FRANCE:pollution inquiétante des rivières…

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Des niveaux inquiétants de nitrates, pesticides, PCB et hydrocarbures

 http://medias.francetv.fr/bibl/url_images/2007/12/14/image_37475493.jpgLE MONDE | 19.03.08 
Les substances polluantes présentes dans les rivières se répartissent en deux catégories : macro et micropolluants. Parmi les premiers, qui ne présentent pas de danger majeur tant que leur concentration reste faible, on trouve :

- les matières azotées, au premier rang desquelles les nitrates, qui proviennent pour l’essentiel des engrais agricoles ;

- les matières organiques, rejetées par les collectivités ou les élevages ;

- le phosphore, issu notamment des activités domestiques et de l’agriculture.

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L’excès d’azote et de phosphore provoque l’eutrophisation des milieux aquatiques, qui se manifeste par la prolifération d’algues et la raréfaction de l’oxygène.

Selon les données de l’Institut français de l’environnement (IFEN), la situation s’est globalement améliorée au niveau des macropolluants depuis le début des années 1990, hormis les nitrates, pour lesquels plus de la moitié des points de contrôle des cours d’eau présentaient, en 2003, une qualité de moyenne à mauvaise.

Les micropolluants peuvent se révéler toxiques, même à faible dose. Les plus courants sont les pesticides, les métaux, les polychlorobiphényles (PCB ou pyralènes), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et des substances dites « émergentes », peu documentées et réglementées, telles que résidus médicamenteux, composés bromés, etc.

L’IFEN a publié, en décembre, un rapport indiquant qu’en 2005, « des pesticides ont été trouvés dans 91 % des points de mesure des cours d’eau » et que 36 % de ces points présentaient « une qualité moyenne à mauvaise ». Si la situation s’améliore pour les métaux, dont certains sont présents naturellement dans les eaux de surface, elle est qualifiée par l’IFEN de « très préoccupante » s’agissant des HAP, qui proviennent de la combustion de produits pétroliers. Ces hydrocarbures se retrouvent dans la quasi-totalité des points de contrôle, 93 % de ceux-ci ayant une qualité « moyenne à médiocre ».

 L'estuaire de la Loire à Paimboeuf pollué par une centaine de tonnes de fioul d'une raffinerie Total, le 18 mars 2008.AP/DAVID VINCENT

L’estuaire de la Loire à Paimboeuf pollué par une centaine de tonnes de fioul d’une raffinerie Total, le 18 03 08

Les PCB, qui sont désormais interdits, résultent d’une pollution historique d’origine industrielle qui s’est accumulée dans les sédiments des rivières. Une étude portant sur la période 2000-2005 a montré que 31 % des sites analysés étaient contaminés aux PCB.

Gilles van Kote

Problèmes énergétiques,problèmes écologiques:les déchets nucléaires aux ETATS-UNIS.

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Dans le Nevada, polémique autour du futur site de stockage des déchets nucléaires américains

-Reportage  réalisé en 2004  par France2:

Reportage de Gilles JACQUIER et Martine LAROCHE-JOUBERT    L'image “http://journalistes-reporters-dimages.france2.fr/IMG/jpg/USAnucleaire.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

à voir sur———)http://journalistes-reporters-dimages.france2.fr/player.php3?id_article=127&id_rubrique=54

-Article du MONDE | 19.03.08

YUCCA MOUNTAIN (NEVADA) ENVOYÉE SPÉCIALE

« Bien sûr, vous pouvez venir à Yucca Mountain, comme cela vous verrez à quel point c’est loin de tout », a dit d’emblée Allen Benson, le directeur des affaires extérieures de l’office chargé de la gestion des déchets radioactifs américains. Rendez-vous a donc été pris au bureau de l’office à Las Vegas, capitale économique du Nevada et capitale mondiale du jeu. Le futur site de stockage des déchets nucléaires américains se trouve à une heure et demie de route. La région a une vocation nucléaire : le site empiète sur l’ancienne zone d’essais atmosphériques et souterrains. Après le passage de plusieurs barrages de sécurité, Yucca Mountain, née il y douze millions d’années d’une éruption volcanique, apparaît. L’arête culmine à 1 507 m. Tout autour, la pierre est rousse et l’herbe jaune, nous sommes dans le désert

C’est ici que le gouvernement fédéral a décidé d’enfouir le combustible usagé généré par la centaine de centrales nucléaires américaines, qui fournissent 20 % de l’électricité du pays, et les déchets issus d’activités militaires. Certains produits de fission seront radioactifs pendant des millions d’années. « L’objectif est de les isoler de manière permanente, explique M. Benson. Il faut qu’après quelques centaines d’années, on puisse fermer le site et le laisser sans surveillance. » Que seront devenus alors les Etats-Unis ? Personne ne peut l’imaginer, « mais il faudra que les gens soient protégés », proclame M. Benson.Selon le département de l’énergie, Yucca Mountain a été choisie parce qu’elle est « éloignée et sûre ». Les déchets seront stockés dans 65 kilomètres de galeries, à 300 mètres sous terre, 300 mètres au-dessus de la nappe d’eau souterraine. Le contact entre l’eau et le combustible usé est à éviter absolument car l’élément liquide transporte les radionucléides. « Ici, il tombe 16 centimètres d’eau par an, l’essentiel s’évapore ou est absorbé par la végétation, poursuit M. Benson. De plus, l’eau qui s’infiltre n’est connectée à aucun lac, fleuve ou océan. » Les déchets seront stockés dans 11 000 cylindres en alliage de métaux, qui pourraient être recouverts d’une protection supplémentaire en titane. Le tout ne commencera pas à rouiller avant 80 000 ans, affirme le département de l’énergie..

Le site de Yucca Mountain, dans le Nevada, devait recevoir des déchets nucléaires américains.AVENTURIER PATRICK

Le site de Yucca Mountain, dans le Nevada
Les habitants du Nevada et leurs élus ont une autre vision. (…)Selon les opposants, si les critères techniques avaient été pris en compte, le site aurait été disqualifié. « On sait que l’eau se déplace à travers la roche, qui est pleine de failles et de fractures, affirme Judy Treichel, opposante historique au projet. Tout repose sur la solidité des protections de métal. Mais comment peut-on avoir l’assurance qu’elles résisteront aux échelles de temps considérées ? »

Depuis 1987, la population de l’agglomération de Las Vegas, dont le taux de croissance est le plus élevé des Etats-Unis, est passée de 700 000 à 2 millions d’habitants. Elle accueille 39 millions de visiteurs par an. Le maire a affirmé qu’il faudrait que les convois de combustible usagé lui roulent sur le corps pour traverser sa ville. Les Indiens Shoshone renforcent ce front. Selon eux, Yucca Mountain se trouve sur un territoire relevant de leur souveraineté.

Mais l’opposant le plus acharné est le sénateur du Nevada Harry Reid, devenu en 2006 le leader de la majorité démocrate au Sénat. « Las Vegas est en plein développement, un accident aurait des conséquences sanitaires et économiques considérables, commente-t-on au bureau du sénateur à Washington. En outre, il est trop risqué de transporter la substance la plus dangereuse connue sur terre sur les voies ferrées et les routes du pays. »

« Notre sénateur est assez puissant pour leur couper chaque année leur budget », se félicite M. Frishman. En 2008, le budget de l’office s’élèvera à 386 millions de dollars (246 millions d’euros), contre 495 millions de dollars demandés, ce qui équivaut à 500 emplois en moins. Du coup, l’activité sur le site est au point mort. « Il y avait des centaines de personnes qui travaillaient ici, aujourd’hui, il n’y en a plus qu’une dizaine », se désole M. Benson. Le tunnel d’essai qui devait servir de porte d’entrée au site, terminé en 1987, n’est plus visitable : l’office n’a plus les moyens de payer l’éclairage ni la ventilation.

Du fait de la guérilla judiciaire et politique menée par les opposants, le retard s’accumule. Le site devait ouvrir en 1998. S’il franchit toutes les étapes, il ouvrira au mieux en 2020. Et le sujet ne sera pas clos. Car les déchets qui se sont accumulés sur le territoire américain depuis soixante ans suffiront à le remplir. Il faut d’ores et déjà prévoir une extension.

La facture s’alourdit. Environ 11 milliards de dollars ont été dépensés jusqu’à présent. Les producteurs d’énergie, qui abondent le budget de l’office et sont contraints de stocker les déchets dans 121 sites de production, réclament des indemnisations devant les tribunaux. L’Etat fédéral leur a déjà payé 300 millions de dollars.

L’élection présidentielle de novembre pourrait décider du sort de Yucca Mountain. Les démocrates Barack Obama et Hillary Clinton ont tous deux affirmé qu’ils remettraient en cause le projet s’ils étaient élus, tandis que le candidat républicain John McCain le soutient. (…)

Gaëlle Dupont

POLLUTION: le Pacifique,une poubelle ?

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Voyage dans la poubelle du Pacifique

 > Le phénomène météorologique qui explique cet amoncellement d’ordures s’appelle le North Pacific Gyre (wikibio, en anglais). Il s’agit d’un tourbillon de 34 millions de km2 formé par la plupart des courants océaniques du nord du Pacifique. Voir le plan (ci-dessous) de la Great Pacific Garbage Patch (réalisé par Greenpeace).

Plan du GPGP

…la suite sur——–) http://desourcesure.com/dss/2007/10/lile_du_pacifique_est_une_ordu.php

LE MONDE | 18.03.08

Charles Moore (…)à bord d’un catamaran baptisé Alguita(…) chasse obstinément une proie singulière, le plastique échoué dans l’océan. Et il en trouve de toutes sortes, de toutes tailles, de toutes origines. « Mes préférés, ce sont les poignées de parapluie », sourit-il.

Il y a aussi un gros paquet de brosses à dents, des stylos, des bidons déformés par les morsures des requins. Un ballon en forme de coeur. Des casques de chantier. « Celui-là est russe, l’inscription est en cyrillique, observe Charles Moore. Cet autre a l’air asiatique. » Mais les objets identifiables ne sont pas l’essentiel, car aucun ne reste entier très longtemps, ballotté par les courants. La plus grande part de la récolte est moins spectaculaire, mais plus préoccupante.Ce sont des particules moins grosses qu’un grain de sable, qui résultent de la dégradation des objets. Les granulés qui servent de matière première à l’industrie plastique sont également légion. Charles Moore vient tout juste de décharger de l’Alguita une cinquantaine d’échantillons de cette « soupe de plastique », collectée au large en février. « L’océan est en train de se remplir de déchets », soupire-t-il en agitant un des bocaux de verre(…)

 Son intérêt pour le plastique découle d’un hasard. En 1997, au retour d’une course à la voile qui l’a emmené de Los Angeles à Honolulu, le navigateur décide de prendre une route habituellement évitée par les marins, car elle traverse une zone de hautes pressions, sans vent, où les courants s’enroulent dans le sens des aiguilles d’une montre : la gyre du pacifique nord. « Jour après jour, je ne voyais pas de dauphin, pas de baleine, pas de poisson, je ne voyais que du plastique », se souvient-il. Charles Moore se passionne pour cet endroit perdu. Il crée une fondation financée par des donateurs privés et, avec l’aide de scientifiques spécialistes de la pollution de l’eau, met au point une méthode de quantification des déchets, avant de retourner dans la zone. Les premiers résultats sont publiés dans le Marine Pollution Bulletin en 2001. L’équipe dénombre 334 271 fragments de plastique par km2 en moyenne (jusqu’à 969 777/km2 au maximum) pour un poids moyen de 5 kg/km2. La masse de plastique est six fois plus élevée que la masse de plancton prélevée. La gyre piège les particules.

L’endroit où les prélèvements ont été effectués, aussi grand que le Texas, est baptisé Eastern Garbage Patch, la « poubelle de l’est » du Pacifique. Quelle est la superficie totale de cette « poubelle » ? « Nous ne le savons pas, répond Charles Moore. L’eau est toujours en mouvement, la pollution est donc très difficile à mesurer. J’ai parcouru 150 000 kilomètres à bord de l’Alguita dans le Pacifique nord, et j’ai trouvé du plastique partout. »

Le dernier voyage de l’Alguita laisse augurer une aggravation. « C’était vraiment choquant de voir qu’à chaque prélèvement nous remontions systématiquement du plastique », observe Jeffery Ernst, 22 ans, tout juste diplômé de biologie marine, embarqué volontaire(…)

 L’impact de cette pollution est aujourd’hui « sous-estimé ». Quelque 245 millions de tonnes de plastique ont été produites dans le monde en 2006. Une partie, difficile à quantifier, aboutit à l’océan. La matière, très légère, est transportée par le vent, mais surtout par les fleuves et les systèmes d’évacuation des eaux urbaines. Sans oublier les déchets abandonnés sur les plages. Environ 80 % du plastique retrouvé en mer vient de terre. Seuls 20 % sont issus des navires.
Ordures
> Photo d’un tas de plastiques échoués sur la rivière de Los Angeles (tirée de theiff.org).

Le plastique a beaucoup de qualités. Il est peu cher, pratique et très résistant. Trop résistant, justement, quand il échappe aux circuits de collecte et de destruction des déchets. Il semble indestructible dans la nature. « Personne ne sait combien de temps il met à disparaître complètement(…) Il peut se fragmenter au point de se transformer en poudre, mais il est toujours là. Aucun micro-organisme n’est capable de le dégrader complètement. Tout le plastique qui s’est échappé dans l’environnement depuis qu’on en fabrique y est encore. »

Impossible de nettoyer l’océan(…) La seule solution(…) est de développer le plastique recyclable, biodégradable, aujourd’hui très minoritaire, et de changer nos habitudes. « Nous devrions réserver le plastique aux objets dont nous voulons vraiment qu’ils durent. »

(extrait artcle Gaëlle Dupont)

MONDIALISATION financière: »Très, très grave pour tour le monde…. »:vers un krack à la 1929 ?

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Daniel Cohen :  » le système ne pourra pas s’en tirer seul … « 

LE MONDE | 18.03.08

Pourquoi assiste-t-on à une aggravation de la crise financière depuis deuxjours ? La cause immédiate en est le rachat par JPMorgan de la banque d’affaires Bear Stearns quasiment pour un « franc symbolique ». Personne n’imaginait que la situation était (aussi)grave (…et)cela met en lumière le fait que la Réserve fédérale américaine [Fed] n’a pas les outils adaptés pour faire face.

L'entrée du siège social de la banque Bear Stearns à New York.Getty Images

Après avoir été renflouée d’urgence, la banque d’investissement Bear Stearns a été rachetée par sa concurrente JP Morgan Chase pour environ 236 millions de dollars afin d’éviter sa faillite.

La crise s’est installée en trois temps.

1 (…)tout le monde a cru que l’affaire « américains » avait déclenché une crise de liquidité.

2(…) derrière les notes « triple A » des agences de notation, on a découvert des actifs vraiment insolvables et des maquillages qui représentent autant d’escroqueries morales et financières(..L)es dégâts sont passés à 200 ou 300 milliards de dollars [127 ou 190 milliards d'euros] dans les comptes des établissements ayant acheté ces « subprimes ». La crise est devenue une crise de solvabilité.

3(.. ).l’ensemble du marché hypothécaire américain est maintenant touché, car les prêts à risque ne sont plus les seuls concernés:sous l’effet de la baisse des taux, les actifs avaient pris de la valeur et généré des plus-values immobilières, déclenchant un phénomène de bulle et de richesse qui poussait la consommation.Désormais le système américain fonctionne en sens inverse, c’est-à-dire que les ménages constatent que leur dette excède le prix de leur maison; ils rendent les clés à leur banque et stoppent leurs remboursements. Et le château de cartes s’effondre.

Une aversion au risque s’installe. Les banques ne se font plus confiance entre elles. Le coût du financement se durcit, parce que le crédit devient plus difficile à obtenir et non parce que les taux augmentent. La défiance engendre la défiance et le système financier s’installe dans un cercle vicieux.

Pourquoi les banques centrales ne sont-elles pas parvenues à l’éviter ?

Dans la phase un de la crise, elles ont injecté des liquidités. Dans la phase deux, la Fed a baissé ses taux, ce qui permet une recapitalisation des établissements, mais trop lente.

Voici que, comme lors de la crise de 1929, la Fed ressort des instruments non bancaires et s’autorise même à prendre en pension des actifs risqués!

Le patron de la Fed, la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke.

En fait, la bonne solution consisterait à faire ce que l’on a fait en France avec le Crédit lyonnais. On a séparé le bon grain de l’ivraie, les vrais actifs des insolvables, avant de recapitaliser.

Mais il est inconcevable de recapitaliser la totalité du système financier malade : cela nécessiterait des sommes considérables.

Quelle thérapeutique serait efficace ?

Restaurer la solvabilité des ménages est inadapté et les banques centrales font la preuve qu’elles n’ont pas les moyens de traiter le problème(…Il faut que le G7 ait le culot de créer un fond public de réserve pour se porter au secours des établissements en difficulté.

Sinon, il faudra reconnaître que les seuls sauveurs possibles sont les fonds souverains et qu’on est passé à une nouvelle étape de la mondialisation qui ne concerne plus la libéralisation du textile par exemple, mais la libéralisation des liquidités. S’interdire de réfléchir à ces solutions atypiques conduirait à laisser la crise s’aggraver, car le système ne pourra s’en tirer seul.

A quelles réformes les banques doivent-elles s’astreindre pour éviter la répétition de cette crise ?

On savait depuis la crise de 1929 qu’il n’était pas une bonne chose que les banques d’affaires soient mariées avec les banques de dépôt. Les aléas des investissements à risque peuvent polluer les prêts aux entreprises et aux particuliers. N’est-il pas paradoxal de vivre aujourd’hui une crise financière, alors que l’économie réelle mondiale est en bonne santé ? Il faut donc sauver le système financier contre lui-même et revenir à une séparation entre banques d’affaires et banques de dépôt.

La possible baisse des taux de la Fed vous semble-t-elle inutile ?

Elle laisse entière la menace de stagflation qui pèse sur l’économie américaine. Car l’inflation par les cours des matières premières semble devoir se poursuivre, alors que le refroidissement est à l’œuvre.

Normalement, le ralentissement de l’économie des Etats-Unis devrait faire baisser ces produits de base. Si tel n’était pas le cas, cela prouverait que la banque centrale a perdu sa crédibilité auprès des marchés, et ce serait vraiment très, très grave pour tour le monde.

(extraits des propos recueillis par Alain Faujas)

LIBERATION

 La chute de la banque d’affaires Bear Stearns

Elle est intervenue en fin de semaine dernière, est un événement spectaculaire. Qu’on en juge : au milieu de la semaine, la banque disposait de 17 milliards de dollars de liquidités. Vendredi soir, elle n’avait plus un sou. Dix-sept milliards de dollars perdus en 48 heures (et même moins, en considérant que les marchés ont des heures de fermeture) ; cela représente 35 millions de dollars par heure, près de 6 millions par minute ; soit environ 100 000 dollars de pertes par seconde. De tels chiffres donnent le vertige, même lorsqu’on est habitué aux montants astronomiques de la finance moderne. Que s’est-il passé?

Bear Stearns a tout simplement été victime du pire accident possible pour une banque : un «bank run». Ce mécanisme est plutôt connu pour les banques de dépôt. Il faut savoir que les banques ne disposent pas, sous forme de liquidités, de la totalité de l’argent que leurs clients leur ont prêté : les contreparties des dépôts sont des titres acquis par la banque, ou des crédits accordés. C’est la nature même du métier bancaire : collecter de l’argent, en le rémunérant, et le prêter, en gagnant de l’argent sur la différence entre le rendement perçu et le rendement versé. Bear Stearns était une banque d’affaires, ce qui signifie qu’elle ne collectait pas d’argent sous forme de dépôts, mais sous forme d’émission de titres; le principe général reste le même.

Supposez maintenant que les clients de la banque, qui lui ont prêté de l’argent, s’inquiètent de la capacité de celle-ci à les rembourser, suite à des inquiétudes sur les crédits accordés ou les titres détenus par celle-ci; certains vont alors, par anticipation, chercher à retirer leur argent, réduire leur créance envers la banque, contre liquidités. Dans le cas d’une banque de dépôt, cela prend la forme d’un grand nombre de déposants faisant la queue au guichet pour vider leur compte. La banque se trouve donc dans l’obligation de verser des liquidités à ses clients. Mais, on l’a dit, l’essentiel de ses actifs est composé de crédits accordés ou de titres. Il lui est donc nécessaire de trouver des acheteurs pour les titres qu’elle détient (en pratique, d’autres banques ou organismes financiers disposés à lui prêter temporairement de l’argent, en recevant des titres en échange).

Mais c’est là que la mécanique peut devenir très dangereuse. Si au départ, la raison pour laquelle les clients de la banque ont retiré leur argent est une inquiétude sur la nature de ses actifs, cela signifie que la banque va avoir des difficultés à trouver à revendre ceux-ci (parce que tout le monde est inquiet sur ses actifs). Elle va donc être obligé de les brader, pour satisfaire la demande de liquidités de ses clients. En les bradant, elle en fait chuter la valeur, ce qui signifie que la valeur de ses actifs se dégrade encore plus; de ce fait, l’inquiétude des déposants s’accroît, et encore plus d’entre eux viennent retirer leur argent. Le mécanisme s’amplifie, fait boule de neige, et très rapidement, la banque ne peut même plus obtenir d’argent en vendant ses actifs, qui ne trouvent plus preneur. Elle est donc obligée de piocher dans ses réserves de liquidités pour payer ses clients; mais ses réserves de liquidités ne constituent qu’une part infime de ses engagements. Les clients doivent donc se ruer pour espérer être servis avant qu’il ne soit trop tard, précipitant encore le processus.

Ce mécanisme est bien connu : la banque britannique Northern Rock, en septembre dernier, en a fait les frais, et l’on a vu devant ses guichets des files d’attente de déposants venus récupérer leur argent, jusqu’à ce que le trésor britannique se décide à la nationaliser, prenant à son compte toutes ses dettes. Mais dans le cas de Bear Stearns, il a pris une ampleur inédite. C’est que lorsque le «bank run» prend la forme de clients faisant la queue au guichet, il y a un peu de temps disponible pour essayer de prendre des mesures pour rétablir la liquidité de la banque; dans le cas d’une banque d’affaires comme Bear, la fuite des clients s’est faite sous la forme très moderne de transactions électroniques, qui ne prennent que quelques secondes pour être effectuées. L’argent a filé à une vitesse qui dépasse l’entendement.

Quels sont les mécanismes permettant d’éviter un «bank run» ? Pour les banques de dépôt, il en existe un : la banque centrale. Si les banques ne trouvent plus d’acquéreur pour leurs titres, la banque centrale peut jouer le rôle de «prêteur en dernier ressort» qui, en contrepartie de certains des actifs de la banque en difficultés, lui prêtera de l’argent qu’elle peut créer en quantité illimitée. Evidemment, cette possibilité de sauvegarde a une contrepartie : la banque centrale va se montrer particulièrement exigeante sur les actifs qu’elle prendra en pension, et imposer des taux punitifs à la banque qui fait appel à elle pour se refinancer. Par ailleurs, les banques qui peuvent faire appel à la banque centrale font l’objet d’une règlementation plus stricte, les obligeant à constituer des réserves, à faire preuve de prudence.

Mais Bear Stearns est une banque d’affaires, ce qui signifie qu’elle ne peut pas faire appel à la banque centrale pour se refinancer en cas de besoin.

Le scénario a donc été le suivant. Tout a commencé, en fait, au milieu de l’année dernière, lorsque deux hedge funds créés par la banque ont connu des difficultés; Bear Stearns, une institution plutôt conservatrice — la banque avait été fondée en 1923, et avait résisté remarquablement bien à toutes les crises depuis 85 ans; au moment de l’affaire LTCM, elle avait pu se permettre d’être l’une des seules à ne pas participer au sauvetage du fonds — avait alors, pour préserver sa réputation, décidé de reprendre à son compte ces deux fonds pour rembourser leurs clients. Mais c’était un signe avant-coureur inquiétant : la banque, comme beaucoup d’autres, était un acteur important des marchés de «mortgage-based securities», un marché secondaire des crédits immobiliers, dans lequel on utilise les revenus issus de ces crédits pour fabriquer des obligations générant un revenu fixe, et à faible risque. L’idée est la suivante : il est possible qu’un certain nombre d’emprunteurs qui ont contracté un crédit immobilier fasse défaut. Si l’on met ensemble un nombre suffisant d’emprunteurs, en diversifiant leur origine, il est possible en cumulant un grand nombre de risques individuels de réduire le risque global, à condition d’être suffisamment diversifié. Des organismes de notation financière sont chargés ensuite d’évaluer le niveau de risque associé à ces produits.

Mais dans les circonstances actuelles de chute de l’immobilier, la diversification atteint ses limites; et de nombreux titres issus de crédit immobilier, malgré une note encore avantageuse, sont en réalité beaucoup plus risqués qu’on ne le croyait. C’est ce qui a conduit de nombreuses banques, depuis quelques mois, à constater des dépréciations de leurs actifs, Bear parmi beaucoup d’autres. Chacun cherche à savoir de combien il a été touché — quelle part de ses actifs seront sujets à des dépréciations, et dans un secteur financier dans lequel toutes les institutions sont interdépendantes, de combien les autres sont touchés.

Depuis quelques semaines, des rumeurs courent donc sur Bear Stearns, comme sur quelques autres banques. Au point que la banque centrale américaine, pour prévenir les risques, a mis en place des dispositifs permettant aux banques d’échanger certains de leurs actifs «toxiques» contre des titres du trésor américain, afin de réduire leurs risques. Ce mécanisme, ironiquement, a largement contribué à la chute du fonds Carlyle, en incitant les institutions financières qui lui avaient prêté de l’argent à saisir ses actifs pour bénéficier de cette «fenêtre d’échange». Mais Bear était l’un des clients de Carlyle, et le mécanisme d’échange d’actifs n’interviendra que dans un mois : trop tard.

Au début de la semaine, le président de Bear Stearns a fait une déclaration indiquant que «contrairement aux rumeurs, Bear Stearns n’avait pas de problèmes de liquidité». Dans les circonstances actuelles, un tel déni a été interprété comme un aveu, et la machine infernale du bank run s’est mise en place, avec la vitesse que donnent les technologies modernes. En catastrophe, la Fed a mis en place la possibilité, via la banque JP Morgan, pour Bear d’échanger ses  actifs contre des liquidités : Bear Stearns confie des actifs à Morgan, qui elle peut se refinancer auprès de la Fed. Morgan échange donc ces actifs contre des liquidités, qu’elle prête à Bear Stearns. Et cela n’a pas suffi. En deux jours, Bear a vu partir ses clients et a perdu toutes ses liquidités. Vendredi, après l’annonce de l’aide de JP Morgan, l’action de la banque (qui était déjà descendue à 60 dollars, après avoir été cotée à 170 il y a deux ans) a perdu la moitié de sa valeur en une vingtaine de minutes. Et dimanche, J.P. Morgan a annoncé qu’elle allait la racheter, au prix de deux dollars par action : c’était cela ou la mise en faillite dès lundi. Pour les 15 000 salariés de la banque, dont beaucoup sont actionnaires de celle-ci, c’est l’incertitude, la crainte de perdre leur emploi (JP Morgan va probablement massivement restructurer l’ensemble, et ne conserver qu’une petite fraction de l’ancien personnel), et surtout, le choc.

Face à des circonstances aussi exceptionnelles, on a tendance à chercher des causes dans la nature de la banque. Bear Stearns était arrogante ; mais ce n’est pas particulièrement original à Wall Street. Bear était très engagée dans les marchés de « mortgage-based securities », et donc fragile; mais énormément de banques sont dans ce cas. Bear Stearns était méchante : ses dirigeants étaient plutôt proches des républicains; la banque avait contribué à l’essor du marché des «subprimes» et à la bulle immobilière. Elle avait dû prendre trop de risques, et en subir les conséquences. Un vieux fond de culture chrétienne nous fait toujours penser que lorsque l’on est puni, c’est que l’on a péché.

Mais Bear n’était ni meilleure ni plus mauvaise que les autres; elle a simplement été victime d’un accident de grande ampleur. La preuve en est que lundi, alors que toutes les banques chutaient en bourse, JP Morgan, acheteur de Bear Stearns pour une bouchée de pain (à ce prix, rien que l’immeuble servant de siège social à Bear vaut plus), voyait sa capitalisation boursière augmenter de 11 milliards de dollars… Soit exactement la valeur comptable des actifs de Bear Stearns, ces mêmes actifs que quelque jours plus tôt, personne ne voulait acheter pour refinancer la banque.

Et le vrai problème maintenant, c’est qu’il faut se demander qui est le prochain sur la liste. La quantité d’institutions financières faisant l’objet de rumeurs et d’inquiétudes est énorme, et l’inquiétude ne s’est pas calmée. Surtout, s’il était sans doute nécessaire d’éviter une faillite brutale de Bear Stearns qui aurait pu provoquer une cascade d’autres faillites d’institutions financières, la Fed a créé un précédent extrêmement dangereux.

 L'image “http://money.unblog.fr/files/2007/11/federalreserve.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.banque de la FED à New-York

 Supposez que vous souhaitiez acquérir les actifs d’une banque actuellement en difficulté à un prix modique : c’est très simple. Il vous suffit de faire courir quelques rumeurs sur la santé de celle-ci, et de vendre ostensiblement les actifs que cette banque détient. Et d’attendre que la mécanique s’enclenche. En vous débrouillant bien, vous pourrez récupérer non seulement les actifs de cette banque, mais en plus, ne garder que les bons, puisque la Fed a montré qu’elle était prête à reprendre à son compte des actifs « toxiques » plutôt que de laisser des grandes institutions financières s’effondrer. La Fed a évité une catastrophe cette fois-ci, mais c’était peut-être reculer pour mieux sauter. Sa décision, jointe à celle de baisser encore ses taux directeurs, la fait ressembler à ces personnages de dessins animés qui, à force d’essayer de colmater des brèches qui jaillissent de tous les côtés, finissent par être emportés par le flot.

Et le flot pourrait bien repartir. La liste des banques susceptibles de faire l’objet d’un bank run est impressionnante; Les comptes de Lehman Brothers ressemblent beaucoup à ceux de Bear Stearns, et cette banque a subi hier de fortes fluctuations. Mais en réalité, le coup peut frapper pratiquement n’importe qui, aux Etats-Unis ou en Europe. Par les temps qui courent, il est effroyablement facile de faire sauter une banque.

Alexandre Delaigue

ECOLOGIE:risques climatiques et niveau des océans.

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En stockant des masses d’eau,les barrages masqueraient  l’élévation du niveau des mers

LE MONDE | 14.03.08 

Effondrement des calottes polaires, fonte des glaciers d’altitude, dilatation thermique des océans, augmentation de la teneur atmosphérique en vapeur d’eau… Le nombre de paramètres connus qui influent sur l’élévation du niveau des mers est déjà important. Il faut en ajouter un autre, relativement inattendu. Des (…) chercheurs de Taïwan,(…) montrent que les barrages sont un élément important à prendre en compte.Ces grandes retenues auraient contribué à « masquer » 30 mm de montée des mers depuis le début des années 1960.(… Le )GIEC prévoit une augmentation du niveau des mers de 20 cm à 50 cm environ à la fin du siècle(…)

L’importance inattendue des barrages dans ce bilan devrait conduire à de nouvelles évaluations(..).  « Ces travaux ne traitent cependant que de la contribution des réservoirs artificiels, or il y a aussi un effet des réservoirs naturels », (dit un) chercheur.Ces réservoirs (lacs, nappes phréatiques, etc.), et surtout leur évolution, jouent un rôle dans le processus d’élévation du niveau des mers, mais leur contribution demeure méconnue. On suppose parfois que leur évolution contrebalance, peu ou prou, celle des retenues artificielles. Du coup, il peut être trompeur d’ajouter directement 30 mm à la courbe d’élévation du niveau des mers, comme le font les auteurs.

Les derniers grands projets de barrages sont achevés. L’essentiel des sites a été exploité entre les années 1960 et les années 1990. En toute logique, si les auteurs n’ont pas fait fausse route, on devrait assister, dans les prochaines années, à une accélération de l’élévation du niveau des mers. Mais les mesures peuvent toujours réserver des surprises.

(extraits article Stéphane Foucart)

JAPON:EFFET DE SERRE ET MONDIALISATION.

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Au Japon, la lutte contre l’effet de serre se heurte aux résistances des industriels

LE MONDE | 14.03.08  TOKYO

 La réunion du G20, les vingt principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre, se déroule du 14 au 16 mars à Chiba, près de Tokyo. Elle intervient au moment où le Japon tente de s’imposer comme leader de la lutte contre le réchauffement climatique, en proposant une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

Or le pays peine à se doter d’une véritable politique environnementale, dont la priorité est aujourd’hui de respecter les engagements du protocole de Kyoto. Le Japon doit réduire de 6 %, d’ici à 2012, ses émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport aux niveaux de 1990. Au terme de l’année 2006, elles étaient de 6,4 % supérieures à celles de 1990. L’industrie a réduit de 3 % ses dégagements de GES. Mais les transports et les foyers ont vu les leurs progresser de 18 % et 38 %.Quelques mesures ont été prises, comme l’obligation de réduire de 20 % la consommation d’électricité des climatiseurs et des réfrigérateurs d’ici à 2010. Les constructeurs automobiles qui investissent dans les technologies hybrides reçoivent des subventions, ainsi que les sociétés gazières qui promeuvent les piles à combustible domestiques. Cela n’étant pas suffisant, le gouvernement a décidé, en 2007, de recourir à l’achat de droits d’émissions.

En novembre, le Japon en a acheté à la Hongrie pour 126 millions d’euros. Le Nippon Keidanren, le patronat japonais, incite également ses membres à en acquérir. La question de la création d’un marché japonais des droits d’émissions est évoquée. « Il faut donner un prix au CO2, estime Mutsuyoshi Nishimura, conseiller spécial du gouvernement. Tous les chercheurs et économistes reconnaissent l’utilité d’un tel système pour réduire les émissions. »

Cette question devrait être abordée par la commission mise en place le 5 mars par le premier ministre, Yasuo Fukuda, pour réfléchir au changement climatique. Mais deux de ses principaux membres, les PDG du sidérurgiste Nippon Steel et de la compagnie d’électricité Tepco, sont connus pour y être très hostiles. Leurs positions reflètent celles du Keidanren, qui considère qu’un tel marché ne fait « qu’imposer des contraintes aux entreprises qui se développent tout en assurant des ressources aux groupes en déclin ».

Affichant d'ambitieux projets de réduction des émissions de gaz carbonique en 2050, le Japon a du mal à atteindre ceux fixés pour 2012 - ici, une usine près du mont Fujisan. D.R.usine près du mont Fujisan.

Le patronat japonais juge que la fixation d’obligations de réductions, comme le fait le protocole de Kyoto, n’est pas juste. Il plaide pour un partage équitable des contraintes, une position reprise par le gouvernement nippon, et notamment par M. Fukuda dans son intervention au Forum économique de Davos.Ces choix, comme l’ensemble de la politique environnementale japonaise, sont considérés comme « manquant de courage » et reflétant « une soumission aux exigences des entreprises » par Jun Hoshikawa, directeur exécutif de Greenpeace Japan. Selon lui, « le Japon bénéficie des technologies les plus avancées, mais ne s’est jamais doté d’un cadre institutionnel permettant de les utiliser à bon escient ».

Cette absence de vision limite le développement de projets alternatifs. L’une des priorités pour réduire les émissions de CO2 reste une hausse de la part du nucléaire de 30 % à 40 % de la production d’électricité, une politique qui élude les questions des risques et du devenir des déchets, dont 12 000 tonnes ont déjà été accumulées. L’autre priorité est le projet d’utilisation « propre » du charbon, complétée par l’enfouissement du CO2.

Le Japon, qui bénéficie encore du taux d’efficacité énergétique le plus élevé du monde, perd certaines positions dominantes. En 2004, le gouvernement a stoppé les aides aux particuliers qui se dotaient d’un équipement à l’énergie solaire, abandonnant à l’Allemagne le premier rôle sur cette technologie. Tout cela fait dire à Yoshiaki Tomiyama, du Conseil mondial de l’énergie, que, concernant les questions environnementales, « le Japon a pris aujourd’hui du retard sur l’Union européenne ».

Philippe Mesmer

MONDIALISATION,ECOLOGIE, BIOCARBURANTS:le retour de la FAIM ?

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Agrocarburants et risques de pénuries alimentaires.

LE MONDE | 12.03.08

Le recul de la faim dans le monde est-il menacé par la conversion des terres au profit des agrocarburants ? (…)

« Le changement d’orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire.l(…L)e litre d’huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant »
, a alerté la patronne du Programme alimentaire mondial (PAM)(…)

 

Pour assurer le minimum vital aux 73 millions de personnes qui relèvent de ses programmes d’assistance, elle devra débourser, en 2008, au moins 30 % de plus que l’an passé, soit 500 millions de dollars supplémentaires(…)

(…T)ous les pays à faible revenu dont la sécurité alimentaire est fortement dépendante des importations(ont vu ,e)n 2007, la facture en céréales (…)la base de l’alimentation (…) alourdie de 35 %, pour la deuxième année consécutive.

Devant l’envolée des prix, beaucoup de pays y compris parmi les traditionnels exportateurs se sont vu contraints de réagir.L’Afrique du Sud a augmenté les allocations versées aux plus pauvres, le Maroc a réduit comme jamais les taxes à l’importation sur les céréales, l’Inde les a supprimées, la Chine a, à l’inverse, introduit depuis le 1er janvier des taxes à l’exportation sur le blé, le maïs et le soja pour limiter les pénuries sur son marché domestique, la Russie, le Kazakhstan, ont introduit des mesures similaires…

La faute aux agrocarburants ?

Dans le cas du maïs certainement. Sur les 100 millions de tonnes de céréales destinées à la fabrication de combustible alternatif, 95 millions proviennent du maïs, dont les cours épousent fidèlement depuis plus d’un an, l’ascension du prix du baril de pétrole

  

 Etats-Unis  

Pour le colza, qui en Europe est un des gagnants de la nouvelle politique énergétique, le procès aussi peut-être mené.

Réservoirs d'éthanol issu de la sucrerie-distillerie de Arcis-sur-Aube et destiné à la conception d'un carburant, le E85 (85% d'éthanol pour 15% d'essence).  AFP/FRANCOIS NASCIMBENI

Réservoirs d’éthanol issu d’Arcis-sur-Aube  pour carburant E85 (85% d’éthanol pour 15% d’essence).

En revanche, les agrocarburants ne peuvent être jugés coupables de l’envolée spectaculaire des prix du blé depuis l’été+80 %.« Aux Etats-Unis, les agriculteurs commencent à convertir leurs champs de blé en maïs. En Europe(il y a) d’autres facteurs »(…):l’OCDE rappelle une série de mauvaises récoltes, l’augmentation de la population mondiale et l’évolution (…) en Chine et en Inde où l’amélioration du niveau de vie stimule la consommation de viandes, de produits laitiers et, par ricochet, les besoins en alimentation animale.

Le niveau des stocks, au plus bas depuis vingt ans, et (…l)es spéculateurs misant sur une hausse durable des marchés agricoles, pèsent aussi sur les prix. « Agrocarburants ou pas(…d)‘ici à 2030, (…)une augmentation de 50 % de la production alimentaire sera nécessaire pour répondre à la croissance démographique.

(…E)st-il alors raisonnable de planifier une expansion à grande échelle des agrocarburants ? Une cinquantaine de pays ont adopté des dispositifs d’incitation (…) D’ici à 2020, l’Union européenne souhaite assurer 10 % de ses besoins en combustibles pour le transport routier grâce aux agrocarburants. Les Etats-Unis misent sur 5 % d’ici à 2012, la Chine 15 % d’ici à 2010(…)

L(…)es agrocarburants ouvre de nouveaux débouchés pour les pays du Sud ,(…) pour améliorer les revenus de leurs paysans. Le Sénégal vient de créer un ministère spécialement consacré aux biocarburants alors qu’il est par ailleurs en déficit chronique sur le plan alimentaire. « Les pays les plus pauvres subissent de plein fouet le choc pétrolier. Le développement d’une filière énergétique à partir de la biomasse peut leur permettre d’assurer à moindre coût une partie de leurs besoins. 1,6 milliard de personnes n’ont pas encore accès à l’électricité dans le monde », défend Alexander Mueller, de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 5…Mais) l’essor des agrocarburants ne peut se poursuivre sans un débat préalable sur la sécurité alimentaire.

Manque de terre, sauf à se lancer dans une course effrénée à la déforestation – ce qui irait à l’encontre de la lutte contre le changement climatique –, plafonnement des rendements dans les grandes zones d’agriculture intensive :( voilà )les risques (…)d’une compétition généralisée entre les cultures alimentaires et énergétiques(…)

(extraits article Laurence Caramel)

OGM et RISQUES:le cas MONSANTO

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Monsanto, la semence à scandales

Reuters

GUILLAUME LAUNAY

QUOTIDIEN : mardi 11 mars 2008

Marie-Monique Robin : journaliste, réalisatrice free lance et «fille de paysan», prix Albert Londres 1995 pour le documentaire Voleurs d’yeux, Marie-Monique Robin est aussi, entre autres, l’auteure d’Escadrons de la mort : l’école française et des Pirates du vivant 

 

«Franchement, on aurait dû faire plus de tests, mais les entreprises agro-industrielles ne voulaient pas, parce qu’elles avaient fait de gros investissements pour développer ces produits. J’ai subi beaucoup de pressions pour ne pas être trop exigeant. La seule fois où j’ai osé en parler pendant le mandat de Clinton, je me suis fait taper sur les doigts, par l’industrie, mais aussi par les gens du gouvernement.»

«Pratiques». L’homme qui parle à la journaliste Marie-Monique Robin n’est pas un militant anti-OGM. Il s’appelle Dan Glickman et fut le secrétaire à l’Agriculture de Bill Clinton. C’est un des témoins de l’enquête le Monde selon Monsanto , diffusée ce soir sur Arte et qui fait aussi l’objet d’un livre .

«L’idée était de raconter l’histoire de la multinationale et de chercher à comprendre dans quelle mesure son passé éclaire ses pratiques actuelles , écrit Marie-Monique Robin. Il n’est pas simple d’opposer la vérité des faits à celle de Monsanto.» Monsanto, objet de tous les fantasmes. Le leader mondial des OGM n’a cessé d’être agité comme un épouvantail en France ces derniers temps, à l’occasion du Grenelle puis du débat au Sénat sur la loi OGM. La société de Saint Louis (Missouri) vend ses semences et ses herbicides dans le monde entier. Souvent, les mêmes accusations reviennent. Marie-Monique Robin a voulu «en avoir le cœur net», en confrontant le discours de la firme à la réalité.

Sa première démarche a été de fouiller… sur Internet. «Tout est là, raconte-t-elle. Il suffit d’aller chercher les documents et de les relier entre eux.» C’est un des premiers points forts de ce travail : restituer l’histoire et les méthodes de la firme agrochimique à travers des documents déclassifiés, des rapports, des jugements…

Deuxième étape, l’enquête sur place. Marie-Monique Robin s’est rendue aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Inde, en Norvège, en France… A fait parler des témoins critiques vis-à-vis de Monsanto – scientifiques, avocats, défenseurs des consommateurs, paysans – soulignant que, même aux Etats-Unis, les voix dissonantes sont plus nombreuses qu’on ne le dit. Mais elle a aussi rencontré des «pro-Monsanto» – agriculteurs, ministres, membres des administrations américaines (dont la Food and Drug Administration, l’agence de sécurité sanitaire américaine). Le résultat est un documentaire passionnant, très riche, et qui fait parfois froid dans le dos. Les dirigeants de Monsanto n’ont pas souhaité s’exprimer face à la caméra de Marie-Monique Robin.

«Omelette». «Je ne suis pas un adepte de la théorie du complot, écrit Nicolas Hulot dans la préface du livre. Je ne crois pas que l’action des entreprises soit systématiquement machiavélique. On me dira que les risques inhérents au progrès scientifique impliquent qu’il faille casser des œufs pour réussir l’omelette. Mais [...] où est l’omelette ? Derrière la posture de bienfaiteur de l’humanité que revendique l’entreprise[...], le bilan est accablant.»

Toxicité sous silence
Monsanto, au départ, est une entreprise de chimie. Créée en 1901, la firme rachète en 1935 une société qui, à Anniston (Alabama), fabrique des PCB. Ces dérivés chimiques chlorés serviront pendant cinquante ans de liquide réfrigérant dans les transformateurs électriques avant d’être interdits du fait de leur haute toxicité, notamment en cas d’exposition chronique.

A Anniston, plus de 300 000 tonnes de PCB ont été fabriquées entre 1929 et 1971. Sur ce total, 810 tonnes ont été déversées dans des canalisations et 32 000 tonnes de déchets contaminés ont été déposées dans une décharge à ciel ouvert, au cœur de la ville, d’après un rapport de l’agence américaine de l’environnement cité dans le livre. «Ce qui est vertigineux, écrit MarieMonique Robin, c’est que Monsanto savait que les PCB représentaient un risque grave pour la santé dès 1937. Mais la société a fait comme si de rien n’était jusqu’à l’interdiction définitive des produits en 1977.»

En effet, au milieu des années 90, alors que se monte une action collective en justice, un avocat obtient l’accès à 500 000 pages de documents secrets. Qui montrent que, dès 1937, «les effets toxiques» liés à l’exposition aux vapeurs sont connus des dirigeants.

Les 3 516 plaignants, victimes de cancers ou de retards de développement, obtiendront 700 millions de dollars de dommages et intérêts. La partie occidentale de la ville, peuplée majoritairement de Noirs, est devenue une ville fantôme.

Publicité mensongère
Le 26 janvier 2007, Monsanto est condamné par un tribunal de Lyon pour publicité mensongère. En cause, son produit phare, le Roundup, herbicide le plus vendu au monde. Dans les spots télés diffusés en France en 2000, il était qualifié de «biodégradable».

«Plus gênant encore pour Monsanto, qui a fait appel, écrit Marie-Monique Robin, la justice française a considéré que l’industriel savait « préalablement à la diffusion des messages publicitaires litigieux que les produits visés présentaient un caractère écotoxique ».» Aux Etats-Unis, dès la fin des années 90, le ministère de la Justice avait interdit à Monsanto de proclamer que son herbicide est «biodégradable, bon pour l’environnement, non toxique, inoffensif».

A l’automne 2006, Marie-Monique Robin a rencontré le professeur Bellé, qui a mené en France une étude sur l’impact des herbicides sur la division cellulaire au début des années 2000. «L’ironie de l’histoire, raconte-t-il, c’est que nous avions décidé de prendre le Roundup comme contrôle dans les expériences, car nous étions persuadés que ce produit était inoffensif. […] La très grosse surprise a été que cet herbicide nous donnait des effets bien plus importants que les produits que l’on testait. […] Nous nous sommes rendus compte que le Roundup affectait un point clé de la division des cellules. […] C’est pour ça que nous disons qu’il induit les premières étapes qui conduisent au cancer.» Ni Monsanto ni les autorités scientifiques françaises n’ont pris ces résultats en considération.

Réglementation sur mesure
C’est ce que Marie-Monique Robin appelle «l’incroyable tour de passe-passe du principe d’équivalence en substance». C’est ce principe qui justifie la façon dont les OGM sont évalués aujourd’hui. James Maryanski, coordinateur pour la biotechnologie de la Food and Drug Administration de 1985 à 2006, qui a supervisé la réglementation américaine, l’explique ainsi: «Les gènes qui sont introduits dans les plantes par la biotechnologie produisent des protéines très semblables à celles que nous avons consommées pendant des siècles. […] La mutation est très minime. Donc, en terme de sécurité, il n’y a pas de différence importante.»

Or, cet «à peu près» ne faisait pas du tout consensus au sein de la FDA. A propos du projet de réglementation, une scientifique de l’agence écrivait: «Le document essaie de forcer une conclusion selon laquelle il n’y a pas de différence. […] Les processus de manipulation génétique et de croisement traditionnel sont différents et, selon les experts de l’agence, ils conduisent à des risques différents.»

L’ouvrage pointe alors le système des «portes tournantes» («revolving doors»), listant le nombre de cadres passés de la Maison Blanche, du Congrès ou des agences environnementales vers Monsanto, et vice-versa, depuis vingt ans.

Critiques au placard
Au fil du documentaire se dessine une liste de scientifiques qui ont vu leur carrière compromise pour avoir émis des doutes sur les produits de la firme de Saint Louis. Ainsi le Dr Burroughs, qui avait alerté sur l’hormone de croissance bovine : «C’est encore aujourd’hui très difficile pour moi d’admettre que j’ai été licencié de la célèbre FDA parce que je m’opposais à la mise sur le marché d’un produit que j’estimais dangereux ! C’était pourtant cela, ma mission», confie-t-il à la journaliste.

Ou encore le biochimiste Arpad Pusztai, qui a vu sa carrière ruinée pour avoir déclaré à la BBC : «En tant que scientifique qui travaille activement dans ce domaine, je considère qu’il n’est pas juste de prendre les citoyens britanniques pour des cobayes.» Pusztai avait mené au Rowett Institute d’Aberdeen (Ecosse) une étude officielle sur l’impact des OGM sur la santé. «Personne ne s’imaginait – moi le premier, qui était un ardent supporter de la biotechnologie – que nous allions trouver des problèmes.»

Et enfin le biologiste de Berkeley, Ignacio Chapela, victime d’une violente campagne de dénigrement pour avoir publié dans Nature une étude qui révélait que des échantillons de maïs traditionnel mexicain contenaient de l’ADN transgénique, alors que le Mexique avait déclaré un moratoire sur ces cultures.

La loi des brevets
C’est un drôle de bras de fer qui oppose l’Etat argentin à Monsanto. On ne peut pas dire que le pays a fermé la porte aux OGM, bien au contraire. Mais c’est sur la question du brevet que l’affaire se crispe. «Monsanto n’a jamais pu faire breveter son gène en Argentine, parce que nos lois ne le permettent pas, raconte le secrétaire à l’Agriculture à Marie-Monique Robin en 2005. La compagnie avait donc accepté de renoncer à des royalties sur les semences […]. Aujourd’hui, Monsanto revient sur ses promesses en réclamant trois dollars par tonne de grain ou de farine de soja au départ des ports argentins.»

Aux Etats-Unis aussi, le brevetage a changé les règles. «Notre intérêt est de protéger notre propriété intellectuelle et nous n’avons pas à nous en excuser, a déclaré dans une interview le PDG de Monsanto. Il y a un gène qui appartient à Monsanto et il est illégal qu’un agriculteur prenne ce gène pour le recréer dans une deuxième récolte.»

La firme poursuit donc les «fraudeurs» et a créé un numéro vert pour dénoncer les contrevenants. «Les brevets ont bouleversé la vie dans les communautés rurales, témoignent deux fermiers de l’Indiana. Ils ont détruit la confiance qui régnait entre voisins. […] C’est impossible de se défendre contre cette firme.»

ECOLOGIE:réchauffement climatique ,des effets mondialisés?

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Le réchauffement climatique :une menace internationale , selon l’Union européenne.

LE MONDE | 11.03.08 

Le réchauffement de la planète ne constitue pas seulement un danger pour l’environnement, il met aussi en péril la sécurité internationale. Tel est ( l’avis de l’UE),(…):les changements climatiques représentent un « multiplicateur de menaces », qui « exacerbe les tendances, les tensions et l’instabilité existantes ». Aussi l’Union doit-elle se donner les moyens de répondre à ces risques en renforçant ses capacités « de recherche, d’analyse, de suivi et d’alerte rapide » et en améliorant ses outils de protection civile et de gestion de crises face aux catastrophes à venir.

(…P)lusieurs formes de menaces (existent,certaines liées à) la recrudescence prévisible des conflits sur l’accès aux ressources. « La pénurie d’eau, en particulier, est susceptible de provoquer des troubles civils et des pertes économiques substantielles, même dans les économies solides »(…), « les tensions liées à l’approvisionnement énergétique »,(… mais aussi) autour des ressources situées dans les régions polaires, rendues exploitables par le réchauffement.

Les régions côtières, où vit près d’un cinquième de la population mondiale, sont particulièrement menacées. « Les mégapoles, et leurs infrastructures de soutien, telles que les installations portuaires et les raffineries de pétrole, sont souvent implantées en bord de mer ou dans les deltas des rivières »( …):(or on craint une )élévation du niveau de la mer. De plus, « le recul des côtes et la submersion de vastes zones pourraient entraîner des pertes de territoires, et même la disparition de pays entiers ».

Autre conséquence (…):selon les Nations unies(…) on dénombrera d’ici à 2020 des millions de migrants environnementaux. « Ces migrations(…) pourraient se traduire par une augmentation du nombre de conflits dans les régions de transit et de destination. » (…):l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, étant voisines de l’Union européenne, celle-ci devrait connaître des pressions migratoires accrues.

Enfin, le réchauffement peut déstabiliser les Etats les plus fragiles, (…) favoriser la « radicalisation politique » (…),« attiser les ressentiments » entre les principaux responsables (…) et ceux qui seront les plus touchés.Cette « fracture potentielle »,(…) ne sera pas seulement une division Nord-Sud mais comportera une dimension Sud-Sud, avec la part croissante de la Chine et de l’Inde dans les émissions mondiales.

(extraits article Thomas Ferenczi)

ECOLOGIE:réchauffement de la planète: n’oubliez pas le méthane !

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L’importance du méthane comme gaz à e ffet de serre n’est pas assez prise en compte

le méthane !Les premières vaccinations contre la maladie de la langue bleue ont été autorisées par Michel Barnier, ministre de l'agriculture, le 5 mars 2008.

ce gaz est essentiellement émis par l’agriculture ,notamment par les ruminants…,

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…la décomposition des ordures ménagères et du lisier provenant de l’élevage…
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…et des fuites dans l’exploitation des combustibles fossiles.

LE MONDE | 05.03.08
N’oubliez pas le méthane ! Le combat contre le réchauffement de la planète ne se réduit pas au gaz carbonique, rappellent trois scientifiques dans le mensuel La Recherche de mars(…).

Plusieurs gaz ont, dans l’atmosphère, un effet de serre, c’est-à-dire la capacité d’absorber le rayonnement infrarouge émis par la Terre, et donc de la réchauffer. Il s’agit principalement du gaz carbonique (CO2), du méthane (CH4) et du protoxyde d’azote. Afin de trouver une unité commune mesurant le potentiel de réchauffement global (PRG) de chacun, le GIEC a calculé en 1995 l’équivalent en CO2 des autres gaz à effet de serre. Il a établi qu’une molécule de CH4 avait, un siècle après son émission, un pouvoir radiatif 25 fois plus élevé qu’une molécule de CO2.Ceci vaut pour un horizon de cent ans. Mais si le délai raccourcit, le PRG du méthane croît. En effet, CO2 et CH4 n’ont pas la même durée de résidence dans l’atmosphère. Ainsi, la durée efficace du méthane est d’une dizaine d’années, celle du gaz carbonique de plus d’un siècle. Cela signifie que le méthane exerce l’essentiel de son pouvoir calorifique dans les premières années suivant son émission, alors que celui du gaz carbonique sera réparti tout au long d’un siècle. Autrement dit, le potentiel de réchauffement du méthane est très élevé au début (une molécule de CH4 équivaut à 90 molécules de CO2 dix ans après son émission), fort au bout de quarante ans (49) et ne retrouve la valeur calculée par le GIEC (25) qu’au bout de cent ans.(…)

 Pourquoi est-ce important pour la politique climatique ? « En 1995, répond le directeur du LMD, on raisonnait à l’échéance de 2100. Nous raisonnons maintenant sur l’idée du franchissement possible d’un seuil de réchauffement de l’atmosphère de 2 oC vers 2050. (…)Or, à l’échéance de 2050, le PRG du méthane est de 49 fois celui du CO2 et non plus 25. Par conséquent, réduire les émissions de méthane peut avoir un effet deux fois plus important que ne le pensent généralement les décideurs.

Pourtant, l’effet du méthane est minoré quand il n’est pas purement oublié. (…Or) ce gaz est essentiellement émis par l’agriculture (notamment par les ruminants), la décomposition des ordures ménagères et du lisier provenant de l’élevage, et des fuites dans l’exploitation des combustibles fossiles. S’il est difficile d’agir sur les ruminants, les autres sources sont plus contrôlables, à un coût limité. (…Ainsi) récupérer les gaz des ordures ménagères en France aurait un effet équivalent à celui de la construction de quatre réacteurs nucléaires EPR ou que la réhabilitation de 400 000 logements anciens par an pendant vingt-cinq ans.

Dans les pays émergents aussi, la prise en compte du méthane est importante.(…Là,)  il y a plus d’émissions de méthane que de gaz carbonique : ces pays sont plus agricoles et moins industrialisés. Ils vont se développer, donc il y aura plus de CO2 ; mais il n’est pas inéluctable qu’ils émettent plus de méthane. » Dans l’énergie comme dans les décharges d’ordures, le méthane est en effet récupérable à coût modeste, d’autant qu’il constitue lui-même une source d’énergie valorisable.

(extraits article Hervé Kempf)

BRESIL:écologie ou developpement?face à la déforestation de l’Amazonie…

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Amazonie brésilienne : la déforestation s’aggrave

CHIFFRES

SUPERFICIE.
L’Amazonie brésilienne couvre 5 millions de km2 (répartis sur 9 Etats), dont 100 000 km2 de réserves indiennes, 200 000 km2 de zones pour l’exploitation durable et 1,9 million dekm2 de forêt publique.
POPULATION.
22 millions d’habitants y vivent, dont 480 000 Indiens répartis en 220 tribus.
DESTRUCTION.
En trente ans, 17 % de la végétation originale ont disparu, soit 700 000 km2. En 2007, quelque 22 000 foyers d’incendie (brûlis) ont été signalés. Chaque km2 de forêt détruit produit 22 000 tonnes de CO2.

En baisse depuis 2004, la déforestation a repris au Brésil depuis août 2007, en dépit des mesures adoptées. | SILVESTER Hans

SILVESTER Hans

En baisse depuis 2004, la déforestation a repris au Brésil depuis août 2007, en dépit des mesures adoptées.

Le MONDE | 29.02.08

Officiellement, l’objectif du président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, est de parvenir à une « déforestation zéro » en Amazonie. Mais le Brésil en est très loin. Les destructions ont repris de plus belle entre août et décembre 2007. Quelque 7 000 km2 de forêts ont alors été rasés, a constaté en janvier l’Institut national de recherches spatiales (INPE) sur ses relevés satellites, pour faire place au soja, au bétail et à la canne à sucre.

Au total, le déboisement entre août 2007 et juillet 2008 pourrait augmenter de 34 %, alors que les autorités brésiliennes se vantaient à la conférence sur le climat à Bali, en décembre 2007, d’avoir jugulé le phénomène, les chiffres montrant depuis trois ans un recul des destructions.Le président Lula da Silva a réclamé des mesures urgentes pour inverser la tendance. Aussi la police fédérale a-t-elle lancé, le 26 février, une vaste opération avec 300 hommes, qui seront un millier début avril, pour combattre le déboisement illégal dans les Etats du Para, du Mato Grosso et du Rondonia, les plus concernés.

Pas moins de treize ministres sont responsables de la lutte contre la déforestation en Amazonie, mais ils ne parlent pas tous le même langage. Le gouvernement est écartelé entre deux défis : préserver la forêt tropicale et favoriser la croissance économique.

Deux femmes incarnent ce dilemme au sommet. Marina Silva, ministre de l’environnement, enfant de l’Amazonie, est auréolée de son passé aux côtés du militant assassiné Chico Mendes. Mais elle a souvent cédé aux pressions. Elle a ainsi autorisé la construction de deux centrales électriques sur le Madeira, un affluent de l’Amazone. L’autre est Dilma Rousseff, chef de cabinet du président Lula, responsable du Plan d’accélération de la croissance, élaboré pour multiplier les infrastructures à travers le pays, notamment en Amazonie, où fourmillent des projets de routes, ports et usines hydroélectriques.

Après le sombre record entre août 2003 et juillet 2004, où 27 429 km2 de bois étaient partis en fumée, Marina Silva a réorganisé la surveillance par satellite, mais sans moyens ni personnel. « Les amendes infligées par l’Etat sont ridiculement basses et le déboisement se poursuivra », prédit l’un des directeurs de Greenpeace-Brésil, Sergio Leitao. Selon lui, seulement 2 % des contraventions sont payées par les destructeurs.

100 000 KM DE VOIES CLANDESTINES

« Les autorités conçoivent le développement de l’Amazonie sur un modèle des années 1950″, critique Sergio Abranches, sociologue spécialiste en écologie politique. Il cite en exemple les routes conçues pour évacuer les denrées agricoles, la BR 163 Cuiaba-Santarem, à moitié asphaltée, et celle à l’étude entre Porto Velho et Manaus.

Les relevés cartographiques prouvent que le goudron se transforme en boulevard de déboisement pour les trafiquants de bois, orpailleurs, aventuriers et agriculteurs. Quelque 100 000 km de chemins clandestins existeraient déjà.

Marina Silva encourage des activités d’« exploitation durable » dans des zones baptisées « unités de conservation », et une gestion surveillée des forêts publiques, qui couvrent 40 % de la surface forestière. Ainsi les 2 200 km2 de forêt à Jamari (Rondonia) seront bientôt cédés à des concessionnaires privés pour une « exploitation propre ». Un début.

Neuf organisations non gouvernementales (ONG) brésiliennes et internationales ont élaboré un ambitieux Pacte pour la valorisation de l’Amazonie, afin d’éradiquer la déforestation d’ici à 2015. « Il faut valoriser l’entretien de la forêt sur pied et rémunérer ceux qui la protègent », plaide Adriana Ramos, de l’ONG Instituto Socioambiental, signataire du pacte.

Le Brésil veut démontrer qu’il se préoccupe de l’Amazonie de crainte d’une internationalisation de la gestion de la plus grande forêt tropicale de la planète, dont la déforestation, par brûlis, contribue à l’émission de gaz à effet de serre. Dans son ouvrage Brésil, le capital naturel (non traduit en français), l’agronome brésilien Mauro Victor se dit convaincu que « si le Brésil ne freine pas la destruction de l’Amazonie par conviction, il y sera contraint par des pressions extérieures, d’abord économiques et commerciales, puis politiques, voire militaires ».

Les élections municipales sont prévues en octobre. La ministre de l’environnement craint que des maires d’Amazonie ferment les yeux, cette année, sur les destructions illégales perpétrées par leurs électeurs.

Annie Gasnier (Rio de Janeiro, correspondance)

ETATS-UNIS:3000 milliards de dollars pour la guerre menée en IRAK…

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3 000 milliards de dollars, le coût de la guerre en Irak selon Joseph Stiglitz

LEMONDE.FR | 28.02.08

Combien coûte la guerre en Irak ? Cher, très cher. Et pas seulement à l’économie américaine. Joseph Stiglitz, le Prix Nobel d’économie, et Linda Bilmes, professeur à Harvard, spécialiste des questions budgétaires, estiment qu’elle a déjà coûté 3 000 milliards de dollars aux Etats-Unis, dans un livre intitulé The Three Trillion Dollar War : The True Cost of the Iraq Conflict (éditions W. W. Norton, sortie le 3 mars). Une commission du Congrès devrait se pencher sur la question, jeudi 28 février, et auditionner Joseph Stiglitz, qui devrait répéter ce qu’il écrit dans ce livre : Bush s’est fourvoyé sur les bénéfices et les coûts de la guerre en Irak.

Le coût des opérations a déjà dépassé celui des douze ans de la guerre du Vietnam, et représente le double du coût de la guerre de Corée. Les Etats-Unis dépensent pour la guerre 16 milliards de dollars par mois, soit l’équivalent du budget annuel de l’ONU. Joseph Stiglitz et Linda Bilmes indiquent que les 3 000 milliards de dollars auraient pu financer la construction de 8 millions de logements, 15 millions de professeurs, les soins de 530 millions d’enfants, des bourses d’études pour 43 millions d’étudiants, offrir une couverture sociale pour cinquante ans aux Américains. Le Prix Nobel remarque que les Etats-Unis ne versent que 5 milliards de dollars pour l’aide au développement en Afrique, et craignent d’être dépassés par la Chine. Cinq milliards de dollars, ce sont dix jours de combat de l’armée américaine.

TOUTE L’ÉCONOMIE MONDIALE EN PAIE LE PRIX

Les auteurs s’attaquent surtout au mythe qu’une guerre est toujours bonne pour l’économie. L’un des buts de la guerre était de sécuriser les approvisionnements pétroliers, relèvent-ils. En cinq ans, le baril est passé de 25 dollars à 100 dollars, note le Prix Nobel d’économie. « Les gens ne s’attendaient pas à ce que l’économie remplace la guerre comme thème dans les élections », explique Joseph Stiglitz dans le Guardian. L’un des enseignements du livre est de montrer que la guerre et la situation économique des Etats-Unis ne sont pas deux sujets distincts, mais un seul et même sujet. Surtout, les coûts de cette guerre dépassent la seule économie américaine pour toucher le système mondial.

Parce que les Etats-Unis n’ont pas d’épargne, l’administration Bush doit emprunter à l’étranger, à la Chine, par exemple, observe les auteurs. « Le déficit de l’Amérique est tel qu’elle ne peut sauver ses propres banques. » Des établissements comme Citigroup ou Merrill Lynch, qui étaient l’orgueil de Wall Street, ont été contraints d’aller quémander des fonds auprès de fonds asiatiques ou moyen-orientaux pour ne pas sombrer. Au risque de perdre leur indépendance et de passer sous pavillon koweïtien ou singapourien.

Le Monde.fr

MONDIALISATION des épidémies:la grippe aviaire,le risque qui grandit…

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L’OMS annonce une transmission interhumaine du virus H5N1

LE MONDE | 28.12.07

L’organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé, jeudi 27 décembre, l’existence d’un cas démontré de transmission interhumaine du virus H5N1 responsable de l’actuelle épizootie de grippe aviaire. La victime est un Pakistanais qui est mort de la maladie sans jamais avoir été à proximité de volailles contaminées.

Les autorités sanitaires internationales se veulent toutefois rassurantes quant à un possible risque d’émergence d’une souche virale qui pourrait être à l’origine d’une pandémie analogue à celle de la grippe espagnole de 1918.

De multiples flambées épizootiques dues au H5N1 ont été observées depuis 2006 au Pakistan chez des volailles d’élevage et, en 2007, chez des oiseaux sauvages. « Dans leur majorité, les flambées découvertes sont survenues dans la « ceinture avicole » du pays, dans la province de la frontière du nord-ouest, notamment dans les zones d’Abbottabad et de Mansehra, précise-t-on auprès de l’OMS. On a aussi repéré des cas d’infection chez des oiseaux sauvages dans le territoire de la capitale fédérale, Islamabad. »Début décembre, le ministère pakistanais de la santé avait informé l’OMS de huit cas suspects d’infection humaine par le virus H5N1 dans la zone de Peshawar (nord-ouest). Ces cas avaient été diagnostiqués après une série d’opérations d’abattage de volailles. Deux des personnes infectées étaient alors mortes. Des échantillons biologiques prélevés sur les cas suspects avaient été adressés aux laboratoires de référence de l’OMS pour des analyses virologiques complémentaires. Ces analyses, couplées à une enquête épidémiologique de terrain, permettent aujourd’hui d’affirmer qu’il y a bien eu une transmission interhumaine du virus H5N1.

FAO/H.D. Nam

Les poulets morts de grippe aviaire ou abattus sont enterrés dans une ferme de la province de Long An, près de Hô Chi Minh-Ville, au Viet Nam.

Ce type de contamination avait déjà été observé dans différents pays asiatiques (Vietnam, Indonésie, Cambodge, Chine) sans que la démonstration scientifique ait toujours pu être apportée. Dans tous les cas, aucune chaîne de transmission de l’infection virale n’a été notée, comme c’est le cas avec les virus grippaux responsables des épidémies saisonnières. Les experts estiment que seule une mutation génétique relativement importante pourrait conférer au virus H5N1 la possibilité de devenir hautement contagieux dans l’espèce humaine. Seules des mutations mineures ont, jusqu’ici, été observées sur les souches prélevées chez l’animal ou chez l’homme.

Jean-Yves Nau

Le virus H5N1 a fait trois victimes humaines en quelques jours

LE MONDE | 27.12.07

En l’espace de quelques jours, le virus H5N1 hautement pathogène de la grippe aviaire a provoqué la mort de trois personnes dans trois pays différents. C’est tout d’abord un enfant de 4 ans qui est décédé au Vietnam, dimanche 16 décembre. Selon un responsable du ministère de la santé vietnamien, les parents de l’enfant ont rapporté que des volailles mortes avaient été découvertes près de la maison familiale. Ce décès, le cinquième au Vietnam depuis le début de l’année, porte à 47 le nombre de personnes tuées par la grippe aviaire dans ce pays depuis la réapparition du virus en 2003.

Mardi 25 décembre, deux femmes ont succombé au H5N1, une Egyptienne de 25 ans et une Indonésienne de 24 ans. Des volailles étaient élevées dans le domicile de la première, et tous les membres de sa famille vont subir des analyses, a annoncé le porte-parole du ministère de la santé égyptien. Celui-ci a déploré un relâchement des mesures de précaution en raison de la « conviction que le virus avait disparu ». Le dernier décès dû à la grippe aviaire remontait au mois de juin.

UN FOYER EN ALLEMAGNE

Avec 16 cas mortels, l’Egypte est le pays d’Afrique le plus durement touché. Quant à l’Indonésie, elle totalise désormais 94 décès imputés au virus H5N1, ce qui en fait la triste championne du monde en la matière puisqu’elle cumule à elle seule près de la moitié des 212 morts de la maladie. Le virus s’est propagé dans la grande majorité des 33 provinces que compte l’archipel.

Par ailleurs, le H5N1 a été détecté en Allemagne, dans un petit poulailler du Brandebourg, ont annoncé, mercredi 26 décembre, les autorités locales. Il s’agit du troisième cas confirmé depuis la mi-décembre dans cet Etat régional. Les 15 poules ont été abattues ainsi que 31 volailles appartenant à un voisin, que le propriétaire du poulailler contaminé avait eu en charge pendant les fêtes de Noël. Conformément aux mesures prévues par l’Union européenne, une zone de protection d’un rayon de 3 km et une zone de surveillance de 10 km ont été mises en place autour de ce foyer. – (AFP.)

Résurgence de la grippe aviaire en Chine et au Bangladesh

LEMONDE.FR | 25.02.08  avec Reuters

Les autorités sanitaires de la province de Guangdong, dans le sud de la Chine, ont annoncé, lundi 25 février, la mort d’une Chinoise de 44 ans des suites de la grippe aviaire. Elle aurait contracté le virus H5N1 au contact de volailles.

La travailleuse migrante originaire du sud du pays est la quatrième victime de la grippe aviaire depuis le début de l’année en Chine et porte à 233 le nombre de décès attribués au virus H5N1 depuis 2003, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

De son côté, le Bangladesh a confirmé, lundi, que la souche H5N1 du virus s’était propagée à Chandpur, à 170 km de Dacca, portant à 45 – sur 64 – le nombre de districts affectés. Mais, selon un responsable chargé des questions animales :« La situation est à présent en grande partie sous contrôle. »
Avec près d’un million de volailles abattues depuis mars 2007, le Bangladesh applique consciencieusement les directives de précaution de l’OMS, menaçant un secteur-clé de l’économie bangladeshie et l’emploi de 5 millions d’habitants  sur 140 millions.

TRÈS VIRULENT

Apparu chez l’homme pour la première fois en 1997, à Hongkong, le virus H5N1 est décrit par l’OMS comme étant un virus très virulant et évoluant de manière agressive. Avec une incubation se situant entre deux et huit jours, le virus ne se transmet pas encore d’un humain à un autre mais pourrait muter et être à l’origine d’une pandémie particulièrement dévastatrice dans les pays en développement.

Les premiers symptômes comportent une forte fièvre, des diarrhées, des vomissements, des douleurs abdominales, thoraciques et des saignements du nez et des gencives chez certains patients.

Les derniers foyers de grippe aviaire enregistrés en Europe, en Grande-Bretagne en novembre 2007 et en Pologne où 100 000 poulets ont été abattus en décembre 2007, n’ont été à l’origine d’aucune transmission de la maladie à l’homme.

ECOLOGIE:agriculture et épuisement des sols:une menace grandissante…

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LE MONDE | 26.02.08

Claude et Lydia Bourguignon.VINCENT ARBELET POUR « LE MONDE » Claude et Lydia Bourguignon.

Deux gros boeufs tractant une charrue trônent dans le laboratoire de Claude et Lydia Bourguignon. Cette aquarelle originale du peintre animalier Olivier de Penne (1831-1897) est un clin d’oeil : les Bourguignon, spécialistes des sols, ne peuvent pas voir le labourage en peinture. Ni les techniques agricoles intensives qui contribuent, selon eux, à tuer la terre.

Le couple ne police plus son discours sur la dégradation des sols, fine pellicule sur laquelle repose l’essentiel de la vie de la planète. « C’est la fin de la civilisation, alerte Claude Bourguignon. Nous sommes dans la phase d’effondrement. Partout on voit baisser les rendements agricoles. »Voilà bientôt vingt ans, les Bourguignon ont quitté l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), où ils estimaient ne pas pouvoir travailler sur les vrais enjeux de l’agriculture.

Depuis leur laboratoire, une superbe grange de 1754, à Marey-sur-Tille, au nord de Dijon, ils alertent les agriculteurs et étudient leurs sols. En francs-tireurs. Gens de terrain, ils ont à leur actif quelque 5 500 analyses – en France et à l’étranger.

D’une formule, Lydia résume le problème : « La plante est incapable de sucer le caillou. Il faut que des microbes le dissolvent. » Sans ce grouillement souterrain, les plantes végètent, le sol se dérobe. Elle montre ces photos de champs ravinés, dans la Somme : « Des canyons, les tracteurs ne peuvent plus passer ! » Leur solution : renoncer au travail mécanique du sol et laisser microbes, champignons et vers de terre s’en charger, sous un couvert végétal qui étouffe les mauvaises herbes et réduit l’érosion.

Pour Claude, l’agriculture intensive est devenue « de la gestion de pathologies végétales » : les variétés à haut rendement, fragiles, sont protégées en permanence par des batteries d’engrais, d’insecticides et de pesticides. En conséquence, les sols souffrent et « l’humanité ne mange que des plantes malades ».

L’épidémie d’obésité, la montée des allergies ? Ce n’est qu’un début, assurent les Bourguignon. L’espérance de vie va chuter. « Les vieux d’aujourd’hui ont été nourris aux produits bio, avant l’intensification agricole, dit-il. Les jeunes générations n’auront pas ce capital. »

Leurs arguments, bien charpentés, s’imbriquent – même s’ils mériteraient parfois d’être réactualisés. Leurs coq-à-l’âne finissent par faire sens, voire système : « Les mêmes boîtes produisent les engrais, les pesticides, les médicaments : de l’or en barre, indéracinable », lâche Claude.

Leur unité de pensée est née de mondes opposés. Lui, Parisien d’origine, issu d’une lignée de scientifiques médicaux. Elle, née en Bourgogne d’un père menuisier et d’une remailleuse de bas italiens, arrivés en France en 1945.

Enfant, Claude se passionne pour la vie sauvage, fonde avec des copains de lycée le « groupe ornithologique parisien ». « Il savait tout des animaux, se souvient Brice Lalonde, qui fréquentait alors sa soeur aînée. Il m’a ensuite influencé comme ministre. J’admire ces ouvreurs de chemin, qui ont raison avant tout le monde. » Cette grande soeur fameuse, l’actrice Anémone, est toujours admirative du « courage » de son érudit de frère, « un peu professeur Nimbus », qui a converti l’ensemble de la famille à l’écologie.

Le jeune homme se rêve gardien de réserve naturelle. Mais une mission de comptage des tigres pour le WWF, en Inde, lui ouvre les yeux : « Les gens crevaient de faim. J’ai décidé de faire l’Agro. » Ses réticences face à ce qu’il y apprend - « nourrir les bovins avec de la viande, l’abattage de masse » – lui valent parmi ses condisciples le surnom de « Papillon », en référence à l’évadé de Cayenne, Henri Charrière.

Il se spécialise en microbiologie. Nommé au centre INRA de Dijon, il développe une méthode de mesure de l’activité microbienne des sols, au moment où sa discipline s’étiole. « Elle a été rejetée parce que les microbes, contrairement aux engrais, travaillent gratuitement. »

A l’INRA, on lui demande de se concentrer sur le cycle de l’azote, pour trouver des micro-organismes capables de nettoyer les nappes phréatiques polluées aux nitrates. « J’ai dit qu’il serait peut-être plus simple d’épandre moins d’engrais. » Le message est mal passé.

De son côté, Lydia, contrainte par son père à travailler dès 16 ans, poursuit ses études en cours du soir. Sa maîtrise de biologie lui ouvre les portes du laboratoire « graisses chauffées » de l’INRA à Dijon. Elle y est aux premières loges pour suivre la controverse de l’huile de colza érucique qui, bien que mauvaise pour le coeur, sera produite jusqu’à ce qu’une nouvelle variété soit développée. Elle est vaccinée vis-à-vis des discours lénifiants des scientifiques officiels, amiante, OGM, nucléaire… Et assume des vices dénoncés par la Faculté : elle tolère le cigare et goûte le vin – elle est diplômée d’oenologie, toujours en cours du soir.

Leur rencontre à l’INRA conduira finalement à un divorce avec cette institution. Ils y sont aujourd’hui perçus comme des amateurs trop peu soucieux d’étayer scientifiquement leurs discours alarmistes. Ou comme des « idiots utiles », capables d’attirer l’attention sur la fragilité des sols. L’INRA évoque d’ailleurs le sujet dans un colloque, le 26 février, lors du Salon de l’agriculture.

En 1989, lorsqu’ils se « défonctionnarisent » pour s’installer à leur compte, c’est d’abord « la galère ». Claude enchaîne les conférences, autour de son livre Le Sol, la Terre et les Champs (édition La Manufacture/Sang de la Terre, épuisé).

C’est grâce à l’une d’elles qu’Anne-Claude Leflaive, responsable d’un prestigieux domaine de Puligny-Montrachet, décide de produire ses vins en suivant ses préceptes. « En dégustation, ils ont davantage de complexité aromatique », se félicite-t-elle aujourd’hui. L’approche fait tache d’huile. Aujourd’hui, 90 % des clients des Bourguignon sont viticulteurs. « Ils vont vite et parfois choquent, note Anne-Claude Leflaive, mais ils sont écoutés dans notre secteur. »

L’agriculture fait encore la sourde oreille, plus confiante dans les analyses de sol gratuites des vendeurs d’engrais que dans leurs prestations payantes (800 euros hors taxes). Mais en Argentine, John Waymel, un Français qui exploite blé, maïs et soja en rotation sur 22 000 hectares, les a fait venir sur ses terres. Il ne tarit pas d’éloges sur la méthode Bourguignon. Même si, en passant aux OGM, il a commis une entorse que ceux-ci déplorent. « Ils proposent une agriculture réfléchie, soutenable dans le temps, à l’inverse de l’Europe où on applique des recettes subventionnées », juge John Waymel, qui souhaite aux Bourguignon de faire école. La situation n’est pas désespérée : leur fils travaille actuellement, en Nouvelle-Zélande, à une thèse en… microbiologie des sols.

Hervé Morin

MONDIALISATION financière:des paradis fiscaux en Europe…

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Monaco, Jersey, Liechtenstein : les divisions entre Européens gênent la lutte contre les paradis fiscaux

LE MONDE | 26.02.08
Les boîtes aux lettres s’agitent dans les paradis fiscaux. Depuis que l’Allemagne a révélé, le 15 février, que près d’un millier de ses contribuables avaient détourné 5 milliards d’euros au fisc, ces dernières années, en plaçant leur argent dans la minuscule principauté du Liechtenstein, la dizaine de petits Etats similaires qui subsistent en Europe s’alarment des menaces de rétorsion.

Après le chef du gouvernement du Liechtenstein, Otmar Hasler, le 20 février, c’est au tour du prince Albert de Monaco, mercredi 27 février, de se rendre en visite officielle en Allemagne. Objectif : calmer la chancelière Angela Merkel, qui ne cesse d’en appeler à la communauté internationale pour supprimer les régimes dérogatoires des havres fiscaux.

Du haut de leurs dizaines de kilomètres carrés, la principauté du Liechtenstein, celle de Monaco, d’Andorre, Gibraltar ou encore les îles anglo-normandes paraissent a priori démunies face au concert des puissances européennes et de l’OCDE. La douceur de leurs régimes d’impôts et l’étanchéité de leur secret bancaire pourraient-elles être mises à mal par ces manoeuvres coalisées ?

« Les rayer juridiquement de la carte du monde ne prendrait pas plus d’une ligne », commentent Christian Chavagneux et Ronen Palan (Les Paradis fiscaux, La Découverte, 2007). Il « suffirait, notent-ils, que les marchés financiers importants inscrivent dans leur loi que toute transaction en provenance ou à destination de ces territoires est illégale. » Mais l’histoire a ses méandres et ces pays « confettis », en 2008, sont en mesure de défendre comme il se doit les régimes qui ont fait leur prospérité.

Dans la vallée alpine, longue de 24 km, du Liechtenstein, coincée entre la Suisse et l’Autriche, le revenu par habitant est ainsi deux fois plus élevé qu’en France. Sur les 2 km2 de rives méditerranéennes de Monaco, à la frontière franco-italienne, le taux de chômage ne dépasse pas les 3 %. Andorre, vallée encaissée des Pyrénées entre les frontières française et espagnole, est riche de 3 000 commerces pour 70 000 habitants. Quant à Jersey et Guernesey, îles lilliputiennes au large du Cotentin, elles sont assez prospères pour ne pas avoir à prélever de TVA.

Sans ressources ni industrie, souvent isolés, ces territoires moribonds ont choisi de se développer en adoptant un régime fiscal attractif. Le Liechtenstein, Jersey, Guernesey, Gibraltar s’en sont dotés dès les années 1930. Législation qu’ils renforcent dans les années 1940 en imitant le secret bancaire suisse, dont la violation est devenue pénalement répréhensible en 1934. Andorre et la République de San Marin, enclavée dans le massif des Appenins, en Italie, rejoignent le club dans les années 1970. La libération des mouvements de capitaux en Europe, réalisée en 1992, et la sophistication de la finance mondiale permettent aux fonds de circuler sans avoir recours aux traditionnelles valises de billets et renforcent l’engouement pour ces paradis fiscaux.

Le mouvement de contestation à l’encontre de ces lieux ne s’organise que depuis les années 2000. Via la création de listes noires, diligentée par l’OCDE ou le Groupe d’action financière (Gafi) et de multiples rapports, comme ceux des députés socialistes français Vincent Peillon et Arnaud Montebourg en 2002. « La traque à l’évasion fiscale s’accentue à cause du vieillissement de la population mais aussi car la mondialisation impose aux Etats d’augmenter leurs dépenses publiques pour être plus compétitifs dans l’éducation, les nouvelles technologies », explique Christian Chavagneux. Traque qui s’intensifie avec la volonté de limiter le blanchiment de l’argent de la drogue ou du terrorisme. Mais pour l’heure, en vain ou presque.

Les paradis fiscaux européens, tout comme ceux de la zone Caraïbes (Bahamas, Iles vierges…), sont au coeur de la finance internationale. La moitié des transactions bancaires mondiales passent par ces Etats. L’Union européenne (UE) n’est pas toujours bien placée pour les attaquer de front. Après des années de négociation, elle a été incapable de lever le secret bancaire chez elle. Une directive européenne de 2005 a seulement organisé une taxation des fonds déposés par des non-résidents en Europe. Résultat, le Luxembourg, la Belgique et l’Autriche, mais aussi Chypre, Malte et le Royaume-Uni sont, à bien des égards, des paradis fiscaux et bancaires, même s’ils sont jugés plus respectables, car ils ont souscrit à des conventions. Comment, dans ces conditions, exiger plus de transparence des « confettis », qui ont pris les services de grands cabinets de conseils internationaux pour coordonner leurs actions ?

Résultat, les accords se font à petits pas, par des accords bilatéraux, chacun gérant ses relations avec ses dépendances. Le Royaume-Uni a négocié avec les îles anglo-normandes un principe d’échange d’informations entre administrations fiscales. Mais cet accord ne concerne pas un entrepreneur avisé qui aurait par exemple créé une société-écran au Bahamas entre ses mouvements à la City et son compte en banque à Jersey…

Le général de Gaulle a réglé le cas de Monaco dans les années 1960, en obtenant que les Français ne puissent y être résidents fiscaux. Depuis, la France traque peu Monaco ou Andorre, jugés peu « attractifs ». « La France a empêché que Monaco devienne le paradis fiscal des Français, pourquoi s’opposeraient-elle à ce que la principauté soit le paradis fiscal des Belges ou des Allemands ? », persifle Jean-Yves Mercier, avocat associé au CMS Bureau Francis Lefebvre. La France se concentre sur les autres places et devrait signer en 2008 des accords avec la Suisse et le Qatar. Aujourd’hui, les avis sont donc partagés sur le ton agressif de l’Allemagne vis-à-vis des paradis fiscaux. « Intox » pour les uns, « virage » pour les optimistes. Les capitaux seraient en train de prendre la route de Hongkong et de Singapour.

Elise Vincent

ECOLOGIE et MONDIALISATION:les biocarburants,pas de solution miracle…

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Agrocarburants : les pétroliers pour un objectif plus modeste

LE MONDE | 22.02.08 |

Les pétroliers n’ont jamais été de chauds partisans des agrocarburants (fabriqués à partir du maïs ou de la betterave). Ils dénoncent aujourd’hui les objectifs du gouvernement, supérieurs aux normes européennes. Celui-ci a fixé un taux d’incorporation de 5,75 % de « pétrole vert » dans l’essence et le gazole en 2008 (3,50 % en 2007). « Nous ne sommes pas sûrs que les objectifs soient atteignables », a prévenu, mercredi 20 février, Jean-Louis Schilansky, délégué général de l’Union française des industries pétrolières (UFIP).

Si les compagnies n’atteignent pas cet taux, a poursuivi M. Schilansky, elles devront payer la taxe générale sur les activitéspolluantes, d’un montant de l’ordre de 100 millions d’euros qui sera « forcément répercuté sur les prix à la pompe ». Même si Total a réalisé 12 milliards d’euros de bénéfices en 2007… L’UFIP réclame donc un « retour au rythme européen » prévoyant un objectif de 10 % d’agrocarburants incorporés en 2020 (2015 en France).

Alors premier ministre, Dominique de Villepin avait fait preuve, dès 2005, de volontarisme sur les agrocarburants afin d’offrir de nouveaux débouchés aux agriculteurs et de « préparer l’après-pétrole ». Il avait aussi lancé l’E 85 (85 % d’éthanol pour le diesel), qui a du mal à séduire les automobilistes : il n’existe que 211 points de ventes en France, au lieu des 500 prévus.

L’ENTHOUSIASME EST RETOMBÉ

Avec un baril à 100 dollars, la filière de l’éthanol (agriculteurs, raffineurs, constructeurs automobiles, grandes surfaces) reste cependant confiante, affirme son coordinateur, Alain Jeanroy. En 2007, la production (3 millions d’hectolitres) a doublé par rapport à 2006. Et l’objectif est de 15 millions d’hectolitres en 2015 avec la construction de six usines.

L’enthousiasme pour les agrocarburants de première génération (utilisation très partielle de la plante) est pourtant retombé. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) est très critique. Dans son récent rapport sur l’énergie à l’horizon 2050, Jean Syrota recommande « l’arrêt des investissements nouveaux dans la production de biocarburants de première génération » en raison de « coûts élevés », d’une « utilisation importante des surfaces agricoles » et d’un « renchérissement des matières premières ».

Jean-Michel Bezat

L’essor des agrocarburants pourrait aggraver le réchauffement climatique

LE MONDE | 24.09.07

Le développement des agrocarburants pourrait considérablement aggraver le changement climatique en cours. L’avertissement n’émane pas d’un inconnu, mais de Paul Crutzen (Max-Planck-Institut für Chemie, Mainz, Allemagne), lauréat du prix Nobel de chimie, en 1995, pour ses travaux sur la dégradation de la couche d’ozone stratosphérique. Selon ses calculs, cosignés par une équipe internationale de chercheurs et publiés dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics Discussions, la production d’un litre de carburant issu de l’agriculture peut contribuer jusqu’à deux fois plus à l’effet de serre que la combustion de la même quantité de combustible fossile.

Le constat semble paradoxal. La combustion d’un agrocarburant est en effet neutre du point de vue du carbone : elle ne relâche dans l’atmosphère que le carbone préalablement absorbé par la plante. Mais, dans leurs travaux, Paul Crutzen et ses coauteurs se sont penchés sur les émissions de protoxyde d’azote (N2O) dues à l’agriculture intensive. Gaz qui, à quantité égale, contribue 296 fois plus à l’effet de serre que le dioxyde de carbone (CO2).Or le N2O est produit en quantité par l’agriculture. Une part des engrais azotés utilisés pour augmenter les rendements est en effet dégradée – par les sols, en particulier – en N2O. Le fait est connu : le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) estime, dans son dernier rapport, le « taux de conversion » de l’azote des fertilisants en protoxyde d’azote à environ 1 %. Selon M. Crutzen et ses coauteurs, ce taux est plus vraisemblablement situé entre 3 % et 5 %. Cette différence change la donne. Surtout pour les plantes dont la croissance exige de grandes quantités d’azote.

Avec un tel « taux de conversion », la combustion de biodiesel issu du colza (80 % de la production européenne de cet agrocarburant) contribue ainsi 1 à 1,7 fois plus au réchauffement que l’utilisation d’une énergie fossile en quantité équivalente. Ce même coefficient est compris entre 1,3 et 2,1 pour le bioéthanol issu du blé et entre 0,9 et 1,5 pour celui issu du maïs. La seule culture dont l’utilisation sous forme de combustible est, selon les estimations des chercheurs, bénéfique au regard du changement climatique, est la canne à sucre, dont le coefficient est toujours inférieur à 1 (compris entre 0,5 et 0,9).

Pour parvenir à un « taux de conversion » de l’azote agricole en N2O d’environ 1 %, les experts du GIEC se sont fondés sur les mesures d’émission des plantes elles-mêmes. Paul Crutzen et ses coauteurs ont, au contraire, considéré le problème globalement. « Ils ont observé les variations de la concentration atmosphérique en N2O et les ont corrélées avec les quantités d’azote épandues dans l’environnement depuis le début de l’ère industrielle, explique le chimiste de l’atmosphère Didier Hauglustaine, directeur de recherche au CNRS. Après avoir tenu compte des émissions dues aux autres activités, ils parviennent à un « taux de conversion » de l’azote agricole en N2O trois à cinq fois supérieur aux précédentes estimations. »

Dans ces calculs, les marges d’erreurs sont importantes. Cette imprécision, estime M. Hauglustaine, « pose le problème du N2O, dont on connaît encore mal le bilan dans l’atmosphère, du fait du manque de réseaux de mesure ». Un processus de « revue en ligne » de ces résultats est engagé sur le site d‘Atmospheric Chemistry and Physics Discussions, processus au terme duquel certaines estimations pourront éventuellement être amendées. David Reay (Université d’Edimbourg), appliquant les évaluations de Crutzen et ses collègues, estime que la volonté du Sénat américain de multiplier par sept la production d’éthanol à base de maïs, d’ici à 2022, se traduirait par une hausse des émissions liées au transport de 6 %.

Par ailleurs, dans un récent rapport, l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) mettait en effet en garde contre certains dangers inhérents au développement des agrocarburants : risques de pénurie alimentaire, d’érosion de la biodiversité en raison de la reconversion de sols en surfaces cultivées, etc. Le rapport concluait que « la capacité des agrocarburants à couvrir une part importante des besoins énergétiques des transports sans nuire aux prix alimentaires ou à l’environnement est très limitée ».

Cette reconversion des terres est en outre parfois responsable d’émissions massives de carbone dans l’atmosphère. L’organisation non gouvernementale (ONG) Wetlands estime par exemple à 2 milliards de tonnes (Gt), la quantité moyenne de CO2 relâchée chaque année par le drainage des zones humides indonésiennes. Par comparaison, les émissions de gaz à effet de serre de la France se situaient, en 2004, à l’équivalent de 0,56 Gt de CO2.

Stéphane Foucart

TOLERANCE: une critique de l’Arabie Saoudite et de sa conception de l’Islam,le point de vue de Mezri Haddad philosophe, membre du Daedalos Institute of Geopolitics (Chypre).

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Drapeau de l'Arabie saoudite         

Population:25 100 000 hab.Densité:12 hab./km²

D’un point de vue politique, le discours présidentiel à Riyad est justifiable. D’un point de vue éthique, la foi de Sarkozy dans le changement au sein de ce royaume est louable. Mais croire à une contribution saoudienne dans l’élaboration d’une «politique de civilisation» à même de provoquer une sécularisation au cœur de l’islam est une pure et funeste chimère. Et pour cause : on ne peut pas être et avoir été. L’Arabie Saoudite a été le principal financier des mouvements intégristes dans le monde. Il est vrai qu’elle était en parfaite osmose avec les intérêts géopolitiques américains. C’est le traumatisme du 11 septembre 2001 qui a infirmé ces choix stratégiques que les Etats-Unis ont faits bien avant l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS. Sous l’influence pernicieuse de la monarchie saoudienne, les dirigeants américains ont, en effet, longtemps soutenu l’islamisme comme alternative aux régimes arabes postcoloniaux. La prise de pouvoir par les talibans en Afghanistan était une victoire de l’idéologie saoudienne, un succès de la logistique pakistanaise et la consécration de la stratégie américaine. L’attaque du 11 Septembre a changé toute la donne. Mais, par on ne sait quelle ruse de l’Histoire, plutôt que d’amorcer le déclin de cette monarchie qui incarne ce qu’il y a de plus rétrograde dans l’islam, ces événements ont donné une nouvelle vie au régime saoudien. Les wahhabites doivent au fond remercier leur compatriote et disciple Ben Laden. Pour la simple raison que, comparé à la barbarie et au nihilisme d’Al-Qaeda, la théocratie wahhabite fait maintenant figure de régime modéré. Or toutes les tendances de l’islamisme ont les mêmes maîtres à penser, les mêmes dogmes (l’islam est religion et politique, le jihad et le martyr sont un devoir religieux…) et les mêmes objectifs : éradiquer les apostats (musulmans), combattre les mécréants (juifs et chrétiens), établir une théocratie coranique. «La politique de civilisation, c’est ce que font tous ceux qui œuvrent pour un islam ouvert, un islam qui se souvient des siècles où il était le symbole de l’ouverture et de la tolérance… C’est ce que fait l’Arabie Saoudite», disait Nicolas Sarkozy dans son discours de Riyad. Bien au contraire, dès sa naissance en 1932, la monarchie saoudienne a effacé quatorze siècles de civilisation, a cultivé et propagé partout dans le monde un islam sectaire, sclérosé, intolérant et des plus fanatiques. C’est une erreur de prendre les dernières réformettes de cette monarchie pour des réformes stratégiques et structurelles. Ces mesures cosmétiques ont été entreprises sous la panique à l’idée d’être le maillon faible du «Grand Moyen-Orient démocratique» décrété par Bush. C’était un analgésique pour calmer le Léviathan très en colère après les attentats du 11 Septembre – dont le cerveau était Ben Laden, un proche de l’oligarchie régnante, et la majorité des terroristes, des sujets saoudiens. Cette oligarchie n’est d’ailleurs pas dupe. A la moindre réforme profonde – comme celle, primordiale, des manuels scolaires -, c’est tout l’édifice saoudien qui menacera de s’écrouler à moyen terme. Il est par conséquent évident que la France, qui souhaite moderniser l’islam, ne peut pas établir une alliance «civilisationnelle» avec une Arabie wahhabite qui n’a jamais abandonné le rêve insensé d’islamiser la modernité. C’est une illusion de considérer ce pays comme représentatif des musulmans dans le monde, encore moins comme figure emblématique de l’islam sunnite.La Mecque Galerie photoCertes, le pays abrite les lieux saints de l’islam, mais il n’incarne pas pour autant l’islam quiétiste et spirituel pratiqué par la majorité des musulmans. La religion de l’Arabie Saoudite n’est guère l’islam mais le wahhabisme, une secte hérétique déguisée en orthodoxie islamique, dont Ben Laden est le pur produit. Né d’une rencontre, en 1745, entre un prédicateur inculte et illuminé – Muhammad ibn Abd al-Wahhab (1703-1792) – et un chef de guerre impitoyable et ambitieux – Muhammad ibn Saoud (1705-1765) -, le wahhabisme a été d’emblée combattu par les plus grandes autorités islamiques du Caire, d’Istanbul, de Damas, de Bagdad, de Tunis et de Fès.

La réforme (religieuse) du wahhabisme est impossible et même absurde. Penser le contraire, c’est admettre implicitement que le wahhabisme puisse être l’une des expressions de l’islam. Or le wahhabisme, c’est la négation même de l’islam, c’est la nécrose de la civilisation islamique. Ce n’est pas de l’Orient arabe, encore moins de l’Arabie Saoudite, que sortira un islam des Lumières, mais de l’Occident arabe, de ce Maghreb qui a enfanté Ibn Khaldun et Averroès, le dernier philosophe né en terre d’islam.

Il est noble de croire, comme Nicolas Sarkozy, à une possible évolution de l’Arabie Saoudite vers la modernité. Le problème, c’est que l’un des dogmes constitutifs du wahhabisme est précisément le rejet du changement, considéré comme une injonction coranique. Il faut donc abolir le wahhabisme. Sans lui, l’Arabie Saoudite pourrait évoluer et se réformer. Mais sans le wahhabisme, y aurait-il encore une Arabie Saoudite ?

Mezri Haddad philosophe, membre du Daedalos Institute of Geopolitics (Chypre).

Liberation-21 02 08

UNION EUROPEENNE et independance du Kosovo:dislocation ou unification du continent?

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Edito du Monde

L’Europe et le Kosovo

LE MONDE | 16.02.08

De l’indépendance du Kosovo, qui devait être proclamée dimanche 17 février, on pourrait dire ce que disait Churchill à propos de la démocratie : c’est la pire des solutions, à l’exception de toutes les autres. L’Union européenne, qui tiendra le nouvel Etat sur les fonts baptismaux, le sait bien. Elle s’apprête à envoyer dans l’ancienne province de Serbie la plus importante mission qu’elle ait jamais décidée dans le cadre de sa politique de sécurité et de défense. Quelque 2 000 policiers, juges, douaniers vont s’ajouter aux 15 000 soldats de la KFOR pour « surveiller » l’indépendance du Kosovo.

Certes, les albanophones, qui représentent 90 % des deux millions d’habitants du Kosovo, sont favorables, dans leur écrasante majorité, à une indépendance qui apparaît comme l’issue logique de la guerre de 1999. Ils estiment même avoir fait preuve d’une longue patience après des années de résistance passive contre l’oppression serbe exacerbée à la suite de l’arrivée au pouvoir à Belgrade de Slobodan Milosevic, à la fin des années 1980, et après dix ans de tutelle onusienne. Mais l’indépendance, soutenue aussi par les Etats-Unis, suscite de fortes oppositions. De la part des Serbes, d’abord. Ceux-ci considèrent le Kosovo, où se trouve le Champ des Merles, haut lieu de leur défaite contre les Ottomans en 1389, comme le berceau de leur nation. Des Russes aussi, qui se sentent floués par les Occidentaux. De certains pays de l’UE, qui craignent, par contagion, de voir leurs minorités revendiquer les mêmes droits que les Kosovars.L’Europe se présente encore une fois dans les Balkans en ordre dispersé. A la différence des années 1990 cependant, quand la Yougoslavie s’est effondrée, elle ne se déchirera pas. Elle est décidée à sauver les apparences. Même si certains parmi les vingt-sept membres de l’UE ne reconnaîtront pas le nouvel Etat, aucun ne s’est opposé à la mission au Kosovo.

Il n’en demeure pas moins que l’Europe joue à contre-emploi. Fondée sur le dépassement des nationalismes, elle donne l’impression de récompenser le nationalisme kosovar. Au nom de quoi refusera-t-elle l’autodétermination des Serbes de la région de Mitrovica, au nord du Kosovo, voire celle des Serbes de la Republika Srpska en Bosnie-Herzégovine ? Au nom de la raison d’Etat ?

Loin d’être comme chacun l’espère le dernier soubresaut de la dissolution de la Yougoslavie, l’indépendance du Kosovo ne serait alors qu’un nouvel épisode de l’instabilité balkanique. Pour conjurer ce danger, l’UE devra s’investir, plus encore qu’elle ne le fait actuellement, dans toute la région. Et en particulier en Serbie, qui doit pouvoir croire en son avenir européen. Cette politique coûtera cher en ressources matérielles et humaines. Les Européens doivent en être conscients.

MONDIALISATION :la Bourse en crise dans touyte l’Europe…

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2008,la Bourse plonge:vers une recession économique?

21 janvier 2008 21:17 fortephilippe 43) Terminale infos Modifier le billet

Les Bourses européennes connaissent leur plus forte chute depuis le 11 septembre 2001

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 21.01.08 | 18h26 • Mis à jour le 21.01.08 | 18h45

Le CAC 40, indice vedette de la place parisienne, a lâché 347,95 points à 4 744,45 points, son plus bas de clôture depuis le 15 juillet 2006. Le volume d’échanges a battu son record historique, dépassant pour la première fois les 13 milliards d’euros, malgré la fermeture des marchés américains en raison du Martin Luther King Day.

La Bourse de Paris a dévissé dès l’ouverture, dans le sillage des marchés asiatiques, accentuant sa baisse au fil de la séance alors que le mouvement de panique gagnait tous les secteurs – aussi bien les valeurs financières que l’énergie ou la santé, traditionnels “refuges” en période de crise. La capitalisation boursière cumulée des 40 composantes du CAC a fondu de 87,7 milliards d’euros.

L’INDICE PANEUROPÉEN EN RECUL DE 5,33 %

Les principales places boursières européennes ont elles aussi enregistré leur plus forte baisse depuis les attentats d’Al-Qaida contre le World Trade center et le Pentagone. A Londres, l’indice vedette Footsie-100 a cédé 5,48 % à 5 578,20 points (la chute avait été de 5,72 % le 11 septembre 2001). A Francfort, l’indice vedette Dax a perdu 7,16 % à 6 790,19 points (- 8,49 % le 11 septembre 2001). A Madrid, l’indice Ibex-35 a terminé sur un recul de 7,54 %.

L’indice paneuropéen Eurofirst 300 a fini en recul de 5,33 %, à 1.286,14 points, son niveau le plus bas depuis juillet 2006. La chute des Bourses de Paris, Londres et Francfort a fait perdre ce lundi environ 300 milliards de dollars de capitalisation boursière, selon des calculs effectués par Reuters.

Alors que les principaux marchés européens évoluaient à la baisse dans la journée, dans la foulée de la chute des marchés asiatiques, les responsables européens avaient cherché à rassurer sur l’état de santé de leurs économies, tout en reconnaissant une inquiétude grandissante face au ralentissement aux Etats-Unis. “Il semble que les marchés envisagent la possibilité d’un ralentissement plus prononcé” qu’attendu de la croissance aux Etats-Unis, “peut-être même une récession”, a déclaré à Bruxelles le commissaire européen aux affaires économiques et monétaire, Joaquin Almunia. “J’espère qu’ils vont aussi prêter attention aux informations sur l’économie réelle, en particulier en Europe, et qu’ils vont retrouver leur calme”, a-t-il ajouté, avant une réunion des ministres des finances de la zone euro (forum de l’Eurogroupe).

MONDIALISATION :petrole en hausse,inégalités en hausse…

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Pétrole et inégalité

LE MONDE | 03.01.08 | 14h04 • Mis à jour le 03.01.08 | 14h04

Sauf que tous les pays ne sont pas égaux dans leur capacité d’adaptation. Les Etats-Unis, qui consomment le quart de la production mondiale de brut, souffrent moins qu’on ne pourrait le croire de la hausse des cours, puisque l’essence absorbe seulement 4 % du revenu disponible des ménages, contre 6 % en 1980. En Europe, la force de l’euro agit comme un bouclier. Pour un pays comme la Chine, qui approche les 10 % de la consommation mondiale de brut, les énormes réserves de change accumulées grâce aux exportations ont permis jusqu’ici d’acquitter la facture sans trop de dommages. Il en va tout autrement pour les pays en développement dépourvus de ressources pétrolières. Selon une étude récente de la Banque mondiale, à chaque fois que le baril augmente de 10 dollars, cela inflige une baisse de 1,5 % au produit intérieur brut des pays les plus pauvres de la planète.

Les économies riches ont tendance à devenir plus vertueuses quand le pétrole est cher. Elles augmentent leur efficacité énergétique, investissent dans des technologies qui rendent les véhicules moins gourmands. Le Grenelle de l’environnement, en France, a profité de cette conjoncture. Mais les pays pauvres sont désarmés. Les voitures qu’ils peuvent acheter ne sont pas les modèles hybrides à faible consommation d’essence qui font fureur en Californie. Le transport, moteur essentiel du développement, reste massivement dépendant du pétrole. La plupart des Etats subventionnent l’essence et le fioul : la hausse devient vite insupportable pour des budgets étriqués, les obligeant à couper dans d’autres dépenses essentielles – le logement, l’éducation ou la santé.

En 2005, au sommet du G8, les nations riches s’étaient engagées à alléger de 50 milliards de dollars la dette des pays pauvres. Or, en 2006, le surcoût pétrolier était déjà dix fois plus important que la réduction de la dette. Puisque, selon toutes les prévisions, le monde va devoir vivre durablement avec un pétrole cher, il est urgent d’envisager non seulement de transférer aux plus pauvres les technologies innovantes permettant d’économiser l’énergie, mais aussi de leur fournir davantage d’aide financière. Qui est prêt à agir dans ce sens ?

Article paru dans l’édition du 04.01.08.

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