l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

A l’heure où bien des familles se trouvent des excuses pour favoriser l’évasion des enfants avant la fin de l’année, à l’heure où un certain relâchement semble atteindre parfois même le bon élève soudain chatouillé par une ambiance « pré-vacancière »… Qui vient avec la plus grande régularité ? qui se rapproche ostensiblement du tableau ? Qui  » s’incruste » diraient même certains maîtres dépités et étonnés ?

Celui dont l’oeil brille trop, le chahuteur de service, celui qui n’a pas semblé tout au long de l’année témoigner d’un enthousiasme formidable pour la classe et encore moins fait d’effort. Celui dont l’oeil narquois, encore cet oeil, vous inquiétait par ses réparties. Celui dont vous pensiez qu’il n’aimait guère l’école et vous avec, incarnation de tout ce qui fait repoussoir au « cancre scrupuleux »…

Celui dont vous auriez pensé qu’à la moindre occasion il aurait pris le chemin des écoliers ou aurait préféré des escapades dans la poussière ensoleillée aux bancs de votre école … même engagée dans l’ultime répétition du spectacle ou dans des conseils ardents pour la sixième…

Il est là pourtant. Il ne vous quitte pas des yeux. Il est ultra-présent. Il est même capable de vous réclamer du travail et témoigne soudain d’un attachement pour la classe, pour l’école…

Et vous découvrez qu’il a peut être appris plus que prévu, qu’il en sait peut-être un peu plus long sur des sujets étonnants, qu’il a aimé votre leçon d’histoire et l’expérience en sciences et surtout qu’il n’a pas fini d’apprendre, qu’il veut bien apprendre et que le drame pour lui ce sont les vacances. Ce vide devant lui.

Apprendre l’inquiétait mais ne plus pouvoir le faire l’inquiète plus encore.

Il y a un peu moins d’élèves dans la classe, vous échangez avec lui et vous comprenez mieux que le masque provocateur ne faisait que cacher la mésestime de lui-même et la peur d’apprendre qui est à l’enfant du siècle bien plus forte que la peur du loup.

Alors qu’allez-vous faire de cette présence, de cette insistance ?

Il y a certainement des projets à imaginer pour lui, peut-être un interlocuteur à rencontrer, peut-être lui dire aussi ce que vous ressentez de cette capacité d’apprendre… Que voudrais-tu revoir et mieux comprendre avant de partir ? Et le stage cet été ne serait-il pas utile aussi ? Et l’an prochain comment commencer l’année ?

Et vous illustrerez concrètement le mot d’éducabilité…

Je lisais une contribution protestataire qui affirmait que l’on demandait « plus d’efforts aux plus faibles » en leur imposant par exemple de participer aux dispositifs d’aide individualisée après la classe.
Il est des façons de faire qui doivent permettre de prendre en compte les différences dans la classe dès l’amont.
C’est ce que préconisent les textes.
Mais franchement, quelle naïveté de laisser croire que l’effort d’apprendre serait équitablement réparti entre tous nos élèves. Ceux qui sont déjà au contact des éléments culturels, qui disposent des codes sociaux, qui peuvent mettre du sens dans les apprentissages…pour eux c’est plus facile. Quand vous avez déjà les mots, ça aide.
Pour ceux qui ne les ont pas et très tôt l’école doit pratiquer le « bombardement culturel » cher à Gérard Chauveau.
Et tous les moyens et tous les recours dont l’école dispose sont bons pour ne pas laisser filer l’échec.
Ce n’est pas stigmatiser que d’agir le plus tôt possible, avec la plus grande résolution possible…
N’est-il pas bien naïf de laisser croire que ce sera aussi facile pour tous ? L’école doit compenser, épauler, soutenir, nommer les réussites mais agir.
Il ne s’agit pas de laisser croire que tous les efforts devraient reposer sur les seuls individus. Mais il suffit souvent de montrer que l’on s’intéresse aux premiers progrès de l’élève pour qu’il s’engage dans les efforts.
Rien de naturel et de spontané dans l’apprentissage.
Il faut une volonté même exprimée avec la plus grande patience et attentive aux mille chemins pour apprendre.
Il faut un juste effort, un effort équilibré qui conserve sens et soit récompensé, un effort qui émancipe. Il y a alors une beauté dans l’effort et aucune indignité au contraire dans les petites tâches scolaires.
Bien sûr qu’il faudra à certains élèves plus d’efforts qu’à d’autres. Et plus d’encouragements aussi.
Rien de plus moderne que cette école de la réussite qui explicite le savoir…

Ce serait fabuleux si nous parvenions à nous souvenir comment nous avons appris les choses que nous savons.

De ces choses, il serait intéressant de connaitre celles que nous avons sues avant de les comprendre et celles que nous avons comprises avant de les savoir.

Des mots et du concept qui précéda l’autre ?

En menant des recherches sur le net ce double constat : les sites y sont hautement périssables et peuvent vite disparaitre… Ce blog lui même n’est conservé « qu’en ligne » dans des espaces virtuels… et dans le même temps, on trouve sur le net, via les moteurs de recherche, des traces de pages disparues ou retirées…

Chaque geste , échange, production sur la toile apporte sa petite touche et tout interagit… c’est de la pensée individuelle qui rejoint d’autres pensées et vient alimenter ce cerveau en expansion… Hyperlien, hypertexte, hyperpensée ?
Des risques, mais un système vivant, en évolution constante.
Pressentiment que ces aspects auront leur influence sur notre relation au savoir.

Des collègues m’interrogeaient sur les derniers changements voulus par le plan pour l’école.
Ils sont significatifs, mais il me semble que le véritable virage de notre système éducatif a été marqué par la  loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » du 11 février 2005.
Cette loi pose que tout enfant « a droit » à l’école et que c’est au système de s’adapter en compensant si besoin afin de permettre à chacun l’accès à l’école.
Derrière ce texte fondateur, tout ce qui a trait à l’individualisation des parcours, à l’obligation de différencier l’enseignement nous montre que l’école ne peut plus proposer un schéma univoque confondant égalitarisme et égalité.

C’est parce que l’institution reconnait qu’il n’y a plus un seul chemin pour apprendre, qu’elle a donné par la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école, la responsabilité pédagogique. Cette responsabilité engage le professionnel à choisir la « bonne méthode », à en changer si besoin… car une méthode n’est bonne qu’en fonction des effets qu’elle produit et des progrès qu’elle favorise.

Mais l’école, si elle individualise, reste un lieu collectif où il s’agit d’apprendre aussi à rencontrer l’autre, de se former à la citoyenneté et qui s’inscrit  dans le postulat qu’on n’apprend jamais bien seul, même seul avec un professeur, mais que la voie des apprentissages par interactions avec des pairs est une voie hautement formatrice.

Un point de tension existe probablement dans ce dialogue à construire entre des temps partagés, collectifs, des moments en plus petits groupes voire très individualisés.

En arrière plan se pose la question de la difficulté scolaire.

Il est normal de rencontrer des difficultés dans l’apprentissage. En revanche nous confondons souvent l’élève ayant « des difficultés » avec celui « en difficulté ».

Des difficultés passagères peuvent être traitées dans l’apprentissage en classe. Lorsqu’elles sont plus structurelles par une aide ou le détour pédagogique, y compris en dehors du grand groupe… viennent ensuite des dispositifs encore mal explorés comme les PPRE qui peuvent intégrer divers moyens et acteurs dont la famille et le RASED… lequel peut intervenir dans la classe ou hors de la classe, plutôt auprès d’élèves « en difficulté »…
On le voit bien,nous ne pouvons pas figer nos modèles et nos représentations si nous voulons être attentifs aux besoins réels de l’élève.

Nous avons l’obligation de vigilance active, de réactivité face à la difficulté en la détectant tôt.

Éducabilité de tous, relation aux savoirs, valeurs…
L’Estime de soi et son développement ont pour la première fois fait leur apparition dans nos textes institutionnels.
Cela veut dire aussi sans démagogie, faire évoluer nos pratiques vers une pédagogie de la réussite, de l’assurance, de la réassurance… qui n’est en aucun cas une pédagogie d’un étayage « carcan » et dévoreur d’autonomie, pas plus qu’un enseignement démagogique qui nierait l’effort.

L’effort est déprimant s’il ne donne jamais rien. Mais nous le rechercherons dans une belle dynamique, une émulation d’autant plus réjouissante que la compétition se construira avec soi même, dans ces petits défis que l’on se donne et qui construisent un projet personnel d’apprentissage au long de la vie.

Il est de bon ton de chercher des coupables, d’être pessimiste, de cultiver une forme d’agressivité… L’incertitude, la déstabilisation, les inquiétudes d’un siècle soumis à des mutations imprévisibles, tout cela peut nous inciter à nous réfugier dans notre coquille… C’est souvent une posture qui protège du risque d’avoir à endosser la responsabilité des éventuelles erreurs… Pourtant, il semble autrement plus exaltant d’aller repérer les leviers du changement, de stimuler son imagination, de chercher de nouvelles solutions en ne se trompant pas d’orgueil.

Plus j’aurai peur du changement, plus il sera cruel avec moi. Exactement comme l’équilibriste qui doit traverser son fil.