que savons-nous de nos élèves ?

Entendons-nous. Il n’est pas question de contraindre nos élèves à rendre compte de leur vie privée. Pour des raisons éthiques et parce que l’école doit rester ce lieu où l’élève s’autorise d’essayer d’autres façons d’être, de vivre et de penser. L’école reste ce lieu d’émancipation où la confrontation à d’autres réalités éclaire.

L’école est encore ce lieu où l’élève doit pouvoir oublier son histoire personnelle ou les difficultés sociales qu’il pourrait vivre.

Dans le même temps pouvons-nous nous exonérer de disposer d’une vision de ce que vivent nos élèves ?
Par exemple, la langue parlée à la maison, si l’élève est le premier ou non de la fratrie… peuvent avoir une incidence sur sa façon d’apprendre à lire.

Si l’école est le seul lieu du français pour l’enfant, s’il est l’aîné ou s’il a déjà entendu un plus grand lui parler “la langue de l’école”… tout cela ne saurait être ignoré.

Les aides et dispositifs divers d’accompagnement de l’élève / enfant méritent aussi d’être connus, sans intrusion, mais pour ménager les équilibres.

Dans le champ du handicap, on évoque aujourd’hui la notion de “compensation” qui rompant avec l’égalitarisme promeut l’équité.

C’est un enjeu important qui doit se négocier avec finesse… des risques existent.

Mais la question reste posée pour chaque maître : que sait-il des élèves face à lui ? de leurs connaissances ? de leur environnement ?

Trop souvent s’entendent des jugements réducteurs sur la structure familiale ou les choix éducatifs des familles ou la communication des parents avec leurs enfants qui restent caricaturés ou mal connus…

Mesure-t-on toujours l’écart culturel et la tension que l’on impose à l’enfant de certaines cultures lorsqu’on exige à l’école “qu’il vous regarde dans les yeux”, alors qu’à la maison on lui enseigne à baisser le regard devant l’adulte, lorsqu’on lui demande de prendre la parole en classe alors que le matin même sa mère lui a intimé “et surtout, ne dis rien à l’école !”

Connaître les élèves dans ce qu’ils sont et vivent ailleurs, peut aider à mesurer l’écart entre le bagage nécessaire pour suivre ce que l’école propose et ce dont les élèves disposent.
Il ne s’agit pas de renoncer à ce qu’ils sont, mais d’expliquer des codes, lever des implicites et de les aider à entrer dans les exigences scolaires en les accompagnant dans le franchissement de cet écart.

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