La Centrale (2010) d’Elisabeth Filhol : descriptif de la séquence

10 06 2016

SEQUENCE 1

La Centrale (2010) d’Elisabeth Filhol,

entre documentaire et réquisitoire

Objet d’étude : le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours

Problématique : quelles visions de l’homme et de la société de son temps Elisabeth Filhol offre-t-elle à travers La Centrale ?

Perspective d’étude : étude de l’histoire littéraire et culturelle ; étude des genres et des registres 

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TEXTES ETUDIES EN LECTURE ANALYTIQUE

  1. l’incipit, jusqu’à «… qu’on en soit arrivé là » (« Chinon », chapitre 1)
  2. la relève : de « Badge magnétique et code d’accès… » jusqu’à la fin du chapitre (« Chinon », chapitre 1)
  3. le départ de Loïc : de « Notre carrière dans le nucléaire a commencé là-bas…» jusqu’à la fin du chapitre (« Chinon », chapitre 6)
  4. l’explicit, de « Il y a de grandes plages au nord de Royan… » jusqu’à la fin («  Le Blayais », chapitre 18).

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ACTIVITES

–  autres œuvres et/ou textes étudiés :

  • Groupement de textes : l’homme au travail : Emile Zola, Germinal (1885) ;Emile Zola, La Bête humaine (1890) ; Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932) ; François Bon, Sortie d’usine (1982) ; Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont (2010).
  • Groupement de textes : travailler dans le nucléaire : Mourad Guichard, « Le suicidé de la centrale de Chinon poursuit encore EDF » (6 mars 2007), article paru dans le journal Libération ; Claude Dubout, Je suis décontamineur dans le nucléaire (2010).
  • Lecture cursive facultative : Zola, Germinal (1885) ; Zola, La Bête humaine (1890) ; Robert Merle, Malevil (1972).

–  lectures d’images :

–  autres activités :

  • Elisabeth Filhol : biographie et bibliographie
  • L’oeuvre dans son contexte
  • La structure de l’oeuvre
  • Le sens du titre
  • Les personnages dans le roman
  • Le sens du roman : la question de l’Homme face au nucléaire

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Activités conduites en autonomie par l’élève :

  • Etude comparée du roman d’Elisabeth Filhol et de l’adaptation cinématographique de Rebecca Zlotowski(2013).
  • Zola au travail : les élèves ont navigué librement sur le site de la bibliothèque nationale de France (BNF), consacré à l’écrivain : comment travaille l’écrivain naturaliste ?
  • Sujet de dissertation : Dans Deux définitions du roman (1866), Emile ZOLA déclarait : « le premier homme qui passe est un héros suffisant ». Discutez cette affirmation en prenant appui sur les textes du corpus et sur les œuvres que vous connaissez.



La Centrale (2010) d’Elisabeth Filhol : lecture analytique n° 1 : l’incipit

10 06 2016

Lecture analytique n° 1 : l’incipit

  Lecture analytique réalisée par votre professeur :

– l’introduction :

-La lecture expressive :

– Le développement et la conclusion :

la centrale LA 1 incipit tableau vierge

la centrale LA 1 incipit tableau complete

     Trois salariés sont morts au cours des six derniers mois, trois agents statutaires1 ayant eu chacun une fonction d’encadrement ou de contrôle, qu’il a bien fallu prendre au mot par leur geste, et d’eux qui se connaissaient à peine on parle désormais comme de trois frères d’armes, tous trois victimes de la centrale et tombés sur le même front. Un front calme. Depuis le début des années soixante et le raccordement du premier réacteur2 au réseau, le site n’a cessé de s’étendre par tranches3 successives, comme une agriculture extensive4, dans une boulimie de terrain, sept tranches au total, d’une technologie graphite-gaz5 pour les trois plus anciennes qui sont aujourd’hui en cours de démantèlement, et le sol remis à nu par endroits et reconverti en aires de stockage. Un grillage électrifié boucle le périmètre.En deçà, c’est le silence. Ce qui frappe au premier abord, c’est ça. Hors le trafic routier et le bruit continu des aéroréfrigérants6, la perception d’un silence malgré tout sur toute l’étendue du site quand on en fait le tour.

      Je sors, elle est devant moi. Et parmi ceux qui en sortent, de l’équipe du matin, une poignée d’hommes traversent la route départementale et marchent en direction du bar. Au premier, je tiens la porte. Je devrais être parmi eux qui vont boire après leur journée de travail pour faire sas7, comme par excès de sas et complexité des procédures à l’intérieur, le besoin qu’on éprouve d’une zone tampon avant de rentrer chez soi, en dehors de l’enceinte, et pourtant encore dans sa sphère d’influence, entre collègues qui en parlent et elle toujours à portée de vue, et en même temps au milieu des autres, ceux qui n’en parlent jamais, routiers, livreurs, ouvriers de la société d’autoroutes, artisans, qui pour certains ne la voient même plus, sauf en première page des quotidiens régionaux quand elle fait la une. Avant-hier, un sujet au journal de vingt heures, on s’est réunis, chacun attend. Pour ceux qui ont été interviewés et qu’on connaît, vingt heures dix-sept. Et sur le temps d’interview, ce sont trois phrases au montage qui ont été retenues et c’est bien maigre, mais on voit la centrale, et l’avoir là, à l’écran, avec nos réflexes ordinaires de téléspectateurs pour qui tout ça n’est pas réel, et en même temps la reconnaître, parfois même s’y reconnaître ou un collègue, c’est se réconcilier provisoirement avec elle, et comme un crève-coeur qu’on en soit arrivé là.

1Agents statutaires : dans les centrales nucléaires, se côtoient trois catégories de travailleurs : les agents statutaires, qui occupent un poste fixe et sont directement employés par l’entreprise qui exploite la centrale ; les salariés des sociétés prestataires ; les salariés employés par les agences d’intérim, dont le statut est le plus précaire.

2Réacteur : dispositif dans lequel une réaction nucléaire est produite et dirigée.

3Tranches : unités de production électrique dans une centrale nucléaire.

4Agriculture extensive : agriculture pratiquée sur de vastes étendues.

5Technologie graphite-gaz : ancien type de réacteur, aujourd’hui remplacé par des réacteurs utilisant de l’eau sous pression.

6Aéroréfrigérants : tours de refroidissement.

7Pour faire sas : pour décompresser, pour se détendre (sens figuré) ; au sens propre, le sas est une pièce qui permet le passage entre deux milieux différents.

 

http://www.dailymotion.com/video/xfdrr1

Ce que l’auteur ou le narrateur veut exprimer

Comment l’auteur ou le narrateur exprime-t-il cette idée ? ANALYSE

LES PROCEDES

Dans le premier paragraphe, le personnage-narrateur est absent : il évoque la mort des salariés.

Il parle de leur mort comme de celle de soldats tombés au combat, sur le champ de bataille : ils sont morts au combat et il faut les remplacer (une relève). Métaphoriquement, on désigne les pompiers par l’expression « les soldats du feu ».

Comparaison

Champ lexical de la guerre

Le narrateur considère que la centrale est responsable de ce qui est arrivé aux trois salariés morts.

La centrale est personnifiée. Elle occupe une place importante dans le paysage et dans le texte : elle est un personnage.

Personnification

Répétition du pronom personnel « elle »

Il y a une différence entre ceux qui travaillent dans la centrale et ceux qui ne la connaissent pas de l’intérieur.

Le narrateur utilise une antithèse pour opposer deux catégories de personnes : ceux qui savent et les autres.

Antithèse

Le personnage principal (et narrateur) est observateur : il s’intéresse davantage à ce qui se passe autour de lui qu’à lui-même.

Le personnage n’apparaît que quatre fois dans le texte. Il est discret. Il est encore anonyme : on ne connaît pas son identité. Le but de ce livre est documentaire : il veut nous décrire une centrale nucléaire de l’intérieur.

Pronom personnel « je » / marques de la première personne

Le narrateur veut montrer qu’une majorité de personnes est dans l’ignorance.

Il éprouve un sentiment de révolte.

Le narrateur énumère les différents métiers concernés par la centrale nucléaire. En fait, il s’agit de ceux qui ne la connaissent qu’extérieurement.

Cette phrase est particulièrement longue : il a souhaité attirer l’attention sur elle ou bien il en avait lourd sur le coeur, besoin d’en parler.

Enumération

Le texte présente le cadre spatio-temporel.

Il y a très peu d’indications de temps : le lecteur ne sait pas à quelle époque l’action se déroule. Il n’y a pas non plus d’indications de lieu, mais le titre de la partie est « Chinon », donc il s’agit de la centrale de cette ville.

Indicateurs spatio-temporels

Le narrateur sait de quoi il parle : il connaît le monde du nucléaire. Il initie le lecteur au vocabulaire utilisé dans le milieu : le livre a une fonction documentaire.

Le narrateur utilise des termes techniques, précis, sans les expliquer.

Termes spécialisés / termes techniques

Le texte contient des éléments qui attirent l’attention : les salariés n’ont pas l’air d’être au courant ou émus par la mort des trois salariés évoqués au début ; le narrateur n’est pas ému, ne se plaint pas.

La phrase «  Je devrais être parmi eux » signifie qu’il lui est arrivé quelque chose qui l’empêche de retourner travailler. La phrase continue sans expliquer ce qu’il a (alors que c’est la phrase la plus longue du texte).

Longueur de phrase

Phrases courtes

Phrase nominale

Le narrateur évoque un incident dramatique qui vient de se produire, mais il ne l’évoque pas clairement. Il suggère.

« c’est se réconcilier provisoirement avec elle, et comme un crève-coeur qu’on en soit arrivé là. » : la centrale est personnifiée (il compare les problèmes à une dispute).

Verbes au passé

Le narrateur évoque les médias : la presse et le journal télévisé.

La fin du texte est au passé : le narrateur évoque des événements passés, mais il reste très vague. Pour le moment, il veut susciter notre curiosité. La suite du roman va nous éclairer.

Apparemment, ce qui s’est passé est assez grave pour que :

1°) la presse se déplace

2°) le narrateur ne puisse plus travailler

« ce sont trois phrases au montage qui ont été retenues et c’est bien maigre » : le traitement médiatique est décevant ; on peut supposer que le roman nous donnera plus de détails.

Champ lexical de la presse, de l’information

Le narrateur utilise un langage simple, presque oral : il utilise le pronom démonstratif « ça » au lieu de « cela », il répète la conjonction de coordination « et » (polysyndète).

Dans le roman, il n’y a pratiquement pas de paroles rapportées, de dialogue : on n’entend que la voix du narrateur. Nous suivons celui-ci et nous découvrons ses pensées, ses états d’âme.

marques de l’oralité

polysyndète

Problématiques envisageables :

En quoi ce texte est-il un incipit ?

En quoi ce texte est-il surprenant ?

Quelles informations ce texte apporte-t-il ?

En quoi ce texte éclaire-t-il le titre ?

A quelle suite doit-on s’attendre à la lecture de ce début de roman ?

L’introduction :

La lecture expressive :

Le développement et la conclusion :