l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

On s’étonnera que ce blog s’intéresse soudainement aux documentaires animaliers, pourtant, c’est à l’occasion de ces vacances, en regardant quelques documentaires animaliers que plusieurs constats confirment la prudence nécessaire vis à vis de ces films que l’on pense anodins.

France 5 notamment, chaine qui a plutôt bonne réputation, diffuse volontiers de tels documentaires. Quoi de plus rassurant pour les parents que de laisser leurs enfants devant de tels programmes ?

Les images sont belles et l’amour de la nature, la nécessité de la préserver, nous rendent enclins à favoriser la diffusion et la promotion de ces films qu’on préfère à nombre de feuilletons niais.

Et pourtant, à bien les regarder, ou plutôt les écouter, ils présentent deux défauts majeurs singulièrement liés :

  • ils développent un anthropomorphisme marqué. Dans un premier temps celui-ci peut permettre de susciter l’adhésion du jeune public, mais il a pour défaut majeur de prêter aux animaux des sentiments, des intentions qu’il reste difficile de leur attribuer : un animal choisit-il sa vie ?
  • ils favorisent des stéréotypes relatifs au rôle des sexes en leur conférant des vertus supérieures puisqu’issues des « lois de la nature » : instinct maternel, suprématie du mâle… Ce matin, un documentaire évoquait le rôle du lion en l’associant à des vertus « viriles » de force et de courage renvoyant la lionne au maternage. Pas de vérité scientifique ici et surtout, un commentaire vu du point de vue du jeune lion lui prêtant des sentiments bien humains… qui renforcent l’ambiguïté.

Alors que faire ? Couper le son ? Car, comme le rappelle Frederique Calcagno Tristant, le documentaire animalier donne une place prédominante au son comme s’il fallait éviter de « regarder » vraiment les images.

En classe, on pourrait attirer l’attention des élèves sur le « qui parle ? » et jouer d’ailleurs à refaire pour part le commentaire en revenant à ce qu’apporte l’observation et ce qu’elle dit et surtout ce qu’elle ne dit pas . On pourrait ainsi travailler sur le décalage entre l’image montrée et ce qu’on en dit y compris en montrant que de telles images décontextualisées peuvent prêter à de nombreuses interprétations.

Où sommes-nous ? Quand ces images ont-elles été filmées et sur quelle durée ? Une recherche peut montrer le flou qui règne souvent sur les éléments de contexte et le cadre scientifique de construction de ces images.

Au delà, la leçon de sciences en classe, doit  faire place à plus d’exigence dès lors que l’on évoque le comportement des animaux. C’est souvent que des commentaires sont émis par les élèves ou les maîtres prêtant des intentions aux animaux voire aux organes… qui nous montrent que la téléologie raillée par Voltaire n’est jamais loin … Laissons parler Pangloss pour finir : « Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être  autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est  nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que  les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi  avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement  constituées pour être chaussées, et nous avons des  chausses. – Voltaire, Candide, Chap. 1 »

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