MONDIALISATION et REFUIGIES:une situation en constante dégradation…

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Réfugiées ou déplacées, les mouvements de populations sont “sans précédent” selon le HCR

LE MONDE | 17.06.08 

New York (Nations unies), correspondant

 Dans un camp de réfugiés, des femmes attendent pour obtenir de la nourriture. AFP . Cris Bouroncle

Après une baisse de 2001 à 2005, le nombre de personnes prises en charge par le HCR est en augmentation pour la deuxième année consécutive

Le Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) a dû s’occuper en 2007 de 25,1 millions de personnes réfugiées à l’étranger ou déplacées à l’intérieur de leur pays, un chiffre “sans précédent”, selon un rapport de l’agence onusienne paru mardi 17 juin. Après une baisse de 2001 à 2005, le nombre de personnes prises en charge par le HCR est en augmentation pour la deuxième année consécutive, principalement en raison de “la situation instable en Irak”, où le nombre de personnes déplacées dans leurs frontières est passé de 1,8 million à 2,4 millions en un an

Cette augmentation globale est “un sujet de préoccupation”, a déclaré dans un communiqué le haut-commissaire pour les réfugiés de l’ONU, Antonio Guterres. Selon l’ex-premier ministre portugais, “un mélange complexe de défis mondiaux” pourrait “engendrer un risque accru de déplacements forcés à l’avenir”. Parmi ces défis, M. Guterres mentionne “la dégradation de l’environnement liée au climat, qui renforce la compétition pour des ressources rares”, ainsi que “la très forte hausse des prix qui frappe avec une dureté particulière les pauvres et qui est source d’instabilité”.

Le HCR, qui emploie plus de 6 300 personnes dans 110 pays, opère une distinction entre les “réfugiés”, contraints de quitter leur pays pour échapper à un conflit ou des persécutions, et les “déplacés internes”, chassés de leurs foyers par des violences ou des catastrophes naturelles, mais qui résident toujours dans leur pays d’origine.

3 MILLIONS DE DÉPLACÉS EN COLOMBIE

Selon l’Internal Displacement Monitoring Center, cité dans le rapport, le nombre de “déplacés internes” victimes de conflits est passé de 24,4 millions de personnes en 2006 à 26 millions en 2007, dont 13,7 millions ont reçu une aide du HCR (contre 12,8 millions en 2006). Avec quelque trois millions de déplacés, la Colombie est le pays le plus touché, suivie de l’Irak, de la Somalie (600 000 personnes déplacées au cours de 2007) et de la République démocratique du Congo (565 000 déplacés cette même année).

Entre 2006 et 2007, le nombre de réfugiés comptabilisés par le HCR est passé de 9,9 à 11,4 millions, mais plus des deux tiers de cette augmentation sont dus à un changement de méthode statistique. A eux seuls, les réfugiés afghans (3,1 millions de personnes) vivant au Pakistan ou en Iran, et les réfugiés irakiens (2,3 millions) vivant en Syrie ou en Jordanie constituent près de la moitié du total des réfugiés. Viennent ensuite la Colombie (552 000 réfugiés), le Soudan (523 000), la Somalie (457 000) et le Burundi (376 000).

Les Irakiens figurent au premier rang des demandeurs d’asile (52 000), devant les Somaliens (46 100) et les Erythréens (36 000). En 2007, 647 200 demandes d’asile ont été soumises, un chiffre en augmentation pour la première fois depuis quatre ans. Les principaux pays de destination ont été les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, la Suède, la France, le Royaume-Uni, le Canada et la Grèce.

L’agence de l’ONU, qui précise n’avoir “pas la prétention de fournir une image complète des déplacements forcés à l’échelle mondiale”, souligne aussi des évolutions positives. En 2007, 731 000 réfugiés ont été volontairement rapatriés, notamment en Afghanistan (374 000) et au Soudan sud (130 700). En Afrique, le nombre de réfugiés a diminué de 6 % et au total, 2,1 millions de “déplacés internes” sont rentrés chez eux.

Philippe Bolopion

BIRMANIE:la dictature laisse mourrir la population…

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“Corps éparpillés” et “situation apocalyptique” en Birmanie, selon les humanitaires

LE MONDE | 10.05.08

 REUTERS/STR

“La situation sur le terrain est vraiment désespérée”, explique Aye Win, du Centre d’information des Nations unies.

Un spectacle effarant, difficilement soutenable. Les premiers témoignages des rares équipes de secours parvenues dans le delta de l’Irrawaddy, la zone de Birmanie dévastée le 3 mai par le typhon Nargis, font état d’un véritable désastre humanitaire. Alors que le bilan officiel s’établissait, samedi 10 mai, à 23 335 morts et 37 019 disparus - les estimations officieuses continuent d’évoquer près de 100 000 morts -, les scènes de dévastation rapportées par ces témoins ne font que souligner l’urgence d’une assistance internationale que la junte militaire birmane n’accepte, selon les ONG et l’ONU, que trop lentement.

 Le programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a affirmé, samedi 10 mai dans la soirée, avoir récupéré la cargaison d’aide arrivée à bord d’un de ses avions en Birmanie pour secourir les sinistrés du cyclone Nargis. “La cargaison est entre nos mains, ils nous l’ont remise”, a déclaré Marcus Prior, un porte-parole du PAM à Bangkok, qui n’était en revanche pas en mesure de dire quel était le statut du second avion de l’ONU arrivé samedi à Rangoun, un appareil du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) arrivant de Dubaï et transportant des biscuits énergétiques. – (Avec AFP.)“La situation sur le terrain est vraiment désespérée, explique Aye Win, du Centre d’information des Nations unies, contacté par téléphone à Rangoun. Nous atteignons nos limites. Nos personnels reviennent du delta (de l’Irrawaddy) et les histoires qu’ils nous racontent sont difficiles à supporter. Certains sont assez affolés en revenant. Il y a des corps éparpillés.”

A Médecins sans frontières (MSF), un chargé de communication, Frédéric Baldini, rapporte depuis Genève le témoignage du chef de mission de MSF-Suisse en Birmanie : “Il a rencontré un résident d’un village du delta affirmant craindre n’être que le seul survivant.”

A Paris, Thomas Gonnet, directeur des opérations d’Action contre la faim (ACF), est en contact permanent avec une équipe de l’association présente sur les lieux. “Un paysage de désolation et une situation apocalyptique, tels furent les premiers mots de notre équipe arrivée, mercredi, à Bogalay, l’une des villes les plus touchées par le typhon”, rapporte-t-il.

Pour parcourir la centaine de kilomètres qui relient Rangoun et Bogalay, le premier convoi d’ACF, avec sept tonnes de riz, a dû faire de nombreux détours : ponts détruits, circulation bloquée, risques d’attaque sur la route. Le spectacle découvert par l’équipe d’ACF à Bogalay fait état d’une ville rasée et entourée d’eau contaminée par les cadavres en décomposition. Si les autorités retiennent le chiffre de 10 000 morts dans cette zone, le chef d’équipe d’ACF estime que près de 200 000 personnes sont en danger sur une population initiale de 350 000 habitants.

Ce responsable de terrain a, vendredi, décrit par téléphone à Thomas Gonnet la présence d’environ 60 000 ruraux, paysans ou pêcheurs - venus chercher du secours à Bogalay. “Ils n’ont plus d’eau, plus à manger, plus d’animaux, plus de semences, plus de rizières, les stocks de riz sont vides.” Il a également évoqué l’existence d’un camp de réfugiés de près de 20 000 personnes au coeur même de la ville. “Le problème, précise M. Gonnet, c’est que les autorités locales nous ont interdit l’accès à ce camp et ne nous laisse pas distribuer nous-mêmes l’aide aux victimes.”

“La colère de la population est palpable, et notre équipe sur place nous a fait état de violences”, rapporte le directeur des opérations d’ACF.

Des tensions sont apparues entre les membres du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU, présents à Rangoun, et le gouvernement birman. Vendredi, alors que des équipes du PAM déchargeaient 38 tonnes de vivres et d’équipements sur l’aéroport, des autorités locales ont saisi la cargaison. Le PAM a alors annoncé la suspension de toute livraison.

Joint au téléphone vendredi, à Rangoun, l’un des représentants du PAM en Birmanie, Marcus Prior, indique que les autorités ont expliqué leur geste par l’absence d’autorisation. “Ils nous connaissent pourtant bien, remarque M. Prior. Nous sommes dans ce pays depuis longtemps, et nous sommes déjà présents à Bogalay mais aussi à Laputta, la première ville touchée par le typhon.”

La junte a indiqué, vendredi, que “la Birmanie donne la priorité à la réception de l’aide et à sa distribution, par ses propres moyens, dans les régions frappées par le typhon”. Les organisations humanitaires suspectent le régime de vouloir en fait détourner l’aide internationale. En fin de journée, le PAM revenait sur sa décision et annonçait qu’il assurerait ses vols de samedi tout en poursuivant les discussions pour pouvoir contrôler l’ensemble de la distribution de l’aide.

Paul Risley, le porte-parole du PAM à Bangkok, où se regroupent les équipes humanitaires en attente de visa, n’en dénonce pas moins l’attitude des autorités birmanes qui ont fermé leur ambassade pour quatre jours en raison d’une fête. “C’est une attente de quatre jours qui n’a pas lieu d’être”, a-t-il déclaré.

Si le delta de l’Irrawaddy est la zone la plus touchée, les environs de Rangoun n’ont pas été épargnés. “Dans la zone de Rangoun, 80 % des maisons sont détruites, rapporte à Paris Françoise Sivignon, chef de la mission Birmanie de Médecins du monde (MDM). Les gens sont réfugiés dans les monastères, les écoles et les églises.”

Joe Larry, délégué à l’information de la Croix-Rouge, est arrivé à Rangoun de Bangkok vendredi. “Les arbres ont été arrachés, les toits des maisons rappellent des boîtes d’étain ouvertes, rapporte-t-il au retour d’une visite dans les banlieues de la cité. Il n’y a pas d’électricité, les rues les plus proches de Rangoun sont toujours couvertes d’eau. Les enfants jouent dans l’eau accumulée, sûrement contaminée, et courent le risque d’attraper des maladies.”

Jacques Follorou et Philippe Bolopion (à New York)

MONDIALISATION et PROBLEMES ALIMENTAIRES;;;

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Ndiogou Fall, président du Réseau des organisations paysannes de producteurs d’Afrique de l’Ouest (Roppa)

“La crise est provoquée par les politiques libérales”

LE MONDE | 04.06.08

Vous êtes sénégalais et président du Réseau des organisations paysannes de producteurs d’Afrique de l’Ouest (Roppa). Que pensez-vous des déclarations de Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, qui a plaidé, mardi 3 juin au sommet de la FAO, en faveur d’un accord sur le cycle de Doha ?

C’est une véritable hérésie. La crise est provoquée par les politiques libérales et on nous dit de les poursuivre ? On ne respecte pas les petits producteurs.

Nous, nous sommes demandeurs de protection. On entend toujours le même discours type, il faut voir avancer le cycle de Doha. Mais c’est ainsi qu’on peut aggraver la crise.

Une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dont des Africains, ont fait le déplacement à Rome pour trouver des solutions à la crise alimentaire mondiale. Quelles erreurs ont été commises, selon vous ?

L’erreur principale est d’ordre commercial, avec l’ouverture abusive de nos marchés qui s’est accompagnée d’une perte d’intérêt des petits producteurs pour l’agriculture. Elle est d’ordre politique aussi, parce que nos dirigeants africains ont accepté naïvement cette ouverture et se sont détournés de l’agriculture vivrière. Ils ont mis l’accent sur les cultures d’exportation et non sur la première mission de notre métier, nourrir la population. Ces dernières décennies, le peu de moyens accordés sous forme d’intrants, de crédits, de recherche ou de subventions ont été concentrés sur les cultures de rente comme le coton.

Bien sûr les Occidentaux sont aussi responsables, puisqu’ils ont imposé cette libéralisation dans le cadre du FMI et de la Banque mondiale.

Comment les producteurs africains vivent-ils cette crise ?

Ces dernières années, nous l’avons vu venir. Dans les villages, des lots de petits agriculteurs tombaient dans la pauvreté. Leurs revenus baissaient : leurs produits approvisionnaient les marchés locaux, mais leurs prix dépassaient la capacité d’achat des ménages, et ils étaient en concurrence avec des produits subventionnés venus d’ailleurs. Aujourd’hui, nous sommes dans un cercle vicieux. Avec la hausse du prix de l’alimentation, les producteurs sont plus préoccupés par le besoin de se nourrir que par investir. Ils n’ont plus les moyens d’acheter semences et engrais pour l’année à venir.

Quelles solutions pour développer la production en Afrique ?

Le marché africain peut fonctionner, mais il doit comme ailleurs chercher l’intégration et la valorisation régionale, et non l’ouverture vers l’extérieur. Pour l’agriculture africaine, nos autorités doivent prendre toute la mesure de la situation.

Propos recueillis par Laetitia Clavreul

Risques:cyclone en Birmanie,100mille morts ?

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 100 mille morts et l’aide internationale toujours bloquée aux portes de la Birmanie?

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 08.05.08 

Des habitants de Bogalay, au sud de Rangoun, contemplent, le 8 mai, ce qu'il reste de leur maison détruite par le cyclone Nargis. REUTERS/STR   

   Bogalay, au sud de Rangoun, le 8 mai

Alors que le bilan humain du cyclone Nargis, qui a dévasté le week-end dernier la Birmanie, pourrait atteindre cent mille morts, l’aide internationale continuait, jeudi 8 mai, d’arriver au compte-gouttes dans le pays. Et la confusion entretenue par la junte militaire au pouvoir, qui ne distribue les visas qu’avec parcimonie, ne fait que compliquer encore un peu plus la tâche des humanitaires.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a exhorté jeudi soir la junte birmane à se focaliser sur l’aide aux victimes plutôt que sur le référendum constitutionnel. Il essaie également de discuter avec le chef de la junte, Than Shwe, pour faciliter l’aide internationale. Un peu plus tôt, le responsable des affaires humanitaires aux Nations unies, John Holmes, s’était dit “déçu” du peu de coopération des autorités birmanes. 

Selon les organisations humanitaires, l’aide arrive doucement de Thaïlande, de Chine, d’Inde. La Grèce a affirmé avoir obtenu le feu vert des autorités birmanes pour faire partir en fin de journée un avion de l’armée de l’air transportant des tentes, des couvertures et des médicaments. De leur côté, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils se préparaient pour des largages d’aide aux sinistrés, dont le département d’Etat laissait entendre que Washington pourrait se passer de l’accord de la junte pour y procéder.

LA POPULATION MANQUE DE TOUT

Mais selon les spécialistes de l’humanitaire, ce sont des centaines d’avions d’aide dont le pays a besoin. Les moyens sont en effet largement insuffisants face à une population qui manque de tout : eau, nourriture, abris, médicaments. Face à cette situation catastrophique, la communauté internationale a multiplié les appels à l’ouverture de la Birmanie. Mais le processus d’obtention de visas prend du temps. Le régime militaire en Birmanie, l’un des pays les plus fermés, avait prévenu les travailleurs humanitaires en début de semaine qu’ils devraient négocier avec lui pour pénétrer sur le territoire.

Sur place les témoins continuaient de décrire des scènes de désolation. Jeudi soir, la télévision officielle birmane recensait dix-sept morts de plus, faisant désormais état de 22 997 morts et 42 119 disparus. D’autres chiffres bien plus lourds circulent. Dans la seule localité de Labutta et les soixante-trois villages voisins, au cœur du delta de l’Irrawady ravagé par le cyclone, un responsable local, Tin Win, a parlé d’environ 80 000 morts. Selon ce chef d’arrondissement de Labutta, des dizaines de villages alentour ont été balayés. Dans l’ensemble du delta, “il pourrait y avoir plus de cent mille morts”, a avancé la chargée d’affaires américaine à Rangoun, Shari Villarosa.

MONDIALISATION et crise alimentaire:quelles solutions pour limiter les dégats ?

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Les Nations unies cherchent une stratégie

 pour enrayer la crise alimentaire mondiale

Lundi 28 avril, dans la banlieue de Manille, un organisme gouvernemental a procédé à une distribution de sacs de riz. AP/AARON FAVILA

Lundi 28 avril, dans la banlieue de Manille, un organisme gouvernemental a procédé à une distribution de sacs de riz.

LE MONDE | 29.04.08 

Convaincus que la crise alimentaire mondiale risque d’infliger à l’ONU de graves revers en matière de lutte contre la faim, de maintien de la paix ou de développement, le secrétaire général de l’Organisation, Ban Ki-moon, et les dirigeants de 27 agences et fonds des Nations unies s’efforcent d’ébaucher les contours d’un plan d’action global. Au lendemain d’une réunion à huis clos tenue lundi 28 avril à Berne, Ban Ki-moon a ainsi annoncé la création d’une cellule de crise destinée à répondre au défi alimentaire.

“C’est actuellement le problème numéro un”, estime Michael Meyer, directeur de la communication de Ban Ki-moon, qui redoute que la crise “éclipse le Darfour et le changement climatique” et “amplifie” les difficultés déjà rencontrées par l’ONU pour combattre l’extrême pauvreté ou remettre sur pied des sociétés détruites. “Nous devons mettre au diapason tous les gouvernements, toutes les agences internationales, les entreprises privées et les fondations”, ajoute le fonctionnaire onusien.

Les conseillers de Ban Ki-moon explorent la possibilité de convoquer un sommet des chefs d’Etat consacré à ces questions, en marge d’une réunion sur la sécurité alimentaire organisée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du 3 au 5 juin à Rome.

La flambée des prix alimentaires est devenue un thème récurrent des discours de Ban Ki-moon. “Les prix élevés menacent d’annihiler les progrès accomplis jusque-là dans la lutte contre la faim”, a déclaré le secrétaire général de l’ONU à Accra, au Ghana, le 21 avril. “Si elle n’est pas gérée correctement, cette crise pourrait en provoquer une cascade d’autres et (…) affecter la croissance économique, le progrès social et même la stabilité politique à travers la planète”, a-t-il affirmé. Selon la FAO, 37 pays sont déjà confrontés à une urgence alimentaire qui a déclenché des “émeutes de la faim”.

Dans un premier temps, Ban Ki-moon encourage la communauté internationale à fournir au Programme alimentaire mondial (PAM) les 755 millions de dollars réclamés de toute urgence pour faire face à l’augmentation des coûts de la nourriture et de son acheminement. Il appelle aussi les Etats à adopter des “mesures audacieuses pour garantir de la nourriture abordable, même pour les plus pauvres parmi les pauvres.” A moyen terme, certains analystes prédisent que l’augmentation des prix provoquera une augmentation mécanique de l’offre agricole. Mais selon le Fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA), dans de nombreux pays, les fermiers pauvres, acteurs clés de toute réponse à la crise alimentaire, sont incapables de profiter de la hausse des prix parce qu’ils ne peuvent plus se payer les engrais et les semences nécessaires à la prochaine récolte. La FIDA prévoit de débloquer pour eux 200 millions de dollars.

 Ban Ki-moon

A plus long terme, Ban Ki-moon préconise “une augmentation substantielle des investissements et des dépenses agricoles [notamment pour] susciter une révolution verte d’amélioration de la productivité agricole à travers l’Afrique”. “Les prix aujourd’hui élevés des denrées présentent une opportunité unique de réduire les subventions et les tarifs douaniers distordant le commerce des produits agricoles”, a par ailleurs déclaré, à Accra, le secrétaire général de l’ONU, en “exhortant tous les pays, en particulier les nations développées, à faire davantage sur cette question au cours du round de négociations de Doha”, dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

La rencontre de Berne avait aussi pour objectif de faire parler les institutions internationales d’une seule voix sur des questions centrales telles que l’impact du développement des agrocarburants sur l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, estime que la transformation d’aliments en carburant est un “crime contre l’humanité” et appelle à un moratoire sur ces pratiques. Mais “il n’y a pas de tel compromis à faire entre l’agriculture et les agrocarburants”, a déclaré Ban Ki-moon à Vienne, le 25 avril. J.Ziegler

Tandis que M. Ziegler a affirmé, lundi, “comprendre” la réaction des pays qui bloquent leurs exportations de denrées alimentaires pour satisfaire la demande domestique, il leur a tout de même demandé, mardi, de ne pas y avoir recours. La Banque mondiale affirme en effet que ces pratiques “font monter les prix et frappent les personnes les plus pauvres à travers le monde”. A cet égard, M. Ziegler a salué la décision de l’Ukraine de lever ses restrictions à l’exportation de blé, ce qui a eu pour “effet immédiat de faire baisser les cours”.

Le rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation, qui arrive au terme de son mandat, s’en est également pris aux politiques “aberrantes” du Fonds monétaire international (FMI) qui a, selon lui, imposé, dans les pays où il intervient, la plantation de produits destinés à l’exportation, au détriment de l’agriculture de subsistance.

Philippe Bolopion

SUD:Un milliard d’humains n’ont pas accès à l’eau

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Eau: les problèmes augmentent…

AFP-LIBERATION : mardi 18 mars 2008

L’ONU consacre jeudi une journée mondiale à l’eau, qui fait défaut à plus d’un milliard d’humains et manquera plus cruellement encore à l’avenir sous la double pression du réchauffement climatique et d’une demande exponentielle de la population mondiale.

(… Pas) de progrès: à ce jour, un tiers de l’humanité (2,4 milliards d’individus) continue de vivre sans accès à une eau de qualité ni de simples latrines, et chaque jour 25.000 personnes en meurent, essentiellement des enfants.(…L’) objectif (…)de réduire de moitié d’ici à 2015 par rapport à 1990 la part d’humains privés d’eau potable est pratiquement hors d’atteinte(…)

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L’eau est inégalement distribuée sur la planète, et pour fournir une eau de qualité, il faut en payer le prix. «Globalement, elle est abondante là où il n’y a personne», relève Pierre Chevallier(…de l’IRD): la partie amazonienne du Pérou ou de l’Equateur, peu peuplée, est abondamment arrosée, alors que toute la côte Pacifique, poumon économique et siège des grandes villes, est asséchée, jusqu’au Chili.

Pour Pierre Chevallier, «ça ne va pas s’arranger avec le réchauffement climatique, qui va accélérer les phénomènes d’évaporation et de fonte des glaciers et réduire encore les quantités d’eau disponibles. Et encore moins avec la pression démographique: non seulement la population mondiale augmente, mais aussi les exigences de cette population avec l’amélioration de ses conditions de vie dans les grands pays émergents».

MONDIALISATION,ECOLOGIE, BIOCARBURANTS:le retour de la FAIM ?

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Agrocarburants et risques de pénuries alimentaires.

LE MONDE | 12.03.08

Le recul de la faim dans le monde est-il menacé par la conversion des terres au profit des agrocarburants ? (…)

“Le changement d’orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire.l(…L)e litre d’huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant”
, a alerté la patronne du Programme alimentaire mondial (PAM)(…)

 

Pour assurer le minimum vital aux 73 millions de personnes qui relèvent de ses programmes d’assistance, elle devra débourser, en 2008, au moins 30 % de plus que l’an passé, soit 500 millions de dollars supplémentaires(…)

(…T)ous les pays à faible revenu dont la sécurité alimentaire est fortement dépendante des importations(ont vu ,e)n 2007, la facture en céréales (…)la base de l’alimentation (…) alourdie de 35 %, pour la deuxième année consécutive.

Devant l’envolée des prix, beaucoup de pays y compris parmi les traditionnels exportateurs se sont vu contraints de réagir.L’Afrique du Sud a augmenté les allocations versées aux plus pauvres, le Maroc a réduit comme jamais les taxes à l’importation sur les céréales, l’Inde les a supprimées, la Chine a, à l’inverse, introduit depuis le 1er janvier des taxes à l’exportation sur le blé, le maïs et le soja pour limiter les pénuries sur son marché domestique, la Russie, le Kazakhstan, ont introduit des mesures similaires…

La faute aux agrocarburants ?

Dans le cas du maïs certainement. Sur les 100 millions de tonnes de céréales destinées à la fabrication de combustible alternatif, 95 millions proviennent du maïs, dont les cours épousent fidèlement depuis plus d’un an, l’ascension du prix du baril de pétrole

  

 Etats-Unis  

Pour le colza, qui en Europe est un des gagnants de la nouvelle politique énergétique, le procès aussi peut-être mené.

Réservoirs d'éthanol issu de la sucrerie-distillerie de Arcis-sur-Aube et destiné à la conception d'un carburant, le E85 (85% d'éthanol pour 15% d'essence).  AFP/FRANCOIS NASCIMBENI

Réservoirs d’éthanol issu d’Arcis-sur-Aube  pour carburant E85 (85% d’éthanol pour 15% d’essence).

En revanche, les agrocarburants ne peuvent être jugés coupables de l’envolée spectaculaire des prix du blé depuis l’été+80 %.“Aux Etats-Unis, les agriculteurs commencent à convertir leurs champs de blé en maïs. En Europe(il y a) d’autres facteurs”(…):l’OCDE rappelle une série de mauvaises récoltes, l’augmentation de la population mondiale et l’évolution (…) en Chine et en Inde où l’amélioration du niveau de vie stimule la consommation de viandes, de produits laitiers et, par ricochet, les besoins en alimentation animale.

Le niveau des stocks, au plus bas depuis vingt ans, et (…l)es spéculateurs misant sur une hausse durable des marchés agricoles, pèsent aussi sur les prix. “Agrocarburants ou pas(…d)‘ici à 2030, (…)une augmentation de 50 % de la production alimentaire sera nécessaire pour répondre à la croissance démographique.

(…E)st-il alors raisonnable de planifier une expansion à grande échelle des agrocarburants ? Une cinquantaine de pays ont adopté des dispositifs d’incitation (…) D’ici à 2020, l’Union européenne souhaite assurer 10 % de ses besoins en combustibles pour le transport routier grâce aux agrocarburants. Les Etats-Unis misent sur 5 % d’ici à 2012, la Chine 15 % d’ici à 2010(…)

L(…)es agrocarburants ouvre de nouveaux débouchés pour les pays du Sud ,(…) pour améliorer les revenus de leurs paysans. Le Sénégal vient de créer un ministère spécialement consacré aux biocarburants alors qu’il est par ailleurs en déficit chronique sur le plan alimentaire. “Les pays les plus pauvres subissent de plein fouet le choc pétrolier. Le développement d’une filière énergétique à partir de la biomasse peut leur permettre d’assurer à moindre coût une partie de leurs besoins. 1,6 milliard de personnes n’ont pas encore accès à l’électricité dans le monde”, défend Alexander Mueller, de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 5…Mais) l’essor des agrocarburants ne peut se poursuivre sans un débat préalable sur la sécurité alimentaire.

Manque de terre, sauf à se lancer dans une course effrénée à la déforestation – ce qui irait à l’encontre de la lutte contre le changement climatique –, plafonnement des rendements dans les grandes zones d’agriculture intensive :(voilà )les risques (…)d’une compétition généralisée entre les cultures alimentaires et énergétiques(…)

(extraits article Laurence Caramel)

BRESIL,pays émergent …de ses dettes!

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Le Brésil devient un pays créditeur après deux siècles d’endettement

LE MONDE | 26.02.08 RIO DE JANEIRO

La performance est historique : pour la première fois, le Brésil est devenu créditeur. Le niveau des réserves de change de la Banque centrale brésilienne a dépassé de 4 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros), en janvier, le montant de la dette extérieure des secteurs public et privé du pays : 187 milliards de dollars, contre 183 milliards.

C’est la fin heureuse d’une longue époque - près de deux siècles - pendant laquelle le Brésil a souvent traîné sa dette comme un boulet. Le fardeau de l’endettement extérieur était devenu, au fil des décennies, une source d’instabilité chronique et un enjeu majeur pour la classe politique.

Le gouvernement du président Luiz Inacio Lula da Silva a donc tout lieu d’être satisfait de ce renversement de tendance bénéfique, qui tient d’abord à la confiance que sa discipline financière a su inspirer à l’étranger. Avec rigueur et cohérence, le Brésil s’est appliqué à contrôler ses dépenses publiques et à se désendetter. En 2005, il était même parvenu à rembourser par anticipation sa dette envers le Fonds monétaire international (FMI).

Ainsi prenait fin, de moratoires en renégociations, d’accords en ruptures, un demi-siècle d’affrontements entre le Brésil et le FMI. Un épilogue d’autant plus significatif que le Parti des travailleurs, créé par Lula en 1980, avait fait du mot d’ordre “FMI dehors !” l’un de ses cris de ralliement, à l’instar des autres formations de gauche. Sous le régime militaire (1964-1985), Delfim Netto, ministre de l’économie, avait même lancé : “La dette ne se paie pas, elle se rééchelonne.”

Le Brésil a désormais les moyens d’être vertueux grâce à une conjoncture internationale favorable. Ses exportations ont triplé en valeur depuis l’arrivée au pouvoir de Lula en janvier 2003, à cause d’une forte demande mondiale de ses produits, notamment le soja, la viande de boeuf ou le minerai de fer. Cet afflux massif de devises s’est accompagné d’une forte augmentation des investissements étrangers et d’un accroissement des acquisitions brésiliennes à l’extérieur du pays.

Ces derniers mois, la Banque centrale avait aussi procédé à des achats judicieux de dollars pour disposer d’un confortable coussin de liquidités. Résultat : les réserves du Brésil sont aujourd’hui dix fois plus importantes qu’en 2003. Ce rétablissement spectaculaire s’est accompli en douceur, sans mesure radicale ou contraignante, ni intervention intempestive de la Banque centrale.

Il a fortement profité à la monnaie, le real, qui n’a cessé de s’apprécier, principalement face au dollar. Le billet vert ne vaut plus que 1,711 real, soit son plus bas niveau depuis 1999, ce qui rend moins chères les importations dont le Brésil a besoin pour développer ses infrastructures.

En devenant créditeur, le Brésil améliore encore son image de pays émergent, sérieux et respecté. La Bourse, qui se porte bien, a rapidement compensé ses pertes subies lors de la récente crise des marchés mondiaux. L’inflation est contenue autour de 4 % et la croissance du produit intérieur brut (PIB) a atteint 5,25 % en 2007. Dans ce contexte favorable, l’annonce de “la fin de la dette” extérieure procède aussi d’une opération de marketing dont l’objectif est clairement affiché : obtenir le fameux “investment grade”, ce satisfecit accordé à un pays par les agences de notation et qui signifie que les risques encourus par les investisseurs y sont faibles.

Le Brésil obtiendra-t-il cette récompense en 2008 ? Pour l’instant les trois agences semblent encore réservées. Pour les convaincre, Brasilia devra aussi continuer à réduire sa dette publique interne, qui reste préoccupante : 800 milliards de dollars, soit 43 % du PIB. Sur ce chapitre, le gouvernement peut et doit nettement mieux faire.

Jean-Pierre Langellier