FRANCE:racisme et intolérance…

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Nouvelle profanation de tombes musulmanes

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LE MONDE | 07.04.08 

La profanation de 148 tombes musulmanes, dimanche 6 avril, à l’aube, dans le cimetière militaire de Notre-Dame de Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), a suscité une indignation générale.

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a dénoncé un acte relevant “du racisme le plus inadmissible qui soit”. La garde des sceaux, Rachida Dati, personnellement visée par des inscriptions insultantes sur des stèles, a jugé que cet “acte odieux (…) attaque les valeurs de la République”.

Les tombes ont été recouvertes d’insultes à caractère raciste, nazi et islamophobe. Une tête de porc ensanglantée a été déposée sur l’une d’entre elles.Une cinquantaine de tombes musulmanes de ce cimetière avaient déjà été profanées en avril 2007. Les auteurs, trois jeunes hommes de la mouvance skinhead, ont été condamnés à des peines de prison ferme. Lors du procès, en mai, le procureur d’Arras avait souhaité que “la sanction soit un exemple pour tous les nazillons de leur espèce.

La répétition des dégradations visant des lieux musulmans, cimetières ou mosquées, est un phénomène récent.

C’est à partir de 2003 que les principales affaires apparaissent : en octobre, une soixantaine de tombes musulmanes sont vandalisées dans le cimetière de Thiais (Val-de-Marne). En 2004, une série de profanations touche les carrés musulmans de plusieurs cimetières alsaciens, tandis que deux mosquées sont incendiées en Haute-Savoie.

Liés au climat général induit par les attentats du 11 septembre 2001, ces actes semblent aussi concomitants à l’émergence de nouvelles revendications de la communauté musulmane, portées notamment par le Conseil français du culte musulman (CFCM), mis en place en 2003.

Depuis, régulièrement, des mosquées sont prises pour cible. Entre 2005 et 2007, vingt-cinq lieux de culte auraient été dégradés, selon l’Observatoire du collectif contre l’islamophobie en France.

 L'image “http://blog.choc.fr/images/actualites/avril2007/20-04-2007/profanation_tombe.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Lens-avril 2007

Face à cette “recrudescence”, le Conseil régional du culte musulman (CRCM) de Rhône-Alpes a demandé, dimanche, la création de “cellules régionales de veille et de suivi des incidents islamophobes”. Les auteurs de profanations sont en général rapidement interpellés et condamnés à des peines de prison ferme.

Stéphanie Le Bars

Mémoire souillée

LE MONDE | 07.04.08 

Ce qui s’est passé à la nécropole militaire de Notre-Dame-de-Lorette, près d’Arras (Pas-de-Calais), dans la nuit de samedi à dimanche, est au-delà des mots et de l’émotion. Et pourtant, les mots, il faut les écrire comme ils ont été écrits, les lire comme ont pu les lire tous les musulmans de France, à peine connu l’acte honteux. Des lettres noires sur les stèles blanches du carré musulman tournées vers La Mecque. “Fuck les Rebeux”. “Fuck Mahomet”. Des insultes ordurières à l’encontre de la ministre de la justice, Rachida Dati, traitée de “salopri” et pis encore.

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Des croix gammées, des croix celtiques. Une demi-tête de porc sanguinolente pendue à une tombe et l’expression “hallal” - viande tuée selon le rite musulman - sur le nom d’un soldat maghrébin mort pour la France. La signature du “White Power”.

Cette haine qui revient au même endroit à un an de distance comme un printemps noir, il faut la condamner. Pour les morts d’abord. Pour leur mémoire souillée. Pour le respect dû à ces jeunes d’Afrique du Nord dont le sang, impur aux yeux de leurs lâches profanateurs, a généreusement abreuvé nos sillons face à l’ennemi des deux grandes guerres.

Mais penser aux morts, laver leur honneur comme a tenté de le faire avec dignité l’ensemble de la classe politique, c’est aussi et surtout penser aux vivants. A ceux qui souffrent aujourd’hui, dans la France de 2008, d’un faciès un peu trop mat, d’un patronyme un peu trop de “là-bas”.Il y a une semaine à peine s’achevait le Forum de Paris, un événement de premier plan tout entier tourné vers l’Union pour - ou de - la Méditerranée, chère au président Sarkozy. Il s’agissait de reposer les bases d’un destin commun entre les deux rives de cette “mer entre les terres”. Il s’agissait de s’écouter, de se respecter, tant il est vrai que bien des hommes d’Afrique du Nord, par nécessité, traversent la Méditerranée. Tant il est vrai aussi que la Méditerranée, par notre histoire et notre géographie, traverse chacun d’entre nous comme un sang bleu, un titre de noblesse, une origine certifiée. Ce vivre ensemble, il faut sans concession le consolider, l’affirmer, le défendre. Surtout contre la bêtise abjecte.

Eric Fottorino

Quatre interpellations après la profanation de tombes musulmanes près d’Arras

LEMONDE.FR avec AFP | 08.04.08 

Quatre jeunes ont été interpellés, lundi 7 avril, et étaient entendus mardi dans le cadre de l’enquête sur la profanation de 148 tombes musulmanes dans le cimetière militaire Notre-Dame-de-Lorette à Ablain-Saint-Nazaire, près d’Arras, a-t-on appris de source proche de l’enquête.

Ces jeunes pourraient être liés à la mouvance skinhead, la même que celle à laquelle appartenait trois jeunes condamnés pour des faits similaires commis au même endroit il y a un an. Interrogé par l’AFP, le chargé de communication de la gendarmerie de la région Nord - Pas-de-Calais, le capitaine Jacky Lefort, n’a “pas démenti” ces informations. Le procureur de la République d’Arras, Jean-Pierre Valensi, n’a de son côté pas souhaité communiquer “pour ne pas nuire au bon déroulement de l’enquête”.

Les inscriptions injurieuses, découvertes dimanche matin dans ce cimetière militaire, visaient directement l’islam et insultaient gravement Rachida Dati, la garde des sceaux. Une tête de porc avait également été pendue à l’une des tombes. Cette nouvelle affaire de profanation a suscité une condamnation unanime des responsables politiques de tous bords ainsi que des responsables religieux et des milieux associatifs.Inauguré en 1925, le cimetière est un jardin de 13 hectares, planté de croix, commémorant notamment les combats de 1915, à l’un des endroits les plus disputés du front occidental au début de la première guerre mondiale. 40 000 combattants environ y reposent dont la moitié dans des tombes individuelles. Le carré musulman compte 576 tombes orientées vers La Mecque.

La précédente profanation avait été commise dans la nuit du 18 au 19 avril 2007 : 52 tombes du carré musulman avaient été couvertes d’inscriptions nazies, de croix gammées et celtiques. Les auteurs, deux jeunes hommes de 18 et 21 ans, avaient été condamnés en mai à deux ans de prison, dont un ferme, et un mineur de 16 ans à sept mois de prison dont cinq mois et demi avec sursis. Ils avaient depuis fait l’objet d’une libération anticipée.

MONDIALISATION financière:en France ,une prise de participation chinoise chez Total…

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Un fonds public chinois dans le capital du groupe pétrolier Total

LEMONDE.FR avec AFP | 03.04.08 |

La place des fonds souverains dans l’économie mondiale s’étend et touche aussi la France et ses entreprises. Un “fonds public chinois est entré au capital de Total. Il a pris graduellement position depuis quelques mois”, a en effet déclaré, jeudi 3 avril, une porte-parole du groupe pétrolier, sans préciser s’il s’agit de la compagnie publique chinoise d’investissement China Investment Corporation (CIC).

Société

TOTAL

17:39 - 03/04/2008
48,97 EUR +0,97%

 

On ne connaît pas la part prise dans le capital de Total, première capitalisation de la Bourse de Paris, mais elle doit être d’au moins 1 %. En effet, les règles statutaires du groupe prévoient que “toute personne, physique ou morale, qui vient à détenir directement ou indirectement un pourcentage de capital, des droits de vote ou de titres donnant accès à terme au capital de la société égal ou supérieur à 1 %, ou à un multiple de ce pourcentage, est tenue d’informer la société”.

“MESSAGE POSITIF POUR LE GROUPE”
La part des actionnaires asiatiques au capital de Total ira croissant, a indiqué la porte-parole. “L’Asie est en pleine croissance et il est normal que ses actionnaires” montent au capital, a-t-elle estimé. “Les fonds souverains placent leurs liquidités dans des actifs rentables et de long terme. Donc, l’entrée d’un fonds souverain chinois au capital est un message positif pour le groupe”, commente encore la porte-parole de Total.

Au 31 décembre 2007, le capital du quatrième groupe pétrolier mondial était détenu à 88 % par des investisseurs institutionnels (d’Amérique du Nord à 29 %, de France à 21 %, du Royaume-uni à 14 %, du reste de l’Europe à 21 % et du reste du monde à 3 %). Le capital de Total est aussi détenu à 8 % par des actionnaires individuels et à 4 % par des salariés, indique le rapport annuel 2007 de Total mis en ligne ce jeudi. Les principaux actionnaires du groupe sont le groupe Bruxelles Lambert et la Compagnie nationale à portefeuille (CNP), détenus tous deux par le financier belge Albert Frère, qui possèdent ensemble 5,3 % du capital.

FRANCE:sectes ,quelles pratiques,quelle tolérance ?

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La Mission interministérielle sur les dérives sectaires pointe les nouvelles techniques de manipulations des sectes

AFP | 03.04.08

Les “faux souvenirs induits”, la “vente multiniveaux”, certaines techniques de coaching en entreprise… Autant de pratiques recensées dans le dernier rapport 2007 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), publié jeudi 3 avril

Il s’agit du 5e rapport annuel de la Mission, au cœur d’une polémique le mois dernier, après les propos de la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, estimant que hormis ce travail annuel, “la Miviludes ne fait rien”.

Le rapport fait également le point sur les techniques de lobbying des sectes auprès des organismes internationaux, à partir de l’exemple de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), et sur le phénomène du satanisme qui concernerait de près ou de loin environ vingt-cinq mille personnes en France, dont 80 % de moins de 21 ans.

Il pointe aussi le néochamanisme et l’usage d’une substance, le datura, plante courante aux fleurs très parfumées et réputée toxique, qui tend à remplacer l’iboga, inscrit au tableau des stupéfiants.

MANIPULATION PAR LE “FAUX SOUVENIR INDUIT”
“Les sectes évoluent mais elles sont toujours là”, estime Jean-Michel Roulet, président de la Miviludes, qui souligne qu’à partir de 2000, elles se sont “engouffrées” dans le domaine de l’accomplissement de soi, les unes dans l’humanitaire, les autres dans les techniques de “recherche de son moi profond”.

Le travail sur la mémoire est une des bases de la psychanalyse, en revanche “le ‘faux souvenir induit résulte de techniques d’autosuggestion ou d’une influence indue qu’exercent certains thérapeutes”. Ceux-ci “manipulent” le patient en l’amenant à se rappeler des abus – souvent à caractère sexuel – subis dans la petite enfance qui constituent le “syndrome du faux souvenir induit”, dévastateur pour le patient lui-même et pour sa famille. Le phénomène est apparu aux Etats-Unis dans la seconde moitié du XXe siècle et “se développe de manière inquiétante en France”.

C’est aussi au nom de la “sujétion de l’individu” que la Miviludes s’est intéressée à la “vente multiniveaux”, qui consiste à proposer des produits ou services, le plus souvent liés au bien-être, et à convaincre les acheteurs de devenir vendeurs à leur tour. Ils n’ont pas de contrat de travail, sont rémunérés au pourcentage, et les plus convaincus finissent par quitter leur travail et ne plus fréquenter que les membres du réseau.

MOUVANCE SECTAIRE DANS L’ENTREPRISE ET À L’INTERNATIONAL
Autre risque d’embrigadement avec l’application au coaching en entreprise de la théorie des “constellations systémiques”, inventée par l’Américaine Virginia Safir à partir de l’observation des tribus en pays zoulou : le groupe – en l’occurrence l’entreprise – fonctionne comme un corps biologique où chacun a un rôle précis. Une des dérives est de considérer que chacun fait partie du groupe et que c’est au groupe de tout décider pour lui.

Le rapport 2007 consacre un chapitre à la “stratégie d’influence de la mouvance sectaire à l’international”, notamment auprès de l’OSCE et particulièrement d’un de ses organismes, le BIDDH (Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme). Plusieurs mouvements – la Miviludes cite la scientologie, les raéliens et les témoins de Jéhovah – viennent y dénoncer la lutte contre les dérives sectaires au nom des atteintes à la liberté religieuse. Toutes les interventions étant publiées, elles ont de ce fait une diffusion et une respectabilité assurées.

Une autre technique est de mettre en cause les acteurs de la lutte contre les dérives sectaires, en visant les personnes elles-mêmes ou en mettant en cause le bien-fondé des subventions dont elles bénéficient.

Ce rapport a été remis mercredi au premier ministre, dont dépend la Miviludes.

FRANCE:une société au moral en berne…

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Moral des ménages : trente ans de blues français

 Les Français n’ont pas le moral. En janvier, février puis mars, l’indicateur de synthèse de l’Insee, qui donne une idée du “ressenti” des Français sur leur situation personnelle, a battu des records à la baisse : - 34, - 35 et enfin - 36, contre - 13 en juin 2007. Ces chiffres n’avaient jamais été atteints depuis la création de cet indicateur en 1987 (niveau le plus haut : + 10 en janvier 2001).

Ce moral en berne est une tendance de fond, ancrée dans le paysage français(…D)epuis 1972, le baromètre TNS-Sofres, de son côté, n’a jamais comptabilisé, depuis mai 1973, plus de 40 % d’optimistes. Et il enregistre, depuis septembre 1990, une constance dans le pessimisme majoritaire, à peine interrompue par de fugaces bouffées d’optimisme(…) A travers des séries statistiques longues, des “tendances lourdes” donnent à cette mélancolie collective des fondements objectifs, qui confirment des observations intuitives.

Depuis la fin des années 1970, la France a beaucoup changé. Les progrès les plus évidents touchent la santé et les révolutions technologiques. Vacances et RTT ont diminué le temps de travail. La crise du logement ne peut pas faire oublier que le confort des habitations s’est amélioré de façon spectaculaire. Mais le confort matériel ne fait pas, ou plus, le bonheur. Car de l’autre côté du fléau de la balance, le plateau de ce qui va moins bien est surchargé.

En trois décennies, la France s’est installée dans le chômage, tout en devenant plus inégalitaire, tandis que le niveau de vie piétinait. La précarité marque les esprits. La crainte de devenir SDF touche 47 % des Français, selon un sondage BVA.

De multiples autres facteurs de déprime pourraient être évoqués. Le “modèle social” s’est grippé. Pour la première fois de l’après-guerre, les Français redoutent que leurs enfants aient une vie plus difficile que la leur. Les distances domicile-travail explosent, le stress professionnel aussi. Avant 1979, presque personne ne parlait des banlieues-ghettos. Elles sont devenues la mauvaise conscience d’une société perçue comme plus dure, moins solidaire. La mondialisation libérale est souvent vécue comme une menace. Sans oublier les nouvelles angoisses liées au réchauffement climatique(…)

Jean-Louis Andreani

(extraits du MONDE 01.04.08.)

FRANCE:une société en évolution rapide:pacs, enfants tardifs et hors mariage, la famille en 2008.

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 La famille en 2008

LE MONDE | 31.03.08 

Dans les années 2000, la famille s’est éloignée du modèle proposé et très en vogue par les années 50.La famille des années 2000 est bien loin du modèle traditionnel des années 1950. Des mères plus âgées, des pacs qui se substituent de plus en plus souvent aux mariages et une majorité d’enfants qui naissent désormais hors mariage : telles sont ses nouvelles caractéristiques, décrites dans le bilan 2007 de l’Institut national d’études démographiques.

Des grossesses de plus en plus tardives. En 2007, les femmes qui ont mis un enfant au monde avaient en moyenne 29,9 ans(…). En 1977, l’âge moyen des femmes à l’accouchement était de 26,5 ans. Aujourd’hui, plus d’un nouveau-né sur cinq (21,1 %) a une mère âgée de plus de 35 ans.

L’explosion du pacs. Créé en 1999, le pacte civil de solidarité(…) connaît un immense succès : alors que le mariage ne cesse de reculer, le nombre annuel de pacs a plus que quintuplé, passant de 20 000 en 2001 à plus de 100 000 en 2007. Cette progression est liée à l’augmentation des pacs signés par des couples homosexuels (+ 50 %), mais surtout(…par) des couples hétérosexuels : en six ans, leur nombre a été multiplié par six. “En 2007, on se rapproche d’un pacs pour deux mariages”(…)Le triomphe du pacs est sans doute lié au fait qu’il s’est peu à peu rapproché du mariage : en 2005, les avantages fiscaux accordés aux pacsés ont été alignés sur ceux des couples mariés. Sa souplesse - il peut être dissous à la suite d’une simple déclaration écrite - semble en outre correspondre aux demandes des couples d’aujourd’hui(…)

 

La banalisation des naissances hors mariage. En 2007, près de la moitié des bébés sont nés au sein d’un couple non marié, contre seulement 6 % en 1970(…)Le droit a pris en compte ce bouleversement : en 1972, le législateur a proclamé l’égalité des filiations légitimes et naturelles et, en 2001, l’égalité successorale des enfants a été garantie. Cette évolution a été parachevée en 2005 par une ordonnance (…) qui a fait disparaître les mots “légitime” et “naturel” du code civil.Les naissances hors mariage ne sont plus le signe d’une absence de père : en 2005, plus de 80 % des enfants nés hors mariage ont été reconnus par leur père dès la naissance. “Les naissances hors mariage surviennent désormais le plus souvent au sein de couples stables, conclut M. Pison(…demographe). Avec la banalisation des naissances de couples non mariés, la reconnaissance paternelle est devenue la règle.”

(extraits article Anne Chemin   )

CHINE et MONDIALISATION:Une société chinoise entre à la Bourse de

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ParisChina Corn Oil, spécialisée dans la production d’huile de maïs alimentaire, est la première entreprise de la République populaire à faire son entrée sur un marché régulé en France

LE MONDE | 26.03.08 

Un petit pas pour la Bourse mais un grand pas pour Alternext.” Jean-François Théodore, directeur adjoint de la Bourse transatlantique NYSE-Euronext, n’a pas lésiné sur le symbole, mardi 25 mars, pour accueillir China Corn Oil, la première société chinoise sur Alternext, le marché dédié aux petites et moyennes entreprises (PME) “Il s’agit d’une opération historique”, a-t-il ajouté. China Corn Oil, spécialisée dans la production d’huile de maïs alimentaire, est la première entreprise de la République populaire à faire son entrée sur un marché régulé en France. Jusqu’ici, les sociétés chinoises, jugées un peu trop “exotiques” par les investisseurs hexagonaux, privilégiaient une cotation à Londres ou à New York, où l’on en recense déjà 57. “L’opération fut une mission d’évangélisation”, atteste Claude Breuil, conseiller financier chez Invest Securities, chargé de l’offre. Elle est donc restée modeste. Dans un premier temps, les actions de China Corp Oil ne seront accessibles qu’à des investisseurs professionnels, et l’entreprise s’est contentée de lever le minimum légal, 5 millions d’euros, soit environ 7 % du capital.

“ETRE LES PREMIERS EN FRANCE”

“Nous préférons être les premiers en France que le cinquantième à Londres ou ailleurs”, explique Wang Dingli, conseiller de China Corn Oil. La société espère profiter de l’exposition médiatique de ce petit événement, qui a mobilisé une délégation chinoise de près de quinze personnes, dont l’état-major de China Corn Oil, mais aussi la maire de la ville de Binzhou où est basée la société et le conseiller économique de l’ambassade de Chine à Paris. Leader dans son pays, l’entreprise compte se faire connaître pour attirer les consommateurs européens et devenir “la” référence haut de gamme d’huile de maïs. “Nous voulons être le “Lancôme” de l’huile de maïs”, s’amuse M. Wang.

Avec un peu plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, la société profite de la flambée des matières premières. En Chine, le prix de l’huile de maïs a progressé de 40 % en un an et demi. Assez pour séduire les épargnants ?

Le moment n’est pas le mieux choisi pour s’aventurer en Bourse. Les turbulences provoquées par la crise des subprimes n’ont pas encouragé les entreprises à se faire coter sur le Vieux Continent. China Corn Oil a d’ailleurs dû reporter l’opération initialement prévue en décembre 2007.

“China Corn Oil est un cas à part”, espère néanmoins Robert Yu, de la banque ICBC, conseil de la société. Pour sa première cotation, l’entreprise chinoise a profité du rebond inattendu du marché. Le CAC 40 a progressé mardi de 3,49 %, et l’action de China Corn Oil s’est octroyé une hausse de 5 %, cotant 20,81 euros à l’issue de sa première journée de cotation.

Claire Gatinois et Yinan Qian

FRANCE :racisme et discimination continuent…

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«On ne s’intéresse à la violence raciste que lorsqu’il y a passage à l’acte»

 Le vice-président de SOS-Racisme Samuel Thomas est photographié, le 05 juin 2004 à l’Hôtel de Ville de Paris (Archives AFP)

Samuel Thomas, vice-président de SOS racisme, estime que le rapport de la commission nationale consultative des droits de l’Homme, qui relève une baisse des faits racistes en 2007, n’a «aucun sens».

Recueilli par Cordélia Bonal

LIBERATION.FR : vendredi 28 mars 2008

Le rapport de la commission nationale consultative des droits de l’Homme fait apparaître une baisse de 23,5% des faits racistes, xénophobes et antisémites en 2007. Cela vous étonne-t-il?
Ces chiffres n’ont pour nous aucun sens, ils sont sans fondement. Le commission relaie là les faits recensés par les forces de l’ordre et qui ont fait l’objet d’une plainte au parquet, soit une infime minorité de ce qu’est la réalité. Ces faits seraient selon le rapport de 707 en 2007. Mais si l’on prend ne serait-ce que le nombre d’injures racistes en un an au stade de France, on est bien au delà de 707. Quant aux discriminations à l’embauche, dont on sait que très peu de victimes portent plainte, ça se compte en dizaines de milliers. Même chose pour le logement. La terminologie même de «fait raciste» pose problème: de quoi parle-t-on au juste? Nous-mêmes, nous sommes au courant d’à peine 1% des dossiers. Vouloir quantifier le racisme est aberrants

Vous contestez donc la tendance à la baisse relevée par la commission?
Ça ne baisse pas du tout. Pour qu’il y ait une baisse, il faudrait que l’Etat s’en donne les moyens, agisse en conformité avec les intentions qu’il affiche. C’est là-dessus qu’il faut s’interroger, plus que sur la question des chiffres. Prenons l’exemple de la discrimination à l’embauche. Les agents ANPE sont tenus, lorsqu’ils constatent une discrimination, de la dénoncer au parquet. Cela ne se produit quasiment jamais, au mieux cinq fois par an. On sait pourtant que dans la restauration par exemple, le Bureau international du travail a mené en France une campagne de testing d’où il ressortait que trois employeurs sur quatre pratiquaient la discrimination en privilégiant, à profil identique, un postulant blanc à un postulant noir. De même, dans le milieu du travail, on observe une hausse significative du nombre de plaintes adressées à la Halde. Or aucun inspecteur du travail supplémentaire n’a été recruté pour traiter ces dossiers.

Le rapport conclut également à une tendance à la hausse de la violence. Cela correspond à ce que vous constatez?

La violence va crescendo depuis vingt ans, plutôt régulièrement, avec c’est vrai des pics comme en 2005 avec les émeutes dans les banlieues. Il faut distinguer d’une part la violence à caractère raciste structurée par des groupes idéologiques d’extrême-droite, de plus en plus présents sur internet, qui galvanisent une jeunesse totalement décomposée, et d’autre part le racisme plus diffus qui s’installe dans un climat de violence déjà existant dans les banlieues, les cités. Cette violence là s’explique par la disparition de l’encadrement adulte, qu’il soit associatif ou salarié: animateurs, éducateurs…
Quant au racisme idéologique, qui mène par exemple aux agressions contre les mosquées et les synagogues, on ne s’y intéresse que lorsqu’il y a passage à l’acte, alors que les groupuscules qui en sont à l’origine sont connus. Pourquoi, à quelques exceptions près comme la Tribu Ka, ces groupes ne sont-ils pas dissous? L’Etat se contente d’observer alors qu’on pourrait mettre un terme à cette propagande avant d’en arriver à des drames.

FRANCE:pollution inquiétante des rivières…

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Des niveaux inquiétants de nitrates, pesticides, PCB et hydrocarbures

 http://medias.francetv.fr/bibl/url_images/2007/12/14/image_37475493.jpgLE MONDE | 19.03.08 
Les substances polluantes présentes dans les rivières se répartissent en deux catégories : macro et micropolluants. Parmi les premiers, qui ne présentent pas de danger majeur tant que leur concentration reste faible, on trouve :

- les matières azotées, au premier rang desquelles les nitrates, qui proviennent pour l’essentiel des engrais agricoles ;

- les matières organiques, rejetées par les collectivités ou les élevages ;

- le phosphore, issu notamment des activités domestiques et de l’agriculture.

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L’excès d’azote et de phosphore provoque l’eutrophisation des milieux aquatiques, qui se manifeste par la prolifération d’algues et la raréfaction de l’oxygène.

Selon les données de l’Institut français de l’environnement (IFEN), la situation s’est globalement améliorée au niveau des macropolluants depuis le début des années 1990, hormis les nitrates, pour lesquels plus de la moitié des points de contrôle des cours d’eau présentaient, en 2003, une qualité de moyenne à mauvaise.

Les micropolluants peuvent se révéler toxiques, même à faible dose. Les plus courants sont les pesticides, les métaux, les polychlorobiphényles (PCB ou pyralènes), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et des substances dites “émergentes”, peu documentées et réglementées, telles que résidus médicamenteux, composés bromés, etc.

L’IFEN a publié, en décembre, un rapport indiquant qu’en 2005, “des pesticides ont été trouvés dans 91 % des points de mesure des cours d’eau” et que 36 % de ces points présentaient “une qualité moyenne à mauvaise”. Si la situation s’améliore pour les métaux, dont certains sont présents naturellement dans les eaux de surface, elle est qualifiée par l’IFEN de “très préoccupante” s’agissant des HAP, qui proviennent de la combustion de produits pétroliers. Ces hydrocarbures se retrouvent dans la quasi-totalité des points de contrôle, 93 % de ceux-ci ayant une qualité “moyenne à médiocre”.

 L'estuaire de la Loire à Paimboeuf pollué par une centaine de tonnes de fioul d'une raffinerie Total, le 18 mars 2008.AP/DAVID VINCENT

L’estuaire de la Loire à Paimboeuf pollué par une centaine de tonnes de fioul d’une raffinerie Total, le 18 03 08

Les PCB, qui sont désormais interdits, résultent d’une pollution historique d’origine industrielle qui s’est accumulée dans les sédiments des rivières. Une étude portant sur la période 2000-2005 a montré que 31 % des sites analysés étaient contaminés aux PCB.

Gilles van Kote

FRANCE:conflit d’intérêt ou corruption?des liens inquiétants entre milieux d’affaires et sommet de l’Etat…

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NICOLAS CORI

Liberation QUOTIDIEN : vendredi 14 mars 2008 

Voyage sur le jet de Vincent Bolloré, Martin Bouygues comme parrain de son fils… Nicolas Sarkozy est - qui ne le sait pas ? - un ami des grands patrons. Et n’hésite pas à discuter business avec eux. Cette proximité, dont l’intéressé se vante, pourrait finir par lui causer quelques ennuis judiciaires. Le président de la République a ainsi été mis en cause dans une plainte qui évoque des faits de corruption concernant la fusion entre Suez et Gaz de France. Et qui dénonce le fait que l’un des principaux actionnaires de Suez, le baron et milliardaire belge Albert Frère - un proche de Sarkozy, présent, par exemple, à la fameuse soirée au Fouquet’s, après la victoire présidentielle - a été avantagé par les pouvoirs publics français au cours de plusieurs opérations financières récentes.

Célérité. Le dossier embarasse. Contactés, ses principaux acteurs ont fait les morts, ou refusé de s’exprimer officiellement. Heureusement pour le chef de l’Etat, il n’est aujourd’hui - provisoirement ? - plus inquiété. La plainte évoquait des faits relevant de «prise illégale d’intérêt», d’«escroquerie» et d’«abus de confiance» à l’encontre de X et d’Albert Frère. Mais déposée le 24 décembre dernier, elle a été classée sans suite dès le 15 janvier. Une célérité inhabituelle, surtout que l’auteur de la plainte n’a même pas été entendu. «La procédure n’a pas permis de caractériser suffisamment l’infraction», écrit le parquet de Paris. Une attitude qui contraste avec celle du ministère de l’Economie, qui avait examiné avec beaucoup d’attention ce dossier. Alertée, la direction des affaires juridiques de Bercy avait mené une enquête en toute discrétion, mais sans prévenir l’Elysée, et Christine Lagarde avait été informée de son état d’avancement.

A l’origine de cette plainte, il y a un homme d’affaires. Il s’appelle Jean-Marie Kuhn et est lorrain. Il y a dix ans, il rachète une entreprise de distribution de vêtement auprès du groupe GIB, aujourd’hui propriété d’Albert Frère. Mais l’opération se passe mal, une partie de la marchandise disparaît. Et il dépose une plainte. Après plusieurs mois, les deux parties finissent par s’entendre et signent une convention prévoyant un dédommagement pour Kuhn. Sauf que GIB ne l’honorera jamais. Pour se venger, l’homme d’affaires lorrain se lance dans une enquête sur Albert Frère. Et ce qu’il découvre est révélateur des mœurs assez particulières du capitalisme français. Où il est finalement assez courant de voir l’Etat faire des mauvaises affaires pour le plus grand profit d’acteurs privés.

Principale opération mise en cause par Kuhn, la vente en 2006 à la Caisse des dépôts de la chaîne de hamburgers Quick, alors propriété de GIB, à un prix démesuré. La transaction s’était alors faite pour un montant de 850 millions d’euros. Soit deux fois le chiffre d’affaires officiel de Quick. Celui-ci, en plus, aurait été «artificiellement gonflé», selon Kuhn, qui a refait les calculs. La CNP, l’un des holdings d’Albert Frère, avait retiré de l’opération une plus-value de 150 millions d’euros. Somme qui lui aurait permis ensuite de se renforcer dans le capital du groupe Suez. Et d’être en position de peser sur le destin du groupe alors qu’il s’apprêtait à fusionner avec Gaz de France. En août dernier, alors que les négociations sur la fusion bloquaient, Frère avait convaincu Gérard Mestrallet, le PDG de Suez, de se séparer de sa filiale Suez Environnement. Il était allé directement à l’Elysée pour négocier avec Sarkozy. Selon Kuhn, «seuls les décisionnaires politiques au plus haut niveau pouvaient autoriser ou avaliser l’engagement de la Caisse des dépôts dans ces opérations menées au profit d’Albert Frère». Et de poursuivre, dans sa plainte : «L’enquête précisera les responsabilité et déterminera le profit que les décideurs ont pu tirer en contrepartie de leur soutien.» Mais d’ores et déjà, il met en cause «un pacte de corruption à la mesure de l’enjeu financier colossal que représente la fusion Suez-GDF, dans laquelle Albert Frère peut espérer tirer un profit de plusieurs dizaines de milliards d’euros» et dénonce une «complicité» de l’Etat.

Décoration. Fort de cette conviction, Kuhn écrit à partir du début 2007 de nombreuses lettres aux différents responsables de la majorité, dont Nicolas Sarkozy. Il veut être reçu et expliquer à la fois son affaire privée, et les avantages qui auraient été consentis à Frère. Tous lui répondent par le silence ou par des fins de non-recevoir. Sauf Bercy. A partir d’août 2007, un conseiller de Christine Lagarde s’entretient à plusieurs reprises avec Kuhn. Et ordonne une enquête. En décembre, la sous-directrice aux affaires juridiques du ministère reçoit l’homme d’affaires, et lui conseille de porter plainte «eu égard à l’extrême gravité des faits», dixit Kuhn. Ce qu’il fait quelques jours plus tard. Sans succès. Mais cela ne le désespère pas. Il contacte alors les syndicats de GDF, opposés à la fusion avec Suez. La CGT qui juge les faits «suffisamment troublants» fait alors circuler en interne un document, rédigé par l’homme d’affaires, intitulé «GDF/Suez : la face cachée». A l’intérieur, Kuhn y détaille le «pacte de corruption», en relevant un événement récent : la remise en février dernier par Sarkozy de la grand-croix de la Légion d’honneur, récompense réservée à quelques dizaines de personnes, à Albert Frère et à son associé en affaires, le canadien Paul Desmarais (les deux hommes sont co-actionnaires de Suez au travers d’un holding).

A cette occasion, Sarkozy avait fait un aveu : «Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et à la fidélité de Paul Desmarais.» Et de détailler comment, en 1995, alors qu’il était au creux de la vague, le financier canadien l’avait invité dans sa famille et s’était engagé à «bâtir» une «stratégie» pour lui. Dans cette optique, tous les avantages accordés à Frère et Desmarais seraient une façon, pour le Président, de renvoyer l’ascenseur. Plutôt gênant comme théorie. Pourtant, personne n’a porté plainte pour diffamation contre Jean-Marie Kuhn. Pour l’instant.

FRANCE:discrimination persistante vis à vis des homosexuels…

2-GEO/ECO, DISCRIMINATIONS, FRANCE, POPULATION et SOCIETE, TOLERANCE Aucun commentaire

40% des homosexuels interrogés ont été au moins une fois visés par des blagues, insultes, violence ou chantage au licenciement.

LIBERATION.FR : jeudi 6 mars 08

85 % d’homosexuels ont au moins une fois ressenti une homophobie implicite sur leur lieu de travail tandis que 40 % disent en avoir été directement victimes, a révélé une étude sur l’homophobie dans l’entreprise commandée par la Halde et publiée jeudi.

Selon une enquête menée fin 2006 auprès de 1.413 salariés gays et lesbiennes et des DRH de 14 grandes entreprises, 85 % des personnes interrogées ont au moins une fois ressenti une homophobie implicite (rejet, rumeur, dénigrement) et 40 % en ont été au moins une fois directement victimes (blagues, insultes, violence, chantage au licenciement).

Parmi les registres homophobes les plus utilisés au sein de l’entreprise, figurent celui du genre (”efféminé” pour un homme, “masculine” pour une femme), celui de la sexualité mais aussi un troisième registre qualifié par l’étude d’”homophobie politique” et qui s’énonce sous la forme “incapable de diriger les autres”. 40 % des personnes qui ont reçu des remarques négatives sur leur apparence, ont essuyé de telles remarques sur leur tenue vestimentaire, 32 % sur leur coiffure, 26 % sur leurs gestes et 18 % sur leur voix.

48 % des homosexuels interrogés sont cadres contre 15 % de cadres et professions intellectuelles supérieures dans la population active française. Ils sont sous-représentés dans certaines professions (commerce, gestion/administration), sur-représentés dans d’autres (communication, art et spectacle, fonction publique).

Lesbiennes et gays sont 41 % à travailler dans la fonction publique (20 % pour l’ensemble de la population active) avec une proportion très élevée de lesbiennes dans le secteur de l’éducation (35 %). 66 % n’ont pas dévoilé leur orientation sexuelle durant leur parcours professionnel.

A la question de savoir quels éléments leur permettraient de mieux vivre leur orientation sexuelle au travail, les personnes interrogées ont répondu notamment : des syndicats plus visibles dans la lutte contre l’homophobie (89%), une plus grande publicité autour des procès (88 %), l’égalité des droits, notamment pour le mariage et l’adoption (85 %).

FRANCE:Mai 1968,bilan aprés 40 ans…

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 A propos de MAI 68.. 1968, la parole libérée. 2008, le pouvoir déboussoléJean-Pierre Le Goff et Jérôme Vidal discutent des vrais apports de Mai 68.

Recueilli par Éric Aeschimann

Libération.fr  QUOTIDIEN : samedi 23 février 2008

Jean-Pierre Le Goff, 58 ans, est philosophe et sociologue. Il a écrit Mai 68, l’héritage impossible (La Découverte) et vient de publier La France morcelée (Folio Actuel). Jérôme Vidal, 37 ans, est le fondateur des éditions Amsterdam et de la Revue internationale des livres et des idées. Il est l’auteur de la Fabrique de l’impuissance. La gauche, les intellectuels et le libéralisme sécuritaire, à paraître en avril.

Mai 68 début d'une lutte prolongée

 

Pourquoi 68 revient-il tous les dix ans comme un leitmotiv obsédant ? Est-ce un mythe ? Un modèle ? Un repoussoir ?

Jean-Pierre Le Goff : C’est un peu tout cela à la fois. La société française oscille entre fascination et rejet, ne parvient pas à trouver la bonne distance, à insérer 68 dans l’histoire. La fascination, c’est d’abord celle d’une génération qui a vécu sa jeunesse comme un moment fort de transgression et qui, depuis, a eu du mal à vieillir. L’imaginaire bloqué sur le passé, une partie de cette génération a saturé l’espace public d’images et de discours - c’est l’effet «arrêt sur images». S’y ajoute une autre génération, celle qui suit, les «héritiers impossibles», qui n’ont pas connu directement l’événement, qui en ont une image mythifiée et se font les gardiens du temple d’un événement qu’ils n’ont pas vécu. Pour ces deux catégories, 68 est une question identitaire, difficile à aborder sans susciter immédiatement un réflexe qui empêche tout recul réflexif et critique : «Ne touchez pas à 68 !» De l’autre côté, il y a le camp des réactifs, des revanchards, qui font de 68 le bouc émissaire de toutes les difficultés d’aujourd’hui. Sarkozy en est un exemple, même si, dans son appel à liquider 68, il y avait une part de calcul politicien. Ces deux grandes tendances ont largement structuré le débat public depuis quarante ans, avec un chantage implicite : «Choisissez votre camp !»

Ainsi 68 est-il devenu au fil des ans un mythe. Les médias y ont largement contribué. La diffusion en boucle d’images de barricades et de charges de CRS donne la fausse impression d’une vraie révolution. Or, s’il y eut 5 morts et 2 000 blessés, si les affrontements furent violents, ils se sont déroulés de façon intermittente. A Paris, les affrontements ont marqué neuf journées. L’essentiel fut «la libération de la parole». On a remis en scène une révolution sur un mode imaginaire, sans faire la révolution. En outre, les médias se sont focalisés sur la réussite d’anciens leaders reconvertis dans la presse ou la politique. À cet égard, Génération , le livre d’Hervé Hamon et Patrick Rotman, est caractéristique. Or, Mai 68 a aussi laissé sur le carreau des gens qui ont vécu l’impasse jusqu’au tragique. Enfin, le discours dominant attribue à Mai 68 des courants qui ne lui appartiennent pas en propre, comme le féminisme, qui n’est venu qu’après - 68 fut assez macho - ou l’écologie. On peut donc parler d’une mise en récit médiatique qui réduit l’événement à une série de clichés.

Jérôme Vidal : Pour commencer, une remarque ironique sur les célébrations de 68 : leur calendrier reflète d’abord les intérêts d’un certain nombre de professionnels, journalistes, éditeurs - dont je suis -, acteurs de la mémoire de 68… Chacun obéit à son propre agenda. Mais ces commémorations n’en restent pas moins l’occasion d’un véritable travail de réflexion et de réappropriation. Les ouvrages publiés sont plus intéressants, la recherche acquiert subtilité et modestie. On sent davantage le souci d’éviter les énoncés définitifs, de montrer le morcellement de l’événement, d’éviter la starisation, de s’intéresser à ce qui s’est passé en province, etc. Une histoire souterraine de Mai 68 et ses vies ultérieures , pour reprendre le titre du livre de l’historienne américaine Kristin Ross, est peu à peu mise au jour. Ce travail se diffuse dans la société et, que ce soit chez les chercheurs ou chez les individus lambda, il me semble que le mythe est en train de régresser, au profit de l’événement pris dans sa complexité. Il est rare aujourd’hui de voir brandir 68 comme un fétiche sacré qu’il faudrait défendre contre l’ennemi, fût-il Sarkozy.

Justement, son appel à «liquider 68» ne prouve-t-il pas la perpétuation d’une France coupée en deux par la question ?

J.V. : Les choses sont plus compliquées. Je crois que son discours s’adressait peut-être moins aux «revanchards» de droite - ce qui, du reste, serait un comble au vu de ce que sa vie privée dévoile de son rapport à la tradition - qu’à un certain électorat de gauche qui, depuis quelques années, charge 68 de tous les maux existants, y compris le néolibéralisme. Les thèses de l’Américain Christopher Lash, pour qui 68 serait le terreau de l’individualisme narcissique et du libéralisme triomphant, ont joué un rôle important dans la montée en puissance de cette «haine de 68» version «de gauche». On en retrouve trace dans la gauche souverainiste, républicaniste ou de certains secteurs de la mouvance antilibérale, y compris dans les milieux libertaires… L’Empire du moindre mal, de Jean-Claude Michéa, paru à la rentrée, en constitue un bon exemple, qui lie critique du libéralisme et dénonciation du supposé individualisme de 68 et des luttes des minorités (ethniques, sexuelles, etc.) qui en seraient la continuation. Cela m’amène à définir à ma façon ce qui relève ou ne relève pas de 68. Jean-Pierre Le Goff a raison de dire que 68, comme événement circonscrit aux mois de mai et juin, ne saurait être qualifié de féministe ou d’écologiste. Mais il y a eu alors la remise en cause d’un certain type de domination, une libération de la parole, et c’est cette rupture qui a produit ses effets plus tard sur des questions diverses, immigrés, prisons, féminisme, comme un jeu de dominos avec des effets à retardement.

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J.-P. L. G. : L’«héritage impossible» traverse la droite et la gauche, comme le montre l’exemple de Nicolas Sarkozy, dont le rapport à l’institution, et pas seulement sa vie privée, est marqué par 68. Je n’irais pas jusqu’à dire que ce qu’on appelle confusément le néolibéralisme est le fruit de la crise culturelle ouverte en 68. Néanmoins, une rencontre a bien eu lieu entre ces deux mouvements de fond, rencontre que je situerais dans les années 80, lorsque la critique soixante-huitarde du pouvoir a fait écho à un certain imaginaire libéral pour qui tout ce qui encadre l’économie est nécessairement négatif. Or, les années 80 sont précisément le moment où, en prenant le tournant de la modernisation, la gauche entreprend de récupérer l’héritage culturel de 68, se met à parler jeune et branché et substitue la question culturelle à la question sociale. Tout cela converge, et il en va de même pour le féminisme et l’écologie. Le féminisme post-soixante-huitard s’amorce quand commence la crise des groupuscules révolutionnaires. Par exemple, le MLF avance des valeurs qui remettent en cause le militantisme sacrificiel, d’abord dans les groupuscules puis dans la gauche tout entière ; mais ce faisant, il fait sauter la distinction vie publique-vie privée, émotion-raison, politique-sentiments. L’avènement de cette subjectivité débridée se comprend sur le moment mais se révélera destructeur pour l’action collective. Quant à l’écologie, le basculement date de 1974, avec la candidature de René Dumont à l’élection présidentielle, porteuse d’une vision catastrophiste à rebours de l’utopie irresponsable mais joyeuse de Mai 68. Si 68 a vu l’échec de son utopie, ses valeurs culturelles se sont progressivement répandues dans la société.

Jean-Pierre Le Goff parle d’«utopie» qui aurait échoué. Peut-on dire que 68 portait un projet politique et, si oui, qu’est-il devenu ?

J.V. : 68 est un événement et le propre d’un événement, c’est de ne pas être porteur d’un projet politique figé, mais au contraire, de venir modifier les grilles politiques préétablies, d’être imprévu et de rester, même après coup, en partie indéterminable. Au fond, de 68, nous ne connaissons que les effets. C’est pourquoi, dès le départ et pour probablement encore un bout de temps, la signification de 68 a été inséparable de ses usages et des interprétations qui en ont été proposées. Bien sûr, il faut prendre garde à la tentation d’en faire le pivot de toutes les explications, d’y fondre des transformations sociales qui, rappelons-le, ont aussi lieu dans des pays qui n’ont pas eu de 68… On peut cependant parler d’un héritage, et même, pour reprendre le titre du livre de Jean-Pierre Le Goff, d’un «héritage impossible», mais au sens où l’on dit d’un mot qu’il est «impossible» à traduire, «intraduisible». De même que «l’impossibilité» d’une traduction indique l’existence d’une difficulté persistante, intéressante à creuser, de même l’impossibilité de l’héritage ne signale pas sa péremption, mais l’effort de traduction, d’historicisation, de problématisation qu’il appelle. En 68, certains acteurs ont interprété l’événement dans les termes qu’ils avaient à leur disposition - pour dire vite : la vulgate marxiste-léniniste. Or, 68 est précisément venu ruiner ce vocabulaire et aucune langue de substitution n’est venue le remplacer. Il y a là une zone d’incertitude qui est aussi une zone d’exploration, de construction possible. C’est ainsi que s’est engagée, autour de l’altermondialisme et des travaux de Negri, Rancière, Bensaïd, Badiou et d’autres, une vaste réflexion sur ce que 68 avait échoué à penser : le rapport de la politique à l’Etat, au parlementarisme, à la démocratie représentative. Si l’on peut parler d’une actualité politique de 68, c’est dans cette discussion politique en cours, qui reprend le problème là où les années 70 l’avaient laissé : critique des idéologies, «dénaturalisation» de la domination. Au fond, 68 est un autre nom de la politique au sens plein du terme, et ceux qu’irrite 68 sont précisément ceux qui ne veulent à aucun prix d’une repolitisation de la société.

J.-P. L. G. : Non seulement 68 n’avait pas de projet politique, mais ce fut un mouvement infrapolitique. Au-delà de la «révolution des mœurs» de la jeunesse et de la grève générale ouvrière, auxquelles on réduit trop souvent l’événement, celui-ci fut marqué avant tout par le questionnement d’une société qui venait de connaître un bouleversement accéléré depuis la guerre : les gens s’arrêtent, se mettent à parler et se demandent : «Sommes-nous heureux ?» Mai 68 n’a pas été une révolution - quand l’essence est revenue, tout le monde est parti en week-end - mais une catharsis. Même certains gaullistes ont dit qu’il y avait alors dans l’air quelque chose d’indéfinissable. Si projet il y avait au sein de la «commune étudiante», c’était celui d’une société auto-organisée, horizontale, transparente à elle-même, où toute représentation et institution sont d’emblée vécues comme dépossession. Cette idée d’une démocratie directe sans Etat de droit, sans suffrage universel («élections piège à cons»), sans institution, a partie liée avec l’imaginaire totalitaire.

J.V. : Sur le problème précis de l’Etat et du rapport aux institutions, si nous héritons quelque chose de 68, c’est sous la forme d’une interrogation, d’une discussion critique qui a repris de l’intensité depuis 1995. Jean-Pierre Le Goff considère que le débat devrait être derrière nous ; pour ma part, je le trouve intéressant, y compris quand l’antiautoritarisme issu de 68 va jusqu’à «diaboliser» le pouvoir («Changer le monde sans prendre le pouvoir», pour reprendre la formule du philosophe irlandais John Holloway). Je suis assez rétif à la distinction tranchée entre révolte culturelle et révolte ouvrière, faite par ceux pour qui la première ne fut qu’une simple poussée d’urticaire générationnelle. Comme le montre un récent livre de Xavier Vigna, l’Insubordination ouvrière dans les années 68, il y a eu autant d’insubordination dans les grèves ouvrières que dans les manifestations étudiantes, et aujourd’hui, dans un contexte très différent, on sent que circule dans la société une aspiration de même nature : une insubordination qui n’a pas encore trouvé sa forme, ses relais et son langage.

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Mai 68 n’a-t-il pas accouché d’une nouvelle forme de luttes «spécifiques», combats de minorités sexuelles ou ethniques, à l’anglo-saxonne ?

J.-P. L. G. : Ce n’est pas la même chose de penser un projet de société porté par un acteur historique central, en l’occurrence la classe ouvrière, et de vanter un «mouvement social» où la question des minorités, tout particulièrement dans le domaine des mœurs, viendrait s’agglutiner à la question sociale. Le discours des minorités opprimées s’est développé dans les années 70 : les femmes, les homosexuels, les travailleurs immigrés et même les enfants ont été vus à travers ce prisme. À chaque fois, on a pu dénoncer des injustices réelles, ouvrir des questions, mais sur fond d’un rousseauisme contestable : l’être humain est naturellement bon, surtout s’il entre dans la catégorie de l’opprimé ou du dominé, et le mal vient de la société et de toutes les formes de pouvoir. S’est installée l’idée que la parole de ceux d’en bas est nécessairement plus authentique et plus juste que celle des institutions. On peut même parler, autour de l’année 70, d’un moment nihiliste, heureusement assez court, de remise en cause radicale de l’héritage humaniste et républicain, de refus de l’idée de normes. Il y a alors une valorisation du marginal, du voyou, du fou, du déviant. Mais cette radicalité est très différente des revendications actuelles où prévaut le repli communautaire et la revendication de droits. Si je suis critique sur la dimension irresponsable de Mai 68, je dois dire que le gauchisme d’alors assumait sa position de transgression et que les militants étaient prêts à payer le prix de leur autonomie. Le contraste est frappant avec la société contemporaine, victimaire et communautariste.

J.V. : Pour moi, les revendications sexuelles des années 1990-2000 ne sont ni «communautaires» ni «victimaires». Et elles restent liées à 68, malgré des différences évidentes : par exemple, si à l’époque les revendications du mouvement gay insistaient sur le droit à l’expérimentation privée, les demandes actuelles - droit au mariage et à l’adoption - montrent que le travail critique engagé à l’époque s’est poursuivi et appréhende maintenant de façon bien plus complexe la question des institutions et des normes. Il y avait certes un certain rousseauisme naïf, mais il faut placer l’événement dans sa dynamique contradictoire. Foucault, Bourdieu, Lacan, tous les penseurs que Luc Ferry et Alain Renault ont réunis sous le label de «pensée 68», sont ceux-là mêmes qui justement ont très vite critiqué les naïvetés de 68. A mes yeux, 68, c’est autant la critique du pouvoir formulée au plus chaud de l’événement que la critique de cette critique telle qu’elle s’est élaborée tout de suite après.

Ces «minorités» ne se distinguent-elles pas par leur activisme médiatique, ce qui les rattacherait au «savoir-faire médiatique» des soixante-huitards ?

J.V. : Le rapprochement entre Mai 68 et un certain usage des médias est lié au parcours de leaders de groupuscules qui, confrontés à leurs propres impasses politiques, ont été conduits à investir les médias comme substitut - un phénomène dont le journal Libération est emblématique. Partant de ce constat, la gauche radicale, à laquelle j’appartiens, se contente souvent d’une dénonciation hâtive des médias. Mais les médias sont le bain où nous circulons et on voit mal comment toute action politique pourrait en faire abstraction. Une association comme Act Up-Paris s’est effectivement fait connaître du grand public par ses interventions dans les médias. Mais peut-on l’accuser de démagogie, elle qui a mené en profondeur un travail de contre-expertise, dans le sillage notamment de l’investigation sur le terrain prônée juste après 68 par Michel Foucault à propos des prisons ? Si Act Up a tiré quelque chose de 68, c’est cette capacité de prise de parole, de mise à distance sans diabolisation de la politique gouvernementale, d’attention aux savoirs produits par les intéressés, de problématisation publique et collective d’une question - et non d’on ne sait quelle posture victimaire.

Le 13 mai 1968

Le 13 mai 1968

J.-P. L. G. : Grâce aux radios privées - RTL, Europe 1 -, les événements de Mai 68 furent retransmis en direct et l’écoute des transistors, notamment chez les jeunes, a joué un rôle important dans la diffusion du mouvement. De façon plus générale, il y a eu une rencontre entre la valorisation et l’intensification du présent de Mai 68 et le langage médiatique. Depuis, les événements sont devenus inséparables de leur retransmission médiatique. Dans l’après-Mai, des groupes gauchistes ont développé un nouveau type d’activisme, des actions qui vont attirer l’attention des médias, tel le vol de produits alimentaires de luxe chez Fauchon pour les redistribuer aux «couches populaires». Ces modes d’action, jouant du spectaculaire et de l’émotion, se sont généralisés depuis ; et s’ils ont pu contribuer à dénoncer des injustices, ils ne vont pas dans le sens d’une citoyenneté éclairée. Du reste, Rachida Dati agit de façon semblable lorsqu’elle met en exergue des faits divers pour légitimer des lois qui vont à l’encontre de toute notre tradition juridique.

Finalement, l’héritage politique de 68, ce serait la fin de la politique au profit de la morale, des fameuses «valeurs» ?

J.-P. L. G. : La fin des années 70 a marqué l’échec de l’utopie soixante-huitarde, mais aussi celle de l’idée d’une révolte massive de la classe ouvrière, si longtemps espérée par l’extrême gauche. Si L’Imagination au pouvoir (LIP) a suscité tant d’engouement, c’est qu’elle a semblé incarner un «Mai 68 ouvrier». Mais les ouvriers de LIP appartenaient à la gauche chrétienne et ne ressemblaient pas à la «classe ouvrière» rêvée par les groupuscules révolutionnaires. Ce que j’appelle le «féminisme pacifié» et l’écologie politique ont apporté un programme de substitution au gauchisme déclinant. Au lieu de préparer le «grand soir», l’enjeu, désormais, sera de voir le «bout de ses actes», de changer les mentalités, d’éduquer les gens en fonction d’une certaine idée du Bien dont on s’estime le dépositaire. Ce qui va se traduire par la diffusion des valeurs et des comportements des nouvelles couches moyennes dans l’ensemble de la société. Une partie du mouvement post-soixante-huitard va devenir moralisatrice et développer la caricature d’un peuple de «beaufs», qui a refusé de suivre les soixante-huitards dans leur utopie. Ce moment sera particulièrement incarné par SOS Racisme, qui véhiculera l’idée que le problème central de la société française est le racisme et qui focalisera le débat politique dans l’affrontement avec Le Pen. Le résultat en est ce «moralement et politiquement correct» dont on mesure les effets aujourd’hui. La dynamique issue de Mai 68 est morte et les défis d’aujourd’hui se présentent souvent à front renversé : le problème n’est plus la libération de la parole mais sa qualité et sa cohérence, la décrédibilisation de l’État et des institutions, l’effritement du modèle républicain… Si 68 a exprimé l’aspiration à participer à la vie publique, c’est hors de l’utopie soixante-huitarde, dans le cadre d’une société démocratique moderne, qu’il faut trouver la réponse à cette aspiration.

J.V. : Il s’est effectivement développé, depuis les années 80, au PS, une représentation fantasmatique des classes populaires, identifiées comme racistes, rétives à la modernisation, etc. Peut-on pour autant rattacher SOS Racisme à 68 ? Daniel Cohn-Bendit, qui incarne cette gauche de «valeurs», ne cesse de répéter que «68, c’est fini», et situe son engagement actuel dans un horizon qui n’est pas celui de 68. Si l’on parle d’un héritage vivant, actif, ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher. Il faut admettre que 68 a permis de problématiser notre rapport à l’Etat et aux institutions représentatives, mais qu’il a aussi ouvert une brèche entre la question sociale et des questions dites sociétales ou minoritaires. Son héritage, pour moi, consiste justement à ne pas fuir la difficulté et à penser ensemble ces questions et à les articuler.

FRANCE: pouvoir d’achat…

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Cinq raisons qui expliquent la flambée des prix en France

Une femme choisit des fournitures scolaires dans un supermarché à Rots, dans le sud de la France, en juillet 2006.

LE MONDE | 08.03.08 

(…)Depuis plus d’un an, les matières premières agricoles flambent, blé et lait en tête. Contenues jusqu’en octobre 2007, ces hausses se répercutent désormais sur le consommateur. Selon des chiffres récents du cabinet Nielsen Panel, les prix alimentaires en grande surface ont augmenté de plus de 2,39 % en janvier et devraient connaître un pic d’inflation en avril de 4 %. Le mensuel 60 millions de consommateurs a, lui, fait état de hausses de prix fulgurantes sur le beurre, le camembert, les pâtes, les yaourts et le jambon… allant de 5 % à 48 %. La direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) a, de son côté, mené l’enquête, concluant à des hausses des prix en rayon allant de 0 à 27 %.

(…) Nombre de facteurs autres participent de ce phénomène.La législation en vigueur en France est indéniablement l’un d’eux. Les lois Royer et Raffarin, instaurées en leur temps pour protéger le petit commerce, ont freiné en réalité l’implantation de magasins maxidiscompteurs et favorisé les concentrations des grandes enseignes dans certaines régions. Par ailleurs, héritage de la loi Galland de 1996, les distributeurs ne peuvent négocier librement les tarifs en France. Au nom du principe de non-discrimination, lorsque Danone veut vendre ses yaourts ou Coca-Cola ses sodas, ils doivent proposer le même prix, à quantité égale, que ce soit à Leclerc, Auchan, Carrefour ou System U.

(…)Par ailleurs, indépendamment du corpus législatif, les distributeurs se sont installés sur le territoire français de telle sorte que bien souvent, à l’échelle locale, la concurrence n’est plus une réalité. Enfin, Internet, qui dans l’habillement ou les produits électroniques permet de faire baisser les prix, ne joue pas ce rôle d’amortisseur dans l’alimentaire. Les prix y sont même fréquemment supérieurs à ceux inscrits en magasin.

Un partage du territoire. Leclerc dans l’Ouest, Carrefour sur la côte d’azur, Auchan dans le Nord(… ):le manque de concurrence entre les enseignes au niveau local(…est ) édifiants: dans 60 % des 630 “zones de vie” (des bassins de consommation) définies par Asterop - un seul distributeur domine avec une part de marché supérieure à 25 % et 15 points le séparent du second. L’étude démontre qu’il y a affrontement entre deux enseignes dans 27 % des zones. La concurrence entre trois ou quatre acteurs n’existe que dans 13 % d’entre elles.

Dans ce contexte, les prix ne sont que rarement tirés à la baisse. Ainsi,(… à Lyon)) où dominent les enseignes de deux grands groupes, les prix sont plus élevés qu’à Nantes où quatre grands distributeurs sont implantés et se livrent à une concurrence acharnée. Qui plus est, aucun grand distributeur étranger, comme le britannique Tesco ou l’américain Wal Mart, n’est présent. Enfin, Asterop n’a pas identifié une seule enseigne de maxidiscompte avec une position de leadership en France. Or, selon le panel Nielsen publié par le magazine LSA, plus il y a de discompteurs dans une région, plus les prix y sont bas. Nancy, Metz ou Calais, qui en accueillent, font ainsi partie des villes les moins chères.(…)

Multitude d’enseignes n’est pas synonyme de concurrence. Ce partage du territoire entre grandes enseignes est encore renforcé par leur présence sur les différents formats de la distribution. Ainsi Carrefour possède, outre sa marque historique, les enseignes Champion, Ed, 8 à huit et Shopi. A lui seul, le numéro deux mondial de la distribution détient 41 % de la consommation française, selon Asterop.

En matière de concurrence, cet état de fait peut s’avérer désastreux, comme c’est le cas par exemple à Antibes. Le nord est “contrôlé” par Carrefour propriétaire aussi des supermarchés Champion et du discompteur Ed, tandis que la partie sud de la ville est aux mains du groupe Casino avec ses Géants Casino et ses Leaderprice(…).

 La loi Raffarin a freiné l’essor du maxidiscompte. Instaurée pour sauver le petit commerce, la loi Raffarin oblige à demander une autorisation pour tout commerce de plus de 300 mètres carrés à des commissions départementales d’équipement commercial. Ce seuil a aussi eu comme conséquence de freiner le développement des magasins de maxidiscompte. Du coup, les maxidiscompteurs multiplient l’ouverture de petites surfaces. Mais ils ne représentent que 13 % du marché.(…)

Il existe 14 000 magasins, de la supérette à l’hypermarché, mais les mètres carrés supplémentaires qui s’ouvrent chaque année sont plutôt des extensions de magasins. (…) Tout est très verouillé“, explique Michel Carles,(…)(Auchan France.) Il faut dix ans entre la demande d’autorisation et l’ouverture d’un magasin.

Selon l’OCDE, la France présente (avec la Grèce) la réglementation des grandes surfaces la plus restrictive et la plus protectrice des enseignes en place. L’OCDE vise également la loi Galland.

Une loi Galland trop rigide. Si la loi Chatel, votée en décembre 2007, autorise désormais les distributeurs à remettre dans les prix la totalité des marges arrière - ces sommes versées par les industriels aux distributeurs en rémunération de services rendus (catalogues, têtes de gondoles) -, elle fait néanmoins perdurer ce système que Jacques Attali voulait supprimer. Car la loi Chatel ne permet pas la négociabilité des prix. Depuis des mois maintenant, distributeurs et fournisseurs s’opposent sur la question. “Je veux pouvoir dire à Antoine (Riboud) tes yaourts sont trop chers”, répète inlassablement Michel-Edouard Leclerc. La loi de modernisation de l’économie, présentée en avril, devrait l’introduire.

Internet ne fait pas baisser les prix…)dans l’alimentaire, (…) contrairement à d’autres secteurs comme l’habillement ou les produits technologiques.

Ils n’ont pourtant pas de magasins, pas de caissières, pas de parking… Mais il faut bien des entrepôts, des manutentionnaires pour remplir les chariots, et des livreurs. Il faut compter environ une demi-heure - soit 12 euros de main d’oeuvre - pour préparer un chariot en moyenne de 150 euros (plus de 60 articles) et 16 euros pour la livraison.

“Nous sommes sur une activité à valeur ajoutée destinée à des personnes plutôt urbaines, pressées qui n’ont pas envie de passer leur samedi à faire leurs courses. Or elles ne peuvent pas tout avoir, le service et le prix”, explique directeur général (..Auchan direct). Ses prix sont de 3 % à 5 % plus cher que les hypermarchés de province mais de 3 à 5 % moins cher que les magasins de proximité comme Monoprix ou encore Franprix.

(extraits article Nathalie Brafman)

UNION EUROPEENNE: persistance d’une discrimination au travail pour les femmes :

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Les femmes accèdent moins aux responsabilités

et restent moins payées que les hommes, selon deux études

A compétence et poste égaux, les femmes cadres sont encore payées 7% de moins que leurs collègues masculins selon une étude de l'Apec rendue publique le 5 mars 2008.Horst Kloever/LAIF-REA/Horst Kloever/LAIF-REA

A compétence et poste égaux, les femmes cadres sont encore payées 7 % de moins que leurs collègues masculins, selon une étude de l’APEC rendue publique jeudi 5 mars.

LEMONDE.FR avec AFP | 06.03.08

Deux études publiées jeudi 6 mars, l’une par la Commission européenne, l’autre, en France, par l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) montrent que, dans leur vie professionnelle, les femmes ne sont toujours pas traitées à égalité avec les hommes, même si des progrès sont constatés.

L’étude européenne montre que l’accession des femmes au pouvoir reste limitée dans le monde. En 2007, seulement 17 % des parlementaires étaient des femmes (contre 10 % en 1995). Dans l’Union européenne, les femmes n’occupaient l’an dernier que 24 % des sièges dans les Parlements nationaux, un taux inférieur au “seuil minimum de 30 % jugé nécessaire pour que les femmes aient une influence significative sur les décisions politiques”, note l’étude. Les gouvernements nationaux de l’UE comptent pour leur part une femme pour trois hommes (24 % de femmes, 76 % d’hommes) en moyenne. Certains pays se distinguent dans leurs efforts comme la Finlande (60 %), la Norvège (53 %), la Suède (46 %) et l’Espagne (41 % de femmes). Mais la Slovaquie, la Grèce et la Turquie n’ont qu’une seule femme au gouvernement, et la Roumanie aucune.

L’étude souligne par ailleurs que tous les gouverneurs des Banques centrales de l’UE sont des hommes et que, dans les grandes entreprises, les hommes s’adjugent toujours près de 90 % des postes des conseils d’administration. Seule la Norvège se distingue (34 % de femmes) car elle a rendu obligatoire sous peine de sanction la parité dans les conseils d’administration (40 % de femmes au minimum). L’étude conclut ainsi que seules les politiques volontaristes de représentation proportionnelle ou de quotas peuvent apporter “un changement réel et rapide”.

17 % D’ÉCARTL’étude de l’APEC, qui concerne, elle, uniquement la France, estime que l’écart de salaire médian (calculé tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l’autre moitié gagne plus) entre les femmes et les hommes cadres atteint 17 % en 2007 : chez les hommes cadres, le salaire médian s’élève à 45 000 euros, contre seulement 38 400 euros pour les femmes.

Cet écart croît si l’on considère le salaire moyen (moyenne de l’ensemble des salaires) : il atteint 22 % car il y a plus de salaires élevés chez les hommes. A poste, qualification, responsabilité et taille d’entreprise de valeur égale, il subsiste un écart de 7 %, ce qui fait conclure à l’APEC qu’il existe encore “une discrimination salariale à l’égard des femmes”. L’association note cependant un léger progrès : parmi les cadres, la part des femmes est passée de 14 % en 1974 à 33 % en 2006, selon des données de l’Agirc (caisse de retraite complémentaire des cadres) citées dans l’étude.

Les écarts de salaire varient également selon les fonctions et sont “d’autant plus faibles que la fonction est féminisée”. Ainsi, l’écart le plus important (36 %) se trouve dans la fonction “production”, où les hommes occupent près de neuf postes sur dix, tandis que l’écart le plus faible (5 %) s’observe dans la fonction “ressources humaines”, où les femmes représentent sept cadres sur dix. Néanmoins, dans quelques fonctions très féminisées, l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes reste élevé, notamment dans la gestion (féminisation de 57 %, écart salarial de 20 %) et dans le marketing (féminisation à 53 %, écart de 20 %).

FRANCE: :des emplois sans croissance ?

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«L’augmentation des créations d’emplois est un vrai mystère»

Michel Husson, de l’Institut de recherches économiques et sociales:propos recueillis SONYA FAURE pour Libération-QUOTIDIEN : jeudi 21 février 2008

En 2007, la France a créé près de 300 000 emplois, un record depuis 2000 (567 000 créations dans le secteur privé). Le nombre d’offres publiées par l’Association pour l’emploi des cadres a progressé de 27 % en 2007, et 2008 devrait marquer un record, selon l’Apec. Explications avec Michel Husson de l’Ires.

Pourquoi un tel dynamisme de l’emploi, dans un contexte de faible croissance ?

C’est un vrai mystère. Une année complètement atypique. Historiquement, c’est la croissance qui tire l’emploi. Mais depuis 2003, la création d’emplois augmente chaque année (de 1,9 % en 2007) alors que la croissance stagne à 2 % en moyenne. On a atteint un paroxysme en 2007 : l’augmentation des créations d’emplois est de 1,9 %, comme la croissance économique. Ça veut dire que la productivité est nulle !

Une spécificité française ?

Oui. Sur les deux dernières années, la France a une croissance inférieure d’un point environ à la moyenne européenne. Elle a créé en revanche à peu près autant d’emplois que les autres.

Du CNE à la rupture à l’amiable (à venir), la volonté des derniers gouvernements de «fluidifier» le marché peut-elle expliquer la tendance ?

Les employeurs vont peut-être embaucher plus vite pour répondre aux hausses de commandes s’ils savent qu’ils licencieront plus facilement. Mais ça n’explique pas pourquoi ils anticipent une croissance qui ne vient pas.

Comment l’expliquer alors ?

Deux scénarios sont possibles. Dans le premier, nous nous sommes installés dans un nouveau modèle économique : un marché du travail plus dual. D’un côté les «bons» emplois bien payés. De l’autre, des emplois précaires et peu rémunérés, comme dans les services à la personne, qui représentent près du tiers des emplois créés en 2007. Dans ce cas, une faible croissance peut alors créer beaucoup d’emplois.

Et le deuxième scénario ?

Un gros ralentissement en 2008. Après avoir créé plus d’emplois que n’en suscitait la croissance, les entreprises pourraient réduire leurs effectifs plus fortement.

Et l’emploi des cadres ?

La prévision de l’Apec pour 2008 me paraît extraordinairement optimiste. L’emploi des cadres accentue les cycles. Il suit en gros l’investissement des entreprises (4,9 % en 2007). Cette année, les entreprises ont peut-être fait des efforts de réorganisation : elles ont investi, embauché des cadres pour se repositionner qualitativement.

MONDIALISATION:le piratage sur INTERNET.

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