l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

L’évaluation sommative n’est pas le meilleur lieu pour reconnaitre la compétence chez l’élève.

Repérer les compétences chez l’élève doit être une démarche active. Une vigilance, une ouverture d’esprit où le maître se fait d’abord guetteur des réussites…

C’est l’élève qui à l’occasion d’un travail montre qu’il « sait faire » et peut-être quelque chose d’imprévu…
C’est celui qui sait assez bien « en parler » et indique par là qu’il a compris …
C’est celui qui répond à bon escient aux questions… Ou bien c’est « le produit » qui témoigne du savoir faire de l’élève.

Il s’agit d’indices convergents, d’une réussite repérée dans un contexte identifié mais qui peut être réitérée plus tard dans un cadre transposé.

« Être compétent c’est pouvoir anticiper, intégrer l’implicite dans les instructions, la variabilité dans la tâche. « (Montmollin)

La compétence est une entreprise complexe, mobilisant de multiples ressources cognitives d’ordres différents se combinant dans une stratégie de résolution de problème au prix d’un raisonnement, …
(Perrenoud)

Cela s’assortit probablement avec un travail beaucoup plus volontaire que nous ne le faisons aujourd’hui où l’évaluation ne se conçoit pas comme une soustraction (retirer des points quand on « se trompe ») mais comme une addition (ajouter et gagner parce que l’on sait, la façon dont on utilise ses acquis, ce que l’on sait faire)…

Au courrier du site prepaclasse.net il n’est pas un jour en ce moment sans recevoir des courriers de parents d’élèves qui s’inquiètent de propositions de redoublement qui leur sont faites.

Le plus souvent, dixit ces familles, l’information est donnée oralement, sans préavis ou véritable préparation.

C’est l’enseignant seul qui donne l’information, parfois presque par hasard, un soir à la sortie de l’école…

C’est très rarement que l’enseignant semble s’appuyer sur les résultats de l’élève en évoquant des compétences précises des programmes ou en présentant les travaux écrits. On évoque les résultats en général ou parfois la maturité ou le comportement.
« Il sait lire, il est bon en numération » dit la maitresse, »mais elle veut le faire redoubler ». Et la maman comprend mal les manques de son enfant.

Souvent encore, la règlementation n’est pas respectée : pas de proposition écrite, pas de notification avec respect du délai légal de quinze jours à chaque étape, pas d’information sur les possibilités légales de recours.
Si certaines familles connaissent les possibilités de recours, d’autres sont sous informées et les courriers témoignent d’une réelle inquiétude, d’un sentiment d’échec qui ne se porte pas sur le seul enfant mais touche visiblement aussi ses parents.
Certains courriers montrent que les familles sont très affectées, que des enfants connaissent des sentiments d’angoisse qui peuvent induire du refus scolaire ou des réactions psychosomatiques.

Très peu de familles parmi celles qui nous écrivent se voient proposer un PPRE soit en amont du redoublement ce qui serait logique, soit en aval ce qui est obligatoire.

Bien entendu, nous n’avons à connaître par ces courriers que du point de vue des familles et parmi elles, celles qui ont rencontré des difficultés.
Il va sans dire que très certainement, dans la majorité des cas, les familles sont préparées, accompagnées et le redoublement est engagé avec l’aide active du directeur dont c’est le rôle et sur la décision collective du conseil de maîtres.

Les courriers reçus viennent en général de familles souvent peu favorisées et qui disposent de peu d’éléments pour comprendre le fonctionnement du système et quelle est la nature des difficultés de leur enfant.

Rôle du directeur, rôle du conseil des maîtres, respect de la règlementation mais au delà problème fort de communication.
Le redoublement est rarement proposé comme un projet , il apparait encore comme une sanction.

Il devrait pourtant rester l’exception et ne saurait se concevoir sans un long travail de recherche de l’adhésion de la famille et de l’enfant, sans l’élaboration d’un projet construit.

L’initiative d’un blog appelant à la notation publique des professeurs rencontre une condamnation vive, y compris du ministre de l’Education nationale.
Le procédé manque en effet d’élégance et s’il fait référence au rapport Attali peut favoriser une certaine démagogie conjuguée d’agressivité… même si singulièrement, les professeurs notés en ligne l’ont été très favorablement.
Nonobstant la démarche, nous savons qu’il existe déjà dans nombre de grandes écoles une tradition de notation des professeurs (Sciences Po le fait par exemple) … dont on ne sait guère si elle se traduit par des effets véritables.
Si l’évaluation des professeurs relève de l’Institution et des corps d’inspection, nous savons bien que le professeur qui note ses élèves est évalué de fait par les familles et les élèves, que l’inspecteur est jugé par les enseignants… que dans toute chaîne « hiérarchique » le jugement n’est pas à sens unique et que cela peut avoir un impact sur l’action des uns et des autres.
Jeux de communication et de pouvoir, implicites… c’est aussi en clarifiant l’évaluation des élèves, c’est à dire en la faisant porter sur les compétences et non la personne que nous devrions avancer.
La responsabilité personnelle n’est pas absente dans l’apprentissage. Parmi les obstacles qui nuisent à la compréhension, il en est qui peuvent tenir aux représentations de celui qui apprend, à son mode de pensée, à son expérience (à sa zone proximale de développement diraient les uns…), mais il arrive aussi que les dispositifs mis en place par l’enseignant aient constitués un obstacle. Il faut alors essayer autre chose… un détour, une autre façon de faire… Encore faut-il essayer.
Il faut donc faire alliance et fonder une autre façon d’évaluer ensemble sans culpabiliser les uns ni les autres, sans entretenir d’infantilisation , sans nier l’intérêt de s’appuyer sur les réussites.
Où l’on perçoit la nécessité de restaurer un contrat qui fasse de l’élève non pas un « client » mais un acteur.
La construction de ce contrat supposera également de la part des adultes de dépasser les oppositions stériles ou les craintes… communiquer, fonder de la professionnalité, peut-être s’essayer de dédramatiser en dépassant la moraline et en problématisant… changer de culture ?

Nous avons déjà évoqué l’évaluation externe de l’action des ministres voulue semble-t-il par la Présidence de la République et qui fait l’objet de nombreux commentaires dans la Presse écrite et audio-visuelle.

Au delà des commentaires sur le principe lui – même et les dérives éventuelles, il faut observer combien la Presse ramène l’évènement à une vision réductrice où il s’agirait de noter et de classer les ministres.

On oublie d’ailleurs de développer le concept « d’entretien d’évaluation » en pratique dans l’entreprise et même déjà pour nombre de postes administratifs. Cet entretien qui introduit la dimension humaine n’est pas seulement un temps où il s’agit de « rendre compte » mais de discuter de la faisabilité des projets et du rapport entre les moyens, les organisations et l’objectif défini. C’est un moment où peut intervenir une forme de contractualisation.

L’association « évaluation – notation chiffrée » est une confusion bien française, entretenue il est vrai largement par notre système éducatif, en particulier le secondaire où l’on pointe « la personne » et non « son action ».
L’élève dit le plus souvent « j’ai eu telle note« , il ne dit pas « mon devoir vaut telle note« .

Je me souviens très bien de cette élève qui m’avait reproché une mauvaise note, car pensait-elle « je ne l’aimais pas« .

Dans des systèmes scolaires comme celui de la Finlande, connu pour ses réussites, la notation est très tardive, mais la culture de l’évaluation est présente dès le début.

Si l’action dépend de la personne, il ne s’agit pas d’aller faire porter la faute ou le mérite sur les simples qualités personnelles, mais plutôt d’essayer de rechercher avec rationalité, les effets d’une action menée au service d’un objectif identifié.

Lorsqu’on parle performance il ne s’agit pas de regarder le seul résultat dans un esprit de compétition mais de repérer pour une action si elle est pertinente, efficace et efficiente.

Cela ne peut se faire en occultant les interactions qui existent dans un système complexe. C’est d’ailleurs là le risque essentiel d’une évaluation fondée sur quelques indicateurs isolés.

Cette affaire de la notation des ministres, nous montre l’urgente nécessité à l’école, de nous libérer de « la note globale » et de « la moyenne » et de nous centrer sur une évaluation des compétences fondée pour l’élève sur le repérage de ses réussites.
Que sait-il ?
Que sait-il faire ?
Que sait-il transférer de ses connaissances dans un autre contexte ?
Que peut-il en dire ?
Quelle stratégie peut-on construire pour aller vers un nouvel objectif clairement désigné ?

Ainsi l’évaluation devient une démarche intégrée au travail, pour nous au « métier d’élève » et au « métier de professeur ».

La notation est souvent un obstacle à la bonne lisibilité des acquis, elle entretient la confusion entre la personne et les résultats ou ses acquis, elle est réductrice et contre-productive. Cet exemple médiatique en témoigne à sa façon.

On notera avec intérêt que la Presse y compris audiovisuelle est venue relayer fortement l’annonce d’une évaluation externe des performances des ministères. Le Figaro rappelle ce matin, en ce qui concerne l’Education nationale, que le ministre sera jugé sur le » nombre d’heures supplémentaires réalisées par les enseignants et l’ancienneté des enseignants en ZEP ».

L’idée est ici de mesurer par exemple l’engagement des enseignants dans le dispositif de l’accompagnement éducatif ou par ailleurs de favoriser la stabilité des équipes dans l’éducation prioritaire.

Sur les indicateurs, le blog Pravda en pointe les limites dès lors que l’on ne cherche qu’à agir sur l’indicateur lui même, il y a risque.

L’évaluation interne est déjà une pratique habituelle. L’est moins, celle de recourir à un cabinet externe et bien entendu les termes de la commande joueront si cette évaluation s’inscrit dans une focale trop réduite. On peut d’ailleurs se demander si un cabinet externe utilisera seulement ses propres outils ou de fait de l’information interne.

D’autres gouvernements font appel à cette double évaluation interne / externe. C’est le cas par exemple du gouvernement Wallon.

Comme le rappelle le journal le Monde, l’idée est de s’inscrire dans une culture du résultat. C’est d’ailleurs la logique actuelle dans notre ministère où les corps d’inspection sont invités à juger des acquis des élèves, de leurs résultats et non des méthodes pour elles-mêmes.

Il faut rappeler que le Ministère de l’Education nationale avec le programme 140 de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) doit rendre compte chaque année de son action à la représentation nationale sur des indicateurs précis (le taux de redoublement, le nombre d’élèves ayant atteint le niveau A1 en langues, le taux de réussite au B2i ou la proportion d’élèves handicapés scolarisés). Certains indicateurs sont en construction, d’autres « ciblés ».

Le Ministère dispose par ailleurs d’une Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’éducation nationale (D.E.P.P.) .

Cette logique doit-elle venir jusqu’aux classes ? Certains y voient le risque d’une compétition accrue et dangereuse.
Pourtant, l’évaluation par compétences, telle qu’elle est engagée en particulier avec la mise en place du socle commun , nous invite à nous libérer de la note globale moyenne hautement réductrice qui ne rend pas forcément compte de la réalité des acquis de l’élève, de ses réussites, comme de ses besoins.

Si le volontarisme sur un objectif ne suffit pas, et si la complexité et l’interaction de nombreux aspects doivent être intégrés, il est peut être intéressant pour un maître dans sa classe, de savoir se donner des objectifs de réussite sur des points précis et identifiés. Le PPRE propose une démarche explicite en ce sens. Voir par exemple la démarche concrète envisagée dans l’académie de Grenoble.

Les questions sont nombreuses et la culture du résultat ne pourra se dispenser d’une éthique rigoureuse, mais le service public peut aussi retrouver de la légitimité dans sa capacité à rendre compte de son action ou à témoigner le plus précisément possible de la réalité des difficultés.