29 avril, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, JAPON, MONDIALISATION, RISQUES
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La pénurie de beurre au Japon illustre le recul de l’indépendance alimentaire de l’Archipel
AFP/YOSHIKATSU TSUNO
Le Japon vit depuis plusieurs semaines une véritable pénurie de beurre, conséquence de l’effondrement de la production de lait.
LE MONDE | 29.04.08
“Les fabricants de beurre connaissent actuellement des problèmes d’approvisionnement en matière première. Nous vous remercions de n’acheter qu’un paquet par personne.” L’avertissement apparaît sur l’étagère du rayon frais de ce supermarché de Tokyo. Habituellement pleine de divers paquets de beurre, elle est aujourd’hui vide. Quand se remplira-t-elle ? “Les livraisons ne sont pas régulières, assure un vendeur, il vaut mieux venir le matin pour espérer en trouver.”
Le problème ne se limite pas à la capitale. Le Japon vit depuis plusieurs semaines une véritable pénurie de beurre, conséquence de l’effondrement de la production de lait. Celle-ci est tombée de 8,1 millions de tonnes au cours de l’année fiscale (du 1er avril au 31 mars) 2006 à 7,3 millions à l’exercice suivant.
“La canicule de l’été 2007 a fortement affecté les rendements, explique Yasuhiko Nakamura, de l’université de Tokyo. Elle est intervenue alors que le nombre d’exploitations laitières ne cesse de diminuer.” La consommation de lait baisse au Japon depuis le début des années 1990, ce qui a mis en difficulté certains producteurs, d’autant qu’ils subissent aussi la hausse des prix de l’alimentation animale.

Face à la pénurie, l’île d’Hokkaido, principale région agricole du Japon, a augmenté la production de lait de 3 % en mars. Cela n’a pas suffi. Les boulangers et pâtissiers industriels du pays achètent tous les stocks de beurre disponibles pour éviter d’en importer. Les Japonais doivent donc patienter ou acheter des produits étrangers, français notamment, vendus en supermarché autour de 1 900 yens (11,6 euros) les 250 g.
Ce problème illustre les difficultés d’approvisionnement alimentaire du Japon. L’Archipel assure 39 % de ses besoins en calories, contre 70 % au lendemain de la guerre. Si le Japon parvient à assurer ses besoins en riz et, dans une moindre mesure, en légumes, il est loin de le faire en matière de fruits, de viande ou de poisson.
“Jusque récemment, le Japon avait les moyens financiers de compenser ce manque”, souligne le professeur Nakamura. Le secteur agricole ne s’est donc guère modernisé. Ne contribuant qu’à 1,4 % du produit intérieur brut, cette activité concerne aujourd’hui 2,9 millions d’exploitations, dont 98 % ne dépassent pas deux hectares. Et 70 % de la population de ce secteur a plus de 55 ans.
“Aujourd’hui, souligne Yasuhiko Nakamura, la hausse de la demande dans les nations émergentes et la progression des prix obligent le Japon à réagir.” En avril 2007, une loi a modifié les orientations agricoles du pays, très généreux en subventions et protectionniste face aux importations avec des droits de douane élevés.
La politique de soutien des prix est peu à peu abandonnée. Dorénavant, l’accent est mis sur l’amélioration de la compétitivité. Le gouvernement encourage l’installation de jeunes, la remise en valeur de terres en jachère et un agrandissement des exploitations. Les autorités veulent augmenter le taux d’autosuffisance alimentaire. Elles souhaitent aussi rassurer des consommateurs inquiets de la qualité des produits importés, de Chine notamment.
Depuis qu’a éclaté en janvier le scandale des raviolis fabriqués en Chine et contaminés avec un pesticide, les importations en provenance de ce pays ont chuté de 40 %, une tendance qui pose déjà aux restaurants japonais un problème d’approvisionnement.
Philippe Mesmer
28 mars, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, JAPON, POPULATION et SOCIETE
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Au Japon, le vieillissement de la population s’accélère
LE MONDE | 28.03.08
Grisonnante et déclinante, deux qualificatifs de plus en plus caractéristiques de la population japonaise. Aujourd’hui à 127,7 millions d’habitants, elle pourrait s’établir à 117 millions en 2030 et 100 millions en 2050, selon les chiffres de l’Institut national sur la population et la Sécurité sociale.
AFP/KAZUHIRO NOGI
Une maison de retraites à Mizuho, dans la banlieue de Tokyo
Cette baisse découle d’un taux de fécondité tombé à 1,26 enfant par femme, conséquence notamment d’un accroissement des inégalités et d’une précarisation de l’emploi qui n’encouragent pas à convoler et à avoir des enfants.
Autre explication, une certaine fuite de responsabilités chez les plus jeunes qui rejettent le modèle familial traditionnel et privilégieraient la satisfaction immédiate de leurs propres aspirations.
Les pouvoirs publics ne semblent pas prêts à s’attaquer au problème. Des projets sont évoqués pour tenter d’aider les travailleurs, surtout les femmes, à concilier vie professionnelle et familiale ou à convaincre les entreprises de permettre à leurs salariés de bénéficier du congé parental, autorisé par la loi. Mais le Japon ne prévoit toujours pas de se doter d’une véritable politique familiale.
La population diminue donc, les campagnes se vident et l’Archipel vieillit. Les 27,44 millions de plus de 65 ans, chiffre atteint en septembre 2007 selon le ministère de la gestion publique, représentent 21,7 % de la population totale, une proportion qui devrait atteindre 35,7 % en 2050. A cette époque, les moins de 14 ans seront 10,8 %, contre 13,7 % en 2007.
Ces évolutions menacent l’avenir des retraites, de plus en plus difficiles à financer. Tokyo a adopté une réforme en 2004, alors que les dettes des différents régimes atteignaient cette année-là 650 000 milliards de yens (4 176 milliards d’euros), 1,3 fois le produit intérieur brut.
Le texte prévoit un relèvement progressif des cotisations mensuelles jusqu’en 2017 et un renforcement des contrôles pour tenter de réduire la part, aujourd’hui à 40 %, des personnes qui ne règlent pas leurs cotisations pour la retraite de base - essentiellement des intérimaires et des indépendants. Conséquence de cette nouvelle loi, les affiliés paieront plus, mais toucheront moins. Les retraites qui représentent aujourd’hui 59,2 % du salaire devraient descendre à environ 50 % en 2023.
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Philippe Mesmer
28 mars, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, JAPON, MONDIALISATION
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Japon
Chef de l’état:Empereur Akihito (depuis janvier 1989) Premier Ministre : Yasuo Fukuda (depuis le 26-9-2007)-Régime politique:Empire, démocratie parlementaire-Capitale:Tokyo-Superficie:377 819 Km2-Population:127 728 000 hab. ( en 2005)-Densité de Pop.:338.07 hab./Km2-Monnaie Nationale:Yen (JPY)-Cours en Euros:0.00649200 (au 26/03/2008)-Pnb:4389,791 Milliard(s) de dollars-Indice de Développement Humain (rang mondial):0,943 (11) ( en 2003)
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La hausse du yen face au dollar menace les grandes entreprises japonaises
LE MONDE | 25.03.
08
Jusqu’en 2008, le billet vert s’échangeait contre plus de 110 yens, ce qui permettait aux groupes nippons, particulièrement à ceux du secteur automobile ou de l’électronique, de maintenir leurs ventes à l’étranger à un niveau élevé. Le yen faible a permis au Japon de sortir de dix années de crise et de vivre cinq années de croissance modérée. Depuis le début 2008, la baisse du dollar - jusqu’à près de 95 yens mi-mars - suscite des inquiétudes chez les investisseurs étrangers, principaux acteurs de la Bourse de Tokyo depuis 2005. Ils redoutent une baisse des bénéfices des sociétés de l’archipel. Ces craintes ont provoqué l’effondrement des valeurs des entreprises exportatrices. Sony a perdu 36 %, Panasonic 17 % et Sharp 15 %. De fait, plusieurs analystes annoncent un repli des profits opérationnels pour l’exercice 2008, qui débute le 1er avril. Nomura Securities prédit une baisse moyenne de 1,4 % de ces gains pour les 346 principales sociétés non financières japonaises si le cours du dollar reste autour de 95 yens. Les difficultés de l’économie américaine incitent aussi les firmes japonaises à ne pas augmenter leurs prix pour compenser les éventuels manques à gagner.
Dans ce contexte de repli boursier, plusieurs entreprises, comme le sidérurgiste Nippon Steel, renforcent leurs défenses contre des tentatives de prise de contrôle de fonds étrangers, chinois ou russes.
Ces perspectives méritent pourtant d’être relativisées, notamment parce que les exportateurs dépendent moins du marché américain.
MONDIALISATION DES ACTIVITÉS
“Nous ne sommes plus en 1995, quand les groupes nippons qui produisaient dans l’archipel avaient souffert de la chute du dollar à 80 yens, explique Yoshio Sakuma, de l’Institut des études économiques internationales, proche de Toyota. Aujourd’hui, une grande partie de la production se fait hors du Japon, ce qui limite l’impact d’un yen trop fort.” Ainsi, Toyota fabrique 2 millions de ses 9,5 millions de véhicules en Amérique du Nord et 1,7 million en Europe. La mondialisation des activités permet à Suzuki, qui produit l’essentiel de ses modèles en Inde et reste peu présent aux Etats-Unis, de maintenir une prévision de hausse de 13,8 % de ses bénéfices pour l’exercice 2008.
En outre, un renforcement de la monnaie japonaise face au dollar allège la facture énergétique et le coût des matières premières. “Cela peut compenser la baisse des bénéfices dans certains secteurs, comme la sidérurgie”, estime M. Sakuma. Les difficultés actuelles incitent aussi les syndicats à modérer leurs demandes d’augmentations salariales pour les négociations de printemps.
Ces dernières années, les bénéfices des sociétés japonaises ont bien progressé et, contrairement à 1995, elles ont une solide trésorerie. “Tirant les leçons de la bulle de la fin des années 1980, elles ne dépendent plus uniquement des banques pour leur financement, mais des marchés et de leurs fortes réserves de liquidités”, souligne Junichi Saeki, de IDC Japan. Et elles bénéficient d’une bonne maîtrise de l’économie mondialisée et d’une productivité en progrès.
Certaines pourraient se lancer dans des opérations hors du Japon. Fast Retailing, l’opérateur de l’enseigne de vêtements bon marché Uniqlo, veut ainsi profiter du yen fort pour investir, par le biais de fusions et d’acquisitions, entre 300 et 400 milliards de yens (entre 1,9 et 2,6 milliards d’euros) afin de porter son chiffre d’affaires à 1 000 milliards de yens en 2010.
Toutefois, “si le dollar tombait à 75 yens, les problèmes pourraient commencer”, juge M. Saeki. Les industries exerçant dans des domaines très spécialisés et tournées vers l’exportation seraient affectées.
Pour le moment, les autorités ne sont pas intervenues sur le marché des changes. Le Bureau du gouvernement a, dans son rapport mensuel rendu public le 19 mars, abaissé son estimation des performances de l’économie du pays, percevant “une pause dans le mouvement de reprise”. Mais il reste confiant pour les exportations, notamment vers les économies émergentes, susceptibles de compenser une baisse des ventes réalisées aux Etats-Unis.
Philippe Mesmer
16 mars, 2008
JAPON, MONDIALISATION, RISQUES
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Au Japon, la lutte contre l’effet de serre se heurte aux résistances des industriels
LE MONDE | 14.03.08 TOKYO
La réunion du G20, les vingt principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre, se déroule du 14 au 16 mars à Chiba, près de Tokyo. Elle intervient au moment où le Japon tente de s’imposer comme leader de la lutte contre le réchauffement climatique, en proposant une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.
Or le pays peine à se doter d’une véritable politique environnementale, dont la priorité est aujourd’hui de respecter les engagements du protocole de Kyoto. Le Japon doit réduire de 6 %, d’ici à 2012, ses émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport aux niveaux de 1990. Au terme de l’année 2006, elles étaient de 6,4 % supérieures à celles de 1990. L’industrie a réduit de 3 % ses dégagements de GES. Mais les transports et les foyers ont vu les leurs progresser de 18 % et 38 %.Quelques mesures ont été prises, comme l’obligation de réduire de 20 % la consommation d’électricité des climatiseurs et des réfrigérateurs d’ici à 2010. Les constructeurs automobiles qui investissent dans les technologies hybrides reçoivent des subventions, ainsi que les sociétés gazières qui promeuvent les piles à combustible domestiques. Cela n’étant pas suffisant, le gouvernement a décidé, en 2007, de recourir à l’achat de droits d’émissions.
En novembre, le Japon en a acheté à la Hongrie pour 126 millions d’euros. Le Nippon Keidanren, le patronat japonais, incite également ses membres à en acquérir. La question de la création d’un marché japonais des droits d’émissions est évoquée. “Il faut donner un prix au CO2, estime Mutsuyoshi Nishimura, conseiller spécial du gouvernement. Tous les chercheurs et économistes reconnaissent l’utilité d’un tel système pour réduire les émissions.”
Cette question devrait être abordée par la commission mise en place le 5 mars par le premier ministre, Yasuo Fukuda, pour réfléchir au changement climatique. Mais deux de ses principaux membres, les PDG du sidérurgiste Nippon Steel et de la compagnie d’électricité Tepco, sont connus pour y être très hostiles. Leurs positions reflètent celles du Keidanren, qui considère qu’un tel marché ne fait “qu’imposer des contraintes aux entreprises qui se développent tout en assurant des ressources aux groupes en déclin”.
D.R.usine près du mont Fujisan.
Le patronat japonais juge que la fixation d’obligations de réductions, comme le fait le protocole de Kyoto, n’est pas juste. Il plaide pour un partage équitable des contraintes, une position reprise par le gouvernement nippon, et notamment par M. Fukuda dans son intervention au Forum économique de Davos.Ces choix, comme l’ensemble de la politique environnementale japonaise, sont considérés comme “manquant de courage” et reflétant “une soumission aux exigences des entreprises” par Jun Hoshikawa, directeur exécutif de Greenpeace Japan. Selon lui, “le Japon bénéficie des technologies les plus avancées, mais ne s’est jamais doté d’un cadre institutionnel permettant de les utiliser à bon escient”.
Cette absence de vision limite le développement de projets alternatifs. L’une des priorités pour réduire les émissions de CO2 reste une hausse de la part du nucléaire de 30 % à 40 % de la production d’électricité, une politique qui élude les questions des risques et du devenir des déchets, dont 12 000 tonnes ont déjà été accumulées. L’autre priorité est le projet d’utilisation “propre” du charbon, complétée par l’enfouissement du CO2.
Le Japon, qui bénéficie encore du taux d’efficacité énergétique le plus élevé du monde, perd certaines positions dominantes. En 2004, le gouvernement a stoppé les aides aux particuliers qui se dotaient d’un équipement à l’énergie solaire, abandonnant à l’Allemagne le premier rôle sur cette technologie. Tout cela fait dire à Yoshiaki Tomiyama, du Conseil mondial de l’énergie, que, concernant les questions environnementales, “le Japon a pris aujourd’hui du retard sur l’Union européenne”.
Philippe Mesmer