l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

« Il est beaucoup plus difficile d’avoir un niveau relativement bon chez tous les élèves que d’avoir quinze élèves particulièrement brillants. Fabriquer des élites ce n’est pas dur. C’est beaucoup moins dur que d’avoir l’exigence de ce que pourraient savoir ces élèves. » [François Dubet in L’Enseignant – hors série de sept 2009].

Face aux changements que l’Institution demande, il y a celui qui assure et peut être veut se rassurer : « mais je le faisais déjà ! « 

Cette certitude mérite peut être d’être interrogée. Dans ce déjà, il y a la question du comment

Tout autant que celle qui s’exprime dans l’affirmation du refus.

Le premier intérêt d’un changement voulu par l’Institution n’est pas la distribution de bons points ou d’anathèmes. Il s’agit de questionner. Questionner la pratique, observer le curseur, désigner les urgences au regard de l’exigence démocratique.

Se questionner sans se renier mais en osant secouer l’arbre de son habitus.

Un programme scolaire ouvre la focale sur ce qu’il faut d’abord apprendre. Qui trop embrasse trop mal étreint. La transmission exige une bonne économie de la pédagogie.

La notion à enseigner n’exige pas toujours avec les plus jeunes ces appareils, ces déguisements, ces détours. Le sens s’y perd, le sens premier de ce que l’on fait.

On veut sans cesse dans un contresens soigneusement entretenu opposer effort et plaisir.
Nul masochisme que de souligner le bonheur d’une réussite obtenue après l’effort, après le temps du refaire si nécessaire… mais il faut donner à voir ce que l’on attend de l’élève.

Comment voulez-vous qu’il devine s’il n’a pas vu ?

Comment voulez-vous qu’il structure sa page et écrive droit s’il voit un tableau en désordre et illisible ?

Comment voulez-vous qu’il écrive jamais un beau texte s’il n’en entend pas très tôt ?

A l’école, on convoque souvent les élèves à refaire le Monde et c’est long et improbable. Ou bien, on sème sur leur chemin mille petites pierres, ces cailloux d’implicite qui coincent dans la chaussure.

Il y a ceux qui auront reçu les codes à la maison et qui passeront outre. Et ceux qui buteront parfois sur ces petites pierres, de si petits cailloux que le maître les regarde à peine, les yeux fixés sur le résultat.

Une meilleure économie de la relation au savoir, la chasse exigeante aux implicites, l’aimante valorisation de l’effort, la centration, la chasse à l’éparpillement, à l’émiettement de la pensée.

Moins de « zapette ». Moins de photocopies et plus de livres.

La mémoire comme alliée et non pas discréditée comme s’il était idiot de se souvenir et d’avoir du savoir en magasin.

Puis relier. Faire des ponts. Reconnaître.

Et puis personnaliser. Non pas se confondre dans le préceptorat mais tenir compte du parcours de chacun, de la perspective. Il est normal de rencontrer des difficultés. Il est anormal de ne pas s’y attaquer, très tôt.

La motivation que l’on veut parfois construire autour de l’objet à enseigner, pour faire plaisir à l’élève, c’est peut-être celle qui a manqué au maître. Peut-être le maître ne voit-il pas toujours l’intérêt, la richesse de ce qu’il enseigne dans ces petits objets qui peuvent lui sembler un solfège dérisoire…

Et pourtant, il n’est pas de petit savoir. Enseigner le verbe ou l’égalité, c’est enseigner des notions essentielles qui questionnent la pensée et le langage.

Mais il faut peut être  – que de peut-être ici – que le maître regarde mieux ce qu’il doit enseigner, qu’il questionne ce petit savoir de base qu’il doit enseigner…

Est-il toujours si sûr de lui ?

C’est quoi la difficulté au juste ?

Peut-être un point noir, un silence, une impasse sur ce que j’enseigne, ce que je ne dis pas… parce que je me l’occulte à moi même.

Alors il faut que le maître redevienne un instant son propre élève. Qu’il ouvre la boite. Exactement comme lorsqu’on ouvre pour la première fois le ventre d’une montre et que l’on admire la mécanique des rouages.

Il faut aussi aimer ces petites choses à enseigner parce qu’elles contiennent chacune les plus grandes questions.

Puis devant cette complexité soudain révélée à soi, non pas renoncer, non pas effrayer, non pas réduire en travestissant la vérité, mais oser la simplexité. Amener devant l’enfant un objet de savoir sans les pièges.

Enseigner et nommer la relation au Savoir…