enfouir le combustible usagé généré par la centaine de centrales nucléaires américaines, qui fournissent 20 % de l’électricité du pays, et les déchets issus d’activités militaires. Certains produits de fission seront radioactifs pendant des millions d’années. « L’objectif est de les isoler de manière permanente, explique M. Benson. Il faut qu’après quelques centaines d’années, on puisse fermer le site et le laisser sans surveillance. » Que seront devenus alors les Etats-Unis ? Personne ne peut l’imaginer, « mais il faudra que les gens soient protégés », proclame M. Benson.Selon le département de l’énergie, Yucca Mountain a été choisie parce qu’elle est « éloignée et sûre ». Les déchets seront stockés dans 65 kilomètres de galeries, à 300 mètres sous terre, 300 mètres au-dessus de la nappe d’eau souterraine. Le contact entre l’eau et le combustible usé est à éviter absolument car l’élément liquide transporte les radionucléides. « Ici, il tombe 16 centimètres d’eau par an, l’essentiel s’évapore ou est absorbé par la végétation, poursuit M. Benson. De plus, l’eau qui s’infiltre n’est connectée à aucun lac, fleuve ou océan. » Les déchets seront stockés dans 11 000 cylindres en alliage de métaux, qui pourraient être recouverts d’une protection supplémentaire en titane. Le tout ne commencera pas à rouiller avant 80 000 ans, affirme le département de l’énergie..
AVENTURIER PATRICK
Le site de Yucca Mountain, dans le Nevada
Les habitants du Nevada et leurs élus ont une autre vision. (…)Selon les opposants, si les critères techniques avaient été pris en compte, le site aurait été disqualifié. « On sait que l’eau se déplace à travers la roche, qui est pleine de failles et de fractures, affirme Judy Treichel, opposante historique au projet. Tout repose sur la solidité des protections de métal. Mais comment peut-on avoir l’assurance qu’elles résisteront aux échelles de temps considérées ? »
Depuis 1987, la population de l’agglomération de Las Vegas, dont le taux de croissance est le plus élevé des Etats-Unis, est passée de 700 000 à 2 millions d’habitants. Elle accueille 39 millions de visiteurs par an. Le maire a affirmé qu’il faudrait que les convois de combustible usagé lui roulent sur le corps pour traverser sa ville. Les Indiens Shoshone renforcent ce front. Selon eux, Yucca Mountain se trouve sur un territoire relevant de leur souveraineté.
Mais l’opposant le plus acharné est le sénateur du Nevada Harry Reid, devenu en 2006 le leader de la majorité démocrate au Sénat. « Las Vegas est en plein développement, un accident aurait des conséquences sanitaires et économiques considérables, commente-t-on au bureau du sénateur à Washington. En outre, il est trop risqué de transporter la substance la plus dangereuse connue sur terre sur les voies ferrées et les routes du pays. »
« Notre sénateur est assez puissant pour leur couper chaque année leur budget », se félicite M. Frishman. En 2008, le budget de l’office s’élèvera à 386 millions de dollars (246 millions d’euros), contre 495 millions de dollars demandés, ce qui équivaut à 500 emplois en moins. Du coup, l’activité sur le site est au point mort. « Il y avait des centaines de personnes qui travaillaient ici, aujourd’hui, il n’y en a plus qu’une dizaine », se désole M. Benson. Le tunnel d’essai qui devait servir de porte d’entrée au site, terminé en 1987, n’est plus visitable : l’office n’a plus les moyens de payer l’éclairage ni la ventilation.
Du fait de la guérilla judiciaire et politique menée par les opposants, le retard s’accumule. Le site devait ouvrir en 1998. S’il franchit toutes les étapes, il ouvrira au mieux en 2020. Et le sujet ne sera pas clos. Car les déchets qui se sont accumulés sur le territoire américain depuis soixante ans suffiront à le remplir. Il faut d’ores et déjà prévoir une extension.
La facture s’alourdit. Environ 11 milliards de dollars ont été dépensés jusqu’à présent. Les producteurs d’énergie, qui abondent le budget de l’office et sont contraints de stocker les déchets dans 121 sites de production, réclament des indemnisations devant les tribunaux. L’Etat fédéral leur a déjà payé 300 millions de dollars.
L’élection présidentielle de novembre pourrait décider du sort de Yucca Mountain. Les démocrates Barack Obama et Hillary Clinton ont tous deux affirmé qu’ils remettraient en cause le projet s’ils étaient élus, tandis que le candidat républicain John McCain le soutient. (…)
Gaëlle Dupont
19 mars, 2008
1-HISTOIRE, AMERIQUES, ETATS-UNIS, POPULATION et SOCIETE, TOLERANCE
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ÉTATS-UNIS INTERPRÉTATION DU 2E AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION
L’examen par la Cour suprême du droit de porter des armes à feu divise les Américains
LEMONDE.FR | 19.03.08
ÉTATS-UNIS INTERPRÉTATION DU 2E AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION
Pour la première fois depuis soixante-neuf ans, la Cour suprême des Etats-Unis a examiné, mardi 18 mars, une affaire concernant le droit des Américains à porter des armes à feu. Les neuf juges ont entendu le recours introduit par un particulier contre la ville de Washington, qui a l’une des législations les plus rigoureuses du pays en matière de contrôle des armes.Leur décision, qui sera rendue en juin, est très attendue : l’interprétation du 2e amendement de la Constitution reste un objet de controverse. Pour les uns, cet amendement constitue la reconnaissance du droit individuel de chaque Américain à posséder des armes. Pour d’autres, il ne traduit qu’un droit collectif s’appliquant seulement aux « milices » évoquées dans ce texte de 1789.Depuis 1976, les armes de poing sont interdites dans la capitale fédérale (580 000 habitants). (…)

Pendant l’audience, les juges ont semblé pencher majoritairement en faveur du droit individuel des habitants à posséder des armes. (…)Les partisans des armes se sont beaucoup investis dans cet épisode judiciaire. Fait rarissime, le vice-président Dick Cheney a pris publiquement (…)position (…)
(…) 59% des Américains soutiennent une législation comparable à celle en vigueur à Washington (où elle est appuyée par 76% des résidents) (…). Les trois prétendants à l’élection présidentielle sont « tous des avocats convaincus du contrôle », a-t-il dit, y compris le républicain John McCain. « Cette année, la NRA (le lobby des armes à feu) a du mal à trouver un candidat qui partage ses vues »(…)
Corine Lesnes
LIBERATION
Aux Etats-unis, la guerre du feu est repartie
Le débat sur la législation des armes refait surface, mais le lobby des proarmes de la NRA reste très puissant.
Par Fabrice ROUSSELOT
QUOTIDIEN : mercredi 18 avril 2007
Au début de l’année, l’incident avait plutôt fait sourire la presse américaine. Un assistant du sénateur démocrate de Virginie, Jim Webb, s’était fait arrêter par la police à Washington. Il avait tout simplement tenté d’introduire l’une des armes personnelles du sénateur au Capitole…
En Virginie, comme dans beaucoup d’autres Etats du Sud américain, les armes à feu font partie du paysage. La législation sur les armes est l’une des plus permissives du pays. Un mineur par exemple ne peut acheter une arme de poing ou un fusil d’assaut, mais il peut acquérir n’importe quoi d’autre. De même si l’Etat impose un contrôle des antécédents judiciaire ou psychiatrique pour les armes neuves, l’achat d’armes d’occasion est sans restriction aucune pour les plus de 18 ans…
Depuis la tragédie de Columbine en avril 1999, la polémique sur le contrôle des armes revient de façon récurrente aux Etats-Unis, mais la loi ne change pas, tant au niveau fédéral qu’au niveau des Etats.
Le débat est largement verrouillé par la NRA (National Rifle Association), qui depuis sa création en 1871 s’est imposée comme l’un des plus importants lobbies outre-Atlantique. Avec ses quatre millions de membres et ses dizaines de millions de sympathisants, la NRA pèse sur tous les scrutins du pays.

La réalité est qu’aujourd’hui, à Washington ou ailleurs, il est quasi impossible de se faire élire sans son soutien(..).George W. Bush (…) s’est largement appuyé sur la NRA pour son accession au poste de gouverneur du Texas, puis dans sa course à la Maison Blanche. (…P)as question de revoir la législation sur les armes.Mais même si la NRA ne cache pas ses sympathies républicaines, son influence va bien au-delà. En 2004, John Kerry, le candidat démocrate à la présidence, n’avait pas hésité à poser en tenue de chasseur, armes à la main, pour ne pas s’aliéner l’industrie des armes. Avant lui, Al Gore et Bill Clinton avaient fait de même.(…)
La NRA n’a pas bougé sa position d’un iota. Elle s’est une nouvelle fois réfugiée derrière le deuxième amendement de la Constitution, qui garantit aux citoyens «le droit de garder et de porter des armes». Et a même suggéré que si les étudiants avaient disposé d’armes sur le campus, ils auraient pu se défendre(…Seul) Barack Obama, (…)candidat à la Maison Blanche pour 2008 a estimé qu’il fallait peut-être se pencher sur les «moyens de prévenir ce genre de tragédie».
«Le gouvernement américain protège l’industrie des armes»
ENTRETIEN • Benoit Muraciolle, chercheur pour Amnesty International et responsable de la campagne « control arms », dénonce l’administration Bush .
Par Grégory ONILLON – LIBERATION.FR : mardi 17 avril 2007
Sur la législation des armes à feu aux Etats Unis, la situation a-t-elle changé depuis Columbine ?
(…)en 2002, l’administration Bush a refusé un projet de loi sur le marquage des munitions permettant une traçabilité dans l’usage des armes à feu, Ensuite il y a eu le vote d’une loi rejetant toute responsabilité de l’industrie des armes, aucune plainte ne peut être désormais adressée aux constructeurs d’armes(…) Le gouvernement américain protège l’industrie des armes et continue de se montrer peu clair pour reconnaître la causalité entre la violence et les armes à feu.
Est-il facile de se procurer une arme ?
En Virginie,(…) il est possible d’acheter une arme à partir de 12 ans, ceci sans l’accord des parents. Aux Etats Unis, des études montrent que 70% des armes passent dans un réseau illégal dans les 3 ans qui suivent leur acquisition. La législation sur l’acquisition d’une arme peut différer d’un état à l’autre et il y a de nombreuses lacunes dans l’application de ces lois.
Le lobby des armes est-il toujours puissant aux Etats-Unis ?
La NRA (National Rifle Association) affiche 4 millions de membres à travers les Etats Unis. Elle agit comme un lobby puissant au niveau politique. (. ..)En 2006, 153 gouvernements ont apporté leur soutien à la proposition d’un traité international visant à interdire les transferts d’armes qui alimentent les conflits, la pauvreté et les graves atteintes aux droits humains. Seuls les États-Unis ont voté contre. La NRA a fait pression sur le gouvernement américain pour la non ratification de ce traité.
Vous pensez que la situation peut évoluer ?
Pour changer la situation, il faudrait améliorer l’encadrement et le suivi des porteurs d’arme. On peut prendre l’exemple de l’Australie et du Canada qui, suite à un durcissement de la législation et à une opération de sensibilation sur les armes, ont vu une baisse des homicides par arme a feu de deux tiers.
(…) Le plus urgent est de changer les lois et de pratiquer une sensibilisation sur le sujet. Il y a toujours 30.000 morts par an aux Etats Unis à cause des armes à feu.

32 personnes ont été abattues sur le campus de Virginia Tech.AP
EUROCLES.COM
Les USA condamnés à subir la violence des armes à feu ? [02-11-2006]
par Bernd Debusmann
WASHINGTON, 2 novembre (Reuters) – En marge de l’ »American way of life », il faudrait probablement évoquer une façon propre aux Américains de mourir. Plus de 30.000 personnes sont tuées chaque année aux Etats-Unis par des armes à feu, dans des circonstances accidentelles, des suicides ou des meurtres.
Or rien ne laisse penser que cette moyenne de 82 décès par jour diminuera à court terme.
A l’approche des élections de mi-mandat, le débat sur le contrôle des armes à feu a été brièvement relancé par une série de fusillades dans des écoles.
Le 2 octobre dernier, dans une école de Pennsylvanie appartenant à la communauté amish, un homme de 32 ans a méthodiquement tué d’une balle dans la tête cinq jeunes filles et en a blessées cinq autres avant de se donner la mort. Dans le Missouri, un jeune de 13 ans a pointé un AK-47 contre un responsable et des étudiants avant de tirer au plafond.
Lors d’une conférence organisée à la hâte à la Maison blanche sur la sécurité dans les écoles, des spécialistes ont évoqué la délinquance à l’école, la nécessité de promouvoir les valeurs religieuses ou la bonne communication entre les parents et les écoles mais aussi l’installation de détecteurs de métaux.
Le mot « arme » n’a pas été prononcé une seule fois avant qu’un jeune n’alerte le panel rassemblé autour de l’Attorney General (ministre de la Justice) Alberto Gonzales: le dénominateur commun entre toutes les tueries, a-t-il dit, c’est la facilité avec laquelle on peut se procurer des armes à feu aux Etats-Unis.
George Bush et sa femme ont assisté à d’autres tables rondes, et soigneusement évité d’aborder la question des armes.
200 MILLIONS D’ARMES EN CIRCULATION
« L’administration Bush s’oppose totalement à l’évocation du rôle crucial que jouent les armes dans les violences scolaires », estime Kristen Rand, du Centre sur les politiques contre la violence, qui milite pour le contrôle des armes mais qui n’avait pas été conviée à la conférence de la Maison blanche.
(…)Le département américain de la Justice évalue à plus de 200 millions le nombre d’armes en circulation dans la sphère privée aux Etats-Unis. Ce chiffre, le plus élevé au monde, grossirait de plusieurs millions chaque année.
Ces sept dernières années, la production annuelle de pistolets, de revolvers et de fusils à destination du marché civil américain a oscillé entre 2,6 millions et plus de trois millions, selon les chiffres du Bureau des alcools, des armes à feu, du tabac et des explosifs.
« Le niveau des violences mortelles aux Etats-Unis est totalement déconnecté de celui des autres nations industrielles », souligne David Hemenway, directeur du Harvard Injury Control Research Center. »Le fait que la majorité des violences mortelles implique des armes à feu accrédite l’hypothèse selon laquelle la multiplication des armes est une raison première. »
Cette hypothèse largement acceptée est contestée avec véhémence par les défenseurs du libre accès aux armes, au premier rang desquels l’Association nationale pour les armes à feu (NRA) qui se réfugie derrière le deuxième amendement pour affirmer que tout citoyen a le droit de posséder une arme.
« Ce ne sont pas les armes qui tuent les gens », affirme la NRA. « Ce sont les gens qui tuent les gens. »(…)
La NRA, dont l’influence est énorme à Washington, se prononce traditionnellement sur les candidats aux élections locales et nationales sur le seul critère de leur position relative au droit de posséder une arme.
Le lobbying intense de la NRA lui a valu un certain nombre de victoires sur les associations pour le contrôle des armes. Ainsi en 2004, le Congrès a voté la suspension de l’interdiction de posséder des armes d’assaut, de la catégorie de l’AK-47 utilisé lors de la fusillade dans l’école du Missouri.
« Il est évident que les deux dernières années représentent une des meilleures législatures pour les propriétaires d’armes », a fait savoir en octobre la NRA dans un message à ses quatre millions de membres. « Nos efforts et nos victoires doivent être protégées. »
(…)Le bilan annuel des morts par armes à feu aux Etats-Unis est dix fois supérieur au chiffre cumulé des pertes militaires américaines en Irak et en Afghanistan(…)Les statisticiens jugent le parallèle hasardeux. Il a pourtant déjà été dressé par le passé. C’était par l’ancien président George H.W. Bush au sortir de la Guerre du Golfe.
« Au cours des trois premiers jours de l’offensive terrestre, davantage d’Américains ont été tués dans les villes américaines que sur l’ensemble du front koweïtien », avait-il dit. « Pensez-y! Un de nos courageux garde nationaux était peut-être davantage en sécurité au coeur de la plus grande offensive blindée de l’histoire que dans les rues de sa ville natale. »
La remarque date de 1991, année où le nombre d’homicides avait atteint le nombre record de 24.700. Il a depuis décliné progressivement pour se stabiliser l’année dernière en-dessous de 17.000. Dans 66% des cas, des armes à feu étaient en cause.
« On note des signes d’évolution des comportements liés aux armes, notamment chez les jeunes », observe Kristen Rand, du Centre sur les politiques contre la violence. « Mais le changement sera lent, sans doute sur les 20 ou 30 prochaines années. » /JCL
18 mars, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, MONDIALISATION, RISQUES
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Daniel Cohen : » le système ne pourra pas s’en tirer seul … «
LE MONDE | 18.03.08
Pourquoi assiste-t-on à une aggravation de la crise financière depuis deuxjours ? La cause immédiate en est le rachat par JPMorgan de la banque d’affaires Bear Stearns quasiment pour un « franc symbolique ». Personne n’imaginait que la situation était (aussi)grave (…et)cela met en lumière le fait que la Réserve fédérale américaine [Fed] n’a pas les outils adaptés pour faire face.
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Après avoir été renflouée d’urgence, la banque d’investissement Bear Stearns a été rachetée par sa concurrente JP Morgan Chase pour environ 236 millions de dollars afin d’éviter sa faillite.
La crise s’est installée en trois temps.
1 (…)tout le monde a cru que l’affaire « américains » avait déclenché une crise de liquidité.
2(…) derrière les notes « triple A » des agences de notation, on a découvert des actifs vraiment insolvables et des maquillages qui représentent autant d’escroqueries morales et financières(..L)es dégâts sont passés à 200 ou 300 milliards de dollars [127 ou 190 milliards d'euros] dans les comptes des établissements ayant acheté ces « subprimes ». La crise est devenue une crise de solvabilité.
3(.. ).l’ensemble du marché hypothécaire américain est maintenant touché, car les prêts à risque ne sont plus les seuls concernés:sous l’effet de la baisse des taux, les actifs avaient pris de la valeur et généré des plus-values immobilières, déclenchant un phénomène de bulle et de richesse qui poussait la consommation.Désormais le système américain fonctionne en sens inverse, c’est-à-dire que les ménages constatent que leur dette excède le prix de leur maison; ils rendent les clés à leur banque et stoppent leurs remboursements. Et le château de cartes s’effondre.
Une aversion au risque s’installe. Les banques ne se font plus confiance entre elles. Le coût du financement se durcit, parce que le crédit devient plus difficile à obtenir et non parce que les taux augmentent. La défiance engendre la défiance et le système financier s’installe dans un cercle vicieux.
Pourquoi les banques centrales ne sont-elles pas parvenues à l’éviter ?
Dans la phase un de la crise, elles ont injecté des liquidités. Dans la phase deux, la Fed a baissé ses taux, ce qui permet une recapitalisation des établissements, mais trop lente.
Voici que, comme lors de la crise de 1929, la Fed ressort des instruments non bancaires et s’autorise même à prendre en pension des actifs risqués!

Le patron de la Fed, la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke.
En fait, la bonne solution consisterait à faire ce que l’on a fait en France avec le Crédit lyonnais. On a séparé le bon grain de l’ivraie, les vrais actifs des insolvables, avant de recapitaliser.
Mais il est inconcevable de recapitaliser la totalité du système financier malade : cela nécessiterait des sommes considérables.
Quelle thérapeutique serait efficace ?
Restaurer la solvabilité des ménages est inadapté et les banques centrales font la preuve qu’elles n’ont pas les moyens de traiter le problème(…Il faut que le G7 ait le culot de créer un fond public de réserve pour se porter au secours des établissements en difficulté.
Sinon, il faudra reconnaître que les seuls sauveurs possibles sont les fonds souverains et qu’on est passé à une nouvelle étape de la mondialisation qui ne concerne plus la libéralisation du textile par exemple, mais la libéralisation des liquidités. S’interdire de réfléchir à ces solutions atypiques conduirait à laisser la crise s’aggraver, car le système ne pourra s’en tirer seul.
A quelles réformes les banques doivent-elles s’astreindre pour éviter la répétition de cette crise ?
On savait depuis la crise de 1929 qu’il n’était pas une bonne chose que les banques d’affaires soient mariées avec les banques de dépôt. Les aléas des investissements à risque peuvent polluer les prêts aux entreprises et aux particuliers. N’est-il pas paradoxal de vivre aujourd’hui une crise financière, alors que l’économie réelle mondiale est en bonne santé ? Il faut donc sauver le système financier contre lui-même et revenir à une séparation entre banques d’affaires et banques de dépôt.
La possible baisse des taux de la Fed vous semble-t-elle inutile ?
Elle laisse entière la menace de stagflation qui pèse sur l’économie américaine. Car l’inflation par les cours des matières premières semble devoir se poursuivre, alors que le refroidissement est à l’œuvre.
Normalement, le ralentissement de l’économie des Etats-Unis devrait faire baisser ces produits de base. Si tel n’était pas le cas, cela prouverait que la banque centrale a perdu sa crédibilité auprès des marchés, et ce serait vraiment très, très grave pour tour le monde.
(extraits des propos recueillis par Alain Faujas)
LIBERATION
La chute de la banque d’affaires Bear Stearns
Elle est intervenue en fin de semaine dernière, est un événement spectaculaire. Qu’on en juge : au milieu de la semaine, la banque disposait de 17 milliards de dollars de liquidités. Vendredi soir, elle n’avait plus un sou. Dix-sept milliards de dollars perdus en 48 heures (et même moins, en considérant que les marchés ont des heures de fermeture) ; cela représente 35 millions de dollars par heure, près de 6 millions par minute ; soit environ 100 000 dollars de pertes par seconde. De tels chiffres donnent le vertige, même lorsqu’on est habitué aux montants astronomiques de la finance moderne. Que s’est-il passé?
Bear Stearns a tout simplement été victime du pire accident possible pour une banque : un «bank run». Ce mécanisme est plutôt connu pour les banques de dépôt. Il faut savoir que les banques ne disposent pas, sous forme de liquidités, de la totalité de l’argent que leurs clients leur ont prêté : les contreparties des dépôts sont des titres acquis par la banque, ou des crédits accordés. C’est la nature même du métier bancaire : collecter de l’argent, en le rémunérant, et le prêter, en gagnant de l’argent sur la différence entre le rendement perçu et le rendement versé. Bear Stearns était une banque d’affaires, ce qui signifie qu’elle ne collectait pas d’argent sous forme de dépôts, mais sous forme d’émission de titres; le principe général reste le même.
Supposez maintenant que les clients de la banque, qui lui ont prêté de l’argent, s’inquiètent de la capacité de celle-ci à les rembourser, suite à des inquiétudes sur les crédits accordés ou les titres détenus par celle-ci; certains vont alors, par anticipation, chercher à retirer leur argent, réduire leur créance envers la banque, contre liquidités. Dans le cas d’une banque de dépôt, cela prend la forme d’un grand nombre de déposants faisant la queue au guichet pour vider leur compte. La banque se trouve donc dans l’obligation de verser des liquidités à ses clients. Mais, on l’a dit, l’essentiel de ses actifs est composé de crédits accordés ou de titres. Il lui est donc nécessaire de trouver des acheteurs pour les titres qu’elle détient (en pratique, d’autres banques ou organismes financiers disposés à lui prêter temporairement de l’argent, en recevant des titres en échange).
Mais c’est là que la mécanique peut devenir très dangereuse. Si au départ, la raison pour laquelle les clients de la banque ont retiré leur argent est une inquiétude sur la nature de ses actifs, cela signifie que la banque va avoir des difficultés à trouver à revendre ceux-ci (parce que tout le monde est inquiet sur ses actifs). Elle va donc être obligé de les brader, pour satisfaire la demande de liquidités de ses clients. En les bradant, elle en fait chuter la valeur, ce qui signifie que la valeur de ses actifs se dégrade encore plus; de ce fait, l’inquiétude des déposants s’accroît, et encore plus d’entre eux viennent retirer leur argent. Le mécanisme s’amplifie, fait boule de neige, et très rapidement, la banque ne peut même plus obtenir d’argent en vendant ses actifs, qui ne trouvent plus preneur. Elle est donc obligée de piocher dans ses réserves de liquidités pour payer ses clients; mais ses réserves de liquidités ne constituent qu’une part infime de ses engagements. Les clients doivent donc se ruer pour espérer être servis avant qu’il ne soit trop tard, précipitant encore le processus.
Ce mécanisme est bien connu : la banque britannique Northern Rock, en septembre dernier, en a fait les frais, et l’on a vu devant ses guichets des files d’attente de déposants venus récupérer leur argent, jusqu’à ce que le trésor britannique se décide à la nationaliser, prenant à son compte toutes ses dettes. Mais dans le cas de Bear Stearns, il a pris une ampleur inédite. C’est que lorsque le «bank run» prend la forme de clients faisant la queue au guichet, il y a un peu de temps disponible pour essayer de prendre des mesures pour rétablir la liquidité de la banque; dans le cas d’une banque d’affaires comme Bear, la fuite des clients s’est faite sous la forme très moderne de transactions électroniques, qui ne prennent que quelques secondes pour être effectuées. L’argent a filé à une vitesse qui dépasse l’entendement.
Quels sont les mécanismes permettant d’éviter un «bank run» ? Pour les banques de dépôt, il en existe un : la banque centrale. Si les banques ne trouvent plus d’acquéreur pour leurs titres, la banque centrale peut jouer le rôle de «prêteur en dernier ressort» qui, en contrepartie de certains des actifs de la banque en difficultés, lui prêtera de l’argent qu’elle peut créer en quantité illimitée. Evidemment, cette possibilité de sauvegarde a une contrepartie : la banque centrale va se montrer particulièrement exigeante sur les actifs qu’elle prendra en pension, et imposer des taux punitifs à la banque qui fait appel à elle pour se refinancer. Par ailleurs, les banques qui peuvent faire appel à la banque centrale font l’objet d’une règlementation plus stricte, les obligeant à constituer des réserves, à faire preuve de prudence.
Mais Bear Stearns est une banque d’affaires, ce qui signifie qu’elle ne peut pas faire appel à la banque centrale pour se refinancer en cas de besoin.
Le scénario a donc été le suivant. Tout a commencé, en fait, au milieu de l’année dernière, lorsque deux hedge funds créés par la banque ont connu des difficultés; Bear Stearns, une institution plutôt conservatrice — la banque avait été fondée en 1923, et avait résisté remarquablement bien à toutes les crises depuis 85 ans; au moment de l’affaire LTCM, elle avait pu se permettre d’être l’une des seules à ne pas participer au sauvetage du fonds — avait alors, pour préserver sa réputation, décidé de reprendre à son compte ces deux fonds pour rembourser leurs clients. Mais c’était un signe avant-coureur inquiétant : la banque, comme beaucoup d’autres, était un acteur important des marchés de «mortgage-based securities», un marché secondaire des crédits immobiliers, dans lequel on utilise les revenus issus de ces crédits pour fabriquer des obligations générant un revenu fixe, et à faible risque. L’idée est la suivante : il est possible qu’un certain nombre d’emprunteurs qui ont contracté un crédit immobilier fasse défaut. Si l’on met ensemble un nombre suffisant d’emprunteurs, en diversifiant leur origine, il est possible en cumulant un grand nombre de risques individuels de réduire le risque global, à condition d’être suffisamment diversifié. Des organismes de notation financière sont chargés ensuite d’évaluer le niveau de risque associé à ces produits.
Mais dans les circonstances actuelles de chute de l’immobilier, la diversification atteint ses limites; et de nombreux titres issus de crédit immobilier, malgré une note encore avantageuse, sont en réalité beaucoup plus risqués qu’on ne le croyait. C’est ce qui a conduit de nombreuses banques, depuis quelques mois, à constater des dépréciations de leurs actifs, Bear parmi beaucoup d’autres. Chacun cherche à savoir de combien il a été touché — quelle part de ses actifs seront sujets à des dépréciations, et dans un secteur financier dans lequel toutes les institutions sont interdépendantes, de combien les autres sont touchés.
Depuis quelques semaines, des rumeurs courent donc sur Bear Stearns, comme sur quelques autres banques. Au point que la banque centrale américaine, pour prévenir les risques, a mis en place des dispositifs permettant aux banques d’échanger certains de leurs actifs «toxiques» contre des titres du trésor américain, afin de réduire leurs risques. Ce mécanisme, ironiquement, a largement contribué à la chute du fonds Carlyle, en incitant les institutions financières qui lui avaient prêté de l’argent à saisir ses actifs pour bénéficier de cette «fenêtre d’échange». Mais Bear était l’un des clients de Carlyle, et le mécanisme d’échange d’actifs n’interviendra que dans un mois : trop tard.
Au début de la semaine, le président de Bear Stearns a fait une déclaration indiquant que «contrairement aux rumeurs, Bear Stearns n’avait pas de problèmes de liquidité». Dans les circonstances actuelles, un tel déni a été interprété comme un aveu, et la machine infernale du bank run s’est mise en place, avec la vitesse que donnent les technologies modernes. En catastrophe, la Fed a mis en place la possibilité, via la banque JP Morgan, pour Bear d’échanger ses actifs contre des liquidités : Bear Stearns confie des actifs à Morgan, qui elle peut se refinancer auprès de la Fed. Morgan échange donc ces actifs contre des liquidités, qu’elle prête à Bear Stearns. Et cela n’a pas suffi. En deux jours, Bear a vu partir ses clients et a perdu toutes ses liquidités. Vendredi, après l’annonce de l’aide de JP Morgan, l’action de la banque (qui était déjà descendue à 60 dollars, après avoir été cotée à 170 il y a deux ans) a perdu la moitié de sa valeur en une vingtaine de minutes. Et dimanche, J.P. Morgan a annoncé qu’elle allait la racheter, au prix de deux dollars par action : c’était cela ou la mise en faillite dès lundi. Pour les 15 000 salariés de la banque, dont beaucoup sont actionnaires de celle-ci, c’est l’incertitude, la crainte de perdre leur emploi (JP Morgan va probablement massivement restructurer l’ensemble, et ne conserver qu’une petite fraction de l’ancien personnel), et surtout, le choc.
Face à des circonstances aussi exceptionnelles, on a tendance à chercher des causes dans la nature de la banque. Bear Stearns était arrogante ; mais ce n’est pas particulièrement original à Wall Street. Bear était très engagée dans les marchés de « mortgage-based securities », et donc fragile; mais énormément de banques sont dans ce cas. Bear Stearns était méchante : ses dirigeants étaient plutôt proches des républicains; la banque avait contribué à l’essor du marché des «subprimes» et à la bulle immobilière. Elle avait dû prendre trop de risques, et en subir les conséquences. Un vieux fond de culture chrétienne nous fait toujours penser que lorsque l’on est puni, c’est que l’on a péché.
Mais Bear n’était ni meilleure ni plus mauvaise que les autres; elle a simplement été victime d’un accident de grande ampleur. La preuve en est que lundi, alors que toutes les banques chutaient en bourse, JP Morgan, acheteur de Bear Stearns pour une bouchée de pain (à ce prix, rien que l’immeuble servant de siège social à Bear vaut plus), voyait sa capitalisation boursière augmenter de 11 milliards de dollars… Soit exactement la valeur comptable des actifs de Bear Stearns, ces mêmes actifs que quelque jours plus tôt, personne ne voulait acheter pour refinancer la banque.
Et le vrai problème maintenant, c’est qu’il faut se demander qui est le prochain sur la liste. La quantité d’institutions financières faisant l’objet de rumeurs et d’inquiétudes est énorme, et l’inquiétude ne s’est pas calmée. Surtout, s’il était sans doute nécessaire d’éviter une faillite brutale de Bear Stearns qui aurait pu provoquer une cascade d’autres faillites d’institutions financières, la Fed a créé un précédent extrêmement dangereux.
banque de la FED à New-York
Supposez que vous souhaitiez acquérir les actifs d’une banque actuellement en difficulté à un prix modique : c’est très simple. Il vous suffit de faire courir quelques rumeurs sur la santé de celle-ci, et de vendre ostensiblement les actifs que cette banque détient. Et d’attendre que la mécanique s’enclenche. En vous débrouillant bien, vous pourrez récupérer non seulement les actifs de cette banque, mais en plus, ne garder que les bons, puisque la Fed a montré qu’elle était prête à reprendre à son compte des actifs « toxiques » plutôt que de laisser des grandes institutions financières s’effondrer. La Fed a évité une catastrophe cette fois-ci, mais c’était peut-être reculer pour mieux sauter. Sa décision, jointe à celle de baisser encore ses taux directeurs, la fait ressembler à ces personnages de dessins animés qui, à force d’essayer de colmater des brèches qui jaillissent de tous les côtés, finissent par être emportés par le flot.
Et le flot pourrait bien repartir. La liste des banques susceptibles de faire l’objet d’un bank run est impressionnante; Les comptes de Lehman Brothers ressemblent beaucoup à ceux de Bear Stearns, et cette banque a subi hier de fortes fluctuations. Mais en réalité, le coup peut frapper pratiquement n’importe qui, aux Etats-Unis ou en Europe. Par les temps qui courent, il est effroyablement facile de faire sauter une banque.
• Alexandre Delaigue •
13 mars, 2008
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Agrocarburants et risques de pénuries alimentaires.
LE MONDE | 12.03.08
Le recul de la faim dans le monde est-il menacé par la conversion des terres au profit des agrocarburants ? (…)
« Le changement d’orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire.l(…L)e litre d’huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant », a alerté la patronne du Programme alimentaire mondial (PAM)(…)

Pour assurer le minimum vital aux 73 millions de personnes qui relèvent de ses programmes d’assistance, elle devra débourser, en 2008, au moins 30 % de plus que l’an passé, soit 500 millions de dollars supplémentaires(…)
(…T)ous les pays à faible revenu dont la sécurité alimentaire est fortement dépendante des importations(ont vu ,e)n 2007, la facture en céréales (…)la base de l’alimentation (…) alourdie de 35 %, pour la deuxième année consécutive.
Devant l’envolée des prix, beaucoup de pays y compris parmi les traditionnels exportateurs se sont vu contraints de réagir.L’Afrique du Sud a augmenté les allocations versées aux plus pauvres, le Maroc a réduit comme jamais les taxes à l’importation sur les céréales, l’Inde les a supprimées, la Chine a, à l’inverse, introduit depuis le 1er janvier des taxes à l’exportation sur le blé, le maïs et le soja pour limiter les pénuries sur son marché domestique, la Russie, le Kazakhstan, ont introduit des mesures similaires…
La faute aux agrocarburants ?
Dans le cas du maïs certainement. Sur les 100 millions de tonnes de céréales destinées à la fabrication de combustible alternatif, 95 millions proviennent du maïs, dont les cours épousent fidèlement depuis plus d’un an, l’ascension du prix du baril de pétrole
Etats-Unis
Pour le colza, qui en Europe est un des gagnants de la nouvelle politique énergétique, le procès aussi peut-être mené.
AFP/FRANCOIS NASCIMBENI
Réservoirs d’éthanol issu d’Arcis-sur-Aube pour carburant E85 (85% d’éthanol pour 15% d’essence).
En revanche, les agrocarburants ne peuvent être jugés coupables de l’envolée spectaculaire des prix du blé depuis l’été+80 %.« Aux Etats-Unis, les agriculteurs commencent à convertir leurs champs de blé en maïs. En Europe(il y a) d’autres facteurs »(…):l’OCDE rappelle une série de mauvaises récoltes, l’augmentation de la population mondiale et l’évolution (…) en Chine et en Inde où l’amélioration du niveau de vie stimule la consommation de viandes, de produits laitiers et, par ricochet, les besoins en alimentation animale.
Le niveau des stocks, au plus bas depuis vingt ans, et (…l)es spéculateurs misant sur une hausse durable des marchés agricoles, pèsent aussi sur les prix. « Agrocarburants ou pas(…d)‘ici à 2030, (…)une augmentation de 50 % de la production alimentaire sera nécessaire pour répondre à la croissance démographique.
(…E)st-il alors raisonnable de planifier une expansion à grande échelle des agrocarburants ? Une cinquantaine de pays ont adopté des dispositifs d’incitation (…) D’ici à 2020, l’Union européenne souhaite assurer 10 % de ses besoins en combustibles pour le transport routier grâce aux agrocarburants. Les Etats-Unis misent sur 5 % d’ici à 2012, la Chine 15 % d’ici à 2010(…)
L(…)es agrocarburants ouvre de nouveaux débouchés pour les pays du Sud ,(…) pour améliorer les revenus de leurs paysans. Le Sénégal vient de créer un ministère spécialement consacré aux biocarburants alors qu’il est par ailleurs en déficit chronique sur le plan alimentaire. « Les pays les plus pauvres subissent de plein fouet le choc pétrolier. Le développement d’une filière énergétique à partir de la biomasse peut leur permettre d’assurer à moindre coût une partie de leurs besoins. 1,6 milliard de personnes n’ont pas encore accès à l’électricité dans le monde », défend Alexander Mueller, de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 5…Mais) l’essor des agrocarburants ne peut se poursuivre sans un débat préalable sur la sécurité alimentaire.
Manque de terre, sauf à se lancer dans une course effrénée à la déforestation – ce qui irait à l’encontre de la lutte contre le changement climatique –, plafonnement des rendements dans les grandes zones d’agriculture intensive
voilà )les risques (…)d’une compétition généralisée entre les cultures alimentaires et énergétiques(…)
(extraits article Laurence Caramel)
11 mars, 2008
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Liberation 10 03 08
(…)PourObama : la question n’est pas de rendre l’assurance santé obligatoire mais de la rendre bon marché, ce que le plan Obama propose de faire, en injectant autant d’argent dans le système de santé que le plan Clinton.
Pourquoi de telles difficultés pour mettre fin à cette plaie américaine ? Plaie d’autant plus béante que, contrairement à une idée reçue, les personnes sans couverture ne bénéficient pas d’une aide d’urgence dans les hôpitaux américains. Une étude récente et abondamment diffusée a montré que les patients admis en urgence quelques jours avant leur 65e anniversaire (donc non couverts par Medicare, le programme public créé en 1965 pour les personnes âgées, en même temps que Medicaid, destiné aux personnes sans ressources) recevaient moins de soins – et avaient une probabilité de décès 20 % plus élevée – que ceux admis quelques jours après, à pathologie égale.
Pourquoi les candidats ne tombent-ils pas d’accord sur une assurance obligatoire pour tous, financée par des cotisations ou par l’impôt ? Si le problème n’est pas si simple, c’est parce que les Etats-Unis sont allés très loin dans la couverture santé par de vastes réseaux d’assurance privée, si bien qu’il est difficile de revenir en arrière. Certes, sur une population de 300 millions, 50 millions d’Américains n’ont aucune couverture, plus de 40 millions de personnes âgées dépendent de Medicare, et près de 50 millions de pauvres dépendant de Medicaid, mais il existe tout de même 160 millions d’Américains qui bénéficient, grâce à leur assurance santé privée, d’une couverture de très haut niveau (généralement financée par leur employeur), et qui en sont globalement satisfaits (ils n’ont jamais connu autre chose). (…)(Mais)la concurrence entre compagnies d’assurance santé privées fonctionne mal et conduit à une inflation inégalée des coûts. (…)
(extraits article Thomas Piketty )
11 mars, 2008
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Monsanto, la semence à scandales

Reuters
GUILLAUME LAUNAY
QUOTIDIEN : mardi 11 mars 2008
Marie-Monique Robin : journaliste, réalisatrice free lance et «fille de paysan», prix Albert Londres 1995 pour le documentaire Voleurs d’yeux, Marie-Monique Robin est aussi, entre autres, l’auteure d’Escadrons de la mort : l’école française et des Pirates du vivant
«Franchement, on aurait dû faire plus de tests, mais les entreprises agro-industrielles ne voulaient pas, parce qu’elles avaient fait de gros investissements pour développer ces produits. J’ai subi beaucoup de pressions pour ne pas être trop exigeant. La seule fois où j’ai osé en parler pendant le mandat de Clinton, je me suis fait taper sur les doigts, par l’industrie, mais aussi par les gens du gouvernement.»
«Pratiques». L’homme qui parle à la journaliste Marie-Monique Robin n’est pas un militant anti-OGM. Il s’appelle Dan Glickman et fut le secrétaire à l’Agriculture de Bill Clinton. C’est un des témoins de l’enquête le Monde selon Monsanto , diffusée ce soir sur Arte et qui fait aussi l’objet d’un livre .
«L’idée était de raconter l’histoire de la multinationale et de chercher à comprendre dans quelle mesure son passé éclaire ses pratiques actuelles , écrit Marie-Monique Robin. Il n’est pas simple d’opposer la vérité des faits à celle de Monsanto.» Monsanto, objet de tous les fantasmes. Le leader mondial des OGM n’a cessé d’être agité comme un épouvantail en France ces derniers temps, à l’occasion du Grenelle puis du débat au Sénat sur la loi OGM. La société de Saint Louis (Missouri) vend ses semences et ses herbicides dans le monde entier. Souvent, les mêmes accusations reviennent. Marie-Monique Robin a voulu «en avoir le cœur net», en confrontant le discours de la firme à la réalité.
Sa première démarche a été de fouiller… sur Internet. «Tout est là, raconte-t-elle. Il suffit d’aller chercher les documents et de les relier entre eux.» C’est un des premiers points forts de ce travail : restituer l’histoire et les méthodes de la firme agrochimique à travers des documents déclassifiés, des rapports, des jugements…
Deuxième étape, l’enquête sur place. Marie-Monique Robin s’est rendue aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Inde, en Norvège, en France… A fait parler des témoins critiques vis-à-vis de Monsanto – scientifiques, avocats, défenseurs des consommateurs, paysans – soulignant que, même aux Etats-Unis, les voix dissonantes sont plus nombreuses qu’on ne le dit. Mais elle a aussi rencontré des «pro-Monsanto» – agriculteurs, ministres, membres des administrations américaines (dont la Food and Drug Administration, l’agence de sécurité sanitaire américaine). Le résultat est un documentaire passionnant, très riche, et qui fait parfois froid dans le dos. Les dirigeants de Monsanto n’ont pas souhaité s’exprimer face à la caméra de Marie-Monique Robin.
«Omelette». «Je ne suis pas un adepte de la théorie du complot, écrit Nicolas Hulot dans la préface du livre. Je ne crois pas que l’action des entreprises soit systématiquement machiavélique. On me dira que les risques inhérents au progrès scientifique impliquent qu’il faille casser des œufs pour réussir l’omelette. Mais [...] où est l’omelette ? Derrière la posture de bienfaiteur de l’humanité que revendique l’entreprise[...], le bilan est accablant.»
Toxicité sous silence
Monsanto, au départ, est une entreprise de chimie. Créée en 1901, la firme rachète en 1935 une société qui, à Anniston (Alabama), fabrique des PCB. Ces dérivés chimiques chlorés serviront pendant cinquante ans de liquide réfrigérant dans les transformateurs électriques avant d’être interdits du fait de leur haute toxicité, notamment en cas d’exposition chronique.
A Anniston, plus de 300 000 tonnes de PCB ont été fabriquées entre 1929 et 1971. Sur ce total, 810 tonnes ont été déversées dans des canalisations et 32 000 tonnes de déchets contaminés ont été déposées dans une décharge à ciel ouvert, au cœur de la ville, d’après un rapport de l’agence américaine de l’environnement cité dans le livre. «Ce qui est vertigineux, écrit MarieMonique Robin, c’est que Monsanto savait que les PCB représentaient un risque grave pour la santé dès 1937. Mais la société a fait comme si de rien n’était jusqu’à l’interdiction définitive des produits en 1977.»
En effet, au milieu des années 90, alors que se monte une action collective en justice, un avocat obtient l’accès à 500 000 pages de documents secrets. Qui montrent que, dès 1937, «les effets toxiques» liés à l’exposition aux vapeurs sont connus des dirigeants.
Les 3 516 plaignants, victimes de cancers ou de retards de développement, obtiendront 700 millions de dollars de dommages et intérêts. La partie occidentale de la ville, peuplée majoritairement de Noirs, est devenue une ville fantôme.
Publicité mensongère
Le 26 janvier 2007, Monsanto est condamné par un tribunal de Lyon pour publicité mensongère. En cause, son produit phare, le Roundup, herbicide le plus vendu au monde. Dans les spots télés diffusés en France en 2000, il était qualifié de «biodégradable».
«Plus gênant encore pour Monsanto, qui a fait appel, écrit Marie-Monique Robin, la justice française a considéré que l’industriel savait « préalablement à la diffusion des messages publicitaires litigieux que les produits visés présentaient un caractère écotoxique ».» Aux Etats-Unis, dès la fin des années 90, le ministère de la Justice avait interdit à Monsanto de proclamer que son herbicide est «biodégradable, bon pour l’environnement, non toxique, inoffensif».
A l’automne 2006, Marie-Monique Robin a rencontré le professeur Bellé, qui a mené en France une étude sur l’impact des herbicides sur la division cellulaire au début des années 2000. «L’ironie de l’histoire, raconte-t-il, c’est que nous avions décidé de prendre le Roundup comme contrôle dans les expériences, car nous étions persuadés que ce produit était inoffensif. […] La très grosse surprise a été que cet herbicide nous donnait des effets bien plus importants que les produits que l’on testait. […] Nous nous sommes rendus compte que le Roundup affectait un point clé de la division des cellules. […] C’est pour ça que nous disons qu’il induit les premières étapes qui conduisent au cancer.» Ni Monsanto ni les autorités scientifiques françaises n’ont pris ces résultats en considération.
Réglementation sur mesure
C’est ce que Marie-Monique Robin appelle «l’incroyable tour de passe-passe du principe d’équivalence en substance». C’est ce principe qui justifie la façon dont les OGM sont évalués aujourd’hui. James Maryanski, coordinateur pour la biotechnologie de la Food and Drug Administration de 1985 à 2006, qui a supervisé la réglementation américaine, l’explique ainsi: «Les gènes qui sont introduits dans les plantes par la biotechnologie produisent des protéines très semblables à celles que nous avons consommées pendant des siècles. […] La mutation est très minime. Donc, en terme de sécurité, il n’y a pas de différence importante.»
Or, cet «à peu près» ne faisait pas du tout consensus au sein de la FDA. A propos du projet de réglementation, une scientifique de l’agence écrivait: «Le document essaie de forcer une conclusion selon laquelle il n’y a pas de différence. […] Les processus de manipulation génétique et de croisement traditionnel sont différents et, selon les experts de l’agence, ils conduisent à des risques différents.»
L’ouvrage pointe alors le système des «portes tournantes» («revolving doors»), listant le nombre de cadres passés de la Maison Blanche, du Congrès ou des agences environnementales vers Monsanto, et vice-versa, depuis vingt ans.
Critiques au placard
Au fil du documentaire se dessine une liste de scientifiques qui ont vu leur carrière compromise pour avoir émis des doutes sur les produits de la firme de Saint Louis. Ainsi le Dr Burroughs, qui avait alerté sur l’hormone de croissance bovine : «C’est encore aujourd’hui très difficile pour moi d’admettre que j’ai été licencié de la célèbre FDA parce que je m’opposais à la mise sur le marché d’un produit que j’estimais dangereux ! C’était pourtant cela, ma mission», confie-t-il à la journaliste.
Ou encore le biochimiste Arpad Pusztai, qui a vu sa carrière ruinée pour avoir déclaré à la BBC : «En tant que scientifique qui travaille activement dans ce domaine, je considère qu’il n’est pas juste de prendre les citoyens britanniques pour des cobayes.» Pusztai avait mené au Rowett Institute d’Aberdeen (Ecosse) une étude officielle sur l’impact des OGM sur la santé. «Personne ne s’imaginait – moi le premier, qui était un ardent supporter de la biotechnologie – que nous allions trouver des problèmes.»
Et enfin le biologiste de Berkeley, Ignacio Chapela, victime d’une violente campagne de dénigrement pour avoir publié dans Nature une étude qui révélait que des échantillons de maïs traditionnel mexicain contenaient de l’ADN transgénique, alors que le Mexique avait déclaré un moratoire sur ces cultures.
La loi des brevets
C’est un drôle de bras de fer qui oppose l’Etat argentin à Monsanto. On ne peut pas dire que le pays a fermé la porte aux OGM, bien au contraire. Mais c’est sur la question du brevet que l’affaire se crispe. «Monsanto n’a jamais pu faire breveter son gène en Argentine, parce que nos lois ne le permettent pas, raconte le secrétaire à l’Agriculture à Marie-Monique Robin en 2005. La compagnie avait donc accepté de renoncer à des royalties sur les semences […]. Aujourd’hui, Monsanto revient sur ses promesses en réclamant trois dollars par tonne de grain ou de farine de soja au départ des ports argentins.»
Aux Etats-Unis aussi, le brevetage a changé les règles. «Notre intérêt est de protéger notre propriété intellectuelle et nous n’avons pas à nous en excuser, a déclaré dans une interview le PDG de Monsanto. Il y a un gène qui appartient à Monsanto et il est illégal qu’un agriculteur prenne ce gène pour le recréer dans une deuxième récolte.»
La firme poursuit donc les «fraudeurs» et a créé un numéro vert pour dénoncer les contrevenants. «Les brevets ont bouleversé la vie dans les communautés rurales, témoignent deux fermiers de l’Indiana. Ils ont détruit la confiance qui régnait entre voisins. […] C’est impossible de se défendre contre cette firme.»
9 mars, 2008
ETATS-UNIS
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Ou en sont les ELECTIONS AMERICAINES ?
le point sur les candidatures…
——-) Résultats
9 mars, 2008
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Etats-Unis : l’état de l’armée inquiète
AP/Lee Jin-man
LE MONDE | 08.03.08
(…U)n échantillon de 3 437 officiers supérieurs en activité et à la retraite(dresse )un tableau plutôt sombre de l’état de préparation des forces armées des Etats-Unis, en raison de leur très forte mise à contribution en Irak et en Afghanistan.(…L)a haute hiérarchie militaire continue de croire que le moral des soldats reste fort (64 % sont de cet avis), (mais) 60 % des officiers estiment qu’en raison des conflits irakien et afghan, l’armée américaine est plus faible aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a cinq ans. 88 % d’entre eux jugent que ces deux théâtres d’opérations ont dangereusement sollicité les effectifs, et 80 % des officiers estiment qu’il serait « déraisonnable » d’attendre de l’armée(…) qu’elle se lance dans une troisième guerre majeure avec des chances de succès(…) l’état de l’armée de terre et du corps des marines (en première ligne…) est jugé le plus préoccupant(…)(Il faut dire qu’à) la date du 2 mars, l’armée américaine comptait 3 973 morts au combat en Irak, et environ 25 000 blessés. (…)
Une large majorité d’officiers (66 %) pense que les hommes politiques américains sont plutôt mal ou très mal informés à propos de l’armée. Leur confiance dans le Congrès est très faible (…), (et) le chef de la Maison Blanche et le ministère de la défense obtiennent tout juste la moyenne (..)
(…)Est jugé très négativement(…) la décision d’abaisser le seuil des critères de recrutement exigés pour intégrer l’armée américaine.(…): il s’agit d’admettre des recrues ayant commis des délits graves, afin de compenser la crise du recrutement. (…) 12 057 en 2007. Pour relever le défi des effectifs, les officiers sont favorables à (…) un allégement des conditions permettant aux immigrés de servir(…) et 22 % se disent d’accord pour que les gays et les lesbiennes puissent servir ouvertement.
(…L)es officiers ont une opinion mitigée sur le rôle des sociétés privées en Irak(…) comme Blackwater(pour) patrouiller dans les villages, et (…assurer )la sécurité dans la « zone verte » de la capitale. S’agissant de la torture, les opinions sont moins tranchées : 53 % estiment qu’elle n’est « jamais acceptable », alors que 44 % ne sont pas d’accord avec ce jugement. (…)
(extraits article Laurent Zecchini)
29 février, 2008
ETATS-UNIS, Union Européenne
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L’euro s’envole face à un dollar affaibli par les déboires de l’économie américaine
LE MONDE | 28.02.08
Après avoir dépassé, mardi 26 février, le niveau symbolique de 1,50 dollar pour la première fois de son histoire, la monnaie unique européenne s’est hissée, jeudi 28 février, en fin de journée jusqu’à 1,5225 dollar.
L’euro gagne du terrain face à un dollar affaibli par des perspectives économiques médiocres aux Etats-Unis. L’économie américaine, affectée par la crise des subprimes, semble de plus en plus menacée par une récession. Pour l’éviter, les analystes estiment que la Réserve fédérale américaine (Fed) baissera le niveau des taux d’intérêt.

AFP/PHILIPPE DESMAZES
L’économie américaine, affectée par la crise des subprimes, semble de plus en plus menacée par une récession. Pour l’éviter, les analystes estiment que la Réserve fédérale américaine baissera le niveau des taux d’intérêt.
Maintes fois frôlée au cours des derniers mois, la barre symbolique de 1,50 dollar a finalement été franchie par l’euro mardi 26 février dans la soirée, sur le marché des changes new-yorkais. La monnaie européenne est montée jusqu’à 1,5047 dollar. Mercredi matin, elle continuait à progresser, atteignant 1,5055 dollar dans les premiers échanges à Londres. Le précédent record remontait au 23 novembre, où l’euro avait coté 1,4967 dollar.
Cette flambée de l’euro s’explique par le décalage de croissance apparent de part et d’autre de l’Atlantique. Alors que les Etats-Unis s’enfoncent dans la crise, affectés par la déroute des subprimes, les économies européennes semblent au contraire faire preuve d’une certaine résistance.Les mauvais indicateurs économiques s’accumulent outre-Atlantique. On a ainsi appris mardi que la confiance des ménages était tombée, en janvier, à son plus bas niveau depuis dix-sept ans. De leur côté les prix de l’immobilier continuent de chuter et les procédures de saisies de logement augmentent. Le tout dans un contexte d’accélération du rythme d’inflation. L’économie américaine semble profondément malade.
Toujours mardi, le baromètre IFO, qui mesure le moral des chefs d’entreprise allemands, a été publié. Il est remonté en février à 104,1 points, après 103,4 points en janvier, alors qu’un recul à 102,7 points était attendu. Cette progression semble indiquer que l’Europe résiste à la crise et à la menace d’une récession outre-Atlantique.
Jusqu’ici, les économistes avaient coutume de dire que lorsque les Etats-Unis éternuaient, l’Europe s’enrhumait. Ils en sont aujourd’hui moins convaincus. « Nous avons le sentiment d’une désynchronisation de la croissance entre Europe et Etats-Unis », atteste Christian Parisot, économiste chez Aurel Leven.
Ce sentiment a été encore renforcé par les propos du vice-président de la Réserve fédérale américaine, Don Kohn, mardi soir. Ce dernier s’est dit préoccupé par la santé de la première économie mondiale secouée depuis le moins d’août par une violente crise financière provoquée par l’effondrement du marché des crédits immobiliers à risque, les fameux subprimes. Aujourd’hui la Fed est suffisamment inquiète pour envisager une nouvelle baisse des taux d’intérêt en dépit des menaces inflationnistes. Depuis le mois d’août 2007, l’autorité monétaire américaine a déjà réduit de 2,25 points le coût de l’argent au jour le jour, aujourd’hui à 3 %.
De ce côté-ci de l’Atlantique, la Banque centrale européenne (BCE) se montre en revanche beaucoup plus sensible à la dérive des prix qu’aux troubles de l’économie. « La BCE ne bougera pas si l’économie tient », présage M. Parisot. La BCE pourrait ainsi maintenir les taux au niveau de 4 %. Ce décalage de politiques monétaires ne fait qu’amplifier le renchérissement de l’euro par rapport au dollar.
Mais si cet écart entre la monnaie européenne et le dollar semble témoigner d’un « découplage » entre les deux économies, il n’est pas une bonne nouvelle pour le Vieux continent. L’envolée de l’euro s’accompagne en effet de nombreux effets pervers. En particulier pour le commerce extérieur. En Allemagne l’industrie, plus spécialisée dans la fourniture de biens d’équipements, destinés notamment aux pays asiatiques en forte croissance, est compétitive et peut faire face à un euro fort. « L’Allemagne a une sorte de monopole sur son secteur et peut imposer ses prix », estime Philippe Brossard, économiste. « Mais la France, l’Italie, l’Espagne et dans une moindre mesure la Belgique en paient le prix », poursuit-il.
L’aggravation du déficit commercial record de la France en 2007 à plus de 39 milliards d’euros en témoigne. Et pour garder coûte que coûte leurs clients, les entreprises doivent, ou devront, faire des sacrifices, en rognant sur leur marge ou en réduisant leurs coûts, optant par exemple pour des délocalisations. « L’industrie perd chaque année entre 40 000 et 60 000 emplois en France chaque année », signale M. Brossard. Les plus petites entreprises, qui n’ont pas les moyens de se doter d’outils de couverture de change, sont les plus vulnérables.
Le seul « mini-avantage », selon Alexander Law, économiste chez Xerfi, est que l’euro fort atténue les tensions inflationnistes et a « une légère incidence » positive sur le pouvoir d’achat, permettant aux ménages d’acheter moins cher les produits importés.
Claire Gatinois
29 février, 2008
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Le Taïwanais Acer annonce le rachat de Gateway et devient le troisième fabricant mondial de PC

AP
En rachetant Packard-Bell, Acer deviendra numéro trois aux Etats-Unis avec 12 % du marché.
LE MONDE | 27.02.08
Le constructeur informatique taïwanais Acer a annoncé, lundi 27 août, l’acquisition amicale de l’américain Gateway. Il passe ainsi devant le chinois Lenovo et se hisse à la 3e place mondiale des fabricants d’ordinateurs dans le monde.
Dans un communiqué, Acer et Gateway annoncent que la firme californienne est valorisée à environ 710 millions de dollars (520 millions d’euros), soit 1,90 dollar par action – une prime de 57 % sur sa dernière cotation de vendredi 24 août. Les conseils d’administration des deux entreprises ont approuvé la fusion, qui devrait être effective en décembre, après l’approbation des autorités de régulation américaine et taïwanaise.
Combinés, les deux groupes représenteraient un chiffre d’affaires de plus de 15 milliards de dollars (11 milliards d’euros), pour une production d’environ 20 millions d’ordinateurs par an, selon le communiqué. Le nom « Gateway », très connu aux Etats-Unis, devrait être conservé, pour former une entité multimarque, selon le président d’Acer, J.T. Wang.L’acquisition de Gateway, marque icône de l’informatique américain des années 1990, par Acer met en lumière l’expansion remarquable du taïwanais, qui est déjà devenu l’une des marques les plus connues en Asie. Elle lui permet aussi de mettre un pied sur le marché américain, en s’offrant le troisième fabricant d’ordinateurs des Etats-Unis, derrière Hewlett-Packard et Dell, les deux leaders mondiaux. « Notre complémentarité géographique et de produits fait d’Acer un excellent partenaire pour Gateway, qui nous pousse à accepter cette offre », a déclaré Ed Coleman, le PDG de Gateway.
PERCÉE SUR LE MARCHÉ GRAND PUBLIC
Cette fusion devrait aussi relancer la guerre des acquisitions dans le secteur informatique. Le chinois Lenovo, devenu le troisième constructeur mondial en 2005 en rachetant la division PC d’IBM, se fait non seulement dépasser par Acer, mais pourrait aussi se faire ravir une proie de choix, le néerlandais Packard Bell, numéro 3 en Europe.
Le groupe chinois avait en effet annoncé le 8 août son intention de racheter le fabricant de PC hollandais, avec qui il était en pourparlers. Mais dans un communiqué, publié lundi 27 août, juste avant l’annonce de son rachat par Acer, Gateway a indiqué qu’il entendait utiliser le droit de préemption qu’il détient sur le capital de Packard Bell. Ce droit a été obtenu en mai 2006 en contrepartie d’un accord de non-concurrence entre les deux sociétés.
Packard Bell avait jusqu’à maintenant nié toute discussion avec Acer. En mettant la main à la fois sur Gateway et Packard Bell, Acer se renforce significativement aux Etats-Unis et en Europe, où son concurrent Lenovo est peu implanté.
Fondé en 1976, Acer s’est montré « très offensif depuis deux ans et a fait une percée sur le marché grand public, avec une croissance extrêmement forte en Europe », explique Bertrand Huck, analyste chez Gfk. Acer a notamment profité de l’essor des ordinateurs portables, son point fort.
Mais la réussite de l’offre du groupe taïwanais n’est pas encore assurée. A la Bourse de Taïpeh, Acer perdait 6,9 % mardi, certains analystes jugeant son offre sur Gateway surévaluée. Ce dernier bondissait en revanche de 49 % au New York Stock Exchange, à 1,80 dollar.
Michel Rose
29 février, 2008
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3 000 milliards de dollars, le coût de la guerre en Irak selon Joseph Stiglitz
LEMONDE.FR | 28.02.08
Combien coûte la guerre en Irak ? Cher, très cher. Et pas seulement à l’économie américaine. Joseph Stiglitz, le Prix Nobel d’économie, et Linda Bilmes, professeur à Harvard, spécialiste des questions budgétaires, estiment qu’elle a déjà coûté 3 000 milliards de dollars aux Etats-Unis, dans un livre intitulé The Three Trillion Dollar War : The True Cost of the Iraq Conflict (éditions W. W. Norton, sortie le 3 mars). Une commission du Congrès devrait se pencher sur la question, jeudi 28 février, et auditionner Joseph Stiglitz, qui devrait répéter ce qu’il écrit dans ce livre : Bush s’est fourvoyé sur les bénéfices et les coûts de la guerre en Irak.
Le coût des opérations a déjà dépassé celui des douze ans de la guerre du Vietnam, et représente le double du coût de la guerre de Corée. Les Etats-Unis dépensent pour la guerre 16 milliards de dollars par mois, soit l’équivalent du budget annuel de l’ONU. Joseph Stiglitz et Linda Bilmes indiquent que les 3 000 milliards de dollars auraient pu financer la construction de 8 millions de logements, 15 millions de professeurs, les soins de 530 millions d’enfants, des bourses d’études pour 43 millions d’étudiants, offrir une couverture sociale pour cinquante ans aux Américains. Le Prix Nobel remarque que les Etats-Unis ne versent que 5 milliards de dollars pour l’aide au développement en Afrique, et craignent d’être dépassés par la Chine. Cinq milliards de dollars, ce sont dix jours de combat de l’armée américaine.
TOUTE L’ÉCONOMIE MONDIALE EN PAIE LE PRIX
Les auteurs s’attaquent surtout au mythe qu’une guerre est toujours bonne pour l’économie. L’un des buts de la guerre était de sécuriser les approvisionnements pétroliers, relèvent-ils. En cinq ans, le baril est passé de 25 dollars à 100 dollars, note le Prix Nobel d’économie. « Les gens ne s’attendaient pas à ce que l’économie remplace la guerre comme thème dans les élections », explique Joseph Stiglitz dans le Guardian. L’un des enseignements du livre est de montrer que la guerre et la situation économique des Etats-Unis ne sont pas deux sujets distincts, mais un seul et même sujet. Surtout, les coûts de cette guerre dépassent la seule économie américaine pour toucher le système mondial.
Parce que les Etats-Unis n’ont pas d’épargne, l’administration Bush doit emprunter à l’étranger, à la Chine, par exemple, observe les auteurs. « Le déficit de l’Amérique est tel qu’elle ne peut sauver ses propres banques. » Des établissements comme Citigroup ou Merrill Lynch, qui étaient l’orgueil de Wall Street, ont été contraints d’aller quémander des fonds auprès de fonds asiatiques ou moyen-orientaux pour ne pas sombrer. Au risque de perdre leur indépendance et de passer sous pavillon koweïtien ou singapourien.
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