l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

La loi de 89 avait institué les cycles et celle de 2005 les a poursuivi …

On sait la difficulté à faire vivre cette double idée qui s’impose à nous comme une injonction paradoxale : chaque élève doit progresser à son rythme dans les apprentissages et pourtant des rendez – vous sont fixés dans le but d’atteindre les compétences exigibles pour le socle commun…

Il faut donc programmer pour la classe en tenant compte des repères annuels et tenir compte de la nécessaire individualisation des parcours.

L’observation concrète des programmations montre qu’elles sont vues surtout comme une répartition des apprentissages parfois croisée avec les compétences…

On oublie des défauts essentiels que l’évaluation nationale de CM2 a le mérite de souligner :

– répartir en modules d’apprentissages les notions à enseigner permet de les distribuer dans le temps mais il faut aussi penser à la construction spiralaire des apprentissages… Si l’étapisme est un piège à éviter, si la pédagogie par objectifs a montré en son temps ses limites, il faut agréger progressivement les connaissances en permettant de vrais approfondissements.

Inutile de reprendre tout à zéro chaque année comme si l’élève ne connaissait pas le sujet : ainsi, il est parfois dommage de perdre du temps à redécouvrir alors qu’il s’agirait plutôt de reconnaître et d’approfondir.

Autre souci, alors que l’école primaire permet au maitre de dépasser le cloisonnement disciplinaire et de relier les connaissances, on présente souvent les notions en modules clos sur eux-mêmes. On passe un temps certain sur un aspect… mais l’on n’ y reviendra ni dans les autres disciplines, ni dans la même discipline.

C’est la triple question de la stabilisation, de la réactivation et de la transposition qui est posée.

Stabilisation car il faut donner le temps de s’exercer et pas forcément dans le fil direct de la leçon jusqu’à épuisement…

Réactivation car il faut des « piqûres » de rappel pour que la mémoire puisse créer des automatismes.

Transposition car il faut dans de nouvelles formes de travail, dans d’autres disciplines ou situations pouvoir utiliser les connaissances en question.

Ces aspects devraient être pris en compte dans toute programmation…et ce d’autant plus dans un contexte où les maîtres disent manquer de temps alors qu’ils continuent d’en perdre souvent dans de longues séances introductives ou à proposer au sein d’une activité un exercice qui ne sert pas la notion travaillée… D’où la nécessité d’une exigence de clarté en matière d’objectifs…

Didacticien des sciences, pédagogue à la générosité lucide, Jean-Pierre Astolfi est décédé fin décembre.

Je ne peux que vous inviter à un retour utile vers ses publications qui ont marqué l’enseignement. Ces dernières années, il intervenait en particulier dans la formation des inspecteurs de l’éducation nationale.

Quelques liens :

http://www.touteduc.fr/index.php?sv=34&aid=1245

http://cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article6582

http://www.esen.education.fr/fr/ressources-par-type/conferences-en-ligne/detail-d-une-conference/?idRessource=818&cHash=58f44a6cc9

En guise d’étrennes,  découvrez ou retrouvez ce très joli blog : « Le Garde mots«  petit bijou d’Alain Horvilleur qui vous convie à une promenade savoureuse parmi les mots dans un dictionnaire subjectif enrichi deux fois par semaine…

De ce dictionnaire pour adultes, on imagine fort bien des versions transposées à tous les étages de l’école : car lexiques et dictionnaires y ont leur place. .. ou pour être précis devraient y trouver une place plus importante encore…Pas seulement au moment de la recherche ponctuelle d’une définition ou de l’apprentissage technique  aux allures souvent tristes et stériles…

Répertoires et carnets de découvertes, les collections de mots ou leur association en soleils de pensée devraient se multiplier, se partager… sans craindre d’enrichir plus que nous ne le faisons le dictionnaire de chacun.

Ces objets précieux peuvent à la fois alimenter le jardin secret de l’enfant  – individualité et estime de soi à connaître et maîtriser des mots neufs -et favoriser la rencontre, le dialogue, une solidarité, des vrais petits bonheurs à jouer et penser ensemble le Monde avec des mots.

C’est une jubilation pour l’enfant que de s’emparer de mots nouveaux. Une conquête. Un petit bois pour le feu de sa pensée, de son enthousiasme et de sa créativité…

La frilosité à donner des mots à nos élèves étonne.

Peut-être la crainte inconsciente et persistante que donner des mots favorise l’émancipation et l’autonomie, et par là, ferait risquer de questionner l’ordre établi ?  (« tu es trop petit pour comprendre » peut on entendre encore…) … le maître ne cède souvent son savoir qu’avec parcimonie oubliant par là qu‘un bon maître n’est pas celui qui en sait plus que ses élèves mais celui qui accepte d’avance être bientôt dépassé par ses élèves.

Donnez des mots et souvent et des mots  nouveaux et des compliqués, des mots savants et nuancés, des mots brefs ou merveilleusement longs, des mots qui invitent à lire, chercher, enquêter, puiser, relier

Rien n’est plus important et plus démocratique, rien n’est moins cher et proposer ces travaux sur les mots ne contraint pas à de lourdes dépenses mais peut s’insérer dans le quotidien de la classe… dans la continuité de la petite section au baccalauréat…

Voilà, j’ai trouvé mon voeu pour l’année nouvelle !