Il n’y a plus de saisons

Comme on peut le lire dans un article d’El Pais , repris ici et qui a très  largement inspiré cette page, on peut en effet dire que « le temps n’est plus ce qu’il était » en lui-même peut-être mais surtout  par rapport à nous.

En lui-même, inutile d’argumenter. Nous assistons  en effet à des changements climatiques qu’ils soient eux-même inscrits dans un cycle ou inédits, qu’ils soient promesse de catastrophes ou pas.

Mais le temps n’est plus surtout ce qu’il était pour nous.

En français le mot temps peut désigner aussi bien le temps qui passe et coule que le temps qu’il fait, alors que d’autres langues les distinguent avec clarté comme par exemple en anglais (time/weather) ou l’allemand (Zeit/Wetter).

Goya-Cronos

Francisco Goya, 1746.1828

Le temps qui passe, qui fait qu’on ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve,  reste ce qui coule inexorablement et nous dépasse. Il  nous précède et nous suit, défera tout ce qu’il nous aura permis de faire. Condition de tout faire et de notre être, même s’il n’est plus l’oeuvre de Kronos dévorant ses enfants,  il n’est pas pour autant notre oeuvre. Il demeure pour nous le même dans notre représentation : ce qui ne peut ne pas être, ce qui  ne dépend pas de nous, même si notre existence en dépend essentiellement et si ce dont il est le cadre reste pour partie notre oeuvre. Si le temps ne dépend pas de nous, il dépend en partie de nous de ne pas trop en dépendre, il dépend de nous de ne pas vivre en pensant  que ce qui ne dépend pas de nous ou que de nous, dépend de nous  et surtout de prendre conscience de ce qui dépend de nous.

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Eole

Le temps qu’il fait, c’est celui qui permet d’aller se baigner ou pas. C’est celui qui favorise ou pas nos projets, c’est celui qui a été et qui reste toujours  au coeur des conversations des voyageurs et des agriculteurs,  des viticulteurs, quand il n’est pas le centre de celles des vacanciers, regardant fébrilement la bulletin météo dont vont dépendre  activités et moral des troupes.

Qu’est-ce qui a changé?

Cela fait bien longtemps qu’on ne s’en remet plus  à Eole comme le faisait Ulysse qui croyait aux pouvoirs du fils de Kronos, régisseur des vents et avait espoir d’infléchir sa volonté par ses prières et sacrifices, bien qu’il sache  celle-ci transcendante (éminemment extérieure et supérieure au monde des humains car divine) et dont il va apprendre qu’elle est  soumise elle aussi , soumise à la loi de la justice Thémis . La puissance d’Eole a donc ses limites, ses lois. En effet, c’est ce que souligne Homère avec  un épisode de l’Odyssée au livre X ( vers 1 à 75) soutenant par ailleurs l’existence de routes des vents, donc d’un certain ordre dans l’ouvrage des Dieux.  Nous sommes donc sortis depuis bien longtemps avec les savants grecs comme le disait Auguste Comte ( y voyant une avancée de la pensée vers une plus grande maturité ) de l’état théologique, les phénomènes naturels ne sont plus liés à des interventions divines mais relèvent d’un ordre naturel, sinon de lois de la nature, du moins de « relations invariables de succession et de similitudes » des phénomènes qu’il s’agit de dégager  « par l’usage bien combiné du raisonnement et de l’observation ». Donc ce n’est pas cela qui a changé, même si nous sommes passés des prières et augures, à des prévisions de plus en plus précises et à des échelles temporelles de plus en plus grandes .

Ce qui a changé, c’est que, que le temps soit l’effet de la volonté des Dieux ou de causes naturelles, dans les deux cas, il était considéré comme indépendant de nous, comme une fatalité ou une nécessité, c’est-à-dire comme ce qui ne peut ne pas être soit parce qu’inconditionnel ( pas de si…alors, avec les Dieux), soit parce que ne relevant pas de l’action ou de la volonté humaine . Comme il l’est très justement noté dans l’article d’El Pais , le climat, la météo était jusqu’à récemment « un sujet de conversation neutre, renvoyant à des objets indépendants de nos actions. Nous parlions alors d’événements qui certes nous affectaient, mais dont personne n’était responsable ». 

La faute à personne, la faute au ciel, qu’il soit ou pas la demeure des Dieux.  Voilà ce qui faisait du temps, un sujet de conversation neutre, ayant sans doute des enjeux économiques ( de la clémence du ciel dépendent récolte et prospérité, transports aériens, …), sanitaires mais pas un enjeu politique faute de responsabilité humaine.

Ce qui a donc changé c’est qu’avec l’effet de serre naturel et protecteur, se serait ajouté un effet de serre additionnel, lié aux gaz à effets de serre, au dioxyde de carbone en particulier, donc conséquence de l’activité humaine croissante. Un changement climatique ( que ce soit un refroidissement comme annoncé dans les années 60 ou un réchauffement aujourd’hui) pourrait menacer les générations futures et nous en serions donc pour partie responsables.

Ce qui a donc changé, quelque soit la pertinence de cette thèse et les limites de notre responsabilité,  c’est que la météo est donc  entrée dans le champs de notre responsabilité qui s’étend aussi loin que les effets de notre action, nous obligeant,  comme le soutient dès 1979  Hans Jonas, dans son ouvrage Le principe de responsabilité ,  à reconnaître l’injonction éthique suivante : « Inclus dans ton choix actuel l’intégrité future de l’homme comme objet secondaire de ton vouloir».

La météo n’est donc plus  l’affaire des Dieux , elle serait devenue  celle des hommes. Mais jusqu’où?  Telle est la question qu’on peut se poser, que nous posent les défenseurs de cette thèse comme les climatosceptiques, doutant de cette vérité qui dérange, parce que déformée et déformante selon eux.

Alors effet de serre ou effet de cycle? Responsabilité importante ou pas?

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D’où notre modeste projet d’y réfléchir avec responsabilité.

Projet soutenu par Unknown

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