l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Le conseil des maitres de cycle est ce lieu où l’enseignant vient parler de ses élèves et plus précisément des élèves les plus en difficulté. Parfois d’un seul « cas ».
Souvent, trop souvent, le temps passé à décrire la vie personnelle et le comportement de celui-ci domine sur les problématiques liées aux apprentissages.

Certains élèves, qui doivent faire l’objet d’un projet construit et concerté monopolisent parfois l’attention et masquent d’autres besoins.
Il arrive également que l’on minimise telle ou telle difficulté, sous prétexte de donner du temps au temps, pour ne pas sembler désobliger un collègue qui pourrait se sentir mis en cause dans son action antérieure…

La réalité est complexe, une bonne évolution serait que chaque conseil de cycle puisse réfléchir à une méthodologie qui permette à l’équipe de questionner le profil des élèves et d’ajuster les progressions et les actions ciblées menées en direction d’un élève ou d’un groupe d’élèves.

Le conseil des maîtres de cycle devrait se donner des repères fondés sur les programmes et leur lecture attentive et s’appuyer sur des évaluations partagées. Des regards croisés;

Fonctionnant un peu comme une « cellule de veille » , aidant à dépasser les urgences individuelles, lieu de régulation et d’ajustement, le conseil doit aider à penser à tous et à chacun, il doit  permettre d’aider à s’interroger à propos de l’élève dont on dit « ça va ».

S’il est tenté de construire en creux le portrait scolaire de l’élève, il doit s’essayer  à repérer les progrès et aider le maître à nommer les réussites.
Le conseil doit pouvoir soulager le maître en prenant à son compte les problématiques .

Outil de professionnalisation et d’intelligence partagée, ce conseil reste souvent formel ou peu opérant si on ne lui donne pas corps autour d’une méthode, s’il n’aide pas à élaborer une stratégie partagée… un vrai chantier à explorer articulé avec le projet d’école…

La revue « Pour la Science », donne un édito qu’elle titre « anticiper un art difficile« . Cette capacité nécessaire à l’élève pour éviter de se fourvoyer, l’est encore plus au maître qui doit sans cesse avancer tout en prenant les précautions utiles, adapter sa pratique en mesurant l’effet de ses actes par le feed-back immédiat que lui donne l’élève qui apprend.

J’anticipe l’erreur qui va être commise et je régule… parfois je gomme l’obstacle et soudain, l’activité perd de son intérêt ou de sa résistance. Le principe de précaution connait ses limites, mais n’en prendre aucune c’est le risque d’embourber l’élève…

Ici encore, le professeur qui pilote son équipage, doit solliciter dans un vrai dialogue pédagogique la parole de ses élèves pour qu’ils disent ce qu’ils font, ce qu’ils en comprennent et quelles stratégies ils mettent en oeuvre. Il faut laisser les élèves dire et ne pas dire à leur place mais élucider et donner du sens aux essais…

Anticiper c’est ajuster, nommer les contraintes. Le maitre comme l’élève travaille sur sa « zone proximale de développement ». Il avance avec son « a priori » qu’il va confronter à la réalité. Pour bien anticiper, il faut savoir interpréter.

Est-ce parce que nous trouvons longue la journée de classe ?

Si nous pensons à la métaphore du voyage, la journée de classe n’est-elle pas un étrange périple ?

Se salue-t-on toujours avant de partir ? Le pilote semble garder son plan de vol secret.

D’abord des temps perdus à s’attendre les uns les autres, à contrôler les voyageurs avant l’embarquement, à se montrer des papiers inutiles.

Parfois, le voyage est connu d’avance. Rassurant, lassant…

Parfois sans bagage, les yeux fermés, le « voyageur – élève » ne sait pas toujours où il est conduit, dans quel sens…

Parfois, arrivé à destination, dans un beau pays de connaissance, s’y sentant bien et utile, le voyageur explorateur est soudainement arraché à son apprentissage, il faut déjà partir, si vite, passer à autre chose à l’autre bout du Monde… Le voici soudainement encombré de bagages…

Parfois logé en chambre individuelle, parfois regroupé avec des passagers qui lui ressemblent trop, peu souvent convié à faire autre chose que poser son barda à côté de celui des autres….

Il arrive encore qu’un autre pilote vienne avec des airs de conspirateur extraire le « voyageur – élève » de son groupe pour un autre voyage « à part », une sorte de voyage secret dont il reviendra après une trentaine de minutes avec la sensation du décalage horaire, les autres ne l’ont pas attendu, ils ont vu des paysages dont ils parlent et lui ne peut raconter ses propres découvertes…

Etrange voyage où l’hôtesse vous répète en dix langues étrangères comment utiliser un parachute que vous n’avez pas trouvé sous le siège.
Il faut manger très vite un plateau froid. S’agiter pour des escales énervées et revenir plus vite pour d’autres escales qui se succèdent… malgré la fatigue…

Est-ce parce que nous trouvons trop long le voyage de la journée de classe que nous changeons sans cesse de direction et nous évertuons à perdre du temps… nous qui disons en manquer alors que nous en passons plus que les autres à l’école ?

Comme le rappelle le quotidien La Croix, la commission Pochard devrait rendre son avis sur l’évolution du métier du professeur des écoles la semaine prochaine. Le ministre lui-même devrait faire des annonces…

Au coeur des problématiques et de l’évolution du métier les questions de l’hétérogénéité, de la formation des maîtres et de l’organisation de leur service devraient venir au premier plan.

Un programme pour tous , des parcours individuels … Animer cette tension entre un programme univoque qui s’adresse à un élève « moyen » qui est une fiction et la nécessité de respecter le rythme individuel sans se laisser piéger par un enfermement dans une forme d’attentisme… voilà l’un des enjeux forts. La difficulté essentielle d’un métier qui ne peut s’exercer seul.

Passer du traitement égalitariste à l’équité qui est elle même une combinaison de l’égalité des chances et de l’inclusion… ce sera l’enjeu de demain. Une dynamique qui aura besoin d’une culture de l’évaluation pensée sur les compétences des élèves et la capacité à développer l’estime de soi…

Cette formule citée par Perrenoud dans son ouvrage « Pédagogie différenciée » (ESF) est une reprise du point de vue de Meirieu pour qui respecter les différences c’est prendre le risque d’y enfermer la personne.

« Je tiens compte des différences »ajoute Meirieu, « c’est à dire que je prends en compte le niveau où il (l’élève) est mais je vais l’aider à progresser ».