l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Tandis que la « lemon curd » refroidit et que de doux parfums de pâtisserie envahissent la maison, je profite de ce moment pour vous souhaiter mes meilleurs voeux de belle et bonne et heureuse année 2008.

Que vous souhaiter ? Nombre de nos lecteurs enseignent. Il faut de l’énergie, de l’enthousiasme, de l’estime de soi pour en donner ensuite à nos élèves.
On nous dit souvent que le climat est pessimiste, que l’inquiétude domine… il peut-être difficile d’enseigner des valeurs lorsqu’on les sent menacées, mais c’est peut-être aussi parce qu’elles sont menacées qu’il faut les enseigner mais plus que de les dire, il faut pouvoir les vivre…

L’éthique au coeur, la bonne distance : empathie mais professionnalisme… facile à dire n’est-ce pas ?
Certains maîtres, trop nombreux, travaillent encore très seuls. Je crois qu’on peut leur souhaiter de travailler plus souvent ensemble, mutualiser, partager… et là, parfois, il faut savoir oser pousser la porte ou ouvrir la sienne…

Certains maîtres veulent motiver des élèves dont ils sentent qu’ils échappent de plus en plus au projet scolaire… Litote. Peut-être plus que des appareils pédagogiques complexes, il faut pouvoir se centrer sur la connaissance à transmettre, savoir en goûter la saveur, apprendre à en décrypter les richesses et les secrets : oui la conjugaison peut-être intéressante et amusante, oui l’entraînement au calcul mental stimule notre réflexion, non le code n’est pas idiot pas plus que l’orthographe ne serait « la science des ânes »… Il n’est pas de basses tâches ou d’activités de bas niveau… tout mérite à l’école égale dignité ! Forme et fond s’articulent et structuration et expérimentation ne s’opposent pas !
Pour qu’ils fassent bien, il faut aimer le travail bien fait, pour qu’ils (nos élèves) écrivent avec soin, il faut qu’ils voient des maîtres écrire longuement et bien au tableau… Il faut « leur donner à voir » parce que rien ne va de soi et que les implicites à chaque fois méritent d’être levés. Donner du sens.

Pour qu’ils apprennent de nombreux chemins sont possibles. Ce n’est pas le même chemin pour tous mais certaines manières de faire réussissent mieux que d’autres. Là où bute visiblement l’élève en difficulté peut aussi « se cogner en silence » l’élève qui semble mieux réussir. Il dit les mots, mais a-t-il compris ?

Contrairement aux apparences, aux regretteux des méthodes d’antan, nous n’avons pas fini d’apprendre sur les manières d’apprendre sans compter que les connaissances elles mêmes bougent…

Alors, je vous souhaite la curiosité, d’oser prendre le temps de questionner ce qui vous paraît simple…

Si vous le pouvez, je vous souhaite de pouvoir rencontrer d’autres enseignants, de parler avec vos élèves de ces connaissances et de ce qu’ils en perçoivent… Je vous souhaite aussi sans préjuger de pouvoir « faire alliance » avec les familles, co-éducatrices de plein droit que nous devons aussi restituer dans leur entière dignité si nous voulons qu’ elles  exercent leur entière et pleine responsabilité.

Cela ne veut pas dire s’asservir… et nous savons que le but est aussi de favoriser l’émancipation de nos élèves y compris des modèles qui pré-existent, mais une émancipation qui puisse conserver et développer le lien social…

La complexité des enjeux doit-elle nous rebuter ou nous faire peur ?

C’est peut-être une chance de vivre dans une époque où les questions sont aussi nombreuses.

Difficile quand nous devons aussi construire la stabilité dont la jeunesse a besoin… mais n’est ce pas la belle responsabilité d’adultes, de citoyens et de professionnels ?

Alors je vous souhaite une belle année, riche en questions, en échanges, en découvertes, en inventions pédagogiques, en courage… mais si vous m’avez lu jusqu’ici, c’est preuve que vous en disposez !

Encore une fois très bonne année 2008 !

« il serait important d’avoir une forme d’instruction publique qui ne laissât échapper aucun talent sans être apperçu »(Condorcet).

Question piège ou bateau d’une amie sur « ce qu’il me semblait le plus important pour un maître »…

Je n’allais pas lui citer le cahier des charges de la formation des maîtres et les dix compétences… J’ai répondu : « transmettre, différencier, relier ».

Transmettre, parce qu’un enseignant doit oser mettre en partage ses connaissances.

Différencier parce qu’il faut aider l’élève à questionner le monde, classer, trier, identifier, chercher à construire de la pensée rationnelle. Histoire de devenir élève… Différencier parce que chaque élève n’avance pas du même pas vers la connaissance pas plus qu’il n’en a le même regard…

Relier parce que tout interagit et qu’il faut à la fois montrer ce qui relie l’homme et son Monde, les systèmes entre eux, la complexité et parce que le partage d’intelligences reste la chance de l’Humanité. Relier parce que vivre ensemble est difficile mais ce qui nous ressemble en nous doit nous rassembler plus que ce qui nous sépare…

L’école pour goûter à l’Universalité et revendiquer l’éducabilité de tous …

C’est un peu grandiloquent et pourtant c’est aussi là que le socle commun peut se retrouver (transmettre les connaissances, différencier les domaines et construire de la transversalité…) ou la polyvalence du maître capable d’aider l’élève à observer et classer les particularités de la langue comme il l’a fait la veille avec des catégories animales en sciences… ou bien parce qu’il lui permettra de comprendre la langue scolaire au travers des différentes disciplines… Un maître qui doit aimer apprendre autant qu’enseigner et qui doit aussi s’interroger sur le chemin et les obstacles que rencontre l’élève face au savoir…

Comme il doit savoir s’émerveiller de ces intelligences neuves que chaque rentrée scolaire conduit devant lui…

Et vous, qu’auriez-vous dit ?

Les TUIC c‘est à dire les techniques usuelles de l’information et de la communication constituent aujourd’hui le quatrième pilier du socle commun des connaissances et des compétences.

Dans les textes comme dans les lieux de formation, il est habituel de décrire l’informatique comme « un outil au service de… ».
On voit bien le double souci de dédramatiser la relation à l’outil tout en veillant à développer l’esprit critique.

Pourtant l’informatique et en particulier Internet, n’est peut-être pas un simple outil mais peut constituer une autre façon de penser :
– autre façon de penser dès lors que l’hypertexte (l’hyperlien) favorise une toute autre construction de l’écrit puis de l’information qui se maille en toile (la fameuse toile d’araignée exprime une vision heuristique )
– autre façon de penser puisque les noeuds de la toile sont en interaction  et bénéficient des interactions des visiteurs ce qui aura un impact sur le référencement de l’information, sur la proximité des liens entre eux … Internet est le lieu de la « sérendipidité » dont il faut bien comprendre qu’elle n’est effective que parce que bien préparée par un contexte et des manières de faire choisies… ce n’est pas le simple jeu du hasard et « surfer » sur le Net exige des compétences spécifiques – et les enseignants ont un rôle capital à jouer pour éviter la fracture numérique -.

Cette toile est en évolution permanente. Elle peut favoriser les pires dérives commerciales et par « le marquage » ou la « traçabilité » de nos navigations risquer de restreindre les libertés individuelles, mais elle peut aussi aider à développer une « démocratie cognitive ». Les blogs, les forums… permettent souvent d’échanger « à l’horizontale » c’est à dire sans hiérarchie et pour peu que l’on sache s’orienter, il est parfois possible d’échanger aisément avec des scientifiques, des chercheurs… comme bien entendu des autodidactes aux connaissances plus ou moins affirmées (c.f. Wikipedia) ou à des individus peu honnêtes…

Joël de Rosnay décrit  le phénomène dans le Pronetariat : à chaque fois que nous cliquons sur un lien nous le rendons plus repérable, dès lors que nous ajoutons une page, une image… nous faisons évoluer Internet qui se constitue comme un immense cerveau en évolution permanente, un système avec connexions neuronales, ses fragilités (les virus, la fausse rumeur…) et ses défenses (l’anti-virus, la possibilité de « répliquer »…).
– une autre façon de penser qui dépasse notre vision cartésienne du classement : les moteurs de recherche agissent comme d’immenses butineurs. Les espaces de stockage en ligne deviennent immenses ( on nous propose gratuitement d’ouvrir des boites de plus de deux gigas…). Il n’est plus possible de tout mettre en tiroir. Il faut créer des « tags », des points de repères pour ceux qui chercheront plus tard l’information…
La nouvelle plateforme Windows dont on peut par ailleurs critiquer la politique commerciale, donne avec Vista , un logiciel où vouloir tout ranger en tiroirs c’est quasiment perdre du temps… Il faut de grands répertoires puis laisser travailler l’indexation automatique et le moteur de recherche…

D’autres exemples pourraient s’ajouter : les objets technologiques actuels et leurs multi-fonctions, le développement d’applications à distance (TNI, outils télécommandés…) ne vont pas favoriser seulement d’autres fonctionnalités ou applications mais vont faire évoluer nos perceptions et nos modalités d’exploration, de représentation… Tout évolue vite et peut sans que nous en mesurions encore tous les effets « impacter » notre façon de penser le Monde et de nous penser dans le monde.

Cette dimension devrait être explorée… Des pistes sont à ouvrir et des chances à saisir.

Une fiche sur la parole du maître avec en rappel d’autres fiches sur le même thème, sont en ligne sur prepaclasse.