MONDIALISATION et spéculation sur les matières premières:le risque alimentaire grandit…

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La spéculation chamboule les prix des matières premières

 

LE MONDE | 28.03.08 

Le prix du riz a bondi de 31 % en une journée, jeudi 27 mars, passant de 580 à 760 dollars, les stocks étant tombés au plus bas depuis 1976. L’Inde, l’Egypte, le Vietnam et le Cambodge ont annoncé qu’ils suspendaient leurs exportations de riz au moment où les Philippines en cherchaient désespérément 500 000 tonnes sur le marché. Les spéculateurs ont sauté sur l’occasion, comme ils ne cessent de le faire pour le blé, l’or, le pétrole ou les carcasses de porc dont les cours fluctuent de plus en plus brutalement. « On ne sait plus où on en est, s’alarme Hervé Le Stum, directeur de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB). Depuis quelques semaines, les prix font les montagnes russes (sur les marchés de céréales) au Kansas, à Chicago ou à Minneapolis. »

L’origine de ces mouvements erratiques ne se trouve pas seulement dans les inquiétudes liées à la crise financière et à la conjoncture internationale, mais aussi dans l’activité d’une poignée de fonds spéculatifs (hedge funds). En particulier, les fonds dits « systématiques ou CTA – pour Commodities Trading Adviser », indique Cyril Julliard, président d’Eraam, un fonds de fonds spéculatifs. Les plus importants gèrent entre 10 à 12 milliards de dollars. De quoi peser sur les cours de ces marchés très étroits par comparaison avec les marchés d’actions. Entre 8 % à 10 % de la variation des prix des matières premières leur sont aujourd’hui attribués.« Les fonds sont partout où existent des contrats à terme », indique Eric Le Coz, gérant chez Carmignac Gestion. Les contrats à terme permettent à ces financiers d’investir sans se faire livrer physiquement la marchandise.La présence de ces « CTA » pèse d’autant plus sur les prix qu’ils « n’ont pas d’états d’âme », indique M. Le Coz. A l’achat comme à la vente, « ils s’engouffrent sur le marché », ajoute-t-il. Ils s’exonèrent de l’éventuelle réserve du négociant, car l’achat ou la vente sont déclenchés par des calculs mathématiques ou par les premiers signaux de vente. Le franchissement de seuils « psychologiques », comme le prix de 100 dollars pour le baril de pétrole ou de 1 000 dollars pour l’once d’or début mars, les a laissés de marbre. Les « CTA » ont pris leurs bénéfices deux semaines plus tard. Après une action de la Réserve fédérale américaine et une série de nouvelles rassurantes de la part de banques américaines, les investisseurs ont cru que la crise des subprimes aux Etats-Unis était contrôlée, et le dollar s’est redressé.

Ce signal a eu un effet domino. La remontée de la monnaie américaine a provoqué la baisse des cours du pétrole, entraînant les prix des autres matières premières.« Les investisseurs institutionnels achètent souvent des indices globaux qui associent un peu artificiellement les cours de différentes matières premières », explique Noël Amenc, professeur de finance à l’Edhec et spécialiste des fonds spéculatifs. Les fonds ne sont pas seuls responsables de ces fluctuations, car « ils achètent une tendance », explique M. Amenc. « Ils accentuent les mouvements et leur brutalité sans en modifier l’évolution », précise Jean-Claude Petit, responsable de la gestion actions chez Barclays AM.

Sur les matières premières, la plupart ont détecté la martingale il y a deux ans. La croissance explosive des pays émergents, notamment de l’Inde et de la Chine, très consommatrices d’hydrocarbures, de céréales ou de minerais, a gonflé la demande que la production peine à satisfaire.

La crise a ensuite attiré de nouveaux fonds, ceux qui désertent les autres titres financiers, devenus trop risqués. Entre janvier et février, le volume des contrats sur les produits à terme concernant les matières premières à Londres a bondi de 65 % à 70 % par rapport à la même période en 2007. Soja, colza ou maïs sont ainsi devenus des produits financiers presque au même titre qu’une action ou une obligation. Au grand dam des industriels et des consommateurs, qui souffrent des niveaux de prix dopés par cette spéculation.

Alain Faujas et Claire Gatinois

Le boom des matières premières, un réel motif d’inquiétude

LE MONDE ECONOMIE | 02.02.04 

Coton, platine, or, nickel, pétrole… nombreuses sont les matières premières qui ont connu une envolée de leurs prix au cours des deux dernières années. Entre octobre 2001 et la fin janvier 2004, l’indice CRB (Commodity Research Bureau), qui traduit l’évolution générale des prix des matières premières, a enregistré une hausse de 44 %. Le prix des métaux précieux a augmenté de 65 %, celui de l’énergie de 54 %. Les métaux industriels, utilisés pour la fabrication des produits manufacturés, ont vu leurs prix augmenter de 54 %. 

Selon Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris-Dauphine et directeur du rapport annuel Cyclope, spécialisé sur le sujet, « 2003 a été l’année d’un boom des matières premières. Elles ont pratiquement toutes enregistré une forte flambée des prix ». Mais cette explosion n’est pas homogène. Le café, le sucre sont restés à des prix relativement bas. A l’inverse, « certaines matières premières ont atteint des pics historiquement élevés. C’est le cas du nickel, du coton ou du caoutchouc », précise-t-il. Cette remontée est d’autant plus remarquée qu’elle fait suite à une tendance baissière observée durant les décennies 1980 et 1990. Elle rend surtout légitime une question : peut-elle entraîner une élévation durable du niveau de l’inflation mondiale ?Avant d’amorcer une réponse, il faut examiner les deux principales thèses avancées pour expliquer cette envolée des prix des matières premières. La première l’attribue à la reprise mondiale, et en particulier à l’intensification de la demande provenant des pays émergents (Chine et Inde principalement). Ces pays atteignent un stade de développement qui se traduit par une accélération de la demande de matières premières. Entre 1998 et 2002, les importations d’énergie de la Chine, exprimées en valeur, sont passées de 2 à 9 milliards de dollars. Mais le lien établi entre croissance économique et hausse de la demande vaut aussi pour les Etats-Unis, également grands consommateurs de matières premières.

Selon une autre grille d’interprétation, la hausse du prix des matières premières pourrait être l’une des conséquences indirectes de l’assouplissement des politiques monétaires par les banques centrales depuis 1998, en particulier par la Réserve fédérale américaine depuis février 2001. En abaissant leurs taux directeurs, elles ont favorisé la création excessive de liquidités internationales à la recherche de rendement. Les secteurs de biens et services ne pouvant les absorber (en raison notamment de l’intensification de la concurrence), celles-ci se sont logées en partie sur le marché des matières premières, contribuant à leur renchérissement. Selon Rémy Contamin, économiste à la direction des études économiques du Crédit agricole, la hausse des cours pourrait également être liée au fait que les matières premières sont, pour la plupart, libellées en dollar : « Avec la dépréciation de cette monnaie, les producteurs ont tendance à compenser leurs pertes par une augmentation des prix. C’est particulièrement vrai pour le marché du pétrole, qui présente une courbe de demande assez peu élastique », assure-t-il.

Selon une étude de CDC-Ixis, l’effet inflationniste a aussi été renforcé « par l’action des banques centrales asiatiques, qui ont agi, par des interventions de change, pour affaiblir leurs devises, contribuant ainsi à la croissance de la liquidité de la base monétaire mondiale ». Si la montée récente du prix des matières premières est liée à un excès de liquidités internationales, le risque d’inflation sera limité. Comme toute bulle spéculative, la bulle sur le marché des matières premières finira par éclater. A l’inverse, si cette évolution est liée à la demande croissante des pays émergents, l’inflation mondiale pourrait être tirée à la hausse durablement. Etant donné la part des importations de matières premières dans le produit intérieur brut (PIB) mondial, « une hausse de 30 % par an des prix pourrait conduire à un supplément d’inflation de 1 point chaque année », avance CDC-Ixis. Un risque qui ne semble pas encore bien mesuré par les banques centrales.

Mathilde Bereni

MONDIALISATION:les ETATS-UNIS et la crise financière:vers un retour des régulations ?

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Henry Paulson veut élargir les pouvoirs de la Fed pour éviter les crises financières

LEMONDE.FR avec AFP | 31.03.08

Le secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson, a officiellement présenté, lundi 31 mars, un vaste projet de refonte de la réglementation financière américaine, destiné à en améliorer l’efficacité face aux crises financières. « Notre structure de réglementation actuelle n’a pas été construite pour faire face au système financier moderne avec ses acteurs divers, son innovation, la complexité de ses instruments financiers, son intégration mondiale », a affirmé M. Paulson. Rappelant que le gros de la législation actuelle avait été décidé au lendemain de la Grande Dépression des années 1930, il a assuré que ces textes avaient leur logique mais que, « si l’on regarde les marchés financiers aujourd’hui, le manque de conception d’ensemble est clair ». Alors que les compétences des diverses agences se chevauchent souvent, des pans entiers de l’activité financière – surtout les produits très complexes qui ont mené à la crise actuelle – échappent à toute législation. Aussi le projet de refonte vise-t-il à éliminer les redondances du système et à combler ses manques, avec des mesures échelonnées sur le court, le moyen et le long terme.

RÔLE-CLÉ POUR LA FED

L’aspect le plus spectaculaire de son projet est sans doute de confier à la Réserve fédérale (Fed) une mission considérablement accrue pour surveiller le système financier. Dans le nouveau système prévu par le Trésor, la Fed pourrait « surveiller les risques pesant sur l’ensemble du secteur financier », y compris les banques d’investissement, compagnies d’assurances et fonds d’investissements à risque (hedge funds), alors que sa mission actuelle la confine pour l’essentiel aux banques commerciales. « Elle aura des larges pouvoirs et l’autorité nécessaire pour traiter les défaillances menaçant notre stabilité financière », a assuré M. Paulson.

Parmi les autres mesures annoncées, on trouve la création d’une agence de surveillance des prêts immobiliers et la fusion de la Securities and Exchange Commission, autorité de régulation des marchés financiers américains, avec la Commodity Futures Trading Commission, autorité de régulation des marchés des matières premières.

Le secrétaire au Trésor a toutefois souligné que le projet, lancé en mars 2007, c’est-à-dire avant le début de la crise, ne serait pas mis en place avant plusieurs mois. Ces propositions interviennent alors que les autorités de régulation sont accusées de n’avoir pas su voir venir la menace que représentait le système des crédits immobiliers à risques (subprimes), qui a fini par s’écrouler durant l’été 2007, entraînant les Etats-Unis dans la plus grave crise financière qu’ils aient connue depuis plusieurs décennies.

Liberation 31 03 08

 La finance américaine mieux contrôlée?

Rtr1yylo_comp_2 Ce qu’il y a de bien avec les Américains, c’est qu’ils n’ont pas peur d’être pragmatiques dans le domaine économique. Ni de changer complètement de bord quand les événements leur donnent tort. Ainsi, comme attendu, le secrétaire d’Etat au Trésor, Henry Paulson (photo), a annoncé ce lundi un vaste projet de réforme des autorités de contrôle de la finance, qui vise à réguler le système et éviter le déclenchement de nouvelles crises. Le même Paulson, quand il occupait la présidence de la banque d’affaires Goldman Sachs, était un ardent partisan de la dérégulation. Qui permettait à son établissement d’engranger des milliards de bénéfices (et aujourd’hui autant de pertes)…

Il est encore un peu tôt pour analyser ce qu’impliquent véritablement toutes les propositions de Paulson, qui mettront, de son propre aveux, plusieurs années avant de se traduire en réformes concrètes. Son plan est divisé en trois: mesures à prendre à court terme, à moyen terme et à long terme. Mais, de toute façon, il devra être mis en œuvre par la prochaine administration, qui sera élue en novembre prochain. Suivant le résultat de ce vote, la réforme pourra prendre un aspect plus ou moins favorable au « Big business »…

Cependant, s’il était appliqué en l’état, le plan Paulson modifierait profondément le paysage de la finance américaine. Principaux changements: la Federal Reserve deviendait hyper-puissante, la Securities & Exchange Commission (SEC) verrait son rôle s’affaiblir et plusieurs autorités de surveillance nouvellement créées se verraient confier le soin de surveiller et réguler les marchés.

- Alors que sa mission actuelle est confinée actuellement au contrôle des banques commerciales, la Fed surveillerait ainsi l’ensemble des « risques pesant sur l’ensemble du secteur financier », soit les banques d’investissement, les compagnies d’assurances et les hedge funds.

- La SEC, autorité de régulation des marchés financiers américains, devrait fusionner avec la Commodity Futures Trading Commission, autorité de régulation des marchés des matières premières.

- Enfin, serait notamment créée une agence de surveillance des prêts immobiliers (la Mortgage origination Commission).

Rappelons que, dans l’histoire américaine, à chaque crise a succédé une série de réformes allant vers plus de régulation (le krach de 1929 a donné naissance à la SEC, le scandale Enron à la loi Sarbanes-Oxley, etc). De quoi prendre conscience, si cela ne l’était pas déjà fait, de la gravité de la crise financière actuelle.

(Photo: Reuters)

M. Paulson veut revoir intégralement la régulation financière

LE MONDE | 01.04.08 

Une grande réforme du système de régulation du système financier est absolument nécessaire pour promouvoir plus efficacement des marchés stables et résilients. » Dans un discours prononcé lundi 31 mars à Washington, le secrétaire au Trésor Henry Paulson a présenté la réforme la plus ambitieuse du système financier américain depuis les années 1930. Elle est détaillée dans un document de 218 pages intitulé « Blueprint for a Modernized Financial Regulatory Structure » (Projet pour une modernisation de la structure de régulation financière).

Le changement proposé le plus important, et d’ores et déjà le plus controversé, concerne la Réserve fédérale (Fed). Le secrétaire au Trésor estime que la banque centrale doit désormais devenir, en quelque sorte, un super-gendarme responsable de la stabilité des marchés. La Fed abandonnerait la supervision des banques à une nouvelle entité créée pour cela et utiliserait une autorité élargie pour surveiller toute entreprise ou toute activité susceptibles de déstabiliser les marchés. « Ils auraient des pouvoirs plus importants et pourraient intervenir partout dans le système si c’est nécessaire », explique M. Paulson.Une commission fédérale de surveillance des prêts immobiliers serait mise en place afin de « mieux protéger les consommateurs ». Elle aurait pour mission de fixer des critères pour l’attribution des licences aux courtiers en prêts immobiliers et de contrôler le système hypothécaire dans tous les Etats américains. L’autorité des marchés, la Securities and Exchange Commission (SEC), fusionnerait avec la Commodity Futures Trading Commission, l’autorité de régulation des marchés à terme. Enfin, une agence fédérale serait responsable de la régulation des compagnies d’assurance qui aujourd’hui dépendent des Etats.

Le secrétaire au Trésor est parti d’un constat unanime : le système de régulation ne fonctionne plus. Aucune des autorités de contrôle n’a été capable d’empêcher la crise des crédits immobiliers à risques (subprimes) et de prévoir qu’elle allait contaminer l’ensemble du système bancaire.

Les crises financières majeures – de la panique de 1907 à la grande dépression en passant par le krach boursier d’octobre 1987 – ont toujours été l’occasion de réformer, à chaud, la régulation financière pour tenter de corriger les erreurs passées. Le système actuel, construit par strates depuis plus d’un siècle, n’est plus du tout adapté. « Notre structure de réglementation n’a pas été construite pour faire face au système financier moderne avec ses acteurs divers, son innovation, la complexité de ses instruments financiers, son intégration mondiale », reconnaît M. Paulson. Les critiques soulignent que trop d’organismes publics ont des compétences. Et des juridictions se chevauchent quand, dans le même temps, des pans entiers de l’activité financière sont livrés à eux-mêmes. Les spécialistes des crédits hypothécaires, par exemple, ne sont contrôlés par personne.

Ancien directeur général de la prestigieuse banque d’affaires américaine Goldman Sachs, M. Paulson est pourtant loin d’être un partisan d’un contrôle à outrance des établissements financiers. Il prône plutôt, et depuis longtemps, une simplification et un regroupement des autorités afin de leur permettre d’être plus efficaces. Il explique d’ailleurs que ces réformes ne permettront pas d’éviter toutes les futures crises. « Je ne pense pas qu’un système de régulation puisse changer cela. Nous dépendons avant tout de la discipline de marché. Cela dit, nous avons besoin d’un système plus efficace qui nous donne plus de chances et de meilleurs outils pour essayer de régler les problèmes », déclare-t-il.

Mais les obstacles politiques sont tels que ces réformes ne sont pas prêtes de voir le jour. Il n’y a presque aucune chance pour que les principales propositions soient débattues avant la fin de la présidence Bush. Le secrétaire au Trésor peut seulement espérer qu’elles serviront de base à la réflexion que mènera la future administration, quelle que soit sa couleur politique. Il faut dire que George W. Bush n’est pas vraiment crédible dans le domaine de la régulation financière après avoir longtemps tenté de l’affaiblir, estimant qu’elle était trop lourde et handicapait les établissements financiers américains et la place de New York. Quant aux démocrates, la plupart affirment que la crise est la conséquence d’une insuffisance de contrôle.

Il y aussi un autre obstacle sérieux. Réformer au beau milieu d’une crise n’est pas forcément judicieux. « C’est probablement une mauvaise idée de passer beaucoup de temps à débattre de l’organisation des pompiers au moment où l’incendie s’étend et où aucune enquête sur son origine n’a été faite », explique Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor de l’administration Clinton.

Eric Leser

MONDIALISATION,CHINE,DROITS de l’HOMME:le chantage économique…

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« Un pays qui boycotterait les JO de Pékin paierait un prix économique et commercial très lourd »

LE MONDE.FR | 28.03.08  avec Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques.

AFP/JEAN-LOUP GAUTREAU

Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur d »Atlas du monde global », avec Hubert Védrine.

       LAL : Pensez-vous réellement que les pays qui ont des intérêts commerciaux avec la Chine puissent       boycotter les JO de Pékin ?    Pascal Boniface : Sauf en cas de dégradation très forte de la situation, on peut penser qu’un boycott des Jeux olympiques est exclu, car un pays qui prendrait l’initiative du boycott serait considéré comme non seulement inamical, mais presque comme ennemi par la Chine, et effectivement, il en paierait un prix économique et commercial très lourd. Par ailleurs, un boycott, pour être efficace, ne peut pas se faire de façon individuelle, il doit être fait de façon collective. 

Carlos Cardoso : Cependant d’autres « prises de position » sont envisagées, comme par exemple le boycott de la cérémonie d’ouverture. Quelle sera la réaction probable des autorités chinoises aux prises de position possibles qui se trouveraient à la limite de ce que la charte olympique stipule ?

Pascal Boniface : Là aussi, la réponse est la même. S’il devait y avoir boycott par les chefs d’Etat et de gouvernement de la cérémonie d’ouverture, il faut que cela soit collectif, parce qu’un boycott individuel n’aurait aucun impact et serait beaucoup plus risqué. On constate par ailleurs qu’en dehors de la position des chefs d’Etat, de nombreux sportifs ont déclaré vouloir se rendre à Pékin et entreprendre là-bas une action qui attire l’attention sur la question des droits de l’homme. Et de ne pas être des acteurs muets et aveugles par rapport à la situation.

Nico : Le boycott des Jeux de Pékin pourrait-il représenter le commencement d’une future scission profonde entre les blocs occidental et chinois ?

Pascal Boniface : Une scission profonde, non. Cela ouvrirait bien sûr une crise, mais qui, comme toute crise, peut être durable ou passagère selon les réactions ultérieures des uns et des autres. Mais il est certain que cela serait ressenti comme un affront par les dirigeants chinois, et probablement par une partie de l’opinion chinoise.
 
LONDRES DANS UNE POSITION PARTICULIÈRE

archambau : L’Union européenne, par son poids politique et géographique, peut être influente dans le monde si elle reste unie. Or ne risque-t-elle pas une fois de plus de se décrédibiliser sur la scène internationale si les pays membres n’adoptent pas une position commune à l’égard de la Chine ?

Pascal Boniface : Oui, effectivement, il vaudrait mieux que les Vingt-Sept prennent une position commune. Outre les différences d’appréciation qu’il peut y avoir sur la façon de réagir, on a vu qu’il y a un pays qui est dans une situation tout à fait particulière, c’est la Grande-Bretagne, puisqu’elle sera le prochain hôte des Jeux. Et donc les Britanniques vont très naturellement être les plus modérés dans la réaction, parce qu’ils n’ont pas envie de subir un éventuel contrecoup en 2012. Il faudra bien trouver un compromis, car les Britanniques ne peuvent pas non plus être isolés par rapport aux autres membres de l’UE.

mehdi : En dehors des pays occidentaux, connaît-on la position diplomatique sur ce sujet des autres grands pays de la scène mondiale ? Je pense notamment à la Russie ou à l’Iran.

Pascal Boniface : Ils n’ont pas la même sensibilité que les pays occidentaux à ce qui se passe en Chine. D’une part, parce que ce ne sont pas des pays sensibles au thème de l’ingérence, ou plutôt que ce sont des pays qui ont une sensibilité négative par rapport à l’ingérence, et qui n’ont certainement pas envie d’aider diplomatiquement les pays occidentaux, ni de gêner diplomatiquement la Chine. Enfin, la Russie a très bien compris que ce qui se passe pour Pékin 2008 sert d’échauffement pour Sotchi 2014, où auront lieu les Jeux olympiques d’hiver.

ctipar : La Chine peut-elle réagir à la prise de position des sportifs durant les Jeux ?

Pascal Boniface : Elle ne réagira pas directement, mais demandera au CIO de le faire et là, bien sûr, il s’agit d’un rapport de forces. On peut exclure quelques sportifs qui font des actions, mais s’il y a des actions concertées qui en réunissent des centaines, il sera très difficile pour le CIO de sévir.

JAA : Quel regard portez-vous sur l’action de Reporters sans frontières ?

Pascal Boniface : C’est une opération spectaculaire par définition, donc qui est dans la lignée de l’action de Reporters sans frontières. Mais cette action spectaculaire ne doit pas masquer une réflexion approfondie de RSF, qui est passée d’une demande de boycott en 2001 à une demande de participation active aujourd’hui.

Richard : Le boycott pourrait-il avoir de réelles conséquences sur l’évolution de la Chine en général, et sur l’avenir du Tibet en particulier ?

Pascal Boniface : En fait, il faut se méfier des réponses manichéennes à cette question. Dire que l’attitude du monde extérieur n’a aucune conséquence n’est pas exact, mais penser que l’on peut faire des injonctions à l’égard de la Chine ne l’est pas non plus. Donc, dans l’affaire, il faut analyser au plus juste comment peser sur la Chine sans la braquer et comment adapter des positions et des actions qui ne se traduisent pas par une crispation nationaliste de la Chine. Et dire cela ne veut pas dire ce qu’ont tenté de faire les communiqués : ne rien faire.

LE BOYCOTT CONCERNANT L’AFRIQUE DU SUD A ÉTÉ LE SEUL EFFICACE

jackrace_1 : Les boycotts des Jeux de Moscou ou de Los Angeles ont-ils été efficaces ?

Pascal Boniface : Oui, pour permettre au pays organisateur d’avoir plus de médailles qu’il n’en aurait eu sinon. On peut cependant distinguer les deux cas. Dans le cas du boycott des Jeux de Moscou de 1980, ça a été une mesure au départ vexante et humiliante pour les Soviétiques, qui voulaient faire des Jeux un triomphe. Mais au final, une fois passée la déception, ils en ont profité pour gagner plus dans des Jeux moins universels. Et on peut dire que le boycott de 1984 a eu moins d’impact encore, dans la mesure où il a été très largement analysé comme la réponse du berger à la bergère. Et qu’il a permis un triomphe sportif aux Etats-Unis.

On parle toujours d’un boycott sportif qui a été efficace, c’est celui concernant l’Afrique du Sud de l’apartheid. Mais il faut se rappeler que le boycott sportif s’est accompagné d’un boycott économique très largement suivi. Et que ce boycott économique a joué beaucoup plus que le boycott sportif. Je n’entends encore personne proposer un boycott économique de la Chine.

Mehdi : Les dirigeants chinois n’auraient-ils pas occulté trop vite les risques que l’organisation d’une telle compétition impliquent pour un système comme le leur ?

Pascal Boniface : Je pense qu’ils ont sous-estimé l’ampleur des conséquences de la médiatisation de l’organisation d’un tel événement. Ils ont en vu les aspects positifs et en ont mésestimé les aspects potentiellement dangereux pour eux. En organisant les Jeux, ils ont attiré la lumière sur eux, c’était le but recherché. Mais l’effet non recherché, c’est qu’ils ont également attiré la lumière sur des aspects qu’ils auraient préféré garder secrets ou discrets. Car finalement, la répression chinoise au Tibet n’est pas nouvelle, et si l’on parle plus du Tibet aujourd’hui qu’auparavant, c’est bel et bien parce que les Jeux vont être organisés à Pékin au mois d’août.

ctipar : La Chine a-t-elle intérêt à étouffer tout ce qui pourrait se passer au Tibet (ou ailleurs) d’ici aux JO, ou vaut-il mieux pour elle jouer une certaine transparence vis-à-vis des médias étrangers, comme elle a tenté en vain de le faire récemment ? Je pense à la visite organisée et perturbée pour vingt-six journalistes étrangers.

Pascal Boniface : La transparence est préférable à condition qu’elle soit possible et qu’elle soit crédible. Donc l’urgence pour Pékin est bien sûr de ramener le calme, mais pas au prix d’une répression qui attirerait encore plus l’attention sur son comportement.

jack : Les Jeux olympiques vont-il devenir le moyen de montrer au monde entier les problèmes de politique intérieure des pays organisateurs ?

Pascal Boniface : Tout événement mondial médiatisé sera ce type d’occasion, et dès qu’un pays sera l’hôte d’un événement à forte valeur par rapport aux opinions publiques, plus il devra faire attention aux éventuelles zones d’ombre qu’il ne veut pas montrer, et il sera de plus en plus difficile à des pays dont le comportement est contesté d’organiser ce type d’événement sans le payer d’un prix fort en termes d’opinion. C’est l’une des conséquences de l’importance croissante du rôle des opinions publiques sur la politique internationale.

Richard : Lié au boycott des JO, des gens, sur des forums, suggèrent aussi un boycott économique du « made in China ». Qu’en pensez-vous ?

Pascal Boniface : Comme pour le reste, pour être efficace, il faut qu’il soit très largement répandu et il faut qu’il y ait une adéquation entre le citoyen et le consommateur. Mais on voit souvent que le consommateur n’a pas les mêmes réflexes que le citoyen.

pleu : Le boycott entraînerait-il un regain de confiance des pays limitrophes permettant de débloquer les quelques conflits de la région, comme les Ouïgours dans l’ouest du pays, ou l’Inde au sujet du Cachemire ?

Pascal Boniface : Il est évident que s’il y avait un boycott, cela rendrait le gouvernement chinois plus crispé. Et en même temps, n’ayant plus à craindre de pression extérieure, il se sentirait les mains plus libres. Par ailleurs, un boycott aurait pour conséquence une dégradation du climat international qui, par définition, aura des conséquences négatives dans la région.

Turambar : Quel avenir pour le Tibet après les Jeux ?

Pascal Boniface : Il y a un scénario impossible, c’est l’indépendance. Les Chinois ne l’admettent pas et les Tibétains ne le revendiquent pas. Cela posé, il reste deux scénarios majeurs : soit les Chinois comprennent que la satisfaction de la demande d’autonomie culturelle des Tibétains n’est pas dangereuse pour eux d’un point de vue stratégique, et peut leur faciliter la vie d’un point de vue politique ; et dans ce cas-là, la situation peut s’améliorer.

Soit ils maintiennent une attitude crispée, et ils en paieront toujours un prix assez lourd en termes d’image internationale, parce que si les Tibétains ne sont pas le seul peuple opprimé sur la planète, ils sont, parmi les peuples opprimés, celui qui a la meilleure image.

Guillaume : Quel avenir pour la Chine après les Jeux de Pékin ?

Pascal Boniface : Là encore, on ne peut pas répondre de façon tranchée. C’est une question de proportion, pas une question de « oui » ou « non ». La Chine est à la fois acceptée et critiquée dans la communauté internationale. Tout est affaire de proportion. A l’heure actuelle, la part de critiques est plus forte, bien sûr.

Maha : Est-ce que les réactions actuelles de certains gouvernements occidentaux représentent une soudaine prise de conscience de la situation entre la Chine et le Tibet, ou est-ce simplement un effet de mode qui prendra fin avec la clôture des JO ?

Pascal Boniface : C’est plutôt une réaction par rapport aux campagnes d’opinion, où les gouvernements ont suivi le train de l’opinion.

Richard : Qui revendique alors l’indépendance du Tibet ?

Pascal Boniface : Pas le dalaï-lama, pas la majorité des Tibétains. Quelques éléments isolés peuvent la réclamer. Il faudrait étudier de plus près la représentativité de ceux-ci. D’ailleurs, on parle beaucoup de ceux qui réclament le boycott, mais ils sont très minoritaires. Les grandes organisations de défense des droits de l’homme ne réclament pas le boycott, pas plus que le dalaï-lama. Comme ils prennent des positions radicales, on les voit plus, mais ils sont loin d’avoir une très forte audience.

Djan59 : Le boycott serait certes un geste symbolique très fort mais n’aurait d’effet que sur le court terme. Quels seraient, selon vous, les moyens de pression qui feraient que la Chine respecterait définitivement les droits de l’homme ?

Pascal Boniface : Rêver que la Chine respecte définitivement les droits de l’homme à court ou long terme sur injonction des pays occidentaux relève de l’illusion. Et il faut sortir du schéma où l’on donne des instructions à un autre pays pour qu’il s’y conforme. Tout simplement parce que ce schéma n’est plus opératoire et qu’on n’est plus dans la situation où l’on puisse, fût-ce au nom de la morale, donner des ordres à un autre pays, surtout que notre morale est parfois considérée comme étant à géométrie variable.

Greeddo : Dans le cas d’un scénario extrême – aggravation de la répression chinoise au Tibet,  puis détérioration des tensions internationales, puis boycott total par plusieurs pays « majeurs »  –, est-il concevable d’envisager une hausse des tensions pouvant aller jusqu’à un conflit armé au niveau mondial ?

Pascal Boniface :  Par définition, rien ne peut être exclu. Mais ce scénario me paraît beaucoup plus radical que probable.

Chat modéré par Luc Vinogradoff

COREE DU NORD:dictature et chantage au sujet des droits de l’homme et du nucléaire…

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 Les 2 Corée(s):

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La Corée du Nord:              

 Corée du Nord         Corée du Nord 

Chef de l’état:Secrétaire général du Parti communiste : Kim Jong Il (depuis 1997)-Régime politique:République populaire (dictature communiste)-Capitale:Pyongyang-Superficie:120 538 Km2-Population:22 912 000 hab. ( en 2005)-Densité de Pop.:190.08 hab./Km2-Monnaie Nationale:Won (KPW)-Cours en Euros:0.00452600 (au 30/03/2008).

 La Corée du Sud

Corée du Sud           Corée du Sud

Chef de l’état:Président:  Lee Myung -bak(depuis 2008)-Régime politique:République (démocratie)-Capitale:Séoul-Superficie:99 313 Km2-Population:48 294 000 hab. ( en 2005)-Densité de Pop.:486.28 hab./Km2-Monnaie Nationale:Won (KRW)-Cours en Euros:0.00064200 (au 29/03/2008)-Pnb:576,426 Milliard(s) de dollars-Indice de Développement Humain (rang mondial):0,901 (28) ( en 2003)

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 Regain de tension dans la péninsule coréenne … 

Parade militaire à Pyongyang

 LE MONDE | 29.03.08 

Bien que la signification des tirs d’essai de missiles à courte portée, effectués, vendredi 28 mars, en mer Jaune par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) soit minimisée à Séoul et à Tokyo, où les experts estiment qu’il s’agit d’un « exercice de routine », cette démonstration de force n’en témoigne pas moins d’un regain de tension dans la péninsule coréenne. Pyongyang réagit à un durcissement de la politique de Séoul à son égard. Jeudi 27 mars, dans un autre signe de mécontentement, le régime nord-coréen avait expulsé onze des treize fonctionnaires sud-coréens responsables de la zone industrielle de la ville frontalière de Kaesong (RPDC), symbole de la réconciliation Nord-Sud, où sont implantées une quarantaine de sociétés du Sud, employant 20 000 Nord-coréens.

C’est dans ce contexte que l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA a diffusé un communiqué du ministère des affaires étrangères mettant en garde contre les « graves conséquences sur la désactivation des installations atomiques » que pourrait entraîner le prolongement de l’impasse des négociations sur le nucléaire. En décembre 2007, dans le cadre de l’accord signé avec les Etats-Unis en février de la même année, la RPDC s’était engagée à désactiver ses installations nucléaires et à fournir la liste complète de ses programmes nucléaires en échange de la levée des sanctions américaines à son égard. Mais les pourparlers piétinent, Washington estimant que la liste des programmes nucléaires fournie par Pyongyang est incomplète. Le porte-parole de la Maison blanche a qualifié les tirs de missiles de « non constructifs ».

Le nouveau président sud-coréen, Lee Myung-bak, entend faire preuve de plus de fermeté à l’égard du Nord que ses prédécesseurs de centre gauche. http://french.peopledaily.com.cn/mediafile/200802/26/F200802260815494671255037.jpgIl exige en retour de l’assistance fournie par le Sud des progrès en matière de dénucléarisation et de respect des droits de l’homme. A la veille d’élections législatives le 9 avril en Corée du Sud, M. Lee entend montrer à son électorat de droite qu’il tient ses engagements. En début de semaine, Séoul avait rappelé que la poursuite de l’assistance – hormis humanitaire – à la RPDC, ainsi que l’expansion de la zone de Kaesong dépendaient de progrès sur le dossier nucléaire.

M. Lee Myung-bak veut tenir la « dragée haute » à Pyongyang sur un autre dossier sensible : le respect des droits de l’homme. La Corée du Sud a voté, le 27 mars, une résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU condamnant les « violations graves, systématiques et généralisées » auxquelles se livre le régime. Jusqu’à présent, Séoul s’était abstenue – à deux exceptions près – de voter ces résolutions afin de ne pas risquer d’enrayer le processus de réconciliation.

Le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme en RPDC, Vitit Muntarbhorn, avait souligné, en octobre 2007, « l’attitude plus constructive » du régime en matière de respect des droits tout en appelant « à réformer le système carcéral et à en finir avec les violences contre les personnes ». Il n’a jamais été autorisé à se rendre en RPDC. Selon le département d’Etat américain, la Corée du Nord figure parmi les dix pays les plus répressifs du monde.

A la demande du président Lee, la Commission nationale des droits de l’homme sud-coréenne doit mener, pour la première fois, une enquête systématique sur la violation des libertés fondamentales en RPDC.

Philippe Pons

CHINE:propagande et contrepropagande,la guerre de l’information à propos du TIBET.

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Tibet : la guerre de l’information

LE MONDE | 29.03.08 

C’est la contre-offensive médiatique. Alors que la clameur gronde en Occident contre la politique de Pékin au Tibet, le gouvernement chinois s’emploie de son côté à décrédibiliser, voire à ridiculiser, la façon dont certaines télévisions ou magazines occidentaux ont rendu compte des récents troubles sur le Toit du monde.

L’objectif est double. Il s’agit d’abord d’accréditer la version que les émeutes du vendredi 14 mars à Lhassa se sont résumées à un déchaînement de violence de type ethnique de la part des manifestants tibétains contre les immigrés han (principale ethnie de la Chine) et hui (minorité musulmane) ; en présentant les choses sous cet angle, Pékin veut contrer les accusations de «  répression » lancées par l’entourage du dalaï-lama et relayées par les médias occidentaux. Ensuite, Pékin accuse les médias occidentaux d’avoir manipulé les photos ou les films afin d’attiser l’indignation.Cette contre-offensive chinoise a commencé dès le lendemain du 14 mars, quand la télévision nationale CCTV a diffusé un reportage tourné à Lhassa durant les émeutes. On y voit des émeutiers s’en prendre à tout ce qui est chinois dans les rues de la capitale tibétaine. Des boutiques sont mises à sac ou incendiées, des motocyclistes battus. Des commerçants fondent en pleurs. La violence des émeutes a été confirmée par plusieurs touristes étrangers, témoins de l’assaut de la vieille ville par des manifestants tibétains, moines inclus.

 Un moine tibétain interviewé le 27 mars à Lhassa. REUTERS/REUTERS TV

Un moine tibétain interviewé le 27 mars à Lhassa.

Un présentateur de l’émission de CCTV « Xinwen 1 + 1″ a jugé systématiquement antichinois les médias de l’Occident. Un site Internet « anti-CNN » créé par un étudiant de l’université pékinoise de Qinghua, et que reprend le site du Quotidien du peuple, organe central du Parti communiste, conspue la façon dont la chaîne américaine de télévision en continu a couvert les événements du Tibet. Et attaque des magazines européens.

Il est piquant de voir les médias officiels chinois, grands orfèvres en désinformation, se faire les chantres de la déontologie journalistique. Mais, en l’occurrence, ils ont beau jeu de dénoncer certains dérapages de la couverture occidentale. Car, sans préjuger d’une volonté délibérée de tromper leurs téléspectateurs ou lecteurs, certains médias ont fait montre d’un manque de professionnalisme ahurissant : sur le site de CNN, une photo, censée illustrer la répression chinoise, montre des camions militaires progressant dans des rues de Lhassa où sont visibles les traces des violences. En fait, si la photo n’avait pas été recadrée, on aurait vu, comme le montre le site « anti-CNN », des émeutiers lancer des pierres contre ces camions.

Pire : la « une » de l’hebdomadaire allemand Bild affiche, sous le titre « Plusieurs centaines de morts à Lhassa », une photo montrant des manifestants tibétains battus à coups de latte de bambou par des policiers… népalais au cours d’une manifestation à Katmandou, au Népal ! De son côté, la chaîne de télévision américaine Fox News, peu réputée pour son sérieux, a publié à la « une » de son site une photo de réfugiés tibétains à New Delhi évacués par des policiers indiens, avec comme légende : « Les Chinois ont fait parader dans les rues de Lhassa des prisonniers tibétains dans des camions. »

CNN a reconnu que la mise en page du site avait pu induire le lecteur en erreur, mais soutient que sa couverture des troubles est restée impartiale. La chaîne allemande de télévision RTL qui a aussi utilisé des photos prises au Népal, a publié une lettre d’excuses.

Cette contre-offensive de Pékin rencontre un vif écho dans l’opinion chinoise, persuadée que l’Occident désinforme dans cette affaire. Sur la Toile, une lettre ouverte appelle les Chinois à se lever contre les « médias nazis des Goebbels de l’Occident » et s’insurge du fait que « la nation chinoise, amoureuse de la paix, raffinée et cultivée, a trop longtemps été la cible d’insultes ».

Ailleurs, des blogueurs se sont lancés dans une diatribe anti-Sarkozy après les déclarations du chef de l’Etat français évoquant un possible boycottage de la cérémonie d’ouverture des JO. Certaines réactions versent dans un lyrisme outragé : « Les séparatistes tibétains sont plus cruels que des bêtes. (…). Un groupe d’ennemis venus de l’Occident cachent leurs mains noires derrière eux et l’on voit déjà leurs queues sortant de leurs cachettes. »

Dernier épisode de la contre-attaque de Pékin : l’invitation à Lhassa de 26 correspondants de presse étrangers et chinois, bien encadrés. Mais l’opération de relations publiques a été troublée dans le temple du Jokhang par la manifestation d’une trentaine de moines bouddhistes contestant ouvertement la version officielle chinoise des événements. La guerre de l’information fait rage au Tibet.

Bruno Philip

TAIWAN:un ancien »dragon » en pleine forme…

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Les bonnes performances économiques de TaïwanMap of Taiwan Taiwan                        Taiwan  

Capitale:Taipei-36 006 Km-22 731 000 hab. ( en 2005)-631.31 hab./Km2-Monnaie :D ollar de Taiwan (TWD)-Cours en Euros:0.02125000 (au 28/03/2008)-Pnb:306.74 Milliard(s) de dollars

 LE MONDE | 25.03.08 |

Ma Ying-Jeou a remporté l’élection présidentielle de Taïwan et son parti, le Kuomintang (KMT), détient les deux tiers des sièges de l’Assemblée législative. Sa victoire a fait bondir de 4 % l’indice Taiex de la Bourse de Taïwan lundi 24 mars, dopé par l’espoir que cette élection pourrait accentuer l’intégration économique avec la Chine. Mais cette dernière représente déjà 39 % des exportations de Taïwan, et les performances économiques obtenues par le Democratic Progressive Party (DPP) pourraient être difficiles à améliorer. Le DPP, au pouvoir depuis 2000, est le parti traditionnel du nationalisme taïwanais, tandis que le KMT, héritier du gouvernement de la Chine précommuniste, est favorable à des relations plus étroites avec la Chine tout en maintenant l’identité séparée de Taïwan. Ainsi la victoire du KTM pourrait-elle déboucher sur un accord complet de coopération économique, un revirement par rapport aux relations froides maintenues par le président sortant du DPP, Chen Shui-bian.

Néanmoins, l’impact économique du maintien à distance politique la Chine était limité. Les exportations de Taïwan vers la Chine, y compris Hongkong, qui représentaient 22 % de ses exportations globales en 2000, sont passées à 39 % en 2007. Il semble peu probable que Ma Ying Jeou puisse faire mieux en renforçant les liens économiques avec la Chine que son prédécesseur.

Les performances économiques de Chen Shui-bian étaient satisfaisantes à d’autres égards. Le taux de croissance du PIB par habitant de Taïwan, de 5 % à 6 % de 2000 à 2007, a certes été faible comparé à celui de 9 % de la Chine et celui à deux chiffres de Taïwan avant 1996. Mais Taïwan est désormais une économie riche et sophistiquée, avec un PIB par tête comparable à celui de la moyenne de l’Union européenne. Elle ne peut donc croître que plus lentement que la Chine en développement. L’inflation demeure faible elle aussi, tout comme les dépenses publiques, tandis que le déficit budgétaire reste modeste.

Les perspectives économiques de Taïwan restent bonnes et son marché boursier apparaît sous-évalué. Mais l’attitude de Chen Shui-bian avec la Chine ne permettait pas aux investisseurs de les fêter. Ils pourraient maintenant se focaliser sur l’un des contrastes de Taïwan avec la Chine : le dynamisme de son marché libre.

 Martin Hutchinson

JAPON,CRISE FINANCIERE ET MONDIALISATION:le renforcement du yen face au dollar pourrait pénaliser durement les exportateurs japonais.

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  Japon        

Japon                    Japon

   Chef de l’état:Empereur Akihito (depuis janvier 1989) Premier Ministre : Yasuo Fukuda (depuis le 26-9-2007)-Régime politique:Empire, démocratie parlementaire-Capitale:Tokyo-Superficie:377 819 Km2-Population:127 728 000 hab. ( en 2005)-Densité de Pop.:338.07 hab./Km2-Monnaie Nationale:Yen (JPY)-Cours en Euros:0.00649200 (au 26/03/2008)-Pnb:4389,791 Milliard(s) de dollars-Indice de Développement Humain (rang mondial):0,943 (11) ( en 2003)

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La hausse du yen face au dollar menace les grandes entreprises japonaises

LE MONDE | 25.03.

08 

 Jusqu’en 2008, le billet vert s’échangeait contre plus de 110 yens, ce qui permettait aux groupes nippons, particulièrement à ceux du secteur automobile ou de l’électronique, de maintenir leurs ventes à l’étranger à un niveau élevé. Le yen faible a permis au Japon de sortir de dix années de crise et de vivre cinq années de croissance modérée. Depuis le début 2008, la baisse du dollar – jusqu’à près de 95 yens mi-mars – suscite des inquiétudes chez les investisseurs étrangers, principaux acteurs de la Bourse de Tokyo depuis 2005. Ils redoutent une baisse des bénéfices des sociétés de l’archipel. Ces craintes ont provoqué l’effondrement des valeurs des entreprises exportatrices. Sony a perdu 36 %, Panasonic 17 % et Sharp 15 %. De fait, plusieurs analystes annoncent un repli des profits opérationnels pour l’exercice 2008, qui débute le 1er avril. Nomura Securities prédit une baisse moyenne de 1,4 % de ces gains pour les 346 principales sociétés non financières japonaises si le cours du dollar reste autour de 95 yens. Les difficultés de l’économie américaine incitent aussi les firmes japonaises à ne pas augmenter leurs prix pour compenser les éventuels manques à gagner.

Dans ce contexte de repli boursier, plusieurs entreprises, comme le sidérurgiste Nippon Steel, renforcent leurs défenses contre des tentatives de prise de contrôle de fonds étrangers, chinois ou russes.

Ces perspectives méritent pourtant d’être relativisées, notamment parce que les exportateurs dépendent moins du marché américain.

MONDIALISATION DES ACTIVITÉS

« Nous ne sommes plus en 1995, quand les groupes nippons qui produisaient dans l’archipel avaient souffert de la chute du dollar à 80 yens, explique Yoshio Sakuma, de l’Institut des études économiques internationales, proche de Toyota. Aujourd’hui, une grande partie de la production se fait hors du Japon, ce qui limite l’impact d’un yen trop fort. » Ainsi, Toyota fabrique 2 millions de ses 9,5 millions de véhicules en Amérique du Nord et 1,7 million en Europe. La mondialisation des activités permet à Suzuki, qui produit l’essentiel de ses modèles en Inde et reste peu présent aux Etats-Unis, de maintenir une prévision de hausse de 13,8 % de ses bénéfices pour l’exercice 2008.

En outre, un renforcement de la monnaie japonaise face au dollar allège la facture énergétique et le coût des matières premières. « Cela peut compenser la baisse des bénéfices dans certains secteurs, comme la sidérurgie », estime M. Sakuma. Les difficultés actuelles incitent aussi les syndicats à modérer leurs demandes d’augmentations salariales pour les négociations de printemps.

Ces dernières années, les bénéfices des sociétés japonaises ont bien progressé et, contrairement à 1995, elles ont une solide trésorerie. « Tirant les leçons de la bulle de la fin des années 1980, elles ne dépendent plus uniquement des banques pour leur financement, mais des marchés et de leurs fortes réserves de liquidités », souligne Junichi Saeki, de IDC Japan. Et elles bénéficient d’une bonne maîtrise de l’économie mondialisée et d’une productivité en progrès.

Certaines pourraient se lancer dans des opérations hors du Japon. Fast Retailing, l’opérateur de l’enseigne de vêtements bon marché Uniqlo, veut ainsi profiter du yen fort pour investir, par le biais de fusions et d’acquisitions, entre 300 et 400 milliards de yens (entre 1,9 et 2,6 milliards d’euros) afin de porter son chiffre d’affaires à 1 000 milliards de yens en 2010.

Toutefois, « si le dollar tombait à 75 yens, les problèmes pourraient commencer », juge M. Saeki. Les industries exerçant dans des domaines très spécialisés et tournées vers l’exportation seraient affectées.

Pour le moment, les autorités ne sont pas intervenues sur le marché des changes. Le Bureau du gouvernement a, dans son rapport mensuel rendu public le 19 mars, abaissé son estimation des performances de l’économie du pays, percevant « une pause dans le mouvement de reprise ». Mais il reste confiant pour les exportations, notamment vers les économies émergentes, susceptibles de compenser une baisse des ventes réalisées aux Etats-Unis.

Philippe Mesmer

CHINE et MONDIALISATION:Une société chinoise entre à la Bourse de

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ParisChina Corn Oil, spécialisée dans la production d’huile de maïs alimentaire, est la première entreprise de la République populaire à faire son entrée sur un marché régulé en France

LE MONDE | 26.03.08 

Un petit pas pour la Bourse mais un grand pas pour Alternext. » Jean-François Théodore, directeur adjoint de la Bourse transatlantique NYSE-Euronext, n’a pas lésiné sur le symbole, mardi 25 mars, pour accueillir China Corn Oil, la première société chinoise sur Alternext, le marché dédié aux petites et moyennes entreprises (PME) « Il s’agit d’une opération historique », a-t-il ajouté. China Corn Oil, spécialisée dans la production d’huile de maïs alimentaire, est la première entreprise de la République populaire à faire son entrée sur un marché régulé en France. Jusqu’ici, les sociétés chinoises, jugées un peu trop « exotiques » par les investisseurs hexagonaux, privilégiaient une cotation à Londres ou à New York, où l’on en recense déjà 57. « L’opération fut une mission d’évangélisation », atteste Claude Breuil, conseiller financier chez Invest Securities, chargé de l’offre. Elle est donc restée modeste. Dans un premier temps, les actions de China Corp Oil ne seront accessibles qu’à des investisseurs professionnels, et l’entreprise s’est contentée de lever le minimum légal, 5 millions d’euros, soit environ 7 % du capital.

« ETRE LES PREMIERS EN FRANCE »

« Nous préférons être les premiers en France que le cinquantième à Londres ou ailleurs », explique Wang Dingli, conseiller de China Corn Oil. La société espère profiter de l’exposition médiatique de ce petit événement, qui a mobilisé une délégation chinoise de près de quinze personnes, dont l’état-major de China Corn Oil, mais aussi la maire de la ville de Binzhou où est basée la société et le conseiller économique de l’ambassade de Chine à Paris. Leader dans son pays, l’entreprise compte se faire connaître pour attirer les consommateurs européens et devenir « la » référence haut de gamme d’huile de maïs. « Nous voulons être le « Lancôme » de l’huile de maïs », s’amuse M. Wang.

Avec un peu plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, la société profite de la flambée des matières premières. En Chine, le prix de l’huile de maïs a progressé de 40 % en un an et demi. Assez pour séduire les épargnants ?

Le moment n’est pas le mieux choisi pour s’aventurer en Bourse. Les turbulences provoquées par la crise des subprimes n’ont pas encouragé les entreprises à se faire coter sur le Vieux Continent. China Corn Oil a d’ailleurs dû reporter l’opération initialement prévue en décembre 2007.

« China Corn Oil est un cas à part », espère néanmoins Robert Yu, de la banque ICBC, conseil de la société. Pour sa première cotation, l’entreprise chinoise a profité du rebond inattendu du marché. Le CAC 40 a progressé mardi de 3,49 %, et l’action de China Corn Oil s’est octroyé une hausse de 5 %, cotant 20,81 euros à l’issue de sa première journée de cotation.

Claire Gatinois et Yinan Qian

MONDIALISATION et émergence croissante de l’INDE:Tata devient un groupe mondial

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INDE:

Inde                 Inde

Chef de l’état:Présidente : Pratibha Patil (depuis le 25-7-2007). Premier ministre: Manmohan Singh (depuis mai 2004)-Régime politique:République fédérale démocratique souveraine socialiste laïque (25 Etats et 7 territoires). Membre du Commonwealth-Capitale:New Delhi-Langue officielle:Hindi, anglais-Superficie:3 287 263 Km2-Population:1 103 596 000 hab. ( en 2005)-Densité de Pop.:335.72 hab./Km2-Monnaie Nationale:Roupie indienne (INR)-Cours en Euros:0.01589000 (au 28/03/2008)-Pnb:567,604 Milliard(s) de dollars-Indice de Développement Humain (rang mondial):0,602 (127) ( en 2003)

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Automobile : Avec Land Rover et Jaguar, Tata devient un groupe mondial

 Jaguar. La prestigieuse marque britannique a été créée en 1922 par Bill Lyons. Elle a été rachetée par le constructeur américain Ford en 1989 pour 1,6 milliard de livres (2 milliards d’euros). Elle compte 8 000s alariés dont 2000 dans le centre d’ingénierie de Coventry, 3 000 dans l’usine de Birmingham et 3 000 autres à Halewood près de Liverpool. En 2007, le constructeur a vendu 60 000 voitures dont plus de 70 % à l’exportation. Selon les analystes, Jaguar a perdu 500 millions de dollars (320 millions d’euros) en 2007.
Land Rover. Fondé en 1947 par Rover, Land Rover a été racheté en 1994 par BMW et, en 2000, par Ford pour 1,7 milliard de livres. A Solihull près de Birmingham, 7 900 salariés fabriquent les véhicules de la marque. En 2007 et pour la première fois de son histoire, Land Rover a dépassé le cap des 200 000 voitures vendues (205 717). Ses bénéfices se sont établis, selon les analystes, à 1 milliard de dollars.

 LE MONDE | 26.03.08 

New Delhi, correspondance

Un an après s’être emparé du fleuron sidérurgique britannique Corus, le groupe indien Tata devient propriétaire de Land Rover et Jaguar. Tata a annoncé, mercredi 28 mars, le rachat des deux marques de luxe britanniques pour 2,3 milliards de dollars (1,47 milliard d’euros). L’opération doit être finalisée à la fin du second semestre.

Grâce à cette acquisition, le groupe indien est en passe de devenir un constructeur automobile d’envergure mondiale, huit ans seulement après avoir assemblé sa première voiture. « Tata Motors veut devenir un groupe international, ce qui veut dire qu’il a besoin d’avoir accès aux dernières technologies », indiquait récemment Ratan Tata, le président du groupe Tata, au magazine britannique Autocar Magazine. De fait, l’accord signé mercredi prévoit le maintien avec Tata des coopérations qui existaient avec Ford.Avec un budget annuel de 600 millions d’euros consacré à la recherche et développement, soit le triple de celui de Tata Motors, Land Rover et Jaguar disposent de technologies cruciales pour le développement du groupe indien sur les marchés occidentaux. Ratan Tata n’a jamais caché qu’il espérait lancer en Europe dans quelques années la Nano, la voiture la moins chère du monde.

« En rachetant ces marques et ce savoir-faire, Tata comble dix à quinze ans de retard », estime Amit Kasat, analyste chez Motilal Oswal, basé à Bombay. Tata Motors va emprunter 3milliards de dollars pour financer l’acquisition et le développement des deux marques britanniques. Il peut compter sur le soutien de l’empire Tata, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 28 milliards de dollars lors de son dernier exercice fiscal.
 

« Tata Motors n’est pas tant intéressé par les marques que par la taille critique indispensable à son développement à l’international. Pour survivre, un constructeur automobile doit être présent sur tous les segments », note Dilip Chenoy, directeur général de l’association des constructeurs automobiles indiens. Tata Motors est surtout présent en Inde, tandis que Land Rover et Jaguar sont bien implantés sur les marchés développés. Toutefois, le constructeur indien ne peut guère compter sur les synergies du nouvel ensemble. La voiture la plus économique commercialisée par Land Rover se vend quinze fois le prix d’une Nano. De la voiture la moins chère du monde à la voiture de luxe, les circuits de distribution, la conception et le marketing obéissent à des logiques différentes. Prudent, Ratan Tata précise qu’il conservera l’autonomie de Land Rover et Jaguar : « Ce sont des marques britanniques et elles devront rester britanniques. » D’après les analystes, Land Rover a dégagé un profit de 1 milliard de dollars en 2007, tandis que Jaguar a affiché des pertes de 500 millions de dollars. La marque vend aujourd’hui l’essentiel de sa production aux Etats-Unis et en Europe. Pour redresser la barre, Tata mise sur sa connaissance des pays émergents, qui représentent un potentiel de développement gigantesque pour les marques de luxe. « Il n’est pas impossible que l’Inde serve de plate-forme de production », s’avance même Abdul Majeed, en charge du secteur automobile au cabinet de conseil Price Waterhouse, à Madras.

Les finitions, qui sont, sur ce segment de marché, fondamentales mais coûteuses, pourraient être délocalisées en Inde. Toutefois, dans l’immédiat, les usines britanniques de Land Rover comme de Jaguar sont en surcapacité. La production ne devrait donc pas faire l’objet de délocalisations.

D’ailleurs, en novembre 2007, Tata s’est engagé devant les syndicats britanniques à ne fermer aucune usine, et à ne supprimer aucun emploi, au moins pendant cinq ans. Mais « si l’Inde est capable, dans quelques années, d’assembler des voitures de luxe à moindre coût, elle pourrait bien sauver le fleuron automobile de son ancien pays colonisateur », espère Dilip Chenoy.

Julien Bouissou

CHINE,TIBET,JO,répression:«Pékin ne comprend pas le poids de la religion au Tibet»

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La propagande est énorme, sans précédent…

Recueilli à Pékin par PASCALE NIVELLE

Liberation-QUOTIDIEN : vendredi 28 mars 2008

L’écrivain Liu Xiaobo, 52 ans, est une figure du mouvement de Tiananmen en 1989. Emprisonné après le 4 juin, puis en 1996 pour avoir publié un article demandant des réformes politiques en Chine, il reste sous surveillance policière à Pékin. Le 22 mars, il a initié une pétition sur le Net avec un autre dissident, Wang Lixiong, appelant Pékin à cesser sa propagande, ouvrir le Tibet à la presse et entamer un dialogue avec le dalaï-lama. Appel déjà signé par 300 personnes, chinoises et étrangères.

Le gouvernement chinois a-t-il changé ses méthodes en période de crise ?

Quand il ne se produit pas d’événement grave, on peut penser que le Parti communiste chinois [PCC] a évolué. Mais dès qu’il se passe quelque chose, on s’aperçoit que ce n’est qu’une façade. Depuis le début de la crise du Tibet, le degré de propagande est énorme, sans précédent. Les dirigeants utilisent des termes comme «guerre du peuple», «combat à la vie, à la mort» ou «loup déguisé en mouton» en parlant du dalaï-lama. Ces mots me rappellent la Révolution culturelle. Comme toujours, ils cherchent un bouc émissaire. En 1976, lors des répressions qui avaient suivi les commémorations de la mort de Zhou Enlai, c’était Deng Xiaoping. En 1989, le responsable était Zhao Ziyang, le secrétaire général du Parti. Maintenant, le Parti accuse le dalaï-lama d’être derrière les émeutes du Tibet. On attend toujours les «preuves» de sa responsabilité, annoncées par les dirigeants dès le début de la crise. Sur le fond, ils n’ont pas changé, et cela ne me surprend pas. La seule évolution, c’est qu’on est passé d’un parti révolutionnaire à un parti de privilégiés, dont la préoccupation est de se maintenir au pouvoir.

Le degré de répression est tout de même moindre semble-t-il…

En 1989, c’était beaucoup plus dur. Lhassa n’est pas comparable, d’autant qu’il y a eu des violences côté tibétain, que nous réprouvons par ailleurs. Beaucoup de choses ont changé en vingt ans. La Chine a établi des relations économiques avec le monde et veut être reconnue sur le plan international. Les dirigeants se sont rendu compte que la répression de 1989 avait été très nuisible à leur image. Et surtout, il y a les Jeux olympiques. La candidature de la Chine avait été rejetée en 1993, aucun pays occidental n’avait voté pour elle car 1989 était trop proche. En 2001, Pékin a fait des promesses sur les droits de l’Homme et a obtenu les Jeux. Le monde entier regarde si on tient parole. En 2006, les dirigeants ont annoncé des mesures pour la liberté de la presse occidentale mais pas pour les journalistes chinois. Depuis les émeutes de Lhassa, on s’aperçoit que les journalistes étrangers ne peuvent pas travailler lorsqu’il y a un problème grave. Les choses ont quand même évolué : avant 2006, je n’aurai pas pu vous rencontrer…

Votre pétition du 22 mars dénonce «l’inefficacité de la politique ethnique». Pourquoi ?

Les problèmes entre Chinois et Tibétains sont dus à la politique du gouvernement central et à sa propagande unilatérale, non aux peuples. Au Tibet, seul compte le secrétaire général du PCC. Les autres sont là pour la galerie. Le dalaï-lama et le panchen-lama, le numéro 2, sont interdits de résider chez eux. Les moines n’ont pas le droit d’exprimer leurs convictions, ni leur attachement à leur chef spirituel. C’est une erreur. Le gouvernement chinois, qui ne représente que le pouvoir Han [l’ethnie majoritaire en Chine, ndlr] et l’athéisme, ne comprend pas le poids de la religion pour les Tibétains. Ils pensent qu’en donnant de l’argent et en permettant l’enrichissement personnel comme ailleurs en Chine, ils vont régler les problèmes, que la population s’éloignera naturellement du dalaï-lama. Ils tentent d’acheter le Tibet, seule région qui ne paye pas d’impôt au gouvernement central et où il n’existe pas de taxes d’importation. Les autres provinces, plus ou moins riches contribuent à cette croissance, ce qui ne manque pas de poser des problèmes. Il est vrai que le niveau de vie des Tibétains s’est élevé. Mais pour un peuple aussi religieux, cela ne suffit pas. Cette politique est vouée à l’échec.

Que peut-il arriver d’ici les JO ?

Si le gouvernement ne prend pas les bonnes mesures et continue de refuser de s’asseoir pour discuter avec le dalaï-lama, cela ne va pas s’arrêter. La flamme olympique va circuler dans le monde entier, cela posera des problèmes partout. Le gouvernement peut contrôler ce qui se passe à l’intérieur de la Chine, mais il en est bien incapable à l’étranger. Ce sera néfaste pour l’image du pays. Il faut donc qu’il règle ce conflit autrement.

BRESIL,pays émergent en forme et qui profite de la Mondialisation malgré la crise…

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Le Brésil espère échapper à la crise financière grâce à des réserves records et à la diversification de son économie.

LE MONDE | 24.03.08

 Face à la crise financière internationale, le Brésil affiche une belle sérénité. Surtout, le pays se juge aujourd’hui capable de résister aux dangers venus d’ailleurs. La 10e économie du monde – entre celle du Canada et celle de la Russie – vit une période faste qui inspire confiance à ses partenaires autant qu’à elle-même. Et sa croissance, robuste et équilibrée, est entrée dans un cercle vertueux.

Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 5,4 % en 2007, contre 3,7 % en 2006. C’est la seconde bonne nouvelle de l’année après l’annonce, fin février, que le Brésil était devenu créditeur. C’est le pays émergent qui a le plus augmenté ses avoirs de change en 2007. Le niveau de ses réserves – désormais supérieures à sa dette extérieure publique et privée – lui assure un confortable coussin de devises qui le protège des secousses du marché.

Le commerce extérieur tire cette croissance.

(cf graphique ———-) commerce Bresil )

 Le marché mondial, avec en tête la Chine, est très demandeur en produits agricoles et matières premières dont le Brésil regorge et qui lui assurent les deux tiers de ses revenus : viande de boeuf, soja, minerai de fer, éthanol, entre autres.

 La composition des exportations(des faits:

La composition des exportations brésiliennes
Les biens manufacturés y ont une place de plus en plus importante. Même si certains voient encore le Brésil comme étant essentiellement exportateur de matières premières. Grâce à la modernisation de l’agriculture et à l’amélioration de la productivité, les produits de base connaissent une augmentation non négligeable.

source: http://www.topdobrasil.com.br/bac/brasil/dados1-1.php)

A l’inverse du Venezuela, dont la richesse provient presque exclusivement du pétrole, le Brésil a pu diversifier ses exportations. Il a aussi élargi le cercle de ses clients. Les Etats-Unis n’absorbent que 15 % de ses ventes – seulement un peu plus de 2 % de son PIB. Par comparaison, le Mexique vend 80 % de ses produits à son voisin du Nord. La Chine achète 10 % des exportations du Brésil – soit cinq fois plus qu’il y a deux ans, et plus que l’Argentine voisine.

Sous l’égide de la Banque centrale, agissant de manière autonome et transparente, l’instauration en 1999 d’un taux de change flottant entre la monnaie locale, le real, et le dollar a facilité la maîtrise de l’inflation, réduite à 4,5 % en 2007. Le real a doublé de valeur en cinq ans par rapport au billet vert. Quant à la Bourse de Sao Paulo, elle a décuplé la sienne depuis 2002, avec une hausse de 60 % en 2007.

Le Brésil possède désormais un dynamisme interne basé sur une forte hausse de la demande des ménages et des entreprises. En 1999, les taux d’intérêt avaient atteint un record de 45 %. Ils sont aujourd’hui de 11,25 %, soit 7 % en termes réels. Ce serait encore énorme pour beaucoup de pays, mais pas ici. Cette baisse drastique a fait fleurir le crédit et dopé la consommation (+ 6,5%), dans la construction, l’automobile ou l’informatique.

La confiance du gouvernement dans l’avenir de l’économie va de pair avec une prudence légitime. Car deux dangers se rapprochent.

D’abord, la balance des comptes courants a enregistré en 2007 un léger déficit dû à l’écart – du simple au double – entre les exportations et les importations. Pour satisfaire la demande interne, les entreprises ont beaucoup importé à des prix compétitifs, grâce à l’appréciation du real, et moins vendu à l’étranger, où leurs marges sont pénalisées par cette monnaie forte. Brasilia vient de prendre des mesures financières pour relancer les exportations et rendre le pays moins attractif pour les capitaux spéculatifs qui poussent le real à la hausse.

La composition des importationsLes importations brésiliennes sont essentiellement constituées de matières premières, de biens de capital et de biens non durables.Les importations de combustibles qui pésèrent très lourdement sur les achats du Brésil dans les années 70 ne représentent plus le fardeau d’autrefois.http://www.topdobrasil.com.br/bac/brasil/dados2.php (source)

L’inflation est le second danger. Le président Luiz Inacio Lula da Silva la tient pour la pire ennemie des Brésiliens les plus pauvres, dont il dit défendre la cause. Sa maîtrise a contribué à sa réélection en 2006 et lui a permis de redistribuer de la richesse à des millions de familles par l’entremise de programmes sociaux. Le chef de l’Etat préfère la poursuite d’une croissance plus modeste ne portant pas en germe le retour de l’inflation.

 

Cette menace sera contenue tant que la hausse de l’investissement l’emportera sur celle de la demande, ce qui a été le cas en 2007. Mais avec 18 % du PIB, l’investissement reste nettement inférieur à celui de la Chine (40 %) ou de l’Inde (35 %).

Pour rendre sa croissance durable, le Brésil devra s’attaquer à des problèmes de fond dont la solution est autant politique qu’économique. Il lui faudra réduire la dette interne de l’Etat en resserrant les dépenses publiques. Il lui faudra développer ses infrastructures, alléger sa fiscalité et simplifier sa bureaucratie. Bref, diminuer ce que les investisseurs appellent ici « le coût Brésil ».

Jean-Pierre Langellier

ETATS-UNIS,MONDIALISATION,SPECULATION:un retour aux interventions de l’Etat-Providence?

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CRISE FINANCIÈRE

Washington pourrait cautionner les prêts immobiliers:la FED y pense,Bush ne s’y résoud pas pour l’instant…

LE MONDE | 24.03.08 

Pour éviter que l’éclatement de la bulle du crédit immobilier américain ne fasse s’effondrer le système bancaire, toutes les solutions sont envisagées, même les plus radicales. L’hypothèse qui circule aujourd’hui aux Etats-Unis, dans le cas où la situation deviendrait incontrôlable, est celle d’un rachat massif par le gouvernement des produits financiers basés sur les crédits immobiliers ou « mortgage backed securities » (MBS). L’Etat apporterait sa caution et cela permettrait de régler le problème, récurrent depuis l’été, du financement des établissements bancaires dont les bilans portent des actifs dont il est devenu impossible d’établir la valeur.

Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI) et professeur à Harvard, chiffre entre deux et trois mille milliards de dollars (jusqu’à deux milliards d’euros) le coût d’un tel rachat. Il estime que la perte serait d’au moins 500 milliards de dollars pour le contribuable américain. « On serait dans la même logique, mais à une tout autre échelle, que le renflouement et la liquidation des Caisses d’épargne américaines à la fin des années 1980 à la suite déjà d’une crise immobilière », explique M. Rogoff. Cela permettrait de donner une valeur aux crédits immobiliers et de chiffrer définitivement les pertes bancaires, ce qui rétablirait la confiance.

 La Réserve fédérale américaine, à Washington. AFP/KAREN BLEIER

La Réserve fédérale

Le Financial Times révèle, dans son édition datée des 22 et 23 mars, que plusieurs banques centrales, dont la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne (BCE), ont commencé à évoquer ensemble la possibilité d’une telle opération. La Banque d’Angleterre a reconnu avoir des discussions avec ses homologues sur les moyens de « faire baisser la tension » sur les marchés financiers, mais dément avoir l’intention de solliciter le contribuable pour assumer les risques de crédits à la place des établissements financiers. La banque centrale ajoute qu’elle ne fait pas partie « de celles » qui « envisagent » l’achat de produits financiers contenant des prêts immobiliers.

Les réticences seraient encore plus grandes à Francfort du côté de la BCE qui se refuse à tout commentaire. L’idée fait surtout son chemin aux Etats-Unis, même si un porte-parole de la Fed a déclaré samedi que « la Réserve fédérale n’est pas engagée dans des discussions avec des banques centrales étrangères pour un rachat coordonné des MBS ». Elle ne rejette pas pour autant par principe toute intervention de cette nature qui peut, selon elle, être justifiée dans certains cas, mais seulement en dernier recours.

Le fait qu’une telle hypothèse soit évoquée illustre en tout cas la crainte des banques centrales de voir la situation leur échapper une semaine seulement après le sauvetage de la cinquième banque d’affaires américaine, Bear Stearns.

« Nous n’y sommes pas encore, mais nous approchons du troisième stade d’une crise financière quand la banque centrale a dépensé toutes ses munitions et ne parvient pas à restaurer l’équilibre. Il reste alors trois choix possibles : la dépression, l’inflation ou l’intervention publique », souligne J. Bradford Delong, professeur d’économie à l’université de Berkeley et ancien secrétaire adjoint au Trésor dans l’administration Clinton. « La dépression est impensable, l’inflation par la planche à billet est vraiment à éviter, il ne reste plus que l’intervention de l’Etat parce que la quantité d’actifs compromis est trop importante pour être absorbée par les intermédiaires financiers », ajoute-t-il.

La décision, sans précédent, de racheter et de cautionner les crédits immobiliers ne serait de toute façon pas du seul ressort des banques centrales mais avant tout des gouvernements. Elle supposerait un engagement massif des finances publiques et présenterait de sérieux risques politiques. Aujourd’hui, la Maison Blanche n’y est pas prête et le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, n’y serait pas favorable. Il faudrait justifier auprès de l’opinion l’utilisation d’argent public pour sauver des banques ayant pris des risques inconsidérés.

Pour le moment, la Fed et l’administration estiment que la situation n’est pas suffisamment dramatique pour en arriver là. La Réserve fédérale entend d’abord mesurer l’efficacité de ses fortes baisses de taux d’intérêts depuis six mois et des mesures de refinancements exceptionnelles pour les établissements financiers qu’elle a mises en place.

Eric Leser

Le JAPON pousse dans ce sens:« une injection de fonds publics est inévitable »« Les Etats-Unis devraient utiliser l’argent public pour venr en aide à leurs banques en détresse et calmer ainsi la crise financière mondiale », a affirmé le ministre japonais des services financiers, Yoshimi Watanabe, dans un entretien publié lundi 24 mars par le Financial Times. M. Watanabe a invité Washington à s’inspirer de l’exemple du Japon, dont le système bancaire avait été au bord de l’effondrement dans les années 1990 après l’éclatement d’une bulle spéculative immobilière, avant de se redresser grâce à un plan de sauvetage gouvernemental financé par le contribuable.« Il est essentiel de comprendre, à partir de la leçon du Japon, qu’une injection de fonds est inévitable » dans le secteur bancaire, a déclaré M. Watanabe au quotidien économique britannique. Il a reconnu qu’il est « très difficile pour le Japon de faire passer ce message à un gouvernement étranger », mais il a suggéré de formuler ce conseil dans le cadre des réunions des ministres des finances et banquiers centraux du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, Canada). – (AFP.)

Problèmes énergétiques,problèmes écologiques:les déchets nucléaires aux ETATS-UNIS.

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Dans le Nevada, polémique autour du futur site de stockage des déchets nucléaires américains

-Reportage  réalisé en 2004  par France2:

Reportage de Gilles JACQUIER et Martine LAROCHE-JOUBERT    L'image “http://journalistes-reporters-dimages.france2.fr/IMG/jpg/USAnucleaire.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

à voir sur———)http://journalistes-reporters-dimages.france2.fr/player.php3?id_article=127&id_rubrique=54

-Article du MONDE | 19.03.08

YUCCA MOUNTAIN (NEVADA) ENVOYÉE SPÉCIALE

« Bien sûr, vous pouvez venir à Yucca Mountain, comme cela vous verrez à quel point c’est loin de tout », a dit d’emblée Allen Benson, le directeur des affaires extérieures de l’office chargé de la gestion des déchets radioactifs américains. Rendez-vous a donc été pris au bureau de l’office à Las Vegas, capitale économique du Nevada et capitale mondiale du jeu. Le futur site de stockage des déchets nucléaires américains se trouve à une heure et demie de route. La région a une vocation nucléaire : le site empiète sur l’ancienne zone d’essais atmosphériques et souterrains. Après le passage de plusieurs barrages de sécurité, Yucca Mountain, née il y douze millions d’années d’une éruption volcanique, apparaît. L’arête culmine à 1 507 m. Tout autour, la pierre est rousse et l’herbe jaune, nous sommes dans le désert

C’est ici que le gouvernement fédéral a décidé d’enfouir le combustible usagé généré par la centaine de centrales nucléaires américaines, qui fournissent 20 % de l’électricité du pays, et les déchets issus d’activités militaires. Certains produits de fission seront radioactifs pendant des millions d’années. « L’objectif est de les isoler de manière permanente, explique M. Benson. Il faut qu’après quelques centaines d’années, on puisse fermer le site et le laisser sans surveillance. » Que seront devenus alors les Etats-Unis ? Personne ne peut l’imaginer, « mais il faudra que les gens soient protégés », proclame M. Benson.Selon le département de l’énergie, Yucca Mountain a été choisie parce qu’elle est « éloignée et sûre ». Les déchets seront stockés dans 65 kilomètres de galeries, à 300 mètres sous terre, 300 mètres au-dessus de la nappe d’eau souterraine. Le contact entre l’eau et le combustible usé est à éviter absolument car l’élément liquide transporte les radionucléides. « Ici, il tombe 16 centimètres d’eau par an, l’essentiel s’évapore ou est absorbé par la végétation, poursuit M. Benson. De plus, l’eau qui s’infiltre n’est connectée à aucun lac, fleuve ou océan. » Les déchets seront stockés dans 11 000 cylindres en alliage de métaux, qui pourraient être recouverts d’une protection supplémentaire en titane. Le tout ne commencera pas à rouiller avant 80 000 ans, affirme le département de l’énergie..

Le site de Yucca Mountain, dans le Nevada, devait recevoir des déchets nucléaires américains.AVENTURIER PATRICK

Le site de Yucca Mountain, dans le Nevada
Les habitants du Nevada et leurs élus ont une autre vision. (…)Selon les opposants, si les critères techniques avaient été pris en compte, le site aurait été disqualifié. « On sait que l’eau se déplace à travers la roche, qui est pleine de failles et de fractures, affirme Judy Treichel, opposante historique au projet. Tout repose sur la solidité des protections de métal. Mais comment peut-on avoir l’assurance qu’elles résisteront aux échelles de temps considérées ? »

Depuis 1987, la population de l’agglomération de Las Vegas, dont le taux de croissance est le plus élevé des Etats-Unis, est passée de 700 000 à 2 millions d’habitants. Elle accueille 39 millions de visiteurs par an. Le maire a affirmé qu’il faudrait que les convois de combustible usagé lui roulent sur le corps pour traverser sa ville. Les Indiens Shoshone renforcent ce front. Selon eux, Yucca Mountain se trouve sur un territoire relevant de leur souveraineté.

Mais l’opposant le plus acharné est le sénateur du Nevada Harry Reid, devenu en 2006 le leader de la majorité démocrate au Sénat. « Las Vegas est en plein développement, un accident aurait des conséquences sanitaires et économiques considérables, commente-t-on au bureau du sénateur à Washington. En outre, il est trop risqué de transporter la substance la plus dangereuse connue sur terre sur les voies ferrées et les routes du pays. »

« Notre sénateur est assez puissant pour leur couper chaque année leur budget », se félicite M. Frishman. En 2008, le budget de l’office s’élèvera à 386 millions de dollars (246 millions d’euros), contre 495 millions de dollars demandés, ce qui équivaut à 500 emplois en moins. Du coup, l’activité sur le site est au point mort. « Il y avait des centaines de personnes qui travaillaient ici, aujourd’hui, il n’y en a plus qu’une dizaine », se désole M. Benson. Le tunnel d’essai qui devait servir de porte d’entrée au site, terminé en 1987, n’est plus visitable : l’office n’a plus les moyens de payer l’éclairage ni la ventilation.

Du fait de la guérilla judiciaire et politique menée par les opposants, le retard s’accumule. Le site devait ouvrir en 1998. S’il franchit toutes les étapes, il ouvrira au mieux en 2020. Et le sujet ne sera pas clos. Car les déchets qui se sont accumulés sur le territoire américain depuis soixante ans suffiront à le remplir. Il faut d’ores et déjà prévoir une extension.

La facture s’alourdit. Environ 11 milliards de dollars ont été dépensés jusqu’à présent. Les producteurs d’énergie, qui abondent le budget de l’office et sont contraints de stocker les déchets dans 121 sites de production, réclament des indemnisations devant les tribunaux. L’Etat fédéral leur a déjà payé 300 millions de dollars.

L’élection présidentielle de novembre pourrait décider du sort de Yucca Mountain. Les démocrates Barack Obama et Hillary Clinton ont tous deux affirmé qu’ils remettraient en cause le projet s’ils étaient élus, tandis que le candidat républicain John McCain le soutient. (…)

Gaëlle Dupont

SUD:Un milliard d’humains n’ont pas accès à l’eau

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Eau: les problèmes augmentent…

AFP-LIBERATION : mardi 18 mars 2008

L’ONU consacre jeudi une journée mondiale à l’eau, qui fait défaut à plus d’un milliard d’humains et manquera plus cruellement encore à l’avenir sous la double pression du réchauffement climatique et d’une demande exponentielle de la population mondiale.

(… Pas) de progrès: à ce jour, un tiers de l’humanité (2,4 milliards d’individus) continue de vivre sans accès à une eau de qualité ni de simples latrines, et chaque jour 25.000 personnes en meurent, essentiellement des enfants.(…L’) objectif (…)de réduire de moitié d’ici à 2015 par rapport à 1990 la part d’humains privés d’eau potable est pratiquement hors d’atteinte(…)

 http://ecoville.e.c.pic.centerblog.net/3ck6z6h2.jpg

L’eau est inégalement distribuée sur la planète, et pour fournir une eau de qualité, il faut en payer le prix. «Globalement, elle est abondante là où il n’y a personne», relève Pierre Chevallier(…de l’IRD): la partie amazonienne du Pérou ou de l’Equateur, peu peuplée, est abondamment arrosée, alors que toute la côte Pacifique, poumon économique et siège des grandes villes, est asséchée, jusqu’au Chili.

Pour Pierre Chevallier, «ça ne va pas s’arranger avec le réchauffement climatique, qui va accélérer les phénomènes d’évaporation et de fonte des glaciers et réduire encore les quantités d’eau disponibles. Et encore moins avec la pression démographique: non seulement la population mondiale augmente, mais aussi les exigences de cette population avec l’amélioration de ses conditions de vie dans les grands pays émergents».

POLLUTION: le Pacifique,une poubelle ?

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Voyage dans la poubelle du Pacifique

 > Le phénomène météorologique qui explique cet amoncellement d’ordures s’appelle le North Pacific Gyre (wikibio, en anglais). Il s’agit d’un tourbillon de 34 millions de km2 formé par la plupart des courants océaniques du nord du Pacifique. Voir le plan (ci-dessous) de la Great Pacific Garbage Patch (réalisé par Greenpeace).

Plan du GPGP

…la suite sur——–) http://desourcesure.com/dss/2007/10/lile_du_pacifique_est_une_ordu.php

LE MONDE | 18.03.08

Charles Moore (…)à bord d’un catamaran baptisé Alguita(…) chasse obstinément une proie singulière, le plastique échoué dans l’océan. Et il en trouve de toutes sortes, de toutes tailles, de toutes origines. « Mes préférés, ce sont les poignées de parapluie », sourit-il.

Il y a aussi un gros paquet de brosses à dents, des stylos, des bidons déformés par les morsures des requins. Un ballon en forme de coeur. Des casques de chantier. « Celui-là est russe, l’inscription est en cyrillique, observe Charles Moore. Cet autre a l’air asiatique. » Mais les objets identifiables ne sont pas l’essentiel, car aucun ne reste entier très longtemps, ballotté par les courants. La plus grande part de la récolte est moins spectaculaire, mais plus préoccupante.Ce sont des particules moins grosses qu’un grain de sable, qui résultent de la dégradation des objets. Les granulés qui servent de matière première à l’industrie plastique sont également légion. Charles Moore vient tout juste de décharger de l’Alguita une cinquantaine d’échantillons de cette « soupe de plastique », collectée au large en février. « L’océan est en train de se remplir de déchets », soupire-t-il en agitant un des bocaux de verre(…)

 Son intérêt pour le plastique découle d’un hasard. En 1997, au retour d’une course à la voile qui l’a emmené de Los Angeles à Honolulu, le navigateur décide de prendre une route habituellement évitée par les marins, car elle traverse une zone de hautes pressions, sans vent, où les courants s’enroulent dans le sens des aiguilles d’une montre : la gyre du pacifique nord. « Jour après jour, je ne voyais pas de dauphin, pas de baleine, pas de poisson, je ne voyais que du plastique », se souvient-il. Charles Moore se passionne pour cet endroit perdu. Il crée une fondation financée par des donateurs privés et, avec l’aide de scientifiques spécialistes de la pollution de l’eau, met au point une méthode de quantification des déchets, avant de retourner dans la zone. Les premiers résultats sont publiés dans le Marine Pollution Bulletin en 2001. L’équipe dénombre 334 271 fragments de plastique par km2 en moyenne (jusqu’à 969 777/km2 au maximum) pour un poids moyen de 5 kg/km2. La masse de plastique est six fois plus élevée que la masse de plancton prélevée. La gyre piège les particules.

L’endroit où les prélèvements ont été effectués, aussi grand que le Texas, est baptisé Eastern Garbage Patch, la « poubelle de l’est » du Pacifique. Quelle est la superficie totale de cette « poubelle » ? « Nous ne le savons pas, répond Charles Moore. L’eau est toujours en mouvement, la pollution est donc très difficile à mesurer. J’ai parcouru 150 000 kilomètres à bord de l’Alguita dans le Pacifique nord, et j’ai trouvé du plastique partout. »

Le dernier voyage de l’Alguita laisse augurer une aggravation. « C’était vraiment choquant de voir qu’à chaque prélèvement nous remontions systématiquement du plastique », observe Jeffery Ernst, 22 ans, tout juste diplômé de biologie marine, embarqué volontaire(…)

 L’impact de cette pollution est aujourd’hui « sous-estimé ». Quelque 245 millions de tonnes de plastique ont été produites dans le monde en 2006. Une partie, difficile à quantifier, aboutit à l’océan. La matière, très légère, est transportée par le vent, mais surtout par les fleuves et les systèmes d’évacuation des eaux urbaines. Sans oublier les déchets abandonnés sur les plages. Environ 80 % du plastique retrouvé en mer vient de terre. Seuls 20 % sont issus des navires.
Ordures
> Photo d’un tas de plastiques échoués sur la rivière de Los Angeles (tirée de theiff.org).

Le plastique a beaucoup de qualités. Il est peu cher, pratique et très résistant. Trop résistant, justement, quand il échappe aux circuits de collecte et de destruction des déchets. Il semble indestructible dans la nature. « Personne ne sait combien de temps il met à disparaître complètement(…) Il peut se fragmenter au point de se transformer en poudre, mais il est toujours là. Aucun micro-organisme n’est capable de le dégrader complètement. Tout le plastique qui s’est échappé dans l’environnement depuis qu’on en fabrique y est encore. »

Impossible de nettoyer l’océan(…) La seule solution(…) est de développer le plastique recyclable, biodégradable, aujourd’hui très minoritaire, et de changer nos habitudes. « Nous devrions réserver le plastique aux objets dont nous voulons vraiment qu’ils durent. »

(extrait artcle Gaëlle Dupont)

MONDIALISATION financière: »Très, très grave pour tour le monde…. »:vers un krack à la 1929 ?

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Daniel Cohen :  » le système ne pourra pas s’en tirer seul … « 

LE MONDE | 18.03.08

Pourquoi assiste-t-on à une aggravation de la crise financière depuis deuxjours ? La cause immédiate en est le rachat par JPMorgan de la banque d’affaires Bear Stearns quasiment pour un « franc symbolique ». Personne n’imaginait que la situation était (aussi)grave (…et)cela met en lumière le fait que la Réserve fédérale américaine [Fed] n’a pas les outils adaptés pour faire face.

L'entrée du siège social de la banque Bear Stearns à New York.Getty Images

Après avoir été renflouée d’urgence, la banque d’investissement Bear Stearns a été rachetée par sa concurrente JP Morgan Chase pour environ 236 millions de dollars afin d’éviter sa faillite.

La crise s’est installée en trois temps.

1 (…)tout le monde a cru que l’affaire « américains » avait déclenché une crise de liquidité.

2(…) derrière les notes « triple A » des agences de notation, on a découvert des actifs vraiment insolvables et des maquillages qui représentent autant d’escroqueries morales et financières(..L)es dégâts sont passés à 200 ou 300 milliards de dollars [127 ou 190 milliards d'euros] dans les comptes des établissements ayant acheté ces « subprimes ». La crise est devenue une crise de solvabilité.

3(.. ).l’ensemble du marché hypothécaire américain est maintenant touché, car les prêts à risque ne sont plus les seuls concernés:sous l’effet de la baisse des taux, les actifs avaient pris de la valeur et généré des plus-values immobilières, déclenchant un phénomène de bulle et de richesse qui poussait la consommation.Désormais le système américain fonctionne en sens inverse, c’est-à-dire que les ménages constatent que leur dette excède le prix de leur maison; ils rendent les clés à leur banque et stoppent leurs remboursements. Et le château de cartes s’effondre.

Une aversion au risque s’installe. Les banques ne se font plus confiance entre elles. Le coût du financement se durcit, parce que le crédit devient plus difficile à obtenir et non parce que les taux augmentent. La défiance engendre la défiance et le système financier s’installe dans un cercle vicieux.

Pourquoi les banques centrales ne sont-elles pas parvenues à l’éviter ?

Dans la phase un de la crise, elles ont injecté des liquidités. Dans la phase deux, la Fed a baissé ses taux, ce qui permet une recapitalisation des établissements, mais trop lente.

Voici que, comme lors de la crise de 1929, la Fed ressort des instruments non bancaires et s’autorise même à prendre en pension des actifs risqués!

Le patron de la Fed, la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke.

En fait, la bonne solution consisterait à faire ce que l’on a fait en France avec le Crédit lyonnais. On a séparé le bon grain de l’ivraie, les vrais actifs des insolvables, avant de recapitaliser.

Mais il est inconcevable de recapitaliser la totalité du système financier malade : cela nécessiterait des sommes considérables.

Quelle thérapeutique serait efficace ?

Restaurer la solvabilité des ménages est inadapté et les banques centrales font la preuve qu’elles n’ont pas les moyens de traiter le problème(…Il faut que le G7 ait le culot de créer un fond public de réserve pour se porter au secours des établissements en difficulté.

Sinon, il faudra reconnaître que les seuls sauveurs possibles sont les fonds souverains et qu’on est passé à une nouvelle étape de la mondialisation qui ne concerne plus la libéralisation du textile par exemple, mais la libéralisation des liquidités. S’interdire de réfléchir à ces solutions atypiques conduirait à laisser la crise s’aggraver, car le système ne pourra s’en tirer seul.

A quelles réformes les banques doivent-elles s’astreindre pour éviter la répétition de cette crise ?

On savait depuis la crise de 1929 qu’il n’était pas une bonne chose que les banques d’affaires soient mariées avec les banques de dépôt. Les aléas des investissements à risque peuvent polluer les prêts aux entreprises et aux particuliers. N’est-il pas paradoxal de vivre aujourd’hui une crise financière, alors que l’économie réelle mondiale est en bonne santé ? Il faut donc sauver le système financier contre lui-même et revenir à une séparation entre banques d’affaires et banques de dépôt.

La possible baisse des taux de la Fed vous semble-t-elle inutile ?

Elle laisse entière la menace de stagflation qui pèse sur l’économie américaine. Car l’inflation par les cours des matières premières semble devoir se poursuivre, alors que le refroidissement est à l’œuvre.

Normalement, le ralentissement de l’économie des Etats-Unis devrait faire baisser ces produits de base. Si tel n’était pas le cas, cela prouverait que la banque centrale a perdu sa crédibilité auprès des marchés, et ce serait vraiment très, très grave pour tour le monde.

(extraits des propos recueillis par Alain Faujas)

LIBERATION

 La chute de la banque d’affaires Bear Stearns

Elle est intervenue en fin de semaine dernière, est un événement spectaculaire. Qu’on en juge : au milieu de la semaine, la banque disposait de 17 milliards de dollars de liquidités. Vendredi soir, elle n’avait plus un sou. Dix-sept milliards de dollars perdus en 48 heures (et même moins, en considérant que les marchés ont des heures de fermeture) ; cela représente 35 millions de dollars par heure, près de 6 millions par minute ; soit environ 100 000 dollars de pertes par seconde. De tels chiffres donnent le vertige, même lorsqu’on est habitué aux montants astronomiques de la finance moderne. Que s’est-il passé?

Bear Stearns a tout simplement été victime du pire accident possible pour une banque : un «bank run». Ce mécanisme est plutôt connu pour les banques de dépôt. Il faut savoir que les banques ne disposent pas, sous forme de liquidités, de la totalité de l’argent que leurs clients leur ont prêté : les contreparties des dépôts sont des titres acquis par la banque, ou des crédits accordés. C’est la nature même du métier bancaire : collecter de l’argent, en le rémunérant, et le prêter, en gagnant de l’argent sur la différence entre le rendement perçu et le rendement versé. Bear Stearns était une banque d’affaires, ce qui signifie qu’elle ne collectait pas d’argent sous forme de dépôts, mais sous forme d’émission de titres; le principe général reste le même.

Supposez maintenant que les clients de la banque, qui lui ont prêté de l’argent, s’inquiètent de la capacité de celle-ci à les rembourser, suite à des inquiétudes sur les crédits accordés ou les titres détenus par celle-ci; certains vont alors, par anticipation, chercher à retirer leur argent, réduire leur créance envers la banque, contre liquidités. Dans le cas d’une banque de dépôt, cela prend la forme d’un grand nombre de déposants faisant la queue au guichet pour vider leur compte. La banque se trouve donc dans l’obligation de verser des liquidités à ses clients. Mais, on l’a dit, l’essentiel de ses actifs est composé de crédits accordés ou de titres. Il lui est donc nécessaire de trouver des acheteurs pour les titres qu’elle détient (en pratique, d’autres banques ou organismes financiers disposés à lui prêter temporairement de l’argent, en recevant des titres en échange).

Mais c’est là que la mécanique peut devenir très dangereuse. Si au départ, la raison pour laquelle les clients de la banque ont retiré leur argent est une inquiétude sur la nature de ses actifs, cela signifie que la banque va avoir des difficultés à trouver à revendre ceux-ci (parce que tout le monde est inquiet sur ses actifs). Elle va donc être obligé de les brader, pour satisfaire la demande de liquidités de ses clients. En les bradant, elle en fait chuter la valeur, ce qui signifie que la valeur de ses actifs se dégrade encore plus; de ce fait, l’inquiétude des déposants s’accroît, et encore plus d’entre eux viennent retirer leur argent. Le mécanisme s’amplifie, fait boule de neige, et très rapidement, la banque ne peut même plus obtenir d’argent en vendant ses actifs, qui ne trouvent plus preneur. Elle est donc obligée de piocher dans ses réserves de liquidités pour payer ses clients; mais ses réserves de liquidités ne constituent qu’une part infime de ses engagements. Les clients doivent donc se ruer pour espérer être servis avant qu’il ne soit trop tard, précipitant encore le processus.

Ce mécanisme est bien connu : la banque britannique Northern Rock, en septembre dernier, en a fait les frais, et l’on a vu devant ses guichets des files d’attente de déposants venus récupérer leur argent, jusqu’à ce que le trésor britannique se décide à la nationaliser, prenant à son compte toutes ses dettes. Mais dans le cas de Bear Stearns, il a pris une ampleur inédite. C’est que lorsque le «bank run» prend la forme de clients faisant la queue au guichet, il y a un peu de temps disponible pour essayer de prendre des mesures pour rétablir la liquidité de la banque; dans le cas d’une banque d’affaires comme Bear, la fuite des clients s’est faite sous la forme très moderne de transactions électroniques, qui ne prennent que quelques secondes pour être effectuées. L’argent a filé à une vitesse qui dépasse l’entendement.

Quels sont les mécanismes permettant d’éviter un «bank run» ? Pour les banques de dépôt, il en existe un : la banque centrale. Si les banques ne trouvent plus d’acquéreur pour leurs titres, la banque centrale peut jouer le rôle de «prêteur en dernier ressort» qui, en contrepartie de certains des actifs de la banque en difficultés, lui prêtera de l’argent qu’elle peut créer en quantité illimitée. Evidemment, cette possibilité de sauvegarde a une contrepartie : la banque centrale va se montrer particulièrement exigeante sur les actifs qu’elle prendra en pension, et imposer des taux punitifs à la banque qui fait appel à elle pour se refinancer. Par ailleurs, les banques qui peuvent faire appel à la banque centrale font l’objet d’une règlementation plus stricte, les obligeant à constituer des réserves, à faire preuve de prudence.

Mais Bear Stearns est une banque d’affaires, ce qui signifie qu’elle ne peut pas faire appel à la banque centrale pour se refinancer en cas de besoin.

Le scénario a donc été le suivant. Tout a commencé, en fait, au milieu de l’année dernière, lorsque deux hedge funds créés par la banque ont connu des difficultés; Bear Stearns, une institution plutôt conservatrice — la banque avait été fondée en 1923, et avait résisté remarquablement bien à toutes les crises depuis 85 ans; au moment de l’affaire LTCM, elle avait pu se permettre d’être l’une des seules à ne pas participer au sauvetage du fonds — avait alors, pour préserver sa réputation, décidé de reprendre à son compte ces deux fonds pour rembourser leurs clients. Mais c’était un signe avant-coureur inquiétant : la banque, comme beaucoup d’autres, était un acteur important des marchés de «mortgage-based securities», un marché secondaire des crédits immobiliers, dans lequel on utilise les revenus issus de ces crédits pour fabriquer des obligations générant un revenu fixe, et à faible risque. L’idée est la suivante : il est possible qu’un certain nombre d’emprunteurs qui ont contracté un crédit immobilier fasse défaut. Si l’on met ensemble un nombre suffisant d’emprunteurs, en diversifiant leur origine, il est possible en cumulant un grand nombre de risques individuels de réduire le risque global, à condition d’être suffisamment diversifié. Des organismes de notation financière sont chargés ensuite d’évaluer le niveau de risque associé à ces produits.

Mais dans les circonstances actuelles de chute de l’immobilier, la diversification atteint ses limites; et de nombreux titres issus de crédit immobilier, malgré une note encore avantageuse, sont en réalité beaucoup plus risqués qu’on ne le croyait. C’est ce qui a conduit de nombreuses banques, depuis quelques mois, à constater des dépréciations de leurs actifs, Bear parmi beaucoup d’autres. Chacun cherche à savoir de combien il a été touché — quelle part de ses actifs seront sujets à des dépréciations, et dans un secteur financier dans lequel toutes les institutions sont interdépendantes, de combien les autres sont touchés.

Depuis quelques semaines, des rumeurs courent donc sur Bear Stearns, comme sur quelques autres banques. Au point que la banque centrale américaine, pour prévenir les risques, a mis en place des dispositifs permettant aux banques d’échanger certains de leurs actifs «toxiques» contre des titres du trésor américain, afin de réduire leurs risques. Ce mécanisme, ironiquement, a largement contribué à la chute du fonds Carlyle, en incitant les institutions financières qui lui avaient prêté de l’argent à saisir ses actifs pour bénéficier de cette «fenêtre d’échange». Mais Bear était l’un des clients de Carlyle, et le mécanisme d’échange d’actifs n’interviendra que dans un mois : trop tard.

Au début de la semaine, le président de Bear Stearns a fait une déclaration indiquant que «contrairement aux rumeurs, Bear Stearns n’avait pas de problèmes de liquidité». Dans les circonstances actuelles, un tel déni a été interprété comme un aveu, et la machine infernale du bank run s’est mise en place, avec la vitesse que donnent les technologies modernes. En catastrophe, la Fed a mis en place la possibilité, via la banque JP Morgan, pour Bear d’échanger ses  actifs contre des liquidités : Bear Stearns confie des actifs à Morgan, qui elle peut se refinancer auprès de la Fed. Morgan échange donc ces actifs contre des liquidités, qu’elle prête à Bear Stearns. Et cela n’a pas suffi. En deux jours, Bear a vu partir ses clients et a perdu toutes ses liquidités. Vendredi, après l’annonce de l’aide de JP Morgan, l’action de la banque (qui était déjà descendue à 60 dollars, après avoir été cotée à 170 il y a deux ans) a perdu la moitié de sa valeur en une vingtaine de minutes. Et dimanche, J.P. Morgan a annoncé qu’elle allait la racheter, au prix de deux dollars par action : c’était cela ou la mise en faillite dès lundi. Pour les 15 000 salariés de la banque, dont beaucoup sont actionnaires de celle-ci, c’est l’incertitude, la crainte de perdre leur emploi (JP Morgan va probablement massivement restructurer l’ensemble, et ne conserver qu’une petite fraction de l’ancien personnel), et surtout, le choc.

Face à des circonstances aussi exceptionnelles, on a tendance à chercher des causes dans la nature de la banque. Bear Stearns était arrogante ; mais ce n’est pas particulièrement original à Wall Street. Bear était très engagée dans les marchés de « mortgage-based securities », et donc fragile; mais énormément de banques sont dans ce cas. Bear Stearns était méchante : ses dirigeants étaient plutôt proches des républicains; la banque avait contribué à l’essor du marché des «subprimes» et à la bulle immobilière. Elle avait dû prendre trop de risques, et en subir les conséquences. Un vieux fond de culture chrétienne nous fait toujours penser que lorsque l’on est puni, c’est que l’on a péché.

Mais Bear n’était ni meilleure ni plus mauvaise que les autres; elle a simplement été victime d’un accident de grande ampleur. La preuve en est que lundi, alors que toutes les banques chutaient en bourse, JP Morgan, acheteur de Bear Stearns pour une bouchée de pain (à ce prix, rien que l’immeuble servant de siège social à Bear vaut plus), voyait sa capitalisation boursière augmenter de 11 milliards de dollars… Soit exactement la valeur comptable des actifs de Bear Stearns, ces mêmes actifs que quelque jours plus tôt, personne ne voulait acheter pour refinancer la banque.

Et le vrai problème maintenant, c’est qu’il faut se demander qui est le prochain sur la liste. La quantité d’institutions financières faisant l’objet de rumeurs et d’inquiétudes est énorme, et l’inquiétude ne s’est pas calmée. Surtout, s’il était sans doute nécessaire d’éviter une faillite brutale de Bear Stearns qui aurait pu provoquer une cascade d’autres faillites d’institutions financières, la Fed a créé un précédent extrêmement dangereux.

 L'image “http://money.unblog.fr/files/2007/11/federalreserve.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.banque de la FED à New-York

 Supposez que vous souhaitiez acquérir les actifs d’une banque actuellement en difficulté à un prix modique : c’est très simple. Il vous suffit de faire courir quelques rumeurs sur la santé de celle-ci, et de vendre ostensiblement les actifs que cette banque détient. Et d’attendre que la mécanique s’enclenche. En vous débrouillant bien, vous pourrez récupérer non seulement les actifs de cette banque, mais en plus, ne garder que les bons, puisque la Fed a montré qu’elle était prête à reprendre à son compte des actifs « toxiques » plutôt que de laisser des grandes institutions financières s’effondrer. La Fed a évité une catastrophe cette fois-ci, mais c’était peut-être reculer pour mieux sauter. Sa décision, jointe à celle de baisser encore ses taux directeurs, la fait ressembler à ces personnages de dessins animés qui, à force d’essayer de colmater des brèches qui jaillissent de tous les côtés, finissent par être emportés par le flot.

Et le flot pourrait bien repartir. La liste des banques susceptibles de faire l’objet d’un bank run est impressionnante; Les comptes de Lehman Brothers ressemblent beaucoup à ceux de Bear Stearns, et cette banque a subi hier de fortes fluctuations. Mais en réalité, le coup peut frapper pratiquement n’importe qui, aux Etats-Unis ou en Europe. Par les temps qui courent, il est effroyablement facile de faire sauter une banque.

Alexandre Delaigue

FRANCE:conflit d’intérêt ou corruption?des liens inquiétants entre milieux d’affaires et sommet de l’Etat…

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NICOLAS CORI

Liberation QUOTIDIEN : vendredi 14 mars 2008 

Voyage sur le jet de Vincent Bolloré, Martin Bouygues comme parrain de son fils… Nicolas Sarkozy est – qui ne le sait pas ? – un ami des grands patrons. Et n’hésite pas à discuter business avec eux. Cette proximité, dont l’intéressé se vante, pourrait finir par lui causer quelques ennuis judiciaires. Le président de la République a ainsi été mis en cause dans une plainte qui évoque des faits de corruption concernant la fusion entre Suez et Gaz de France. Et qui dénonce le fait que l’un des principaux actionnaires de Suez, le baron et milliardaire belge Albert Frère – un proche de Sarkozy, présent, par exemple, à la fameuse soirée au Fouquet’s, après la victoire présidentielle – a été avantagé par les pouvoirs publics français au cours de plusieurs opérations financières récentes.

Célérité. Le dossier embarasse. Contactés, ses principaux acteurs ont fait les morts, ou refusé de s’exprimer officiellement. Heureusement pour le chef de l’Etat, il n’est aujourd’hui – provisoirement ? – plus inquiété. La plainte évoquait des faits relevant de «prise illégale d’intérêt», d’«escroquerie» et d’«abus de confiance» à l’encontre de X et d’Albert Frère. Mais déposée le 24 décembre dernier, elle a été classée sans suite dès le 15 janvier. Une célérité inhabituelle, surtout que l’auteur de la plainte n’a même pas été entendu. «La procédure n’a pas permis de caractériser suffisamment l’infraction», écrit le parquet de Paris. Une attitude qui contraste avec celle du ministère de l’Economie, qui avait examiné avec beaucoup d’attention ce dossier. Alertée, la direction des affaires juridiques de Bercy avait mené une enquête en toute discrétion, mais sans prévenir l’Elysée, et Christine Lagarde avait été informée de son état d’avancement.

A l’origine de cette plainte, il y a un homme d’affaires. Il s’appelle Jean-Marie Kuhn et est lorrain. Il y a dix ans, il rachète une entreprise de distribution de vêtement auprès du groupe GIB, aujourd’hui propriété d’Albert Frère. Mais l’opération se passe mal, une partie de la marchandise disparaît. Et il dépose une plainte. Après plusieurs mois, les deux parties finissent par s’entendre et signent une convention prévoyant un dédommagement pour Kuhn. Sauf que GIB ne l’honorera jamais. Pour se venger, l’homme d’affaires lorrain se lance dans une enquête sur Albert Frère. Et ce qu’il découvre est révélateur des mœurs assez particulières du capitalisme français. Où il est finalement assez courant de voir l’Etat faire des mauvaises affaires pour le plus grand profit d’acteurs privés.

Principale opération mise en cause par Kuhn, la vente en 2006 à la Caisse des dépôts de la chaîne de hamburgers Quick, alors propriété de GIB, à un prix démesuré. La transaction s’était alors faite pour un montant de 850 millions d’euros. Soit deux fois le chiffre d’affaires officiel de Quick. Celui-ci, en plus, aurait été «artificiellement gonflé», selon Kuhn, qui a refait les calculs. La CNP, l’un des holdings d’Albert Frère, avait retiré de l’opération une plus-value de 150 millions d’euros. Somme qui lui aurait permis ensuite de se renforcer dans le capital du groupe Suez. Et d’être en position de peser sur le destin du groupe alors qu’il s’apprêtait à fusionner avec Gaz de France. En août dernier, alors que les négociations sur la fusion bloquaient, Frère avait convaincu Gérard Mestrallet, le PDG de Suez, de se séparer de sa filiale Suez Environnement. Il était allé directement à l’Elysée pour négocier avec Sarkozy. Selon Kuhn, «seuls les décisionnaires politiques au plus haut niveau pouvaient autoriser ou avaliser l’engagement de la Caisse des dépôts dans ces opérations menées au profit d’Albert Frère». Et de poursuivre, dans sa plainte : «L’enquête précisera les responsabilité et déterminera le profit que les décideurs ont pu tirer en contrepartie de leur soutien.» Mais d’ores et déjà, il met en cause «un pacte de corruption à la mesure de l’enjeu financier colossal que représente la fusion Suez-GDF, dans laquelle Albert Frère peut espérer tirer un profit de plusieurs dizaines de milliards d’euros» et dénonce une «complicité» de l’Etat.

Décoration. Fort de cette conviction, Kuhn écrit à partir du début 2007 de nombreuses lettres aux différents responsables de la majorité, dont Nicolas Sarkozy. Il veut être reçu et expliquer à la fois son affaire privée, et les avantages qui auraient été consentis à Frère. Tous lui répondent par le silence ou par des fins de non-recevoir. Sauf Bercy. A partir d’août 2007, un conseiller de Christine Lagarde s’entretient à plusieurs reprises avec Kuhn. Et ordonne une enquête. En décembre, la sous-directrice aux affaires juridiques du ministère reçoit l’homme d’affaires, et lui conseille de porter plainte «eu égard à l’extrême gravité des faits», dixit Kuhn. Ce qu’il fait quelques jours plus tard. Sans succès. Mais cela ne le désespère pas. Il contacte alors les syndicats de GDF, opposés à la fusion avec Suez. La CGT qui juge les faits «suffisamment troublants» fait alors circuler en interne un document, rédigé par l’homme d’affaires, intitulé «GDF/Suez : la face cachée». A l’intérieur, Kuhn y détaille le «pacte de corruption», en relevant un événement récent : la remise en février dernier par Sarkozy de la grand-croix de la Légion d’honneur, récompense réservée à quelques dizaines de personnes, à Albert Frère et à son associé en affaires, le canadien Paul Desmarais (les deux hommes sont co-actionnaires de Suez au travers d’un holding).

A cette occasion, Sarkozy avait fait un aveu : «Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et à la fidélité de Paul Desmarais.» Et de détailler comment, en 1995, alors qu’il était au creux de la vague, le financier canadien l’avait invité dans sa famille et s’était engagé à «bâtir» une «stratégie» pour lui. Dans cette optique, tous les avantages accordés à Frère et Desmarais seraient une façon, pour le Président, de renvoyer l’ascenseur. Plutôt gênant comme théorie. Pourtant, personne n’a porté plainte pour diffamation contre Jean-Marie Kuhn. Pour l’instant.

CHINE:la censure de la répression,Internet sous controle:les limites de la Mondialisation de l’information…

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La Chine censure YouTube sur la répression au Tibet

LEMONDE.FR | 17.03.08 |

La Chine a beau être le pays comptant le plus grand nombre d’internautes – plus de 220 millions –, les autorités maintiennent un contrôle strict sur l’accès au Réseau. Une nouvelle preuve de ce quadrillage numérique a pu être constatée lors des manifestations réprimées au Tibet depuis le 14 mars. Sur le portail YouTube, des dizaines de vidéos montrant des affrontements, parfois très sanglants, à Lhassa, ont été retirées ou bloquées deux jours plus tard. Les internautes situés en Chine qui tentent d’accéder à ce portail sont accueillis par de simples pages blanches. D’autres importants portails vidéo locaux, comme 56.com, youku.com ou tudou.com, ne gardent plus trace des scènes qui se sont déroulées au Tibet.

Le gouvernement chinois, qui oblige les sites hébergés sur son territoire à surveiller leur contenu et a déjà bloqué par le passé l’accès aux sources diffusant des informations considérées comme délicates, n’a pas officiellement réagi. Si Pékin sait amoindrir la portée du Web, il sait également le laisser évoluer quand cela l’arrange. Au début des affrontements au Tibet, des messages d’internautes chinois, condamnant « les séparatistes » tibétains, se sont multipliés, notamment sur le principal portail chinois, Sina.com. Certains commentaires, rapportés par l’AFP, donnent une idée de l’ambiance sur la Toile chinoise : « Il n’y a qu’un seul mot pour ces séparatistes qui veulent nous empêcher de couler des jours heureux : tuer ! », écrit un internaute chinois. « Qu’on tue les séparatistes ! », lance un autre. Le blog Tenement Palm propose également des traductions en anglais de certains messages chinois glanés au gré de ses conversations sur Internet.

Seuls les médias officiels sont actuellement habilités à informer le public chinois sur la situation à Lhassa. Les télévisions ont diffusé au cours de ces deux derniers jours des images de manifestants tibétains attaquant des boutiques tenues par des Chinois et brûlant des voitures de police. Aucune image ne témoigne d’une quelconque présence policière, pourtant déployée en force.

Des militaires chinois dans une rue de Tongren, dans la province de Qinqhai, le 17 mars 2008. AP

L’armée chinoise s’est déployée dans des régions gagnées par les troubles. Lhassa, la capitale de ce territoire isolé de l’Himalaya, a été placée sous étroite surveillance policière, tout comme les enclaves tibétaines du Sichuan et de Gansu.

Sur le site de l’agence officielle de presse Chine nouvelle, Xinhua.net, les articles sur la situation au Tibet évoquent tour à tour « un complot fomenté par des séparatistes » et la réouverture des écoles à Lhassa.

Un dernier bilan officiel chinois datant de lundi fait état de « treize morts brûlés ou poignardés à Lhassa », ce qui viendrait appuyer les affirmations des autorités chinoises, qui assurent ne pas avoir fait usage d’armes à feu alors que de nombreux témoignages recueillis sur place l’évoquent. Le gouvernement tibétain en exil estime qu’au moins quatre-vingts personnes sont mortes.

Le gouverneur du Tibet a indiqué, lundi 17 mars, que treize personnes sont mortes dans les émeutes à Lhassa. Mais pour le gouvernement tibétain en exil, les morts se comptent par centaines. AP/Soinam Norbu

Le gouverneur du Tibet a indiqué, lundi 17 mars, que treize personnes sont mortes dans les émeutes à Lhassa. Mais pour le gouvernement tibétain en exil, les morts se comptent par centaines.

Interrogé par la chaîne qatarie Al-Jazira, Ying Chan, directeur du département de médias et journalisme à l’université de Hongkong, estime qu’il est « indéniable que le gouvernement chinois a verrouillé l’accès à ce qu’il considère être des informations ou des vidéos sensibles ». « Nous comptons sur des touristes pour nous envoyer des informations », explique-t-il. Le quotidien britannique The Guardian a fait partie des premiers sites d’informations à publier des photographies et des vidéos des affrontements à Lhassa. Le site de la BBC a mis en ligne des témoignages et des photographies de touristes présents dans la capitale tibétaine. Le site du Guardian serait également inaccessible actuellement en Chine, alors que la BBC est périodiquement censurée. Un discours du dalaï-lama y a notamment été bloqué.

Comme ce fut le cas en septembre 2007 lors des manifestations des bonzes en Birmanie, les médias occidentaux étaient absents lorsque les troubles ont commencé. Plus encore qu’à Rangoun, les journalistes étrangers ont eu du mal à se rendre au Tibet pour constater l’étendue des dégâts et le degré réel de violence.

Des policiers chinois patrouillent dans les rues de Tongren, dans la province de Qinhaï, limitrophe avec le Tibet, lundi 17 mars.REUTERS/KYODO

Des policiers chinois patrouillent dans les rues de Tongren, dans la province de Qinhaï, limitrophe avec le Tibet, lundi 17 mars.

L’accès est en effet interdit aux médias étrangers, et seuls les journalistes ayant obtenu un permis spécial – qui n’est pas nécessaire pour visiter d’autres régions chinoises – ont pu s’y rendre avant lundi. Quant à ceux qui sont sur place, ils courent le risque d’être expulsés ; l’Association des journalistes de Hongkong a notamment fait état, lundi, de l’expulsion de six de ses journalistes présents à Lhassa.

Luc Vinogradoff

ECOLOGIE:risques climatiques et niveau des océans.

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En stockant des masses d’eau,les barrages masqueraient  l’élévation du niveau des mers

LE MONDE | 14.03.08 

Effondrement des calottes polaires, fonte des glaciers d’altitude, dilatation thermique des océans, augmentation de la teneur atmosphérique en vapeur d’eau… Le nombre de paramètres connus qui influent sur l’élévation du niveau des mers est déjà important. Il faut en ajouter un autre, relativement inattendu. Des (…) chercheurs de Taïwan,(…) montrent que les barrages sont un élément important à prendre en compte.Ces grandes retenues auraient contribué à « masquer » 30 mm de montée des mers depuis le début des années 1960.(… Le )GIEC prévoit une augmentation du niveau des mers de 20 cm à 50 cm environ à la fin du siècle(…)

L’importance inattendue des barrages dans ce bilan devrait conduire à de nouvelles évaluations(..).  « Ces travaux ne traitent cependant que de la contribution des réservoirs artificiels, or il y a aussi un effet des réservoirs naturels », (dit un) chercheur.Ces réservoirs (lacs, nappes phréatiques, etc.), et surtout leur évolution, jouent un rôle dans le processus d’élévation du niveau des mers, mais leur contribution demeure méconnue. On suppose parfois que leur évolution contrebalance, peu ou prou, celle des retenues artificielles. Du coup, il peut être trompeur d’ajouter directement 30 mm à la courbe d’élévation du niveau des mers, comme le font les auteurs.

Les derniers grands projets de barrages sont achevés. L’essentiel des sites a été exploité entre les années 1960 et les années 1990. En toute logique, si les auteurs n’ont pas fait fausse route, on devrait assister, dans les prochaines années, à une accélération de l’élévation du niveau des mers. Mais les mesures peuvent toujours réserver des surprises.

(extraits article Stéphane Foucart)

JAPON:EFFET DE SERRE ET MONDIALISATION.

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Au Japon, la lutte contre l’effet de serre se heurte aux résistances des industriels

LE MONDE | 14.03.08  TOKYO

 La réunion du G20, les vingt principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre, se déroule du 14 au 16 mars à Chiba, près de Tokyo. Elle intervient au moment où le Japon tente de s’imposer comme leader de la lutte contre le réchauffement climatique, en proposant une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

Or le pays peine à se doter d’une véritable politique environnementale, dont la priorité est aujourd’hui de respecter les engagements du protocole de Kyoto. Le Japon doit réduire de 6 %, d’ici à 2012, ses émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport aux niveaux de 1990. Au terme de l’année 2006, elles étaient de 6,4 % supérieures à celles de 1990. L’industrie a réduit de 3 % ses dégagements de GES. Mais les transports et les foyers ont vu les leurs progresser de 18 % et 38 %.Quelques mesures ont été prises, comme l’obligation de réduire de 20 % la consommation d’électricité des climatiseurs et des réfrigérateurs d’ici à 2010. Les constructeurs automobiles qui investissent dans les technologies hybrides reçoivent des subventions, ainsi que les sociétés gazières qui promeuvent les piles à combustible domestiques. Cela n’étant pas suffisant, le gouvernement a décidé, en 2007, de recourir à l’achat de droits d’émissions.

En novembre, le Japon en a acheté à la Hongrie pour 126 millions d’euros. Le Nippon Keidanren, le patronat japonais, incite également ses membres à en acquérir. La question de la création d’un marché japonais des droits d’émissions est évoquée. « Il faut donner un prix au CO2, estime Mutsuyoshi Nishimura, conseiller spécial du gouvernement. Tous les chercheurs et économistes reconnaissent l’utilité d’un tel système pour réduire les émissions. »

Cette question devrait être abordée par la commission mise en place le 5 mars par le premier ministre, Yasuo Fukuda, pour réfléchir au changement climatique. Mais deux de ses principaux membres, les PDG du sidérurgiste Nippon Steel et de la compagnie d’électricité Tepco, sont connus pour y être très hostiles. Leurs positions reflètent celles du Keidanren, qui considère qu’un tel marché ne fait « qu’imposer des contraintes aux entreprises qui se développent tout en assurant des ressources aux groupes en déclin ».

Affichant d'ambitieux projets de réduction des émissions de gaz carbonique en 2050, le Japon a du mal à atteindre ceux fixés pour 2012 - ici, une usine près du mont Fujisan. D.R.usine près du mont Fujisan.

Le patronat japonais juge que la fixation d’obligations de réductions, comme le fait le protocole de Kyoto, n’est pas juste. Il plaide pour un partage équitable des contraintes, une position reprise par le gouvernement nippon, et notamment par M. Fukuda dans son intervention au Forum économique de Davos.Ces choix, comme l’ensemble de la politique environnementale japonaise, sont considérés comme « manquant de courage » et reflétant « une soumission aux exigences des entreprises » par Jun Hoshikawa, directeur exécutif de Greenpeace Japan. Selon lui, « le Japon bénéficie des technologies les plus avancées, mais ne s’est jamais doté d’un cadre institutionnel permettant de les utiliser à bon escient ».

Cette absence de vision limite le développement de projets alternatifs. L’une des priorités pour réduire les émissions de CO2 reste une hausse de la part du nucléaire de 30 % à 40 % de la production d’électricité, une politique qui élude les questions des risques et du devenir des déchets, dont 12 000 tonnes ont déjà été accumulées. L’autre priorité est le projet d’utilisation « propre » du charbon, complétée par l’enfouissement du CO2.

Le Japon, qui bénéficie encore du taux d’efficacité énergétique le plus élevé du monde, perd certaines positions dominantes. En 2004, le gouvernement a stoppé les aides aux particuliers qui se dotaient d’un équipement à l’énergie solaire, abandonnant à l’Allemagne le premier rôle sur cette technologie. Tout cela fait dire à Yoshiaki Tomiyama, du Conseil mondial de l’énergie, que, concernant les questions environnementales, « le Japon a pris aujourd’hui du retard sur l’Union européenne ».

Philippe Mesmer

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