18 avril, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, POPULATION et SOCIETE
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Lundi 5 novembre 2007

Barcelone vue du haut de la Sagrada Familia
je vous recommande la lecture du numéro de Courrier International consacré à la ville de demain
n° 885 - 18 oct. 2007Métropoles en mouvement
Editorial
Deux ou trois choses qui sont en train de changer sur le front urbain. D’abord, nous sommes de plus en plus nombreux à vivre en ville : on estime que 80 % des Européens sont citadins et 50 % métropolitains. Ensuite, nous savons que les enjeux de demain, notamment écologiques, se situent surtout dans les grandes agglomérations. Enfin, bonne nouvelle, comme le montre l’exemple de New York ces dernières années, grande ville n’est pas toujours synonyme d’insécurité et de mauvaise santé…
Et Paris ? Comme le souligne The Independent, les vingt arrondissements parisiens, face à Londres ou à Madrid, sont ridicules avec leurs 2,1 millions d’habitants cloîtrés dans l’enceinte du périphérique. Il faudrait au moins intégrer une couronne de communes de banlieue, soit un ensemble de 6 millions d’habitants, pour créer un Grand Paris à la hauteur des défis qui s’annoncent.
Car nos vies quotidiennes se construisent (ou se brisent) à ce niveau, dans la grande ville. Qu’il s’agisse des transports, de l’emploi, des loisirs, des espaces verts, des aménagements fluviaux, de l’équilibre entre créativité et respect du patrimoine, les décisions des municipalités sont primordiales – plus encore que les lois votées par les Parlements nationaux ou européen.
En Europe et ailleurs, les responsables tentent de penser cet avenir complexe où la bonne échelle n’est plus la ville avec son centre et ses banlieues, mais la mégapole ou mégalopole.
Notre dossier, qui parcourt plusieurs continents en proposant des exemples précis, se veut d’abord une invitation à la réflexion.
source Courrier International

Paris et son boulevard périphérique.
Le sommaire est consacré aux villes européennes et intéressera plutôt les premières mais les élèves de seconde y touveront de quoi illustrer le thème des dynamiques urbaines.
au sommaire :
par François Arnal
8 avril, 2008
1-HISTOIRE, FRANCE, ISLAM, POPULATION et SOCIETE, TOLERANCE
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Nouvelle profanation de tombes musulmanes

LE MONDE | 07.04.08
La profanation de 148 tombes musulmanes, dimanche 6 avril, à l’aube, dans le cimetière militaire de Notre-Dame de Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), a suscité une indignation générale.
Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a dénoncé un acte relevant “du racisme le plus inadmissible qui soit”. La garde des sceaux, Rachida Dati, personnellement visée par des inscriptions insultantes sur des stèles, a jugé que cet “acte odieux (…) attaque les valeurs de la République”.
Les tombes ont été recouvertes d’insultes à caractère raciste, nazi et islamophobe. Une tête de porc ensanglantée a été déposée sur l’une d’entre elles.Une cinquantaine de tombes musulmanes de ce cimetière avaient déjà été profanées en avril 2007. Les auteurs, trois jeunes hommes de la mouvance skinhead, ont été condamnés à des peines de prison ferme. Lors du procès, en mai, le procureur d’Arras avait souhaité que “la sanction soit un exemple pour tous les nazillons de leur espèce“.
La répétition des dégradations visant des lieux musulmans, cimetières ou mosquées, est un phénomène récent.
C’est à partir de 2003 que les principales affaires apparaissent : en octobre, une soixantaine de tombes musulmanes sont vandalisées dans le cimetière de Thiais (Val-de-Marne). En 2004, une série de profanations touche les carrés musulmans de plusieurs cimetières alsaciens, tandis que deux mosquées sont incendiées en Haute-Savoie.
Liés au climat général induit par les attentats du 11 septembre 2001, ces actes semblent aussi concomitants à l’émergence de nouvelles revendications de la communauté musulmane, portées notamment par le Conseil français du culte musulman (CFCM), mis en place en 2003.
Depuis, régulièrement, des mosquées sont prises pour cible. Entre 2005 et 2007, vingt-cinq lieux de culte auraient été dégradés, selon l’Observatoire du collectif contre l’islamophobie en France.
Lens-avril 2007
Face à cette “recrudescence”, le Conseil régional du culte musulman (CRCM) de Rhône-Alpes a demandé, dimanche, la création de “cellules régionales de veille et de suivi des incidents islamophobes”. Les auteurs de profanations sont en général rapidement interpellés et condamnés à des peines de prison ferme.
Stéphanie Le Bars
Mémoire souillée
LE MONDE | 07.04.08
Ce qui s’est passé à la nécropole militaire de Notre-Dame-de-Lorette, près d’Arras (Pas-de-Calais), dans la nuit de samedi à dimanche, est au-delà des mots et de l’émotion. Et pourtant, les mots, il faut les écrire comme ils ont été écrits, les lire comme ont pu les lire tous les musulmans de France, à peine connu l’acte honteux. Des lettres noires sur les stèles blanches du carré musulman tournées vers La Mecque. “Fuck les Rebeux”. “Fuck Mahomet”. Des insultes ordurières à l’encontre de la ministre de la justice, Rachida Dati, traitée de “salopri” et pis encore.

Des croix gammées, des croix celtiques. Une demi-tête de porc sanguinolente pendue à une tombe et l’expression “hallal” - viande tuée selon le rite musulman - sur le nom d’un soldat maghrébin mort pour la France. La signature du “White Power”.
Cette haine qui revient au même endroit à un an de distance comme un printemps noir, il faut la condamner. Pour les morts d’abord. Pour leur mémoire souillée. Pour le respect dû à ces jeunes d’Afrique du Nord dont le sang, impur aux yeux de leurs lâches profanateurs, a généreusement abreuvé nos sillons face à l’ennemi des deux grandes guerres.
Mais penser aux morts, laver leur honneur comme a tenté de le faire avec dignité l’ensemble de la classe politique, c’est aussi et surtout penser aux vivants. A ceux qui souffrent aujourd’hui, dans la France de 2008, d’un faciès un peu trop mat, d’un patronyme un peu trop de “là-bas”.Il y a une semaine à peine s’achevait le Forum de Paris, un événement de premier plan tout entier tourné vers l’Union pour - ou de - la Méditerranée, chère au président Sarkozy. Il s’agissait de reposer les bases d’un destin commun entre les deux rives de cette “mer entre les terres”. Il s’agissait de s’écouter, de se respecter, tant il est vrai que bien des hommes d’Afrique du Nord, par nécessité, traversent la Méditerranée. Tant il est vrai aussi que la Méditerranée, par notre histoire et notre géographie, traverse chacun d’entre nous comme un sang bleu, un titre de noblesse, une origine certifiée. Ce vivre ensemble, il faut sans concession le consolider, l’affirmer, le défendre. Surtout contre la bêtise abjecte.
Eric Fottorino
Quatre interpellations après la profanation de tombes musulmanes près d’Arras
LEMONDE.FR avec AFP | 08.04.08
Quatre jeunes ont été interpellés, lundi 7 avril, et étaient entendus mardi dans le cadre de l’enquête sur la profanation de 148 tombes musulmanes dans le cimetière militaire Notre-Dame-de-Lorette à Ablain-Saint-Nazaire, près d’Arras, a-t-on appris de source proche de l’enquête.
Ces jeunes pourraient être liés à la mouvance skinhead, la même que celle à laquelle appartenait trois jeunes condamnés pour des faits similaires commis au même endroit il y a un an. Interrogé par l’AFP, le chargé de communication de la gendarmerie de la région Nord - Pas-de-Calais, le capitaine Jacky Lefort, n’a “pas démenti” ces informations. Le procureur de la République d’Arras, Jean-Pierre Valensi, n’a de son côté pas souhaité communiquer “pour ne pas nuire au bon déroulement de l’enquête”.
Les inscriptions injurieuses, découvertes dimanche matin dans ce cimetière militaire, visaient directement l’islam et insultaient gravement Rachida Dati, la garde des sceaux. Une tête de porc avait également été pendue à l’une des tombes. Cette nouvelle affaire de profanation a suscité une condamnation unanime des responsables politiques de tous bords ainsi que des responsables religieux et des milieux associatifs.Inauguré en 1925, le cimetière est un jardin de 13 hectares, planté de croix, commémorant notamment les combats de 1915, à l’un des endroits les plus disputés du front occidental au début de la première guerre mondiale. 40 000 combattants environ y reposent dont la moitié dans des tombes individuelles. Le carré musulman compte 576 tombes orientées vers La Mecque.
La précédente profanation avait été commise dans la nuit du 18 au 19 avril 2007 : 52 tombes du carré musulman avaient été couvertes d’inscriptions nazies, de croix gammées et celtiques. Les auteurs, deux jeunes hommes de 18 et 21 ans, avaient été condamnés en mai à deux ans de prison, dont un ferme, et un mineur de 16 ans à sept mois de prison dont cinq mois et demi avec sursis. Ils avaient depuis fait l’objet d’une libération anticipée.
31 mars, 2008
2-GEO/ECO, EUROPE, FRANCE, POPULATION et SOCIETE, Union Européenne
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Moral des ménages : trente ans de blues français
Les Français n’ont pas le moral. En janvier, février puis mars, l’indicateur de synthèse de l’Insee, qui donne une idée du “ressenti” des Français sur leur situation personnelle, a battu des records à la baisse : - 34, - 35 et enfin - 36, contre - 13 en juin 2007. Ces chiffres n’avaient jamais été atteints depuis la création de cet indicateur en 1987 (niveau le plus haut : + 10 en janvier 2001).
Ce moral en berne est une tendance de fond, ancrée dans le paysage français(…D)epuis 1972, le baromètre TNS-Sofres, de son côté, n’a jamais comptabilisé, depuis mai 1973, plus de 40 % d’optimistes. Et il enregistre, depuis septembre 1990, une constance dans le pessimisme majoritaire, à peine interrompue par de fugaces bouffées d’optimisme(…) A travers des séries statistiques longues, des “tendances lourdes” donnent à cette mélancolie collective des fondements objectifs, qui confirment des observations intuitives.
Depuis la fin des années 1970, la France a beaucoup changé. Les progrès les plus évidents touchent la santé et les révolutions technologiques. Vacances et RTT ont diminué le temps de travail. La crise du logement ne peut pas faire oublier que le confort des habitations s’est amélioré de façon spectaculaire. Mais le confort matériel ne fait pas, ou plus, le bonheur. Car de l’autre côté du fléau de la balance, le plateau de ce qui va moins bien est surchargé.
En trois décennies, la France s’est installée dans le chômage, tout en devenant plus inégalitaire, tandis que le niveau de vie piétinait. La précarité marque les esprits. La crainte de devenir SDF touche 47 % des Français, selon un sondage BVA.
De multiples autres facteurs de déprime pourraient être évoqués. Le “modèle social” s’est grippé. Pour la première fois de l’après-guerre, les Français redoutent que leurs enfants aient une vie plus difficile que la leur. Les distances domicile-travail explosent, le stress professionnel aussi. Avant 1979, presque personne ne parlait des banlieues-ghettos. Elles sont devenues la mauvaise conscience d’une société perçue comme plus dure, moins solidaire. La mondialisation libérale est souvent vécue comme une menace. Sans oublier les nouvelles angoisses liées au réchauffement climatique(…)
Jean-Louis Andreani
(extraits du MONDE 01.04.08.)
31 mars, 2008
2-GEO/ECO, EUROPE, FRANCE, POPULATION et SOCIETE, Union Européenne
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La famille en 2008
LE MONDE | 31.03.08
Dans les années 2000, la famille s’est éloignée du modèle proposé et très en vogue par les années 50.La famille des années 2000 est bien loin du modèle traditionnel des années 1950. Des mères plus âgées, des pacs qui se substituent de plus en plus souvent aux mariages et une majorité d’enfants qui naissent désormais hors mariage : telles sont ses nouvelles caractéristiques, décrites dans le bilan 2007 de l’Institut national d’études démographiques.
Des grossesses de plus en plus tardives. En 2007, les femmes qui ont mis un enfant au monde avaient en moyenne 29,9 ans(…). En 1977, l’âge moyen des femmes à l’accouchement était de 26,5 ans. Aujourd’hui, plus d’un nouveau-né sur cinq (21,1 %) a une mère âgée de plus de 35 ans.
L’explosion du pacs. Créé en 1999, le pacte civil de solidarité(…) connaît un immense succès : alors que le mariage ne cesse de reculer, le nombre annuel de pacs a plus que quintuplé, passant de 20 000 en 2001 à plus de 100 000 en 2007. Cette progression est liée à l’augmentation des pacs signés par des couples homosexuels (+ 50 %), mais surtout(…par) des couples hétérosexuels : en six ans, leur nombre a été multiplié par six. “En 2007, on se rapproche d’un pacs pour deux mariages”(…)Le triomphe du pacs est sans doute lié au fait qu’il s’est peu à peu rapproché du mariage : en 2005, les avantages fiscaux accordés aux pacsés ont été alignés sur ceux des couples mariés. Sa souplesse - il peut être dissous à la suite d’une simple déclaration écrite - semble en outre correspondre aux demandes des couples d’aujourd’hui(…)

La banalisation des naissances hors mariage. En 2007, près de la moitié des bébés sont nés au sein d’un couple non marié, contre seulement 6 % en 1970(…)“Le droit a pris en compte ce bouleversement : en 1972, le législateur a proclamé l’égalité des filiations légitimes et naturelles et, en 2001, l’égalité successorale des enfants a été garantie. Cette évolution a été parachevée en 2005 par une ordonnance (…) qui a fait disparaître les mots “légitime” et “naturel” du code civil.Les naissances hors mariage ne sont plus le signe d’une absence de père : en 2005, plus de 80 % des enfants nés hors mariage ont été reconnus par leur père dès la naissance. “Les naissances hors mariage surviennent désormais le plus souvent au sein de couples stables, conclut M. Pison(…demographe). Avec la banalisation des naissances de couples non mariés, la reconnaissance paternelle est devenue la règle.”
(extraits article Anne Chemin )
28 mars, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, JAPON, POPULATION et SOCIETE
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Au Japon, le vieillissement de la population s’accélère
LE MONDE | 28.03.08
Grisonnante et déclinante, deux qualificatifs de plus en plus caractéristiques de la population japonaise. Aujourd’hui à 127,7 millions d’habitants, elle pourrait s’établir à 117 millions en 2030 et 100 millions en 2050, selon les chiffres de l’Institut national sur la population et la Sécurité sociale.
AFP/KAZUHIRO NOGI
Une maison de retraites à Mizuho, dans la banlieue de Tokyo
Cette baisse découle d’un taux de fécondité tombé à 1,26 enfant par femme, conséquence notamment d’un accroissement des inégalités et d’une précarisation de l’emploi qui n’encouragent pas à convoler et à avoir des enfants.
Autre explication, une certaine fuite de responsabilités chez les plus jeunes qui rejettent le modèle familial traditionnel et privilégieraient la satisfaction immédiate de leurs propres aspirations.
Les pouvoirs publics ne semblent pas prêts à s’attaquer au problème. Des projets sont évoqués pour tenter d’aider les travailleurs, surtout les femmes, à concilier vie professionnelle et familiale ou à convaincre les entreprises de permettre à leurs salariés de bénéficier du congé parental, autorisé par la loi. Mais le Japon ne prévoit toujours pas de se doter d’une véritable politique familiale.
La population diminue donc, les campagnes se vident et l’Archipel vieillit. Les 27,44 millions de plus de 65 ans, chiffre atteint en septembre 2007 selon le ministère de la gestion publique, représentent 21,7 % de la population totale, une proportion qui devrait atteindre 35,7 % en 2050. A cette époque, les moins de 14 ans seront 10,8 %, contre 13,7 % en 2007.
Ces évolutions menacent l’avenir des retraites, de plus en plus difficiles à financer. Tokyo a adopté une réforme en 2004, alors que les dettes des différents régimes atteignaient cette année-là 650 000 milliards de yens (4 176 milliards d’euros), 1,3 fois le produit intérieur brut.
Le texte prévoit un relèvement progressif des cotisations mensuelles jusqu’en 2017 et un renforcement des contrôles pour tenter de réduire la part, aujourd’hui à 40 %, des personnes qui ne règlent pas leurs cotisations pour la retraite de base - essentiellement des intérimaires et des indépendants. Conséquence de cette nouvelle loi, les affiliés paieront plus, mais toucheront moins. Les retraites qui représentent aujourd’hui 59,2 % du salaire devraient descendre à environ 50 % en 2023.
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Philippe Mesmer
28 mars, 2008
2-GEO/ECO, EUROPE, FRANCE, POPULATION et SOCIETE, TOLERANCE, Union Européenne
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«On ne s’intéresse à la violence raciste que lorsqu’il y a passage à l’acte»
Le vice-président de SOS-Racisme Samuel Thomas est photographié, le 05 juin 2004 à l’Hôtel de Ville de Paris (Archives AFP)
Samuel Thomas, vice-président de SOS racisme, estime que le rapport de la commission nationale consultative des droits de l’Homme, qui relève une baisse des faits racistes en 2007, n’a «aucun sens».
Recueilli par Cordélia Bonal
LIBERATION.FR : vendredi 28 mars 2008
Le rapport de la commission nationale consultative des droits de l’Homme fait apparaître une baisse de 23,5% des faits racistes, xénophobes et antisémites en 2007. Cela vous étonne-t-il?
Ces chiffres n’ont pour nous aucun sens, ils sont sans fondement. Le commission relaie là les faits recensés par les forces de l’ordre et qui ont fait l’objet d’une plainte au parquet, soit une infime minorité de ce qu’est la réalité. Ces faits seraient selon le rapport de 707 en 2007. Mais si l’on prend ne serait-ce que le nombre d’injures racistes en un an au stade de France, on est bien au delà de 707. Quant aux discriminations à l’embauche, dont on sait que très peu de victimes portent plainte, ça se compte en dizaines de milliers. Même chose pour le logement. La terminologie même de «fait raciste» pose problème: de quoi parle-t-on au juste? Nous-mêmes, nous sommes au courant d’à peine 1% des dossiers. Vouloir quantifier le racisme est aberrants
Vous contestez donc la tendance à la baisse relevée par la commission?
Ça ne baisse pas du tout. Pour qu’il y ait une baisse, il faudrait que l’Etat s’en donne les moyens, agisse en conformité avec les intentions qu’il affiche. C’est là-dessus qu’il faut s’interroger, plus que sur la question des chiffres. Prenons l’exemple de la discrimination à l’embauche. Les agents ANPE sont tenus, lorsqu’ils constatent une discrimination, de la dénoncer au parquet. Cela ne se produit quasiment jamais, au mieux cinq fois par an. On sait pourtant que dans la restauration par exemple, le Bureau international du travail a mené en France une campagne de testing d’où il ressortait que trois employeurs sur quatre pratiquaient la discrimination en privilégiant, à profil identique, un postulant blanc à un postulant noir. De même, dans le milieu du travail, on observe une hausse significative du nombre de plaintes adressées à la Halde. Or aucun inspecteur du travail supplémentaire n’a été recruté pour traiter ces dossiers.
Le rapport conclut également à une tendance à la hausse de la violence. Cela correspond à ce que vous constatez?
La violence va crescendo depuis vingt ans, plutôt régulièrement, avec c’est vrai des pics comme en 2005 avec les émeutes dans les banlieues. Il faut distinguer d’une part la violence à caractère raciste structurée par des groupes idéologiques d’extrême-droite, de plus en plus présents sur internet, qui galvanisent une jeunesse totalement décomposée, et d’autre part le racisme plus diffus qui s’installe dans un climat de violence déjà existant dans les banlieues, les cités. Cette violence là s’explique par la disparition de l’encadrement adulte, qu’il soit associatif ou salarié: animateurs, éducateurs…
Quant au racisme idéologique, qui mène par exemple aux agressions contre les mosquées et les synagogues, on ne s’y intéresse que lorsqu’il y a passage à l’acte, alors que les groupuscules qui en sont à l’origine sont connus. Pourquoi, à quelques exceptions près comme la Tribu Ka, ces groupes ne sont-ils pas dissous? L’Etat se contente d’observer alors qu’on pourrait mettre un terme à cette propagande avant d’en arriver à des drames.
19 mars, 2008
1-HISTOIRE, AMERIQUES, ETATS-UNIS, POPULATION et SOCIETE, TOLERANCE
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ÉTATS-UNIS INTERPRÉTATION DU 2E AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION
L’examen par la Cour suprême du droit de porter des armes à feu divise les Américains
LEMONDE.FR | 19.03.08
ÉTATS-UNIS INTERPRÉTATION DU 2E AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION
Pour la première fois depuis soixante-neuf ans, la Cour suprême des Etats-Unis a examiné, mardi 18 mars, une affaire concernant le droit des Américains à porter des armes à feu. Les neuf juges ont entendu le recours introduit par un particulier contre la ville de Washington, qui a l’une des législations les plus rigoureuses du pays en matière de contrôle des armes.Leur décision, qui sera rendue en juin, est très attendue : l’interprétation du 2e amendement de la Constitution reste un objet de controverse. Pour les uns, cet amendement constitue la reconnaissance du droit individuel de chaque Américain à posséder des armes. Pour d’autres, il ne traduit qu’un droit collectif s’appliquant seulement aux “milices” évoquées dans ce texte de 1789.Depuis 1976, les armes de poing sont interdites dans la capitale fédérale (580 000 habitants). (…)

Pendant l’audience, les juges ont semblé pencher majoritairement en faveur du droit individuel des habitants à posséder des armes. (…)Les partisans des armes se sont beaucoup investis dans cet épisode judiciaire. Fait rarissime, le vice-président Dick Cheney a pris publiquement (…)position (…)
(…) 59% des Américains soutiennent une législation comparable à celle en vigueur à Washington (où elle est appuyée par 76% des résidents) (…). Les trois prétendants à l’élection présidentielle sont “tous des avocats convaincus du contrôle”, a-t-il dit, y compris le républicain John McCain. “Cette année, la NRA (le lobby des armes à feu) a du mal à trouver un candidat qui partage ses vues”(…)
Corine Lesnes
LIBERATION
Aux Etats-unis, la guerre du feu est repartie
Le débat sur la législation des armes refait surface, mais le lobby des proarmes de la NRA reste très puissant.
Par Fabrice ROUSSELOT
QUOTIDIEN : mercredi 18 avril 2007
Au début de l’année, l’incident avait plutôt fait sourire la presse américaine. Un assistant du sénateur démocrate de Virginie, Jim Webb, s’était fait arrêter par la police à Washington. Il avait tout simplement tenté d’introduire l’une des armes personnelles du sénateur au Capitole…
En Virginie, comme dans beaucoup d’autres Etats du Sud américain, les armes à feu font partie du paysage. La législation sur les armes est l’une des plus permissives du pays. Un mineur par exemple ne peut acheter une arme de poing ou un fusil d’assaut, mais il peut acquérir n’importe quoi d’autre. De même si l’Etat impose un contrôle des antécédents judiciaire ou psychiatrique pour les armes neuves, l’achat d’armes d’occasion est sans restriction aucune pour les plus de 18 ans…
Depuis la tragédie de Columbine en avril 1999, la polémique sur le contrôle des armes revient de façon récurrente aux Etats-Unis, mais la loi ne change pas, tant au niveau fédéral qu’au niveau des Etats.
Le débat est largement verrouillé par la NRA (National Rifle Association), qui depuis sa création en 1871 s’est imposée comme l’un des plus importants lobbies outre-Atlantique. Avec ses quatre millions de membres et ses dizaines de millions de sympathisants, la NRA pèse sur tous les scrutins du pays.

La réalité est qu’aujourd’hui, à Washington ou ailleurs, il est quasi impossible de se faire élire sans son soutien(..).George W. Bush (…) s’est largement appuyé sur la NRA pour son accession au poste de gouverneur du Texas, puis dans sa course à la Maison Blanche. (…P)as question de revoir la législation sur les armes.Mais même si la NRA ne cache pas ses sympathies républicaines, son influence va bien au-delà. En 2004, John Kerry, le candidat démocrate à la présidence, n’avait pas hésité à poser en tenue de chasseur, armes à la main, pour ne pas s’aliéner l’industrie des armes. Avant lui, Al Gore et Bill Clinton avaient fait de même.(…)
La NRA n’a pas bougé sa position d’un iota. Elle s’est une nouvelle fois réfugiée derrière le deuxième amendement de la Constitution, qui garantit aux citoyens «le droit de garder et de porter des armes». Et a même suggéré que si les étudiants avaient disposé d’armes sur le campus, ils auraient pu se défendre(…Seul) Barack Obama, (…)candidat à la Maison Blanche pour 2008 a estimé qu’il fallait peut-être se pencher sur les «moyens de prévenir ce genre de tragédie».
«Le gouvernement américain protège l’industrie des armes»
ENTRETIEN • Benoit Muraciolle, chercheur pour Amnesty International et responsable de la campagne “control arms”, dénonce l’administration Bush .
Par Grégory ONILLON - LIBERATION.FR : mardi 17 avril 2007
Sur la législation des armes à feu aux Etats Unis, la situation a-t-elle changé depuis Columbine ?
(…)en 2002, l’administration Bush a refusé un projet de loi sur le marquage des munitions permettant une traçabilité dans l’usage des armes à feu, Ensuite il y a eu le vote d’une loi rejetant toute responsabilité de l’industrie des armes, aucune plainte ne peut être désormais adressée aux constructeurs d’armes(…) Le gouvernement américain protège l’industrie des armes et continue de se montrer peu clair pour reconnaître la causalité entre la violence et les armes à feu.
Est-il facile de se procurer une arme ?
En Virginie,(…) il est possible d’acheter une arme à partir de 12 ans, ceci sans l’accord des parents. Aux Etats Unis, des études montrent que 70% des armes passent dans un réseau illégal dans les 3 ans qui suivent leur acquisition. La législation sur l’acquisition d’une arme peut différer d’un état à l’autre et il y a de nombreuses lacunes dans l’application de ces lois.
Le lobby des armes est-il toujours puissant aux Etats-Unis ?
La NRA (National Rifle Association) affiche 4 millions de membres à travers les Etats Unis. Elle agit comme un lobby puissant au niveau politique. (. ..)En 2006, 153 gouvernements ont apporté leur soutien à la proposition d’un traité international visant à interdire les transferts d’armes qui alimentent les conflits, la pauvreté et les graves atteintes aux droits humains. Seuls les États-Unis ont voté contre. La NRA a fait pression sur le gouvernement américain pour la non ratification de ce traité.
Vous pensez que la situation peut évoluer ?
Pour changer la situation, il faudrait améliorer l’encadrement et le suivi des porteurs d’arme. On peut prendre l’exemple de l’Australie et du Canada qui, suite à un durcissement de la législation et à une opération de sensibilation sur les armes, ont vu une baisse des homicides par arme a feu de deux tiers.
(…) Le plus urgent est de changer les lois et de pratiquer une sensibilisation sur le sujet. Il y a toujours 30.000 morts par an aux Etats Unis à cause des armes à feu.

32 personnes ont été abattues sur le campus de Virginia Tech.AP
EUROCLES.COM
Les USA condamnés à subir la violence des armes à feu ? [02-11-2006]
par Bernd Debusmann
WASHINGTON, 2 novembre (Reuters) - En marge de l’”American way of life”, il faudrait probablement évoquer une façon propre aux Américains de mourir. Plus de 30.000 personnes sont tuées chaque année aux Etats-Unis par des armes à feu, dans des circonstances accidentelles, des suicides ou des meurtres.
Or rien ne laisse penser que cette moyenne de 82 décès par jour diminuera à court terme.
A l’approche des élections de mi-mandat, le débat sur le contrôle des armes à feu a été brièvement relancé par une série de fusillades dans des écoles.
Le 2 octobre dernier, dans une école de Pennsylvanie appartenant à la communauté amish, un homme de 32 ans a méthodiquement tué d’une balle dans la tête cinq jeunes filles et en a blessées cinq autres avant de se donner la mort. Dans le Missouri, un jeune de 13 ans a pointé un AK-47 contre un responsable et des étudiants avant de tirer au plafond.
Lors d’une conférence organisée à la hâte à la Maison blanche sur la sécurité dans les écoles, des spécialistes ont évoqué la délinquance à l’école, la nécessité de promouvoir les valeurs religieuses ou la bonne communication entre les parents et les écoles mais aussi l’installation de détecteurs de métaux.
Le mot “arme” n’a pas été prononcé une seule fois avant qu’un jeune n’alerte le panel rassemblé autour de l’Attorney General (ministre de la Justice) Alberto Gonzales: le dénominateur commun entre toutes les tueries, a-t-il dit, c’est la facilité avec laquelle on peut se procurer des armes à feu aux Etats-Unis.
George Bush et sa femme ont assisté à d’autres tables rondes, et soigneusement évité d’aborder la question des armes.
200 MILLIONS D’ARMES EN CIRCULATION
“L’administration Bush s’oppose totalement à l’évocation du rôle crucial que jouent les armes dans les violences scolaires”, estime Kristen Rand, du Centre sur les politiques contre la violence, qui milite pour le contrôle des armes mais qui n’avait pas été conviée à la conférence de la Maison blanche.
(…)Le département américain de la Justice évalue à plus de 200 millions le nombre d’armes en circulation dans la sphère privée aux Etats-Unis. Ce chiffre, le plus élevé au monde, grossirait de plusieurs millions chaque année.
Ces sept dernières années, la production annuelle de pistolets, de revolvers et de fusils à destination du marché civil américain a oscillé entre 2,6 millions et plus de trois millions, selon les chiffres du Bureau des alcools, des armes à feu, du tabac et des explosifs.
“Le niveau des violences mortelles aux Etats-Unis est totalement déconnecté de celui des autres nations industrielles”, souligne David Hemenway, directeur du Harvard Injury Control Research Center.”Le fait que la majorité des violences mortelles implique des armes à feu accrédite l’hypothèse selon laquelle la multiplication des armes est une raison première.”
Cette hypothèse largement acceptée est contestée avec véhémence par les défenseurs du libre accès aux armes, au premier rang desquels l’Association nationale pour les armes à feu (NRA) qui se réfugie derrière le deuxième amendement pour affirmer que tout citoyen a le droit de posséder une arme.
“Ce ne sont pas les armes qui tuent les gens”, affirme la NRA. “Ce sont les gens qui tuent les gens.”(…)
La NRA, dont l’influence est énorme à Washington, se prononce traditionnellement sur les candidats aux élections locales et nationales sur le seul critère de leur position relative au droit de posséder une arme.
Le lobbying intense de la NRA lui a valu un certain nombre de victoires sur les associations pour le contrôle des armes. Ainsi en 2004, le Congrès a voté la suspension de l’interdiction de posséder des armes d’assaut, de la catégorie de l’AK-47 utilisé lors de la fusillade dans l’école du Missouri.
“Il est évident que les deux dernières années représentent une des meilleures législatures pour les propriétaires d’armes”, a fait savoir en octobre la NRA dans un message à ses quatre millions de membres. “Nos efforts et nos victoires doivent être protégées.”
(…)Le bilan annuel des morts par armes à feu aux Etats-Unis est dix fois supérieur au chiffre cumulé des pertes militaires américaines en Irak et en Afghanistan(…)Les statisticiens jugent le parallèle hasardeux. Il a pourtant déjà été dressé par le passé. C’était par l’ancien président George H.W. Bush au sortir de la Guerre du Golfe.
“Au cours des trois premiers jours de l’offensive terrestre, davantage d’Américains ont été tués dans les villes américaines que sur l’ensemble du front koweïtien”, avait-il dit. “Pensez-y! Un de nos courageux garde nationaux était peut-être davantage en sécurité au coeur de la plus grande offensive blindée de l’histoire que dans les rues de sa ville natale.”
La remarque date de 1991, année où le nombre d’homicides avait atteint le nombre record de 24.700. Il a depuis décliné progressivement pour se stabiliser l’année dernière en-dessous de 17.000. Dans 66% des cas, des armes à feu étaient en cause.
“On note des signes d’évolution des comportements liés aux armes, notamment chez les jeunes”, observe Kristen Rand, du Centre sur les politiques contre la violence. “Mais le changement sera lent, sans doute sur les 20 ou 30 prochaines années.” /JCL
11 mars, 2008
2-GEO/ECO, DISCRIMINATIONS, FRANCE, POPULATION et SOCIETE, TOLERANCE
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40% des homosexuels interrogés ont été au moins une fois visés par des blagues, insultes, violence ou chantage au licenciement.
LIBERATION.FR : jeudi 6 mars 08
85 % d’homosexuels ont au moins une fois ressenti une homophobie implicite sur leur lieu de travail tandis que 40 % disent en avoir été directement victimes, a révélé une étude sur l’homophobie dans l’entreprise commandée par la Halde et publiée jeudi.
Selon une enquête menée fin 2006 auprès de 1.413 salariés gays et lesbiennes et des DRH de 14 grandes entreprises, 85 % des personnes interrogées ont au moins une fois ressenti une homophobie implicite (rejet, rumeur, dénigrement) et 40 % en ont été au moins une fois directement victimes (blagues, insultes, violence, chantage au licenciement).
Parmi les registres homophobes les plus utilisés au sein de l’entreprise, figurent celui du genre (”efféminé” pour un homme, “masculine” pour une femme), celui de la sexualité mais aussi un troisième registre qualifié par l’étude d’”homophobie politique” et qui s’énonce sous la forme “incapable de diriger les autres”. 40 % des personnes qui ont reçu des remarques négatives sur leur apparence, ont essuyé de telles remarques sur leur tenue vestimentaire, 32 % sur leur coiffure, 26 % sur leurs gestes et 18 % sur leur voix.
48 % des homosexuels interrogés sont cadres contre 15 % de cadres et professions intellectuelles supérieures dans la population active française. Ils sont sous-représentés dans certaines professions (commerce, gestion/administration), sur-représentés dans d’autres (communication, art et spectacle, fonction publique).
Lesbiennes et gays sont 41 % à travailler dans la fonction publique (20 % pour l’ensemble de la population active) avec une proportion très élevée de lesbiennes dans le secteur de l’éducation (35 %). 66 % n’ont pas dévoilé leur orientation sexuelle durant leur parcours professionnel.
A la question de savoir quels éléments leur permettraient de mieux vivre leur orientation sexuelle au travail, les personnes interrogées ont répondu notamment : des syndicats plus visibles dans la lutte contre l’homophobie (89%), une plus grande publicité autour des procès (88 %), l’égalité des droits, notamment pour le mariage et l’adoption (85 %).
9 mars, 2008
2-GEO/ECO, FRANCE, MONDIALISATION, POPULATION et SOCIETE, Union Européenne
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Cinq raisons qui expliquent la flambée des prix en France

LE MONDE | 08.03.08
(…)Depuis plus d’un an, les matières premières agricoles flambent, blé et lait en tête. Contenues jusqu’en octobre 2007, ces hausses se répercutent désormais sur le consommateur. Selon des chiffres récents du cabinet Nielsen Panel, les prix alimentaires en grande surface ont augmenté de plus de 2,39 % en janvier et devraient connaître un pic d’inflation en avril de 4 %. Le mensuel 60 millions de consommateurs a, lui, fait état de hausses de prix fulgurantes sur le beurre, le camembert, les pâtes, les yaourts et le jambon… allant de 5 % à 48 %. La direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) a, de son côté, mené l’enquête, concluant à des hausses des prix en rayon allant de 0 à 27 %.
(…) Nombre de facteurs autres participent de ce phénomène.La législation en vigueur en France est indéniablement l’un d’eux. Les lois Royer et Raffarin, instaurées en leur temps pour protéger le petit commerce, ont freiné en réalité l’implantation de magasins maxidiscompteurs et favorisé les concentrations des grandes enseignes dans certaines régions. Par ailleurs, héritage de la loi Galland de 1996, les distributeurs ne peuvent négocier librement les tarifs en France. Au nom du principe de non-discrimination, lorsque Danone veut vendre ses yaourts ou Coca-Cola ses sodas, ils doivent proposer le même prix, à quantité égale, que ce soit à Leclerc, Auchan, Carrefour ou System U.
(…)Par ailleurs, indépendamment du corpus législatif, les distributeurs se sont installés sur le territoire français de telle sorte que bien souvent, à l’échelle locale, la concurrence n’est plus une réalité. Enfin, Internet, qui dans l’habillement ou les produits électroniques permet de faire baisser les prix, ne joue pas ce rôle d’amortisseur dans l’alimentaire. Les prix y sont même fréquemment supérieurs à ceux inscrits en magasin.
Un partage du territoire. Leclerc dans l’Ouest, Carrefour sur la côte d’azur, Auchan dans le Nord(… ):le manque de concurrence entre les enseignes au niveau local(…est ) édifiants: dans 60 % des 630 “zones de vie” (des bassins de consommation) définies par Asterop - un seul distributeur domine avec une part de marché supérieure à 25 % et 15 points le séparent du second. L’étude démontre qu’il y a affrontement entre deux enseignes dans 27 % des zones. La concurrence entre trois ou quatre acteurs n’existe que dans 13 % d’entre elles.
Dans ce contexte, les prix ne sont que rarement tirés à la baisse. Ainsi,(… à Lyon)) où dominent les enseignes de deux grands groupes, les prix sont plus élevés qu’à Nantes où quatre grands distributeurs sont implantés et se livrent à une concurrence acharnée. Qui plus est, aucun grand distributeur étranger, comme le britannique Tesco ou l’américain Wal Mart, n’est présent. Enfin, Asterop n’a pas identifié une seule enseigne de maxidiscompte avec une position de leadership en France. Or, selon le panel Nielsen publié par le magazine LSA, plus il y a de discompteurs dans une région, plus les prix y sont bas. Nancy, Metz ou Calais, qui en accueillent, font ainsi partie des villes les moins chères.(…)
Multitude d’enseignes n’est pas synonyme de concurrence. Ce partage du territoire entre grandes enseignes est encore renforcé par leur présence sur les différents formats de la distribution. Ainsi Carrefour possède, outre sa marque historique, les enseignes Champion, Ed, 8 à huit et Shopi. A lui seul, le numéro deux mondial de la distribution détient 41 % de la consommation française, selon Asterop.
En matière de concurrence, cet état de fait peut s’avérer désastreux, comme c’est le cas par exemple à Antibes. Le nord est “contrôlé” par Carrefour propriétaire aussi des supermarchés Champion et du discompteur Ed, tandis que la partie sud de la ville est aux mains du groupe Casino avec ses Géants Casino et ses Leaderprice(…).
La loi Raffarin a freiné l’essor du maxidiscompte. Instaurée pour sauver le petit commerce, la loi Raffarin oblige à demander une autorisation pour tout commerce de plus de 300 mètres carrés à des commissions départementales d’équipement commercial. Ce seuil a aussi eu comme conséquence de freiner le développement des magasins de maxidiscompte. Du coup, les maxidiscompteurs multiplient l’ouverture de petites surfaces. Mais ils ne représentent que 13 % du marché.(…)
“ Il existe 14 000 magasins, de la supérette à l’hypermarché, mais les mètres carrés supplémentaires qui s’ouvrent chaque année sont plutôt des extensions de magasins. (…) Tout est très verouillé“, explique Michel Carles,(…)(Auchan France.) Il faut dix ans entre la demande d’autorisation et l’ouverture d’un magasin.
Selon l’OCDE, la France présente (avec la Grèce) la réglementation des grandes surfaces la plus restrictive et la plus protectrice des enseignes en place. L’OCDE vise également la loi Galland.
Une loi Galland trop rigide. Si la loi Chatel, votée en décembre 2007, autorise désormais les distributeurs à remettre dans les prix la totalité des marges arrière - ces sommes versées par les industriels aux distributeurs en rémunération de services rendus (catalogues, têtes de gondoles) -, elle fait néanmoins perdurer ce système que Jacques Attali voulait supprimer. Car la loi Chatel ne permet pas la négociabilité des prix. Depuis des mois maintenant, distributeurs et fournisseurs s’opposent sur la question. “Je veux pouvoir dire à Antoine (Riboud) tes yaourts sont trop chers”, répète inlassablement Michel-Edouard Leclerc. La loi de modernisation de l’économie, présentée en avril, devrait l’introduire.
Internet ne fait pas baisser les prix…)dans l’alimentaire, (…) contrairement à d’autres secteurs comme l’habillement ou les produits technologiques.
Ils n’ont pourtant pas de magasins, pas de caissières, pas de parking… Mais il faut bien des entrepôts, des manutentionnaires pour remplir les chariots, et des livreurs. Il faut compter environ une demi-heure - soit 12 euros de main d’oeuvre - pour préparer un chariot en moyenne de 150 euros (plus de 60 articles) et 16 euros pour la livraison.
“Nous sommes sur une activité à valeur ajoutée destinée à des personnes plutôt urbaines, pressées qui n’ont pas envie de passer leur samedi à faire leurs courses. Or elles ne peuvent pas tout avoir, le service et le prix”, explique directeur général (..Auchan direct). Ses prix sont de 3 % à 5 % plus cher que les hypermarchés de province mais de 3 à 5 % moins cher que les magasins de proximité comme Monoprix ou encore Franprix.
(extraits article Nathalie Brafman)
6 mars, 2008
2-GEO/ECO, DISCRIMINATIONS, EUROPE, FEMMES, FRANCE, POPULATION et SOCIETE, Union Européenne
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Les femmes accèdent moins aux responsabilités
et restent moins payées que les hommes, selon deux études
Horst Kloever/LAIF-REA/Horst Kloever/LAIF-REA
A compétence et poste égaux, les femmes cadres sont encore payées 7 % de moins que leurs collègues masculins, selon une étude de l’APEC rendue publique jeudi 5 mars.
LEMONDE.FR avec AFP | 06.03.08
Deux études publiées jeudi 6 mars, l’une par la Commission européenne, l’autre, en France, par l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) montrent que, dans leur vie professionnelle, les femmes ne sont toujours pas traitées à égalité avec les hommes, même si des progrès sont constatés.
L’étude européenne montre que l’accession des femmes au pouvoir reste limitée dans le monde. En 2007, seulement 17 % des parlementaires étaient des femmes (contre 10 % en 1995). Dans l’Union européenne, les femmes n’occupaient l’an dernier que 24 % des sièges dans les Parlements nationaux, un taux inférieur au “seuil minimum de 30 % jugé nécessaire pour que les femmes aient une influence significative sur les décisions politiques”, note l’étude. Les gouvernements nationaux de l’UE comptent pour leur part une femme pour trois hommes (24 % de femmes, 76 % d’hommes) en moyenne. Certains pays se distinguent dans leurs efforts comme la Finlande (60 %), la Norvège (53 %), la Suède (46 %) et l’Espagne (41 % de femmes). Mais la Slovaquie, la Grèce et la Turquie n’ont qu’une seule femme au gouvernement, et la Roumanie aucune.
L’étude souligne par ailleurs que tous les gouverneurs des Banques centrales de l’UE sont des hommes et que, dans les grandes entreprises, les hommes s’adjugent toujours près de 90 % des postes des conseils d’administration. Seule la Norvège se distingue (34 % de femmes) car elle a rendu obligatoire sous peine de sanction la parité dans les conseils d’administration (40 % de femmes au minimum). L’étude conclut ainsi que seules les politiques volontaristes de représentation proportionnelle ou de quotas peuvent apporter “un changement réel et rapide”.
17 % D’ÉCARTL’étude de l’APEC, qui concerne, elle, uniquement la France, estime que l’écart de salaire médian (calculé tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l’autre moitié gagne plus) entre les femmes et les hommes cadres atteint 17 % en 2007 : chez les hommes cadres, le salaire médian s’élève à 45 000 euros, contre seulement 38 400 euros pour les femmes.
Cet écart croît si l’on considère le salaire moyen (moyenne de l’ensemble des salaires) : il atteint 22 % car il y a plus de salaires élevés chez les hommes. A poste, qualification, responsabilité et taille d’entreprise de valeur égale, il subsiste un écart de 7 %, ce qui fait conclure à l’APEC qu’il existe encore “une discrimination salariale à l’égard des femmes”. L’association note cependant un léger progrès : parmi les cadres, la part des femmes est passée de 14 % en 1974 à 33 % en 2006, selon des données de l’Agirc (caisse de retraite complémentaire des cadres) citées dans l’étude.
Les écarts de salaire varient également selon les fonctions et sont “d’autant plus faibles que la fonction est féminisée”. Ainsi, l’écart le plus important (36 %) se trouve dans la fonction “production”, où les hommes occupent près de neuf postes sur dix, tandis que l’écart le plus faible (5 %) s’observe dans la fonction “ressources humaines”, où les femmes représentent sept cadres sur dix. Néanmoins, dans quelques fonctions très féminisées, l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes reste élevé, notamment dans la gestion (féminisation de 57 %, écart salarial de 20 %) et dans le marketing (féminisation à 53 %, écart de 20 %).
29 février, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, POPULATION et SOCIETE
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Comment faire baisser les cours des produits agricoles
LE MONDE | 26.02.08
La nourriture est un besoin humain universel. Mais quand les prix des produits alimentaires s’envolent - comme ils l’ont fait récemment -, l’ajustement est bien plus difficile pour les pays pauvres que pour les riches. Les dirigeants politiques voudraient des marchés plus calmes. Parmi d’autres choses, ils devraient dire au revoir et pour toujours à l’argent facile.
Dans les pays riches, les consommateurs pourraient avoir à se serrer la ceinture, mais seulement de façon imagée. La faim n’est pas un grand risque. Le principal danger résultant d’une hausse de 70 % du blé et du soja au cours des six derniers mois est le taux d’inflation. Même ce risque est limité, car les dépenses alimentaires représentent moins de 10 % des budgets des ménages et les matières premières une petite proportion de cela.
AUGMENTER LA PRODUCTION
Dans les pays pauvres, des troubles politiques liés à la famine sont une possibilité bien réelle. Plus de la moitié de la population vit dans les villes et la nourriture, très largement non industrielle, compte pour plus d’un quart des dépenses des ménages.
Les gouvernements ont déjà introduit des restrictions aux exportations de nourriture et ont augmenté les aides pour les produits de première nécessité. Mais de telles politiques d’urgence sont loin d’être idéales. Il serait bien mieux d’empêcher les prix de flamber. Comment faire ?
La première étape consiste à augmenter la production. Cela est déjà en train de se faire, car les prix élevés encouragent les agriculteurs et les gouvernements à développer les cultures plutôt qu’à les restreindre. L’étape suivante consiste à mettre fin aux subventions absurdes pour les biocarburants à base de maïs, qui réduisent à peine les émissions de dioxyde de carbone et retirent une part significative de nourriture du marché.
Il n’y a aucune raison de s’en prendre à la demande. Mais une meilleure politique financière peut au final réduire la souffrance des pauvres quand la nourriture manque. Plus le consommateur dispose d’argent ou de facilité pour emprunter, plus les prix doivent monter avant que les acheteurs potentiels décident qu’ils ne peuvent plus se permettre d’acheter un produit. Ce qui permet alors enfin aux prix de baisser. Le plus grand nombre paye un prix élevé pour cette politique d’argent facile.
Edward Hadas
Article paru dans l’édition du 27.02.08.
26 février, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, POPULATION et SOCIETE, TOLERANCE
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Laïques et dévots d’Amérique
Denis Lacorne directeur de recherches au Ceri-Sciences-Po.
QUOTIDIEN : lundi 25 février 2008
Liberation
Affirmer qu’il existe une «laïcité» américaine paraît parfaitement incongru. Les devises et les serments religieux, les invocations de Dieu, les moments de prière au Congrès ou dans les bureaux du Président, la défense d’un récit national fondé sur un credo anglo-républicano-protestant, tout indique que la religion a sa place dans l’espace public américain et qu’elle est surtout chrétienne. «Mon philosophe préféré, disait George W. Bush lors des primaires de 2000, est le Christ, parce qu’il a sauvé mon cœur.»
A la veille des primaires, Mike Huckabee s’affirmait comme un «leader chrétien». Hillary Clinton insistait sur l’importance de la prière, Barack Obama évoquait sa conversion à l’âge adulte, Mitt Romney, le mormon, disait haut et fort que Jésus-Christ était bien pour lui «le fils de Dieu et le sauveur de l’humanité», et McCain parlait miracle dans un spot publicitaire évoquant sa vie de prisonnier au Vietnam : un garde traçait une croix, sous ses pieds, un jour de Noël… Tout semble donc baigner dans le religieux en politique américaine. Pourtant, deux événements inaperçus en France signalèrent qu’il n’en était rien et qu’au camp des dévots s’opposait celui des «sécularistes» (secularists), l’équivalent américain du mot laïque. Dans son discours du 6 décembre 2007 sur la foi en Amérique, Romney dénonçait deux ennemis redoutables : les «islamistes» partisans du jihad et les «sécularistes» acharnés à «effacer de l’espace public toute référence à Dieu». Mike Huckabee, quant à lui, déclarait lors des primaires du Michigan qu’il était temps d’amender la Constitution des Etats-Unis, rédigée en 1787, afin d’y incorporer certains «préceptes divins».
Ces attaques répétées laissent entendre qu’il y a une laïcité ancienne, persistante, insidieuse, suscitant la juste colère du parti des dévots. D’où vient-elle ? Qu’en reste-t-il dans l’Amérique d’aujourd’hui ? La réponse, inconfortable pour un chrétien, surtout s’il est born again, est que les pères fondateurs de l’Amérique républicaine étaient eux-mêmes des hommes des Lumières qui luttèrent, très tôt, pour établir une véritable séparation de l’Eglise et de l’Etat, d’abord en Virginie, puis, l’expérience ayant réussi, dans le reste des Etats-Unis. La question scolaire était au cœur du débat politique. Fallait-il donner le droit au Parlement de Virginie de lever une taxe pour financer les écoles religieuses, toutes confessions confondues ? La réponse, défendue dans une pétition rédigée par Madison en 1785, fut un non catégorique : tout impôt religieux, même réparti selon des principes d’équité, est contraire à la liberté de pensée des citoyens. Le projet de loi sur la liberté religieuse, voté en 1786, adoptait ce même point de vue : l’Etat de Virginie cesserait de financer les activités des Eglises…
Dans une lettre à la congrégation hébraïque de Newport, dans le Rhode Island, le général Washington, une fois élu président, rassurait ses correspondants : le gouvernement, écrivait-il, n’avait pas pour objet de «favoriser la bigoterie ou d’encourager une quelconque forme de persécution religieuse». Il fallait simplement que «chacun reste tranquillement assis sous sa vigne ou son figuier», sans être le moins du monde inquiété pour ses convictions. La liberté de conscience, garantie par l’Etat, était donc totale, et cette liberté s’appliquait aussi à l’irréligion, comme le laissait entendre Jefferson dans ses Observations sur la Virginie (1786). Quel est, en effet, l’objet central du gouvernement ? La paix civile, et par conséquent l’interdiction de toute activité lésant les intérêts d’autrui. «On ne porte pas atteinte à son voisin lorsqu’on affirme qu’il y a vingt dieux ou aucun dieu. Cela ne me vide pas les poches, ni ne me brise la jambe», écrivait Jefferson.
La Constitution des Etats-Unis, au grand désespoir des dévots, exclut toute référence à Dieu ou à une religion fondatrice. Elle interdit les professions de foi religieuse comme condition d’accès aux emplois publics. Son premier amendement interdit aussi toute création d’une Eglise d’Etat. Une telle construction permettrait-elle l’élection d’un président juif, mahométan, sinon même adorateur du dieu Baal, se demandaient les critiques du modèle fédéral ? Oui, répondaient ses partisans, rien ne l’interdit… On comprend donc l’inquiétude des adhérents du parti des dévots et leur désir d’apporter un correctif au texte fondateur de la démocratie américaine.
Si le haut lieu de la laïcité américaine est la Constitution fédérale, ses gardiens sont les juges de la Cour suprême, qui ont élaboré les principes d’une séparation juridique de l’Eglise et de l’Etat. Selon ces principes, toute loi qui porterait atteinte à l’interdiction du premier amendement — pas d’Eglise officielle et donc pas de point de vue religieux officialisé - doit être jugée contraire à la Constitution. C’est pourquoi la Cour interdit la prière à l’école, la prière dans une enceinte sportive, l’affichage des dix commandements dans des écoles ou des tribunaux, l’enseignement du créationnisme, et surtout tout financement public direct des écoles confessionnelles. Et comme le juge refuse de se prononcer sur les vérités religieuses, toutes les religions, même les plus ésotériques, ont droit de cité. C’est pourquoi la Cour a refusé d’interdire les sacrifices animaux pratiqués par l’Eglise du Lukumi Babalu Aye, une secte afro-cubaine de Floride, au prétexte que, même si ces rituels étaient cruels, ils étaient religieux et comparables aux sacrifices, eux aussi cruels, pratiqués par l’islam ou le judaïsme. La garantie d’un Etat neutre était à ce prix. En d’autres termes, toutes les religions sont traitées sur pied d’égalité, même si certaines pratiques restent interdites, comme la polygamie chez les mormons. Jusqu’où va la neutralité de l’Etat ? La jurisprudence de la Cour suprême est particulièrement choquante pour le parti des dévots, car elle interdit non seulement toute mesure favorisant une église au détriment d’une autre, mais aussi toute préférence pour la religion contre l’athéisme ou l’irréligion. «Les athées, écrivent les juges, sont des membres à part entière de la communauté nationale.»
Il y a un paradoxe américain : la stricte séparation juridique de l’Eglise et de l’Etat n’empêche pas un fort enchevêtrement du religieux et du politique dans les campagnes électorales. Cela tient au calendrier des primaires et à la croyance qu’un président ne peut être élu sans faire appel aux partisans des «valeurs morales traditionnelles». Et pourtant, trop de religion tue le religieux, et ce n’est sans doute pas un hasard si les deux finalistes pressentis - Obama et McCain — sont les moins religieux des candidats depuis le début des années 80.
Auteur de De la religion en Amérique. Essai d’histoire politique, Gallimard, 2007.
21 février, 2008
2-GEO/ECO, EUROPE, FRANCE, POPULATION et SOCIETE, Union Européenne
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«L’augmentation des créations d’emplois est un vrai mystère»
Michel Husson, de l’Institut de recherches économiques et sociales:propos recueillis SONYA FAURE pour Libération-QUOTIDIEN : jeudi 21 février 2008
En 2007, la France a créé près de 300 000 emplois, un record depuis 2000 (567 000 créations dans le secteur privé). Le nombre d’offres publiées par l’Association pour l’emploi des cadres a progressé de 27 % en 2007, et 2008 devrait marquer un record, selon l’Apec. Explications avec Michel Husson de l’Ires.
Pourquoi un tel dynamisme de l’emploi, dans un contexte de faible croissance ?
C’est un vrai mystère. Une année complètement atypique. Historiquement, c’est la croissance qui tire l’emploi. Mais depuis 2003, la création d’emplois augmente chaque année (de 1,9 % en 2007) alors que la croissance stagne à 2 % en moyenne. On a atteint un paroxysme en 2007 : l’augmentation des créations d’emplois est de 1,9 %, comme la croissance économique. Ça veut dire que la productivité est nulle !
Une spécificité française ?
Oui. Sur les deux dernières années, la France a une croissance inférieure d’un point environ à la moyenne européenne. Elle a créé en revanche à peu près autant d’emplois que les autres.
Du CNE à la rupture à l’amiable (à venir), la volonté des derniers gouvernements de «fluidifier» le marché peut-elle expliquer la tendance ?
Les employeurs vont peut-être embaucher plus vite pour répondre aux hausses de commandes s’ils savent qu’ils licencieront plus facilement. Mais ça n’explique pas pourquoi ils anticipent une croissance qui ne vient pas.
Comment l’expliquer alors ?
Deux scénarios sont possibles. Dans le premier, nous nous sommes installés dans un nouveau modèle économique : un marché du travail plus dual. D’un côté les «bons» emplois bien payés. De l’autre, des emplois précaires et peu rémunérés, comme dans les services à la personne, qui représentent près du tiers des emplois créés en 2007. Dans ce cas, une faible croissance peut alors créer beaucoup d’emplois.
Et le deuxième scénario ?
Un gros ralentissement en 2008. Après avoir créé plus d’emplois que n’en suscitait la croissance, les entreprises pourraient réduire leurs effectifs plus fortement.
Et l’emploi des cadres ?
La prévision de l’Apec pour 2008 me paraît extraordinairement optimiste. L’emploi des cadres accentue les cycles. Il suit en gros l’investissement des entreprises (4,9 % en 2007). Cette année, les entreprises ont peut-être fait des efforts de réorganisation : elles ont investi, embauché des cadres pour se repositionner qualitativement.
19 février, 2008
2-GEO/ECO, EUROPE, FRANCE, MONDIALISATION, POPULATION et SOCIETE, Union Européenne
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Revitaliser les territoires, un travail de longue haleine
LE MONDE ECONOMIE | 18.02.08
“Je ne peux pas concevoir que l’on puisse fermer l’usine de Creil.” Cette réponse de Jacques Chirac, le 10 février 1995, en pleine campagne présidentielle, à un délégué syndical de Chausson, l’équipementier-carrossier, revient en écho aux déclarations de Nicolas Sarkozy, dix ans plus tard, devant les ouvriers de l’usine ArcelorMittal de Gandrange en Moselle menacée de 595 suppressions d’emplois. Le chef de l’Etat a promis “un contre-projet industriel” et “des investissements” publics pour “maintenir l’usine en activité”. Celle de Creil sera bel et bien fermée le 30 mars 1996, moins d’un an après l’élection de Jacques Chirac à la présidence de la République.

L’usine Kléber à Toul (826 emplois), les cristalleries d’Arques dans le Pas-de-Calais (2 600 emplois menacés), l’Imprimerie nationale…, les annonces de fermeture ou de restructuration se succèdent, et suscitent les mêmes réactions indignées des salariés - qui opposent leur situation aux résultats financiers florissants de leurs employeurs - et des élus locaux, qui dénoncent les effets de telles décisions sur leur territoire. Surtout lorsque celui-ci, comme la Lorraine, a déjà vécu le long et douloureux traumatisme de la restructuration de la sidérurgie.
“UN MODE DE GESTION NORMAL”
Pourtant, les choses ont changé. “Il y a vingt ans, les crises concernaient successivement des secteurs déterminés - le charbon, la sidérurgie, l’armement, le textile - et des sites localisés ; l’Etat pouvait déployer des moyens importants et imposer ses solutions, remarque Jean-Michel D