17 juin, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES, SUD
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Réfugiées ou déplacées, les mouvements de populations sont « sans précédent » selon le HCR
LE MONDE | 17.06.08
New York (Nations unies), correspondant
AFP . Cris Bouroncle
Après une baisse de 2001 à 2005, le nombre de personnes prises en charge par le HCR est en augmentation pour la deuxième année consécutive
Le Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) a dû s’occuper en 2007 de 25,1 millions de personnes réfugiées à l’étranger ou déplacées à l’intérieur de leur pays, un chiffre « sans précédent », selon un rapport de l’agence onusienne paru mardi 17 juin. Après une baisse de 2001 à 2005, le nombre de personnes prises en charge par le HCR est en augmentation pour la deuxième année consécutive, principalement en raison de « la situation instable en Irak », où le nombre de personnes déplacées dans leurs frontières est passé de 1,8 million à 2,4 millions en un an
Cette augmentation globale est « un sujet de préoccupation », a déclaré dans un communiqué le haut-commissaire pour les réfugiés de l’ONU, Antonio Guterres. Selon l’ex-premier ministre portugais, « un mélange complexe de défis mondiaux » pourrait « engendrer un risque accru de déplacements forcés à l’avenir ». Parmi ces défis, M. Guterres mentionne « la dégradation de l’environnement liée au climat, qui renforce la compétition pour des ressources rares », ainsi que « la très forte hausse des prix qui frappe avec une dureté particulière les pauvres et qui est source d’instabilité ».
Le HCR, qui emploie plus de 6 300 personnes dans 110 pays, opère une distinction entre les « réfugiés », contraints de quitter leur pays pour échapper à un conflit ou des persécutions, et les « déplacés internes », chassés de leurs foyers par des violences ou des catastrophes naturelles, mais qui résident toujours dans leur pays d’origine.
3 MILLIONS DE DÉPLACÉS EN COLOMBIE
Selon l’Internal Displacement Monitoring Center, cité dans le rapport, le nombre de « déplacés internes » victimes de conflits est passé de 24,4 millions de personnes en 2006 à 26 millions en 2007, dont 13,7 millions ont reçu une aide du HCR (contre 12,8 millions en 2006). Avec quelque trois millions de déplacés, la Colombie est le pays le plus touché, suivie de l’Irak, de la Somalie (600 000 personnes déplacées au cours de 2007) et de la République démocratique du Congo (565 000 déplacés cette même année).
Entre 2006 et 2007, le nombre de réfugiés comptabilisés par le HCR est passé de 9,9 à 11,4 millions, mais plus des deux tiers de cette augmentation sont dus à un changement de méthode statistique. A eux seuls, les réfugiés afghans (3,1 millions de personnes) vivant au Pakistan ou en Iran, et les réfugiés irakiens (2,3 millions) vivant en Syrie ou en Jordanie constituent près de la moitié du total des réfugiés. Viennent ensuite la Colombie (552 000 réfugiés), le Soudan (523 000), la Somalie (457 000) et le Burundi (376 000).
Les Irakiens figurent au premier rang des demandeurs d’asile (52 000), devant les Somaliens (46 100) et les Erythréens (36 000). En 2007, 647 200 demandes d’asile ont été soumises, un chiffre en augmentation pour la première fois depuis quatre ans. Les principaux pays de destination ont été les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, la Suède, la France, le Royaume-Uni, le Canada et la Grèce.
L’agence de l’ONU, qui précise n’avoir « pas la prétention de fournir une image complète des déplacements forcés à l’échelle mondiale », souligne aussi des évolutions positives. En 2007, 731 000 réfugiés ont été volontairement rapatriés, notamment en Afghanistan (374 000) et au Soudan sud (130 700). En Afrique, le nombre de réfugiés a diminué de 6 % et au total, 2,1 millions de « déplacés internes » sont rentrés chez eux.
Philippe Bolopion
17 juin, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, BIRMANIE, RISQUES, SUD
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« Corps éparpillés » et « situation apocalyptique » en Birmanie, selon les humanitaires
LE MONDE | 10.05.08
REUTERS/STR
« La situation sur le terrain est vraiment désespérée », explique Aye Win, du Centre d’information des Nations unies.
Un spectacle effarant, difficilement soutenable. Les premiers témoignages des rares équipes de secours parvenues dans le delta de l’Irrawaddy, la zone de Birmanie dévastée le 3 mai par le typhon Nargis, font état d’un véritable désastre humanitaire. Alors que le bilan officiel s’établissait, samedi 10 mai, à 23 335 morts et 37 019 disparus – les estimations officieuses continuent d’évoquer près de 100 000 morts -, les scènes de dévastation rapportées par ces témoins ne font que souligner l’urgence d’une assistance internationale que la junte militaire birmane n’accepte, selon les ONG et l’ONU, que trop lentement.
Le programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a affirmé, samedi 10 mai dans la soirée, avoir récupéré la cargaison d’aide arrivée à bord d’un de ses avions en Birmanie pour secourir les sinistrés du cyclone Nargis. « La cargaison est entre nos mains, ils nous l’ont remise », a déclaré Marcus Prior, un porte-parole du PAM à Bangkok, qui n’était en revanche pas en mesure de dire quel était le statut du second avion de l’ONU arrivé samedi à Rangoun, un appareil du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) arrivant de Dubaï et transportant des biscuits énergétiques. – (Avec AFP.)« La situation sur le terrain est vraiment désespérée, explique Aye Win, du Centre d’information des Nations unies, contacté par téléphone à Rangoun. Nous atteignons nos limites. Nos personnels reviennent du delta (de l’Irrawaddy) et les histoires qu’ils nous racontent sont difficiles à supporter. Certains sont assez affolés en revenant. Il y a des corps éparpillés. »
A Médecins sans frontières (MSF), un chargé de communication, Frédéric Baldini, rapporte depuis Genève le témoignage du chef de mission de MSF-Suisse en Birmanie : « Il a rencontré un résident d’un village du delta affirmant craindre n’être que le seul survivant. »
A Paris, Thomas Gonnet, directeur des opérations d’Action contre la faim (ACF), est en contact permanent avec une équipe de l’association présente sur les lieux. « Un paysage de désolation et une situation apocalyptique, tels furent les premiers mots de notre équipe arrivée, mercredi, à Bogalay, l’une des villes les plus touchées par le typhon », rapporte-t-il.
Pour parcourir la centaine de kilomètres qui relient Rangoun et Bogalay, le premier convoi d’ACF, avec sept tonnes de riz, a dû faire de nombreux détours : ponts détruits, circulation bloquée, risques d’attaque sur la route. Le spectacle découvert par l’équipe d’ACF à Bogalay fait état d’une ville rasée et entourée d’eau contaminée par les cadavres en décomposition. Si les autorités retiennent le chiffre de 10 000 morts dans cette zone, le chef d’équipe d’ACF estime que près de 200 000 personnes sont en danger sur une population initiale de 350 000 habitants.
Ce responsable de terrain a, vendredi, décrit par téléphone à Thomas Gonnet la présence d’environ 60 000 ruraux, paysans ou pêcheurs – venus chercher du secours à Bogalay. « Ils n’ont plus d’eau, plus à manger, plus d’animaux, plus de semences, plus de rizières, les stocks de riz sont vides. » Il a également évoqué l’existence d’un camp de réfugiés de près de 20 000 personnes au coeur même de la ville. « Le problème, précise M. Gonnet, c’est que les autorités locales nous ont interdit l’accès à ce camp et ne nous laisse pas distribuer nous-mêmes l’aide aux victimes. »
« La colère de la population est palpable, et notre équipe sur place nous a fait état de violences », rapporte le directeur des opérations d’ACF.
Des tensions sont apparues entre les membres du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU, présents à Rangoun, et le gouvernement birman. Vendredi, alors que des équipes du PAM déchargeaient 38 tonnes de vivres et d’équipements sur l’aéroport, des autorités locales ont saisi la cargaison. Le PAM a alors annoncé la suspension de toute livraison.
Joint au téléphone vendredi, à Rangoun, l’un des représentants du PAM en Birmanie, Marcus Prior, indique que les autorités ont expliqué leur geste par l’absence d’autorisation. « Ils nous connaissent pourtant bien, remarque M. Prior. Nous sommes dans ce pays depuis longtemps, et nous sommes déjà présents à Bogalay mais aussi à Laputta, la première ville touchée par le typhon. »
La junte a indiqué, vendredi, que « la Birmanie donne la priorité à la réception de l’aide et à sa distribution, par ses propres moyens, dans les régions frappées par le typhon ». Les organisations humanitaires suspectent le régime de vouloir en fait détourner l’aide internationale. En fin de journée, le PAM revenait sur sa décision et annonçait qu’il assurerait ses vols de samedi tout en poursuivant les discussions pour pouvoir contrôler l’ensemble de la distribution de l’aide.
Paul Risley, le porte-parole du PAM à Bangkok, où se regroupent les équipes humanitaires en attente de visa, n’en dénonce pas moins l’attitude des autorités birmanes qui ont fermé leur ambassade pour quatre jours en raison d’une fête. « C’est une attente de quatre jours qui n’a pas lieu d’être », a-t-il déclaré.
Si le delta de l’Irrawaddy est la zone la plus touchée, les environs de Rangoun n’ont pas été épargnés. « Dans la zone de Rangoun, 80 % des maisons sont détruites, rapporte à Paris Françoise Sivignon, chef de la mission Birmanie de Médecins du monde (MDM). Les gens sont réfugiés dans les monastères, les écoles et les églises. »
Joe Larry, délégué à l’information de la Croix-Rouge, est arrivé à Rangoun de Bangkok vendredi. « Les arbres ont été arrachés, les toits des maisons rappellent des boîtes d’étain ouvertes, rapporte-t-il au retour d’une visite dans les banlieues de la cité. Il n’y a pas d’électricité, les rues les plus proches de Rangoun sont toujours couvertes d’eau. Les enfants jouent dans l’eau accumulée, sûrement contaminée, et courent le risque d’attraper des maladies. »
Jacques Follorou et Philippe Bolopion (à New York)
5 juin, 2008
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United Airlines va réduire sa flotte et supprimer des centaines d’emplois
LEMONDE.FR avec AFP | 04.06.08
United Airlines prend des mesures radicales pour répondre à la hausse des prix des carburants. La compagnie aérienne va retirer cent avions trop anciens de sa flotte et supprimer de 1 400 à 1 500 emplois d’ici à la fin de l’année. La deuxième compagnie des Etats-Unis estime ces mesures nécessaires alors que le niveau actuel des prix du carburant fera bondir sa facture pétrolière de 3 milliards de dollars (près de 2 milliard d’euros) dans ses comptes en 2008.
PRIVILÉGIER LES AVIONS NEUFS
Parmi les cent avions figurent trente appareils dont la mise à la retraite prochaine avait déjà été annoncée, précise le groupe. United Airlines envisage de faire sortir de sa flotte tous ses Boeing 737 et six Boeing 747. L’âge moyen de la flotte va être ainsi ramené à 11,8 ans. Après cette réduction de la flotte et du personnel, les capacités d’United Airlines sur les grandes lignes intérieures américaines auront été réduites de 17 à 18 % pour la période 2008-2009. « L’environnement actuel exige que nous – et avec nous l’ensemble de l’industrie – agissions de manière déterminée et responsable », a expliqué le PDG de la compagnie, Glenn Tilton.
La compagnie a cependant souligné que la réduction de son offre devrait se traduire par des diminutions « modestes » des dessertes peu rentables et des fréquences.
Après United Airlines, Continental Airlines réduit la voilure
LEMONDE.FR avec AFP | 05.06.08
Les difficultés s’accumulent et se ressemblent pour les compagnies aériennes américaines. Après United Airlines, mercredi, c’est au tour de Continental Airlines de prendre des mesures drastiques pour réduire ses coûts. La quatrième compagnie aérienne américaine et cinquième mondiale a annoncé, jeudi 5 juin, qu’elle allait retirer des dizaines d’avions anciens de sa flotte et supprimer des milliers d’emplois pour faire face aux conséquences de l’augmentation des prix du carburant. A compter de septembre, Continental réduira le nombre de ses vols sur les lignes intérieures aux Etats-Unis, ce qui occasionnera une baisse de capacité de 11 % au quatrième trimestre, par rapport à la même période de 2007.
Cette décision devrait entraîner la suppression de 3 000 emplois, sur les 45 000 environ que compte Continental. Le transporteur aérien indique espérer « que la majorité des départs se feront sur la base du volontariat », mais n’écarte pas la possibilité de licenciements. Continental va également retirer de sa flotte soixante-sept appareils de type Boeing 737-300 et 737-500, considérés comme « les moins efficients », donc les plus gourmands en carburant. Les retraits interviendront au rythme de trente-sept en 2008 et trente en 2009.
« LA PLUS GRAVE CRISE DEPUIS LE 11 SEPTEMBRE 2001″
Le transporteur aérien explique que ces décisions sont « nécessaires à la compagnie pour s’ajuster encore davantage aux prix extrêmement élevés du carburant ». « L’industrie fait face à sa plus grave crise depuis le 11 septembre 2001″, affirme Continental. Dans une lettre adressée aux employés de la compagnie, le PDG, Larry Kellner, et le directeur général, Jeff Smisek, ont indiqué que « le modèle d’activité du transport aérien ne fonctionne pas au niveau actuel des prix du carburant ». « Bien que plusieurs hausses de tarifs soient intervenues, ces hausses n’ont pas été suffisantes pour compenser la progression des prix du carburant », ont expliqué les deux dirigeants. « A mesure que les prix augmentent, moins de clients vont prendre l’avion. Si moins de clients prennent l’avion, nous devrons réduire nos capacités pour nous adapter à la baisse de la demande », ont-ils conclu.
5 juin, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, MONDIALISATION, RISQUES
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Le spectre de la faillite ressurgit pour General Motors
LE MONDE | 05.06.08
AFP/JEFF HAYNES
L’usine de la General Motors fabriquant des Pontiac G-6, Orion, Michigan.
La fortune ne sourit pas à Detroit. A peine les constructeurs automobiles américains ont-ils réglé la question du poids des retraites et des frais de santé de leurs salariés qu’ils doivent affronter un ralentissement économique et la spirale de la hausse des matières premières. Le spectre de la faillite, pour General Motors (GM) en particulier, est de retour.
Les défauts de remboursement de crédits font peser sur GM des risques de faillite plus importants que sur Ford, qui est valorisé en Bourse 50 % de plus que son rival, alors qu’il est plus petit. A l’origine du problème, la crise immobilière et la flambée des prix de l’essence. Conséquence : les ventes de pick-up et de 4 × 4, qui constituaient une véritable rente pour les « big three » (GM, Ford et Chrysler), ont chuté de 25 % en 2007. Les constructeurs étrangers dominent le segment des petites voitures, empêchant les américains de relever leurs prix sous peine de perdre des parts de marché.
GM n’est pas le seul touché. Juste après l’annonce d’un bénéfice surprise au premier trimestre, Ford a admis qu’il resterait dans le rouge en 2009. Mais le groupe a rempli ses coffres avant l’effondrement des marchés du crédit ; Ford dispose maintenant d’une trésorerie de 29 milliards de dollars, presque le double de ce dont il aura besoin dans les deux ans.
GM semblait s’être aussi bien couvert grâce à des cessions d’actifs. Mais, entre ses besoins en cash et l’arrivée à échéance de ses dettes, GM ne pourrait disposer que de 1 milliard de dollars d’ici à 2010, selon Lehman Brothers. Or les analystes évaluent à 10 milliards le besoin en fonds de roulement d’un constructeur. GM a supprimé un quart de ses effectifs aux Etats-Unis cette année, va fermer quatre autres usines, peut vendre sa marque Hummer. Mais, à moins qu’il ne persuade des investisseurs de remettre la main à la poche, le plus gros des « big three » sera à nouveau menacé de faillite.
Antony Currie
Les 4×4 continuent de tirer le marché automobile américain vers le bas
LEMONDE.FR | 04.06.08
Les 4×4, pick-up et autres gros véhicules comme les Hummer ne font plus recette. Jugés trop gourmands en carburant, alors que les prix à la pompe battent des records, leurs ventes sont en chute libre et ils ont tiré l’ensemble du marché automobile américain vers le bas en mai, comme en avril. Au total, les ventes de véhicules sont tombées aux Etats-Unis, en glissement annuel, à 14,25 millions d’unités en mai, contre 14,4 millions en avril et une moyenne de 15,2 millions au premier trimestre selon les données du cabinet Autodata.
SUCCÈS DES BERLINES ASIATIQUES
General Motors (GM), Ford et Chrysler ont une fois encore accusé le coup face à leurs rivaux asiatiques. Fin mai, ils ne détenaient plus à eux trois que 44,4 % du marché, contre encore 51,8 % un an plus tôt. GM a vu ses ventes plonger de 27,5 % en mai sur un an, passant sous le seuil historique des 20 % de parts de marché, à 19,1 %. Ses ventes de berlines ont baissé de 13,8 %, tandis que les ventes de Hummer ont plongé de 60 %. GM avait annoncé, mardi 3 juin, un grand chamboulement de sa gamme d’ici à 2010, avec la priorité donnée aux véhicules compacts et économes en carburant. Le groupe va aussi fermer quatre usines produisant des gros véhicules.
Les constructeurs asiatiques présents aux Etats-Unis – dix marques – ont progressé à 48,1 % du marché, contre 41,4 % un an plus tôt. Les constructeurs européens ont aussi un peu avancé. Toyota détient désormais 18,4 % du marché, Honda 12 % et Nissan 7,2 %. Mais les trois principaux concurrents asiatiques des marques américaines ont cependant des résultats contrastés. Les ventes de Toyota sont en recul de 7,9 % alors que Honda affiche une hausse de 11,3 % de ses ventes, porté par un bond de 27 % des ventes de berlines.
General Motors prend un virage stratégique vers les voitures « vertes »
LEMONDE.FR avec AFP | 03.06.08
Lors d’une conférence de presse tenue, mardi 3 juin, avant l’assemblée générale des actionnaires du premier groupe automobile américain, le PDG, Rick Wagoner, reconnaissant que le pétrole cher allait durer, a annoncé le lancement de plusieurs nouveaux modèles « compacts » et une extension de l’offre du groupe en voitures hybrides.
Il a aussi officiellement confirmé l’engagement de la production de la Chevrolet Volt, un véhicule 100 % électrique, avec pour objectif de commencer sa commercialisation en 2010. « Nous croyons que c’est le pas le plus important jamais effectué dans l’évolution de notre industrie pour se libérer de sa dépendance pratiquement totale envers le pétrole », a-t-il noté. « Depuis le début de cette année, l’économie américaine et la situation des marchés sont devenus significativement plus difficiles. Les prix plus élevés de l’essence sont en train de changer le comportement des consommateurs et ils sont en train d’affecter le type de véhicules vendus aux Etats-Unis », a souligné M. Wagoner, pour expliquer ce virage dans la stratégie du groupe.
FERMETURE DE QUATRE USINES
Rick Wagoner a simultanément annoncé la fermeture graduée de quatre usines fabriquant des « trucks », des gros véhicules 4 x 4 reposant sur des châssis de petits utilitaires, qui sont de plus en plus délaissés par les consommateurs en raison de leur énorme consommation en carburant. Ces fermetures devraient permettre au groupe d’économiser plus d’un milliard de dollars d’ici à 2010, en plus des 5 milliards d’efforts supplémentaires d’ici à 2011, annoncés plus tôt cette année.
Enfin, General Motors a indiqué qu’il allait effectuer une étude stratégique sur l’avenir de sa marque Hummer, l’énorme 4 x 4 devenu le symbole des excès du « tout pétrole ». « Toutes les options sont ouvertes », à ce jour, « d’une refonte totale de la gamme jusqu’à une vente totale ou partielle de la marque ».
23 mai, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES
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«Il y a une dose de xénophobie dans le protectionnisme»

A une réunion de l’OMC, le 24 janvier 2008. (Photo Reuters)
Pascal Lamy, le patron de l’OMC, analyse les crises mondiales et les règles nécessaires au commerce international.
Recueilli par CHRISTIAN LOSSON (à Genève)
QUOTIDIEN : vendredi 23 mai 2008
La quadruple crise – financière, énergétique, alimentaire et climatique – bouleverse-t-elle la marche du monde ?
Ces crises s’interpénètrent, même si elles obéissent à des cycles différents. Elles matérialisent l’interdépendance du monde et illustrent les deux visages de la mondialisation. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe désormais des amortisseurs. La crise financière ne s’est pas, pour l’instant, exportée en Chine, en Inde, ou au Brésil ; les subprimes n’ont contaminé qu’une partie du système. La crise alimentaire touche les Philippines ou le Kenya, mais pas les pays développés. En revanche, le changement climatique concerne l’ensemble de la planète, et il n’y a pas de réponse autre que collective.
Les risques sont-ils systémiques ?
Clairement. Les signaux d’alarmes n’ont pas manqué. Pourquoi les produits hors bilan des banques ont-ils échappé à la régulation ? Pourquoi la FAO [Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ndlr] a-t-elle dénoncé en vain la baisse des stocks et le désinvestissement dans l’agriculture ? Pourquoi la lutte contre le changement climatique se met-elle si lentement en branle alors que les risques pour la planète sont avérés ? Mais il n’y a pas de déterminisme de la crise. Les hommes ont les clés en main. D’un côté, le Programme alimentaire mondial appelle à mobiliser 750 millions de dollars [476 millions d’euros] pour éviter les émeutes de la faim ; de l’autre, les banques centrales injectent des dizaines de milliards de dollars pour stabiliser des banques qui ont joué avec le feu…
Choquant ?
On peut toujours comparer. Un mois de guerre américaine en Irak avec le budget de la lutte contre le paludisme. Le prix d’une bombe nucléaire française avec le coût d’un centre universitaire d’excellence… Quand on passe, comme moi, la moitié de son temps dans les pays en développement, c’est évidemment choquant…
Les fonds souverains, néo-acteurs de la finance mondiale,«dérogent», selon vous, «aux règles du capitalisme chez eux pour les appliquer ailleurs». Pourquoi ?
C’est une évolution du capitalisme. Ces fonds viennent de pays entrés récemment dans le capitalisme, et qui n’en maîtrisent pas tous les codes. Les fonds souverains sont révélateurs d’une période de mutation qui voit arriver de nouveaux joueurs.
Assiste-t-on à une crise décisive du capitalisme ?
Le capitalisme avance par crises, il en connaîtra d’autres. Sa faiblesse, ce sont les bulles qui enflent puis éclatent ; sa force, c’est qu’il n’y a pas d’autre système qui ait pu passer l’épreuve de la réalité. Il est parvenu à trouver en lui les réponses à ces crises. Mais il a besoin de régulation. Je dirige une organisation où le capitalisme a accepté le plus de régulation. Dans les années 30, l’effet domino de pratiques protectionnistes, consécutif à la crise financière, et mêlé à la xénophobie a, parmi d’autres causes, conduit à la guerre mondiale. Je ne connais aucun protectionnisme qui ne porte une dose de xénophobie et de nationalisme. C’est sur le «plus jamais ça» d’après-guerre que s’est bâti le système actuel. Sur fond de règles communes, de réciprocité et d’évolution pragmatique. OMC, FMI et Banque mondiale sont nés de cette matrice…
Avec des résultats contestés et contestables…
La régulation financière n’a pas prospéré autant que la régulation commerciale ! Le concept de base du FMI, les taux de change fixes, a explosé dans les années 70 et n’a pas été remplacé. Le concept de base de l’OMC, lui, a été accompagné d’un concept, d’une volonté politique, plus tard d’une machinerie institutionnelle, les trois conditions sine qua non pour s’émanciper de l’attraction westphalienne de la souveraineté entière des Etats-Nations. C’est l’absence de volonté politique pour réguler la finance qui a freiné le FMI. A l’OMC, on a commencé sans outillage institutionnel, avec trois négociateurs dans un coin lors de la création du Gatt [l’ancêtre de l’OMC, ndlr]. Mais avec une réelle volonté politique…
Et le credo du libre-échange, cher à l’OMC…
Plus exactement la volonté d’ouvrir progressivement les échanges. Une ouverture équilibrée, avec des concessions réciproques. Cycle après cycle, on a traité les obstacles aux échanges. On l’a fait, en fonction de rapports de forces politiques qui ont évolué, longtemps dominés par la «Quad» (Etats-Unis, Europe, Japon, Canada) qui doivent désormais partager le pouvoir avec les pays émergents. En fonction, aussi, de l’évolution des obstacles aux échanges (tarifs douaniers, restrictions quantitatives, normes et standards). A sa naissance, en 1994, l’OMC a mis en place un système contraignant sans précédent dans le système international. Et les pays en développement ont réussi à faire reconnaître la nécessité de discipline en matière agricole, comme les pays développés l’avaient fait pour les produits industriels.
L’OMC est perçue par les ONG et des pays du sud comme une des racines de la crise alimentaire.
Au contraire ! A côté de facteurs conjoncturels, la cause fondamentale tient à l’évolution du mode alimentaire dans les pays émergents. La demande ne colle plus avec l’offre. On peut l’ajuster : il demeure des réserves de productivité importantes dans les pays en développement. Mais la courroie de transmission entre la demande et l’offre, c’est le commerce.
Ce sont donc les plans d’ajustement structurels de la Banque mondiale et du FMI qu’il faut incriminer ?
Les pays d’Afrique subsaharienne ont encore la possibilité d’appliquer des tarifs douaniers de 60 à 80 % pour les produits agricoles dans le cadre de l’OMC. Ils appliquent environ 20 % en moyenne. Leurs marges de manœuvre existent. Certains paient le prix de programmes d’ajustement négociés avec le FMI et la Banque mondiale dans les années 90 en contrepartie de financements indispensables. Heureusement, cette mode a beaucoup évolué. Il est facile de faire des institutions internationales des boucs émissaires, plus délicat de se pencher sur les politiques des pays riches.
Faut-il sortir l’agriculture de l’OMC ?
Le débat a toujours existé entre les Etats qui pensent que l’agriculture, c’est comme les pneus ou les chaussettes, et ceux pour qui ce n’est pas un produit comme les autres. Les premiers sont souvent exportateurs nets (Australie, Brésil), les seconds, importateurs nets (Japon, Suisse, UE). Le débat a évolué avec l’Uruguay round [qui a lancé l’OMC, ndlr] et la volonté des pays du Sud d’y inclure l’agriculture. De la même manière, ils ont mis vingt ans à faire admettre que le textile et l’habillement étaient un produit comme les autres.
Vous voulez «renforcer le système commercial au moyen de règles plus transparentes, prévisibles et équitables». Elles ne l’étaient donc pas ?
Évidemment. La preuve, c’est que les pays en développement, qui représentent trois quarts des membres de l’OMC, veulent obtenir des changements aux règles. Pas question pour eux de sortir l’agriculture de l’organisation. C’est le cœur du cycle de développement de Doha [lancé en 2001, ndlr]. Sortir l’agriculture, cela revient au retour à la loi de la jungle. Bien sûr, des pays comme la France ou la Suisse peuvent, sous conditions, continuer à aider leurs paysans. Mais ce ne sont pas la France et la Suisse qui vont nourrir le monde, c’est l’inverse. Si le raisonnement à Bruxelles ou à Tokyo, c’est qu’on nourrira la planète via des subventions ou des superprotections dans les pays riches, cela ne convaincra guère les pays pauvres.
Encore moins l’OMC ?
A l’OMC, on ne négocie pas des dogmes, mais des règles communes. Eliminer, par exemple, les 20 % des subventions agricoles européennes et américaines les plus perturbatrices pour l’agriculture des pays en développement. Par ailleurs, les droits de douanes sur l’agriculture restent beaucoup plus élevés en moyenne que les droits sur les produits industriels…
Vous pensez aboutir en mai sur le cycle de Doha ?
Je dirais plutôt juin pour un accord sur plusieurs points essentiels pour passer à la conclusion avant la fin de l’année. Je ne suis ni décideur, ni devin. Je suis, selon les moments, sage-femme, chien de berger, monsieur météo ou chef d’orchestre. Mais les conditions politiques et techniques sont enfin réunies sur trois sujets-clés : subventions agricoles, droits de douane agricoles et industriels.Pour boucler l’Uruguay round, il a fallu huit ans. Le Doha Round a commencé en 2001. On travaille par consensus pour changer les règles du jeu international.
L’image de l’OMC a-t-elle changé depuis son fiasco à Seattle, en 1999 ?
La notoriété de l’OMC est encore meilleure que son image. On a travaillé sur la transparence, l’accès aux documents, aux réunions, l’ouverture à la société civile. La jurisprudence a évolué : on n’est plus dans le syndrome pré-Seattle où l’OMC allait couper la tête de toute protection de l’environnement qui aurait empiété sur le commerce! Quand je discute avec les ONG et les associations, personne ne demande plus l’abolition de l’OMC.
La croissance du commerce mondial pourrait se replier à 4,5 % en 2008, contre 5,5 % en 2007.
L’objectif de l’OMC n’est pas de produire des bons chiffres, c’est des échanges plus ouverts et plus justes. La croissance du commerce, c’est un thermomètre qui varie avec la croissance. Et avec un coefficient multiplicateur. Il y a trente ans, le rapport entre croissance et commerce était de 1 à 1,5. Aujourd’hui, il est de 1 à 3 en raison de l’évolution des systèmes de production : un iPod chinois exporté aux Etats-Unis pour 100 dollars, c’est 8 dollars de chinois, 60 dollars pour la carte japonaise, 10 dollars de fabrication en Thaïlande, du transport et du marketing.
Le commerce est-il vraiment soluble dans la nécessité environnementale ?
Il peut même aider beaucoup. Si les Egyptiens devaient produire toutes les céréales qu’ils consomment, il n’y aurait plus une goutte d’eau dans le Nil ! On prend toujours l’exemple des roses kenyanes importées par des magasins britanniques. Mais quand on parle empreinte carbone, il faut voir tous les éléments de la chaîne. Si un Britannique achète des roses néerlandaises chez Tesco et rentre chez lui en 4×4, il est plus dommageable à l’environnement que s’il achète des roses africaines venues en avion et rentre chez lui en métro.
Qu’avez vous appris sur la diplomatie à l’OMC ?
Je suis passé par l’univers solide (l’administration française), l’univers liquide (la communauté européenne) pour rejoindre un univers gazeux (l’institution internationale). Produit de Paris et de son système napoléonien, centralisé ; passé par Bruxelles, vaisseau spatial institutionnel bourré d’énergie, j’ai atterri dans un monde où il est plus difficile d’agréger des molécules. C’est plus lent, aléatoire, c’est un travail de Pénélope. On jongle entre l’effroyablement technique et le déterminant politique. Et quand je parle avec le président du Brésil, ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir si les produits spéciaux dans l’agriculture sont basés sur la racine carrée des produits sensibles, c’est de savoir si Bush va bouger, si l’Inde avance. L’OMC, c’est les deux.
23 mai, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES
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Les marchés spéculent désormais sur une pénurie de pétrole en 2016
LEMONDE.FR | 22.05
Le baril de light sweet crude pour livraison en juillet a atteint 133,17 dollars, mercredi 21 mai, sur le New York Mercantile Exchange (+ 4,10 dollars), tandis que le Brent de la mer du Nord terminait la séance à Londres à 132,70 dollars (+ 4,76 dollars). Le baril a dépassé 135 dollars, jeudi 22 mai au matin, dans les échanges électroniques en Asie. Les marchés ont peu apprécié la chute des stocks de brut et d’essence aux Etats-Unis la semaine dernière et la baisse du dollar. Mais c’est une inquiétude plus générale et plus sourde sur la capacité des pays producteurs à répondre à la demande future qui alimente la flambée pétrolière et menace gravement la croissance mondiale.
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Mardi, le brut avait fortement progressé, notamment en raison des propos pessimistes tenus par T. Boone Pickens. Enrichi dans l’or noir avant de créer un fonds d’investissement, le milliardaire américain prédit un baril à 150 dollars fin 2008 – une perspective encore peu envisagée il y a quelques mois. « 85 millions de barils par jour, c’est tout ce que le monde peut produire, et la demande est à 87 millions. C’est aussi simple que cela », avait-il déclaré, la veille, sur la chaîne CNBC.
Pas de détente des cours en vue Les raffineries ne souffrent pas de ruptures d’approvisionnement. Pour autant, les spécialistes n’envisagent pas de détente des cours, comme en témoigne l’envolée des futures depuis le 1erjanvier. Dans la seule journée de mardi, le prix d’un baril livrable en 2016 (l’échéance la plus longue) a augmenté d’environ 8,50 dollars pour atteindre 139,50 dollars. Du jamais vu de mémoire de traders! Ces barils, livrables au cours de la prochaine décennie, se renchérissent plus vite que ceux livrables dans le mois à venir : depuis janvier, les premiers ont augmenté d’environ 60% et les seconds de 39% « seulement ».
Patrons de groupes pétroliers, experts ou financiers, tout le monde s’inquiète de l’offre à moyen terme. Peu de dirigeants de majors croyaient aux données optimistes de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui prévoyait une production quotidienne de 116 millions de barils en 2030. Comme d’autres pétroliers, le directeur général de Total, Christophe de Margerie, répétait qu’il serait très difficile, voire impossible, de dépasser le seuil de 100 millions de barils.
Défenseur des intérêts des pays consommateurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’AIE semble revenir à plus de raison. Elle va fortement réviser à la baisse ses prévisions d’augmentation de la production, indique jeudi le Wall Street Journal. Ce resserrement de l’offre, au moment où les pays émergents (Chine, Inde, Golfe persique, Russie…) consomment de plus en plus de pétrole, s’explique par le déclin des grands champs pétrolifères (Arabie saoudite, Russie, Mexique…) et le manque d’investissements dans de nombreux pays producteurs. Ainsi, au Moyen-Orient (deux tiers des réserves mondiales), l’avenir n’est pas assuré. Notamment en Iran, où la production stagne, et en Irak, qui dispose des troisièmes réserves mondiales. Toujours dans l’attente d’une loi sur le pétrole, les investisseurs ne se risquent pas dans ce pays qui est loin d’être stabilisé. Cet avenir n’est pas mieux assuré en Russie ou au Mexique.
Le renchérissement des matières premières, des équipements et de la main-d’œuvre a fait exploser les coûts des projets et réfréné l’ambition des pétroliers. « Ces coûts sont devenus un des nouveaux fondamentaux orientant les prix du pétrole », expliquait récemment Daniel Yergin, le président du Cambridge Energy Research Associates (CERA). Selon l’index des coûts en capital des projets d’exploration-production établi par les experts de cet organisme réputé, ces coûts sont restés stables entre 2000 et 2004, avant de doubler entre 2005 et 2008. De nombreux projets ont été retardés pour des raisons financières et techniques, accroissant les tensions sur l’offre à venir.
Jean-Michel Bezat
23 mai, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, CHINE, RISQUES
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Une zone à forte sismicité
LE MONDE | 21.05.08
La sismicité du territoire chinois est l’une des plus fortes au monde. En cause, l’irrépressible déplacement vers le nord de la plaque indienne, qui bute contre l’Eurasie à la vitesse de 40 à 50 millimètres par an. Les forces mises en jeu sont considérables et c’est ce mouvement d’une plaque contre l’autre qui a contribué à la formation de l’Himalaya.
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Un violent tremblement de terre s’est produit, lundi 12 mai, dans la province chinoise du Sichuan. Vous ou vos proches ont été frappés par le séisme, racontez-nous.
L’Inde pousse le plateau tibétain vers l’intérieur de la Chine ; celui-ci exerce à son tour sa pression sur la Chine centrale, vers le nord et le nord-est. A ses marges orientales, le grand plateau a chevauché le bassin sédimentaire du Sichuan, provoquant le séisme du lundi 12 mai. En 1933 et en 1976, la même région avait connu des séismes de magnitude 7,5 et 6,4, cependant beaucoup moins meurtriers que le dernier à avoir frappé la zone. Egalement sous la pression du plateau tibétain, les provinces de Qinghai et de Gansu devraient aussi, dans les prochaines années, connaître des séismes de grande ampleur, selon la majorité des spécialistes.
La sismotectonique – l’étude des failles actives – est capable de prédire les régions de plus grand péril. Une étude, publiée en juillet 2007 dans la revue Tectonics par des chercheurs du British Geological Survey, pointait ainsi très précisément le risque d’un important séisme le long de la faille de Longmen Shan – celle en cause dans le tremblement de terre du 12 mai. La nécessité de surveiller cette région a conduit les autorités chinoises à investir. Le 11 avril, tout juste un mois avant que la terre ne tremble, l’agence Chine nouvelle annonçait la mise en test du réseau numérique, lancé en 2004, reliant les 1 200 stations sismiques principalement installées dans le centre du pays.
Stéphane Foucart
8 mai, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, BIRMANIE, RISQUES, SUD
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100 mille morts et l’aide internationale toujours bloquée aux portes de la Birmanie?
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 08.05.08
REUTERS/STR
Bogalay, au sud de Rangoun, le 8 mai
Alors que le bilan humain du cyclone Nargis, qui a dévasté le week-end dernier la Birmanie, pourrait atteindre cent mille morts, l’aide internationale continuait, jeudi 8 mai, d’arriver au compte-gouttes dans le pays. Et la confusion entretenue par la junte militaire au pouvoir, qui ne distribue les visas qu’avec parcimonie, ne fait que compliquer encore un peu plus la tâche des humanitaires.
Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a exhorté jeudi soir la junte birmane à se focaliser sur l’aide aux victimes plutôt que sur le référendum constitutionnel. Il essaie également de discuter avec le chef de la junte, Than Shwe, pour faciliter l’aide internationale. Un peu plus tôt, le responsable des affaires humanitaires aux Nations unies, John Holmes, s’était dit « déçu » du peu de coopération des autorités birmanes.
Selon les organisations humanitaires, l’aide arrive doucement de Thaïlande, de Chine, d’Inde. La Grèce a affirmé avoir obtenu le feu vert des autorités birmanes pour faire partir en fin de journée un avion de l’armée de l’air transportant des tentes, des couvertures et des médicaments. De leur côté, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils se préparaient pour des largages d’aide aux sinistrés, dont le département d’Etat laissait entendre que Washington pourrait se passer de l’accord de la junte pour y procéder.
LA POPULATION MANQUE DE TOUT
Mais selon les spécialistes de l’humanitaire, ce sont des centaines d’avions d’aide dont le pays a besoin. Les moyens sont en effet largement insuffisants face à une population qui manque de tout : eau, nourriture, abris, médicaments. Face à cette situation catastrophique, la communauté internationale a multiplié les appels à l’ouverture de la Birmanie. Mais le processus d’obtention de visas prend du temps. Le régime militaire en Birmanie, l’un des pays les plus fermés, avait prévenu les travailleurs humanitaires en début de semaine qu’ils devraient négocier avec lui pour pénétrer sur le territoire.
Sur place les témoins continuaient de décrire des scènes de désolation. Jeudi soir, la télévision officielle birmane recensait dix-sept morts de plus, faisant désormais état de 22 997 morts et 42 119 disparus. D’autres chiffres bien plus lourds circulent. Dans la seule localité de Labutta et les soixante-trois villages voisins, au cœur du delta de l’Irrawady ravagé par le cyclone, un responsable local, Tin Win, a parlé d’environ 80 000 morts. Selon ce chef d’arrondissement de Labutta, des dizaines de villages alentour ont été balayés. Dans l’ensemble du delta, « il pourrait y avoir plus de cent mille morts », a avancé la chargée d’affaires américaine à Rangoun, Shari Villarosa.
29 avril, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES, SUD
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Les Nations unies cherchent une stratégie
pour enrayer la crise alimentaire mondiale
AP/AARON FAVILA
Lundi 28 avril, dans la banlieue de Manille, un organisme gouvernemental a procédé à une distribution de sacs de riz.
LE MONDE | 29.04.08
Convaincus que la crise alimentaire mondiale risque d’infliger à l’ONU de graves revers en matière de lutte contre la faim, de maintien de la paix ou de développement, le secrétaire général de l’Organisation, Ban Ki-moon, et les dirigeants de 27 agences et fonds des Nations unies s’efforcent d’ébaucher les contours d’un plan d’action global. Au lendemain d’une réunion à huis clos tenue lundi 28 avril à Berne, Ban Ki-moon a ainsi annoncé la création d’une cellule de crise destinée à répondre au défi alimentaire.
« C’est actuellement le problème numéro un », estime Michael Meyer, directeur de la communication de Ban Ki-moon, qui redoute que la crise « éclipse le Darfour et le changement climatique » et « amplifie » les difficultés déjà rencontrées par l’ONU pour combattre l’extrême pauvreté ou remettre sur pied des sociétés détruites. « Nous devons mettre au diapason tous les gouvernements, toutes les agences internationales, les entreprises privées et les fondations », ajoute le fonctionnaire onusien.
Les conseillers de Ban Ki-moon explorent la possibilité de convoquer un sommet des chefs d’Etat consacré à ces questions, en marge d’une réunion sur la sécurité alimentaire organisée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du 3 au 5 juin à Rome.
La flambée des prix alimentaires est devenue un thème récurrent des discours de Ban Ki-moon. « Les prix élevés menacent d’annihiler les progrès accomplis jusque-là dans la lutte contre la faim », a déclaré le secrétaire général de l’ONU à Accra, au Ghana, le 21 avril. « Si elle n’est pas gérée correctement, cette crise pourrait en provoquer une cascade d’autres et (…) affecter la croissance économique, le progrès social et même la stabilité politique à travers la planète », a-t-il affirmé. Selon la FAO, 37 pays sont déjà confrontés à une urgence alimentaire qui a déclenché des « émeutes de la faim ».
Dans un premier temps, Ban Ki-moon encourage la communauté internationale à fournir au Programme alimentaire mondial (PAM) les 755 millions de dollars réclamés de toute urgence pour faire face à l’augmentation des coûts de la nourriture et de son acheminement. Il appelle aussi les Etats à adopter des « mesures audacieuses pour garantir de la nourriture abordable, même pour les plus pauvres parmi les pauvres. » A moyen terme, certains analystes prédisent que l’augmentation des prix provoquera une augmentation mécanique de l’offre agricole. Mais selon le Fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA), dans de nombreux pays, les fermiers pauvres, acteurs clés de toute réponse à la crise alimentaire, sont incapables de profiter de la hausse des prix parce qu’ils ne peuvent plus se payer les engrais et les semences nécessaires à la prochaine récolte. La FIDA prévoit de débloquer pour eux 200 millions de dollars.
Ban Ki-moon
A plus long terme, Ban Ki-moon préconise « une augmentation substantielle des investissements et des dépenses agricoles [notamment pour] susciter une révolution verte d’amélioration de la productivité agricole à travers l’Afrique ». « Les prix aujourd’hui élevés des denrées présentent une opportunité unique de réduire les subventions et les tarifs douaniers distordant le commerce des produits agricoles », a par ailleurs déclaré, à Accra, le secrétaire général de l’ONU, en « exhortant tous les pays, en particulier les nations développées, à faire davantage sur cette question au cours du round de négociations de Doha », dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
La rencontre de Berne avait aussi pour objectif de faire parler les institutions internationales d’une seule voix sur des questions centrales telles que l’impact du développement des agrocarburants sur l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, estime que la transformation d’aliments en carburant est un « crime contre l’humanité » et appelle à un moratoire sur ces pratiques. Mais « il n’y a pas de tel compromis à faire entre l’agriculture et les agrocarburants », a déclaré Ban Ki-moon à Vienne, le 25 avril.
J.Ziegler
Tandis que M. Ziegler a affirmé, lundi, « comprendre » la réaction des pays qui bloquent leurs exportations de denrées alimentaires pour satisfaire la demande domestique, il leur a tout de même demandé, mardi, de ne pas y avoir recours. La Banque mondiale affirme en effet que ces pratiques « font monter les prix et frappent les personnes les plus pauvres à travers le monde ». A cet égard, M. Ziegler a salué la décision de l’Ukraine de lever ses restrictions à l’exportation de blé, ce qui a eu pour « effet immédiat de faire baisser les cours ».
Le rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation, qui arrive au terme de son mandat, s’en est également pris aux politiques « aberrantes » du Fonds monétaire international (FMI) qui a, selon lui, imposé, dans les pays où il intervient, la plantation de produits destinés à l’exportation, au détriment de l’agriculture de subsistance.
Philippe Bolopion
29 avril, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, JAPON, MONDIALISATION, RISQUES
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La pénurie de beurre au Japon illustre le recul de l’indépendance alimentaire de l’Archipel
AFP/YOSHIKATSU TSUNO
Le Japon vit depuis plusieurs semaines une véritable pénurie de beurre, conséquence de l’effondrement de la production de lait.
LE MONDE | 29.04.08
« Les fabricants de beurre connaissent actuellement des problèmes d’approvisionnement en matière première. Nous vous remercions de n’acheter qu’un paquet par personne. » L’avertissement apparaît sur l’étagère du rayon frais de ce supermarché de Tokyo. Habituellement pleine de divers paquets de beurre, elle est aujourd’hui vide. Quand se remplira-t-elle ? « Les livraisons ne sont pas régulières, assure un vendeur, il vaut mieux venir le matin pour espérer en trouver. »
Le problème ne se limite pas à la capitale. Le Japon vit depuis plusieurs semaines une véritable pénurie de beurre, conséquence de l’effondrement de la production de lait. Celle-ci est tombée de 8,1 millions de tonnes au cours de l’année fiscale (du 1er avril au 31 mars) 2006 à 7,3 millions à l’exercice suivant.
« La canicule de l’été 2007 a fortement affecté les rendements, explique Yasuhiko Nakamura, de l’université de Tokyo. Elle est intervenue alors que le nombre d’exploitations laitières ne cesse de diminuer. » La consommation de lait baisse au Japon depuis le début des années 1990, ce qui a mis en difficulté certains producteurs, d’autant qu’ils subissent aussi la hausse des prix de l’alimentation animale.

Face à la pénurie, l’île d’Hokkaido, principale région agricole du Japon, a augmenté la production de lait de 3 % en mars. Cela n’a pas suffi. Les boulangers et pâtissiers industriels du pays achètent tous les stocks de beurre disponibles pour éviter d’en importer. Les Japonais doivent donc patienter ou acheter des produits étrangers, français notamment, vendus en supermarché autour de 1 900 yens (11,6 euros) les 250 g.
Ce problème illustre les difficultés d’approvisionnement alimentaire du Japon. L’Archipel assure 39 % de ses besoins en calories, contre 70 % au lendemain de la guerre. Si le Japon parvient à assurer ses besoins en riz et, dans une moindre mesure, en légumes, il est loin de le faire en matière de fruits, de viande ou de poisson.
« Jusque récemment, le Japon avait les moyens financiers de compenser ce manque », souligne le professeur Nakamura. Le secteur agricole ne s’est donc guère modernisé. Ne contribuant qu’à 1,4 % du produit intérieur brut, cette activité concerne aujourd’hui 2,9 millions d’exploitations, dont 98 % ne dépassent pas deux hectares. Et 70 % de la population de ce secteur a plus de 55 ans.
« Aujourd’hui, souligne Yasuhiko Nakamura, la hausse de la demande dans les nations émergentes et la progression des prix obligent le Japon à réagir. » En avril 2007, une loi a modifié les orientations agricoles du pays, très généreux en subventions et protectionniste face aux importations avec des droits de douane élevés.
La politique de soutien des prix est peu à peu abandonnée. Dorénavant, l’accent est mis sur l’amélioration de la compétitivité. Le gouvernement encourage l’installation de jeunes, la remise en valeur de terres en jachère et un agrandissement des exploitations. Les autorités veulent augmenter le taux d’autosuffisance alimentaire. Elles souhaitent aussi rassurer des consommateurs inquiets de la qualité des produits importés, de Chine notamment.
Depuis qu’a éclaté en janvier le scandale des raviolis fabriqués en Chine et contaminés avec un pesticide, les importations en provenance de ce pays ont chuté de 40 %, une tendance qui pose déjà aux restaurants japonais un problème d’approvisionnement.
Philippe Mesmer
28 avril, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES
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Six crises qui bousculent l’ordre économique mondial
LE MONDE ECONOMIE | 28.04.08
A quelle place l’Histoire situera-t-elle la crise globale – dont les symptômes sont à la fois financiers, monétaires, économiques, alimentaires, énergétiques et écologiques – que subit la planète depuis mi-2007 et qui s’est accélérée en ce premier semestre de l’année 2008 ? Quelle sera son amplitude sur l’échelle de Richter des tremblements de terre économiques et sociaux ? Plus forte que la grande dépression de 1929 ? Similaire à celle des années 1970 où, juste avant le premier choc pétrolier de 1973 et la récession du deuxième semestre 1974, des scientifiques, des industriels et des économistes, fondateurs du Club de Rome en 1968, appelaient dans le rapport Meadows (1972) à stopper la croissance, afin d’éviter l’épuisement des ressources de la planète d’ici à la fin du XXIe siècle ?
La prudence est de mise. Pour s’en convaincre, il suffit d’abord de relire le rapport du Conseil d’analyse économique (CAE) « Les crises financières », publié en 2004, et dont les trois auteurs, Robert Boyer, Mario Dehove et Dominique Plihon, rappellent à l’envi que « les crises financières rythment l’histoire du capitalisme », prenant souvent la forme de crises « jumelles » (bancaire et de change), voire multiples si les indices boursiers et l’activité économique s’effondrent. Ils soulignent aussi le caractère ancien de l’interdépendance des marchés. Qui plus est, expliquent-ils, les crises sont plus nombreuses depuis la disparition en 1971 des accords de Bretton-Woods, qui signèrent a la fin du système de change fixe instauré à la fin de la seconde guerre mondiale. Ensuite, insiste Pierre-Cyrille Hautcoeur, professeur associé à l’Ecole d’économie de Paris, « quand on essaie de quantifier l’ampleur d’une crise, il faut faire attention de distinguer les mécanismes à l’oeuvre et les ajustements qui se produiront in fine ». Concernant l’atterrissage de la crise actuelle, en dépit des révisions à la baisse menées par le Fonds monétaire international (FMI) ou par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la croissance mondiale afficherait une progression située entre 3,5 % et 4 %, et ce grâce aux moteurs chinois et indien, à condition qu’ils ne ralentissent pas trop eux aussi. « Nous n’affrontons donc pas pour le moment, reprend M. Hautcoeur, une crise économique radicale. » Une opinion partagée par Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris-Dauphine, spécialiste des matières premières : « Il est nécessaire de prendre du recul, de relativiser. L’intensité actuelle est forte, mais rappelez-vous la crise des années 1970 : nous avons tous annoncé alors l’avènement d’un nouvel ordre économique international. «
En revanche, la nature multiple de la crise actuelle interroge économistes et historiens, qui la qualifient volontiers d’exceptionnelle. Pas forcément pour les mêmes raisons d’ailleurs, mais exceptionnelle néanmoins. M. Chalmin confirme ainsi n’avoir jamais vu « une telle volatilité des marchés de change et de matières premières ». « La référence habituelle à la crise de 1974 paraît tout à fait dépassée, constate-t-il. Le 2 janvier, le pétrole cote 100 dollars le baril – ce qui a été salué comme un record incroyable -, le 25 avril, il est déjà à 117,6 ! » Pour Jean-Paul Betbèze, chef économiste du groupe Crédit agricole, même s’il y a eu l’éclatement de la bulle Internet en 2000, « nous affrontons la première grande crise du XXIe siècle ». Selon lui, il ne s’agit pas du schéma classique d’une crise américaine (ou d’une autre région du globe), qui contamine ensuite telle ou telle partie de la planète. « Nous avons affaire à un schéma inédit, à savoir la conjonction de crises différenciées et interdépendantes. Aux Etats-Unis, c’est la crise d’un pays surendetté ; en Europe, c’est une crise d’une région dont les Etats membres n’ont toujours pas résolu leur gouvernance politique, les empêchant de mener une stratégie économique concertée ; et dans les pays émergents, nous assistons ou allons assister à une crise classique de surchauffe et de croissance. »
Qui plus est, insiste M. Betbèze, « le jeu actuel entre tous les acteurs de ces crises est non coopératif. Ainsi, la chute du dollar n’arrange en rien les Européens, qui voient leurs exportations renchérir. Quant aux Chinois, ils se refusent à réévaluer leur devise, le yuan, ce qui permettrait aux pays occidentaux de regagner en compétitivité. »
Pierre Bezbakh, maître de conférences à l’université Paris-Dauphine, dont une partie des travaux ont porté sur l’histoire des crises, confirme ce jeu d’interdépendance plus compliqué que jamais : « Les Etats du Sud ne sont plus en position de dominés, ils sont désormais intégrés dans la compétition mondiale. Quant aux ex-pays de l’Est, ils se sont eux aussi convertis aux règles du marché. Vous avez donc une multiplicité d’acteurs dont les intérêts sont loin d’être convergents. » A l’instar de Patrick Artus, chef économiste de Natixis, et de Marie-Paule Virard, journaliste, qui ont publié à La Découverte en 2005 Le capitalisme est en train de s’autodétruire, M. Bezbakh pense que la crise actuelle signe « une rupture totale de société. Le capitalisme n’est plus en voie de développement, mais en voie d’achèvement. Les puissances occidentales ne peuvent plus faire payer à d’autres pays le coût de la crise, comme ils l’avaient fait en 1929 avec la baisse du prix des matières premières. Nous assistons à un processus d’autodestruction soit du système, soit de son fonctionnement ». Et la crise actuelle en serait la signature la plus forte.
Marie-Béatrice Baudet
3 avril, 2008
2-GEO/ECO, ETATS-UNIS, MONDIALISATION, RISQUES
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OGM et herbicide, produits phares de Monsanto, qui double son bénéfice
LEMONDE.FR avec AFP et AP | 02.04.08
Au deuxième trimestre de son exercice décalé 2007-2008, le groupe agrochimique américain Monsanto a enregistré un bénéfice net plus que doublé par rapport à l’année précédente. Il atteint 1,129 milliard de dollars (723,5 millions d’euros), en hausse de 107 %, explique le groupe dans un communiqué diffusé mercredi 2 avril. De fait, l’an passé, le bénéfice de l’entreprise s’élevait à 543 millions de dollars (348 millions d’euros).Le bénéfice par action s’affiche à 2,02 dollars (1,29 euro), nettement plus que les prévisions des analystes. Un expert de Thomson Financial estimait par exemple que l’action devait être valorisée à 1,72 dollar (1,10 euro). Au total, le chiffre d’affaires du groupe américain est en hausse de 44 %, à 3,779 milliards de dollars.L’entreprise, située à Saint-Louis, dans le Missouri, explique ses résultats par une forte demande de ses semences génétiquement modifiées, ainsi que par ses herbicides. « La performance de notre activité semences nous met sur la voie d’une nouvelle année exceptionnelle », a déclaré son PDG, Hugh Grant. Les bénéfices de cette activité, qui représente les deux tiers du chiffre d’affaires de Monsanto, ont progressé de 36 % au deuxième trimestre.
ESSOR DES MARCHÉS AMÉRICAIN ET BRÉSILIEN
Les semences génétiquement modifiées ont été particulièrement utilisées aux Etats-Unis et au Brésil. La demande de l’autre grande famille de produits du groupe, l’herbicide glyphosate, affiche une croissance encore supérieure à celle des semences génétiquement modifiées, avec un bénéfice triplé et des ventes presque doublées.
Le groupe américain se montre également optimiste pour les mois à venir. Monsanto prévoit que les deuxième et troisième trimestres seront les « principaux moteurs » des résultats annuels, précisant que « le quatrième trimestre se solde souvent par une perte », du fait de la saisonnalité de l’activité agricole.
Le marché a toutefois fraîchement accueilli la publication des résultats : l’action Monsanto a abandonné 1,28 % vers 14 h 50 (heure de Paris) dans les échanges électroniques, préalables à l’ouverture de la Bourse de New York
3 avril, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, CHINE, MONDIALISATION, RISQUES
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En 2007, les salaires chinois ont augmenté en moyenne de 18,7 %
LE MONDE | 03.04.08
La hausse des salaires des employés classés comme urbains dans les statistiques chinoises aurait atteint, en moyenne, 18,72 % de 2006 à 2007, soit la plus forte augmentation en six ans, a annoncé, mardi 2 avril, le Bureau national des statistiques (BNS).
Le salaire moyen annuel a ainsi atteint 24 932 yuans (2 275 euros) en 2007, avec d’importantes disparités, puisqu’il est de 39 867 yuans à Pékin et de plus de 40 000 yuans à Canton, Shenzen et Shanghaï. La croissance continue des profits des entreprises chinoises et la hausse du salaire minimal, afin de prendre en compte l’inflation, ont contribué à cette hausse.
Tout indique que ces tendances se sont encore accélérées lors des derniers mois en raison, d’une part, du renforcement des tensions inflationnistes et, d’autre part, de la réforme de la législation du travail en faveur des salariés.La ville de Shanghaï a ainsi dû procéder, fin mars, à une nouvelle hausse du salaire mensuel minimal, la deuxième en cinq mois. Celui-ci a grimpé de 14 %, passant de 840 yuans à 960 yuans par mois.
NOUVELLES RÈGLES SOCIALES
Les retraites et les allocations-chômage ont été de nouveau revalorisées. Il faut dire que l’inflation a atteint 8,7 % en février en taux annualisé et que les prix de certaines denrées (viande, huile…) sont supérieurs de 50 % à leur niveau atteint il y a un an.
Malgré l’absence de syndicats indépendants et l’extrême difficulté rencontrée par les ouvriers pour faire valoir leurs droits, l’introduction de nouvelles règles sociales a sans doute contribué à l’inflation des salaires. La loi sur le contrat de travail, dont l’application est encore aléatoire, a ainsi obligé les entreprises à prévoir des compensations plus élevées qu’auparavant. A Shanghaï, fin mars, le département du travail a introduit une nouvelle règle selon laquelle les employés des sociétés d’Etat gagnant moins de 10 % du salaire de leur patron avaient le droit d’exiger une hausse. La règle doit s’appliquer à 75 % des entreprises d’Etat.
La hausse des prix a un moment été éclipsée par la bonne tenue de la Bourse, qui a provoqué, en 2006 et 2007, un effet de richesse. Or l’indice composite de Shanghaï a chuté de 45 % depuis octobre 2007 (et de 34 % au premier trimestre 2008), un retour de bâton douloureux pour la classe moyenne émergente des villes, qui s’était jetée à corps perdu dans la spéculation.
L’insouciance des petits investisseurs se fonde en grande partie sur l’idée que rien n’arrivera avant les Jeux olympiques. Le Centre d’information de l’Etat publiait, il y a peu, un rapport recommandant que les pouvoirs publics interviennent pour mettre fin à la morosité des marchés.
Brice Pedroletti
1 avril, 2008
2-GEO/ECO, MONDIALISATION, RISQUES
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L’essor des agrocarburants pourrait aggraver le réchauffement climatique
LE MONDE | 24.09.07
Le développement des agrocarburants pourrait considérablement aggraver le changement climatique en cours. L’avertissement n’émane pas d’un inconnu, mais de Paul Crutzen (Max-Planck-Institut für Chemie, Mainz, Allemagne), lauréat du prix Nobel de chimie, en 1995, pour ses travaux sur la dégradation de la couche d’ozone stratosphérique. Selon ses calculs, cosignés par une équipe internationale de chercheurs et publiés dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics Discussions, la production d’un litre de carburant issu de l’agriculture peut contribuer jusqu’à deux fois plus à l’effet de serre que la combustion de la même quantité de combustible fossile. Le constat semble paradoxal. La combustion d’un agrocarburant est en effet neutre du point de vue du carbone : elle ne relâche dans l’atmosphère que le carbone préalablement absorbé par la plante. Mais, dans leurs travaux, Paul Crutzen et ses coauteurs se sont penchés sur les émissions de protoxyde d’azote (N2O) dues à l’agriculture intensive. Gaz qui, à quantité égale, contribue 296 fois plus à l’effet de serre que le dioxyde de carbone (CO2).
Or le N2O est produit en quantité par l’agriculture. Une part des engrais azotés utilisés pour augmenter les rendements est en effet dégradée – par les sols, en particulier – en N2O. Le fait est connu : le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) estime, dans son dernier rapport, le « taux de conversion » de l’azote des fertilisants en protoxyde d’azote à environ 1 %. Selon M. Crutzen et ses coauteurs, ce taux est plus vraisemblablement situé entre 3 % et 5 %. Cette différence change la donne. Surtout pour les plantes dont la croissance exige de grandes quantités d’azote.
Avec un tel « taux de conversion », la combustion de biodiesel issu du colza (80 % de la production européenne de cet agrocarburant) contribue ainsi 1 à 1,7 fois plus au réchauffement que l’utilisation d’une énergie fossile en quantité équivalente. Ce même coefficient est compris entre 1,3 et 2,1 pour le bioéthanol issu du blé et entre 0,9 et 1,5 pour celui issu du maïs. La seule culture dont l’utilisation sous forme de combustible est, selon les estimations des chercheurs, bénéfique au regard du changement climatique, est la canne à sucre, dont le coefficient est toujours inférieur à 1 (compris entre 0,5 et 0,9).
AFP/ALAIN JULIENVue de l’usine de production d’agrocarburant Tereos. Ce site de production d’éthanol, le plus important de France, est situé à Origny-Sainte-Benoîte (Aisne).
Pour parvenir à un « taux de conversion » de l’azote agricole en N2O d’environ 1 %, les experts du GIEC se sont fondés sur les mesures d’émission des plantes elles-mêmes. Paul Crutzen et ses coauteurs ont, au contraire, considéré le problème globalement. « Ils ont observé les variations de la concentration atmosphérique en N2O et les ont corrélées avec les quantités d’azote épandues dans l’environnement depuis le début de l’ère industrielle, explique le chimiste de l’atmosphère Didier Hauglustaine, directeur de recherche au CNRS. Après avoir tenu compte des émissions dues aux autres activités, ils parviennent à un « taux de conversion » de l’azote agricole en N2O trois à cinq fois supérieur aux précédentes estimations. »
Dans ces calculs, les marges d’erreurs sont importantes. Cette imprécision, estime M. Hauglustaine, « pose le problème du N2O, dont on connaît encore mal le bilan dans l’atmosphère, du fait du manque de réseaux de mesure ». Un processus de « revue en ligne » de ces résultats est engagé sur le site d‘Atmospheric Chemistry and Physics Discussions, processus au terme duquel certaines estimations pourront éventuellement être amendées. David Reay (Université d’Edimbourg), appliquant les évaluations de Crutzen et ses collègues, estime que la volonté du Sénat américain de multiplier par sept la production d’éthanol à base de maïs, d’ici à 2022, se traduirait par une hausse des émissions liées au transport de 6 %.
Par ailleurs, dans un récent rapport, l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) mettait en effet en garde contre certains dangers inhérents au développement des agrocarburants : risques de pénurie alimentaire, d’érosion de la biodiversité en raison de la reconversion de sols en surfaces cultivées, etc. Le rapport concluait que « la capacité des agrocarburants à couvrir une part importante des besoins énergétiques des transports sans nuire aux prix alimentaires ou à l’environnement est très limitée ».
Cette reconversion des terres est en outre parfois responsable d’émissions massives de carbone dans l’atmosphère. L’organisation non gouvernementale (ONG) Wetlands estime par exemple à 2 milliards de tonnes (Gt), la quantité moyenne de CO2 relâchée chaque année par le drainage des zones humides indonésiennes. Par comparaison, les émissions de gaz à effet de serre de la France se situaient, en 2004, à l’équivalent de 0,56 Gt de CO2.
Stéphane Foucart
1 avril, 2008
2-GEO/ECO, EUROPE, MONDIALISATION, RISQUES, Union Européenne
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En 2007, les salaires chinois ont augmenté en moyenne de 18,7%LE MONDE | 03.04.08
La hausse des salaires des employés classés comme urbains dans les statistiques chinoises aurait atteint, en moyenne, 18,72 % de 2006 à 2007, soit la plus forte augmentation en six ans, a annoncé, mardi 2 avril, le Bureau national des statistiques (BNS).
Le salaire moyen annuel a ainsi atteint 24 932 yuans (2 275 euros) en 2007, avec d’importantes disparités, puisqu’il est de 39 867 yuans à Pékin et de plus de 40 000 yuans à Canton, Shenzen et Shanghaï. La croissance continue des profits des entreprises chinoises et la hausse du salaire minimal, afin de prendre en compte l’inflation, ont contribué à cette hausse.
Tout indique que ces tendances se sont encore accélérées lors des derniers mois en raison, d’une part, du renforcement des tensions inflationnistes et, d’autre part, de la réforme de la législation du travail en faveur des salariés.La ville de Shanghaï a ainsi dû procéder, fin mars, à une nouvelle hausse du salaire mensuel minimal, la deuxième en cinq mois. Celui-ci a grimpé de 14 %, passant de 840 yuans à 960 yuans par mois.
NOUVELLES RÈGLES SOCIALES
Les retraites et les allocations-chômage ont été de nouveau revalorisées. Il faut dire que l’inflation a atteint 8,7 % en février en taux annualisé et que les prix de certaines denrées (viande, huile…) sont supérieurs de 50 % à leur niveau atteint il y a un an.
Malgré l’absence de syndicats indépendants et l’extrême difficulté rencontrée par les ouvriers pour faire valoir leurs droits, l’introduction de nouvelles règles sociales a sans doute contribué à l’inflation des salaires. La loi sur le contrat de travail, dont l’application est encore aléatoire, a ainsi obligé les entreprises à prévoir des compensations plus élevées qu’auparavant. A Shanghaï, fin mars, le département du travail a introduit une nouvelle règle selon laquelle les employés des sociétés d’Etat gagnant moins de 10 % du salaire de leur patron avaient le droit d’exiger une hausse. La règle doit s’appliquer à 75 % des entreprises d’Etat.
La hausse des prix a un moment été éclipsée par la bonne tenue de la Bourse, qui a provoqué, en 2006 et 2007, un effet de richesse. Or l’indice composite de Shanghaï a chuté de 45 % depuis octobre 2007 (et de 34 % au premier trimestre 2008), un retour de bâton douloureux pour la classe moyenne émergente des villes, qui s’était jetée à corps perdu dans la spéculation.
L’insouciance des petits investisseurs se fonde en grande partie sur l’idée que rien n’arrivera avant les Jeux olympiques. Le Centre d’information de l’Etat publiait, il y a peu, un rapport recommandant que les pouvoirs publics interviennent pour mettre fin à la morosité des marchés.
Brice Pedroletti
Les manifestations contre « la vie chère » provoquent des troubles au Sénégal et en Côte d’Ivoire
AFP/ISSOUF SANOGO
Manifestation dans les rues d’Yopougon, dans la banlieue d’Abidjan, contre la hausse des prix
LE MONDE | 01.04.08
La flambée des prix des denrées de première nécessité – riz, huile, lait, savon, carburants – provoque des troubles sociaux dans plusieurs pays d’Afrique. Après le Cameroun, le Burkina Faso et le Sénégal, des manifestations sporadiques contre « la vie chère » ont opposé, lundi 31 mars à Abidjan (Côte d’Ivoire), plusieurs centaines de personnes aux forces anti-émeutes qui ont fait usage de gaz lacrymogènes. « On a faim ! Gbagbo (le président de la République) n’a qu’à diminuer ! (les prix)« , ont scandé des manifestants qui ont dressé des barricades et brûlé des pneus sur l’autoroute traversant le quartier populaire de Yopougon, pourtant considéré comme un fief du pouvoir. Une dizaine de personnes ont été blessées et la police a saisi des cassettes dans les locaux d’une chaîne de télévision locale qui diffusait des images de son intervention. Un scénario presque exactement identique avait eu lieu la veille à Dakar (Sénégal) dimanche 30 mars. Mais la manifestation « contre la vie chère », organisée par deux organisations de consommateurs, avait été interdite pour « menaces de troubles à l’ordre public ». Le défilé a dégénéré en heurts avec les policiers qui ont utilisé matraques et gaz lacrymogènes. Lundi soir, 24 personnes, dont les deux responsables des associations organisatrices, restaient entre les mains de la police. Au même moment, le président Abdoulaye Wade annonçait un remaniement ministériel marqué par le remplacement du ministre de l’intérieur, Ousmane Ngom. A Dakar aussi, la police a fait irruption dans les locaux d’une télévision privée, Walfadjiri, pour y ordonner l’arrêt de la diffusion en direct des images de la manifestation et saisir des enregistrements des séquences diffusées. Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé « le comportement violent des forces de l’ordre sénégalaises envers les journalistes ». Un ministre du parti présidentiel, Farba Senghor, a invité les Sénégalais à ne pas « se laisser tromper » par l’opposition, accusée d’organiser les protestations. La hausse des prix « n’est pas spécifique au Sénégal », a-t-il argué, tandis qu’un autre membre du gouvernement a accusé les opposants d’utiliser « les enfants comme des chairs à canon ».
A Ouagadougou et dans plusieurs villes du Burkina-Faso, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé aux cris de « Non à la vie chère ! », « A bas les corrompus ! » le 28 février puis le 15 mars. A Douala (Cameroun), fin février, une grève contre l’envol des prix des carburants avait dégénéré en émeutes et pillages.
Philippe Bernard (avec AFP.)
La hausse record des prix en Europe fait craindre la spirale inflation-salaires
Robert Llewellyn/GAMMA
L’inflation a atteint en février 2008 son niveau le plus haut au cours des dix dernières années.
LE MONDE | 01.04.08
La hausse des prix a battu en mars un nouveau record au sein de la zone euro, à 3,5 % sur un an, selon les données provisoires d’Eurostat. Désormais très supérieur à l’objectif de 2 % poursuivi par la Banque centrale européenne (BCE), ce chiffre est le plus élevé jamais atteint en près de dix ans d’existence de la monnaie unique. Perceptible partout en Europe, l’envolée des prix fait craindre aux dirigeants européens l’émergence d’une spirale inflationniste alimentée par des revendications salariales élevées sur fond de perte de pouvoir d’achat. Après des années de modération salariale, c’est en Allemagne que le risque est aujourd’hui le plus évident. Les prix à la consommation y ont fait un bond de 3,1 % en mars sur un an, selon des estimations provisoires de l’Office fédéral des statistiques. Les économistes redoutent un effet dit de « second tour » : lassés de voir leur pouvoir d’achat rogné par l’inflation, les salariés exigent des augmentations de salaires importantes qui pourraient susciter à leur tour de nouvelles hausses de prix, si les entreprises répercutaient ces surcoûts sur leurs produits et leurs services.
Très combatifs depuis le début de l’année, les syndicats allemands veulent en finir avec la modération en vigueur outre-Rhin depuis plus de dix ans. Après plusieurs grèves d’avertissement, les employés du service public ont obtenu, lundi 31 mars, une progression de 5,1 % de leurs fiches de paie cette année, puis de 2,8 % en 2009. Les métallurgistes de Basse-Saxe, de Brême et de Rhénanie du Nord-Westphalie se sont vus accorder à compter du 1er mars une hausse de 5,2 %. Plus emblématique encore : le syndicat de conducteurs de trains GDL a multiplié les débrayages à l’automne 2007 et réclamé d’entrée de jeu 31 % de hausse salariale. Il s’est vu octroyer une augmentation de 11 %. « Une spirale prix-salaires pourrait signifier le début d’une inflation structurelle », s’inquiète Rolf Krokea, expert à l’institut d’économie patronal de Cologne (IW).
DÉRAPAGE GÉNÉRAL DES PRIX
Les tensions en Allemagne sont susceptibles de faire tache d’huile dans les pays voisins. En février, la Commission européenne a revu à la hausse, de 2,1 à 2,6 %, ses prévisions d’inflation pour 2008, en prenant en compte le risque de « second tour » salarial.
Le phénomène pourrait, selon elle, s’ajouter aux deux autres grandes causes à l’origine de l’actuelle envolée des prix : progression du pétrole et celle des produits alimentaires. « Les changements substantiels dans les prix relatifs, causés par le changement climatique et les tensions sur les marchés des ressources naturelles vont (…) engendrer des défis conséquents pour la plupart de économies de l’Union », a depuis estimé le commissaire responsable des affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia : « Nous parvenons, peut-être, à la fin d’une période de modération fantastique (des prix) qui nous a assuré croissance et stabilité pendant plus de vingt ans ».
Dans ce contexte, les avis divergent sur l’attitude à adopter, tandis que la croissance dans la zone euro ralentit. Le dérapage général des prix « renforce les arguments des travailleurs pour obtenir des augmentations de salaire », répète le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), John Monks. La CES a organisé à Ljubljana une manifestation sur le pouvoir d’achat, en marge de la prochaine rencontre des ministres européens des finances, samedi 5 avril en Slovénie. D’après M. Monks, le rattrapage des salaires pourrait permettre de soutenir la demande domestique à l’heure où les exportations risquent de pâtir du ralentissement de l’économie mondiale, dans la foulée de la crise des crédits immobiliers à risque américains.
En face, les dirigeants européens appellent à la plus grande modération. Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, cherche à dissuader tout effet de second tour en menaçant d’augmenter les taux d’intérêt. « La lutte contre l’inflation reste la plus haute priorité de la BCE », a déclaré M. Trichet devant le Parlement européen le 26 mars. « Certains Etats membres ont constaté des revendications salariales en hausse, mais celles-ci n’ont à ce stade pas débouché sur des augmentations de salaires », voulait croire la Commission européenne, en février : « L’affaiblissement des indicateurs de confiance et l’incertitude générale entourant l’activité économique devrait atténuer les revendications salariales », affirmait-elle. En dépit des records battus chaque mois, M. Almunia continue d’espérer un retour à une progression des prix « plus conforme à la normale » d’ici à la fin de l’année.
Philippe Ricard et Marie de Vergès
31 mars, 2008
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La spéculation chamboule les prix des matières premières

LE MONDE | 28.03.08
Le prix du riz a bondi de 31 % en une journée, jeudi 27 mars, passant de 580 à 760 dollars, les stocks étant tombés au plus bas depuis 1976. L’Inde, l’Egypte, le Vietnam et le Cambodge ont annoncé qu’ils suspendaient leurs exportations de riz au moment où les Philippines en cherchaient désespérément 500 000 tonnes sur le marché. Les spéculateurs ont sauté sur l’occasion, comme ils ne cessent de le faire pour le blé, l’or, le pétrole ou les carcasses de porc dont les cours fluctuent de plus en plus brutalement. « On ne sait plus où on en est, s’alarme Hervé Le Stum, directeur de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB). Depuis quelques semaines, les prix font les montagnes russes (sur les marchés de céréales) au Kansas, à Chicago ou à Minneapolis. »
L’origine de ces mouvements erratiques ne se trouve pas seulement dans les inquiétudes liées à la crise financière et à la conjoncture internationale, mais aussi dans l’activité d’une poignée de fonds spéculatifs (hedge funds). En particulier, les fonds dits « systématiques ou CTA – pour Commodities Trading Adviser », indique Cyril Julliard, président d’Eraam, un fonds de fonds spéculatifs. Les plus importants gèrent entre 10 à 12 milliards de dollars. De quoi peser sur les cours de ces marchés très étroits par comparaison avec les marchés d’actions. Entre 8 % à 10 % de la variation des prix des matières premières leur sont aujourd’hui attribués.« Les fonds sont partout où existent des contrats à terme », indique Eric Le Coz, gérant chez Carmignac Gestion. Les contrats à terme permettent à ces financiers d’investir sans se faire livrer physiquement la marchandise.La présence de ces « CTA » pèse d’autant plus sur les prix qu’ils « n’ont pas d’états d’âme », indique M. Le Coz. A l’achat comme à la vente, « ils s’engouffrent sur le marché », ajoute-t-il. Ils s’exonèrent de l’éventuelle réserve du négociant, car l’achat ou la vente sont déclenchés par des calculs mathématiques ou par les premiers signaux de vente. Le franchissement de seuils « psychologiques », comme le prix de 100 dollars pour le baril de pétrole ou de 1 000 dollars pour l’once d’or début mars, les a laissés de marbre. Les « CTA » ont pris leurs bénéfices deux semaines plus tard. Après une action de la Réserve fédérale américaine et une série de nouvelles rassurantes de la part de banques américaines, les investisseurs ont cru que la crise des subprimes aux Etats-Unis était contrôlée, et le dollar s’est redressé.
Ce signal a eu un effet domino. La remontée de la monnaie américaine a provoqué la baisse des cours du pétrole, entraînant les prix des autres matières premières.« Les investisseurs institutionnels achètent souvent des indices globaux qui associent un peu artificiellement les cours de différentes matières premières », explique Noël Amenc, professeur de finance à l’Edhec et spécialiste des fonds spéculatifs. Les fonds ne sont pas seuls responsables de ces fluctuations, car « ils achètent une tendance », explique M. Amenc. « Ils accentuent les mouvements et leur brutalité sans en modifier l’évolution », précise Jean-Claude Petit, responsable de la gestion actions chez Barclays AM.
Sur les matières premières, la plupart ont détecté la martingale il y a deux ans. La croissance explosive des pays émergents, notamment de l’Inde et de la Chine, très consommatrices d’hydrocarbures, de céréales ou de minerais, a gonflé la demande que la production peine à satisfaire.
La crise a ensuite attiré de nouveaux fonds, ceux qui désertent les autres titres financiers, devenus trop risqués. Entre janvier et février, le volume des contrats sur les produits à terme concernant les matières premières à Londres a bondi de 65 % à 70 % par rapport à la même période en 2007. Soja, colza ou maïs sont ainsi devenus des produits financiers presque au même titre qu’une action ou une obligation. Au grand dam des industriels et des consommateurs, qui souffrent des niveaux de prix dopés par cette spéculation.
Alain Faujas et Claire Gatinois
Le boom des matières premières, un réel motif d’inquiétude
LE MONDE ECONOMIE | 02.02.04
Coton, platine, or, nickel, pétrole… nombreuses sont les matières premières qui ont connu une envolée de leurs prix au cours des deux dernières années. Entre octobre 2001 et la fin janvier 2004, l’indice CRB (Commodity Research Bureau), qui traduit l’évolution générale des prix des matières premières, a enregistré une hausse de 44 %. Le prix des métaux précieux a augmenté de 65 %, celui de l’énergie de 54 %. Les métaux industriels, utilisés pour la fabrication des produits manufacturés, ont vu leurs prix augmenter de 54 %.
Selon Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris-Dauphine et directeur du rapport annuel Cyclope, spécialisé sur le sujet, « 2003 a été l’année d’un boom des matières premières. Elles ont pratiquement toutes enregistré une forte flambée des prix ». Mais cette explosion n’est pas homogène. Le café, le sucre sont restés à des prix relativement bas. A l’inverse, « certaines matières premières ont atteint des pics historiquement élevés. C’est le cas du nickel, du coton ou du caoutchouc », précise-t-il. Cette remontée est d’autant plus remarquée qu’elle fait suite à une tendance baissière observée durant les décennies 1980 et 1990. Elle rend surtout légitime une question : peut-elle entraîner une élévation durable du niveau de l’inflation mondiale ?Avant d’amorcer une réponse, il faut examiner les deux principales thèses avancées pour expliquer cette envolée des prix des matières premières. La première l’attribue à la reprise mondiale, et en particulier à l’intensification de la demande provenant des pays émergents (Chine et Inde principalement). Ces pays atteignent un stade de développement qui se traduit par une accélération de la demande de matières premières. Entre 1998 et 2002, les importations d’énergie de la Chine, exprimées en valeur, sont passées de 2 à 9 milliards de dollars. Mais le lien établi entre croissance économique et hausse de la demande vaut aussi pour les Etats-Unis, également grands consommateurs de matières premières.
Selon une autre grille d’interprétation, la hausse du prix des matières premières pourrait être l’une des conséquences indirectes de l’assouplissement des politiques monétaires par les banques centrales depuis 1998, en particulier par la Réserve fédérale américaine depuis février 2001. En abaissant leurs taux directeurs, elles ont favorisé la création excessive de liquidités internationales à la recherche de rendement. Les secteurs de biens et services ne pouvant les absorber (en raison notamment de l’intensification de la concurrence), celles-ci se sont logées en partie sur le marché des matières premières, contribuant à leur renchérissement. Selon Rémy Contamin, économiste à la direction des études économiques du Crédit agricole, la hausse des cours pourrait également être liée au fait que les matières premières sont, pour la plupart, libellées en dollar : « Avec la dépréciation de cette monnaie, les producteurs ont tendance à compenser leurs pertes par une augmentation des prix. C’est particulièrement vrai pour le marché du pétrole, qui présente une courbe de demande assez peu élastique », assure-t-il.
Selon une étude de CDC-Ixis, l’effet inflationniste a aussi été renforcé « par l’action des banques centrales asiatiques, qui ont agi, par des interventions de change, pour affaiblir leurs devises, contribuant ainsi à la croissance de la liquidité de la base monétaire mondiale ». Si la montée récente du prix des matières premières est liée à un excès de liquidités internationales, le risque d’inflation sera limité. Comme toute bulle spéculative, la bulle sur le marché des matières premières finira par éclater. A l’inverse, si cette évolution est liée à la demande croissante des pays émergents, l’inflation mondiale pourrait être tirée à la hausse durablement. Etant donné la part des importations de matières premières dans le produit intérieur brut (PIB) mondial, « une hausse de 30 % par an des prix pourrait conduire à un supplément d’inflation de 1 point chaque année », avance CDC-Ixis. Un risque qui ne semble pas encore bien mesuré par les banques centrales.
Mathilde Bereni
31 mars, 2008
2-GEO/ECO, AMERIQUES, ETATS-UNIS, MONDIALISATION, RISQUES
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Henry Paulson veut élargir les pouvoirs de la Fed pour éviter les crises financières
LEMONDE.FR avec AFP | 31.03.08
Le secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson, a officiellement présenté, lundi 31 mars, un vaste projet de refonte de la réglementation financière américaine, destiné à en améliorer l’efficacité face aux crises financières. « Notre structure de réglementation actuelle n’a pas été construite pour faire face au système financier moderne avec ses acteurs divers, son innovation, la complexité de ses instruments financiers, son intégration mondiale », a affirmé M. Paulson. Rappelant que le gros de la législation actuelle avait été décidé au lendemain de la Grande Dépression des années 1930, il a assuré que ces textes avaient leur logique mais que, « si l’on regarde les marchés financiers aujourd’hui, le manque de conception d’ensemble est clair ». Alors que les compétences des diverses agences se chevauchent souvent, des pans entiers de l’activité financière – surtout les produits très complexes qui ont mené à la crise actuelle – échappent à toute législation. Aussi le projet de refonte vise-t-il à éliminer les redondances du système et à combler ses manques, avec des mesures échelonnées sur le court, le moyen et le long terme.
RÔLE-CLÉ POUR LA FED
L’aspect le plus spectaculaire de son projet est sans doute de confier à la Réserve fédérale (Fed) une mission considérablement accrue pour surveiller le système financier. Dans le nouveau système prévu par le Trésor, la Fed pourrait « surveiller les risques pesant sur l’ensemble du secteur financier », y compris les banques d’investissement, compagnies d’assurances et fonds d’investissements à risque (hedge funds), alors que sa mission actuelle la confine pour l’essentiel aux banques commerciales. « Elle aura des larges pouvoirs et l’autorité nécessaire pour traiter les défaillances menaçant notre stabilité financière », a assuré M. Paulson.
Parmi les autres mesures annoncées, on trouve la création d’une agence de surveillance des prêts immobiliers et la fusion de la Securities and Exchange Commission, autorité de régulation des marchés financiers américains, avec la Commodity Futures Trading Commission, autorité de régulation des marchés des matières premières.
Le secrétaire au Trésor a toutefois souligné que le projet, lancé en mars 2007, c’est-à-dire avant le début de la crise, ne serait pas mis en place avant plusieurs mois. Ces propositions interviennent alors que les autorités de régulation sont accusées de n’avoir pas su voir venir la menace que représentait le système des crédits immobiliers à risques (subprimes), qui a fini par s’écrouler durant l’été 2007, entraînant les Etats-Unis dans la plus grave crise financière qu’ils aient connue depuis plusieurs décennies.
Liberation 31 03 08
La finance américaine mieux contrôlée?
Ce qu’il y a de bien avec les Américains, c’est qu’ils n’ont pas peur d’être pragmatiques dans le domaine économique. Ni de changer complètement de bord quand les événements leur donnent tort. Ainsi, comme attendu, le secrétaire d’Etat au Trésor, Henry Paulson (photo), a annoncé ce lundi un vaste projet de réforme des autorités de contrôle de la finance, qui vise à réguler le système et éviter le déclenchement de nouvelles crises. Le même Paulson, quand il occupait la présidence de la banque d’affaires Goldman Sachs, était un ardent partisan de la dérégulation. Qui permettait à son établissement d’engranger des milliards de bénéfices (et aujourd’hui autant de pertes)…
Il est encore un peu tôt pour analyser ce qu’impliquent véritablement toutes les propositions de Paulson, qui mettront, de son propre aveux, plusieurs années avant de se traduire en réformes concrètes. Son plan est divisé en trois: mesures à prendre à court terme, à moyen terme et à long terme. Mais, de toute façon, il devra être mis en œuvre par la prochaine administration, qui sera élue en novembre prochain. Suivant le résultat de ce vote, la réforme pourra prendre un aspect plus ou moins favorable au « Big business »…
Cependant, s’il était appliqué en l’état, le plan Paulson modifierait profondément le paysage de la finance américaine. Principaux changements: la Federal Reserve deviendait hyper-puissante, la Securities & Exchange Commission (SEC) verrait son rôle s’affaiblir et plusieurs autorités de surveillance nouvellement créées se verraient confier le soin de surveiller et réguler les marchés.
- Alors que sa mission actuelle est confinée actuellement au contrôle des banques commerciales, la Fed surveillerait ainsi l’ensemble des « risques pesant sur l’ensemble du secteur financier », soit les banques d’investissement, les compagnies d’assurances et les hedge funds.
- La SEC, autorité de régulation des marchés financiers américains, devrait fusionner avec la Commodity Futures Trading Commission, autorité de régulation des marchés des matières premières.
- Enfin, serait notamment créée une agence de surveillance des prêts immobiliers (la Mortgage origination Commission).
Rappelons que, dans l’histoire américaine, à chaque crise a succédé une série de réformes allant vers plus de régulation (le krach de 1929 a donné naissance à la SEC, le scandale Enron à la loi Sarbanes-Oxley, etc). De quoi prendre conscience, si cela ne l’était pas déjà fait, de la gravité de la crise financière actuelle.
(Photo: Reuters)
M. Paulson veut revoir intégralement la régulation financière
LE MONDE | 01.04.08
Une grande réforme du système de régulation du système financier est absolument nécessaire pour promouvoir plus efficacement des marchés stables et résilients. » Dans un discours prononcé lundi 31 mars à Washington, le secrétaire au Trésor Henry Paulson a présenté la réforme la plus ambitieuse du système financier américain depuis les années 1930. Elle est détaillée dans un document de 218 pages intitulé « Blueprint for a Modernized Financial Regulatory Structure » (Projet pour une modernisation de la structure de régulation financière).
Le changement proposé le plus important, et d’ores et déjà le plus controversé, concerne la Réserve fédérale (Fed). Le secrétaire au Trésor estime que la banque centrale doit désormais devenir, en quelque sorte, un super-gendarme responsable de la stabilité des marchés. La Fed abandonnerait la supervision des banques à une nouvelle entité créée pour cela et utiliserait une autorité élargie pour surveiller toute entreprise ou toute activité susceptibles de déstabiliser les marchés. « Ils auraient des pouvoirs plus importants et pourraient intervenir partout dans le système si c’est nécessaire », explique M. Paulson.Une commission fédérale de surveillance des prêts immobiliers serait mise en place afin de « mieux protéger les consommateurs ». Elle aurait pour mission de fixer des critères pour l’attribution des licences aux courtiers en prêts immobiliers et de contrôler le système hypothécaire dans tous les Etats américains. L’autorité des marchés, la Securities and Exchange Commission (SEC), fusionnerait avec la Commodity Futures Trading Commission, l’autorité de régulation des marchés à terme. Enfin, une agence fédérale serait responsable de la régulation des compagnies d’assurance qui aujourd’hui dépendent des Etats.
Le secrétaire au Trésor est parti d’un constat unanime : le système de régulation ne fonctionne plus. Aucune des autorités de contrôle n’a été capable d’empêcher la crise des crédits immobiliers à risques (subprimes) et de prévoir qu’elle allait contaminer l’ensemble du système bancaire.
Les crises financières majeures – de la panique de 1907 à la grande dépression en passant par le krach boursier d’octobre 1987 – ont toujours été l’occasion de réformer, à chaud, la régulation financière pour tenter de corriger les erreurs passées. Le système actuel, construit par strates depuis plus d’un siècle, n’est plus du tout adapté. « Notre structure de réglementation n’a pas été construite pour faire face au système financier moderne avec ses acteurs divers, son innovation, la complexité de ses instruments financiers, son intégration mondiale », reconnaît M. Paulson. Les critiques soulignent que trop d’organismes publics ont des compétences. Et des juridictions se chevauchent quand, dans le même temps, des pans entiers de l’activité financière sont livrés à eux-mêmes. Les spécialistes des crédits hypothécaires, par exemple, ne sont contrôlés par personne.
Ancien directeur général de la prestigieuse banque d’affaires américaine Goldman Sachs, M. Paulson est pourtant loin d’être un partisan d’un contrôle à outrance des établissements financiers. Il prône plutôt, et depuis longtemps, une simplification et un regroupement des autorités afin de leur permettre d’être plus efficaces. Il explique d’ailleurs que ces réformes ne permettront pas d’éviter toutes les futures crises. « Je ne pense pas qu’un système de régulation puisse changer cela. Nous dépendons avant tout de la discipline de marché. Cela dit, nous avons besoin d’un système plus efficace qui nous donne plus de chances et de meilleurs outils pour essayer de régler les problèmes », déclare-t-il.
Mais les obstacles politiques sont tels que ces réformes ne sont pas prêtes de voir le jour. Il n’y a presque aucune chance pour que les principales propositions soient débattues avant la fin de la présidence Bush. Le secrétaire au Trésor peut seulement espérer qu’elles serviront de base à la réflexion que mènera la future administration, quelle que soit sa couleur politique. Il faut dire que George W. Bush n’est pas vraiment crédible dans le domaine de la régulation financière après avoir longtemps tenté de l’affaiblir, estimant qu’elle était trop lourde et handicapait les établissements financiers américains et la place de New York. Quant aux démocrates, la plupart affirment que la crise est la conséquence d’une insuffisance de contrôle.
Il y aussi un autre obstacle sérieux. Réformer au beau milieu d’une crise n’est pas forcément judicieux. « C’est probablement une mauvaise idée de passer beaucoup de temps à débattre de l’organisation des pompiers au moment où l’incendie s’étend et où aucune enquête sur son origine n’a été faite », explique Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor de l’administration Clinton.
Eric Leser
31 mars, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, CHINE, MONDIALISATION, RISQUES, TOLERANCE
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| « Un pays qui boycotterait les JO de Pékin paierait un prix économique et commercial très lourd »
LE MONDE.FR | 28.03.08 avec Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques.
AFP/JEAN-LOUP GAUTREAU
Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur d »Atlas du monde global », avec Hubert Védrine.
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LAL : Pensez-vous réellement que les pays qui ont des intérêts commerciaux avec la Chine puissent boycotter les JO de Pékin ? Pascal Boniface : Sauf en cas de dégradation très forte de la situation, on peut penser qu’un boycott des Jeux olympiques est exclu, car un pays qui prendrait l’initiative du boycott serait considéré comme non seulement inamical, mais presque comme ennemi par la Chine, et effectivement, il en paierait un prix économique et commercial très lourd. Par ailleurs, un boycott, pour être efficace, ne peut pas se faire de façon individuelle, il doit être fait de façon collective.
Carlos Cardoso : Cependant d’autres « prises de position » sont envisagées, comme par exemple le boycott de la cérémonie d’ouverture. Quelle sera la réaction probable des autorités chinoises aux prises de position possibles qui se trouveraient à la limite de ce que la charte olympique stipule ?
Pascal Boniface : Là aussi, la réponse est la même. S’il devait y avoir boycott par les chefs d’Etat et de gouvernement de la cérémonie d’ouverture, il faut que cela soit collectif, parce qu’un boycott individuel n’aurait aucun impact et serait beaucoup plus risqué. On constate par ailleurs qu’en dehors de la position des chefs d’Etat, de nombreux sportifs ont déclaré vouloir se rendre à Pékin et entreprendre là-bas une action qui attire l’attention sur la question des droits de l’homme. Et de ne pas être des acteurs muets et aveugles par rapport à la situation.
Nico : Le boycott des Jeux de Pékin pourrait-il représenter le commencement d’une future scission profonde entre les blocs occidental et chinois ?
Pascal Boniface : Une scission profonde, non. Cela ouvrirait bien sûr une crise, mais qui, comme toute crise, peut être durable ou passagère selon les réactions ultérieures des uns et des autres. Mais il est certain que cela serait ressenti comme un affront par les dirigeants chinois, et probablement par une partie de l’opinion chinoise.
LONDRES DANS UNE POSITION PARTICULIÈRE
archambau : L’Union européenne, par son poids politique et géographique, peut être influente dans le monde si elle reste unie. Or ne risque-t-elle pas une fois de plus de se décrédibiliser sur la scène internationale si les pays membres n’adoptent pas une position commune à l’égard de la Chine ?
Pascal Boniface : Oui, effectivement, il vaudrait mieux que les Vingt-Sept prennent une position commune. Outre les différences d’appréciation qu’il peut y avoir sur la façon de réagir, on a vu qu’il y a un pays qui est dans une situation tout à fait particulière, c’est la Grande-Bretagne, puisqu’elle sera le prochain hôte des Jeux. Et donc les Britanniques vont très naturellement être les plus modérés dans la réaction, parce qu’ils n’ont pas envie de subir un éventuel contrecoup en 2012. Il faudra bien trouver un compromis, car les Britanniques ne peuvent pas non plus être isolés par rapport aux autres membres de l’UE.
mehdi : En dehors des pays occidentaux, connaît-on la position diplomatique sur ce sujet des autres grands pays de la scène mondiale ? Je pense notamment à la Russie ou à l’Iran.
Pascal Boniface : Ils n’ont pas la même sensibilité que les pays occidentaux à ce qui se passe en Chine. D’une part, parce que ce ne sont pas des pays sensibles au thème de l’ingérence, ou plutôt que ce sont des pays qui ont une sensibilité négative par rapport à l’ingérence, et qui n’ont certainement pas envie d’aider diplomatiquement les pays occidentaux, ni de gêner diplomatiquement la Chine. Enfin, la Russie a très bien compris que ce qui se passe pour Pékin 2008 sert d’échauffement pour Sotchi 2014, où auront lieu les Jeux olympiques d’hiver.
ctipar : La Chine peut-elle réagir à la prise de position des sportifs durant les Jeux ?
Pascal Boniface : Elle ne réagira pas directement, mais demandera au CIO de le faire et là, bien sûr, il s’agit d’un rapport de forces. On peut exclure quelques sportifs qui font des actions, mais s’il y a des actions concertées qui en réunissent des centaines, il sera très difficile pour le CIO de sévir.
JAA : Quel regard portez-vous sur l’action de Reporters sans frontières ?
Pascal Boniface : C’est une opération spectaculaire par définition, donc qui est dans la lignée de l’action de Reporters sans frontières. Mais cette action spectaculaire ne doit pas masquer une réflexion approfondie de RSF, qui est passée d’une demande de boycott en 2001 à une demande de participation active aujourd’hui.
Richard : Le boycott pourrait-il avoir de réelles conséquences sur l’évolution de la Chine en général, et sur l’avenir du Tibet en particulier ?
Pascal Boniface : En fait, il faut se méfier des réponses manichéennes à cette question. Dire que l’attitude du monde extérieur n’a aucune conséquence n’est pas exact, mais penser que l’on peut faire des injonctions à l’égard de la Chine ne l’est pas non plus. Donc, dans l’affaire, il faut analyser au plus juste comment peser sur la Chine sans la braquer et comment adapter des positions et des actions qui ne se traduisent pas par une crispation nationaliste de la Chine. Et dire cela ne veut pas dire ce qu’ont tenté de faire les communiqués : ne rien faire.
LE BOYCOTT CONCERNANT L’AFRIQUE DU SUD A ÉTÉ LE SEUL EFFICACE
jackrace_1 : Les boycotts des Jeux de Moscou ou de Los Angeles ont-ils été efficaces ?
Pascal Boniface : Oui, pour permettre au pays organisateur d’avoir plus de médailles qu’il n’en aurait eu sinon. On peut cependant distinguer les deux cas. Dans le cas du boycott des Jeux de Moscou de 1980, ça a été une mesure au départ vexante et humiliante pour les Soviétiques, qui voulaient faire des Jeux un triomphe. Mais au final, une fois passée la déception, ils en ont profité pour gagner plus dans des Jeux moins universels. Et on peut dire que le boycott de 1984 a eu moins d’impact encore, dans la mesure où il a été très largement analysé comme la réponse du berger à la bergère. Et qu’il a permis un triomphe sportif aux Etats-Unis.
On parle toujours d’un boycott sportif qui a été efficace, c’est celui concernant l’Afrique du Sud de l’apartheid. Mais il faut se rappeler que le boycott sportif s’est accompagné d’un boycott économique très largement suivi. Et que ce boycott économique a joué beaucoup plus que le boycott sportif. Je n’entends encore personne proposer un boycott économique de la Chine.
Mehdi : Les dirigeants chinois n’auraient-ils pas occulté trop vite les risques que l’organisation d’une telle compétition impliquent pour un système comme le leur ? |
Pascal Boniface : Je pense qu’ils ont sous-estimé l’ampleur des conséquences de la médiatisation de l’organisation d’un tel événement. Ils ont en vu les aspects positifs et en ont mésestimé les aspects potentiellement dangereux pour eux. En organisant les Jeux, ils ont attiré la lumière sur eux, c’était le but recherché. Mais l’effet non recherché, c’est qu’ils ont également attiré la lumière sur des aspects qu’ils auraient préféré garder secrets ou discrets. Car finalement, la répression chinoise au Tibet n’est pas nouvelle, et si l’on parle plus du Tibet aujourd’hui qu’auparavant, c’est bel et bien parce que les Jeux vont être organisés à Pékin au mois d’août.
ctipar : La Chine a-t-elle intérêt à étouffer tout ce qui pourrait se passer au Tibet (ou ailleurs) d’ici aux JO, ou vaut-il mieux pour elle jouer une certaine transparence vis-à-vis des médias étrangers, comme elle a tenté en vain de le faire récemment ? Je pense à la visite organisée et perturbée pour vingt-six journalistes étrangers.
Pascal Boniface : La transparence est préférable à condition qu’elle soit possible et qu’elle soit crédible. Donc l’urgence pour Pékin est bien sûr de ramener le calme, mais pas au prix d’une répression qui attirerait encore plus l’attention sur son comportement.
jack : Les Jeux olympiques vont-il devenir le moyen de montrer au monde entier les problèmes de politique intérieure des pays organisateurs ?
Pascal Boniface : Tout événement mondial médiatisé sera ce type d’occasion, et dès qu’un pays sera l’hôte d’un événement à forte valeur par rapport aux opinions publiques, plus il devra faire attention aux éventuelles zones d’ombre qu’il ne veut pas montrer, et il sera de plus en plus difficile à des pays dont le comportement est contesté d’organiser ce type d’événement sans le payer d’un prix fort en termes d’opinion. C’est l’une des conséquences de l’importance croissante du rôle des opinions publiques sur la politique internationale.
Richard : Lié au boycott des JO, des gens, sur des forums, suggèrent aussi un boycott économique du « made in China ». Qu’en pensez-vous ?
Pascal Boniface : Comme pour le reste, pour être efficace, il faut qu’il soit très largement répandu et il faut qu’il y ait une adéquation entre le citoyen et le consommateur. Mais on voit souvent que le consommateur n’a pas les mêmes réflexes que le citoyen.
pleu : Le boycott entraînerait-il un regain de confiance des pays limitrophes permettant de débloquer les quelques conflits de la région, comme les Ouïgours dans l’ouest du pays, ou l’Inde au sujet du Cachemire ?
Pascal Boniface : Il est évident que s’il y avait un boycott, cela rendrait le gouvernement chinois plus crispé. Et en même temps, n’ayant plus à craindre de pression extérieure, il se sentirait les mains plus libres. Par ailleurs, un boycott aurait pour conséquence une dégradation du climat international qui, par définition, aura des conséquences négatives dans la région.
Turambar : Quel avenir pour le Tibet après les Jeux ?
Pascal Boniface : Il y a un scénario impossible, c’est l’indépendance. Les Chinois ne l’admettent pas et les Tibétains ne le revendiquent pas. Cela posé, il reste deux scénarios majeurs : soit les Chinois comprennent que la satisfaction de la demande d’autonomie culturelle des Tibétains n’est pas dangereuse pour eux d’un point de vue stratégique, et peut leur faciliter la vie d’un point de vue politique ; et dans ce cas-là, la situation peut s’améliorer.
Soit ils maintiennent une attitude crispée, et ils en paieront toujours un prix assez lourd en termes d’image internationale, parce que si les Tibétains ne sont pas le seul peuple opprimé sur la planète, ils sont, parmi les peuples opprimés, celui qui a la meilleure image.
Guillaume : Quel avenir pour la Chine après les Jeux de Pékin ?
Pascal Boniface : Là encore, on ne peut pas répondre de façon tranchée. C’est une question de proportion, pas une question de « oui » ou « non ». La Chine est à la fois acceptée et critiquée dans la communauté internationale. Tout est affaire de proportion. A l’heure actuelle, la part de critiques est plus forte, bien sûr.
Maha : Est-ce que les réactions actuelles de certains gouvernements occidentaux représentent une soudaine prise de conscience de la situation entre la Chine et le Tibet, ou est-ce simplement un effet de mode qui prendra fin avec la clôture des JO ?
Pascal Boniface : C’est plutôt une réaction par rapport aux campagnes d’opinion, où les gouvernements ont suivi le train de l’opinion.
Richard : Qui revendique alors l’indépendance du Tibet ?
Pascal Boniface : Pas le dalaï-lama, pas la majorité des Tibétains. Quelques éléments isolés peuvent la réclamer. Il faudrait étudier de plus près la représentativité de ceux-ci. D’ailleurs, on parle beaucoup de ceux qui réclament le boycott, mais ils sont très minoritaires. Les grandes organisations de défense des droits de l’homme ne réclament pas le boycott, pas plus que le dalaï-lama. Comme ils prennent des positions radicales, on les voit plus, mais ils sont loin d’avoir une très forte audience.
Djan59 : Le boycott serait certes un geste symbolique très fort mais n’aurait d’effet que sur le court terme. Quels seraient, selon vous, les moyens de pression qui feraient que la Chine respecterait définitivement les droits de l’homme ?
Pascal Boniface : Rêver que la Chine respecte définitivement les droits de l’homme à court ou long terme sur injonction des pays occidentaux relève de l’illusion. Et il faut sortir du schéma où l’on donne des instructions à un autre pays pour qu’il s’y conforme. Tout simplement parce que ce schéma n’est plus opératoire et qu’on n’est plus dans la situation où l’on puisse, fût-ce au nom de la morale, donner des ordres à un autre pays, surtout que notre morale est parfois considérée comme étant à géométrie variable.
Greeddo : Dans le cas d’un scénario extrême – aggravation de la répression chinoise au Tibet, puis détérioration des tensions internationales, puis boycott total par plusieurs pays « majeurs » –, est-il concevable d’envisager une hausse des tensions pouvant aller jusqu’à un conflit armé au niveau mondial ?
Pascal Boniface : Par définition, rien ne peut être exclu. Mais ce scénario me paraît beaucoup plus radical que probable.
Chat modéré par Luc Vinogradoff |
29 mars, 2008
2-GEO/ECO, ASIE, COREE, MONDIALISATION, RISQUES, TOLERANCE
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Les 2 Corée(s):
La Corée du Nord:
Chef de l’état:Secrétaire général du Parti communiste : Kim Jong Il (depuis 1997)-Régime politique:République populaire (dictature communiste)-Capitale:Pyongyang-Superficie:120 538 Km2-Population:22 912 000 hab. ( en 2005)-Densité de Pop.:190.08 hab./Km2-Monnaie Nationale:Won (KPW)-Cours en Euros:0.00452600 (au 30/03/2008).
La Corée du Sud

Chef de l’état:Président: Lee Myung -bak(depuis 2008)-Régime politique:République (démocratie)-Capitale:Séoul-Superficie:99 313 Km2-Population:48 294 000 hab. ( en 2005)-Densité de Pop.:486.28 hab./Km2-Monnaie Nationale:Won (KRW)-Cours en Euros:0.00064200 (au 29/03/2008)-Pnb:576,426 Milliard(s) de dollars-Indice de Développement Humain (rang mondial):0,901 (28) ( en 2003)
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Regain de tension dans la péninsule coréenne …
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| Parade militaire à Pyongyang |
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LE MONDE | 29.03.08
Bien que la signification des tirs d’essai de missiles à courte portée, effectués, vendredi 28 mars, en mer Jaune par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) soit minimisée à Séoul et à Tokyo, où les experts estiment qu’il s’agit d’un « exercice de routine », cette démonstration de force n’en témoigne pas moins d’un regain de tension dans la péninsule coréenne. Pyongyang réagit à un durcissement de la politique de Séoul à son égard. Jeudi 27 mars, dans un autre signe de mécontentement, le régime nord-coréen avait expulsé onze des treize fonctionnaires sud-coréens responsables de la zone industrielle de la ville frontalière de Kaesong (RPDC), symbole de la réconciliation Nord-Sud, où sont implantées une quarantaine de sociétés du Sud, employant 20 000 Nord-coréens.
C’est dans ce contexte que l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA a diffusé un communiqué du ministère des affaires étrangères mettant en garde contre les « graves conséquences sur la désactivation des installations atomiques » que pourrait entraîner le prolongement de l’impasse des négociations sur le nucléaire. En décembre 2007, dans le cadre de l’accord signé avec les Etats-Unis en février de la même année, la RPDC s’était engagée à désactiver ses installations nucléaires et à fournir la liste complète de ses programmes nucléaires en échange de la levée des sanctions américaines à son égard. Mais les pourparlers piétinent, Washington estimant que la liste des programmes nucléaires fournie par Pyongyang est incomplète. Le porte-parole de la Maison blanche a qualifié les tirs de missiles de « non constructifs ».
Le nouveau président sud-coréen, Lee Myung-bak, entend faire preuve de plus de fermeté à l’égard du Nord que ses prédécesseurs de centre gauche.
Il exige en retour de l’assistance fournie par le Sud des progrès en matière de dénucléarisation et de respect des droits de l’homme. A la veille d’élections législatives le 9 avril en Corée du Sud, M. Lee entend montrer à son électorat de droite qu’il tient ses engagements. En début de semaine, Séoul avait rappelé que la poursuite de l’assistance – hormis humanitaire – à la RPDC, ainsi que l’expansion de la zone de Kaesong dépendaient de progrès sur le dossier nucléaire.
M. Lee Myung-bak veut tenir la « dragée haute » à Pyongyang sur un autre dossier sensible : le respect des droits de l’homme. La Corée du Sud a voté, le 27 mars, une résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU condamnant les « violations graves, systématiques et généralisées » auxquelles se livre le régime. Jusqu’à présent, Séoul s’était abstenue – à deux exceptions près – de voter ces résolutions afin de ne pas risquer d’enrayer le processus de réconciliation.
Le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme en RPDC, Vitit Muntarbhorn, avait souligné, en octobre 2007, « l’attitude plus constructive » du régime en matière de respect des droits tout en appelant « à réformer le système carcéral et à en finir avec les violences contre les personnes ». Il n’a jamais été autorisé à se rendre en RPDC. Selon le département d’Etat américain, la Corée du Nord figure parmi les dix pays les plus répressifs du monde.
A la demande du président Lee, la Commission nationale des droits de l’homme sud-coréenne doit mener, pour la première fois, une enquête systématique sur la violation des libertés fondamentales en RPDC.
Philippe Pons
25 mars, 2008
2-GEO/ECO, AMERIQUES, ETATS-UNIS, MONDIALISATION, RISQUES
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CRISE FINANCIÈRE
Washington pourrait cautionner les prêts immobiliers:la FED y pense,Bush ne s’y résoud pas pour l’instant…
LE MONDE | 24.03.08
Pour éviter que l’éclatement de la bulle du crédit immobilier américain ne fasse s’effondrer le système bancaire, toutes les solutions sont envisagées, même les plus radicales. L’hypothèse qui circule aujourd’hui aux Etats-Unis, dans le cas où la situation deviendrait incontrôlable, est celle d’un rachat massif par le gouvernement des produits financiers basés sur les crédits immobiliers ou « mortgage backed securities » (MBS). L’Etat apporterait sa caution et cela permettrait de régler le problème, récurrent depuis l’été, du financement des établissements bancaires dont les bilans portent des actifs dont il est devenu impossible d’établir la valeur.
Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI) et professeur à Harvard, chiffre entre deux et trois mille milliards de dollars (jusqu’à deux milliards d’euros) le coût d’un tel rachat. Il estime que la perte serait d’au moins 500 milliards de dollars pour le contribuable américain. « On serait dans la même logique, mais à une tout autre échelle, que le renflouement et la liquidation des Caisses d’épargne américaines à la fin des années 1980 à la suite déjà d’une crise immobilière », explique M. Rogoff. Cela permettrait de donner une valeur aux crédits immobiliers et de chiffrer définitivement les pertes bancaires, ce qui rétablirait la confiance.
AFP/KAREN BLEIER
La Réserve fédérale
Le Financial Times révèle, dans son édition datée des 22 et 23 mars, que plusieurs banques centrales, dont la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne (BCE), ont commencé à évoquer ensemble la possibilité d’une telle opération. La Banque d’Angleterre a reconnu avoir des discussions avec ses homologues sur les moyens de « faire baisser la tension » sur les marchés financiers, mais dément avoir l’intention de solliciter le contribuable pour assumer les risques de crédits à la place des établissements financiers. La banque centrale ajoute qu’elle ne fait pas partie « de celles » qui « envisagent » l’achat de produits financiers contenant des prêts immobiliers.
Les réticences seraient encore plus grandes à Francfort du côté de la BCE qui se refuse à tout commentaire. L’idée fait surtout son chemin aux Etats-Unis, même si un porte-parole de la Fed a déclaré samedi que « la Réserve fédérale n’est pas engagée dans des discussions avec des banques centrales étrangères pour un rachat coordonné des MBS ». Elle ne rejette pas pour autant par principe toute intervention de cette nature qui peut, selon elle, être justifiée dans certains cas, mais seulement en dernier recours.
Le fait qu’une telle hypothèse soit évoquée illustre en tout cas la crainte des banques centrales de voir la situation leur échapper une semaine seulement après le sauvetage de la cinquième banque d’affaires américaine, Bear Stearns.
« Nous n’y sommes pas encore, mais nous approchons du troisième stade d’une crise financière quand la banque centrale a dépensé toutes ses munitions et ne parvient pas à restaurer l’équilibre. Il reste alors trois choix possibles : la dépression, l’inflation ou l’intervention publique », souligne J. Bradford Delong, professeur d’économie à l’université de Berkeley et ancien secrétaire adjoint au Trésor dans l’administration Clinton. « La dépression est impensable, l’inflation par la planche à billet est vraiment à éviter, il ne reste plus que l’intervention de l’Etat parce que la quantité d’actifs compromis est trop importante pour être absorbée par les intermédiaires financiers », ajoute-t-il.
La décision, sans précédent, de racheter et de cautionner les crédits immobiliers ne serait de toute façon pas du seul ressort des banques centrales mais avant tout des gouvernements. Elle supposerait un engagement massif des finances publiques et présenterait de sérieux risques politiques. Aujourd’hui, la Maison Blanche n’y est pas prête et le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, n’y serait pas favorable. Il faudrait justifier auprès de l’opinion l’utilisation d’argent public pour sauver des banques ayant pris des risques inconsidérés.
Pour le moment, la Fed et l’administration estiment que la situation n’est pas suffisamment dramatique pour en arriver là. La Réserve fédérale entend d’abord mesurer l’efficacité de ses fortes baisses de taux d’intérêts depuis six mois et des mesures de refinancements exceptionnelles pour les établissements financiers qu’elle a mises en place.
Eric Leser
Le JAPON pousse dans ce sens:« une injection de fonds publics est inévitable »« Les Etats-Unis devraient utiliser l’argent public pour venr en aide à leurs banques en détresse et calmer ainsi la crise financière mondiale », a affirmé le ministre japonais des services financiers, Yoshimi Watanabe, dans un entretien publié lundi 24 mars par le Financial Times. M. Watanabe a invité Washington à s’inspirer de l’exemple du Japon, dont le système bancaire avait été au bord de l’effondrement dans les années 1990 après l’éclatement d’une bulle spéculative immobilière, avant de se redresser grâce à un plan de sauvetage gouvernemental financé par le contribuable.« Il est essentiel de comprendre, à partir de la leçon du Japon, qu’une injection de fonds est inévitable » dans le secteur bancaire, a déclaré M. Watanabe au quotidien économique britannique. Il a reconnu qu’il est « très difficile pour le Japon de faire passer ce message à un gouvernement étranger », mais il a suggéré de formuler ce conseil dans le cadre des réunions des ministres des finances et banquiers centraux du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, Canada). – (AFP.)
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