17 juin, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES, SUD
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Réfugiées ou déplacées, les mouvements de populations sont « sans précédent » selon le HCR
LE MONDE | 17.06.08
New York (Nations unies), correspondant
AFP . Cris Bouroncle
Après une baisse de 2001 à 2005, le nombre de personnes prises en charge par le HCR est en augmentation pour la deuxième année consécutive
Le Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) a dû s’occuper en 2007 de 25,1 millions de personnes réfugiées à l’étranger ou déplacées à l’intérieur de leur pays, un chiffre « sans précédent », selon un rapport de l’agence onusienne paru mardi 17 juin. Après une baisse de 2001 à 2005, le nombre de personnes prises en charge par le HCR est en augmentation pour la deuxième année consécutive, principalement en raison de « la situation instable en Irak », où le nombre de personnes déplacées dans leurs frontières est passé de 1,8 million à 2,4 millions en un an
Cette augmentation globale est « un sujet de préoccupation », a déclaré dans un communiqué le haut-commissaire pour les réfugiés de l’ONU, Antonio Guterres. Selon l’ex-premier ministre portugais, « un mélange complexe de défis mondiaux » pourrait « engendrer un risque accru de déplacements forcés à l’avenir ». Parmi ces défis, M. Guterres mentionne « la dégradation de l’environnement liée au climat, qui renforce la compétition pour des ressources rares », ainsi que « la très forte hausse des prix qui frappe avec une dureté particulière les pauvres et qui est source d’instabilité ».
Le HCR, qui emploie plus de 6 300 personnes dans 110 pays, opère une distinction entre les « réfugiés », contraints de quitter leur pays pour échapper à un conflit ou des persécutions, et les « déplacés internes », chassés de leurs foyers par des violences ou des catastrophes naturelles, mais qui résident toujours dans leur pays d’origine.
3 MILLIONS DE DÉPLACÉS EN COLOMBIE
Selon l’Internal Displacement Monitoring Center, cité dans le rapport, le nombre de « déplacés internes » victimes de conflits est passé de 24,4 millions de personnes en 2006 à 26 millions en 2007, dont 13,7 millions ont reçu une aide du HCR (contre 12,8 millions en 2006). Avec quelque trois millions de déplacés, la Colombie est le pays le plus touché, suivie de l’Irak, de la Somalie (600 000 personnes déplacées au cours de 2007) et de la République démocratique du Congo (565 000 déplacés cette même année).
Entre 2006 et 2007, le nombre de réfugiés comptabilisés par le HCR est passé de 9,9 à 11,4 millions, mais plus des deux tiers de cette augmentation sont dus à un changement de méthode statistique. A eux seuls, les réfugiés afghans (3,1 millions de personnes) vivant au Pakistan ou en Iran, et les réfugiés irakiens (2,3 millions) vivant en Syrie ou en Jordanie constituent près de la moitié du total des réfugiés. Viennent ensuite la Colombie (552 000 réfugiés), le Soudan (523 000), la Somalie (457 000) et le Burundi (376 000).
Les Irakiens figurent au premier rang des demandeurs d’asile (52 000), devant les Somaliens (46 100) et les Erythréens (36 000). En 2007, 647 200 demandes d’asile ont été soumises, un chiffre en augmentation pour la première fois depuis quatre ans. Les principaux pays de destination ont été les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, la Suède, la France, le Royaume-Uni, le Canada et la Grèce.
L’agence de l’ONU, qui précise n’avoir « pas la prétention de fournir une image complète des déplacements forcés à l’échelle mondiale », souligne aussi des évolutions positives. En 2007, 731 000 réfugiés ont été volontairement rapatriés, notamment en Afghanistan (374 000) et au Soudan sud (130 700). En Afrique, le nombre de réfugiés a diminué de 6 % et au total, 2,1 millions de « déplacés internes » sont rentrés chez eux.
Philippe Bolopion
6 juin, 2008
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Entretien avec Olivier Appert, président de l’Institut français du pétrole
Faire face au troisième choc pétrolier

LEMONDE | 04.06.08
Le monde subit-il troisième choc pétrolier, comparable à ceux de 1973 et 1979 ?Comparable, non. Dans les années 1970, il s’agissait d’un choc d’offre. L’augmentation brutale des cours était liée aux conflits au Moyen-Orient. Les prix ont été multipliés par trois en quelques mois après l’embargo pétrolier de 1973 et en 1979-1980 après la révolution iranienne et le début de la guerre Iran-Irak. Nous subissons aujourd’hui un renchérissement plus progressif qui tient à la hausse de la demande. Après avoir stagné à 20-25 dollars entre 1986 et 2003 (avec un effondrement à moins de 10 dollars en 1998), le baril s’est peu à peu apprécié. Il a fallu plusieurs années pour que les cours soient multipliés par cinq, poussés par la demande croissante des pays émergents, Chine et Inde en particulier. Autre différence, le début des années 1970 marquait la fin des « trente glorieuses » dans les pays industrialisés caractérisés par des déséquilibres de l’économie mondiale. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont été le rhume qui a tué ce malade déjà affaibli. Aujourd’hui, c’est au tour des pays émergents de vivre leurs « trente glorieuses ». Or les économies des pays industrialisés sont plus robustes.
Il existe tout de même des similitudes entre les deux périodes…
Oui. Dans les années 1960, les prix des matières premières étaient bas. Cela n’a pas favorisé l’investissement. A la fin des années 1960, les cours ont fortement augmenté, mais la production n’a pas pu suivre la demande. On assiste aujourd’hui à un phénomène semblable. Les années 1990 ont été caractérisées, pour ces matières premières, par des cours faibles entraînant sous-investissement et baisse des stocks. Face à la demande des pays émergents, les prix ont été la seule variable d’ajustement.
Quels sont les responsables ?
Dans ce genre de situation, on cherche des boucs émissaires. Pour l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ce sont les spéculateurs. Pour les pays consommateurs, c’est l’OPEP. Et tout le monde vilipende les compagnies pétrolières. Or, on ne peut reprocher aux Chinois de vouloir améliorer leur niveau de vie ou critiquer les pays émergents qui veulent que leur population s’alimente mieux.
L’OPEP ne peut-elle produire plus ?
Elle a perdu le pouvoir de maîtriser les prix à la hausse, car ses capacités à accroître à court terme sa production ont quasiment disparu. Et avec l’envolée de leurs revenus, les pays producteurs ne voient pas la nécessité de pomper davantage. « Pourquoi investir dans le pétrole pour faire plaisir à des gens qui ne nous aiment pas au lieu de le faire dans des écoles, des hôpitaux et des routes ? », me confiait récemment un Saoudien. L’OPEP reste aussi traumatisée par la situation de 1998, lorsque le baril était tombé sous les 10 dollars. Ses membres sont réticents à lancer de lourds investissements. Seule l’Arabie saoudite s’y est engagée. Enfin, les pays producteurs n’ont pas profité de la manne pétrolière des années 1970 pour diversifier leurs économies et assurer leur développement. Cette fois, ils sont déterminés à le faire. Du coup, ils ne veulent plus dilapider leurs ressources, mais les faire durer le plus longtemps possible.
Pourquoi les compagnies pétrolières, qui réalisent des profits sans précédent, n’investissent-elles pas plus ?
Elles sont confrontées, depuis 2000, à des difficultés d’accès aux ressources liées au regain du nationalisme pétrolier (Russie, Venezuela, Iran…). Elles ont de l’argent, mais un terrain de jeu limité pour l’investir. A noter que ce qui leur revient, sur un litre d’essence vendu à la pompe en France, n’est que de l’ordre de 10 % à 15 % du prix. La majeure partie des recettes va aux pays producteurs, et aussi aux pays consommateurs, via la fiscalité.
Reste la spéculation…
C’est le bouc émissaire idéal ! Certes, elle accentue la volatilité des cours, mais elle ne détermine ni les tendances ni les niveaux de prix. C’est l’écume au-dessus des vagues : elle est d’autant plus forte que la vague est forte, mais ce n’est pas l’écume qui crée la vague.
Le déséquilibre entre l’offre et la demande est-il durable ?
Il existe un déséquilibre entre la croissance de la demande et l’insuffisance de la production. Il faut néanmoins distinguer le court-moyen terme du long terme. Dans le premier cas, la demande des pays émergents semblant assurée et les capacités de production paraissant plafonner, l’ajustement ne peut se faire que par les prix. Il faut bien voir que dans les années 1970, pour produire de l’électricité, les alternatives au pétrole (le nucléaire et le charbon) existaient et ont été vite mises en oeuvre. Aujourd’hui, le pétrole est de plus en plus concentré sur les transports et il n’y a pas encore d’alternative massive aux carburants d’origine pétrolière. En outre, les taxes (dans les pays riches) et les subventions (dans les pays pauvres et les pays producteurs) jouent un rôle d’amortisseurs, ce qui explique que l’élasticité de la demande au prix soit faible. La hausse du prix du brut n’est que partiellement répercutée sur le consommateur et sa consommation baisse peu. Quand le prix du baril double, la hausse des prix à la pompe est de 20 % et la demande mondiale ne recule que de 3 %.
En revanche, le revenu par habitant a un fort impact sur la consommation d’énergie. Dans les pays émergents, quand le revenu par habitant augmente de 10 %, la consommation de carburant augmente d’un montant identique. Il y a deux ans quand Patrick Artus, directeur des études de la banque Natixis, envisageait un baril à 300 dollars en 2015, cela semblait impossible. Souhaitons que cela le soit.
Et à plus long terme ?
Il faut en même temps réduire la demande et augmenter l’offre en sachant qu’il n’y aura pas d’impact immédiat. La progression de l’offre passe par la poursuite du développement technologique et la relance de l’investissement, notamment hors de l’OPEP. Il y a des perspectives sur l’offshore ultra profond, où l’on a fait des découvertes importantes dans le golfe du Mexique et au Brésil, ainsi que sur les sables asphaltiques (Canada…). L’envolée des prix du pétrole permet la mise en production de gisements jusque-là non rentables. Les technologies permettant de créer des solutions de substitution au pétrole progressent. L’autre partie de la réponse passe par un ralentissement de la demande. Il faut relancer les politiques d’efficacité énergétique des pays consommateurs. Pendant quelques décennies encore, le transport routier reposera sur les carburants liquides. Mais si les politiques de l’offre et de la demande font preuve de continuité, on devrait retrouver une situation plus équilibrée et des prix moins élevés.
La thèse du pic de production est en vogue. La partagez-vous ?
Les écologistes nous rappellent que le monde est fini. Bien sûr, la quantité de pétrole présente dans l’écorce terrestre est limitée. Mais le montant des réserves dépend surtout des conditions techniques, économiques et environnementales du moment. En 1973, on estimait les réserves à trente ans de la consommation d’alors. Depuis, on a consommé une fois et demi les quantités de réserves estimées. Et pourtant, on pense aujourd’hui qu’il y a quarante ans de réserves. On peut exploiter maintenant des ressources inaccessibles avant 1973. Et on pourra sans doute à l’avenir produire des ressources non exploitables aujourd’hui. Le taux de récupération du pétrole dans les gisements existants a fortement augmenté. S’il passe de 35 % à 50 %, cela entraîne un quasi-doublement des réserves.
Le ralentissement de la croissance mondiale peut-il changer la donne ?
Une dégradation forte et durable de l’économie mondiale aurait évidemment un impact sur le prix du pétrole. Ce n’est pas le cas actuellement. Le ralentissement de la croissance dans les pays développés, notamment aux Etats-Unis, se traduit par un recul de la consommation, mais il est, pour le moment, compensé par l’augmentation de la demande des pays émergents et des pays producteurs. Quant à l’inflation, on n’assiste pas jusqu’à présent aux dérapages des années 1970. La situation la plus dramatique est celle des pays pauvres.
Quelle est la marge de manoeuvre des gouvernements ?
Il doivent agir dans la durée. Il n’y a pas de solution miracle pour résoudre les défis énergétiques et environnementaux auxquels le monde est confronté. Il faut mobiliser toutes les solutions, les économies, mais aussi les autres sources d’énergie. Toutes les filières ont des avantages et des inconvénients et ont leur rôle à jouer. Pour favoriser l’émergence de solutions alternatives, il faut maintenir un signal de prix cohérent avec les perspectives d’une énergie chère et les préoccupations de lutte contre le changement climatique. La vérité des prix est nécessaire pour que changent les habitudes et les comportements. Il est aussi nécessaire de mettre en oeuvre des politiques d’accompagnement pour les activités économiques et les populations les plus affectées par l’énergie chère.
Propos recueillis par Eric Leser et Jean-Michel Bezat
5 juin, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, MONDIALISATION, RISQUES
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United Airlines va réduire sa flotte et supprimer des centaines d’emplois
LEMONDE.FR avec AFP | 04.06.08
United Airlines prend des mesures radicales pour répondre à la hausse des prix des carburants. La compagnie aérienne va retirer cent avions trop anciens de sa flotte et supprimer de 1 400 à 1 500 emplois d’ici à la fin de l’année. La deuxième compagnie des Etats-Unis estime ces mesures nécessaires alors que le niveau actuel des prix du carburant fera bondir sa facture pétrolière de 3 milliards de dollars (près de 2 milliard d’euros) dans ses comptes en 2008.
PRIVILÉGIER LES AVIONS NEUFS
Parmi les cent avions figurent trente appareils dont la mise à la retraite prochaine avait déjà été annoncée, précise le groupe. United Airlines envisage de faire sortir de sa flotte tous ses Boeing 737 et six Boeing 747. L’âge moyen de la flotte va être ainsi ramené à 11,8 ans. Après cette réduction de la flotte et du personnel, les capacités d’United Airlines sur les grandes lignes intérieures américaines auront été réduites de 17 à 18 % pour la période 2008-2009. « L’environnement actuel exige que nous – et avec nous l’ensemble de l’industrie – agissions de manière déterminée et responsable », a expliqué le PDG de la compagnie, Glenn Tilton.
La compagnie a cependant souligné que la réduction de son offre devrait se traduire par des diminutions « modestes » des dessertes peu rentables et des fréquences.
Après United Airlines, Continental Airlines réduit la voilure
LEMONDE.FR avec AFP | 05.06.08
Les difficultés s’accumulent et se ressemblent pour les compagnies aériennes américaines. Après United Airlines, mercredi, c’est au tour de Continental Airlines de prendre des mesures drastiques pour réduire ses coûts. La quatrième compagnie aérienne américaine et cinquième mondiale a annoncé, jeudi 5 juin, qu’elle allait retirer des dizaines d’avions anciens de sa flotte et supprimer des milliers d’emplois pour faire face aux conséquences de l’augmentation des prix du carburant. A compter de septembre, Continental réduira le nombre de ses vols sur les lignes intérieures aux Etats-Unis, ce qui occasionnera une baisse de capacité de 11 % au quatrième trimestre, par rapport à la même période de 2007.
Cette décision devrait entraîner la suppression de 3 000 emplois, sur les 45 000 environ que compte Continental. Le transporteur aérien indique espérer « que la majorité des départs se feront sur la base du volontariat », mais n’écarte pas la possibilité de licenciements. Continental va également retirer de sa flotte soixante-sept appareils de type Boeing 737-300 et 737-500, considérés comme « les moins efficients », donc les plus gourmands en carburant. Les retraits interviendront au rythme de trente-sept en 2008 et trente en 2009.
« LA PLUS GRAVE CRISE DEPUIS LE 11 SEPTEMBRE 2001″
Le transporteur aérien explique que ces décisions sont « nécessaires à la compagnie pour s’ajuster encore davantage aux prix extrêmement élevés du carburant ». « L’industrie fait face à sa plus grave crise depuis le 11 septembre 2001″, affirme Continental. Dans une lettre adressée aux employés de la compagnie, le PDG, Larry Kellner, et le directeur général, Jeff Smisek, ont indiqué que « le modèle d’activité du transport aérien ne fonctionne pas au niveau actuel des prix du carburant ». « Bien que plusieurs hausses de tarifs soient intervenues, ces hausses n’ont pas été suffisantes pour compenser la progression des prix du carburant », ont expliqué les deux dirigeants. « A mesure que les prix augmentent, moins de clients vont prendre l’avion. Si moins de clients prennent l’avion, nous devrons réduire nos capacités pour nous adapter à la baisse de la demande », ont-ils conclu.
5 juin, 2008
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Le spectre de la faillite ressurgit pour General Motors
LE MONDE | 05.06.08
AFP/JEFF HAYNES
L’usine de la General Motors fabriquant des Pontiac G-6, Orion, Michigan.
La fortune ne sourit pas à Detroit. A peine les constructeurs automobiles américains ont-ils réglé la question du poids des retraites et des frais de santé de leurs salariés qu’ils doivent affronter un ralentissement économique et la spirale de la hausse des matières premières. Le spectre de la faillite, pour General Motors (GM) en particulier, est de retour.
Les défauts de remboursement de crédits font peser sur GM des risques de faillite plus importants que sur Ford, qui est valorisé en Bourse 50 % de plus que son rival, alors qu’il est plus petit. A l’origine du problème, la crise immobilière et la flambée des prix de l’essence. Conséquence : les ventes de pick-up et de 4 × 4, qui constituaient une véritable rente pour les « big three » (GM, Ford et Chrysler), ont chuté de 25 % en 2007. Les constructeurs étrangers dominent le segment des petites voitures, empêchant les américains de relever leurs prix sous peine de perdre des parts de marché.
GM n’est pas le seul touché. Juste après l’annonce d’un bénéfice surprise au premier trimestre, Ford a admis qu’il resterait dans le rouge en 2009. Mais le groupe a rempli ses coffres avant l’effondrement des marchés du crédit ; Ford dispose maintenant d’une trésorerie de 29 milliards de dollars, presque le double de ce dont il aura besoin dans les deux ans.
GM semblait s’être aussi bien couvert grâce à des cessions d’actifs. Mais, entre ses besoins en cash et l’arrivée à échéance de ses dettes, GM ne pourrait disposer que de 1 milliard de dollars d’ici à 2010, selon Lehman Brothers. Or les analystes évaluent à 10 milliards le besoin en fonds de roulement d’un constructeur. GM a supprimé un quart de ses effectifs aux Etats-Unis cette année, va fermer quatre autres usines, peut vendre sa marque Hummer. Mais, à moins qu’il ne persuade des investisseurs de remettre la main à la poche, le plus gros des « big three » sera à nouveau menacé de faillite.
Antony Currie
Les 4×4 continuent de tirer le marché automobile américain vers le bas
LEMONDE.FR | 04.06.08
Les 4×4, pick-up et autres gros véhicules comme les Hummer ne font plus recette. Jugés trop gourmands en carburant, alors que les prix à la pompe battent des records, leurs ventes sont en chute libre et ils ont tiré l’ensemble du marché automobile américain vers le bas en mai, comme en avril. Au total, les ventes de véhicules sont tombées aux Etats-Unis, en glissement annuel, à 14,25 millions d’unités en mai, contre 14,4 millions en avril et une moyenne de 15,2 millions au premier trimestre selon les données du cabinet Autodata.
SUCCÈS DES BERLINES ASIATIQUES
General Motors (GM), Ford et Chrysler ont une fois encore accusé le coup face à leurs rivaux asiatiques. Fin mai, ils ne détenaient plus à eux trois que 44,4 % du marché, contre encore 51,8 % un an plus tôt. GM a vu ses ventes plonger de 27,5 % en mai sur un an, passant sous le seuil historique des 20 % de parts de marché, à 19,1 %. Ses ventes de berlines ont baissé de 13,8 %, tandis que les ventes de Hummer ont plongé de 60 %. GM avait annoncé, mardi 3 juin, un grand chamboulement de sa gamme d’ici à 2010, avec la priorité donnée aux véhicules compacts et économes en carburant. Le groupe va aussi fermer quatre usines produisant des gros véhicules.
Les constructeurs asiatiques présents aux Etats-Unis – dix marques – ont progressé à 48,1 % du marché, contre 41,4 % un an plus tôt. Les constructeurs européens ont aussi un peu avancé. Toyota détient désormais 18,4 % du marché, Honda 12 % et Nissan 7,2 %. Mais les trois principaux concurrents asiatiques des marques américaines ont cependant des résultats contrastés. Les ventes de Toyota sont en recul de 7,9 % alors que Honda affiche une hausse de 11,3 % de ses ventes, porté par un bond de 27 % des ventes de berlines.
General Motors prend un virage stratégique vers les voitures « vertes »
LEMONDE.FR avec AFP | 03.06.08
Lors d’une conférence de presse tenue, mardi 3 juin, avant l’assemblée générale des actionnaires du premier groupe automobile américain, le PDG, Rick Wagoner, reconnaissant que le pétrole cher allait durer, a annoncé le lancement de plusieurs nouveaux modèles « compacts » et une extension de l’offre du groupe en voitures hybrides.
Il a aussi officiellement confirmé l’engagement de la production de la Chevrolet Volt, un véhicule 100 % électrique, avec pour objectif de commencer sa commercialisation en 2010. « Nous croyons que c’est le pas le plus important jamais effectué dans l’évolution de notre industrie pour se libérer de sa dépendance pratiquement totale envers le pétrole », a-t-il noté. « Depuis le début de cette année, l’économie américaine et la situation des marchés sont devenus significativement plus difficiles. Les prix plus élevés de l’essence sont en train de changer le comportement des consommateurs et ils sont en train d’affecter le type de véhicules vendus aux Etats-Unis », a souligné M. Wagoner, pour expliquer ce virage dans la stratégie du groupe.
FERMETURE DE QUATRE USINES
Rick Wagoner a simultanément annoncé la fermeture graduée de quatre usines fabriquant des « trucks », des gros véhicules 4 x 4 reposant sur des châssis de petits utilitaires, qui sont de plus en plus délaissés par les consommateurs en raison de leur énorme consommation en carburant. Ces fermetures devraient permettre au groupe d’économiser plus d’un milliard de dollars d’ici à 2010, en plus des 5 milliards d’efforts supplémentaires d’ici à 2011, annoncés plus tôt cette année.
Enfin, General Motors a indiqué qu’il allait effectuer une étude stratégique sur l’avenir de sa marque Hummer, l’énorme 4 x 4 devenu le symbole des excès du « tout pétrole ». « Toutes les options sont ouvertes », à ce jour, « d’une refonte totale de la gamme jusqu’à une vente totale ou partielle de la marque ».
5 juin, 2008
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Ndiogou Fall, président du Réseau des organisations paysannes de producteurs d’Afrique de l’Ouest (Roppa)
« La crise est provoquée par les politiques libérales »
LE MONDE | 04.06.08
Vous êtes sénégalais et président du Réseau des organisations paysannes de producteurs d’Afrique de l’Ouest (Roppa). Que pensez-vous des déclarations de Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, qui a plaidé, mardi 3 juin au sommet de la FAO, en faveur d’un accord sur le cycle de Doha ?
C’est une véritable hérésie. La crise est provoquée par les politiques libérales et on nous dit de les poursuivre ? On ne respecte pas les petits producteurs.
Nous, nous sommes demandeurs de protection. On entend toujours le même discours type, il faut voir avancer le cycle de Doha. Mais c’est ainsi qu’on peut aggraver la crise.
Une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dont des Africains, ont fait le déplacement à Rome pour trouver des solutions à la crise alimentaire mondiale. Quelles erreurs ont été commises, selon vous ?
L’erreur principale est d’ordre commercial, avec l’ouverture abusive de nos marchés qui s’est accompagnée d’une perte d’intérêt des petits producteurs pour l’agriculture. Elle est d’ordre politique aussi, parce que nos dirigeants africains ont accepté naïvement cette ouverture et se sont détournés de l’agriculture vivrière. Ils ont mis l’accent sur les cultures d’exportation et non sur la première mission de notre métier, nourrir la population. Ces dernières décennies, le peu de moyens accordés sous forme d’intrants, de crédits, de recherche ou de subventions ont été concentrés sur les cultures de rente comme le coton.
Bien sûr les Occidentaux sont aussi responsables, puisqu’ils ont imposé cette libéralisation dans le cadre du FMI et de la Banque mondiale.
Comment les producteurs africains vivent-ils cette crise ?
Ces dernières années, nous l’avons vu venir. Dans les villages, des lots de petits agriculteurs tombaient dans la pauvreté. Leurs revenus baissaient : leurs produits approvisionnaient les marchés locaux, mais leurs prix dépassaient la capacité d’achat des ménages, et ils étaient en concurrence avec des produits subventionnés venus d’ailleurs. Aujourd’hui, nous sommes dans un cercle vicieux. Avec la hausse du prix de l’alimentation, les producteurs sont plus préoccupés par le besoin de se nourrir que par investir. Ils n’ont plus les moyens d’acheter semences et engrais pour l’année à venir.
Quelles solutions pour développer la production en Afrique ?
Le marché africain peut fonctionner, mais il doit comme ailleurs chercher l’intégration et la valorisation régionale, et non l’ouverture vers l’extérieur. Pour l’agriculture africaine, nos autorités doivent prendre toute la mesure de la situation.
Propos recueillis par Laetitia Clavreul
23 mai, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES
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«Il y a une dose de xénophobie dans le protectionnisme»

A une réunion de l’OMC, le 24 janvier 2008. (Photo Reuters)
Pascal Lamy, le patron de l’OMC, analyse les crises mondiales et les règles nécessaires au commerce international.
Recueilli par CHRISTIAN LOSSON (à Genève)
QUOTIDIEN : vendredi 23 mai 2008
La quadruple crise – financière, énergétique, alimentaire et climatique – bouleverse-t-elle la marche du monde ?
Ces crises s’interpénètrent, même si elles obéissent à des cycles différents. Elles matérialisent l’interdépendance du monde et illustrent les deux visages de la mondialisation. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe désormais des amortisseurs. La crise financière ne s’est pas, pour l’instant, exportée en Chine, en Inde, ou au Brésil ; les subprimes n’ont contaminé qu’une partie du système. La crise alimentaire touche les Philippines ou le Kenya, mais pas les pays développés. En revanche, le changement climatique concerne l’ensemble de la planète, et il n’y a pas de réponse autre que collective.
Les risques sont-ils systémiques ?
Clairement. Les signaux d’alarmes n’ont pas manqué. Pourquoi les produits hors bilan des banques ont-ils échappé à la régulation ? Pourquoi la FAO [Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ndlr] a-t-elle dénoncé en vain la baisse des stocks et le désinvestissement dans l’agriculture ? Pourquoi la lutte contre le changement climatique se met-elle si lentement en branle alors que les risques pour la planète sont avérés ? Mais il n’y a pas de déterminisme de la crise. Les hommes ont les clés en main. D’un côté, le Programme alimentaire mondial appelle à mobiliser 750 millions de dollars [476 millions d’euros] pour éviter les émeutes de la faim ; de l’autre, les banques centrales injectent des dizaines de milliards de dollars pour stabiliser des banques qui ont joué avec le feu…
Choquant ?
On peut toujours comparer. Un mois de guerre américaine en Irak avec le budget de la lutte contre le paludisme. Le prix d’une bombe nucléaire française avec le coût d’un centre universitaire d’excellence… Quand on passe, comme moi, la moitié de son temps dans les pays en développement, c’est évidemment choquant…
Les fonds souverains, néo-acteurs de la finance mondiale,«dérogent», selon vous, «aux règles du capitalisme chez eux pour les appliquer ailleurs». Pourquoi ?
C’est une évolution du capitalisme. Ces fonds viennent de pays entrés récemment dans le capitalisme, et qui n’en maîtrisent pas tous les codes. Les fonds souverains sont révélateurs d’une période de mutation qui voit arriver de nouveaux joueurs.
Assiste-t-on à une crise décisive du capitalisme ?
Le capitalisme avance par crises, il en connaîtra d’autres. Sa faiblesse, ce sont les bulles qui enflent puis éclatent ; sa force, c’est qu’il n’y a pas d’autre système qui ait pu passer l’épreuve de la réalité. Il est parvenu à trouver en lui les réponses à ces crises. Mais il a besoin de régulation. Je dirige une organisation où le capitalisme a accepté le plus de régulation. Dans les années 30, l’effet domino de pratiques protectionnistes, consécutif à la crise financière, et mêlé à la xénophobie a, parmi d’autres causes, conduit à la guerre mondiale. Je ne connais aucun protectionnisme qui ne porte une dose de xénophobie et de nationalisme. C’est sur le «plus jamais ça» d’après-guerre que s’est bâti le système actuel. Sur fond de règles communes, de réciprocité et d’évolution pragmatique. OMC, FMI et Banque mondiale sont nés de cette matrice…
Avec des résultats contestés et contestables…
La régulation financière n’a pas prospéré autant que la régulation commerciale ! Le concept de base du FMI, les taux de change fixes, a explosé dans les années 70 et n’a pas été remplacé. Le concept de base de l’OMC, lui, a été accompagné d’un concept, d’une volonté politique, plus tard d’une machinerie institutionnelle, les trois conditions sine qua non pour s’émanciper de l’attraction westphalienne de la souveraineté entière des Etats-Nations. C’est l’absence de volonté politique pour réguler la finance qui a freiné le FMI. A l’OMC, on a commencé sans outillage institutionnel, avec trois négociateurs dans un coin lors de la création du Gatt [l’ancêtre de l’OMC, ndlr]. Mais avec une réelle volonté politique…
Et le credo du libre-échange, cher à l’OMC…
Plus exactement la volonté d’ouvrir progressivement les échanges. Une ouverture équilibrée, avec des concessions réciproques. Cycle après cycle, on a traité les obstacles aux échanges. On l’a fait, en fonction de rapports de forces politiques qui ont évolué, longtemps dominés par la «Quad» (Etats-Unis, Europe, Japon, Canada) qui doivent désormais partager le pouvoir avec les pays émergents. En fonction, aussi, de l’évolution des obstacles aux échanges (tarifs douaniers, restrictions quantitatives, normes et standards). A sa naissance, en 1994, l’OMC a mis en place un système contraignant sans précédent dans le système international. Et les pays en développement ont réussi à faire reconnaître la nécessité de discipline en matière agricole, comme les pays développés l’avaient fait pour les produits industriels.
L’OMC est perçue par les ONG et des pays du sud comme une des racines de la crise alimentaire.
Au contraire ! A côté de facteurs conjoncturels, la cause fondamentale tient à l’évolution du mode alimentaire dans les pays émergents. La demande ne colle plus avec l’offre. On peut l’ajuster : il demeure des réserves de productivité importantes dans les pays en développement. Mais la courroie de transmission entre la demande et l’offre, c’est le commerce.
Ce sont donc les plans d’ajustement structurels de la Banque mondiale et du FMI qu’il faut incriminer ?
Les pays d’Afrique subsaharienne ont encore la possibilité d’appliquer des tarifs douaniers de 60 à 80 % pour les produits agricoles dans le cadre de l’OMC. Ils appliquent environ 20 % en moyenne. Leurs marges de manœuvre existent. Certains paient le prix de programmes d’ajustement négociés avec le FMI et la Banque mondiale dans les années 90 en contrepartie de financements indispensables. Heureusement, cette mode a beaucoup évolué. Il est facile de faire des institutions internationales des boucs émissaires, plus délicat de se pencher sur les politiques des pays riches.
Faut-il sortir l’agriculture de l’OMC ?
Le débat a toujours existé entre les Etats qui pensent que l’agriculture, c’est comme les pneus ou les chaussettes, et ceux pour qui ce n’est pas un produit comme les autres. Les premiers sont souvent exportateurs nets (Australie, Brésil), les seconds, importateurs nets (Japon, Suisse, UE). Le débat a évolué avec l’Uruguay round [qui a lancé l’OMC, ndlr] et la volonté des pays du Sud d’y inclure l’agriculture. De la même manière, ils ont mis vingt ans à faire admettre que le textile et l’habillement étaient un produit comme les autres.
Vous voulez «renforcer le système commercial au moyen de règles plus transparentes, prévisibles et équitables». Elles ne l’étaient donc pas ?
Évidemment. La preuve, c’est que les pays en développement, qui représentent trois quarts des membres de l’OMC, veulent obtenir des changements aux règles. Pas question pour eux de sortir l’agriculture de l’organisation. C’est le cœur du cycle de développement de Doha [lancé en 2001, ndlr]. Sortir l’agriculture, cela revient au retour à la loi de la jungle. Bien sûr, des pays comme la France ou la Suisse peuvent, sous conditions, continuer à aider leurs paysans. Mais ce ne sont pas la France et la Suisse qui vont nourrir le monde, c’est l’inverse. Si le raisonnement à Bruxelles ou à Tokyo, c’est qu’on nourrira la planète via des subventions ou des superprotections dans les pays riches, cela ne convaincra guère les pays pauvres.
Encore moins l’OMC ?
A l’OMC, on ne négocie pas des dogmes, mais des règles communes. Eliminer, par exemple, les 20 % des subventions agricoles européennes et américaines les plus perturbatrices pour l’agriculture des pays en développement. Par ailleurs, les droits de douanes sur l’agriculture restent beaucoup plus élevés en moyenne que les droits sur les produits industriels…
Vous pensez aboutir en mai sur le cycle de Doha ?
Je dirais plutôt juin pour un accord sur plusieurs points essentiels pour passer à la conclusion avant la fin de l’année. Je ne suis ni décideur, ni devin. Je suis, selon les moments, sage-femme, chien de berger, monsieur météo ou chef d’orchestre. Mais les conditions politiques et techniques sont enfin réunies sur trois sujets-clés : subventions agricoles, droits de douane agricoles et industriels.Pour boucler l’Uruguay round, il a fallu huit ans. Le Doha Round a commencé en 2001. On travaille par consensus pour changer les règles du jeu international.
L’image de l’OMC a-t-elle changé depuis son fiasco à Seattle, en 1999 ?
La notoriété de l’OMC est encore meilleure que son image. On a travaillé sur la transparence, l’accès aux documents, aux réunions, l’ouverture à la société civile. La jurisprudence a évolué : on n’est plus dans le syndrome pré-Seattle où l’OMC allait couper la tête de toute protection de l’environnement qui aurait empiété sur le commerce! Quand je discute avec les ONG et les associations, personne ne demande plus l’abolition de l’OMC.
La croissance du commerce mondial pourrait se replier à 4,5 % en 2008, contre 5,5 % en 2007.
L’objectif de l’OMC n’est pas de produire des bons chiffres, c’est des échanges plus ouverts et plus justes. La croissance du commerce, c’est un thermomètre qui varie avec la croissance. Et avec un coefficient multiplicateur. Il y a trente ans, le rapport entre croissance et commerce était de 1 à 1,5. Aujourd’hui, il est de 1 à 3 en raison de l’évolution des systèmes de production : un iPod chinois exporté aux Etats-Unis pour 100 dollars, c’est 8 dollars de chinois, 60 dollars pour la carte japonaise, 10 dollars de fabrication en Thaïlande, du transport et du marketing.
Le commerce est-il vraiment soluble dans la nécessité environnementale ?
Il peut même aider beaucoup. Si les Egyptiens devaient produire toutes les céréales qu’ils consomment, il n’y aurait plus une goutte d’eau dans le Nil ! On prend toujours l’exemple des roses kenyanes importées par des magasins britanniques. Mais quand on parle empreinte carbone, il faut voir tous les éléments de la chaîne. Si un Britannique achète des roses néerlandaises chez Tesco et rentre chez lui en 4×4, il est plus dommageable à l’environnement que s’il achète des roses africaines venues en avion et rentre chez lui en métro.
Qu’avez vous appris sur la diplomatie à l’OMC ?
Je suis passé par l’univers solide (l’administration française), l’univers liquide (la communauté européenne) pour rejoindre un univers gazeux (l’institution internationale). Produit de Paris et de son système napoléonien, centralisé ; passé par Bruxelles, vaisseau spatial institutionnel bourré d’énergie, j’ai atterri dans un monde où il est plus difficile d’agréger des molécules. C’est plus lent, aléatoire, c’est un travail de Pénélope. On jongle entre l’effroyablement technique et le déterminant politique. Et quand je parle avec le président du Brésil, ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir si les produits spéciaux dans l’agriculture sont basés sur la racine carrée des produits sensibles, c’est de savoir si Bush va bouger, si l’Inde avance. L’OMC, c’est les deux.
23 mai, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION
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Le boom d’Internet dope les fabricants de câbles
LE MONDE | 17.05.08
Tout ne va pas si mal chez Alcatel-Lucent. Alors que pour 2008, l’équipementier de télécommunications français table sur une baisse de 2 % à 5 % de son chiffre d’affaires (17,8 milliards d’euros en 2007), Alcatel-Lucent Submarine Networks, une discrète entité constituée essentiellement d’une usine à Calais (dans le Pas-de-Calais), multiplie sa production par deux tous les ans depuis trois ans et pourrait ramener jusqu’à 1 milliard d’euros de revenus en 2008.
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Zoom Un « tuyau » plus difficile à fabriquer qu’il n’y paraît
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LEXIQUE
FIBRE OPTIQUE.
C’est un fil en silice très fin (quelques microns) pouvant conduire des ondes lumineuses et servant dans les transmissions terrestres et océaniques de données. Elle offre un débit de transmission bien supérieur à celui des câbles coaxiaux (en cuivre), et peut ainsi supporter un réseau « large bande » par lequel peuvent transiter la télévision, le téléphone ou les données informatiques. Le coeur des grands câbles sous-marins contient jusqu’à 16 fibres.
[-] fermer
L’usine de Calais fabrique des câbles sous-marins dotés d’un coeur en fibres optiques permettant de transmettre des informations (voix, données, images) à des débits considérables. Ce sont ces câbles qui constituent les fameuses « autoroutes de l’information » reliant les continents entre eux et sur lesquelles transite l’essentiel du trafic Internet mondial. Le satellite est mieux adapté au transport de données émises par une source et diffusées à une multitude de récepteurs (typiquement, la télévision).
« Entre mi-décembre et mi-avril, nous avons chargé non-stop 20 000 km de câbles sur les cargos. A partir de juin, nous recommençons à embarquer du tuyau sans discontinuer durant tout l’été. Une partie doit être posée avant la reprise des glaces, entre le Canada, le Groenland et l’Islande », se félicite Marc Dubrulle, responsable de l’assemblage des câbles à Calais. Pour faire face aux commandes, l’usine doit inaugurer à l’automne une nouvelle ligne de production, qui lui permettra de fabriquer jusqu’à 40 000 km de câble par an. Elle deviendra de fait la plus grosse du genre au monde. Une trentaine de salariés supplémentaires devraient être embauchés (40 personnes ont déjà été recrutées en 2007).
Alcatel-Lucent profite à plein de l’explosion récente du trafic Internet mondial, due principalement au téléchargement de vidéo sur le Web, et notamment au succès fulgurant de sites comme YouTube ou Dailymotion, très gourmands en bande passante.
INTERNAUTES ASIATIQUES
Pour éviter la saturation de leurs réseaux, les opérateurs de télécommunications investissent (souvent à plusieurs) dans des autoroutes sous-marines plus larges. Les principales demandes concernent les infrastructures reliant l’Asie au reste du monde. Jusqu’à présent, les liaisons transatlantiques avaient été privilégiées mais aujourd’hui c’est en Chine, en Inde, en Malaisie ou au Vietnam que le nombre d’internautes progresse le plus vite.
Même le moteur de recherche californien Google participe à un consortium pour la pose d’un câble transPacifique. L’américain Tyco Telecommunications, principal concurrent d’Alcatel-Lucent, doit le livrer. L’équipementier français a pour sa part décroché mi-2007 (avec le japonais NEC) un énorme contrat (environ 500 millions de dollars) pour la fabrication et la pose du câble « Asian American Gateway ». Long de 20 000 km, il a été commandé par un consortium d’opérateurs, dont l’américain ATT. Alcatel-Lucent a aussi signé en 2007 avec l’australien Telstra, pour un câble de 9 000 km reliant l’Australie à Hawaii. Et début 2008 avec neuf opérateurs (dont France Télécom), pour la livraison du câble « Imewe », 13 000 km entre l’Inde à l’Europe, destiné à répondre aux besoins en débit induits par les délocalisations de services informatiques.
Le tremblement de terre à Taïwan, fin 2006, qui avait privé l’Asie d’Internet pendant plusieurs jours, ou la rupture de câbles entre l’Asie et l’Europe, début 2008, expliquent aussi les investissements des opérateurs, soucieux d’éviter des « black-out » prolongés. « Il y a aussi les pays qui se dotent d’un réseau pour désenclaver leurs populations et lutter contre la fracture numérique », ajoute Etienne Lafougère, président de l’activité réseaux sous-marins d’Alcatel-Lucent. Le groupe a ainsi obtenu le contrat « Tele Greenland » (entre l’Islande, le Groenland et le Canada), pour connecter les populations antarctiques.
L’usine de Calais revient de loin. Elle a vécu des années difficiles (2002-2003), durant lesquelles 90 % de ses revenus ont disparu, suite à l’explosion de la bulle Internet (début 2000). Elle pâtissait des suites d’une folie d’investissements dans les réseaux sous-marins, qui avait abouti à des surcapacités à la fin des années 1990. Elle a réduit ses effectifs de 750 à moins de 300, mais a évité la fermeture, contrairement à deux autres usines du groupe (en Australie et aux Etats-Unis).
Aujourd’hui, à Calais, on affirme qu’Alcatel-Lucent est le premier acteur mondial du sous-marin, avec 40 % de parts de marché, devant l’Américain Tyco. Le Français dispose d’une flotte de 6 câbliers, exploitée avec Louis Dreyfus Armateurs. Ces gros bateaux de plus de 100 mètres de long peuvent poser du câble dans des conditions méteo extrêmes. « On observe des cycles de cinq à six ans dans le secteur. Mais pour jusqu’à fin 2009, je suis confiant », note, prudent, Grégory Flipo, directeur de l’usine de Calais. Même le Chinois Huawei, qui taille des croupières à Alcatel-Lucent dans le matériel de réseau terrestre, laisse encore en paix le Français sur ce créneau. « Il paraît qu’ils ont un catalogue de produits, assure-t-on à Calais, mais on ne les a encore jamais vus. »
Cécile Ducourtieux
23 mai, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, EUROPE, MONDIALISATION, Union Européenne
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La crise alimentaire relance les attaques contre la politique agricole commune
LE MONDE | 20.05.08
Au moment où la politique agricole commune (PAC) doit faire l’objet de nouveaux ajustements, la crise alimentaire mondiale relance la bataille sur son rôle, faisant resurgir le vieux clivage entre Britanniques et Français.
La Commission devait présenter à Bruxelles, mardi 20 mai, ses propositions définitives pour le « bilan de santé » de la PAC qu’elle doit boucler au second semestre, sous présidence française, en attendant les négociations sur une nouvelle réforme prévue à l’horizon 2013.
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Poids financier. Le budget de la politique agricole commune représente 40 % des fonds communautaires, soit 42 milliards d’euros en 2008. En proportion, il a tendance à diminuer. Il n’est plus que le deuxième poste de dépense de l’Union, derrière les fonds structurels et de cohésion. La France est le principal bénéficiaire de ces aides.
[-] fermerLes réformes
Le « bilan de santé ». Il doit permettre, d’ici à la fin 2008, d’amplifier la réforme de la PAC adoptée en 2003. Il cherche notamment à découpler davantage les aides directes versées aux exploitants du niveau de la production.
Les nouveaux contours après 2013. Une autre réforme d’envergure se profile : elle fixera les contours de la PAC de l’après-2013, dans le cadre de la remise à plat du budget communautaire. Les Britanniques plaident pour réduire encore les dépenses agricoles; Français et Allemands souhaitent les utiliser différemment.
[-] fermerPrenant acte des tensions sur les marchés agricoles, Bruxelles suggère entre autres de soutenir la production en mettant un terme aux jachères et en supprimant par étape les quotas laitiers d’ici à 2015.
Mariann Fischer Boel, la commissaire à l’agriculture, propose aussi de réduire l’enveloppe des aides directes versées aux exploitants, de les découpler toujours plus du niveau de la production, et de les plafonner. Elle souhaite orienter les fonds ainsi dégagés vers le développement des activités rurales non agricoles, comme le tourisme ou l’entretien de l’environnement.
Ces ajustements vont alimenter le débat entre les capitales chargées de les adopter, dans un contexte marqué par l’envolée des prix alimentaires. Alistair Darling, le ministre des finances britannique, a lancé l’offensive la semaine dernière contre une PAC qu’il rend en partie responsable de cette évolution, au sein de l’Union mais aussi dans les pays pauvres.
Dans un courrier à ses homologues, il exige la fin des mécanismes d’aide aux exploitants conçus, selon lui, « pour maintenir les prix agricoles européens au-dessus des cours mondiaux ». Le ministre demande de surcroît d’ouvrir le marché européen aux producteurs des pays en développement : « Il est inacceptable que l’Union maintienne des droits de douane très élevés sur de nombreuses matières premières agricoles. »
« ALIMENTATION DE QUALITÉ »
Soutenus par les pays nordiques, les Britanniques relaient les positions de certaines organisations non gouvernementales. Oxfam appelle ainsi les grandes puissances agricoles, dont l’Europe et les Etats-Unis, à « s’attaquer aux causes profondes de la crise des prix agricoles », afin de ne pas mettre en danger, à coup d’exportations plus ou moins subventionnées, la production dans les pays les plus pauvres de la planète.
En face, le gouvernement français n’a pas attendu cette attaque en règle pour défendre l’idée d’une PAC forte, quitte à la faire évoluer pour endiguer la crise alimentaire. D’après Michel Barnier, le ministre français soutenu lundi 19 mai à Bruxelles par un grand nombre de ses collègues, la crise alimentaire « donne une raison de consolider la politique agricole commune ».
Son homologue allemand affirme que la PAC « n’a rien à voir » avec l’envolée des cours. Pour les deux hommes, les subventions sont au contraire une réponse « à l’exigence d’une alimentation de qualité, diversifiée, et traçable ». Et peuvent permettre aux producteurs de faire face à la demande mondiale.
Les Français n’excluent pas de réduire à terme les aides attribuées aux céréaliers pour les orienter vers d’autres productions, comme les porcs ou les bovins, qui souffrent de la hausse du prix des céréales. « Les céréaliers peuvent très bien vivre du marché, ce qui permettrait de focaliser la politique agricole sur les autres fonctions de l’agriculture, comme l’environnement ou l’entretien de l’espace rural », estime, pour sa part, Philippe Chalmin, professeur d’économie à Paris-Dauphine.
Les agriculteurs européens, représentés au sein du Copa-Cogeca, dont l’actuel président n’est autre que Jean-Michel Lemétayer, le patron de la FNSEA, se rangent sans surprise du côté français. « Il faut une politique agricole, et le débat actuel sur l’alimentation mondiale montre que le pire serait de ne pas en avoir, car elle permet de se protéger et de développer son agriculture », estime M. Lemétayer. Et de regretter, dans le contexte de hausse des coûts des denrées, que l’Union européenne ait déjà autant abandonné ses outils de régulation des marchés. « Plus personne ne veut financer de stocks, alors il ne faut pas s’étonner que les cours s’envolent », explique-t-il.
En prenant les devants, Londres et Paris cherchent, au-delà du bilan de santé, à poser les jalons d’une future réforme de grande ampleur. « Nous sommes dans une période de transition, car le budget européen ne devrait être modifié qu’en 2013. Les Anglais se positionnent dès maintenant, ce qu’a bien compris Michel Barnier, car si en 2012 les prix restent élevés, alors la PAC pourrait bel et bien disparaître », explique Jean-Christophe Bureau, économiste à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et AgroParisTech.
Laetitia Clavreul et Philippe Ricard (à Bruxelles)
23 mai, 2008
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Les marchés spéculent désormais sur une pénurie de pétrole en 2016
LEMONDE.FR | 22.05
Le baril de light sweet crude pour livraison en juillet a atteint 133,17 dollars, mercredi 21 mai, sur le New York Mercantile Exchange (+ 4,10 dollars), tandis que le Brent de la mer du Nord terminait la séance à Londres à 132,70 dollars (+ 4,76 dollars). Le baril a dépassé 135 dollars, jeudi 22 mai au matin, dans les échanges électroniques en Asie. Les marchés ont peu apprécié la chute des stocks de brut et d’essence aux Etats-Unis la semaine dernière et la baisse du dollar. Mais c’est une inquiétude plus générale et plus sourde sur la capacité des pays producteurs à répondre à la demande future qui alimente la flambée pétrolière et menace gravement la croissance mondiale.
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Mardi, le brut avait fortement progressé, notamment en raison des propos pessimistes tenus par T. Boone Pickens. Enrichi dans l’or noir avant de créer un fonds d’investissement, le milliardaire américain prédit un baril à 150 dollars fin 2008 – une perspective encore peu envisagée il y a quelques mois. « 85 millions de barils par jour, c’est tout ce que le monde peut produire, et la demande est à 87 millions. C’est aussi simple que cela », avait-il déclaré, la veille, sur la chaîne CNBC.
Pas de détente des cours en vue Les raffineries ne souffrent pas de ruptures d’approvisionnement. Pour autant, les spécialistes n’envisagent pas de détente des cours, comme en témoigne l’envolée des futures depuis le 1erjanvier. Dans la seule journée de mardi, le prix d’un baril livrable en 2016 (l’échéance la plus longue) a augmenté d’environ 8,50 dollars pour atteindre 139,50 dollars. Du jamais vu de mémoire de traders! Ces barils, livrables au cours de la prochaine décennie, se renchérissent plus vite que ceux livrables dans le mois à venir : depuis janvier, les premiers ont augmenté d’environ 60% et les seconds de 39% « seulement ».
Patrons de groupes pétroliers, experts ou financiers, tout le monde s’inquiète de l’offre à moyen terme. Peu de dirigeants de majors croyaient aux données optimistes de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui prévoyait une production quotidienne de 116 millions de barils en 2030. Comme d’autres pétroliers, le directeur général de Total, Christophe de Margerie, répétait qu’il serait très difficile, voire impossible, de dépasser le seuil de 100 millions de barils.
Défenseur des intérêts des pays consommateurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’AIE semble revenir à plus de raison. Elle va fortement réviser à la baisse ses prévisions d’augmentation de la production, indique jeudi le Wall Street Journal. Ce resserrement de l’offre, au moment où les pays émergents (Chine, Inde, Golfe persique, Russie…) consomment de plus en plus de pétrole, s’explique par le déclin des grands champs pétrolifères (Arabie saoudite, Russie, Mexique…) et le manque d’investissements dans de nombreux pays producteurs. Ainsi, au Moyen-Orient (deux tiers des réserves mondiales), l’avenir n’est pas assuré. Notamment en Iran, où la production stagne, et en Irak, qui dispose des troisièmes réserves mondiales. Toujours dans l’attente d’une loi sur le pétrole, les investisseurs ne se risquent pas dans ce pays qui est loin d’être stabilisé. Cet avenir n’est pas mieux assuré en Russie ou au Mexique.
Le renchérissement des matières premières, des équipements et de la main-d’œuvre a fait exploser les coûts des projets et réfréné l’ambition des pétroliers. « Ces coûts sont devenus un des nouveaux fondamentaux orientant les prix du pétrole », expliquait récemment Daniel Yergin, le président du Cambridge Energy Research Associates (CERA). Selon l’index des coûts en capital des projets d’exploration-production établi par les experts de cet organisme réputé, ces coûts sont restés stables entre 2000 et 2004, avant de doubler entre 2005 et 2008. De nombreux projets ont été retardés pour des raisons financières et techniques, accroissant les tensions sur l’offre à venir.
Jean-Michel Bezat
29 avril, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES, SUD
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Les Nations unies cherchent une stratégie
pour enrayer la crise alimentaire mondiale
AP/AARON FAVILA
Lundi 28 avril, dans la banlieue de Manille, un organisme gouvernemental a procédé à une distribution de sacs de riz.
LE MONDE | 29.04.08
Convaincus que la crise alimentaire mondiale risque d’infliger à l’ONU de graves revers en matière de lutte contre la faim, de maintien de la paix ou de développement, le secrétaire général de l’Organisation, Ban Ki-moon, et les dirigeants de 27 agences et fonds des Nations unies s’efforcent d’ébaucher les contours d’un plan d’action global. Au lendemain d’une réunion à huis clos tenue lundi 28 avril à Berne, Ban Ki-moon a ainsi annoncé la création d’une cellule de crise destinée à répondre au défi alimentaire.
« C’est actuellement le problème numéro un », estime Michael Meyer, directeur de la communication de Ban Ki-moon, qui redoute que la crise « éclipse le Darfour et le changement climatique » et « amplifie » les difficultés déjà rencontrées par l’ONU pour combattre l’extrême pauvreté ou remettre sur pied des sociétés détruites. « Nous devons mettre au diapason tous les gouvernements, toutes les agences internationales, les entreprises privées et les fondations », ajoute le fonctionnaire onusien.
Les conseillers de Ban Ki-moon explorent la possibilité de convoquer un sommet des chefs d’Etat consacré à ces questions, en marge d’une réunion sur la sécurité alimentaire organisée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du 3 au 5 juin à Rome.
La flambée des prix alimentaires est devenue un thème récurrent des discours de Ban Ki-moon. « Les prix élevés menacent d’annihiler les progrès accomplis jusque-là dans la lutte contre la faim », a déclaré le secrétaire général de l’ONU à Accra, au Ghana, le 21 avril. « Si elle n’est pas gérée correctement, cette crise pourrait en provoquer une cascade d’autres et (…) affecter la croissance économique, le progrès social et même la stabilité politique à travers la planète », a-t-il affirmé. Selon la FAO, 37 pays sont déjà confrontés à une urgence alimentaire qui a déclenché des « émeutes de la faim ».
Dans un premier temps, Ban Ki-moon encourage la communauté internationale à fournir au Programme alimentaire mondial (PAM) les 755 millions de dollars réclamés de toute urgence pour faire face à l’augmentation des coûts de la nourriture et de son acheminement. Il appelle aussi les Etats à adopter des « mesures audacieuses pour garantir de la nourriture abordable, même pour les plus pauvres parmi les pauvres. » A moyen terme, certains analystes prédisent que l’augmentation des prix provoquera une augmentation mécanique de l’offre agricole. Mais selon le Fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA), dans de nombreux pays, les fermiers pauvres, acteurs clés de toute réponse à la crise alimentaire, sont incapables de profiter de la hausse des prix parce qu’ils ne peuvent plus se payer les engrais et les semences nécessaires à la prochaine récolte. La FIDA prévoit de débloquer pour eux 200 millions de dollars.
Ban Ki-moon
A plus long terme, Ban Ki-moon préconise « une augmentation substantielle des investissements et des dépenses agricoles [notamment pour] susciter une révolution verte d’amélioration de la productivité agricole à travers l’Afrique ». « Les prix aujourd’hui élevés des denrées présentent une opportunité unique de réduire les subventions et les tarifs douaniers distordant le commerce des produits agricoles », a par ailleurs déclaré, à Accra, le secrétaire général de l’ONU, en « exhortant tous les pays, en particulier les nations développées, à faire davantage sur cette question au cours du round de négociations de Doha », dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
La rencontre de Berne avait aussi pour objectif de faire parler les institutions internationales d’une seule voix sur des questions centrales telles que l’impact du développement des agrocarburants sur l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, estime que la transformation d’aliments en carburant est un « crime contre l’humanité » et appelle à un moratoire sur ces pratiques. Mais « il n’y a pas de tel compromis à faire entre l’agriculture et les agrocarburants », a déclaré Ban Ki-moon à Vienne, le 25 avril.
J.Ziegler
Tandis que M. Ziegler a affirmé, lundi, « comprendre » la réaction des pays qui bloquent leurs exportations de denrées alimentaires pour satisfaire la demande domestique, il leur a tout de même demandé, mardi, de ne pas y avoir recours. La Banque mondiale affirme en effet que ces pratiques « font monter les prix et frappent les personnes les plus pauvres à travers le monde ». A cet égard, M. Ziegler a salué la décision de l’Ukraine de lever ses restrictions à l’exportation de blé, ce qui a eu pour « effet immédiat de faire baisser les cours ».
Le rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation, qui arrive au terme de son mandat, s’en est également pris aux politiques « aberrantes » du Fonds monétaire international (FMI) qui a, selon lui, imposé, dans les pays où il intervient, la plantation de produits destinés à l’exportation, au détriment de l’agriculture de subsistance.
Philippe Bolopion
29 avril, 2008
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La pénurie de beurre au Japon illustre le recul de l’indépendance alimentaire de l’Archipel
AFP/YOSHIKATSU TSUNO
Le Japon vit depuis plusieurs semaines une véritable pénurie de beurre, conséquence de l’effondrement de la production de lait.
LE MONDE | 29.04.08
« Les fabricants de beurre connaissent actuellement des problèmes d’approvisionnement en matière première. Nous vous remercions de n’acheter qu’un paquet par personne. » L’avertissement apparaît sur l’étagère du rayon frais de ce supermarché de Tokyo. Habituellement pleine de divers paquets de beurre, elle est aujourd’hui vide. Quand se remplira-t-elle ? « Les livraisons ne sont pas régulières, assure un vendeur, il vaut mieux venir le matin pour espérer en trouver. »
Le problème ne se limite pas à la capitale. Le Japon vit depuis plusieurs semaines une véritable pénurie de beurre, conséquence de l’effondrement de la production de lait. Celle-ci est tombée de 8,1 millions de tonnes au cours de l’année fiscale (du 1er avril au 31 mars) 2006 à 7,3 millions à l’exercice suivant.
« La canicule de l’été 2007 a fortement affecté les rendements, explique Yasuhiko Nakamura, de l’université de Tokyo. Elle est intervenue alors que le nombre d’exploitations laitières ne cesse de diminuer. » La consommation de lait baisse au Japon depuis le début des années 1990, ce qui a mis en difficulté certains producteurs, d’autant qu’ils subissent aussi la hausse des prix de l’alimentation animale.

Face à la pénurie, l’île d’Hokkaido, principale région agricole du Japon, a augmenté la production de lait de 3 % en mars. Cela n’a pas suffi. Les boulangers et pâtissiers industriels du pays achètent tous les stocks de beurre disponibles pour éviter d’en importer. Les Japonais doivent donc patienter ou acheter des produits étrangers, français notamment, vendus en supermarché autour de 1 900 yens (11,6 euros) les 250 g.
Ce problème illustre les difficultés d’approvisionnement alimentaire du Japon. L’Archipel assure 39 % de ses besoins en calories, contre 70 % au lendemain de la guerre. Si le Japon parvient à assurer ses besoins en riz et, dans une moindre mesure, en légumes, il est loin de le faire en matière de fruits, de viande ou de poisson.
« Jusque récemment, le Japon avait les moyens financiers de compenser ce manque », souligne le professeur Nakamura. Le secteur agricole ne s’est donc guère modernisé. Ne contribuant qu’à 1,4 % du produit intérieur brut, cette activité concerne aujourd’hui 2,9 millions d’exploitations, dont 98 % ne dépassent pas deux hectares. Et 70 % de la population de ce secteur a plus de 55 ans.
« Aujourd’hui, souligne Yasuhiko Nakamura, la hausse de la demande dans les nations émergentes et la progression des prix obligent le Japon à réagir. » En avril 2007, une loi a modifié les orientations agricoles du pays, très généreux en subventions et protectionniste face aux importations avec des droits de douane élevés.
La politique de soutien des prix est peu à peu abandonnée. Dorénavant, l’accent est mis sur l’amélioration de la compétitivité. Le gouvernement encourage l’installation de jeunes, la remise en valeur de terres en jachère et un agrandissement des exploitations. Les autorités veulent augmenter le taux d’autosuffisance alimentaire. Elles souhaitent aussi rassurer des consommateurs inquiets de la qualité des produits importés, de Chine notamment.
Depuis qu’a éclaté en janvier le scandale des raviolis fabriqués en Chine et contaminés avec un pesticide, les importations en provenance de ce pays ont chuté de 40 %, une tendance qui pose déjà aux restaurants japonais un problème d’approvisionnement.
Philippe Mesmer
28 avril, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION
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Les nouveaux défis des géants du Web
PREVISIONS 2008:
204 MILLIARDS DE DOLLARS :
c’est le chiffre d’affaires que réaliseraient les cybermarchands en 2008, selon l’institut Forrester Research (+ 17 % par rapport à 2007). Les ventes en ligne pèseront alors 7 % du total des ventes de détail.
44,6 MILLIARDS DE DOLLARS :
c’est le montant estimé des dépenses des annonceurs sur Internet en 2008, selon l’institut ZenithOptimedia. Les spécialistes n’excluent pas un ralentissement de la hausse de ces dépenses (environ + 30 % par an depuis 2005), en raison de la mauvaise conjoncture économique. Ils estiment cependant que cette baisse de régime sera moins sévère que pour les médias traditionnels.
LE MONDE | 28.04.08
Pourquoi les géants du Web s’affrontent-ils aujourd’hui avec une intensité inégalée ? L’annonce par Microsoft, le 1er février, de sa volonté de racheter Yahoo! a attisé leur rivalité. Le premier éditeur de logiciels au monde est prêt à mettre 44,6 milliards de dollars (28,3 milliards d’euros) sur la table, soit la plus grosse opération de l’histoire d’Internet. Jusqu’à présent cependant, les dirigeants de Yahoo! ont repoussé l’offre.
Quelles sont les sociétés qui tirent aujourd’hui le plus profit d’Internet ? Début 2000, elles n’étaient qu’une poignée. Désormais, des milliers de sites parviennent à financer leur activité sur ce nouveau média. Mais les géants du secteur sont ceux qui ont survécu à l’éclatement de la bulle Internet de mars 2000.

Certains, comme le site d’enchères eBay, le moteur de recherche Google ou le portail d’information Yahoo! sont parvenus à l’équilibre financier en quelques années. D’autres – tel le cybermarchand Amazon.com – ont eu besoin de plus de temps. Ces groupes américains se sont internationalisés, réalisent plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires annuels et pèsent encore davantage en Bourse.
Comment gagnent-ils leur vie en ligne ? Deux modèles économiques cohabitent sans se concurrencer pour l’instant. Le premier consiste à valoriser auprès des annonceurs les audiences des sites, générées par la mise en ligne de contenus ou de services gratuits, afin de récolter des revenus publicitaires. C’est Google qui y parvient le mieux. Le groupe capte aujourd’hui entre 30 % et 40 % des dépenses publicitaires en ligne, grâce à un format original : les liens sponsorisés. Les annonceurs achètent des mots-clés qui, quand ils font l’objet d’une recherche, entraînent la mise en avant de leurs sites commerciaux.
Yahoo!, MSN (qui regroupe les activités Internet de Microsoft) ou AOL (la division en ligne de la société de média Time Warner) sont davantage des portails d’information. Ils ont surtout misé sur la vente de bannières publicitaires, même si désormais tous s’essayent aussi aux liens sponsorisés, jugés plus rémunérateurs.
Le second modèle est celui du cybermarchand, dominé par Amazon. com. La société a commencé comme un libraire en ligne puis a diversifié son offre : de la voiture aux bijoux en passant par le mobilier de jardin. Elle est aujourd’hui concurrencée par eBay, qui ne se contente plus d’être « la plus vaste des brocantes du monde » grâce à sa plate-forme d’enchères sur le Web, mais propose aussi des ventes à prix fixes, voire pour les internautes américains des sites proposant des produits neufs.
Comment se partager le « gâteau » publicitaire ? Tous ces géants ont profité de l’explosion du nombre de connexions Internet à haut débit. La France, par exemple, en comptait 15,5 millions au quatrième trimestre 2007 contre quatre fois moins en 2003. L’augmentation du nombre des internautes a parallèlement renforcé l’intérêt des annonceurs. Aujourd’hui, la part des investissements qu’ils consacrent au Web frôle les 9 % de ce qu’ils dépensent, tous médias confondus.
Les tenants du modèle publicitaire jouent la course à l’audience, conscients que le « gâteau » publicitaire est alléchant, mais pas extensible à l’infini. Ils font face à des concurrents plus récents comme les sites de socialisation Facebook ou MySpace, dont la popularité monte en flèche. Les cybermarchands affrontent aussi des nouveaux venus : après avoir longtemps hésité, distributeurs traditionnels, marques et fabricants de contenus testent la vente en ligne en direct. Même les majors du disque veulent s’y mettre, comme EMI.

Dans le cas particulier de Microsoft, le rachat de Yahoo! serait le moyen de faire le grand virage sur Internet que l’éditeur a seulement amorcé. Il tire encore l’essentiel de ses revenus de la vente de logiciels. Or, des modèles économiques concurrents émergent, où les logiciels sont distribués gratuitement en ligne, les éditeurs se rémunérant avec la publicité…
Cécile Ducourtieux
En Chine, les acteurs locaux mènent le bal
LE MONDE | 28.04.08 Il reste une bonne dizaine de pays où les Google, Yahoo! ou autre eBay ne font pas la loi et se plient à la censure des gouvernements, comme en Chine, où les vedettes du Réseau s’appellent Baidu, Sina, Sohu ou Tencent.
En nombre d’internautes, la Chine est passée devant les Etats-Unis en ce début d’année, et revendique désormais le premier rang mondial. Un record qu’il faut relativiser vu le différentiel de population. Il n’empêche. Selon le Centre d’information sur le réseau Internet chinois (CNNIC), 210 millions de Chinois se connectaient à Internet fin 2007. Ils devraient être 280 millions à fin 2008.
Cette très forte croissance de l’usage du Web s’est accompagnée de la montée en puissance de sociétés locales.

La plus importante d’entre elles, Baidu, s’est imposée comme le moteur de recherche de référence, avec 60 % de part de marché loin devant les habituels leaders comme Google (21 %) et Yahoo! (14 %). Cette société a été fondée en 2000 à Pékin par Robin Li, une des vedettes du réseau chinois. Elle est sortie de l’ombre en août 2005, lors de son introduction boursière sur le Nasdaq aux Etats-Unis. Introduite à 27 dollars, l’action de Baidu a littéralement flambé et atteint aujourd’hui 309 dollars.
Pourtant, la taille de cette star du Net est sans commune mesure avec ses concurrents américains. Même s’il a doublé en 2007, son chiffre d’affaires ne pèse que 239 millions de dollars (150 millions d’euros).
Sur le marché des portails, ce sont Sina et Sohu qui mènent le bal.

Dans le domaine de la messagerie instantanée, Tencent, qui revendique 280 millions de comptes actifs, domine son rival MSN de Microsoft. Mais les concurrents américains ne restent pas inactifs. Google, qui a vendu ses parts dans Baidu en 2006, est reparti à l’offensive en Chine.
Laurence Girard
28 avril, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES
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Six crises qui bousculent l’ordre économique mondial
LE MONDE ECONOMIE | 28.04.08
A quelle place l’Histoire situera-t-elle la crise globale – dont les symptômes sont à la fois financiers, monétaires, économiques, alimentaires, énergétiques et écologiques – que subit la planète depuis mi-2007 et qui s’est accélérée en ce premier semestre de l’année 2008 ? Quelle sera son amplitude sur l’échelle de Richter des tremblements de terre économiques et sociaux ? Plus forte que la grande dépression de 1929 ? Similaire à celle des années 1970 où, juste avant le premier choc pétrolier de 1973 et la récession du deuxième semestre 1974, des scientifiques, des industriels et des économistes, fondateurs du Club de Rome en 1968, appelaient dans le rapport Meadows (1972) à stopper la croissance, afin d’éviter l’épuisement des ressources de la planète d’ici à la fin du XXIe siècle ?
La prudence est de mise. Pour s’en convaincre, il suffit d’abord de relire le rapport du Conseil d’analyse économique (CAE) « Les crises financières », publié en 2004, et dont les trois auteurs, Robert Boyer, Mario Dehove et Dominique Plihon, rappellent à l’envi que « les crises financières rythment l’histoire du capitalisme », prenant souvent la forme de crises « jumelles » (bancaire et de change), voire multiples si les indices boursiers et l’activité économique s’effondrent. Ils soulignent aussi le caractère ancien de l’interdépendance des marchés. Qui plus est, expliquent-ils, les crises sont plus nombreuses depuis la disparition en 1971 des accords de Bretton-Woods, qui signèrent a la fin du système de change fixe instauré à la fin de la seconde guerre mondiale. Ensuite, insiste Pierre-Cyrille Hautcoeur, professeur associé à l’Ecole d’économie de Paris, « quand on essaie de quantifier l’ampleur d’une crise, il faut faire attention de distinguer les mécanismes à l’oeuvre et les ajustements qui se produiront in fine ». Concernant l’atterrissage de la crise actuelle, en dépit des révisions à la baisse menées par le Fonds monétaire international (FMI) ou par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la croissance mondiale afficherait une progression située entre 3,5 % et 4 %, et ce grâce aux moteurs chinois et indien, à condition qu’ils ne ralentissent pas trop eux aussi. « Nous n’affrontons donc pas pour le moment, reprend M. Hautcoeur, une crise économique radicale. » Une opinion partagée par Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris-Dauphine, spécialiste des matières premières : « Il est nécessaire de prendre du recul, de relativiser. L’intensité actuelle est forte, mais rappelez-vous la crise des années 1970 : nous avons tous annoncé alors l’avènement d’un nouvel ordre économique international. «
En revanche, la nature multiple de la crise actuelle interroge économistes et historiens, qui la qualifient volontiers d’exceptionnelle. Pas forcément pour les mêmes raisons d’ailleurs, mais exceptionnelle néanmoins. M. Chalmin confirme ainsi n’avoir jamais vu « une telle volatilité des marchés de change et de matières premières ». « La référence habituelle à la crise de 1974 paraît tout à fait dépassée, constate-t-il. Le 2 janvier, le pétrole cote 100 dollars le baril – ce qui a été salué comme un record incroyable -, le 25 avril, il est déjà à 117,6 ! » Pour Jean-Paul Betbèze, chef économiste du groupe Crédit agricole, même s’il y a eu l’éclatement de la bulle Internet en 2000, « nous affrontons la première grande crise du XXIe siècle ». Selon lui, il ne s’agit pas du schéma classique d’une crise américaine (ou d’une autre région du globe), qui contamine ensuite telle ou telle partie de la planète. « Nous avons affaire à un schéma inédit, à savoir la conjonction de crises différenciées et interdépendantes. Aux Etats-Unis, c’est la crise d’un pays surendetté ; en Europe, c’est une crise d’une région dont les Etats membres n’ont toujours pas résolu leur gouvernance politique, les empêchant de mener une stratégie économique concertée ; et dans les pays émergents, nous assistons ou allons assister à une crise classique de surchauffe et de croissance. »
Qui plus est, insiste M. Betbèze, « le jeu actuel entre tous les acteurs de ces crises est non coopératif. Ainsi, la chute du dollar n’arrange en rien les Européens, qui voient leurs exportations renchérir. Quant aux Chinois, ils se refusent à réévaluer leur devise, le yuan, ce qui permettrait aux pays occidentaux de regagner en compétitivité. »
Pierre Bezbakh, maître de conférences à l’université Paris-Dauphine, dont une partie des travaux ont porté sur l’histoire des crises, confirme ce jeu d’interdépendance plus compliqué que jamais : « Les Etats du Sud ne sont plus en position de dominés, ils sont désormais intégrés dans la compétition mondiale. Quant aux ex-pays de l’Est, ils se sont eux aussi convertis aux règles du marché. Vous avez donc une multiplicité d’acteurs dont les intérêts sont loin d’être convergents. » A l’instar de Patrick Artus, chef économiste de Natixis, et de Marie-Paule Virard, journaliste, qui ont publié à La Découverte en 2005 Le capitalisme est en train de s’autodétruire, M. Bezbakh pense que la crise actuelle signe « une rupture totale de société. Le capitalisme n’est plus en voie de développement, mais en voie d’achèvement. Les puissances occidentales ne peuvent plus faire payer à d’autres pays le coût de la crise, comme ils l’avaient fait en 1929 avec la baisse du prix des matières premières. Nous assistons à un processus d’autodestruction soit du système, soit de son fonctionnement ». Et la crise actuelle en serait la signature la plus forte.
Marie-Béatrice Baudet
18 avril, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, POPULATION et SOCIETE
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Lundi 5 novembre 2007

Barcelone vue du haut de la Sagrada Familia
je vous recommande la lecture du numéro de Courrier International consacré à la ville de demain
n° 885 – 18 oct. 2007Métropoles en mouvement
Editorial
Deux ou trois choses qui sont en train de changer sur le front urbain. D’abord, nous sommes de plus en plus nombreux à vivre en ville : on estime que 80 % des Européens sont citadins et 50 % métropolitains. Ensuite, nous savons que les enjeux de demain, notamment écologiques, se situent surtout dans les grandes agglomérations. Enfin, bonne nouvelle, comme le montre l’exemple de New York ces dernières années, grande ville n’est pas toujours synonyme d’insécurité et de mauvaise santé…
Et Paris ? Comme le souligne The Independent, les vingt arrondissements parisiens, face à Londres ou à Madrid, sont ridicules avec leurs 2,1 millions d’habitants cloîtrés dans l’enceinte du périphérique. Il faudrait au moins intégrer une couronne de communes de banlieue, soit un ensemble de 6 millions d’habitants, pour créer un Grand Paris à la hauteur des défis qui s’annoncent.
Car nos vies quotidiennes se construisent (ou se brisent) à ce niveau, dans la grande ville. Qu’il s’agisse des transports, de l’emploi, des loisirs, des espaces verts, des aménagements fluviaux, de l’équilibre entre créativité et respect du patrimoine, les décisions des municipalités sont primordiales – plus encore que les lois votées par les Parlements nationaux ou européen.
En Europe et ailleurs, les responsables tentent de penser cet avenir complexe où la bonne échelle n’est plus la ville avec son centre et ses banlieues, mais la mégapole ou mégalopole.
Notre dossier, qui parcourt plusieurs continents en proposant des exemples précis, se veut d’abord une invitation à la réflexion.
source Courrier International

Paris et son boulevard périphérique.
Le sommaire est consacré aux villes européennes et intéressera plutôt les premières mais les élèves de seconde y touveront de quoi illustrer le thème des dynamiques urbaines.
au sommaire :
par François Arnal
3 avril, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, MONDIALISATION, RISQUES
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OGM et herbicide, produits phares de Monsanto, qui double son bénéfice
LEMONDE.FR avec AFP et AP | 02.04.08
Au deuxième trimestre de son exercice décalé 2007-2008, le groupe agrochimique américain Monsanto a enregistré un bénéfice net plus que doublé par rapport à l’année précédente. Il atteint 1,129 milliard de dollars (723,5 millions d’euros), en hausse de 107 %, explique le groupe dans un communiqué diffusé mercredi 2 avril. De fait, l’an passé, le bénéfice de l’entreprise s’élevait à 543 millions de dollars (348 millions d’euros).Le bénéfice par action s’affiche à 2,02 dollars (1,29 euro), nettement plus que les prévisions des analystes. Un expert de Thomson Financial estimait par exemple que l’action devait être valorisée à 1,72 dollar (1,10 euro). Au total, le chiffre d’affaires du groupe américain est en hausse de 44 %, à 3,779 milliards de dollars.L’entreprise, située à Saint-Louis, dans le Missouri, explique ses résultats par une forte demande de ses semences génétiquement modifiées, ainsi que par ses herbicides. « La performance de notre activité semences nous met sur la voie d’une nouvelle année exceptionnelle », a déclaré son PDG, Hugh Grant. Les bénéfices de cette activité, qui représente les deux tiers du chiffre d’affaires de Monsanto, ont progressé de 36 % au deuxième trimestre.
ESSOR DES MARCHÉS AMÉRICAIN ET BRÉSILIEN
Les semences génétiquement modifiées ont été particulièrement utilisées aux Etats-Unis et au Brésil. La demande de l’autre grande famille de produits du groupe, l’herbicide glyphosate, affiche une croissance encore supérieure à celle des semences génétiquement modifiées, avec un bénéfice triplé et des ventes presque doublées.
Le groupe américain se montre également optimiste pour les mois à venir. Monsanto prévoit que les deuxième et troisième trimestres seront les « principaux moteurs » des résultats annuels, précisant que « le quatrième trimestre se solde souvent par une perte », du fait de la saisonnalité de l’activité agricole.
Le marché a toutefois fraîchement accueilli la publication des résultats : l’action Monsanto a abandonné 1,28 % vers 14 h 50 (heure de Paris) dans les échanges électroniques, préalables à l’ouverture de la Bourse de New York
3 avril, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, CHINE, MONDIALISATION, RISQUES
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En 2007, les salaires chinois ont augmenté en moyenne de 18,7 %
LE MONDE | 03.04.08
La hausse des salaires des employés classés comme urbains dans les statistiques chinoises aurait atteint, en moyenne, 18,72 % de 2006 à 2007, soit la plus forte augmentation en six ans, a annoncé, mardi 2 avril, le Bureau national des statistiques (BNS).
Le salaire moyen annuel a ainsi atteint 24 932 yuans (2 275 euros) en 2007, avec d’importantes disparités, puisqu’il est de 39 867 yuans à Pékin et de plus de 40 000 yuans à Canton, Shenzen et Shanghaï. La croissance continue des profits des entreprises chinoises et la hausse du salaire minimal, afin de prendre en compte l’inflation, ont contribué à cette hausse.
Tout indique que ces tendances se sont encore accélérées lors des derniers mois en raison, d’une part, du renforcement des tensions inflationnistes et, d’autre part, de la réforme de la législation du travail en faveur des salariés.La ville de Shanghaï a ainsi dû procéder, fin mars, à une nouvelle hausse du salaire mensuel minimal, la deuxième en cinq mois. Celui-ci a grimpé de 14 %, passant de 840 yuans à 960 yuans par mois.
NOUVELLES RÈGLES SOCIALES
Les retraites et les allocations-chômage ont été de nouveau revalorisées. Il faut dire que l’inflation a atteint 8,7 % en février en taux annualisé et que les prix de certaines denrées (viande, huile…) sont supérieurs de 50 % à leur niveau atteint il y a un an.
Malgré l’absence de syndicats indépendants et l’extrême difficulté rencontrée par les ouvriers pour faire valoir leurs droits, l’introduction de nouvelles règles sociales a sans doute contribué à l’inflation des salaires. La loi sur le contrat de travail, dont l’application est encore aléatoire, a ainsi obligé les entreprises à prévoir des compensations plus élevées qu’auparavant. A Shanghaï, fin mars, le département du travail a introduit une nouvelle règle selon laquelle les employés des sociétés d’Etat gagnant moins de 10 % du salaire de leur patron avaient le droit d’exiger une hausse. La règle doit s’appliquer à 75 % des entreprises d’Etat.
La hausse des prix a un moment été éclipsée par la bonne tenue de la Bourse, qui a provoqué, en 2006 et 2007, un effet de richesse. Or l’indice composite de Shanghaï a chuté de 45 % depuis octobre 2007 (et de 34 % au premier trimestre 2008), un retour de bâton douloureux pour la classe moyenne émergente des villes, qui s’était jetée à corps perdu dans la spéculation.
L’insouciance des petits investisseurs se fonde en grande partie sur l’idée que rien n’arrivera avant les Jeux olympiques. Le Centre d’information de l’Etat publiait, il y a peu, un rapport recommandant que les pouvoirs publics interviennent pour mettre fin à la morosité des marchés.
Brice Pedroletti
3 avril, 2008
2-GEO/ECO, CHINE, FRANCE, MONDIALISATION
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Un fonds public chinois dans le capital du groupe pétrolier Total
LEMONDE.FR avec AFP | 03.04.08 |
La place des fonds souverains dans l’économie mondiale s’étend et touche aussi la France et ses entreprises. Un « fonds public chinois est entré au capital de Total. Il a pris graduellement position depuis quelques mois », a en effet déclaré, jeudi 3 avril, une porte-parole du groupe pétrolier, sans préciser s’il s’agit de la compagnie publique chinoise d’investissement China Investment Corporation (CIC).
On ne connaît pas la part prise dans le capital de Total, première capitalisation de la Bourse de Paris, mais elle doit être d’au moins 1 %. En effet, les règles statutaires du groupe prévoient que « toute personne, physique ou morale, qui vient à détenir directement ou indirectement un pourcentage de capital, des droits de vote ou de titres donnant accès à terme au capital de la société égal ou supérieur à 1 %, ou à un multiple de ce pourcentage, est tenue d’informer la société ».
« MESSAGE POSITIF POUR LE GROUPE » La part des actionnaires asiatiques au capital de Total ira croissant, a indiqué la porte-parole. « L’Asie est en pleine croissance et il est normal que ses actionnaires » montent au capital, a-t-elle estimé. « Les fonds souverains placent leurs liquidités dans des actifs rentables et de long terme. Donc, l’entrée d’un fonds souverain chinois au capital est un message positif pour le groupe », commente encore la porte-parole de Total.
Au 31 décembre 2007, le capital du quatrième groupe pétrolier mondial était détenu à 88 % par des investisseurs institutionnels (d’Amérique du Nord à 29 %, de France à 21 %, du Royaume-uni à 14 %, du reste de l’Europe à 21 % et du reste du monde à 3 %). Le capital de Total est aussi détenu à 8 % par des actionnaires individuels et à 4 % par des salariés, indique le rapport annuel 2007 de Total mis en ligne ce jeudi. Les principaux actionnaires du groupe sont le groupe Bruxelles Lambert et la Compagnie nationale à portefeuille (CNP), détenus tous deux par le financier belge Albert Frère, qui possèdent ensemble 5,3 % du capital.
1 avril, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES
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L’essor des agrocarburants pourrait aggraver le réchauffement climatique
LE MONDE | 24.09.07
Le développement des agrocarburants pourrait considérablement aggraver le changement climatique en cours. L’avertissement n’émane pas d’un inconnu, mais de Paul Crutzen (Max-Planck-Institut für Chemie, Mainz, Allemagne), lauréat du prix Nobel de chimie, en 1995, pour ses travaux sur la dégradation de la couche d’ozone stratosphérique. Selon ses calculs, cosignés par une équipe internationale de chercheurs et publiés dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics Discussions, la production d’un litre de carburant issu de l’agriculture peut contribuer jusqu’à deux fois plus à l’effet de serre que la combustion de la même quantité de combustible fossile. Le constat semble paradoxal. La combustion d’un agrocarburant est en effet neutre du point de vue du carbone : elle ne relâche dans l’atmosphère que le carbone préalablement absorbé par la plante. Mais, dans leurs travaux, Paul Crutzen et ses coauteurs se sont penchés sur les émissions de protoxyde d’azote (N2O) dues à l’agriculture intensive. Gaz qui, à quantité égale, contribue 296 fois plus à l’effet de serre que le dioxyde de carbone (CO2).
Or le N2O est produit en quantité par l’agriculture. Une part des engrais azotés utilisés pour augmenter les rendements est en effet dégradée – par les sols, en particulier – en N2O. Le fait est connu : le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) estime, dans son dernier rapport, le « taux de conversion » de l’azote des fertilisants en protoxyde d’azote à environ 1 %. Selon M. Crutzen et ses coauteurs, ce taux est plus vraisemblablement situé entre 3 % et 5 %. Cette différence change la donne. Surtout pour les plantes dont la croissance exige de grandes quantités d’azote.
Avec un tel « taux de conversion », la combustion de biodiesel issu du colza (80 % de la production européenne de cet agrocarburant) contribue ainsi 1 à 1,7 fois plus au réchauffement que l’utilisation d’une énergie fossile en quantité équivalente. Ce même coefficient est compris entre 1,3 et 2,1 pour le bioéthanol issu du blé et entre 0,9 et 1,5 pour celui issu du maïs. La seule culture dont l’utilisation sous forme de combustible est, selon les estimations des chercheurs, bénéfique au regard du changement climatique, est la canne à sucre, dont le coefficient est toujours inférieur à 1 (compris entre 0,5 et 0,9).
AFP/ALAIN JULIENVue de l’usine de production d’agrocarburant Tereos. Ce site de production d’éthanol, le plus important de France, est situé à Origny-Sainte-Benoîte (Aisne).
Pour parvenir à un « taux de conversion » de l’azote agricole en N2O d’environ 1 %, les experts du GIEC se sont fondés sur les mesures d’émission des plantes elles-mêmes. Paul Crutzen et ses coauteurs ont, au contraire, considéré le problème globalement. « Ils ont observé les variations de la concentration atmosphérique en N2O et les ont corrélées avec les quantités d’azote épandues dans l’environnement depuis le début de l’ère industrielle, explique le chimiste de l’atmosphère Didier Hauglustaine, directeur de recherche au CNRS. Après avoir tenu compte des émissions dues aux autres activités, ils parviennent à un « taux de conversion » de l’azote agricole en N2O trois à cinq fois supérieur aux précédentes estimations. »
Dans ces calculs, les marges d’erreurs sont importantes. Cette imprécision, estime M. Hauglustaine, « pose le problème du N2O, dont on connaît encore mal le bilan dans l’atmosphère, du fait du manque de réseaux de mesure ». Un processus de « revue en ligne » de ces résultats est engagé sur le site d‘Atmospheric Chemistry and Physics Discussions, processus au terme duquel certaines estimations pourront éventuellement être amendées. David Reay (Université d’Edimbourg), appliquant les évaluations de Crutzen et ses collègues, estime que la volonté du Sénat américain de multiplier par sept la production d’éthanol à base de maïs, d’ici à 2022, se traduirait par une hausse des émissions liées au transport de 6 %.
Par ailleurs, dans un récent rapport, l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) mettait en effet en garde contre certains dangers inhérents au développement des agrocarburants : risques de pénurie alimentaire, d’érosion de la biodiversité en raison de la reconversion de sols en surfaces cultivées, etc. Le rapport concluait que « la capacité des agrocarburants à couvrir une part importante des besoins énergétiques des transports sans nuire aux prix alimentaires ou à l’environnement est très limitée ».
Cette reconversion des terres est en outre parfois responsable d’émissions massives de carbone dans l’atmosphère. L’organisation non gouvernementale (ONG) Wetlands estime par exemple à 2 milliards de tonnes (Gt), la quantité moyenne de CO2 relâchée chaque année par le drainage des zones humides indonésiennes. Par comparaison, les émissions de gaz à effet de serre de la France se situaient, en 2004, à l’équivalent de 0,56 Gt de CO2.
Stéphane Foucart
1 avril, 2008
2-GEO/ECO, AMERIQUES, ETATS-UNIS, EUROPE, MONDIALISATION, Union Européenne
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L’aéroport de Londres-Heathrow se retrouve au coeur de la libéralisation des vols transatlantiques
LE MONDE | 29.03.08
Le transport aérien va franchir une nouvelle étape. Après la déréglementation intervenue aux Etats-Unis en 1978 et la libéralisation du ciel européen en 1992, l’accord dit de « ciel ouvert » entre les Etats-Unis et l’Union européenne doit entrer en vigueur dimanche 30 mars. Ce texte, signé le 30 avril 2007, met fin à plus de soixante ans de réglementation et d’accords bilatéraux passés entre les pays européens et les Etats-Unis. Dès dimanche, toutes les compagnies aériennes européennes et américaines pourront relier en direct les villes de leur choix – et non plus seules les villes de leur pays d’origine – des deux côtés de l’Atlantique.
La première conséquence de cet accord devrait être très logiquement une augmentation de l’offre, dont devraient bénéficier, au premier chef, les voyageurs des deux continents. En effet, ces capacités supplémentaires, que Bruxelles estime à 8 % d’ici à la fin du mois de juin, devraient avoir des répercussions sensibles, à la baisse, sur les tarifs. Didier Bréchemier, spécialiste du transport aérien au cabinet Roland Berger, estime la baisse des prix entre 6 % et 10 %. Mais, ajoute M. Bréchemier, « cela ne devrait pas aller plus loin : les compagnies n’ont aucun intérêt à se lancer dans une guerre tarifaire ».La libéralisation des vols transatlantiques devrait surtout se faire sentir à l’aéroport de Londres-Heathrow, première plate-forme mondiale pour le trafic international avec 62,1 millions de passagers internationaux en 2007. C’est en effet lui qui capte la plus grande partie du trafic aérien entre les Etats-Unis et l’Europe. Quelque 14 des 50 millions de voyageurs qui font ce trajet y passent. Et l’ouverture du nouveau terminal 5 va permettre d’accroître ce chiffre.

AFP/Photo © BAA Limited
Ouvert en 1946, Heathrow est l’une des principales plaques tournantes du transport aérien mondial, et revendique le titre de premier aéroport pour le trafic international de passagers (67 millions par an).
L’ouverture à la concurrence va rendre caduc l’accord bilatéral vieux de trente ans qui régissait les vols entre Londres-Heathrow et les Etats-Unis. Depuis 1977 et l’accord Bermuda II, seules deux compagnies américaines, American Airlines et United Airlines, et deux britanniques, British Airways et Virgin, étaient autorisées à voler entre Heathrow et les Etats-Unis. Pendant toutes ces années, cet accord a été une manne non seulement pour l’aéroport de Londres mais aussi pour British Airways, leader sur les Etats-Unis.
Ce marché suscite les convoitises. Les débuts calamiteux du terminal 5 d’Heathrow, qui a ouvert ses portes jeudi 27 mars, ne devraient pas décourager les nouveaux entrants. Air France – qui pour l’occasion a créé une société commune avec Delta Airlines – va prendre ses quartiers dans cet aéroport dès lundi. Les deux fondateurs de l’alliance SkyTeam pourront ainsi partager les recettes et les coûts sur l’axe transatlantique. La première liaison exploitée sera Londres-Los Angeles, dès lundi, mais d’autres suivront rapidement, promet Air France. British Airways, pour sa part, devrait ouvrir à partir du mois de juin des liaisons entre les Etats-Unis et Paris ou Bruxelles.
Pour Fabio Gamba, secrétaire général adjoint de l’Association des compagnies aériennes, l’accord « ne bouleverse pas la donne générale ». Toutes les compagnies pratiquent aujourd’hui la politique du « hub » (plate-forme de correspondance). « Pour être rentables, les grandes compagnies ont besoin d’une plate-forme de correspondance, optimisant le remplissage, estime M. Gamba, cité par l’AFP. Air France remplit ses vols transatlantiques à l’aéroport de Roissy, grâce à une certaine synchronisation des avions arrivant de toutes les régions françaises. »
SECOND VOLET DE NÉGOCIATIONS
L’accord de « ciel ouvert » qui va entrer en vigueur est un rééquilibrage en faveur des compagnies européennes car leurs homologues américaines pouvaient déjà desservir presque toutes les capitales du Vieux Continent. Cela étant, cet accord reste incomplet. Un second volet devrait être négocié à partir des 15 et 16 mai à Ljubljana, en Slovénie.
Certains dossiers restent à régler. Le premier est celui de l’actionnariat et du niveau de participation d’un investisseur étranger dans le capital d’une compagnie aérienne américaine. Il est toujours limité à 25 % des droits de vote, ce qui, en clair, ne donne toujours aucun pouvoir à l’actionnaire étranger, alors que dans l’Union européenne, les droits de vote peuvent atteindre 49,9 %. L’UE compte beaucoup sur une évolution de la position américaine.
L’autre point à régler sera celui du cabotage : les transporteurs européens voudraient pouvoir faire du cabotage aux Etats-Unis, c’est-à-dire, à l’occasion d’un arrêt, prendre des passagers pour les redéposer à un autre endroit du pays. Les deux parties ont tout intérêt à trouver un accord car si elles n’y parviennent pas, les droits acquis lors du premier round de négociations seront suspendus.
François Bostnavaron
Heathrow sera le grand gagnant de l’ouverture du ciel
AP
La libéralisation des vols transatlantiques devrait surtout se faire sentir à l’aéroport de Londres-Heathrow, première plate-forme mondiale pour le trafic international avec 62,1 millions de passagers
LE MONDE | 31.03.08
Heathrow va profiter du nouvel accord de ciel ouvert transatlantique entré en application dimanche 30 mars. L’aéroport londonien devrait accueillir un tiers de vols supplémentaires à destination des Etats-Unis cet été, consolidant ainsi son titre d’aéroport européen le plus fréquenté. Peu de nouvelles lignes devraient être ouvertes entre les autres capitales européennes et l’Amérique. Jusqu’à dimanche, seules quatre compagnies (American Airlines, British Airways, United Airlines et Virgin Atlantic) pouvaient voler entre Heathrow et les Etats-Unis. Dorénavant, tous ceux qui pourront acheter des créneaux de décollage et d’atterrissage pourront le faire. C’est notamment le cas d’Air France, de Continental Airlines, de Delta Airlines et d’US Airways.
On ne peut encore savoir si les nouveaux vols au départ d’Heathrow vont faire baisser les prix. Dans le contexte actuel de cherté du pétrole, les compagnies hésiteront sans doute à se lancer dans une guerre des tarifs. British Airways, qui domine Heathrow et dont deux tiers des marges sont dus aux vols transatlantiques, est la plus menacée par ce nouvel état de fait. Mais, si elle parvient à surmonter les problèmes actuels du nouveau terminal 5 et à maintenir sa prééminence, elle pourrait perdre moins de passagers que prévu.
Le grand gagnant devrait être Heathrow. L’aéroport a accueilli 62 millions de passagers en 2007, devant Paris-Charles-de-Gaulle (54,9 millions de passagers). Grâce au terminal 5, ce chiffre pourrait monter à 90 millions. Mais l’aéroport n’a que deux pistes. Et les créneaux existants se vendent jusqu’à 25 millions de livres, ce qui décourage certaines compagnies, comme Delta, d’ouvrir autant de lignes qu’elles le souhaiteraient. Bref, les nouveaux passagers viendront plus d’une augmentation des vols long-courriers opérés par de gros avions, au détriment des court-courriers et des petits appareils, que des nouveaux vols.
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breakingviews.comWilliam Echikson
1 avril, 2008
2-GEO/ECO, EUROPE, MONDIALISATION, RISQUES, Union Européenne
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En 2007, les salaires chinois ont augmenté en moyenne de 18,7%LE MONDE | 03.04.08
La hausse des salaires des employés classés comme urbains dans les statistiques chinoises aurait atteint, en moyenne, 18,72 % de 2006 à 2007, soit la plus forte augmentation en six ans, a annoncé, mardi 2 avril, le Bureau national des statistiques (BNS).
Le salaire moyen annuel a ainsi atteint 24 932 yuans (2 275 euros) en 2007, avec d’importantes disparités, puisqu’il est de 39 867 yuans à Pékin et de plus de 40 000 yuans à Canton, Shenzen et Shanghaï. La croissance continue des profits des entreprises chinoises et la hausse du salaire minimal, afin de prendre en compte l’inflation, ont contribué à cette hausse.
Tout indique que ces tendances se sont encore accélérées lors des derniers mois en raison, d’une part, du renforcement des tensions inflationnistes et, d’autre part, de la réforme de la législation du travail en faveur des salariés.La ville de Shanghaï a ainsi dû procéder, fin mars, à une nouvelle hausse du salaire mensuel minimal, la deuxième en cinq mois. Celui-ci a grimpé de 14 %, passant de 840 yuans à 960 yuans par mois.
NOUVELLES RÈGLES SOCIALES
Les retraites et les allocations-chômage ont été de nouveau revalorisées. Il faut dire que l’inflation a atteint 8,7 % en février en taux annualisé et que les prix de certaines denrées (viande, huile…) sont supérieurs de 50 % à leur niveau atteint il y a un an.
Malgré l’absence de syndicats indépendants et l’extrême difficulté rencontrée par les ouvriers pour faire valoir leurs droits, l’introduction de nouvelles règles sociales a sans doute contribué à l’inflation des salaires. La loi sur le contrat de travail, dont l’application est encore aléatoire, a ainsi obligé les entreprises à prévoir des compensations plus élevées qu’auparavant. A Shanghaï, fin mars, le département du travail a introduit une nouvelle règle selon laquelle les employés des sociétés d’Etat gagnant moins de 10 % du salaire de leur patron avaient le droit d’exiger une hausse. La règle doit s’appliquer à 75 % des entreprises d’Etat.
La hausse des prix a un moment été éclipsée par la bonne tenue de la Bourse, qui a provoqué, en 2006 et 2007, un effet de richesse. Or l’indice composite de Shanghaï a chuté de 45 % depuis octobre 2007 (et de 34 % au premier trimestre 2008), un retour de bâton douloureux pour la classe moyenne émergente des villes, qui s’était jetée à corps perdu dans la spéculation.
L’insouciance des petits investisseurs se fonde en grande partie sur l’idée que rien n’arrivera avant les Jeux olympiques. Le Centre d’information de l’Etat publiait, il y a peu, un rapport recommandant que les pouvoirs publics interviennent pour mettre fin à la morosité des marchés.
Brice Pedroletti
Les manifestations contre « la vie chère » provoquent des troubles au Sénégal et en Côte d’Ivoire
AFP/ISSOUF SANOGO
Manifestation dans les rues d’Yopougon, dans la banlieue d’Abidjan, contre la hausse des prix
LE MONDE | 01.04.08
La flambée des prix des denrées de première nécessité – riz, huile, lait, savon, carburants – provoque des troubles sociaux dans plusieurs pays d’Afrique. Après le Cameroun, le Burkina Faso et le Sénégal, des manifestations sporadiques contre « la vie chère » ont opposé, lundi 31 mars à Abidjan (Côte d’Ivoire), plusieurs centaines de personnes aux forces anti-émeutes qui ont fait usage de gaz lacrymogènes. « On a faim ! Gbagbo (le président de la République) n’a qu’à diminuer ! (les prix)« , ont scandé des manifestants qui ont dressé des barricades et brûlé des pneus sur l’autoroute traversant le quartier populaire de Yopougon, pourtant considéré comme un fief du pouvoir. Une dizaine de personnes ont été blessées et la police a saisi des cassettes dans les locaux d’une chaîne de télévision locale qui diffusait des images de son intervention. Un scénario presque exactement identique avait eu lieu la veille à Dakar (Sénégal) dimanche 30 mars. Mais la manifestation « contre la vie chère », organisée par deux organisations de consommateurs, avait été interdite pour « menaces de troubles à l’ordre public ». Le défilé a dégénéré en heurts avec les policiers qui ont utilisé matraques et gaz lacrymogènes. Lundi soir, 24 personnes, dont les deux responsables des associations organisatrices, restaient entre les mains de la police. Au même moment, le président Abdoulaye Wade annonçait un remaniement ministériel marqué par le remplacement du ministre de l’intérieur, Ousmane Ngom. A Dakar aussi, la police a fait irruption dans les locaux d’une télévision privée, Walfadjiri, pour y ordonner l’arrêt de la diffusion en direct des images de la manifestation et saisir des enregistrements des séquences diffusées. Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé « le comportement violent des forces de l’ordre sénégalaises envers les journalistes ». Un ministre du parti présidentiel, Farba Senghor, a invité les Sénégalais à ne pas « se laisser tromper » par l’opposition, accusée d’organiser les protestations. La hausse des prix « n’est pas spécifique au Sénégal », a-t-il argué, tandis qu’un autre membre du gouvernement a accusé les opposants d’utiliser « les enfants comme des chairs à canon ».
A Ouagadougou et dans plusieurs villes du Burkina-Faso, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé aux cris de « Non à la vie chère ! », « A bas les corrompus ! » le 28 février puis le 15 mars. A Douala (Cameroun), fin février, une grève contre l’envol des prix des carburants avait dégénéré en émeutes et pillages.
Philippe Bernard (avec AFP.)
La hausse record des prix en Europe fait craindre la spirale inflation-salaires
Robert Llewellyn/GAMMA
L’inflation a atteint en février 2008 son niveau le plus haut au cours des dix dernières années.
LE MONDE | 01.04.08
La hausse des prix a battu en mars un nouveau record au sein de la zone euro, à 3,5 % sur un an, selon les données provisoires d’Eurostat. Désormais très supérieur à l’objectif de 2 % poursuivi par la Banque centrale européenne (BCE), ce chiffre est le plus élevé jamais atteint en près de dix ans d’existence de la monnaie unique. Perceptible partout en Europe, l’envolée des prix fait craindre aux dirigeants européens l’émergence d’une spirale inflationniste alimentée par des revendications salariales élevées sur fond de perte de pouvoir d’achat. Après des années de modération salariale, c’est en Allemagne que le risque est aujourd’hui le plus évident. Les prix à la consommation y ont fait un bond de 3,1 % en mars sur un an, selon des estimations provisoires de l’Office fédéral des statistiques. Les économistes redoutent un effet dit de « second tour » : lassés de voir leur pouvoir d’achat rogné par l’inflation, les salariés exigent des augmentations de salaires importantes qui pourraient susciter à leur tour de nouvelles hausses de prix, si les entreprises répercutaient ces surcoûts sur leurs produits et leurs services.
Très combatifs depuis le début de l’année, les syndicats allemands veulent en finir avec la modération en vigueur outre-Rhin depuis plus de dix ans. Après plusieurs grèves d’avertissement, les employés du service public ont obtenu, lundi 31 mars, une progression de 5,1 % de leurs fiches de paie cette année, puis de 2,8 % en 2009. Les métallurgistes de Basse-Saxe, de Brême et de Rhénanie du Nord-Westphalie se sont vus accorder à compter du 1er mars une hausse de 5,2 %. Plus emblématique encore : le syndicat de conducteurs de trains GDL a multiplié les débrayages à l’automne 2007 et réclamé d’entrée de jeu 31 % de hausse salariale. Il s’est vu octroyer une augmentation de 11 %. « Une spirale prix-salaires pourrait signifier le début d’une inflation structurelle », s’inquiète Rolf Krokea, expert à l’institut d’économie patronal de Cologne (IW).
DÉRAPAGE GÉNÉRAL DES PRIX
Les tensions en Allemagne sont susceptibles de faire tache d’huile dans les pays voisins. En février, la Commission européenne a revu à la hausse, de 2,1 à 2,6 %, ses prévisions d’inflation pour 2008, en prenant en compte le risque de « second tour » salarial.
Le phénomène pourrait, selon elle, s’ajouter aux deux autres grandes causes à l’origine de l’actuelle envolée des prix : progression du pétrole et celle des produits alimentaires. « Les changements substantiels dans les prix relatifs, causés par le changement climatique et les tensions sur les marchés des ressources naturelles vont (…) engendrer des défis conséquents pour la plupart de économies de l’Union », a depuis estimé le commissaire responsable des affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia : « Nous parvenons, peut-être, à la fin d’une période de modération fantastique (des prix) qui nous a assuré croissance et stabilité pendant plus de vingt ans ».
Dans ce contexte, les avis divergent sur l’attitude à adopter, tandis que la croissance dans la zone euro ralentit. Le dérapage général des prix « renforce les arguments des travailleurs pour obtenir des augmentations de salaire », répète le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), John Monks. La CES a organisé à Ljubljana une manifestation sur le pouvoir d’achat, en marge de la prochaine rencontre des ministres européens des finances, samedi 5 avril en Slovénie. D’après M. Monks, le rattrapage des salaires pourrait permettre de soutenir la demande domestique à l’heure où les exportations risquent de pâtir du ralentissement de l’économie mondiale, dans la foulée de la crise des crédits immobiliers à risque américains.
En face, les dirigeants européens appellent à la plus grande modération. Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, cherche à dissuader tout effet de second tour en menaçant d’augmenter les taux d’intérêt. « La lutte contre l’inflation reste la plus haute priorité de la BCE », a déclaré M. Trichet devant le Parlement européen le 26 mars. « Certains Etats membres ont constaté des revendications salariales en hausse, mais celles-ci n’ont à ce stade pas débouché sur des augmentations de salaires », voulait croire la Commission européenne, en février : « L’affaiblissement des indicateurs de confiance et l’incertitude générale entourant l’activité économique devrait atténuer les revendications salariales », affirmait-elle. En dépit des records battus chaque mois, M. Almunia continue d’espérer un retour à une progression des prix « plus conforme à la normale » d’ici à la fin de l’année.
Philippe Ricard et Marie de Vergès
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