BIRMANIE:la dictature laisse mourrir la population…

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« Corps éparpillés » et « situation apocalyptique » en Birmanie, selon les humanitaires

LE MONDE | 10.05.08

 REUTERS/STR

« La situation sur le terrain est vraiment désespérée », explique Aye Win, du Centre d’information des Nations unies.

Un spectacle effarant, difficilement soutenable. Les premiers témoignages des rares équipes de secours parvenues dans le delta de l’Irrawaddy, la zone de Birmanie dévastée le 3 mai par le typhon Nargis, font état d’un véritable désastre humanitaire. Alors que le bilan officiel s’établissait, samedi 10 mai, à 23 335 morts et 37 019 disparus – les estimations officieuses continuent d’évoquer près de 100 000 morts -, les scènes de dévastation rapportées par ces témoins ne font que souligner l’urgence d’une assistance internationale que la junte militaire birmane n’accepte, selon les ONG et l’ONU, que trop lentement.

 Le programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a affirmé, samedi 10 mai dans la soirée, avoir récupéré la cargaison d’aide arrivée à bord d’un de ses avions en Birmanie pour secourir les sinistrés du cyclone Nargis. « La cargaison est entre nos mains, ils nous l’ont remise », a déclaré Marcus Prior, un porte-parole du PAM à Bangkok, qui n’était en revanche pas en mesure de dire quel était le statut du second avion de l’ONU arrivé samedi à Rangoun, un appareil du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) arrivant de Dubaï et transportant des biscuits énergétiques. – (Avec AFP.)« La situation sur le terrain est vraiment désespérée, explique Aye Win, du Centre d’information des Nations unies, contacté par téléphone à Rangoun. Nous atteignons nos limites. Nos personnels reviennent du delta (de l’Irrawaddy) et les histoires qu’ils nous racontent sont difficiles à supporter. Certains sont assez affolés en revenant. Il y a des corps éparpillés. »

A Médecins sans frontières (MSF), un chargé de communication, Frédéric Baldini, rapporte depuis Genève le témoignage du chef de mission de MSF-Suisse en Birmanie : « Il a rencontré un résident d’un village du delta affirmant craindre n’être que le seul survivant. »

A Paris, Thomas Gonnet, directeur des opérations d’Action contre la faim (ACF), est en contact permanent avec une équipe de l’association présente sur les lieux. « Un paysage de désolation et une situation apocalyptique, tels furent les premiers mots de notre équipe arrivée, mercredi, à Bogalay, l’une des villes les plus touchées par le typhon », rapporte-t-il.

Pour parcourir la centaine de kilomètres qui relient Rangoun et Bogalay, le premier convoi d’ACF, avec sept tonnes de riz, a dû faire de nombreux détours : ponts détruits, circulation bloquée, risques d’attaque sur la route. Le spectacle découvert par l’équipe d’ACF à Bogalay fait état d’une ville rasée et entourée d’eau contaminée par les cadavres en décomposition. Si les autorités retiennent le chiffre de 10 000 morts dans cette zone, le chef d’équipe d’ACF estime que près de 200 000 personnes sont en danger sur une population initiale de 350 000 habitants.

Ce responsable de terrain a, vendredi, décrit par téléphone à Thomas Gonnet la présence d’environ 60 000 ruraux, paysans ou pêcheurs – venus chercher du secours à Bogalay. « Ils n’ont plus d’eau, plus à manger, plus d’animaux, plus de semences, plus de rizières, les stocks de riz sont vides. » Il a également évoqué l’existence d’un camp de réfugiés de près de 20 000 personnes au coeur même de la ville. « Le problème, précise M. Gonnet, c’est que les autorités locales nous ont interdit l’accès à ce camp et ne nous laisse pas distribuer nous-mêmes l’aide aux victimes. »

« La colère de la population est palpable, et notre équipe sur place nous a fait état de violences », rapporte le directeur des opérations d’ACF.

Des tensions sont apparues entre les membres du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU, présents à Rangoun, et le gouvernement birman. Vendredi, alors que des équipes du PAM déchargeaient 38 tonnes de vivres et d’équipements sur l’aéroport, des autorités locales ont saisi la cargaison. Le PAM a alors annoncé la suspension de toute livraison.

Joint au téléphone vendredi, à Rangoun, l’un des représentants du PAM en Birmanie, Marcus Prior, indique que les autorités ont expliqué leur geste par l’absence d’autorisation. « Ils nous connaissent pourtant bien, remarque M. Prior. Nous sommes dans ce pays depuis longtemps, et nous sommes déjà présents à Bogalay mais aussi à Laputta, la première ville touchée par le typhon. »

La junte a indiqué, vendredi, que « la Birmanie donne la priorité à la réception de l’aide et à sa distribution, par ses propres moyens, dans les régions frappées par le typhon ». Les organisations humanitaires suspectent le régime de vouloir en fait détourner l’aide internationale. En fin de journée, le PAM revenait sur sa décision et annonçait qu’il assurerait ses vols de samedi tout en poursuivant les discussions pour pouvoir contrôler l’ensemble de la distribution de l’aide.

Paul Risley, le porte-parole du PAM à Bangkok, où se regroupent les équipes humanitaires en attente de visa, n’en dénonce pas moins l’attitude des autorités birmanes qui ont fermé leur ambassade pour quatre jours en raison d’une fête. « C’est une attente de quatre jours qui n’a pas lieu d’être », a-t-il déclaré.

Si le delta de l’Irrawaddy est la zone la plus touchée, les environs de Rangoun n’ont pas été épargnés. « Dans la zone de Rangoun, 80 % des maisons sont détruites, rapporte à Paris Françoise Sivignon, chef de la mission Birmanie de Médecins du monde (MDM). Les gens sont réfugiés dans les monastères, les écoles et les églises. »

Joe Larry, délégué à l’information de la Croix-Rouge, est arrivé à Rangoun de Bangkok vendredi. « Les arbres ont été arrachés, les toits des maisons rappellent des boîtes d’étain ouvertes, rapporte-t-il au retour d’une visite dans les banlieues de la cité. Il n’y a pas d’électricité, les rues les plus proches de Rangoun sont toujours couvertes d’eau. Les enfants jouent dans l’eau accumulée, sûrement contaminée, et courent le risque d’attraper des maladies. »

Jacques Follorou et Philippe Bolopion (à New York)

Risques:cyclone en Birmanie,100mille morts ?

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 100 mille morts et l’aide internationale toujours bloquée aux portes de la Birmanie?

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 08.05.08 

Des habitants de Bogalay, au sud de Rangoun, contemplent, le 8 mai, ce qu'il reste de leur maison détruite par le cyclone Nargis. REUTERS/STR   

   Bogalay, au sud de Rangoun, le 8 mai

Alors que le bilan humain du cyclone Nargis, qui a dévasté le week-end dernier la Birmanie, pourrait atteindre cent mille morts, l’aide internationale continuait, jeudi 8 mai, d’arriver au compte-gouttes dans le pays. Et la confusion entretenue par la junte militaire au pouvoir, qui ne distribue les visas qu’avec parcimonie, ne fait que compliquer encore un peu plus la tâche des humanitaires.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a exhorté jeudi soir la junte birmane à se focaliser sur l’aide aux victimes plutôt que sur le référendum constitutionnel. Il essaie également de discuter avec le chef de la junte, Than Shwe, pour faciliter l’aide internationale. Un peu plus tôt, le responsable des affaires humanitaires aux Nations unies, John Holmes, s’était dit « déçu » du peu de coopération des autorités birmanes. 

Selon les organisations humanitaires, l’aide arrive doucement de Thaïlande, de Chine, d’Inde. La Grèce a affirmé avoir obtenu le feu vert des autorités birmanes pour faire partir en fin de journée un avion de l’armée de l’air transportant des tentes, des couvertures et des médicaments. De leur côté, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils se préparaient pour des largages d’aide aux sinistrés, dont le département d’Etat laissait entendre que Washington pourrait se passer de l’accord de la junte pour y procéder.

LA POPULATION MANQUE DE TOUT

Mais selon les spécialistes de l’humanitaire, ce sont des centaines d’avions d’aide dont le pays a besoin. Les moyens sont en effet largement insuffisants face à une population qui manque de tout : eau, nourriture, abris, médicaments. Face à cette situation catastrophique, la communauté internationale a multiplié les appels à l’ouverture de la Birmanie. Mais le processus d’obtention de visas prend du temps. Le régime militaire en Birmanie, l’un des pays les plus fermés, avait prévenu les travailleurs humanitaires en début de semaine qu’ils devraient négocier avec lui pour pénétrer sur le territoire.

Sur place les témoins continuaient de décrire des scènes de désolation. Jeudi soir, la télévision officielle birmane recensait dix-sept morts de plus, faisant désormais état de 22 997 morts et 42 119 disparus. D’autres chiffres bien plus lourds circulent. Dans la seule localité de Labutta et les soixante-trois villages voisins, au cœur du delta de l’Irrawady ravagé par le cyclone, un responsable local, Tin Win, a parlé d’environ 80 000 morts. Selon ce chef d’arrondissement de Labutta, des dizaines de villages alentour ont été balayés. Dans l’ensemble du delta, « il pourrait y avoir plus de cent mille morts », a avancé la chargée d’affaires américaine à Rangoun, Shari Villarosa.